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Full text of "Histoires de vicomtes et de la vicomte de Limoges"

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HISTOIRE 


DBS 


VICOMTES  ET  DE  LA  VICOMTE 


DE    LIMOGES 


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HISTOIRE 

DBS 

TICOMTES  ET  DE  LA  YICOMTÉ 

DE  LIMOGES 


F.  HARVACD 

dliûtoirft'eD  r«lnite,  OfScier  d'AcuUmie, 
■on  Vkc-Prjiideal  de  U  Société  wthédogiqua  et  fairtoriqaa  de  U  Clurenle, 
,  àa  Comité  de*  tnnm  hiitiHiqiiM  M  de*  Société  Mnate*. 


TOUE    PREMIER 


A    PARIS 
CHBZ  J.-B.  DUMOULIN 

Lifarur*  da  1*  SociéM  des   AnU<iu«lraB  d»  Fn 

13,   QCAI   DES  lilA:<DS-*DGCSTINS 


VIO- 


4 


{ 


\ 


Qaeiques-unes  de  nos  provinces  ont  aujourd'hui  leur 
histoire,  cNivre  du  dernier  siècle  ou  du  nôtre  :  la  Bretagne 
uec  Dom  Morice  et  Dom  Lobineau,  le  Languedoc  avec 
Dom  Yaissette,  le  Béam  avec  Pierre  de  Marca,  le  Poitou 
iTec  Besly.  Quelques  villes  ont  aussi  retrouvé  leurs  an^- 
Baies  :  La  Rochelle,  parle  P.  Arcère;  Tulle,  par  le  savant 
Baluze;  de  nos  jours  Rouen,  par  M.  Chéruel,  un  de  nos 
èfri\ain9  les  plus  estimés  pour  sa  consciencieuse  érudi- 
ùnn,  comme  par  ses  émiuents  services  universitaires. 
Nouf:  devons  aussi  à  d*autrés,  non  moins  connus,  de  pré- 
deii5«?s  études  au  point  de  vue  politique,  religieux  ou 
économique;  de  savantes  monographies  archéologiques, 
^ociques,  agricoles  et  commerciales.  Les  Sociétés 
vivantes  de  nos  départements  se  sont  aussi  mises  à  l'œu- 
vre, ont  exhumé  de  la  poussière  des  archives,  longtemps 
xibiiêes^  les  souvenirs  du  pays  natal,  y  consacrant,  par 
^  dévouement  tout  patriotique,  leur  temps  et  leur  ar- 
f^nt,  tandis  que  tant  d'écrivains  de  la  dernière  heure, 
.^iQt  dés  la  veille  le  lucre  du  lendemain,  pour  arriver 
i  11  fortune,  quelquefois  aux  honneurs,  n*ont  su  que 
Siiter  des  ?oûts  dépravés,  des  passions  turbulentes,  sûrs 
eu  :i<  étaient  de  capter  Téloge  et  l'argent,  en  se  faisant 
^  aDôtres  de  doctrines  antisociales. 

<^hiant  à  notre  histoire  proprement  dite,  celle  de  la 
rr&vie  patrie,  elle  attend,  pour  se  compléter,  pour  faire 
:i  synthèse,  les  études  sur  les  provinces.  Avec  celles-ci, 
cUe  mettra  en  relirfles  mœurs,  les  institutions  politiques 


—  II  — 

et  civiles ,  les  croyanœs  religieuses ,  les  coutumei 
générations  d'où  nous  sommes  sortis,  les  famillei 
ont  laissé  derrière  elles  de  précieux  souvenirs.  Nom 
rons  ainsi  de  quelle  vie  ont  vécu  nos  ancêtres,  sur  qi 
espérances  ils  se  sont  appuyés  dans  les  événement^ 
traires  à  leurs  aspirations,  ou  conséquence  de  l|y 
qu'ils  y  ont  prise.  ,^ 

Gomme  d'autres,  j'ai  eu  l'ambition  ou,  si  l'on  vp| 
présomption  d'apporter  une  part  de  matériaux  à  1'^^ 
En  1843,  après  dix  ans  d'études,  de  recherches  attei] 
je  publiai  Y  Histoire  civile,  politique  et  religieuse  du 
lÀmousin,  aujourd'hui  le  département  de  la  Corr^ 
partie  de  l'ancienne  province  que  je  connaissais,  4 
quelle  je  vivais,  et  qui  par  conséquent,  par  de  nomb| 
relations,  pouvait  me  fournir  de  précieux  docuq 
Parmi  ceux-ci,  j'en  rencontrai  souvent  qui  n'enjj 
pas  dans  mon  cadre  et  qui  se  rattachaient  au  ;,' 
Limousin,  surtout  aux  vicomtes  de  Limoges,  les  ) 
sentants  les  plus  élevés  dans  la  société  féodale.  , 
sans  pouvoir  trop  compter  sur  l'avenir,  je  me  mis  à, 
aussi  cette  partie  de  l'histoire  de  Tancicnne  provii 
je  Tannonçai  à  mes  lecteurs,  comme  devant  parf 
une  époque  indéterminée.  Plus  de  trente  ans  84 
écoulés  depuis;  la  révolution  de  1848,  qui  venait  d'f 
à  celle  de  1 830  de  nouveaux  désastres,  mettant  à  j 
nouveaux  éléments  de  discordes  civiles,  d'abaisseoc 
de  ruines,  ne  m'encouragea  pas  à  continuer  ces  i 
car  les  passions  du  temps,  escomptant  l'avenir^ 
blaient  n'avoir  plus  besoin  des  leçons  du  passé.  1 
dant  ie  me  remis  au  travail,  quelques  années  avi 
dix-huit  cent  soixante-dix  eût  jeté  notre  malheurei 


fltais-  ûe  wnneDee  épreuves,  h  de  nouvelles  tempêtes,  au 
milieu  df^jnelles  fe  eoiil  produilcs  les  théories  les  plue 
itmirdes,  les  instincts  les  plus  sauvages,  qui,  pour  se 
•ïtî^tre  H  s'imposer,  nnt  cru  qu'il  fallait  recourir  à 
lutef  les  riolences,  nier  Dieu  lui-m^me,  brûler  les  mo- 
luioentsqui  rappelaient  nos  gloires,  nos  bibliothèques  cl 
':.?  irchites,  ces  précieuï  trésors  dus  sut  efforts  dinlel- 

e  et  de  patrkittsQK  de  aos  pères. 
KEh  pré«eaic«  de  tant  de  maux,  fallait-il  encore  dësespé- 
p,  «'«aeeoir  eut  la  route  et  laisser  passer  ie  torrent, 
ktowr  sur  le  rivage,  qu'on  ne  pourrait  pcut-^tre  plus 
wr,  l«5  provisions  faites  pour  l'avenir?  Je  ne  l'ai  pas 
.  l'ai  donr  Continué  mon  entreprise  par  de  nouvelles 
rcbes  dans  les  archives  nationales  et  particulières, 
B  eeUes  de  Psu  surtout,  oit  Henri  IV  avait  fait  déposer 
i  le»  anciens  dorumcnts  de  la  vicomti!i  de  Limoges; 
I  csitnUireâ  des  abbayes;  dans  les  précieux  ma- 
;  da  séminaire  diocésain.  Aux  chroniques  locales, 
s  de  Gfoffroi  de  Vigeois,  d'Adémar  de  Chabanais, 
t  «nranti  bénédictins,  sans  lesquels  l'histoire  des  pro- 
■  serait  impossible,  j'ai  fait  de  nombreux  emprunts. 
I  le  résultat  de  ce  travail,  auquel  ont  été  consacrées 
b  dermtre*  am)<^  de  ma  ^-iei  liesse,  que  j 'offre  au  public 
f  te  litre  :  liittùtre  des  Vicomtes  et  rie  la  Vicomte  de 
v;  car  c'est  en  rattachant  à  ces  grandes  indivi- 
de  l'ordre  Eèodal  les  événements  politiques  et 
,  que  j'ai  pu  prùteudn?,  non  à  fournir  l'histoire 
i  du  pavs, —  il  faudrait  encore  des  volumes, — 
»  h  en  grouper  tes  principaux  documents  dans  des 
t  i{U0  de  plus  savants  sauront  élargir. 
t  bewÏD  de  dire,  &  une  époque  ofi  il  est  presque  de 


—  IV  — 

mode,  dans  un  certain  monde,  de  jeter  le  mépif 
vieux  siècles,  de  poursuivre  de  railleries  les  plus 
traditions,  de  torturer  l'histoire,  d'en  faire  un 
au  profit  de  certaines  opinions,  que  je  n'ai  ol 
l'inspiration  d'une  conscience  honnête,  et  que  je 
placé  dans  mes  appréciations  sur  un  terrain  où 
hommes  de  bonne  foi  et  de  bonne  volonté  peuij 
rencontrer?  Nier  ce  qu'il  y  eut  de  bon,  de  beau  et  j 
dans  le  passé,  ne  serait-ce  pas  rougir  de  nous  ^ 
descendants  de  ceux  qui  nous  ont  légué  l'exemple 
blés  dévouements,  de  patience  et  de  courage  dans  ) 
dures  épreuves  ?  Pour  faire  une  France  nouvelle  il 
toujours  emprunter  quelque  chose  au  passé,  et  - 
dire,  comme  un  historien  rationaliste  de  nos  ten^ 
«  l'ancienne  France  est  finie,  qu'un  monde  nouvea) 
mence  » . 

Et  ce  monde  nouveau,  dont  quelques  libres  p< 
veulent  être  les  créateurs,  avec  quels  éléments 
drait-on  le  faire?  Ne  nous  a-t-on  pas  appris  d'une  i 
bien  triste  pour  le  présent,  bien  dangereuse  pour  ï 
ce  que  peuvent  certains  réformateurs,  par  la  négi 
tout  ce  qui  a  fait  la  fortune  de  la  France,  par  le 
des  grands  principes  qui,  dans  l'ordre  providenti 
duisent  les  nations  au  progrès,  lent  quelquefoi 
toujours  certain  ?  Serait-ce  avec  des  théories  de 
qui  ont  toujours  eu  le  triste  privilège  d'entasseï 
sur  ruines,  de  mettre  la  haine  à  la  place  de  1 
l'iniquité  à  la  place  de  la  justice,  le  scepticisme  qu 
à  la  place  de  la  Foi  qui  grandit  l'humanité  et  la 
dans  ses  infortunes? 

F. 


HISTOIRE 


DES 


VICOMTES  ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES 


CHAPITRE  PREMIER 


LES  UÉaOTICES;    LA  DOMINATION  ROMAINE  ET  LE  CHRISTIANISME 


Lftatoire  et  les  Uidittoos. —  Limoges,  »  position;  ses  fondateurs,  selon  les 
tnininn*.  —  La  aTilisatioo  asiatique  ;  THercule  de  Tyr  et  les  mai*chand8 
de  Cartba^.  —  Noms  anciens  de  Limoges  et  de  son  territoire.  —  Anciennes 
UiBAtrs.  —  Topofrraphie  du  Limousin.  —  Souvenirs  et  monuments  des  temps 
ed2i>|B<ïs.  —  Positions  défensÏTes  dans  le  Bas-Limousin.  —  Coutumes 
R4m«eset.  —  Le  Limousin  et  les  Arremes  contre  César.  —  Mort  de 
KdaLos  à  Alésia,  et  soumission  de  ses  sticcesseurs  :  Duratius,  proconsul. 

—  Lik:'is  Caprfr.>liis,  Léocadius  et  Sabinius  Culmioius;  leurs  monuments. 

—  Vestifcs  de  U  domination  ronudne,  camps,  voies  antiques,  tombeaux.  -^ 

SjU  sur  t*À3rmologie  des  noms  de  quelques  localités.  —  La  population 

fift>-roau*iie  à  Limogvs.  —  Note  sur  une  inscription  trouvée  à  Itaucou,  et 

■r  k»  Pofi  minores,  —  Les  anciennes  croyances  celtiques  se  conservent 

eus  Ip  p^y*>  —  Prospérité  de  la  ville  de  Limoges,  son  commerce.  —  Le 

xÈnâisÊJÙtsat  à  Umoges  avec  saint  Martial.  —  Légendes  sur  saint  Martial. 

•»  CaoversioD  des  familles  patriciennes;  Suzanne,  femme  de  Léocadius; 

mate  Valérie;  Silanos.  —  Progrès  du  christianisme  sous  les  évèques  Auré- 

w«a  «c  Evofiius.  —  Limoges  sous  Domitien  et  Antonin-le-Pieux.  —  Note 

nr  ramphithéâlre  d'Adrien.  —  L'ariani&nie  dans  le  Limousin;  Tévèque 

£djckia«.  et  Jocondns,  comte  de  Limoges,  persécutés.  —  Appréciation  des 

r=*«iutA  de  \m  domination  des  (roths.  —  Le  luxe,  le  goût  des  arts  à  Limoges. 

•^  Ijt*  éréques  Rnrice  l*^  et  Hurice  II;  leurs  fondations;   saint  Prospei. 

— >  F'vtunAl  de  Poitiers  fait  Téloge  des  deux  évèques.  —  L'église  de  Brive 

kjce  eo  IlKxmeur  de  saint  Martin.  —  Note  sur  l'église  de  Saint-Pierre - 

înix.  —  Troubles  occasionnés  par  les  invasions.  —  Le  Limousin 
im  dïminatioo  des  Francs;  saint  Yrieix;  ses  fondations.  —  Note  sur 
d*»  Saint- Yrieii. 


L'ktstoire,  quand  elle  manque  de  monumeuts  écrits, 

lieu  à  des  incertitudes  d'appréciations,  je  dirai  même 

1 


2  IlISTOIRE  DES  VICOMTES  j 

à  des  énigmes,  dont  TexplicatioD  absolue  ne  se  tradajj 
par  des  hypothèses  pour  les  intelligences  les  plus  écli^ 
mais  nous  n'en  avons  pas  moins  le  devoir  de  chei 
expliquer  ces  mystères  de  la  vie  des  nations,  ou  d( 
par  des  faits  subséquents^  à  Taide  desquels  il 'est 
moins  possible  de  faire  la  lumière  dans  Tombre.  L'I 
est  une  grande  synthèse  à  laquelle  chaque  siècle  ajoi 
nouveaux  éléments,  et  qui  ne  s'explique  ensuite  qaj 
Tanalyse  des  transformations  providentielles  :  de  làj 
tous  les  chercheurs  du  passé  de  notre  vieille  FrancCiJ 
cessité  de  se  renfermer  dans  des  limites  étroites  ;  d 
tudicr  que  les  annales  d'une  province  o.u  d'une  cité»  d] 
au  moyen  des  traditions,  puis  en  embrassant  de  plus 
horizons,  qu'éclairent  les  monuments  écrits.  Les  tradi 
pieusement  conservées  par  les  générations,  sont  t 
souvent  les  fidèles  échos  des  âges  lointains.  Hérodi 
demanda  aux  prêtres  de  l'Egypte,  Moïse  aux  voix  â 
dans  les  solitudes  du  Sinaï;  l'un,  pour  arriver  au  b 
des  nationalités;  l'autre,  au  point  de  départ  de  l'hud 
Ainsi  ferons-nous  en  cherchant,  loin  de  nos  temp^ 
toire  du  Limousin,  de  sa  capitale  et  de  ses  vicomteflj 
d'aborder,  avec  des  preuves  certaines,  le  récit  des 
ments  qui  y  transformèrent  la  société  et  en  créèrei 
tonomie. 

Longtemps  avant  que  la  Gaule  fût  connue  du  mon< 
et  du  monde  romain  autrement  que  par  des  tra 
légendaires,  recueillies  par  quelques  voyageurs  qui  s 
saient  parfois  les  commentateurs  fantaisistes,  cette 
de  l'Occident  comptait  sur  son  sol  une  populatioi 
breuse  et  des  villes,  où  les  besoins  de  la  vie  sociale 
créé  les  éléments  de  l'industrie  et  du  commerce 
étaient  propres.  Déjà,  sur  les  bords  de  la  Vienne, 
voisinage  des  vastes  forêts  et  des  verdoyantes  pra 


ET  DE  LA  MCOMTÊ  DE  UMOGES.  3 

Teodroit  où  le  flcaye  semble  ralentir  son  cours,  comme  s'il 
regreiUii  de  quitter  ses  montagnes»  s'échelonnaient  sur  le 
Terssnl  de  la  colline  plusieurs  habitations,  plus  ou  moins 
rapprochées,  selon  les  liens  sociaux  qui  les  unissaient  les 
unes  aux  autres.  La  position  était  bien  choisie;  Tœil  courait 
au  loin  sur  un  Taste  horizon,  découpé  par  l'ondulation  des 
hautes  cimes,  descendant  des  monts  d'Auvergne  vers  l'oc- 
cident, comme  les  flots  d'une  mer  que  le  vent  pousse  au 
rifige. 

Quels  furent  les  premiers  architectes  de  la  cilé  naissante? 
Les  traditions  seules  peuvent  ôtre  invoquées,  sinon  comme 
des  témoins  infaillibles,  au  moins  cbmme  autant  de  ves- 
tiges des  souvenirs,  qui  survivent  au  temps  et  auxquels  se 
mêlent  quelques-uns  de  ceux  du  monde  asiatique.  Limoges, 
car  toutes  dos  villes  anciennes  veulent  avoir  leur  âge  hé- 
roïque, réclamerait  pour  fondateur  l'Hercule  de  Ty r,  ce 
mythe  de  la  civilisation  orientale,  qui  ne  saurait  Ctre  ici 
qQ*0Q  vague  souvenir  des  premières  relations  du  monde 
eoropéen  avec  le  monde  asiatique,  A  l'Hercule  de  Tyr, 
d'auires  légendes  substituent  Lémovix,  un  des  survivants 
de  la  ruine  de  Troie  qm',  avec  quelques-uns  des  siens,  au- 
rait pris  possession  de  la  colline  qui  domine  la  Vienne, 
Lien  longtemps  avant  que  la  belle  Narbonnc,  l'antique  ville 
cdtique,  si  aimée,  si  bien  célébrée  par  Sidoine  Apollinaire, 
eût  pris  rang  parmi  les  plus  grandes  villes  du  Midi. 

Avoos-oous  besoin  de  dire  que  l'Hercule  de  Tyr,  le 
Tii/jcn  Lémovix,  ne  nous  apparaissent  ici  que  comme  les 
deux  personniGcations  symboliques  des  migrations  venues 
4e  rOrient,  apportant  le  génie  de  l'Asie  à  la  Gaule  en  pos- 
nmaa  depuis  des  siècles  de  son  autonomie,  peuplée  par 
■a  des  rameaux  de  la  race  sémitique,  mais  qui  avait  oublié 
«0  origine?  Les  idées  et  les  peuples,  sans  se  reconnaître, 
H  reooooirent  parfois,  se  rapprochent  par  un  instinct  de 


4  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

fraternité»  se  fournissent  mutuellement  de  nouveaux  modes 
d'existence,  avec  de  nouveaux  éléibents  de  prospérité. 

Cette  civilisation  asiatique,  déjà  iiaturalisée  sur  les  bords 
de  la  Méditerranée,  s*élait  à  peine  montrée  au  centre  de  la 
Gaule  que,  poussée  par  ses  instincts  de  prosélytisme,  elle 
chercha  à  monter  plus  au  nord.  Arrêtée  entre  le  Clain  et 
la  Vienne,  elle  ne  put  franchir  la  Loire,  limite  du  nord 
et  du  midi  dans  les  premiers  siècles  de  notre  histoire. 
Alors,  tout  en  laissant  derrière  elle  des  traces  de  son  pas- 
sage, elle  recula  vers  la  Garonne,  derrière  les  monts  d'Au- 
vergne, où  elle  posa  les  fondements  de  nouvelles  villes,  ou 
donna  plus  d'extension  à  celles  qui  l'avaient  déjà  acceptée. 

Selon  les  traditions,  THercule  de  Tyr  ou  la  conquête: 
l'exilé  de  Troie,  venant  s'asseoir  pacifiquement  au  foyer  des 
Celtes;  le  marchand  de  Carthage,  apportant  des  relations 
commerciales,  qui  réunirent  deux  mondes,  purent  bien  être 
les  trois  éléments  primordiaux  de  la  fortune  de  Limoges^ 
et  les  initiateurs  du  pays  à  une  nouvelle  vie  sociale.  Les 
Iribus  celtiques ,  s'assimilant  les  mœurs  et  les  coutumes 
importées  chez  elles  par  les  étrangers,  se  donnèrent  rendez- 
vous  sur  les  bords  de  la  Vienne  et  y  vinrent  chercher  les 
produits  de  TOrient  et  du  Midi,  apportés  par  les  marchands 
de  Massalia,  la  belle  Phocéenne,  et  qu'ils  échangeaient  pour 
les  mines  de  fer  du  sol  gaulois.  Ces  mêmes  marchands,  qui 
venaient  aussi  chercher  jusque  sur  les  rivages  océaniques 
rétain  d'Uxissana  (Ouessant),  apprirent  aux  populations, 
dans  leurs  fréquents  voyages,  la  culture  et  le  commerce, 
l'art  d'extraire  les  mines  du  sol,  et  leur  apportèrent  ainsi 
les  éléments  de  la  civilisation  grecque,  en  les  initiant  aussi 
à  la  prononciation  de  cette  belle  langue  ionienne,  dont  quel- 
ques mots  sont  restés  dans  le  patois  du  pays.  Mais  d'abord, 
et  avant  de  commencer  le  récit  des  événements  particuliers  r 
à  cette  contrée,  comme  la  géographie  est  l'introduction  à    * 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  5 

rhisloire  qui  se  ]ie  étroitement  à  celle  du  sol,  sur  lequel 
s'accomplissent  les  révolutions  qui  en  changent  Taspect, 
comme  elles  modiGent  le  côté  moral  des  populations ,  il 
importe  de  dire  sous  quels  noms  furent  connus  la  ville  prin- 
cipale, les  indigènes  et  le  pays  lui-même,  dès  la  plus  haute 
antiquité  et  à  travers  le  moyen  âge;  les  limites  assignées 
par  les  anciens  et  les  souvenirs  laissés  par  les  générations 
qui  s'y  succédèrent. 

Avant  de  prendre  le  nom  adopté  par  les  temps  modernes, 
oorraptioD  d'nn  nom  plus  ancien  et  souvent  transformé , 
Limoges  fut  désigné  de  diverses  manières  :  Rita,  Âusai- 
TTH  ',  d'où  AuGusTOBiTOM  *,  en  souvenir  de  l'empereur  Au- 
guste; Lemofex  AuGL'SToaiTUM  3,  quand  les  habitants  vou- 
lurent rappeler  le  souvenir  légendaire  de  la  fondation  de 
leur  capitale;  Civitas  Lemovicum  ^  quand  Rome  leur  eut 
conservé  leur  autonomie  ;  Lemovices  ^,  au  déclin  de  la  do- 
mination romaine;  Uebs  LBifoviciHA,  UfiBS  Lemovicum,  Le- 
xodiA  aviTAS  *y  au  vi''  siècle  ;  Lemovecas  ^,  sur  quelques 
monnaies  du  vn*;  Limodegas,  sur  d'autres  de  la  fin  du 
m^me  siècle;  Limodia^  Lemodicas  ^,  au  viu*  siècle  :  Lem(h 
cigas^  au  xi';  Letmogas^  Lemoges  •,  de  1246  à  1377,  et  en- 
lin  Limoges.  Ces  noms,  surtout  les  derniers,  marqués  de  la 
terminaison  du  pluriel,  semblent  prouver  que  la  capitale 
du  pays  résumait  en  elle  la  contrée  elle-même,  comme 
centre  de  la  population  disséminée  sur  un  vaste  territoire, 

U  Table  de  Peutinger,  , 

L  i^TOLÉMLE  :  Géograph,,  \\,  VL 
3.    fnnaat/r  de  la  Société  des  Antiquaires,  année  1851. 
».  DrcH£\e  :  Coltect.  des  historien  des  Gaules ,  T.  L  —  D.  Bouquet, 
r.  I.  pw  !i3. 
*.  SiD-  APOLUX.\niE  :  Epist,,  lib.  VII. 
*,  FoRTLNjin    EPk^c.  :  Carmina  historka,  ap.  D.  Bouquet,    T.  11, 

*.  Berme  nmnismatûjue  :  année  1857,  pi.  XII. 
*        *•  tUtme  mmtmfmatiqu^  :  année  1857,  pi.  XII. 
f.  f'artml,  Bellil'jci^  chap.  cxci. 


I 


6  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

et  qui  eut  divers  noms  dans  l'antiqaité  et  durant  le  flM| 
âge  dans  les  textes  latins.  La  première  mention  de  ce  ] 
pie  se  trouve  dans  les  Commentaires  de  César  :  Lêmêtrit 
puis  successivement,  dans  la  période  gallo-romainCy  | 
lisons  dans  les  auteurs  grecs  Ai{Aovixof,  AcfXioSxtc^.  Le  il 
toii*e  est  aussi  diversement  indiqué  :  Lêmovicina  prooM 
PaguSy  ageff  terminus  Leinovicimis,  regio  Lemavicum^ 
ritorium  Lemovicinum  *,  vers  la  fin  du  vi*  siècle;  —  fl 
Lemovicensis  ^,  au  vin'  ;  —  Orbis  Lemovicinus  ®,  durm 
IX'  et  le  X*;  —  Lemovicinum  clima^  au  xii*  '';  —  L$mê 
nium  et  Limosinium,  aux  xiii*  et  xiv*.  Le  nom  actuel  1 
autre  que  celui  de  Limozin^  d'où  Limôiim,  des  chronl 
de  Saint-Denis. 

Le  Limousin,  Pagus  ou  Orbis  Lemovicinus^  comprit^' 
la  plus  haute  antiquité  celtique,  tout  le  pays  limita 
celui  des  Bituriges  Cubi  (le  Berry)  au  nord;  les  Af 
(Auvergne)  au  nord-est  ;  les  Cadurci  (le  Querci),  au  t 
les  Peîrocorii  (le  Périgord)  à  l'ouest,  et  vers  le  nord-c 
par  les  Pietavi  (Poitou),  et  les  Santones  (la  Saintoi 
dont  la  tribu  la  plus  avancée,  celle  des  Agerinates^ 
remonté,  à  une  époque  incertaine,  le  bassin  de  la  Cha 
et  de  quelques-uns  des  principaux  affluents. 

Cette  contrée,  dans  la  partie  qui  forme  le  Haut-Lime 
assise  sur  des  bases  granitiques,  accidentée  de  collinei 
vent  dénudées  par  les  orages,  ou  ombragées  par  une 
végétation,  est  arrosée  par  un  grand  nombre  de  cours 
tribulaires  de  la  Vienne,  qui  serpentent  au  pied  des 

1.  C.*:9.,  De  bello  GalKco,  lib.  Mï,  cap.  iv. 

2.  STnAiiON  :  Géitfjmph.,  IV,  ii. 

3.  Yita  S.  Eptodii,  «p.  Pu.  Labd.  :  Sov,  Biblioth, 

4.  fiRKGon.  TcRONKNs.  :  Hift.  ecclei.  Francor.,  IV,  XX. 

5.  Tejttam,  liotfjrrii  comitù,  ap.  MabilU'NIUM  :  àniud,  Denedi0 
p.  711,  in  appendice. 

G.  Ualuzk  :  Hist,  Tutet.  0»1.  330. 
7.  Gaufredi  Vosikxs.  :  Chronir. 


ET  Dfi  LA  \1C0MTË  DE  LIMOGES.  7 

les  plus  pittoresques,  surtout  dans  les  vallées  de  la  Gartempe 
et  de  la  Briance.  Ces  Golliocs,  formant  la  ceinture  de  nom- 
breux petits  bassins,  st  détachent  de  la  principale  chaîne 
de  montagnes,  qui  descend  du  plateau  de  TÂuvergne  et 
coort  de  l'est  à  l'ouest,  à  droite  du  bassin  de  la  Vienne, 
Ters  les  communes  de  Blond,  de  Mortemar  et  de  Bussière- 
BoiV,  ligne  séparative  du  sol  granitique  et  du  sol  calcaire. 
La  partie  du  sud,  ou  Bas-Limousin,  est  généralement  plus 
accidentée.  Qu'on  remonte  les  cours  de  la  Corrèzc,  de  la 
Vézère  et  de  la  Dordogne  vers  le  grand  plateau  de  Mille- 
Vadies,  où  le  mont  Odouze  rivalise  de  hauteur  avec  le 
Puy-de-Dôme,  on  remarque  de  nombreux  phénomènes  géo- 
logiques produits  dans  des  temps  inconnus;  des  masses 
granitiques,  qu'on  dirait  lancées  d'hier  par  des  volcans; 
des  amas  de  scories,  de  longues  traînées  de  lave  s'étendant 
d'une  colline  à  l'autre,  comme  d'anciens  lacs  de  pierre 
fluide.  De  là  descendent,  en  mugissant,  sur  des  blocs  de 
granit,  la  Corrèzc  et  la  Vézère,  qui  vont  verser  leurs  eaux 
dans  la  Dordogne.  La  température  est  froide  et  humide  dans 
ia  contrée  montueuse,  tandis  qu'à  mesure  que  les  vallées 
s*a]longent  vers  l'ouest  ou  le  midi,  le  sol  se  revêt  des  plus 
belles  cultures,  et  la  vigne  couronne  les  coteaux.  Quant  aux 
habitants  de  ces  contrées,  ils  appartiennent  bien  à  la  même 
race,  tout  en  présentant  quelques  différences  de  caractère, 
qui  semblent  naître  de  la  diversité  du  sol.  Au  nord,  ils  sont 
plus  graves,  plus  réfléchis,  plus  patients  aux  travaux  péni- 
bles, plus  endurcis  aux  privations;  au  midi,  plus  enjoués, 
moins  rudes  dans  leur  extérieur,  moins  âpres  dans  leur 
(engage  et  plus  recherchés  dans  leurs  vêtements.  On  dirait 
qu'ils  ont  respiré  le  souffle  des  races  ibériennes  qui  ont  dû 
f-.!nchir  la  Dordogne,  pour  se  porter  vers  le  nord  par  le 
bjsàin  de  la  Vienne. 
La  terre  des  Lemovkes  conserve  encore  quelques  souve- 


8  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

nirs  des  temps  celtiques  et  de  ses  relations  avec  It 
Isis,  la  déesse  égyptienne,  y  eut  un  culte  sur  la  ( 
d'Issandon  ',  alors  que  les  druide^  les  prêtres  de  Te 
cachaient  la  célébration  de  leurs  mystères  au  fou 
forôts,  ou  dans  les  valloQS  solitaires.  Les  monumei 
cette  époque  sont  des  dolmens,  autels  ou  tombeaux,  I 
d'une  large  pierre  horizontale,  appuyée  sur  d'autres  i 
informes  servant  de  supports.  Parmi  ceux  que  l'a 
logue  peut  désigner  pour  le  Haut-Limousin,  nous  cî 
ceux  du  Poyol,  paroisse  d'ËybouIcuf;  de  Montpeyn 
roisse  de  Sauviat;  de  Château-Chervix ;  de  Frémarêt 
mune  de  Folles;  de  BerneuH,  qui  repose  sur  cinq  su{ 
les  pierres  druidiques,  menhirs  ou  peuhans  des  Mé 
commune  de  Saint-Paul;  de  Saint-Léger-la-Montagi 
Pic,  commune  de  Javerdat  et  de  Cieux;  les  tumn 
sépultures  gauloises,  mais  dont  quelques-uns  peuvei 
appartenir  aux  premiers  temps  de  la  domination  roi 
à  Beaumonty  commune  de  Saint-Paul;  du  Masneuf 
mune  d'Ëyjeaux;  de  Biénac  et  de  Veyres.  Le  Bas-Lii 
en  compte  aussi  un  assez  grand  nombre,  mais  dont 
ractère  n'offre  pas  toujours  la  mCmc  certitude  :  la 
de  Treignac,  regardée  comme  un  autel,  où  s'accc 
saient  de  sanglants  sacriflces;  les  peulvans  ou  men, 
Sainte-Fortunade,  sur  un  plateau,  d'où  Ton  décou' 
monts  du  Cantal;  deux  autres  encore  plus  remarqi 
l'un  sur  la  route  de  Beaulieu  à  Tulle,  l'autre  dans  la 
de  La  Gardelie;  celui  de  Clair-Fagê,  dont  la  consti 
est  regardée  comme  un  ouvrage  des  fées  par  les  lé 
de  la  contrée;  le  RoC'de^Yic,  où  quelques  archéologl 
cru  voir  la  l'orme  symbolique  du  Dracontium,  ou  m 


1.  Dufium.  Durif  montagne,  hidis  dunnm,  montagne  d'Isi».   ( 
DE  Taillbfer  :  Antwjmtéi  de  Vétone.  T.  I,  p.  29.) 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOGES.  0 

qui  représentait  la  croyance  des  druides  '  ;  les  trois  tumuli^ 
près  de  Chamberet,  au  lieu  appelé  le  Puy-du-Doignon^  for- 
icant  trois  tertres  de  cinq  à  six  mètres  de  hauteur  sur 
soixante  de  circonférence ,  qui  recouvrent  les  restes  des 
guerners,  dont  la  gloire  et  le  nom  sont  aujourd'hui  oubliés. 
Od  en  trouve  aussi  d'autres  sur  les  collines,  ou  dans  les  val- 
ktts,  à  Vigeois,  à  Lubersac  et  autour  de  Pompadour  *. 

Le  Bas-Limousin,  par  sa  position,  était  exposé  aux  inva- 
sions qui  venaient  du  Midi;  aussi  est*ce  dans  cette  partie 
de  la  province  que  les  Gaulois  multiplièrent  leurs  moyens 
de  défense.  On  en  voit  des  vestiges  sur  les  collines  de  Roc- 
de-Vic,  de  Chatellux,  de  Sarjani  et  de  Pauliac,  dont  l'ap- 
proche était  défendue  par  des  masses  granitiques  pénible- 
ment remuées,  et  par  des  masses  de  petites  pierres  desti- 
nées à  être  lancées  sur  les  assaillants.  Le  pic  Chatellux  ^ 
offrait  des  dispositions  stratégiques  encore  plus  remarqua- 
bles :  tout  le  circuit  était  garni  de  redoutes,  coupé  de  fossés 
de  distance  en  distance,  en  montant  au  point  culminant  de 
il  position.  Sur  une  autre  éminence,  qui  sép'ire  les  étroites 
ciliées  de  la  Corrèze  et  d'Obazine,  s'élève  le  pic  Pauliac, 
ceint  de  rochers  granitiques,  dans  un  ordre  stratégique  tout 
particulier.  C'était  un  poste  avancé  hors  de  la  ligne  nalu- 
reiie  des  autres  lieux  de  campements.  On  dirait  encore  quQ 
toat  j  est  Touvrage  d'un  peuple  de  géants. 

Les  coutumes  religieuses  du  monde  grec  et  du  monde 
égyptien  étaient  venues  des  Bouches-du-Rhône  et  des  Pyré- 
nées sur  les  collines  du  Limousin.  Elles  y  avaient  nécessai- 
rement opéré  de  certaines  modifications  sociales.  Alors 
'ommença,  pour  re  continuer  jusqu'à  nos  jours  dans  un 

'.  J'fUrmai  de  flntiitut  historique^  rapport  de  1838. 
1  V.  pTMir  plu§  de  renaeigncmeDli  mon  Histoire  du  Bas-limousin ,  2  toI. 
^•.  Tcll-î.  1842. 

Chitillux,  CaHellum  Lucis,  ainsi  Dommé  par  les  Romains,  lorsqu'au 
'j  n^KÏà  conquête  ilft  y  Tirent  briller  les  derniers  feux  gaulois. 


10  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

nouvel  ordre  d'idées,  cet  usage  solennel  d'allumer  di 
dans  tous  les  hameaux,  la  première  nuit  d'été,  aujoQ 
la  Saint-Jean.  Issandon,  la  montagne  d'Isis,  Roc-de-1 
montagnes  de  Blond  et  les  autres  cimes,  comme  des  | 
donnaient  le  signal  de  cette  fête  nocturne  aux  popu 
d'alentour,  et  ce  signal  courait  en  traits  de  feu  d'à 
du  pays  à  l'autre.  Les  Celtes  cependant  continuèrent^ 
vre  principalement  le  culte  de  leurs  ancêtres,  et  de  se 
sous  les  chênes  des  druides.  Il  fallut  enfin,  après  d* 
siècles  d'indépendance,  qu'ils  subissent  la  loi  des  étn 
dont  ils  avaient  déjà  appris  le  nom  par  quelques  f 
échappés  aux  victoires  de  Marins. 

Bientôt  sonna  l'heure  fatale  qui  devait  donner  des  i 
à  la  Gaule.  Le  Limousin,  en  contact  avec  le  pays  i 
vernes,  fut  appelé  à  prendre  part  à  la  grande  lutte 
tuée  à  une  vie  indépendante,  au  milieu  de  ses  prc 
forêts,  sur  ses  montagnes  de  lave  ou  de  granit,  dan 
litude  de  ses  vallées,  la  population  s'émut  an  bruit  i 
miers  succès  du  rival  de  Pompée.  Mais  déjà  une  pa 
la  Gaule  était  dans  les  mains  des  étrangers.  César  la 
morte,  quand  la  voix  du  Vercingétorix  des  Arvcr 
tentit  parmi  les  tribus  limousines.  L'appel  de  la  p 
de  la  liberté  menacées  fut  entendu,  et  bientôt  lei 
lémoviques,  soumises  depuis  quelque  temps  aux  Ai 
en  qualité  d'état  client,  comme  elles  l'avaient  été  a 
du  Berry  et  ensuite  à  ceux  d'Autun,  fournirent  dix  i 
leurs  guerriers  à  la  grande  conjuration  de  celui  qa 
sait  le  défenseur  de  la  liberté  du  vieux  monde  gaul 
Arvemes,  comme  les  Lémovices,  prétendaient  po< 
la  même  origine  que  les  Latins  '  ;  mais  les  souvi 

i.  Arvernique  au*i  LiIlw  sibi  fiufjrero  fratre:?, 

Sanguiiw  ab  Uiaco 

(LucAiN  :  De  heih  civt'/t.  ^  Ahvtkn  Ml 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  UMOGES.  fi 

celte  firmleraité  n'étaient  plus  qae  légendaires;  le  sentiment 
de  la  liberté  l'emportait  snr  tout. 

Le  sncoès  ne  répondit  pas  aux  efforts  des  combatlants; 
les  Lemofîces  hirent  vaincus  avec  leur  chef  Sédulins,  qui 
yérît  daas  la  mêlée  au  siège  d'Alésia^  (53  av.  J.-G.),  ville 
qû,  comme  limoges,  regardait  l'Hercule  de  Tyr  comme 
90O  Ibndateiir.  Le  commandement  de  Sédulius  passa  à  ses 
ils,  Dorutias  (l'homme  fort)  et  Cœlicomatus  (l'homme 
cberenx  d'azur)  qui,  à  la  tète  de  deux  mille  des  leurs, 
Tinrent  attaquer  César  sous  les  murs  de  Gergovie  *.  La  vie-- 
tûire  fut  d'abord  indécise;  mais  surpris  par  les  Romains,  à 
h  faveur  de  la  nuit,  les  deux  frères  perdirent  une  partie  de 
km%  forces*  Cependant  les  combattants  ralliés  par  Cœli- 
conutos,  reviorent  engager  deux  autres  combats,  dans 
lesquels  périrent  deux  lieutenants  de  César,  Fabius  et  Pé- 
trooius  *.  Ifaîs  la  fortune  trahit  la  Gaule  ;  la  division  se  mit 
dans  les  rangs  des  Lémovices  :  deux  de  leurs  chefs  firent 
leur  soumission  au  vainqueur,  qui  donna  à  Duratius,  l'un 
f  e«x,  le  gouvernement  de  h  province.  Alors  toute  la  con- 
trée snbit  la  domination  romaine,  à  tel  point  qu'un  parti  de 
Gaulois- Angevins  (Andegavi)  ayant  tenté  de  s'emparer  de  Li- 
■t«es«  Duratius  les  repoussa.  César  récompensa  sa  fidélité 
^ËT  le  titre  de  proconsul,  avec  la  mission  de  percevoir  des 
tributs  dans  une  partie  de  la  Gaule,  et  lui  offrit  la  dignité  de 
lénateur.  Mais  le  noble  Gaulois  refusa  cet  honneur,  qui  Tau- 
nit  éloigné  de  son  pays.  Limoges  dut  à  ses  soins  de  devenir 
des  plus  belles  cités  de  l'empire.  Auguste  le  maintint 


I.  Sadniias  dnx  et  pnnceps  LemoTicum  occiditiir.  (fij-s.  De  bello  GnlLf 
t>  ^H,  ctp.  £1).  (>n  cooimU  une  monnaie  de  Se<lnlm»,  portant  d'un  o6té  son 
"^o?.  *Lt  l'autre  uiw  bacbe  gaaloÎM,  placée  entre  nw  pied  et  une  main 

ar^t-  ft  la  turot). 

1  Ift-viiiif .  m4ob  tet  ann,  on  ftelon  d'antren  Gergaffe,  aujourd'hui  village  à 
4ra  Imkj  «od-cai  de  Clermoiit. 

*.  Cx»iB  :  CommatL,  I.  tV. 


12  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

dans  les  mêmes  fonctions  ^  On  voyait  encore  au  xys 
au-dessus  de  Téglise  Sainte-Félicité,  en  montant: 
place  des  Jacobins,  des  ruines  qui  auraient  app| 
un  palais,  ou  à  un  vaste  théâtre  dont  les  traditk 
saient  honneur  à  Duratius^.  La  Gaule  était  bien 
et  la  politique  adroite  des  conquérants  ne  tarc^ 
lui  faire  oublier  sa  nationalité.  La  cinquième  paj 
légions  romaines,  sous  les  ordres  de  G.  Ganiniua  1 
campa  dans  le  Limousin,  où  chaque  position  militali 
l'origine  de  nouveaux  centres  dont  l'archéologue  i 
les  vestiges. 

Des  traditions,  empruntant  une  certaine  autorité 
giographes,  qui  les  ont  recueillies  dès  les  premier 
du  moyen  âge,  nous  donnent  les  noms  de  quelque! 
grands  dignitaires  de  Tempire,  auxquels  fut  confié! 
nistration  du  pays  des  Lémovices  :  Sénobranus,  su 
de  Duratius,  dont  il  acheva  les  monuments,  le  pa 
théâtre';  Lucius  Gapréolus,  ainsi  surnommé  àcaua 
courage  et  de  son  agilité  à  poursuivre  les  ennemis 
lieux  les  plus  abrupts,  et  qui  aurait  fait  construire 
teau  fort  à  Ghâlus  {Castrum  Lucii  Capreoli)  ;  après 
fils  Lucius  Léocadius,  élevé  à  Rome,  où  il  aurait  • 
de  Drusus;  Sabinius  Culminius,  qui  appartenait  i 
grandes  familles  du  pays.  S*il  n'est  pas  possible  d 
de  dates  précises  à  ces  personnages,  on  peut  ôtrc 

1.  On  coanalt  une  monnaie  ou  médaille  on  argent  de  Ountiq 
DVHAT.),  |)orUnt  au  rovorH  le  chevreuil,  symbole  de  l'autonomie 
vice»,  et  au-dessou»  ROMA.  Une  autre,  trouvée  à  Eymoutierft 
frappée  à  Limoges,  en  l'honneur  de  César;  on  y  lit  :  D.  D. 
{Donum  dedicavit  Lemovica;  ou  pluU^t  :  dedicaverunt  L,emo\ 
de  Beauménil.  —  ÀLLOU  :  Monuments  du  Limousin, 

2.  Bontmeni,,  T.  111,  p.  19. 

3.  Sur  l'emplaceihent  attribué  à  ces  constructions  on  a  trouva 
de  vases,  ornés  de  bas-reliefs,  dont  l'un  porte  au  milieu  d'un  cerd 
(Sénobranus),  des  fragments  de  statues,  des  débris  de  mosaïque 


J 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  13 

croire  qu'ils  ^ipartiennent  aux  temps  des  deux  premiers 
Césirs.  Limoges,  nommée  Augustoritum  en  l'honneur  d'Au- 
guste, sorDommée  la  «  seconde  Rome  »  par  ses  habitants, 
placée  jMT  le  même  empereur  dans  la  Gaule  aquitaniquo, 
aunit  eo,  dans  cette  même  période,  son  sénat,  son  capitole, 
son  monicipe,  un  amphithéâtre  S  des  aqueducs  et  des  fon- 
taioes;  el,  au  milieu  de  jardins  délicieux,  placés  sur  les 
deux  bords  de  la  Vienne,  d'élégantes  yillas  servant  d'ha- 
bHatîoas  aux  riches  Gallo-Romains,  agents  de  l'autorité  im- 
périale. Parmi  les  monuments  les  plus  somptueux,  on  re- 
Biarqnail  surtout  le  palais  de  Croustha^  à  une  lieue  de  la 
fQle,  et  celui  de  Jocondiac,  dont  les  merveilles,  peut-être 
légendaires,  rivalisaient  avec  ce  qu'avait  produit  de  plus 
beau  le  génie  romain.  La  population  d'origine  gauloise 
préféra  la  prospérité  matérielle  aux  chances  aventureuses 
des  révoltes  essayées  ailleurs;  employant  son  activité  à  de 
hcratives  spéculations  commerciales,  donnant  aux  Césars 
ce  que  les  Césars  enfants,,  énervés  par  la  débauche,  récla- 
Baient  de  Rome  et  du  monde,  des  flatteries  et  une  obéis- 
lioce  façonnées  par  la  corruption.  Pour  cela,  elle  se  Ot 
omrrière,  tissa  la  laine  de  ses  troupeaux,  envoya  ses  étoffes 
MX  patriciens  de  Rome  avec  son  or,  qu'elle  savait  déjà 
ciseler,  et  les  autres  produits  de  son  industrie. 

Partout  où  les  maîtres  du  monde  avaient  intérêt  à  s'éta- 
blir, ou  trouve  les  vestiges  de  leur  domination,  le  tracé  des 
camps,  où  séjournaient  leurs  légions,  à  Villejoubert*;  à 
rCchoisier.  le  camp  de  César  ^;  au  Puy-Châtelard  {Podium 

I.  !^]r  aiM*  partie  du  temiu  occupé  par  la  place  d'Orsay.  Selon  les  t radi- 
um ^lofinii*^  par  de»  découvertes  archéolo^ques,  la  ville  gauloise  aurait 
«1  ^.r  <vip|jir»*ment  le  quartier  nommé  plus  tard  la  Cité,  compris  entre 
CAty^  àf  Saint-Martial  et  le  château  de  Beauséjour.  Plus  tard ,  sous  les 
&Aai^,  elle  «étendit  du  Naveii  à  la  Roche-au-Goth.  (D'EXFILLI  :  Diction. 
fr^^  p.  253.) 

L  Cununuoe  de  Saint-DeniJ-des-Murs. 

}.  Oniraime  de  B<muat.  (Nadacd  :  Mt^.,  T.  111,  p.  263.) 


14  HISTOIRE  D£S  VIC0MTE8 

Coêtelli)  ^  ;  à  Tintignac,  près  de  Tulle^  position  très«ii 
tante»  qui  surveillait  les  limites  du  pays  du  côté  di 
vergue'  :  à  Chasscnon  {Cassinomagus)^  dont  les  ruini 
encore  les  plus  considérables  de  la  France.  AUleii 
villas;  à  Condat,  au  confluent  de  la  Vienne  et  de  la  Bij 
près  de  Pierre-Buffîère,  la  villa  d'Antoine  {villa  An 
Les  restes  des  voies  antiques,  qui  mettaient  Limo| 
communication  avec  Poitiers,  Clermont,  Périgueux 
et  Saintes,  et  qu'on  indique  encore  sous  le  nom  de  o) 
ferrés  {Lou  chemies  forrats)  près  de  Limoges,  à 
Priest-sous-Aixe,  à  Ghessenon,  à  Cieux,  à  Blon, 
d'âutres  points  appelés  chemins  romains,  témoignes 
de  Tactivité  stratégique  des  maîtres  du  monde.  Le  * 
de  Limoges  conserve  de  précieux  restes  des  antiqui 
pays  recacillics  pieusement   par  les  archéologues 
statue  de  Jupiter  découverte  au  village  de  Giaud 
cippes  funèbres  de  Pœtus  PœtinuSj  de  Sabinianus  et 
bineus;  du  grammairien-philosophe  Blesianus;  de  P\ 
IrenetÂS,  affranchi  de  César;   ûq  Julia  Insidiola^  à 
Anniota;  de  Julia  Annonia;  de  Sulpicia  Regina  et  c 
sieurs  autres;  des  vasos  couverts  extérieurement  i 
reliefs,  représentant  des  combats  de  gladiateurs,  de 
nités  païennes;  des  urnes  funéraires;  des  amphore 
assiettes  en  terre  noire  vernies,  trouvés  à  Lubersi 
pcrciacus)  en  1870  et  conservés  dans  le  ch&teau  di 
localité. 

i.  Commune  de  SAiiil-Sulpice-I^urière. 

2.  Ce  c&mp  semble  indiqué  [at  ce  passage  des  Commentaires  à 
«  Quibus  gestis,  Cv«ir  duas  legioues  iu  Lemovicum  finibus  coU« 
longe  ab  Arvernin.  »  (Lib.  VIII,  De  bello  civiti.)  Quelques  localités  i 
roos  sont  désignées  par  des  noms  d  origine  latine  :  Mous-Jose  {Moê 
Cérou  {Cérèi),  Bach  {Bacchui),  Jeueste  (/<m«ii*),  Lcuuo  (Lkimi), 
{Mansio  Servent),  Tulle  (Tutela),  qui  put  bien  être  un  avaut-poûî 
ligiiac,  |)our  garder  la  vallée  de  la  Corrèze.  (Baluzk  :  IJist,  TuteL)  ' 

3.  Commune  de  la  Uocbe-rALeille. 


ET  DE  lA  VICOMTE  DE  LDIOGES.  15 

Depuis  la  conquête  romaine  jusqu'à  rinvasion  des  bar- 
^  Limoges  n*a  pour  histoire  que  des  traditions  recueil- 
lies par  les  hagiographes.  Comme  dans  d'autres  provinces, 
aa  moins  pomr  la  partie  la  plus  riche  de  la  société,  on  j 
\iTait  de  la  rie  de  Rome.  Le  caprice  des  Césars  et  de  leurs 
représentants  couvrait  ses  belles  collines  de  palais,  les  en- 
tourait de  murailles,  semait  de  riches  villas  sous  de  frais 
omiirages  sor  les  bords  de  la  Vienne.  La  population  d'ori- 
gine ganloise,  attirée  par  toutes  les  séductions  qui  lui  fai- 
saient oublier  sa  nationalité,  se  pressait  sur  les  gradins  des 
arènes,  réclamait  jMiiiaii  et  eircenses^  pendant  que  les  riches 
Italiens,  ou  ceux  des  Gaulois  qui  s'étaient  faits  les  agents 
de  Fempire,  allaient  aux  thermes  d'JSroti,  ou  Evaux^  étaler 
îeur  luxe,  se  reposer  des  plaisirs  voluptueux  ou  des  fatigues 
de  Tadministration.  Tout  avait  été  organisé  pour  que  les 
provinces  subissent  les  lois  du  pouvoir  dont  Rome  était  le 
centre  :  celle  du  Limousin  {Lemovicina  provincia)  fut  par- 
tagée en  plusieurs  centres  principaux  correspondant,  peut- 
étse,  aux  anciennes  divisions  politiques  des  temps  celtiques, 
car  les  conquérants  durent  nécessairement  adopter,  en  les 
transformant,  certains  usages  des  peuples  conquis.  Aussi 
trooTons-nous,  dès  les  premiers  siècles  de  Tère  impériale, 
le  pays  divisé  en  tribus,  dont  un  certain  nombre  formèrent 
Its  Pnyi  majores,  les  Pagi  minores^  les  vigueries  {vicariœ) 
sobdivisécs  quelquefois  en  centenies  ^ 

!.  Qotlqatê  uuscriptioos  démontrent  que  sous  les  Romain?,  au  moins  dans 
•  pnmi^n  temp«,  les  Lémovices  se  divisaient  encore  en  tribus,  parmi 
•ii^là»  les  Camàiovicenses j  les  Andecamulenses.  Sur  le  portail  d'une 
qui  aTsit  appartenu  à  l'abbaye  de  Graudmont,  ou  lisait  cette  inscrip- 
troaTte  à  Rançon  (m  vko  Hancou)  : 

NVMINIBYS  X\'G,[ustl] 
FINVM  PLVTONIS 

ANDECAMVLEN 
SES  DE  SVO  POSVE[r^J. 

{Ap.  script,  rer,  FranCj  T.  1.) 
«nteon  ont  conjecturé  que  le  culte  de  Plutoo  dans  la  Gaule  était 


16  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Que  gagna  cette  contrée  en  devenant  une  des  grC 
subdivisions  de  Tempire?  La  civilisation  y  Rt-elle  d1 
rapides  progrès  que  dans  les  provinces  du  Midi?l 
porte  à  croire  qu'elle  ne  s'assimila  que  lentement  les  mi 
les  institutions,  la  religion  et  les  usages  des  conquéif 
Aucun  nom  gaulois  ne  se  trouve,  d'ailleurs,  dans  les  ini 
tions  connues.  Les  produits,  les  ressources  du  sol  n^ 
pelèrent  point,  dès  le  commencement,  de  colonies 
de  l'autre  côté  des  Alpes;  son  ciel  était  trop  nuageul 
collines  trop  peu  fertiles,  ses  vallées  trop  étroites  ell 
humides,  pour  que  les  Romains  y  établissent  de  grandi 
ploitations  agricoles,,  comme  dans  les  autres  conlréj 
rOccident.  Si  leurs  divinités  eurent  un  culte  dans  quel 
unes  des  principales  localités,  elles  ne  firent  point  of 
les  antiques  croyances  des  Celles.  Les  sombres  forôl 
Limousin  retentirent  encore  longtemps   de  la  voii 
druides  convoquant  les  tribus  à  la  célébration  de 
mystères,  réveillant  parmi  elles  des  souvenirs  de  na| 
lité  etjd'indépendanceS  leur  montrant  certains  pro^ 

antérieur  à  la  conquête  romaine.  César  lui-même  dit  que  les  Gaulois  1 
talent  d'eu  descendre.  (Tkxier  :  Inscriptions  y  p.  98.)  Rançon  se  nom 
Andecamulum?  On  sait  que  Camuius  était  un  des  surnoms  du  diei 
Ande,  selon  l'abbé  Lclxtuf,  signiGait  victorieux.  Une  autre  iuscrifi 
Rançon,  serait  une  consécration  au  dieu  Hercule  par  Tibérius  Juliu!<  Ju 

HBRCVU   DEO 
TID.   IVL.   IVLIAN. 

Ainsi,  trois  divinités  du  i)aganismo  g:rec  dans  cette-  localité,  ce  qi 
porte  à  croire  qu  elles  u*y  eurent  droit  de  cité  qu'après  l'arrivée  des  It< 

Les  anciennes  tribus  gauloisi>s  corres^pondaient  très-probablement  as 
minoreSy  qu*on  retrouve  au  moyen  âge  dans  les  chartes  de  quelque! 
làires  :  Andecamuienses  (pays  do  Rançon).  —  Biaenas  (pays  de  Beyi 
Betrivus  (pays  do  Bort?).  —  Amacensis  (pays  du  Puy-d'Arnac).  —  Bi 
(pays  (le  Brive).  —  Cambiovicenscs  (pays  de  Chambon).  —  Cambù 
(pays  de  Chamboulive).  —  Exandoncnsis  (pays  d'Yssandon). — Legor 
de  ChÀlus).  — Joconciacus  (pays  de  Jocondiac).  —  Usercensis  (pays' 
che).  —  Sigermontensis  (pays  de  Nigremont).  —  Santria  (pays  de  1 
trie).  —  Rofiacense  (pays  de  Roufliac;.  ^•Solîemniacensis  (pays  de  So 
(Dblocue  :  Cartuiaire  de  Beaulieu,) 

1.  Nunc  ipse  si|mum  celestis  ira*  daturo.  et  poi^sessionem  rcrum  h 


ET  DE  LA  MCaWTK  DK  LIMOCKS.  IT 

I  autant  d«  préuges  de  In  cbuto  de  l'empii-e.  Des 
I  de  ipwiiti  ou  des  doeds  qui  les  rnppelleat,  ilési- 
!  les  lirnï  où  s'accomplissaient  les  cér^mo- 
ts,  Itb  que  tians  te  Ba^-tiiDousin  Pei/rflevaile,  la  lioche- 
T-Ftia,  Ftix-Fagle  r(  Piftrefite.  Une  génération  a  dit  'a 
■  qu'on  y  offrit  des  sacrillces  sauglanls,  que  la  voix 
a  dieu  iaoonou  s'y  f)l  entendie  au  milieu  des 
■  «pi'oii T cODÛft ît  la  terre  les  dépouilles  d'un  moit 
li  e«t-ce  enrore  la  pierre  dressée  par  les  fées,  ou 
nuttportée  par  des  géanL<,  sur  laquelle  les  mauvais  géoies 
wBaeot  ditkser pendant  \e&  itutls  orageuses;  pour  d'autres, 
m  aaliqoa  autri  où  &e  soot  reposés  les  saints  du  chrislin- 
«mr.  qae  ne  tnppe  januii-t  la  foudre,  et  dont  la  poussière. 
nelée 4 certains  breuvages,  guérit  certaines  maladies'. 

A  liiangTfti  AD  contraire,  le  vieux  moude  gaulois  s'efTaç» 
i«t«ol  Je  noade  romaio.  Celte  ville,  d'abord  phirc  de 
.'uerrr  pu  n  potition  stratégique,  centre  d'une  grande  ad- 
^liiùslntioii.  téjuar  dt-«  tiimillcs  p.ilriciennes,  comme  des 
uDîUe  ^nlobes  qui  briguaient  l'bouneur  d'être  les  agents 
^  l'empire,  devînt  no  vaslc  entrepôt  de  commerce  entre  le 
Jtmà  «l  le  Midi.  La  population,  pour  satisfaire  de  nou- 
«■m  bcMHDt,  les  goûts  luxueux  de  »es  maîtres,  demanda 
tdostritt  ce  que  lui  refus-iit  la  nature  du  sol  :  les  grandes 
I  qui  oouduiuîent  à  Saintes  {^edioUtntim),  par  l'Ërî- 
X  cl  porCha&scooo,  lui  apportaient  le  sel  des  marais  de 
I  et  lu  fins  de  la  Saiatonge.  Ce  fut  bienlQt  une  des 
^■richci  cilèt  (le  l'empire.  Les  étrangers  de  distinction 
•wiienl  T  triî^ier  le  droit  de  bourgeoisie  ;  les  robes  patrî- 
.;  dansKsnies,  dans  ses  comptoirs,  sorses 


D  lierlisrinn   înlKliaDil)».  u 


18  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

places  publiques,  où  l'on  ne  voyait  guère  la  saie  gaid 
que  sur  queloues  pauvres  habitants  de  la  campagne,  qi| 
naient  vendre  les  fruits  de  leurs  champs,  pour  en  douai 
produit  au  fisc  ;  car  le  despotisme  impérial,  en  ruinand 
provinces,  ne  laissa  bientôt  plus  qu'à  quelques  localitét 
vilégiées  le  droit  de  commerce,  jus  commerdi;  tandis  qq 
citoyens  romains  usaient  largement  de  leur  fortune,  p^ 
daient  de  vastes  propriétés,  ces  latifundia^  où  traval 
pour  eux  un  peuple  d'esclaves.  Ces  grands  propriétairi 
sol,  romains  d'origine,  ou  gallo-romains,  ne  seraient-ilf 
au  moins  pour  la  plupart,  les  ancêtres  de  ces  grands4 
priétaires,  qui  se  firent  les  agents  de  l'autorité  royalt| 
les  premiers  temps  de  la  conquête  franque?  A  qui,  eai 
les  premiers  rois  mérovingiens  auraient-ils  pu  mieuxl 
guer  leur  pouvoir,  qu'aux  descendants  de  ces  familial 
core  riches,  influentes,  ayant  à  leur  disposition  de  nom! 
esclaves  et  des  hommes  libres  pour  clients  ? 

Cependant,  quelque  absolue  que  fût  la  soumissiofl 
Lémovices  ;  quelque  complet  que  fût  leur  rénoncemeÉ 
cause  de  la  nationalité  gauloise  ;  quelque  dévorantes 
fussent  pour  les  inspirations  passionnées  de  l'honneur  i 
la  foi  les  habitudes  de  leurs  caractères  mercantiles,  le  < 
tianisme  introduisit  à  Limoges  une  vie  nouvelle.  Au  prl 
siècle  de  l'ère  chrétienne  (72  ans  ap.  J.  C),  ou,  selon 
très,  un  peu  plus  tard,  apparut  dans  ses  murs^  sous  11 
consulat  dn  Silanus,  beau-frère  de  S^biQ.ius  Culminl 
son  successeur,  saiut  Martial,  disciple  des  apôtres,  ac 
pagné  de  saint  Alpinien  et  de  saint  Austridinien,  ai 
dans  la  Gaule,  pour  y  prêcher  la  bonne  nouvelle,  coi 
les  misères  humaines,  en  leur  apportant  les  divinei 
messes  du  Christ  *.  Mais  toute  vérité^  si  elle  contrar 

1.  Diveriei  date«  ont  été  «Mignéett  à  la  venue  de  saint  Martial  k  I 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  LIMOGES.  19 

intérêts  hamains  ;  si  elle  fiait  obstacle  aux  mauvaises  pas- 
sions oo  an  pouvoir,  n'est  acceptée  qu'à  la  longue,  ne  triom- 
phe que  par  les  pins  dnres  épreuves.  Le  christianisme  était 
trop  grand  pour  se  faire  accepter  sans  peine  de  Rome 
païenne,  pour  s'incarner  dans  un  corps  dont  les  propor- 
tions morales  étaient  sî  misérablement  asservies  par  la  cor- 
niption.  n  n'allait  ni  aux  patriciens,  ni  aux  Gallo-Romains 
qui  s'étaient  enrichis  au  service  de  l'empire.  Proclamer  dc- 
Tanl  eux  les  droits  de  tous  à  la  liberté,  à  Tégalilé  devant 
Dieu;  abaisser  l'orgueil  au  niveau  des  plus  humbles,  c'était 
attaquer  les  privilèges^  porter  la  hache  dans  les  rangs  de 
cette  société  dégradée  par  toutes  les  infamies,  et  qui  s'en- 
dormait sous  l'antorité  du  plus  honteux  comme  du  plus 
lâche  despotisme.  Ce  fut  cependant  la  noble  et  sainte  mis- 
sion dont  se  chargea  saint  Martial,  le  premier  apôtre  de  l'A- 
quitaine, et  qu'il  accomplit  au  prix  d'un  glorieux  martyre. 
Avec  lui  commença  à  Limoges  la  belle  époque  des  légendes, 
récits  mystérieux,  que  répètent  encore  les  habitants  du 
Limousin^  car  aucune  province  n'a  mieux  conservé  les  sou- 
Tenirs  de%  épreuves  et  des  triomphes  de  la  foi  chrétienne. 
Mais  comme  toute  vérité  nouvelle  n'efface  pas  toujours  les 
erreurs  du  passé,  mais  les  transforme  selon  les  nécessités  des 
temps,  on  trou^'e  encore  dans  le  pays  des  croyances  super- 
stitieuses d'origine  celtique,  telles  que  le  culte  des  fontaines, 
la  foi  aux  présages  et  autres  défaillances  de  l'esprit  humain, 
slaspirant  de  sentiments  sincèrement  religieux.  La  science 
it  DOS  temps  s'efforce  de  les  détruire  ;  mais  trop  sûre  d'elle- 
9ème,  égarée  par  le  scepticisme,  elle  ferme  trop  souvent 
les  jeoz  au  rayon  divin  qui  illumine  les  consciences. 

Le  passagexie  saint  Martial  a  donné  lieu  à  un  grand  nom- 
bre de  légendes  aussi  pieuses  que  poétiques.  Il  séjourna  à 

•*<  A  <{ueatioa  a  été  longtemps  coatroTenée.  Selon  le  Ritael  de  Limoges,  U 
»r!  iJ#-  l'apMre  ee  rapporte  k  l'an  13  de  J.  C. 


20  HISTOIHE  DES  VICOMTES 

Rofflgnac,  au  château  nommé  La  Blatiche^  près  d'Uzei) 
sur  les  ruines  duquel  fut  édifiée  une  chapelle,  placée  i 
son  invocation.  De  là  il  vint  à  Brive,  où  il  baptisa  le  pè| 
la  mère  de  saint  Justinian  ;  à  la  OrifToIière,  où  le  peu] 
courut  lui  demander  la  foi  qui  console,  qui  guérit  les 
du  corps  et  de  l'âme.  La  fontaine  où  il  puisait  l'eau  dq,J 
tême  est  encore  en  grande  vénération.  Le  bruit  de  si 
racles  se  répandit  au  loin,  u  II  vint  à  Tulle,  y  fut  reçu, 
la  maison  du  riche  Arnoul.  Pendant  son  séjour  la  fille 
noul,  tourmentée  par  un  esprit  immonde,  en  fut  dél 
mais  on  la  croyait  niorte,  quand  l'homme  de  Dieu,  lui 
nant  la  main,  la  releva  et  la  remit  bien  portante  à  son 
Dans  la  même  ville«  dit  une  autre  légende,  le  prii 
gouverneur  du  château,  nommé  Nerva,  parent  de  Néron^j 
rait  son  fils  unique.  Le  père  et  la  mère,  désolés,  apporU 
cadavre  aux  pieds  de  l'apôtre:  a  Homme  de  Dieu,  lui 
ils,  soyez-nous  en  aide!»  Le  saint  pleura  avec  eux;  i 
après  avoir  prié,  il  ordonna  au  mort,  au  nom  du  Sai 
crucifié,  de  se  lever,  et  celui-ci,  revenu  à  la  vie,  se  j 
crier  :  a  Homme  de  Dieu,  baptisez-moi  du  signe  de  la  i 
Trois  mille  six  cents  personnes  furent  baptisées  le  q 
jour  *. 

Le  christianisme,  entré  dans  la  Rome  païenne  a^ 
deux  plus  grands  apôtres  du  Christ,  avait  déjà. pi 
dans  le  palais  des  Césars;  à  Limoges,  il  eut  de  | 
néophytes  dans  les  familles  patriciennes.  Suzanne,  fij 
de  Léocadius,  dont  le  mariage  avait  été  l'occasion  de 
brillantes  ^  et  qui  pleurait  la  mort  prématurée  d'un  fils 
aimé,  en  Thonneur  duquel  elle  aurait^  selon  quelqo 
gendes,  fait  construire  le  château  de  Chalusset  {Coi 
Lun/tt),  fut  la  première  qui  ouvrit  son  cœur  aux  éli 

• 

t.  OniiKJtic  Vital  :  HisL  de  Normandie, 

2,  Hist.  du  Betry,  liv.  II.  —  Fleury  :  UÎMi.  ecclés. 


3 


rr  [>E  LA  VICOMTE  IIK  LIMOr.K;?.  si 

:.  Valérie,  ta,  fllle  unique,  bérilière  d'un  gi-and 
)  et  d'une  gnuide  fortuoe,  promise  en  mariage  au  pro- 
il  Stlanus,  *t  convertit  aussi  ei  lit  tœu  de  virginité.  A 
Rt«  oPSTelIc.  son  ftaacé  accourut  du  Tond  de  laUreLigne, 
jéraal  U  ramener  au  cullo  de  sus  ancêtres.  La  jeune  fille, 
e  l'épouse  dn  Cbrist,  ne  cédant  pas  plus  à  ses  prières 
bu  wa  SMoaces,  rat  par  ses  ordres  décapitée  dans  les  jar- 
s  do  paUU  procoftsulaire,  au  moment  où  un  tremble- 
nt d«  terre  ébranlait  la  ville  jusque  dans  ses  fondements, 
e  npte  de  la  malédiction  divine  tombée  sur  les  meur- 
.  Silanus,  nommé  aussi,  dans  quelques  chroniques, 
rfiias  Cotia,  envoyé  de  Rome  pour  persécuter  les 
^ktiniit  aussi  onlonné  le  supplice  de  saintMartial, 
kieux  restes  auraient  été  inhumés  dans  le  cime* 
iUo-romaîD,  alors  situé  en  dehors  de  b  ville,  où  plus 
Uni  Ait  cotulraite  l'église  souterraine  de  Saint-Picrre-du- 
Sfpolcre  '.  L«  taog  des  martyrs  fut  fécond  ;  les  bourreaux 
f4tnrxirTi(  souvent  leur^  victimes  et  se  raisuient  cbrétiens  : 
SïUdds  se  convertit  et  perdit  son  gouvernement;  ses  suc- 
coMar»  Stéphanus*  et  Sabintus  Culminius  renoncèrent 
MMi  aux  Uveurs  impériales  pour  se  faire  chrétiens. 
AoréUco,  second  évAque  de  Limoges,  continua  dignement 
c  riesoa  prédécesieor,  dont  il  avait  été  le  disciple  ^  et 


L'aMaj*  rfaSunt-lbftiil  fut  Ulie  iiir  Ir  mAiii?  einiiUccmi^ul.  [L**I>1^ 
a,  Jf«.;  Allou  :  UoHumenlt  tie  la  Haute- Virnne.j  — 
Jurrtitn.  I.*  nnrlinilofr»  ilu  limniulii  Bm  *uI  ulendel  de  mu. 
M  Sicnu,  \t  .iiM.i-ao-  dn  l'j^liir  d«  Sum-Pierre-du-S^piilerT. 

u.  )r  mèaif>  [|ii'KiiPuni'i  taaaii  aaui  Tita-le-I)uc,  ifODTsrneur 
ioA  le  tomticni]  lui  loapUiii|i*  filiri  iljiai  l'âgliu  lonicrrunr. 

Ce  sniHl  MR»pbtg«  nt  pMiil  etîMi'  mi- 
,  nie  N«me-4ci-C»ninM, 
;.  Snt  Aar^D  fct  tohimiA  iLu»  ud«  |>etiiD  cluprlli*  plici^  •ou*  ton 
•I  nt^m^niUi  «i  IKI   |nr  l'éifcpi*  B*rlon  Je  Mnultos.  L(-t 
^'il  fuit  prtin  ilrt  fiui  i]i«iu  Ion  île  l'urivér  ilr  uiiii 
^^  *mM  lai  rW««r,  «1  qu'«l»ri  tnffi  ir.  i«  hwltr  el  rifiiilii  â 
1.  Il  M  U  dirrtim. 


22  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

mérita  par  l'ardeur  de  sa  foi  d'èlre  honoré  ^comme  uo  s^ 
JLe  nombre  des  conYertis  ne  fit  que  s'augmenter,  malgré^ 
persécutions  ordonnées  par  les  empereurs  :  plusieurs  à 
pendant  scellèrent  encore  de  leur  sang  les  vérités  cM 
tiennes.  D'autres  s'enfuirent  dans  des  solitudes,  d'où  li| 
exhortations  arrivaient  à  leurs  frères  par  des  messages^ 
la  bonne  nouvelle.  Evodius,  troisième  évêque  de  Limo| 
«  homme  de  grandes  lettres  »  selon  les  chroniques,! 
forcé,  au  temps  de  la  persécution  ordonnée  par  Domit( 
de  se  cacher  dans  les  montagnes,  où  il  mourut,  après  a] 
posé  les  fondements  de  l'abbaye  d'Evaux.  ^ 

Donatien,  non  content  de  persécuter  les  chrétiens,  i| 
encore  jaloux  de  quiconque,  par  sa  iortone  ou  par  soai 
rite  personnel,  portait  ombrage  à  son  despotisme^  ruin^ 
familles  patriciennes  établies  à  Limoges,  en  leur  6tant  U 
anciens  privilèges.  Cette  ville  perdit  pour  longtempi 
splendeur,  ses  ressources  commerciales.  Le  peuple  éo 
d'impôts,  persécuté  pour  ses  croyances,  se  révolta;  f 
ques  légionnaires  furent  massacrés.  Antomn-le-Pieux^ 
semblait  promettre  à  l'empire  la  paix  et  la  liberté,  d| 
à  la  ville  quelques  beaux  jours,  pendant  lesquels  aurai| 
achevé  le  magnifique  amphithéâtre  commencé  par  Àdrii 
mais  cédant  aux  injustes'  dénonciations  de  ses  délégués^ 
tre  les  chrétiens,  accusés  d'honorer  leurs  morts  comme 
dieux,  parce  qu'ils  venaient  prier  sur  leurs  tombes,  i 

• 

!..  Oa  1  trMfé,  p«ri<iaai  les  Uftvaiax  eiécaUt  anx  Arènet,  direrM 
dailki  d'Adrien  et  d'Anlaûn.  QuaAt  à  i*aiiipbiUiéAtre,  ropinioii  U  plat, 
nde  «si  qa'U  fta  oomoMneè  par  Adrien.  Beuunénil  a  donné  à  oeUa  oa 
coUs  imenotiao  : 

UIF.  CAIS.  MVO  HT.  AHm  HADaUBiO  AMI, 
MVl  TIAUMI  PAaiHia  MAX.  FlU 
MVI  NEaVAK  MENm  AVfi.  PONT. 

mjLiuu  pp.  nu  p.  u.  cos.  u 

ABMMAE  LnOV.  AIDIP.  LIC 
XX  B  LEO.  XUU  PXa*  p.  M.  u. 


ET  Dfi  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  23 

uîreBiMit  placées  dans  des  lieux  écartés  et  devenus  plus 
Urd  mtant  de  petits  oratoires,  il  ordonna  l'établissement 
d'an  cimelière  commun.  Malgré  les  persécutions,  le  christia- 
nisme fil  de  rapides  progrès  dans  la  société  gallo-romaine; 
le  p^ntsme  ne  pouvait  résister  à  ce  courant  d'idées,  ac* 
ceplées  d*aatant  plus  facilement  par  les  masses  qu'oppri- 
mées, ruinées  par  l'exagération  des  impôts,  elles  ne  voû- 
taient plus  croire  aux  dieux  du  Capitole,  ni  à  l'apothéose 
des  Césars.  Sous  l'épiscopat  d'Adelphius,  vers  276,  la  con- 
versa de  l'empereur  Constantin  donna  enfin  la  liberté  i 
l'Eglise,  et  dès  lors  les  évoques  jouirent  d'une  très-grande 
autorité,  qui  contrebalançait  souvent  celle  des  comtes  ou 
soavemeurs. 

Lliérésie  d'Arias  porta  bientôt  le  trouble  dans  les  rangs 
des  fidèles,  et  donna  lieu  à  de  nouvelles  persécutions,  dont 
révèqoe  Exapérius  fut  la  première  victime.  L'arianisme, 
protégé  par  les  empereurs,  s'imposa  aux  consciences  des 
Boareanx  convertis,  trouva  des  partisans  dans  les  classes 
éievéet,  parce  qu'il  se  rapprochait  des  doctrines  philosophi- 
qoet  de  récole  d'Alexandrie.  Les  Visigoths,  qui  débordè- 
reoi  sur  le  limousin  et  dans  sa  eapitale,  Tavaient  adopté  en 
eotroaC  dans  l'empire.  Si  nous  en  croyons  la  lettre  de  Si- 
doine Apollinaire  au  pape  saint  Basile,  Euric,  leur  roi, 
«pmssant  par  les  armes,  fougueux  dans  sa  colère,  impétueux 
àua  sa  jeaoesse*,  »  aurait  fait  massacrer  à  Limoges  un 
çraad  nombre  de  catholiques.  Exochius,  ou  Edochius,  fut 
oUigé  de  quitter  son  diocèse  pour  se  réfugier  en  Bretagne. 
Ooelqne  temps  après,  il  voulut  revoir  son  troupeau,  le  con- 
imer  dans  la  foi,  et  revint  secrètement.  Surpris  par  ses 
ameoBt,  il  Ait  tné  aa  moment  ob  il  priait  sur  le  tombeao 
4e  saint  Martial.  Fortnnat  de  Poitiers  eut  des  larmes  pour 

i.  «  Anm«  poiens,  aeer  «M»,  alaeer  timis...  Lemcmeem  htum  ipiri* 
mine  liuium  tnxit.  »  (6lD.  AraixiN.^  1.  Vif,  BpùL  vi.) 


24  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

pleurer  le  martyr,  et  des  vers  pour  célébrer  sou  coun 
8a  gloire  ^  Le  peuple,  las  de  ces  persécutions,  se  ré' 
mais  rentra  bientôt  dans  Tordre,  à  l'arrivée  d'Alaric  I 
usa  contre  lui  des  plus  cruelles  vengeances.  Jocondus, 
Gallo-Romain,  comte  de  Limoges,  prit  la  fuite,  laissât 
jeune  iils  Arédius,  qui  devait  ôlre  un  saint,  entre  les  i 
de  Gondebaud,  allié  d'Alaric. 

Si  nous  en  croyons  les  chroniques  du  temps  et  les  ] 
riens,  qui  s'en  sont  inspirés,  la  domination  des  Gofl 
ftttale  à  >a  Gaule,  en  deçà  de  la  Loire  :  «  Les  églises  f 
fermées,  les  ronces  et  les  plantes  sauvages  couvrirc 
pierre  des  autels.  »  Il  y  a  peut-être  trop  d'exagération 
ces  plaintes,  redites  par  le  clergé  catholique,  qui  se  fl| 
facilement  le  défenseur  des  riches  Gallo-Romains  f&ch 
voir  les  Goths  en  possession  des  riches  contrées  du 
Limoges,  selon  quelques-uns,  n'aurait  pas  eu  trop  à  se  | 
dre  de  ces  barbares  façonnés  à  la  civilisation  romain^ 
lui  auraient  labsé  ses  lois,  ses  privilèges  de  cité,  moii 
formes  fiscales  de  Tempire.  S'ils  préféraient  l'arianisf 
catholicisme,  c'était  moins  par  convictioa  que  par  ja] 
contre  les  évoques,  qui  semblaient  faire  revivre  la  on 
impériale  et  s'en  attribuer  les  droits  et  les  privil 
Etablis  en  Gaule  par  le  consentement  d'Honoriuii 
avait  acheté  leur  alliance  au  prix  de  la  main  de  sai 
donnée  à  leur  roi,  ils  n'écrasèrent  point  le  peuple^ 
pûts,  ne  groupèrent  point  de  forces  militaires  daj 
villes.  On  sait  que  les  provinces  du  Midi,  déjà  ra^ 
par  les  Vandales,  si  malheureuses  sous  les  demierf 
pereurs  romains,  ne  maudirent  point  les  Goths  i| 
qu'on  l'a  dit.  —  «  Gothicum  fateor  me  esse  secutumi 
sait  saint  Paulin,  un  des  prêtres  les  plus  savants,  m 

1.  Qui  tria  lustra  gereas  io  pontiflcatus  honore, 

Pergit  ad  aotiquot^  plèbe  gemente,  pâtre». 


ET  DR  M  VICOMTE  DK  I.IMuiLE.-*,  an 

^tigeûl  pu  le»  opinions  d'Avîlus,  l'évËque  palricîen  de 


(,  dnraot  U  domination  des  Uotbs,  .;.f  me  api-èa  la 
de  Vouillè.  après  laquelle  Jocondiis  reprit  son  titre 
dceoBttet  Bl  cDnstruirel'6gli$i>  de  Saint-Michel  de  Pisto- 
rto*,  toascmit  encore  de  précieux  restes  de  son  ancienne 
pmpinié^  le  gn&l  des  arts  et  des  lettres,  vou^h  à  honorer 
ti  rdîgicm  chrétienne  ;  une  société  gardienne  des  souvenirs 
4c  l'uttiqoité:  des  fonûltes  sénatoriales  encore  riches  et  lii- 
nrtMCi;  des  plébtieos  émancipés  par  le  chrislinnisme, 
durehut  le  fortune  dans  le  travail,  toujours  sûrs  de  trou- 
tir  ém  le*  évCqucs  des  protecteurs  contre  l'oppression. 
t  artistes  s'inspiraient,  dans  le  même  temps,  des 
t  créaUuas  de  l'architeclure  et  de  la  sculpture,  dont 
•  ««utoroé  le  tombeau  de  saint  Martial';  saint  Pros- 
p«r,  penei  ki  lettres,  jouissait  d'une  grande  réputation  de 
■ieioe  el  de  verta*.  Devançant  de  plusieurs  siècles  le  pro- 
pès  da  calcul  dans  la  supputation  des  années,  Viclorius 
nfef14rt"'t  tes  tendances  de  l'esprit  humain  aux  travaux 
rffMnz  par  son  Cycle  pascal,  cette  table  en  huit  colonnes, 
raoere  estimée,  malgré  tes  imperfections  \  composée  sons 


L  Fu,UJn:(  :  BmehariàlKhnti. 

S.  Ê.  Min  hil  ik  Pwtona.  tinaj  aamnA  <le  tt  i]uc  le  (bnditpui  }  biuii 
■^■^■ir  in  frôi  «m  papirwl  [PLC^miE  :  Glati.)  Ce  tul  >uvi  iutr«r'>i> 
1^^  £am  «lilMTc.  «clan  nmffnr  <le  Vig^*.  (A/i.  Lnlihr,  T.  11.  ])■  SBU.] 

L  11  lut  Mtefrt  ihM  ma  pFlit?  ulup«U«  de  LiiuogM. 

t.  ^ùtf  pTo|wr  d  A>iniuiiir.  uu  iIm  Vint  de  l'EgUic  lu  V*  )Uv1p,  naquil 
•  i^B^M,  wlie  UM  b^u.lR.  Ilenurd  GuidonU.  qui  tinit  lu  xn™>iM«, 
«  sMuMMl  qu'il  Bifiui  lUui  le  dioof'W  :  ■  Sanchu  Pretjirr,  v&  iUtulrU 
É  »  ■rtr»i.  ez  ^uvM'n-iu  .If  mf.iniir,  atqav  n  Lemontx'ui  itiœeai,  tient 
w^anÊmti  *w*  IkMu  Iniiiidil  i-n'ar  Hithiiuiliu,  tilitù  onuitém.  ■ 

L  CriBO  :  Sm»it  it»  Lmumiùt.  Mliiitcurj  viriniiu  cmt  dit  que  Vieloriui 
««  iri  ■>  Aquualaa.  !.<  uiaui  iiisihrnuiiri«n  Pial  de  Utddelbuurg  esl  In 
fa^m,  ^am  a.  atm.  de  Le  Gnom.  l'illuiare  Wa4<l<ctln.  ni  à  Conroleu. 
ft  rai  leH  ealtm  •  Llaïqrea,  npioina  adoflin  'IrpuM.  (Jiwirt  an  CycU  peiril. 
■  ta  MWMi  i  KbMd,  «•  tSI  ;  Virtonu»  •';  éuil  nMri  reudaiil  li  *><iii.i«- 


âtt  UISTOIRB  DES  VICOMTES 

le  pape  Mtint  L6oa.  Le  souvenir  des  ancieim  munici 
point  de  départ  des  libertés  communales,  se  contiai 
les  élections  canoniques  auxquelles  le  peuple  était  i 

Deux  évoques  de  grande  naissance  »  Rurice  I*' 
rice  II,  de  la  famille  Annicia,  illustrèrent  Téglise  de 
ges  :  Rurice  P%  après  avoir  épousé  Ibéria,  fiUe  d'ui 
cien  de  la  province  d'Auvergne,  mariage  dignement 
par  le  poète  Sidoine  Apollinaire,  duquel  naquirent  di 
Omatius  et  £parchius,  renonçant  aux  joies  de  la  fam 
concert  avec  sa  femme,  se  consacra  à  la  vie  religieui 
élevé  à  répiscopat  Disciple  de  saint  Hilaire,  ami  de' 
d'Arles,  de  Fauste*de-Riez,  comme  eux  il  aima  les  le 
les  arts  et  mérita  que  Sidoine  Apollinaire  vantât  sei 
les  charmes  de  son  style  «  rapide  comme  la  ilamme,  i 
comme  Tonde,  doux  comme  le  miel,  piquant  coi 
sel  K  »  Défenseur  énergique  aulant  qu'habile  des  prl 
de  son  église,  il  signa  la  déclaration  du  synode  d'An 
protestant  contre  les  usurpations  du  roi  Théodeberi 
partie  de  son  patrimoine  fut  employée  à  fonder,  ei 
neur  de  saint  Augustin,  Tillustrc  et  saint  évoque  d'Hip 
un  monastère  et  une  église  situés  en  dehors  de  Tij 
primitive  de  la  ville.  Tous  ses  soins  et  son  amours 
tendirent  à  l'enrichir  de  magnifiques  ornements,  ewâ 
à  l'architecture  et  à  la  peinture  '•  Là  religion  reconna 
y  reçut  son  tombeau.  Rurice  II,  son  petit-ûls  et  son  j 
seur  au  siège  de  saint  Martial,  se  distingua  aussi  p] 
lents  littéraires  et  par  de  grandes  vertus.  Il  écrivit 
gyrique  de  Théodoric,  roi  d'Italie,  moitié  barbare, 
civilisé,  qui  aima  avec  orgueil  les  belles-lettres. 


!•«•«•  Aecipe  per  ptiernioum  paginam  veitrtni,  qu»  plus 
babeat,  ioeerium  mU  Cetenim  ekiqiiii  oopiam  banc  praléri,  kotolii 
(Siooii.  Apojxui.,  L  X,  Bidiioia  xvi.) 

2.  LilBl  :  T.  IV,  des  Coacilw  ;  ScHpéar.  nr.  frw^.^  T.  IV* 

3.  I.  11.  EpiiU  XIV  et  LX. 


CT  DE  LA  MCOMTÉ  DE  MMOiJES.  ^ 

loolnt  coDsener  &  sa  nation  son  ignorance  et  ses  mœurs. 
Le  LÎQKHUiii  dtil  &  rel  évf-que  quelques-unes  de  ses  plus 
belles  ^im,  précieux  témoignage  de  la  reconnaissance 
pibliqne  en  rbotiticar  des  saînls  personnages  qui  se  vouaienl 
A  U  Ti«  rtJigiease.  Au  milieu  de  la  Tor^L  de  ComodoUaeum, 
Joniass  éuil  venu  faire  l'apprentissage  de  la  vie  érémi- 
UqneaDprès  de  saint  Amand,  vieillard  vénéré  qui  s'était 
cbobi  une  pauvre  babilalion  snr  les  rives  sam'Hges  de  la 
nnoe.  Rarice  était  allé  souveot  visiter  cet  asile  de  la 
prière  et  de  la  pénitence;  aussi  à  la  raori  de  l'ermilc,  son 
an  el  son  bienfaiteur,  fît-il  construire  sur  son  tombeau 
me  batiliqae,  autour  de  laquelle  se  groupèrent  plusieui's 
imisûDS.  Telle  fut  Torigine  de  la  ville  de  Saint-Junien  '.  On 
loi  attribue  au»^î  à  Limoges  la  fondation  de  l'église  de 
Sainl-Picrre-dn-One  jroix,  où  il  fut  inhumé*.  Selon  d'autres, 
il  donnil  son  dernier  sommeil  dans  la  mfme  crypte  que 
ninl  ianten'.  Ces  deux  évtques,  dignement  célébrés  par 
PctlBBaL  de  Foitiers,  furent  les  deox  grandes  illusfratîoas 
de  l'élise  de  Limof  es  aux  v*  et  vi*  siècles  ♦. 

I.  UUJCD  :  Outm.  Cemadoiiacemf.  p.  £8> 

3,  CMU  ésliw.  coumite  en  507,  lut  nomniia  S.-Fetrus-de-Qvailriiiio 
jmfwt  via,  umrour},  du  Ullii  <lu  moyeu  Sifv,  Cairohtnsis  :  plus  lanl, 
(jWyTiir.  Aim»  h  UnftK  da  Rabeldl.  pour  lu  dnlio^er  de  Samt-PitrrV' 
^  Htftti  ' .  <>•  't«ii  lé  taulieui  lio  Hiut  llanûil.  L'égliie  Je  ihi>  Jouni,  et 
Il  ■liiii  nom,  ronuL-rf«  rn  IlSi,  n'a  plus  ri«u  de  U  aiu.'tnu:tiuii  primiliTe. 
L  b  M.  et  gtilit  epp.  LtPmvic. 
t.  Hic  xura  pauUfiEiim  loto  tidi^ulûL  muiida 

Uembra  sepakra  tcgUDt,  (pirïtus  astm  colil, 
Ruricii  gernini  flores,  quibai  Annicionim 

JtmcU  pueuLali  culiiùae  Uarni  Fuil. 
ktia,  meDle.  i^adu,  prflnamiue.  saspuine  ueiî, 

Enltut  paritcr  binr  otiu,  Me  nepo«. 
Tempore  puisque  luu  ruadans  y\\  leinpla  pilruiii», 

bl>  AncnMiHi,  eoiulùlit  ille  P«tri. 
Ilïe  probo*.  ille  pina,  bic  >«nui,  ille  wreaos, 

CÔUnlei  paiilcr,  qui»  cui  m^or  irriL 
Plnrima  pkaperilMU  iribuentei  diTile  ceuu, 


28  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

C'est  encore  à  Tun  d'eux  qa'on  fait  honneur  de  k 
traction  d'une  église  de  Brive,  bâtie  sur  Templacea 
saint  Martin  aurait  Irouvé  les  palmes  du  martyre.  Poi 
naître  les  premiers  jours  de  cette  localité,  c'est  enc< 
légende  des  saints  qu'il  faut  recourir.  Le  Christian 
avait  été  accepté  dès  le  temps  de  saint  Martial,  mais 
miers  principes  de  la  divine  révélation  y  avaient  été  c 
à  la  suite  des  invasions  et  des  persécutions. 

((  Saint  Martin,  né  en  Espagne,  vint  dans  la  Gaule 
ter  la  bonne  nouvelle,  consoler  les  hommes  des  i 
tions  des  barbares.  De  l'Italie,  où  comme  l'abeille, 
recueilli  le  suc  des  fleurs  du  christianisme,  il  passa 
Périgord,  rencontra  dans  le  village  de  Savignac  un 
nommé  Laurent,  avec  lequel  uni  d'amour  divin,  il  pi 
foi  dans  les  campagnes,  y  brisant  les  idoles.  Appren 
dans  le  Limousin,  en  un  lieu  appelé  Brive,  la  pop 
adorait  encore  les  faux  dieux,  il  s'y  présenta,  une  cr 
main,  dés  paroles  d'amour  et  de  paix  sur  les  lèvn 
chant  le  Dieu  incarné.  Le  peuple  irrité  s'arma  de  pi 
de  bâtons,  et  le  corps  de  saint  Martin,  sanglant  et  bi 
fût  bientôt  qu'une  plaie,  et  cependant  il  ne  demam 
grâce,  mais  sollicitait  de  Dieu  le  pardon  de  ses  meo 
Laurent  lui  donna  la  sépulture;  et  les  habitants,  bii 
proie  à  de  craelles  maladies,  s'apercevant  que  les  ol 
aux  faux  dieux  ne  guérissaient  personne,  s'adres« 
saint  Martin  et  tous  furent  guéris.  La  renommée  de 
clés  opérés  sur  son  tombeau  se  répandit  au  loin.  ^ 
nien,  pour  arrêter  les  malheurs  de  son  empire,  en% 
les  barbares,  fit  déposcMur  le  tombeau  du  martyr  ul 

Quoi,  ipargrente  manu,  redimentet  crimina  muudi, 
Inier  apoftiolicos  credimui  esM  choit». 

Felicet,  quhftic  do  nobilitate  fugaci 
Mercati,  iu  cœlii  jura  senatut  habent. 

(FORTUN.,  Uh 


ET  DE  LA  VICX)MTÉ  DE  LIMOGES.  29 

d'or  lail  par  les  plus  habiles  ouvriers  de  Constantinople,  où 
il  était  vena  épouser  Badoxie,  fille  dé  l'empereur  Théo- 
dose n  (437)  «.  • 

Dans  ce  anquième  siècle,  oh  disparut  l'empire  d'Occi- 
dent» emporté  par  le  flot  des  barbares  tombant  comme  une 
nulédietion  du  Ciel  sur  une  société  dégénérée,  incapable  de 
réssier  à  la  tempête,  l'Église  seule  fit  face  aux  révolutions, 
accepta  seule  la  noble  mission  de  défendre  les  derniers 
lettes  de  la  civilisatioa,  le  droit  et  la  liberté  contre  Tabus 
ëe  la  force.  Alors  qu'en  deçà  de  la  Loire  on  s'efirayait  à 
I  ^proche  des  hordes  germaniques  franchissant  le  Rhin,  de 
leur  marche  à  travers  les  villes  dévastées,  les  forôts  incen- 
diées,  de  tout  ce  qu'on  racontait  de  la  bataille  de  Soissons, 
A  tomba  le  dernier  représentant  de  la  puissance  romaine, 
rCglise,  forte  de  l'aulorilé  de  ses  dogmes  divins,  calme, 
kénAfoe  et  sainte,  se  posait  en  face  de  l'orage.  A  la  nouvelle 
lia  triomphe  des  Francs  à  Vouillé,  confiante  dans  la  grâce 
d'en  haoty  descendue  sur  le  front  du  Sicambre  par  les 
prières  de  saiot  Rémy  et  par  celles  de  saint  Vaast,  elle  se 
consacra  à  la  transformation  de  l'élément  barbare,  en  le 
HMonettaot  à  l'empire  du  catholicisme.  Grande  dut  être  la 
joie  des  chrétiens,  quand  ils  virent  le  premier  roi  franc,  le 
béroa  de  Soissons,  de  Tolbiac  et  de  Vouillé,  s'agenouiller 
«r  le  tombeau  de  saint  Martial,  poser  les  fondements  d'un 
-MUoîre  dans  le  petit  village  de  Scholoriense  K  Cependant 
Qmf  ne  connut  qu'imparfaitement  la  vieille  cité  gallo- 
romaine  et  la  terre  des  Lémovices  ;  ses  guerriers,  désireux 
^  champs  plus  fertiles,  d'un  climat  plus  doux,  étaient  im- 

t.  timMT..  Tra.  :  Hùt.  Franc,  —  Chron*  de  saint  Martial. 

2.  l'a  Twm  titre  Utln,  eontenré  autrefois  dans  le  trésor  du  Dorât,  localité 
i|yfc<€  Sthoim-iaue  an  v*  tiède,  porte  à  croire  que  l'église  primitive  rernon* 
ifEiA  à  CifiTis,  qui  y  aurait  fondé  un  petit  oratoire  eu  l'honneur  <le  sainte 
C-a  #i  de  aaiat  Pierre,  «  le  porte-clef  du  royaume  des  cieux.  »  Uot'LUETON  : 
BmL*kh  Marche.  —  GaU.  chriHiana.) 


30  HISTCHBE  DES  VICOMTES 

patients  d'aller  chasser  les  Goths  des  bords  rianft 
Garonne  et  de  TAdour  :  venus  les  derniers  dans  la 
les  richesses  du  Midi  les  attiraient;  ils  semblaien 
gner  les  provinces  du  nord,  que  ne  menaçaient  { 
tribus  germaniques.  Des  bords  du  Tanaïs  à  ceux  de 
tique,  l'invasion  avait  fait  halte;  la  race  slave  pi 
premières  assises  des  nationalités  qui  allaient  faire 
le  vieux  monde  romain. 

Sous  la  domination  des  Francs,  le  catholicisme  i 
lui  les  hommes  les  plus  remarquables  par  leur  nai 
des  lettrés,  ceux  qui  tenaient  de  l'empire  les  boni 
l'autorité,  qui,  devenus  les  colonnes  du  sanctuaire, 
vèrent  leur  influence  dans  l'ordre  politique  par 
qu'ils  prirent  aux  affaires  publiques,  les  premiers  • 
de  l'agriculture  par  la  fécondité  qu'ils  surent  doni 
lieux  les  plus  déserts,  où  ils  établirent  de  petites  i 
de  reb'gieux  voués  à  la  prière  et  au  travail  des  i 
Parmi  ces  fondateurs  de  monastères,  se  présente  i 
premiers  Arédius  (saint  Yrieiz),  fils  de  Jocondus  os 
dius,  comte  ou  gouverneur  de  Limoges,  qui  s'était 
l'approche  des  Bourguignons,  alliés  d'Alanc  :  ce  jeul 
tier  d'une  grande  famille,  arraché  à  son  pays,  coi 
Trêves,  passa  ses  premières  années  à  la  cour  de  1 
bert,  où  il  fut  d'abord  traité  comme  esclave.  Les  gà 
son  extérieur  et  son  intelligence  attirèrent  sur  lui  ^ 
tion  de  l'évoque  Nicélius,  qui  l'attacha  à  sa  personii 
fit  rendre  la  liberté  ^  A  son  retour  à  Limoges,  Péll 
mère,  qui  avant  de  le  mettre  au  monde  avait  eu  le  | 
timent  de  ce  qu'il  devait  être,  confia  son  éducation  H 
tien,  premier  abbé  de  Vigeois,  qui  l'initia  à  rétqj 
lettres  et  aux  pratiques  de  la  religion,  puis  le  fit 

1.  Gregor.  tufon.,  1.  X,  c.  29. 


ET  DI  LA  MCOHTÉ  DB  LIMOGES.  3f 

10  sacerdoce.  La  noble  et  sainte  femme  s'associa  à  toutes 
les  œuvres  de  son  bieu-aimé  flls,  fonda  avec  lui  un  monas- 
tère à  Attmumj  ao  milieu  d'une  immense  forêt,  d'où  allait 
rayonner  dans  le  Limousin  la  foi  chrétienne  avec  la  vie  mo- 
nastiqoe,  et  l'enrichit  de  si  nombreuses  donations  territo- 
riale$.  qu'ony  vit  bientôt  accourir  plusieurs  personnes  atti- 
rées par  la  répntation  du  fondateur,  qui  en  M  le  premier 
abbé.  Un  doit  anssi  le  regarder  comme  le  fondateur  de 
i'abbaye  de  Vigeois  de  l'ordre  de  Saint-Benoit,  par  les  cons- 
tmctioDS  qo^il  fit  Cdre  sur  les  ruines  d'un  petit  oratoire  où 
sKtttt  retirée  une  sainte  fille,  nommée  Badalbodès,  venue 
de  la  Grande-Bretagne,  où  le  catholicisme  ne  trouvait  pas 
coeore  parmi  les  Pietés,  les  Angles  et  les  Saxons  le  calme 
des  soUtodes  nécessaire  aux  divines  aspirations  des  Âmes. 
Afédios  (saint  Yricîx)  fut  l'ami  de  Grégoire  de  Tours  et  de 
Fortonat  de  Poitiers.  Les  maisons  qui  se  groupèrent  autoui 
de  la  sobtudc  d'Attanum  formèrent  la  localité  qui  a  pris 
depuis  le  nom  de  son  fondateur  ^ 

s.  L'ntiqw  abbaye,  oa  motiastère  de  Saint-Yrieix,  fondé  vers  l'an  572,  fut 
•  «»  f^r  WD  fonflateur  et  «on  premier  abbé  à  l'abbarc  de  Saiot-Martin- 
.  'MiBltL05  :  Analecfa,  T.  Il,  p.  48.  —  Gall.  christ.)  Il  y  avait 
«  ircute-deax  canouieat».  dont  les  titulaire»  deraicnt  être  gradués  et 
Ec  1 123,  le  cbapttrc  exponit  au  ppc  Martin  V  que  son  égrlne,  immé- 
«HKimîie  an  saint-siége,  était  la  seconde  du  diocèse,  après  Limoges, 
«a  abbé  était  crosfté,  comme  l'indiqne  Taocord  de  1307  fait  par 
Philippe-le-Bel.  Ce  cbapitre  avait  la  «eigncnrie  temporelle  de  la 
ft  4*^  ^muA  nombre  de  fiefs  et  de  leigneurics.  {Ordon.  des  rois  de 
,  T.  VIO 


:U  1II8T0IRE  DBS  VICOMTES 


CHAPITRE  II 

LES  COMTES  DE  LIMOGES  SOUS  LES  MÉROVINGIENS 
ET  SOUS  LES  CARLO VINGIENS 


\jn  Francs  couÛent  radmioistratioa  aux  Gallo-Romaiua  :  iulluence  di 

—  Le»  ageuU  des  rois  francs  à  LiAioges  et  dans  les  autres  local 
Téreiitiolus,  comte  de  Limogei,  et  Gonthran,  roi  de  Bourfrogue.  — 
contre  Chilpéric,  roi  do  SoissoDs,  et  rinterveutiou  de  l'évéquc  saint 
et  de  saint  Yrieix.  —  Afort  de  Nonnichiuit,  comXe  (U>- Limoges.  — ' 
bert  fait  détruire  les  muraillei  de  Limoges  et  Taubaye  de  la  R 
Dénouement  du  Gallo-Romain  Domnoléuus.  —  Note  sur  Téglise  on 
à  ce  personnage.  —  Saint  Loup,  évoque,  et  Clotairc  II.  —  Saint  E 
famille.  —  Fondation  de  rabbaj'v  de  Solignac.  —  Progrès  des  bê 
à  Limoges.  —  La  légende  de  saint  Pardoux.  —  Lopès,  duc  des  '^ 
s'empare  de  Limoges  et  y  est  tué.  —  Eudes,  duc  d'Aquitaine,  \ij 
Pépin  de  Landen.  —  Il  fortifie  Limoges.  —  Note  sur  la  Cité  et  la 
le  château.  —  Invattion  des  Arabes  et  siège  d'UzercUe.  — »  Saint  ( 

—  Eudes,  duc  d'Aquitaiue,  et  les  lions  de  granit,  symbole  de  son 
à  Limoges.  —  "Waifre  et  Pépin  ravagent  le  Limousin.  —  Pépin 
Uxerche.  —  Mort  d(>  Waifk'e.  —  Pépin  fait  reconstruire  les  égj 
Uotgar,  comte  de  Limoges.  —  Le  Limousin  divisé  en  vigueries.  — 
brement  des  vigueries.  —  liogérius,  comte  de  Limoges,  fonde  l'ai 
Çharroux.  —  Louis-le-Pieux  iuude  labbaye  de  Saint-Martial,  et  n 
États  d'Aquitaine  h  Jacoudiac.  —  Le  comte  Rogérius  à  la  bataille  à 
net.—  Note  sur  lo  i>alais  de  Jocondiac.  —  Raymond  h^,  comte  de  T 
Foulques  et  (lérard,  comtes  de  Limoges.  —  Invasion  des  Normand 
s'emparent  de  Limoges.  —  Note  sur  l'abliaye  de  Solignac.  —  Chf 
Chauve  i  Limoges  et  les  religieux  de  Saint-Martial.  — *  Rodulphi 
véque  de  Bourges,  sacre  le  (ils  de  Charles-le-Chauvo  et  fonde  l'ai 
Ueaulieu.  —  Note  sur  Rodolphe.  —  Les  Normands  alliés  de  Pépin 

L'aulorilé  des  Francs  en  deçà  de  la  Loire  fut  moii 
posée  par  la  force  qu'acceptée  comme  un  moyen  d' 
par  les  populations,  qui  n*avaiont  vu  dans  les  succ6 
d'Alaric  que  les  continuateurs  des  derniers  emperei 
mains  s'entourant  de  toutes  les  satisfactions  luxueus 
Césars,  déléguant  leur  autorité  aux  Gallo-Romains  qt 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  S3 

imbilîon,  recherchaient  les  honneurs  et  les  profits  des  fonc- 
lions  pobliqaes.  Les  rois  francs  acceptèrent  en  grande  par- 
tie cet  état  de  choses  :  ne  pouvant  gouverner  le  pays  par 
eaz-mémes,  ne  trouvant  pas  parmi  eux  assoz  d'hommes 
poarvns  des  qualités  nécessaires  pour  administrer  en  leur 
nom.  ils  confièrent  l'administration  à  des  comtes,  comités, 
cbai^  du  pouvoir  judiciaire  et  administratif  et  du  com- 
mandement militaire.  Ces  grands  fonctionnaires,  établis 
d  ab«ird  dans  les  principales  villes,  eurent  aussi  des  délé- 
gués dans  les  localités  moins  importantes  et  sous  Tautorité 
desquels  se  percevaient  les  impôts  au  moyen  d'agents  du 
Isc,  nommés  eoHêctorês,  comme  dans  les  derniers  temps 
de  1  empire.  Ce»  diverses  fonctions  avaient  trop  d'impor- 
tance par  nnfluence  politique  qu'elles  donnaient,  pour  ne 
pas  être  recherchées  par  les  riches  Gallo-Romains.  Après 
toute  révolution,  œuvre  de  la  conquête,  ou  survenue  par 
soiie  de  nouvelles  aspirations  politiques  ou  sociales,  le  gou- 
Tercement  nouveau  trouve  toujours  des  hommes  disposés 
à  le  servir,  alors  même  qu'ils  ont  été  des  adversaires 
difis  les  dernières  luttes.  Telle  fut,  selon  nous,  l'origine 
des  grandes  familles,  que  nous  trouverons  plus  tard  en  pos- 
session du  sol,  quand  la  féodalité  se  sera  constituée  par 
iVrédité  des  fiefs,  à  Ségur,  à  Combom,  à  Tulle,  à  Venta- 
dcv.  à  Lastours,  à  Turenne,  à  Ghabanais,  et  partout  où 
j  royauté  aura  dél^;ué  ses  pouvoirs  et  se  sera  créé  des 
n»iax.  A  la  tète  de  cette  nouvelle  hiérarchie  se  plaça  tout 
t'ibor  J  le  clergé  par  son  évoque,  reconnu  partout  comme 
-f  défenseur  des  droits  de  tous  les  citoyens,  defensor  civita- 
^.  Le  clerr.-*'  devait,  en  effet,  tenir  le  premier  rang  par  son 
%ad^  par  l'ascendant  de  ses  vertus.  C'était  lui  qui  protc- 
tmi  I»  classes  laborieuses  contre  les  exactions  des  puis- 
uats,  arrêtait  les  violences  du  désespoir  ou  de  la  haine  en 
;^haDt  au  nom  de  Dieu  la  résignation  et  le  courage,  deux 

L  3 


34  HISTOIRE  DBS  VICOIITES 

▼ertas  chrétiennes  donl  il  donna  toujoors  l'ezempl^ 
toQtes  les  grandes  épreu?es  à  travers  lesquelles 
moyen  âge. 

Quoique  la  puissance  des  méroTiogiens  résidât  pi 
lement  au  nord  de  la  Loire,  oà  primitivement  s' 
établies  leurs  tribus,  les  fils  de  Clovis  n'en  exerçaieif 
moins  leur  autorité  dans  le  Midi  par  des  agents  qui  faU 
battre  monnaie  en  leur  nom  â  Limoges,  â  Uxerchc,  ^ 
banais,  à  Ambazac»  à  Neuvic,  à  Auriac  et  à  Ussel  ^  || 
premier  partage  des  pays  conquis,  Limoges,  avec  soaJ 
toire,  fût  attribué  à  Childebert,  et,  après  la  mort  d| 
taire  !*%  à  Chilpéric  qui  le  donna  ensuite  â  Cralsui]|| 
première  femme,  à  titre  de  présent  de  noces  {morgél 
présent  du  matin)*.  Brunehault,  épouse  deSigeber^ 
tmt  bientôt  après,  comme  rachat  de  la  moii  violent^ 
sœur,  victime  de  Frédégonde  (566).  \ 

Pendant  les  guerres  civiles  entre  la  Neustrie  et  rOs| 
les  rois  francs,  avec  leurs  hordes  sauvages  avides  de  pi| 
parcoururent  souvent  le  Limousin.  Téreotiolus,  qui 
été  comte  ou  gouverneur  de  Limoges  ^,  suivit  Gontnj 
de  Bourgogne,  dans  une  expédition  contre  les  Wis^ 
encore  campés  au  pied  des  Pyrénées;  il  fut  tué,  en  ^ 
de  Carcassonne,  par  une  pierre  lancée  d'une  des  poi 
la  ville.  Les  Limousins  qui  Pavaient  vu  profaner  les  é 
piller  les  campagnes,  regardèrent  sa  mort  comme  ui 
nition  divine,    pendant  qu'ils  célébraient  les  ver) 
Gontran,  le  plus  pacifique  des  fils  de  Clotaire  P%  ail 
populations  méridionales  pour  la  douceur  de  ses  n 
et  sympathique  par  ses  convictions  religieuses.  La  mu 

1 .  Ces  localités  ont  fourni  à  la  science  numismatiqne  phisieure  i 
de  la  période  méroTiiigioBne.  {Nmmùmatique  du  Lùnàusm,) 

2.  Ap.  Script,  rer.  Franc,,  T.  III»  p.  244. 

3.  ...  Quonclnm  corne»  LemoTÎcinn.  {Ap,  Greg,  Turon,  :  HùK 
1.  IX.) 


ET  DB  LA  VICOIITË  DB  UMOGES.  35 

dt  ce  prîMe  fesit  thèt-e  an  InbUants  de  Limoges,  qni, 
longtemps  aprèe  hd,  se  ricontaieat  cette  légeade  inscrile 
éum  Ifmn  dironiqiies  :  a  Dans  une  de  ses  expéditioBs,  ta 
fitigoe  d'iBe  longue  mardie  et  l'excessive  chaleur  du  jour 
VctBfkttDi  à  prendre  quelque  repos  dans  les  environs  de 
I.  Pendant  son  sommeil  un  de  ses  compagnons',  qui 
i  tes  eôtés,  ftit  grandement  étonné  de  voir  une  be- 
lette lortir  de  la  bonrse  du  roi  et  courir  ensuite  sur  le  bord 
4^  miaaeaa  sans  oser  le  franchir;  mais  quand  il  eut  mis 
a  longue  épée  en  travers  du  cours  d'eau,  l'animal  accourut 
«■Htôt,  pas»  de  l'autre  cMé,  se  glissa  dans  un  trou  'au 
pied  de  la  montagne,  puis  revenant  par  la  même  voie,  ren« 
Ha  dans  la  bourse  du  roi.  Gontran,  en  se  réveillant,  raconta 
à  son  écujer  qu'il  avait  rftvé  qu'il  était  entré  dans  une 
^  oè  il  avait  trouva  un  trésor.  L'écuyer  lui  ayant 

fini  part  de  ce  qu'il  avait  vu,  le  prince,  voulant  pour- 
suivre sa  vision,  fit  fouiller  la  terre  à  l'endroit  où  la  belette 
teil  entrée,  et  y  trouva  des  statues  d'or  et  d'argent,  dont  il 
maint  consaerer  le  montant  à  couvrir  le  tombeau  de  saint 
Martial  et  à  secourir  les  pauvres  '.  »  Quelle  serait  la  réalité 
et  cette  légende?  Peut-être  la  découverte  d'un  trésor  en- 
boi  par  quelque  riche  Gallo-Romain,  à  l'approche  des  inva- 
mm  gemoaniques. 

Chilpérîc,  roi  de  Soissons,  moitié  civilisé,  moitié  barbare, 
l'eot  pas  les  mêmes  droits  à  la  reconnaissance  du  penple  : 
nnkitieox  d'amasser  des  richesses  pour  satisfaire  ses  haines 
el  set  passions,  il  usa  de  tontes  les  mesures  fiscales  de  l'an- 
administration  romaine,  levant  des  impôts  si  oné- 

que  les  habitants  des  villes  soumises  à  sa  domination 
abandonnaient   leurs  maisons  pour  se  réfugier  dans  les 
royaumes.  Perréolus  (saint  Féréol),  qui  venait  de  ré- 


.  Oir»i.  nis«.  «le  L»nKi|re». 


86  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

tablir  l'église  de  Brive,  en  grande  partie  déiroile  pi 
incendie,  était  alors  èvêque  de  Limoges  '.  Le  pieux  elj 
rageux  pontife  réclama  en  vain  contre  les  exactioi 
prince,  et  surtout  contre  lés  violences  de  Marcus,  soiii 
rendaire,  qui  exigeait  de  chaque  propriétaire  de  conl 
libre,  et  même  des  serfs  ou  colons  (ntanctpu),  une 
de  vin  pour  une  certaine  étendue  de  vignes,  peraripi 
et  d'autres  tributs  en  nature*.  Le  peuple  se  rév< 
l'agent  du  roi  ne  dut  son  salut  qu'à  la  fuite  ;  il  vint 
cer  sous  la  protection  de  Tévêque,  qui  le  couvrit  di 
d'asile,  déjà  accordé  par  Clovis  aux  églises  et  aux  al 
et  calma  les  colères  de  la  foule  en  faisant  brûler  pul 
ment  les  registres  de  l'impôt.  Mais  la  ville  n'en 
moins  livrée  aux  vengeances  du  roi  franc.  Les  prêtre 
ses  d'avoir  été  les  instigateurs'  de  la  révolte,  fureni 
suivis,  et  plusieurs  d'entre  eux  mis  à  mort  aux 
patibulaires. 

La  désolation  était  à  son  comble  dans  les  cai 
comme  dans  les  villes,  dont  les  habitants  vinrent  ei 
supplier  Yrieix,  qui  vivait  encore  dans  son  monastèi 
tanum,  d'intercéder  pour  eux.  Chilpéric  se  laissa 
par  le  pieux  ascendant  de  celui  que  l'Église  compta 
parmi  ses  saints  et  que  la  vénération  publique  a 
regardé,  depuis  treize  siècles,  comme  le  protect 
opprimés.  Il  fit  brûler  les  registres  de  l'impôt, 
laissa  bientôt  entraîner  à  d'autres  excès.  Nonnichii 
par  lui  comte  ou  gouverneur  de  Limoges,  odieux 
ment  de  sa  tyrannie,  n'épargna  ni  le  clergé,  ni 
Son  ambition  et  ses  cruautés  lui  furent  fatales 


leuxj 


i.  Saint  Féréol,  quatorzième  ëvèque  de  Limoges,  rnoonit  tmI 
avait  préttidé  aax  fuDéraillei  de  saint  Yrieix.  (GréG.  de  Toubs  il 
FraneSf  1.  V,  c.  29.) 

2.  AripenniSf  est  semgugerum  in  iongttudine  pede»  240,  in  Uûtm 
(Du  Canoë  :  Giost.) 


i 


ET  DB  LA  VICOIITÉ  DE  LIMOGES.  37 

ftireol  conftsqiiés,  et  il  trouva  la  mort  dans  les  guerres 
ôriles,  qui  Uoublèrent  encore  les  États  firancs.  Le  peuple» 
▼îciiine  de  ses  injustices  et  de  ses  violences,  crut  que  Dieu 
loi  avait  infligé  le  châtiment  dû  à  ses  crimes:  Cette  période 
de  rbisloire  fut  si  triste  en  calamités  de  toute  sorte,  que, 
iongtemps  après,  on  racontait  qu'on  avait  vu  des  torrents  de 
feo  rooler  dans  l'air,  la  terre  agitée  de  violentes  secousses, 
des  pluies  diluviennes  grossir  les  rivières,  qui  dévastaient 
les  champs,  et  des  nuages  de  sauterelles  s'abattre  sur  la 
viUe*. 

Par  Texagération  des  impôts,  Théodèbert,  fils  de  Chilpé- 
ric,  mécontenta  encore  les  campagnes,  qui  se  révoltèrent 
eoQtre  ses  agents  :  sa  colère  ne  connut  plus  de  bornes  ;  il 
At  raser  les  mniailles  de  Limoges,  promena  partout  la  dé- 
solation et  la  mort,  pilla  les  églises,  et  incendia  l'abbaye 
de  la  Hgle  '.  Toutes  les  contrées  situées  en  deçà  de  la  Loire 
enrent  le  même  sort.  —  «  Moult  de  citez  prist,  la  cité  de 
To»rt«  toutRaoursin  et  tout  Limosin;  moines  et  clercs 
tonmenU,  nonainz  viola'.  » 

Doomoléoos,  gallo-romain,  comme  l'indique  son  nom, 
alors  comte  de  Limoges,  à  la  tète  du  peuple  armé,  pour 
arrêter  ces  hordes  de  barbares  avides  de  meurtres  et  de  pil- 
sortit  de  la  ville  et  trouva  la  mort  avec  plusieurs  des 
dans  un  combat  livré  au  Puy-Lanneau.  Selon  d'autres, 
Ihéodebert,  vainqueur  dans  celte  fatale  journée,  l'aurait 
amfwi  au  supplice  (574).  Selon  quelques  traditions,  Dom- 
Boléniis  aurait  combattu  sous  les  ordres  du  patrice  Mum- 
noie,  et  le  combat,  où  périrent  de  part  et  d'autre  vingt-cinq 
miàie  hommes,  aurait  été  livré  près  du  pont  de  Saint- 

L  Jp.  Scripi,  rer,  Frame. 

2.  Axaoin  :  De  gettû  P'nmeomm.  La  tradition  fai»ait  remonter  la  fonda- 
iflB  et  Tabbaje  de  la  Régie  au  temp*  de  saint  Martial,  ce  qui  ne  peut  être 
*aft  fat  ftmr  l'église.  L'abbaye,  proprement  dite,  ne  fut  fondée  qu'au  viu*  t. 

3L  C^roniqset  de  Saint-Dcôis. 


ÉUenne.  Le  peuple  a'oublia  pas  l'ikérolsme  ei  le  dém 
meot  de  son  Ulustre  ééfeiiseiir  ;  U  porta  soq  eoi^  ein 
de  ses  compagnons  dans  une  petile  égfiBe«  plaoée  sout 
vocation  de  saint  Orégoire,  et  lionora  corooie  des  a 
ces  martyrs  du  droit  et  de  la  liberté  K 

Toute  la  période  mérovingienne  ne  nous  «ffire  géki 
le  triste  spectacle  des  excès  de  la  barbarie,  tempéré 
les  sublimes  efforts  du  clergét  toqjours  prêt  à  protègi 
peuple  contre  la  cruauté  et  l'ambition  des  grands,  à  al 
les  derniers  restes  de  la  civilisation.  Aussi  les  hagîogn 
da  Limousin,  ces  moines  lettrés,  qui  nous  ont  reeueilU 
de  pieuses  légendes,  célèbrent-ils  à  Tenvi  Tintervai 
toute  puissante  de  rÉgiise  dans  les  luttes  fratricidei 
soccesseurs  de  Clovis,  et  les  candides  croyances  i 
i6ule,  qui  sut  garder  la  mémoire  des  dtfenseurs  4 
intérêts  et  de  ses  croyances.  Les  barbares  les  plus  I 
chcs  s'inclinaient  souvent  devant  ces  apôtres  de  la  i 
de  la  justice,  iofiplorant,  par  leur  intermédiaire,  Tassii 
divine. 

Saint  Loup,  d'une  origine  obscure,  mais  illustre  pi 
vertus,  désigné  par  ses  qualités  personnelles  pour  ooi 
le  siège  de  saint  Martial  (614),  se  rendit  auprès  de 
taire  U,  pour  obtenir  la  sanction  de  son  élection,  m 
ment  où  la  reine  déplorait  la  perte  prochaine  d'un  i 
enfants.  La  pauvre  mère,  avertie  en  songe  de  Tarrii 

i.  Domnolénus  (saiut  Domnolet),  au  temps  de  Niiui  Féréol,  évS 
LioMgw,  aToit  Ciit  hàUr  aoe  église,  oà  son  coqit  ftii  inhuné.  On  il 
encore  uaguèru  quelques  restes  derrière  la  chapelle  du  sémioaire. 
M  1105,  et  rétablie  plus  tard,  elle  resta  sous  TinTocation  de  saint  Gl 
J«M|u*au  12  avril  1S34,  où  Tétéque  Jean  de  Lanfretc  releva  le  eoqM  4 
et  lui  cousacra  uue  chapelle.  Les  reliques  furent  déposées  dans  dei 
d'argent  dounées  par  Jeanne  de  Bourbon,  abbetse  de  la  Règle,  a| 
Bb  1671,  Jeanne  de  YerthaiiioDt,  abbeae  du  même  cotiTeiit,  fit  ea^ 
oae  ohâMe  d'argent.  On  célébra  longtemps  un  lenrioe  aolennel  eo  M 
Set  eitoyent  morte  irec  lear  comté.  Àigoerd'bui,  le  dlmandie  de  (^mM 
on  porte  en  procession  les  reliques  du  saint,  précédéet  de  ea  longue  d| 


ET  [|E  U   VKOUTE  DE  LMOGES.  if, 

rNè^ae.  oow«l  aa-dcvanl  de  lui,  le  siippliuil  de  prier 
fMr  le  OMbde,  et  de  lui  imposer  les  mains.  L'enfaal  re- 
•  tanoti,  el  saint  Loup  reviul  à  Limoges,  monté  sur 
ikeral  rirhcment  bamuch<^,  que  lui  av.iit  donaé 
B  d'aatres  marques  de  sa  recono.iiâsaat-e  '. 
fc*eoinplul,  1  la  m^ine  époque,  [lamij  ses  plus 
■  ntDUnUoos un  artiste  célèbre,  im  icitré  el  ua  sainl 
j,â  ces  trait  titm,  occupa  une  Luge  place  dans  l'his- 
*dccRstmp«de  périlleuses  tran$  fur  mu  lions  sociales. 
KBpoa  (siint  Ëloi),  fils  d'Encbarius  ou  Eucber,  et  de  Ferru- 
fa.^w  awcal  fond^  à  Limoges  un  monastère,  fit  conce- 
Tr.îrd4s  «a  naissance  de  hautes  espérances  à  sa  famille.  Sa 
..itre.  4iaiil-oti ,  au  moment  de  lui  donucr  It;  jour,  avili  vu 
'-n  utaçjT  on  »tg\v  volliger  autour  d'elle  ^.  Comme  tous  ceux 
qui  (Ml  tu  le  gloricMX  privilège  d'exercer  une  grande 
mâmeÊte  va  \emr  lifeclc  par  des  hauts  fails,  par  de  grandes 
lufi  OB  de  tares  talents,  il  a  laissé  après  lui  une  longue 
■Me  ée  légendes,  parce  qoe  1c  mlgaire  se  l'cxplûjiu^  le 
eWe  M  9e»  eurrei  que  par  l'intervention  du  sumalurel.  Sa 
ftaaBfe.  d'origine  i^llo-comaiiie,  qui  conservait  une  giandc 
|âété,  le  pXH  des  letlns  et  des  arts,  après  avoir  appliqué 
«es pcetoi^Rs Muées  &  Iclude  dvs  lettres,  confia  son  ado- 
IrmfiMT  i  Abbon,  célf^re  sculpteur  et  ciseleur  de  niélaux, 
tf  Muoétaire  de  Cbildebert  II,  roi  d'Austrasie.  L'élève  sur- 
pnn  bientôt  loa  niattrc,  qu'il  remplaça,  comme  monétaire 
nbcr  des  mis  CluUûre  II,  Da£obert  et  Ciovis  11. 
1  de  itegoberi,  éln  iW^que  de  Noyon  en  C4U,  il 

[   de  LiiOftgffli,  fui 

l^tulif  G*ttrd-nri:\i>T  iJu 


M  HISTOmB  DES  VICOMTES 

86  montra  habile  politique  et  toujours  plein  de  don 
dans  ses  rapports  avec  les  populations  de  la  Gaule, 
n'étaient  pas  encore  entièrement  soumise  à  l'autorité 
mérovingiens.  Par  son  énergie,  par  l'ascendant  de  se& 
tus,  il  réduisit  à  l'obéissance  Judicael,  roi  de  Breta 
ainsi  que  les  tribus  du  Rhin.  Par  son  exemple  et  pai 
conseils,  il  réprima  les  mauvais  penchants  du  princOt 
usait  aussi  largement  que  ses  prédécesseurs  de  tout 
licence  des  habitudes  germaniques,  et  fil  asseoir  le  re]^ 
sur  le  trône,  au  profit  de  l'Ëglise  et  du  peuple. 

Dagobert  le  combla  de  richesses  et  lui  donna  un  domi 
agréablement  situé  dans  un  vallon  arrosé  par  la  Brii 
afin  d'y  construire,  selon  ses  expressions,  «  une  échell 
moyen  de  laquelle  ils  pussent  tous  deux  monter  au  cieh 
fût  l'origine  de  la  célèbre  abbaye  de  Solignac,  dont  l'É 
fut,  en  1142,  consacrée  en  présence  de  vingt-deux  évê 
des  diocèses  voisins  K  La  date  de  cette  consécration  pi 
ou  que  la  construction  fût  bien  longue,  ou  qu'il  ne  l 
ici  que  d'une  église  postérieure.  Saint  Ouen,  archev! 
de  Rouen,  nous  a  laissé  une  description  toute  poétiqi 
ce  monastère,  où  l'on  voyait,  de  son  temps,  «  des  arl 
habiles  dans  plusieurs  métiers.  »  Jusqu'alors,  danit 
partie  de  TOccident,  les  religieux,  soumis  à  la  règ^ 
saint  Columban,  n'avaient  vécu  que  dans  la  prière  ei\ 
la  contemplation  des  choscb  divines,  isolés  de  toul6| 
préoccupations  d'une  vie  active.  Protecteur  de  ses  c] 
et  de  ses  voisins,  gardien  du  bien  des  pauvres,  de  I) 
neur  des  filles,  de  la  faiblesse  des  petits  et  de  tout  le 

1.^  L*empUcemeiit  de  cette  ancienae  abba3fe  est  Ai]uourd'hui  occupé 
fabrique  de  porcelaine.  L'égliie  actuelle,  style  bysantin  i  coupoles, 
du  xii«  siècle.  Les  stalles  du  cbœur,  du  xv*  siècle,  offrent  de  belles  so 
I^s  ritraux,  de  la  même  époque,  portent  les  armoiries  de  Martial 
Lavergue,  qui  en  fbt  abbé  jusqu'en  1484.  (Félix  de  Verneilu  :  An 
fjytanime  en  France,  T.  lil,  p.  789.) 


ET  DE  LA  MCOlfTÉ  DE  LIMOGES.  41 

paple  contre  l'oppression,  le  pillage,  les  yiolences  et  les 
otorsions  des  poissants;  en  mêine  temps  solitaire  anstère, 
et  quasi  chef  féodal,  comme  l'étaient  un  grand  nombre  de 
lopérieivs  monastiques  au  moyen  âge,  saint  Éloi  prescrivit 
les  traianx  manuels,  ceux  de  l'agriculture  et  des  arts  aux 
cent  cinquante  moines  réunis  par  lui  à  Solignac  (Solem' 
aiMMi),  el  qni,  fatigués  des  travaux  des  champs,  se  délas- 
saient, après  la  prière,  en  ciselant  des  vases  d'or  et  d'ar- 
gent. Des  femmes,  appartenant  aux  classes  riches,  vinrent 
s'établir  dans  les  environs  de  l'abbaye,  dans  une  enceinte 
séparée,  mais  sons  un  gouvernement  commun,  où  elles  tra- 
TiiUaienl  à  la  confection  des  (issus  d'or  et  de  soie.  Toute  la 
fortone  du  saint  servit  à  des  œuvres  pieuses,  jusqu'à  sa 
maison  natale,  où  il  fonda  l'abbaye  de  Saint-Martin-lès- 
Limoftes,  qui  fut  une  école  d'habiles  artistes,  en  même 
temps  qn'nne  pépinière  de  saints  cénobites.  La  charte  de 
i9adatioQ  de  Solignac  n*est  pas  seulement  un  monument 
retigieux  de  cette  époque,  elle  témoigne  encore  des  vues 
éieiées  du  savant  fondateur,  travaillant  à  améliorer  la  con- 
éitàûu  de  ceux  qui  vivaient  sur  ses  domaines,  en  y  introdui- 
mftl,  avec  la  richesse,  la  liberté  du  travail.  En  se  dépouil- 
LnttI,  en  faveur  de  l'abbaye,  de  vastes  propriétés  situées  à 
Sotignac  {ëpud  SoUmniacensê  S.  Pétri  fnonasterium)^  et  dans 
ÎC9  eoTirons  de  Limoges,  qu'il  tenait   de  la  libéralité  de 
Dsgobert,  il  y  mettait  cette  condition,  que  jamais  les  moines 
&  attenteraient  à  la  liberté  des  esclaves,  qu'il  avait  affran- 
chis par  ses  chartes,  ou  qu'il  avait  rachetés  de  son  argent  ^ 
Toutes  ces  sages  dispositions,  placées  sous  la  sauvegarde 
4a  pouvoir  royal,  furent  signées  par  les  dignitaires  les  plus 
èoûjients  da  clergé  de  ce  temps.  De  cette  communauté, 


f.  «  ^.  ExoeptU  libertin  meii,  quibus  per  cartulas  vel  denanum  mcum 
KM.  «c  ÎD  ingenfilute  intégra  maneant.  »  {Charta  ap,  G«IL  chrisL: 
£riâ.  Lamovéeemi^  msirumenta,) 


42  H18T0IBS  DES  YICOMTES 

comme  de  beaucoup  d'autres,  il  ne  reste  plus  qife  de  m 
soQvemrs.  Les  bAtiments  ont  été  transformés,  TégUse 
témoigne  encore  des  prodiges  de  la  foi  chrétienne  ^ 

La  participation  de  saint  Eloi  aux  grands  événei 
politiques,  que  firent  naître  les  longues  rifalités  de  la  1 
trie  et  de  TAustrasie,  oti  les  maires  da  palais  jouèrent 
grand  r61e,  appartient  plutôt  à  l'histoire  nationale  qu'i 
d'une  profince  ;  nous  ne  rappellerons  donc  ici  que  e 
appartient  au  Limousin  dans  la  yie  de  cet  homme  cA 
Par  l'impulsion  qu'il  donna  à  l'étude  des  beau-art 
eurent  le  dessin  pour  base,  on  yit  se  grouper  autour  i 
ks  ciseleurs,  les  émailleurs,  les  peintres  sur  verre 
architectes  les  plus  habiles.  Limoges  derint  la  grande* 
des  orfèvres,  à  qui  nous  devons  le  calice  de  Ghella 
châsses  de  métaux  précieux  de  Saint-Denis,  de  Saint 
main,  de  Sainte-Geneviève,  toutes  ces  délicates  et  i 
UmêgiaUures^  ces  précieux  tissus  de  soie  Brodée  d'or^ 
le  temps  n'a  pu  encore  effacer  ni  le  dessin,  ni  l'écli 
couleurs.  Ce  n'était  pas  seulement,  i  la  fin  du  vi*  sièi 
ville  des  saints,  le  sanctuaire  vénéré  du  catholicisme^ 
une  grande  école,  dont  les  créations  artistiques  étaie 
cherchées  par  toute  l'Europe,  et  même  par  les  empt 
de  Constantinople.  Rien  ne  manquait  à  saint  Elot 
transmettre  un  nom  illustre  à  la  postérité,  immortel 
le  domaine  des  arts,  comme  dans  les  souvenirs  rel^ 
Après  avoir  vécu  luxueusement  à  la  cour  des  rois^l 
des  vêtements  de  soie  brodés  d'or,  il  se  livra  à  toOl 
austérités  du  cénobite;  tout  en  pratiquant  les  veH 
l'homme  public,  il  en  abjura  et  en  expia  le  faste,  û 
dcMs  richesses  que  pour  secourir  les  pauvres,  de  sod 


t.  Le  gimod  bâtiment,  élevé  es  1619,  lonqm  les  bénMictii»  4 
Maur  Tinreat  s'y  établir,  est  aujourd'hui  une  &bnq«e  de  poroelaiiM* 


KT  DC  Ul  VtCOXTE  DE  LLWU.K».  tj 

I  ité  4M  yoar  protéger  tes  esclaves  roaltrailés  par  Inirs 


lÀBepinvit  fOttr  coinlc,  k  peu  prf's  k  U  mftini?  É|ioque, 
■t  pncifÉlMMeat  eha^  d'^Ulilir  des  impAls,  Lenmriiis, 
frisa  Miesterfw  u  dureté  pimr  les  pauvres,  comme 
pttê  m  iiiJilf  de  UB  nunTahea  passions.  Un  pauvre  en- 
kiCfte  t»rd  boaoré  comme  on  saint,  eut  la  gloii-e  Ae  le 
iBneri  de  iDdlleork  tentintieiils.  Par<!nlpiiiis(.rafnf  /*iir- 
A^).  ni  de  pamb  miu  fortuue,  se  Ql  remarquer,  dit  \c 
Mtoe  de  Oaérel,  qui  écrivit  sa  vie,  dès  ses  premières  an- 
itm  par  »*  doncear  et  par  sji  inodeslie.  Un  jour,  assis  sou? 
■  iÉÉtai^nier,  if  ae  cbaulTalt  avec  d'autres  enfaDts  à  un 
klriHMaU  par  qsdqnes  broussailles,  lorsque  ses  comgia- 
p—  yhcirmt  les  diarbons  ardents  dans  le  tronc  d'un 
ahfc  qa,  nioé  par  le  feu,  tomba  si  subitement  que  le 
jmmt  fàttr,  n'ayaot  pas  le  lem))B  de  Tuir  comme  les  autres. 
R  an  mgo*  d<  croix  et  resta  h  la  vntmt  place.  Blessé  à  la 
M*  par  OM  bfmdie,  il  fa  perdit  in  vae.  H  grandit  avec 
Mt  tafinnîté,  cotuoli  par  la  religion,  qui  remplissait  son 
taid^MMSÛBU;  inerte.  Le  penpie,  admirant  sa  r^ignn- 
iPB.  lai  attnboant  le  pom-olrde  guérir  chez  ]es  antres  l'in- 
kHÉlc  qu'il  subissait  ar^-c  résignation,  comme  une  épreuve 
«pMée  aa  laiut  de  son  Ame,  lui  conduisait  souvent  des 
r-alaAes,  pour  leur  bire  l'impogUion  des  mains.  Pour  lel 
tiam  qui  venait  le  visiter,  lui  demander  des 
,  il  iliscemait  les  penchants,  à  l'aide  dn  don  surna- 
'wM  i%  bre  dans  le  iccrct  des  coeurs,  comme  dmis  la  nuit 
w  l'atenir.  On  le  TOfail  souvent,  mul  vêtu,  demander  l'iiu- 
béa*,  à  b  porte  du  coûte,  qui  dédaigna  longtemps  ses 

I.  fiuil  El-«  «  hlM^  pliudnon  *|j)lr<i  vi  il»  hnmitlrdt.  nii  l'-m  tniim  in 
^^B  «MB  M  pncwwea,  iiui  UvnrtigiMin  il*  lun  tiiMiurtlnu  lil^^nira. 
««««wa,  «■•  Jàmafim,  «rAartfua  Aa  llAam,  ieni'it  u  m'en  trnii  t>n«> 

1-^  r  "V-*  -  ft»»  SMofarui.)  hvt  m».  KUUIVS.  to  Gl  «rHvn  w 

-  mmM  tà«t  et  BM*  d'nr. 


« 


U  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

prières,  mais  qui«  à  la  fin  «  frappé  de  sa  résignati^ 
de  sa  piété,  Tadmit  dans  sa  demeure,  voulut  Tavoii 
jours  à  ses  côtés,  espérant  ainsi  racheter  ses  ci 
Docile  à  ses  conseils,  il  fonda  pour  lui,  aux  souro 
la  Gartempe,  au  lieu  appelé  Waractensiê  (Ouéret' 
petit  monastère,  dont  il  lui  donna  la  direction  ^  Le 
tecleur  n'a  conservé  un  nom  dans  l'histoire  religiea 
Limousin  que  par  le  souvenir  de  son  protégé,  mort  1 
de  quatre-vingts  ans,  et  depuis  cette  époque  honoré  a 
un  saint. 

La  dynastie  des  mérovingiens  arrivait  à  sa  fin;  les  n 
du  palais  étaient  tout-puissants  en  Neustrie  et  en  Aust 
tandis  que  l'Aquitaine  reconnaissait  pour  chefs  les  di 
dants  de  Caribert,  dont  l'un,  Lope  ou  Lopès,  duc  dei 
cons,  envahit  le  Limousin,  à  la  tête  de  quelques  b 
cantabres  ou  visigothes,  s'empara  de  Limoges,  et  coi 
gnit  les  habitants  et  l'évoque  à  lui  jurer  fidélité  (0 
Un  jour,  il  entra  avec  les  siens  dans  l'église,  où  Ton  ce 
vait  les  reliques  de  saint  Martial,  Voyant  sur  le  ton 
de  l'apôtre  un  riche  baudrier,  il  s'en  empara,  disant 
saurait  mieux  s'en  servir  que  le  saint.  Ce  sacrilège  se 
l'indignation  des  habitants  :  a  Un  homme  petit  de  I 
disent  les  chroniques,  mais  haut  de  cœur,  nommé  Pi 
lus,  se  glisse  dans  la  foule  ameutée,  s'approche  et  le  II 
si  rudement  à  la  tête,  qu'il  le  renverse.  Mais  les  gens  db 
accourent  et  massacrent  le  courageux  défenseur  du 
tuaire.  Lope,  dangereusement  blessé,  demande  un  p 
l'huile  qui  brûle  dans  la  lampe  du  sépulcre,  en  endoi 
plaies,  dont  la  douleur  se  ravive,  et  meurt  dans  d'ath 

1.  MabilloD  :  Acta  sanctor,  T.  Ht,  p.  579. 

2.  Cet  évèque  de  Limoget  serait  Rusticus,  doot  il  est  fait  souveut  U 
daos  la  Tie  de  MÛnt  Vlaoce,  ea  l'hooDeur  duquel  il  avait  fait  coDitr«| 
les  bords  de  la  Vézère,  une  église  qui  reçut  les  reliques  du  saint,  reo^ 
dans  une  chAsse  d'un  riche  travail  hysantio. 


ET  DE  LA  \lC03rTÉ  DE  LIMOGES.  «r* 

Mores,  peodftot  que  ses  compagnons  effrayés  prennent 
h  faite  *.  Pour  contenir  la  barbarie,  il  fallait  dans  ces 
temps  aoUe  chose  qoe  la  colère  des  multitudes  opprimées, 
U  manifesUtion  de  la  puissance  de  Dieu. 

La  DifionaHté  française  se  faisait  lentement,  au  milieu 

des  lottes  intestines,  dans  lesquelles  Tambition  des  maires 

<fi  pilais  aTait,  sans  doute,  une  lar^e  place,  mais  dans 

iefToeiles  avait  ausa  une  tarée  part  l'ofipo>Rtioo  des  carac' 

1^  et  des  coûtâmes,  qui  cistissuaiest  les  dîrerses  races 

jnztaposées  dans  la  Ganle.  Euào.  le  é^KtoàMni  des  rois 

oéroringiens,  oiAfiant  son  vrjôut.  k  |c«ant  comme  le 

représentant  des  aspirmlions  sbénftmttie».  f«  maintenait 

comme  duc  d\%qintaiBe.  mû  b»  vmôi  |H9  sans  craintp. 

pour  son  antorité.»  la  pn'iwmae  «  s»  mtaùh'Xi  d'Béri^lal 

absorber  à  ion  proil  le  ffOBmr  rsyp».  ex  jLiwirme.  Â  la 

tète  de  ses  gueniers  c'Aqiakuii^.  i  m^s^JoeyA  m  ^eîà  oe 

l»^  Loire  pour  s'opposcir  snx  îvtete»  «ntCTWienue^.  ccm- 

daites  par  Pé|ûn  de  \Mmn\    "Lt  vèoasaaA^  Mclaîut  de 

Testrr  (687  ; ,  ou  la  ?(eiBBe  meiambsL.  iMWsttt  et  sort  de 

la  d jnastie  mérorâifâeime  e  la  jhi  m  ^vr^vut  de  it:  îamiOe 

d^HérisUl. 

Eàdes  raincn.  comiiK 
passa  la  Loire  et  rerm: 
comme  doc  d  Aquitamt 
avec  la  cooronne.  ! 
rmon  de  Douveaiix 
ralles,  «  de  ^rovsefc  u 
(tans  cette  pariii  ôt 
Clé  *.  Les  évéquei 


caaaens 


rii^  KA  in  liCB  iict  >.  u'jil  &e 
ic  iks  iieue  *^>aii&.  M>r.  «-l  vertt 


Ceréot.  qn   •« 


i«A 


•-r  fcr.  .  T     -.«•■^ 


46  HISTOIRE  Des  VICOMTES 

taine,  de  la  juridiciioa  au  temporel,  y  prirent  toan 
iilre  de  comtes  ^ 

L'iavftsioD  des  Arabes ,  en  daçà  des  Pyrénéea,  ne 
pas  à  appeler  dans  le  Midi  le  nouveau  maire  dv  ; 
Gharies-MarieL  qui,  après  avoir  réprimé  les  résisUmoi 
tiooales  de  la  France  occidentale,  convoitait  les  richee 
pagnes  du  bassin  de  la  Oaronne.  Eudet,  effirayé  4  l'app( 
des  fils  de  Tlslam,  qu'il  tenta  vainement  d'arrêter  ai 
bords  de  la  Dordogne,  avait  inutilement  rechercM 
alliance  en  donnant  sa  fille  à  l'émir  Munusa.  Toute  l\ 
laine  était  envahie  ;  le  torrent  montait  vers  la  Loire,  i 
çant  d'anéantir  les  États  francs  et  d'imposer  à  la  Gai 
religion  de  Mahomet.  Eudes  appela  à  aou  secours  Gh 
Martel  qui,  à  la  tête  de  ses  fiers  austrasiens,  vainquit . 
rame  à  la  bataille  de  Tours,  où  combattit  pour  les  I 
Lantbérius,  comte  de  Limoges,  qui  déjà  avait  repoua 
Sarrasins  au  siège  de  Guéret  (73â).  Les  vaincus,  réU 
dant  vers  les  Pyrénées,  traversèrent  le  Limousin,  dévt 
tout  sur  leur  passage.  Quelques-unes  de  leurs  bandes, 
tèrent  assez  longtemps  et  pillèrent  les  églises.  Ces 
alors  évêque  de  Limoges  \  à  la  tèle  des  populations  aa 
leur  fit  une  rude  guerre  et  les  chassa  du  pays.  Le.pi 
qui  lui  dut  sa  délivrance,  garda  longtemps  le  souve 

1 .  Pour  rintelligence  de*  éTt^n«ments  partienlrèm  k  Lhnogeii,  il  ne  1 
coofoiulre  la  Ciié  a^eo  la  Tille,  ou  le  château.  Selon  toutes  les  proJMibi 
Ciié  occupait  l'aocieu  emplacomcut  de  la  ville  romaine  {Civitas,  aa 
On  peut  «uirre  encore,  eomnie  le  montre  aTee  reifion  M.  rabl>é  J 
(Bévue  archéoiog^ue)^  le  circuit  des  remparts  de  la  Cité,  eu  partaf 
porte  Pniiia,  et  eu  allaut  par  lus  boulevards  Saint-Maurice  et  de  la  G 
MaliriM  de  la  cathédrale;  de  là  par  une  ligne  qui,  paii»nt  dernére  1 
mire,  rejoindrait  la  rue  des  Petits-Canne».  QumuX  à  la  ville  ou  obàla 
eut  pour  borcunu  l'abbaye  de  Saiiit-M<-irtial,  autour  de  laquelle  w  frroi 
.et  maiiont,  à  mesure  que  la  population  tufrffientait  et  ne  trouvait  ' 
place  dans  la  Cité. 

s.  Saint  Cesiater,  vulgairement  «aint  Cetsadre,  vingt-neuvième  èv^ 
Umogee,  mourut  eu  7i2.  Ce  ne  fut  qu'a^iex  longtemps  après  que  eii 
fut  porté  thu*  l'éplin»*  .lo  Maleiitort.  j 


ET  DB  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  47 

lOB  oûunge  et  de  ses  Terios;  il  lui  témoigna  sa  recooDais- 
flice  ea  l*hoiionBt  ooaune  un  saint,  et  plaça  soa  corps  sous 
rantel  de  S^M^^ft-Santin,  petite  église  située  près  de  Brive, 
k  MaleBort,  sar  la  rive  gauche  de  la  Corrèzc.  Hais  si  nous 
co  cnjQDS  k  cartnlaire  dTIzercbe,  les  Arabes  ne  quittèrent 
te  pÊp  qalassex  longtemps  après  la  bataille  de  Tours  :  rc- 
tnodhës  dans  les  lieux  escarpés,  sur  les  collines  aux  hautes 
dans  les  forêts»  ils  tombaient  à  TimproTiste  sur  les 
qu'ils  pillaient.  Us  auraient  assiégé  sept  ans 
Ezercbe,  qui  ne  leur  échappa  que  par  un  stratagème.  Les 
faahiUiitSy  quoique  dépourvus  de  vivres,  voulant  faire  croire 
lox  assiégeants  qu'ils  en  avaient  en  abondance,  donnèrent 
le  pea  de  blé  qui  leur  restait  à  un  bœuf  qu'ils  lancèrent 
eosiile  bon  de  leurs  remparts.  Les  Arabes,  surpris  de  trou- 
ver une  telle  nourriture  dans  l'estomac  de  Tanimal,  levèrent 
le  ûégt^  croyant  que  la  place  était  bien  pourvue  '. 

Eudes  dut  i  la  victoire  de  Charles  Martel  la  conservation 
de  son  duché  d'Aquitaine.  Le  pape  Grégoire  III  le  couvrit 
ëe  sa  protection  contre  l'ambition  du  maire  du  palais,  son 
dangereux  allié,  et  lui  désigna,  comme  symbole  de  son  au- 
turilé,  deux  lions  en  pierre  placés  dans  les  principales  loca- 
lités do  Limousin,  où  ses  agents  commandaient  en  son 
K  Charles-Martel,  mort  en  742,  quoique  forcé  de  re- 


I .  •  ...  (janmque  jam  obsessi  f&me  laborareDt,  assumeutes  boTem  unum, 
1  ci  unum  teft&rium  frumcntî,  quorl  solum  habebant,  manducare; 
adiid«  caiin  bibeodi  emittentes,  cepenint  hostes  et  oocidenmt  ;  et  in 
rentre  fromeati  oopiam  reperientes,  rati  url>em  neceitsariis  ad  victum 
,  obii'iioue  liberaniul.  b  {Cartul,  Usercens.) 
1.  tlb  lit  dus  les  annales  manuscrites  de  Limoges  :  «  Voulant  perpHner 
Af^Vitame  i  sa  poi^tënté,  Eudes  fit  bire  de  grands  lions  de  pierre  frrise 
çncit, ,  lesquels  il  lit  mettre  è»  boanes  villes  et  cités  de  sou  obi^issancc  ; 
«^^«eU  Ik»»  se  Toierit  pour  le  jourd'hui  à  Limoges,  savoir  :  un  au  {lortail 
'SURft,  deux  au-devant  le  clocher  et  Téglisc  de  Saint-Michel,  se  regardant 
sa  /MtrTy  et  un  plus  grand  devant  la  porte  de  T^glise  de  Saint-Martial,  a 
Il  mmeu  âge,  oo  appelait  Triforium  le  lieu  placé  dtrvaut  l'église  où  l*on 
^^iut  h  justice.  Comme  «gno  de  juridiction,  on  y  plaçait  deux  lions  en 


46  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

connaître  rindépendance  de  l'Aquitaine,  avait  né 
fondé  la  puissance  et  la  gloire  de  sa  famille,  lui  la 
soin  de  ravir  la  couronne  au  dernier  mérovingiei 
compléta  Tœuvre  de  son  père,  en  reléguant  dans  un  c 
dernier  mérovingien  qui,  au  lieu  des  insignes  de  la 
mérovingienne,  ne  porta  plus  que  Thabit  de  moine 
venait  de  mourir,  laissant  son  duché  d'Aquitaine  à 
Hunald,  qui  essaya  de  se  soustraire  au  vasselage  < 
veau  roi,  en  ravivant  les  vieilles  haines  et  les  ant 
du  Midi  contre  le  Nord.  Hunald  vaincu  ne  tarda  pf 
noncer  à  la  lutte  et  changea  aussi  son  armure  pour 
Waifre,  son  fils,  qui  lui  succéda,  avait  tout  l'orgue 
patricien,  tout  le  courage  d'un  Austrasien;  il  voulut 
son  père  et  faire  de  l'Aquitaine  un  royaume  indépi 
De  nombreux  partisans  se  joignirent  à  lui  dans  ce 
mort  entre  deux  peuples  qui  ne  pouvaient  s'aimer,  i 
ni  les  même  mœurs,  ni  les  mêmes  lois.  Alors  conâ 
contre  le  premier  roi  carlovingien  cette  sanglante] 
de  huit  ans,  pendant  laquelle  les  hommes  du  Midf 
leurs  champs  dévastés,  leurs  villes  ruinées  (760-768] 
que  Limoges  ne  devint  pas  la  place  de  guerre  de 
nemi ,  Waifre  en  fit  raser  toutes  les  fortificatioi 
voyant  les  guerriers  du  Midi  se  relever  de  tous  h 
plus  fiers,  plus  audacieux  que  jamais,  Pépin-le-Bref| 
rut  de  l'autre  côté  de  la  Loire,  à  la  tôte  de  ses  Aust 
et  envahit  bientôt  le  Limousin.  Limoges,  privé  de 

pierre,  (te  là  la  formale  :  inter  leoneSy  dans  quelques  chartep^  et  de 
bolitme  est  expliqué  par  cet  deux  vers  d'Alcial  : 

Est  leo,  sed  custos,  oculis  quia  dormit  apertis  : 
Templorum  idcirco  pouitur  aote  fores. 

Un  texte  aucien,  cité  par  Ducaugo,  vient  à  l'appui  de  l'opiuic 
que  cet  lions  servissent  de  support  au  siège  des  magistrats  qui 
justice.  (Du  Gange  :  Glost,^  verb.  Assita  Chapotensis,) 

i .  Annales  de  Metz.  —  Ex  Uermannù  ap.  Script,  rer.  Franc.,] 


ET  DI  U  VICOMTE  DK  LIMOGES.  III 

puts,  ne  pul  lai  r«sîsler  :  il  y  enlr;i  en  mallre,  accompagné 
l'an  prince  encore  enDint,  qui,  après  avoir  été  témoin  et 
iCleur  dnD»  c«  grand  drame,  dont  le  dénomment  devait  être 
la  mine  «h  la  liberté  des  vieilles  races  aquitaniques,  devait 
tire  le  ^nad  eroperenr  d'Occident,  le  propagateur  de  la 


U  garrrc  fui  cruelle  de  part  et  d'autre.  La  colère  de 
l^lpm  croitsait  en  proportion  de  la  courageuse  résistance 
itws  Adversaires;  aussi  le  Limousin  fut-il  plusieurs  fois 
^■M  par  les  deux  partis.  On  y  voyait  partout  des  places 
^^V  démantelées,  des  villages  incendiés,  d&  vi^çnrsarra- 
^^■t,  surloal  dJiDs  les  environs  d'Issandon,   oà  Tut  livrée 
^Hnnçlantc  balaille,  au  pied  de  la  colline,  sur  laquelle 
^^Bail  un  ancien  oppidum  gaulois  ',  La  frayeur  était  géné- 
^■k;lcs  moines,  dont  les  cloîtres  avaient  été  en  partie 
pilMs,  allaient  se  cacher  dans  les  forets,  dans  les  lieux  les 
?(tis  ÎDictnsililes,  emportant  avec  eux  les  omemenis  et  les 
retiqoes  de  Irairs  églises.  Hemontant  des  bords  de  la  Dor- 
4o(^e,  après  s'être  emparé  des  places  fortes  de  Turenne  et 
de  Scoraille.  assises  au  sommet  de   rochers  escarpés  ', 
Pépin  arriTA  sur  les  bords  de  la  Vézére,  en  face  d'une  haute 
coUine  entourée  en  grande  partie  par  la  rivière,  et  dont  11 
JD^la  position  propre  à  la  construction  d'un  poste,  où  il 
hiwf  I  lit  une  garnison.  Il  y  Gt  faire  d'importants  travaux 
détawfo,  protégés  par  des  tours,  dont  la  plus  élevée  s'appe- 
lât MUm&miey  ^lon  les  uns.  Militante  selon  les  autres.  Lt 
plK«  ainsi  fortifiée  prit  le  nom  d'Uzerche^  On  a  mémo 

1.  iiHtL  Fnnoor,,  pauim. 

t.*  _1V««tdnqn>pMclia  L^mmifum  nwjue fln«i ferro  ot  igaevuilAiit, 
if^rik  ^Q*  lAnc  in  potetUte  Viifiril  eratil,  cremaiit,  laonuleiiiE  i[i«i« 
a  fipmH.  HiMuidoDein  Dpidiim  vini  «op'u  celebr«m  cepit  el  tMlstii.  > 

L  ■  _  ^Êiram  Sconiiuii,  Tariaun...  inuitu  rocMi  et  ■pclunrae  eonqui- 

1.1-  ■  [Cmtlm.  lU  Frtfify..  op.  Serîpt.  rw.  Ffann.) 

' .  •  ...  Pheun  LemovicMMem  perluslntiL  Cumrniu  l'I  i^iii'nuUin  Incurii. 


50  HISTOIRE  OSS  YlCX)>tTfiS 

dit,  mais  sang  dociunenU  certains,  qulndigoé  da  i 
LiiQOges  avait  été  une  des  premièrea  Tilles  qû  s'étaii 
clarées  pour  le  duc  d'Aquitaine,  il  transféra  à  Uiai 
siège  épiscopal  de  saint  Martial ,  dépoaa  dans  Tégl 
précieuses  reliques  S  et  que  ce  ne  fui  que  plusienia  i 
après  que  l'évèque  Turpin,  supprima  cet  évôché,  a'i 
de  tous  ses  biens,  dont  il  distribua  une  partie  aa  oie 
s'appropria  les  reliques,  dont  la  plus  précieuse  étiU  i 
de  saint  Barthélemii  &  laquelle  les  habitants  attacha 
plus  grand  prix  K 

Quoi  qu'il  en  sodl,  à  partir  de  cette  époque,  Uien 
regardée,  durant  tout  le  moyen  âge,  oomme  la  ai 
ville  du  Limousin.  On  y  fabriquait  de  la  monnaie  m 
des  rois  francs  K  Les  familles  les  plus  poissaal 
pays  dans  l'ordre  féodal  y  avaient  des  habitations,  a 
enceintes  de  murailles  flanquées  de  hautes  tours 
disait-on  :  — -  «  qui  a  maison  à  Uzerohe,  a  ohâta 
Limousin,  »  Cette  ville  conserve  encore  plusieurs  v 
de  l'époque  féodale, 

tluTÎo  Viaera  circumdatum  perteniiwoi»  aplum  id  eoBstnieodam  urk 
cavii.  CivitAlem  crgo  ibi  sadiflcaTit,  decem  et  ocio  turribut,  una  pn 
eminratiore,  quam  vocabat  MUinanda,  alii  dicuui  MHUontein..* 
excelio  vooabulo,  V*  euim  tara,  Archas  Toro  didtur  prinoapa.  »  (Jlfl 
Usercem,) 

i.  «...  Usercam  tanta  diligentia  et  iiidiutria  ornarlt  ut  ejus  i 
multi»  faiiotonim  reUquiif  veueraudam  reddiderit.  Ubi  seden  rij 
epitfcopatum  constituit.  »  {Gail*  chrûtf  T.  II.) 

S.  «  ...  Et  m  multa  pncdia,  eccIesiM,  et  plura  Baactorum  pi| 
iusuper,  ut  feriur,  brachium  tanoti  Bartbolomaei  auferent...  deroa  fH 
duxit,  et  multa  doua  ci»  contulit,  tiraeuB  ue  forte  contra  eum  qs 
moverent  in  pm^sentia  rogi».  »  {Carhtl,  Uâercens.) 

3.  PluMeun  moiioaies  de  cette  époque  ont  été  trouvéet  dant  !•  L 
Une  porte  d'uu  côté  uue  tête  regardant  à  droite,  atec  une  ionade  é 
et  ceUe  légeudo  :  VSEUGLV  CAS.  {CaHrum);  de  Taulre,  on  wrcki 
croii  grecque,  et  dtuM  Km  angle»  ces  lettres  :  L.  K.  M.  0;  en  dehoc 
du  monétaire  :  MAVnVS  MONKTAR  {mwutarmt).  Uu  Uen  ai  1 
tète  diadémée,  avec  cette  légende  :  VSEliCA  FIT;  au  reven  UM  itf 
le  nom  du  mouéuire  :  LEO.  UO.  MO.  (Liocturûêê  domùmt  wMmttm 

.i 


ETùEiJi  vicoarrÊ  de  LtMoi^ns.  s, 

P^'d,   toajoors  artfent  à  la  poorsoile  de  son  ennemi, 

rriot  1  Limoges  en  76*  ;  il  la  Tue  de  cette  ville  qu'il  avait 

"unie  ',  àe  ses  monastères  renreraés,  de  ses  églises  rava- 

.'r'.'S.  il  RMiIst  (aire  oublier  les  tristes  eOets  de  sa  colère  en 

i.faol  nconstmire  tes  égftses.  Il  donna  à  celle  de  Saint- 

'■i.niiî  le  Tillagc  de  Saint-Vaalry*,  aux  relîgieoi  celui  de 

■  'raae,  et  &  Oontrade,  alors  abbesse  de  la  Règle,  de  Misles 

riuines.  situés  sur  les  bords  de  la  Gartcmpe,  de  la  Creuse 

:  i£  la  Corrèxe.  Wairre,  à  la  fin,  abandonné  par  la  plupart 

'In  iitas,  errait  en  Tugitir  dans  les  H  en  x  les  plus  déserts, 

lonqa'ÎI  tomba  sous  les  coups  d'assassins  achetés  par  ceux 

qô  désespéraieDt  de  le  vaincre.  Une  église   de  Limoges 

IfloniU  DO  lombeati,  à  cAté  de  cens  de  saint  Martial  et  de 

note  Vatéhe.  au  héros  rnathenreus  de  l'Aquitaine  ^  (768). 

lusqa'alon  les  comtes  de  Limoges,  institués  par  les  mé- 

rarii^ieiH,  n'avaient  été  que  de    simples  délégués,  des 

defo  militaires  atlachés  à  la  personne  des  princes,  mais 

wrfsidanl  pas  toujours  dans  la  contrée,  n'y  possédant  pas 

mum  Qoe  partie  du  sol.   Rien  ne  prouve  que  les  ducs 

d'AqniUiDe  se  fussent  fait  représenter  par  eux.  Après  l'es- 

i.  (■■ilntiiii.  Jiu  AqiitiDÙE,  Lerouficeiiiis  priu«itiui  lutieiu  l^enuivicaiQ 
d  iiluMinwiiii  intïlaiil.  Quod  cum  rei  auilivigiet,  caplam  L.emaTÎcam  peiiilu^i 
IHUI.  (CivOi/.  Vnrmu.) 
i  n  f  aqnetque*  «noéei,  «u  ruuillan.t  le>  ruîneiilerigiiieile  Sùuli-V'iuilrj, 
--  ■  'MmOTrit  une  sUliie  AjnestrH  en  pierre  calciire,  la  caï»Uet  s'appuYnnl 
'■  te  hig)  ■  Miitn,  tcRiiisMit  oa  DUHutn  i  queue  de  Mrpenl.  Ou  s  cm  que 
-w  la  «Utoe  lit  Minl  Georym.  N'a  wrail-ce  pu  pliitM  celle  de  P^plu  I 
;   Oaat  aiie  niche,  pratiqua  iUdï  le  mur  cle  1'#k1>*«>  eiialait  lalietoit  un 
:M,-tiSÊâ  a  gnuMl  refaiiaaUmi  ne  ifouoe  coocUc,  leaaU  ealre  m*  [nlte» 
!m  InuMmut,  cl  iu-<l(n^u>  aae  U^re  d'hummB  e'kppu;uit  «ur  le  dos  ilu 
'cinuL  iA  I»aiie  éuit.vl1e  le  iiiuUile  ilo  l'Aquitaine,  el  les  liouceaui  le» 
tm  àtmiBn  dao,   Endea.  Muinlcl  el'WsîfrvT  Sebo  d'autrvs,  1>  Iîoqdi^ 
^  '     ■  •■    Be  la  ReBgWR  tetTUEimt  l«t  ihita  rjndtéi,  et  U  Rgnre  »enil.ello 
;■•  r.fi  wr»  tstiot,  qn'oD  Inait  sur  niie  lame  de  cuîTre,  no 
A  KtUe  ralerprMalioaT 
Auoa  Ittciu  dacet  «toi  poiil  lUiue  coriHiat-: 
OMfûnit  banc  nalui  WiïTer  maktaaui  iliimaiDi; 
Sed  pr«Mu>  graviUtc.  luH  lob  p-iurler«  [AO'UnK. 


1 


52  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

tincUon  de  la  famille  méroviogienne,  il  en  fût  autre 
les  comtes  eurent  sous  leur  juridiction  ce  vaste  terr 
où  ils  possédaient  d'immenses  propriélés.  Pépin 
cette  dignité  à  Rothgar,  guerrier  de  race  germaniqu 
avait  servi  sa  cause  contre  "Waifre^  et  lui  céda  A 
Limousin  plusieurs  terres  du  domaine  royal. 

Hunald,  sorti  du  cloître  où  il  s'était  retiré,  voulut  i 
son  fils,  en  poussant  encore  TAquitaine  à  la  révolte; 
mal  secondé  par  les  populations,  qui  craignaient  poa 
d'autres  malheurs,  il  ne  tarda  pas  à  chercher  son  sain 
la  fbite.  L'Aquitaine  n'eut  plus  que  de  rares  velléitéi 
dépendance.  Gharlemagne  y  rétablit  l'ordre  par  de 
institutions  politiques.  C'est  à  partir  de  cette  époqi 
nous  trouvons  le  comté  de  Limoges  divisé  en  petites 
nistrations  locales  sous  le  nom  de  vigueries^  et  ayanl 
limites  le  pagus  Caturcinus  (Quercy),  pagui  Peiro§ 
(Perrigord),  pagus  Engolismensis  (Angoumois),  pagp« 
tavianus  (Poitou),  pagtu  Bituriceniis  (le  Berry),  et  le 
Acemicus  {Auvergne).  Ce  comté  (pagus  Lemovicinuê) . 
prenait  alors  plus  que  l'étendue  du  diocèse  de  Liq 
qui,  lors  de  sa  création,  ne  rcprésenlait  que  Tancienni 
sion  politique  du  temps  des  Romains  >.  Les  cartulain 
abbayes  mentionnent  dans  le  pagus  des  vicairies,  ei 
plus  grand  nombre  que  dans  le  reste  de  la  France.  G'é 
autant  de  circonscriptions,  placées  sous  la  jurid 
d'agents,  qui  dépendaient  du  comte,  et  plus  tard 
vicomte,  quand  l'autorité  du  premier  se  fut  amoini 

1.  Eii  preutut  les  circonscriptions  ecclésiastiques,  telles  qu'elles  e^ 
aTaut  le  concordat  de  1801,  dit  M.  Guérard,  on  oUicnt  assez  exacta^ 
divisions  civiles  de  la  Gaule  romaine  et  do  la  Gaule  des  Francs.  (Bum 
système  des  divisions  ierriloriales.)  ' 

2.  M.  Dclocho,  dans  une  savante  étude  comparative  de  la  géograJ 
cienue  du  Limousin, 'a  indiqué  la  ligne  de  circuit  du  pagus  Lemom 
mais  n'y  aurait-il  pas  compris  à  tort  la  partie  située  de  Tautre  o6l( 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOCES^  53 

GkftrlenogDe  n'inventa  point  ces  divisions  :  elles  avaient 
cnilé  dans  les  derniers  temps  de  la  domination  romaine, 
mais  avaient  été  abandonnées  à  la  suite  du  désordre  appor- 
té dans  radmînistration  par  les  invasions.  En  les  rétablis- 
sant, il  institua  toute  une  hiérarchie  administrative, 
dont  chaque  partie  fut  confiée  à  des  agents,  pris  dans 
ks  fiandes  familles  d'origine  gallo-romaine,  qui  con* 
«riaient  encore  quelque  influence  et  même  de  grandes 
fR^riétés.  Ao  sommet  de  cette  hiérarchie  se  trouvait  le 
comte,  représentant  de  l'empereur,  son  délégué,  et  qui  dé- 
iépait  lui-même  une  partie  de  son  autorité  à  des  vicarii 


Powfagtte,  waprûe  ploii  tard  dant  la  vicomte  de  TureouCf  et  qui  aurait 

Caturemus  ?  Serait-il  possible  d'admettre  aussi  que  le 
is  s'étendait  dans  le  Périgord,  jusqu'à  Chalais  (Calesium)  t 
aax  vkaérieg,  qu'il  nous  tût  oouiaitre,  elles  étaient  plus  nombreuses 
fe  liwftiMin  que  partout  ailleurs,  ou  au  moins  plus  faciles  à  déterminer 
^Mftt»  des  moDuiiieols  écrits.  Qu'il  nous  permette  de  les  reproduire  ici,  telles 
fill  is  a  indiqaéefl,  mais  dans  un  autre  ordre  : 
1*  DMI.I0  département  de  la  Charente,  pour  l'arrondissemeul  de  Confo- 
fû  fit  pallie  du  Limousin  :  Vicaria  Adecia  (Esse).  Vicaria  Cabanensis 
i»}.  Vicaria  Cauanomenti»  (Chassenon). 
>  DëfirtCBMiit  de  la  Corrèze  :  Vicaria  Aitiiiacenns  (AlUllac).  Vicana 
àtfottmdemsis  (Aifental).  Vicaria  Asnacensis  (PuT-Hl'Aniac).  Vicaria  Ba- 
ffanr  yBar\  Viemia  Betnnaiensis  (Beynat).  Vicaria  Brivensis  (Briye). 
Viearim  CmmAoàivemsi$  (CbamboulïTe).  Vicaria  CasteUi  (Chasteaux).  Vicaria 
Et  C^êotico  (Coosages).  Vicaria  Dariacensis  (Darazac).  Vicaria  Exando- 
nr«aodoa).  Vicaria  de  Feix  (Feix-Fayte).  Vicaria  Spaniaceruis 
).  %'icaria  de  JuHaco  (Juillac).  Vicaria  Luperciacensis  (Lubersac). 
(Naies}.  Vicaria  Boeariensis  (Roziers).  rticarKi  SaiHa- 
'SeiDnc).  Vkwria  Sancti  JuHani  (Saint-Julien-aux-Bois).  Vicaria 
i  {Saint-PrÎTat}.  Vicaria  Seriacensis  (Sérillac).  Vicaria  Spa- 
Efpagnac).  Vicaria  Tomacensis  (Tomac).  Vicaria  Torinensif 
;.  Vicofia  Utercensis  (Uzerche).  Vicaria  Vertedensis  (Le  Vert). 
}"  Département  de  la  Haute-Vienne  :  Vicaria  de  Axia  (Aixe).  Vicaria 
9  (Cbâleao-Cherrix).  Vicaria  Curciacensii  (Cursac).  Vicaria 
fFlâTignac).  Vicaria  Lemoricensis  (Limoges).  Vicaria  No- 
(Neorie).  Vicaria  Fadriiiaemn  (Peyrilhaic).  Vicaria  Periacensis 

C  «fft  à  remarquer  qoe  le  nombre  des  Ticairtes  est  plus  grand  dans  le  bas 

qae  dans  le  haut  Limoosin.  Serait-ce  parce  que  le  bas  Limousiu, 

nppradié  du  Midi*  avait  mieux  coosenré  les  dinsions  de  Fépoque  gallo- 


54  UldTOIRB  DES  VICOMTES 

dans  les  vicairies,  à  des  eeuîmmrii  dans  les  cenieniei 
a  diFersement  expligné  l'origine  de  la  féodalité.  Ne  M 
pas  la  suite  d'une  nécessité  de  cet  ordre  de  choses,  et  i 
elle  pas  pour  représentants  ces  mêmes  fonctionu 
quand  l'autorité  royale  se  fat  affaiblie  ?  Les  diTisions  a 
nistratives  ne  devinrenUelles  pas  les  grands  fiefs  qu'o 
trouve  à  l'avènement  des  capétiens? 

Après  la  soumission  de  l'Aquitaine,  Chariemagne  4 
le  gouvernement  de  Varbis  LemoticinMif  qui  forma  le  a 
de  Limoges,  comitatus  Lemovidnui^  à  un  chef  représe 
son  autorité  dans  l'ordre  civil,  judiciaire  et  militairef 
à  son  tour,  en  délégua  une  paHie  à  d'autres  agents, 
les  divisions  territoriales  déjà  formées.  Rogérius,  chi 
titre  de  comte  de  cette  importante  mission,  peut  biei 
le  même  que  Rolharius,  appelé  par.  Théodulfe,  éi 
d'Orléans,  «  le  grand  comte,  le  héros  célèbre,  le  i 
initié  à  la  langue  de  Pythagpre  ^  »  C'est  à  lui,  et  à  sa  A 
Enphrasia,  qu'on  rapporte  la  fondation  de  l'abbaj 
Charroux,  de  Tordre  de  Saint-Benott,  enrichie  par  Cj 
magne  de  précieuses  reliques,  apportées  de  Jérasali 
d'une  riche  bibliothèque,  car  les  abbayes  étaient  4 
d'écoles  de  belles-lettres  et  de  théologie  (799)  *.  Getli 
dation  prouverait  qu'alors  l'autorité  du  comte  de  Lij| 
allait  au-delà  des  limites  assignées  au  territoire  des  H 
Lémoviccs.  Car,  comment  admettre  que  ce  comte  eût  4| 
sa  munificence  sur  nne  contrée  qui  n'aurait  pas  été  d| 
circonscription  de  son  commandement?  , 

!•  Denique  Rothariiu,  oomes  iogens,  iodyta»  harott  à 

Coigugtt  cum  Eufniia  coadidit  istod  opot  :  j 

Hoc  fuln>,  trjfenlo,  femmifqiM  euMmat  et  turo, 

Affluit  et  libriSf  TeiUbus  atque  sacris. 
Prasdia,  prata,  domoa,  tylvaa,  TiBeta,  ooloooa, 
Et  pMora  et  pecudea  et  bona  qiupqve  dediU 

(Carmmm  ThmHM.,  L  III, 
2.  Mabillon  :  Ânmd.^  T.  Il,  p.  271. 


rr  nr  i.a  vicnwTK  dk  limokep.  ss 

L'Aq<dltiMeai<l(t  beanx  jours  elcnil  tncore  à  sa  niitio- 

alrt*,  lonqna  Charicinitt'ne  ■'•""t  *^Hgéc  en  royaume,  au 

:>rolll  de  MB  BU,  Lonis-lc-Picui,  qui  se  Ht  aîciiLTdrs  popu- 

'iiMBUnéndlnnales,  dont  i\  parlait  la  langue  et  adoptait  1» 

rzioatSt  On  eotnpuil  alnrs  dnos  le  Limousin  un  cennin  nom- 

i.'Tf  dVIaUiiEcoiMIs  religieux.  Diaiï  qui  n'étnicnl  encore  que 

<  petit*  ontoires.  ob  s'étaient  réfugiés  quelques  hommes 

'uhausMiDl»  médilalions.  Louis  en  enricbil  plusieurs 

4'mpiirtmlr«  tlonattons.  Sur  remplacement  d'une  église 

■ppeJM  £atnt< Sauveur,  il  édilis.  en  y  (miployani  une  partie 

4t*  raatérUiJX  provenant  de  rnmpbilhdftlre  des   Ai-Ëoe«, 

IVckae  et  rabb«yc  de  Saint-ÏIsrtial,  •  ce  bcreenu  de  h  Toi  eu 

limwuin,  c*l  asile  oh  dormirent  tant  de  grands  hommes, 

c*  tBtc^c  tnrirîii  l'ir  la  piété  des  sitcles  ',  a  Dans  un  de  ses 

i  =.  aprhi  avoir  réuni  au  palais  de  Jocnn- 

\<;iiitainC,  il  présida  >\  la  consécration  de 

I  "il  transporté  le  corps  de  saint  Martial,  et 

tlouka  â  rùtrâ  U  »elgneurie  de  la  partie  de  la  ville  appelée 

tcfStftlMo,  Ctittum,  enncession  qui  fut  pins  tard  l'occasion 

!  rivaliléi  entre  les  abliés  et  les  vicomtes  (830)  *. 

t  sût  è  quelles  crneUi-s  Épreuve*  fut  soumis  Louis-le- 

X  pu  «Dite  des  révoltes  fréquentes  de  ses  Qis.  Bdevé  de 

k>a   protioncée  contre  lui,  il  revint  à  Limoges, 

\  de  troU  Cent»  seigneurs  fldèlcs  à  sa  cause, 

leorc  au  ptlait  de  Jocondiac  >,  et  vi&ila  une  der- 

•  lombcau  de  saint  Martial,  en  action  de  gr&ces 

•it  la  proUelion  divine,  obtenue  par  son  ialercession  d^ns 


,  n;i,  B.  Bougvet. 

'■■  (OUI  la  Jjua*ti«  Carlovinglrnii»,  pouTnit 

■■■'iiip  rt  «KHt  r«tt  Wlrtlit  du  .lnin»iu«  impé- 

<>..'    ^.>    \.:,„\  .W    U  Vican»,  I  pnr  de 'UiUn»  ili-  l.^maju. 

>  tu  iija«Ump*  Ji^iliiiiA  MD*  t*  nnm  d*  PaJau.  Nubuil  (ifu. 

■r»ii  plart  ce  n'iDiinwal  it  CoadU;  inii»,  d  iipr*«  Pkrnj-la- 


%^  UISTOIBE  DES  YICOMTES 

%te%  malbetirs  de  famille.  Déjà,  sollicité  par  rérêqne  Bqpm- 
bertiii,  il  arait  confirmé,  en  817,  les  privilèges  aœcvdés  par 
son  père  i  la  basiliqoe  consacrée  à  saint  Éteuey  fc  pre- 
mier martyr  de  la  foi  chrétienne. 

Le  comte  Rogérios  ne  fut  pas  toujours  fidèle  aa  parti  d« 
malheureux  empereur  :  il  s'attacha  quelque  temps  à  cdoi 
de  Pépin,  roi  d'Aquitaine,  mais,  après  la  mort  de  ce  fils  re- 
belle, il  se  déclara  contre  Pépin  U.  Quoique  déjà  dans  un 
âge  avancé,  il  conduisit  les  hommes  d'armes  de  son  comtéà 
la  bataille  de  Fontenay,  oii  il  trouva  la  mort  (841)  ^  Le  clerc 
qui  l'avait  suivi  à  cette  sanglante  journée,  où  la  rivalité  des 
petits-fils  de  Charlemagne  décida  le  démembrement  de 
l'empire,  revint  dans  le  Limousin  raconter  aux  moines  let- 
trés ce  qu'il  avait  vu  dans  ce  grand  duel  des  nations: 
V  Seul,  disait-il,  je  suis  resté  vivant  de  ceux  qui  étaient  aux 
premiers  rangs  ;  j'ai  vu  les  vêtements  des  morts  blanchir 
les  champs,  comme  les  oiseaux  en  automne  blanchissent 
les  airs  de  leurs  ailes '.  » 

Uogérius,  ou  plutôt  Rotharius^  n'eut  point  de  successeur 


ttcoUstlque,  qui  écrivait  au  commeucement  du  xii°  siècle,  l'emplacement  sur 
Im  l>ordii  <lo  la  Vienne  en  avait  con^enré  le  nom  : 

Vinicunam  propter  fluvînm  tentoria  figunt, 
Nam  Jovenciacus  locus  aulicus  ille  vocatur, 
Atque  Lemovicum  non  multum  distat  ab  urbe, 
Qui  reffulii  adhuc  quod  erat  monumenta  Patati^ 
Fert  ^'ui  Tulgo  rolapsa  nomen  inane. 

(Lib.  Il],  Poem.  xiv.) 
1.  Selon  la  chronique  de  Turpin,  Rogérius  aurait  épousé  Oda,  fille  de 
WaiHre,  et  serait  mort  à  la  bataille  de  Roncevauz  :  d'où  il  faudrait  conclure 
que  ce  n'est  (tas  le  mémo  que  Uotharius. 
â.  Solum  do  multid  rcmansi, 

Prima  f^ontis  acie, 
Ima  vallis  n^trospexi  : 
Albescehant  campi  vestes 
Mortuorum  iiueas, 
Vtlut  soient  iu  automne 
Albetcere  avibus. 

{Mss.  ap.  Bibi.  nationale,  n»  1154.) 


ET  DS  LA  VICUMTK  DE  I.I.MOGES.  .',7 

u  )i  comt^i  de  Limoges  ;  l'autorité  y  fut  exer- 
cée pu-  BajWDd  r*,  oomlf  de  Toulouse,  mentionné  dans 
qodqoef  carUUatm,  comme  ayant  fondé  lo  mouaslère  de 
HoaClac  ^tfjtac^iue  tMMosterium),  surles  bords  de  la  Creuse. 
wgM  i  b  ctiarte  «le  fondation  du  l'abbnye  de  B^aulieu. 
Uaiié  de  Vcnlun  (843),  ([ui  dépossédait  Pépia  H 
d'Aquitaint?,  nous  trouvons,  comme  comte  dt; 
i.  Foulques,  qa'on  croit  fils  d't':udes,  comte  de  Pio- 
parCliaHea-le-Chaave;puis Gérard,  que  Fé- 
tm  U  aUaefaa  i  miii  parti  en  >ui  doDiiunt  sa  fille  Berthe  en 


la  gaetn  colrc  les  princes  carlovingiens  s'était  complî- 
foee  4«  noareaiu  désastres.  Les  Normands,  cette  face  de 
de  proie,  chasseurs  et  voleurs  de  leurs 
d'Odin,  le  dieu  du  sang  et  du  carnage, 
4'<Mn>lur  l'Aquitaine.  A  l'approche  de  leurs  bandes 
les  habitants  de  Limoges,  femmes,  enfants, 
se  réfagiaient  dam  les  forôts.  Un  seul  homme, 
paralytique,  était  venu  demander  sa  guérison  aux 
iriiqDfa  de  latnl  Martial.  Sans  «e  préoccuper  des  ennemis, 
l«oaiinai  de  prier,  et  quand  leit  fugitifs  rentrèrent  dans  la 
41c,  ÎU  le  relrcKiï6rej}l  saiu  et  sauf  et  guéri  de  son  inllr- 
ai*i.  Le  clerf^  moins  elTrayé  que  les  habitauts,  était  resté 
Um  wa  clollrci,  i-ocaiilanl  sur  la  prolectiuu  de  Pépin  !l 
*w,  pooT  te  l'allachcr  dans  sa  lutte  contre  Cbarles-le- 
■laoK,  Tenul  de  donner  à  l'église  de  Saint-Elienne  de 
al^  (Inuuinits,  possédés  autrefois  par  son  père,  et  qui 
t«Di  fait  partie  du  domaine  impérial ,  comme  le  fief 
>^«iK  i^rcuw  OîiacHtn),  avec  les  serfs  qui  le  cultivaient, 
c>  tt  »erf  Hlinit  h  terre,  et  Iji  villa  d'Orait,  «  en  vue, 
■■■t-il,  d'ûbtctiir  de  Dieu  le  rétablissemeut  de  la  paix 


if  «.  MartiB^  :  ait.  '. 


ripl.  i 


-.  AVotcT.  VU 


58  HI8T01RR  DE8  VIGOMTES 

dans  ses  États  »  (845).  La  charte  oontenant  ces  do 
Alt  Bolenneltement  déposée  sur  l'autel  par  l'évoque  i 
Gharle&-Ie-ChauTe,  pour  se  (Isire  des  partisans,  s'étai 
tré  aussi  généreux,  en  renonçant  à  faire  rendra  la 
en  son  nom  sur  les  terres  des  églises  et  des  monas? 
y  levier  des  tributs,  et  à  aihranchir  les  esclates,  ci 
lége  de  donner  la  liberté  et  dont  l'Eglise  usa  largen 
moyen  Âge  '. 

Deux  ans  après,  les  Normands  reparurent,  entrère 
Limoges,  non  plus  comme  alliés  de  Pépin,  mais  poui 
du  butin.  Quelques  églises,  l'abbaye  de  Saint-Augfl 
petit  monastère  de  Saint-Martin*  et  plusieurs  mail 
rent  incendiés.  Tout  fuyait  devant  eux,  les  habita 
campagnes  en  conduisant  leurs  troupeaux  dans  les  1 
plus  écartés^  le  clergé  en  emportant  les  reliques  da 
Quelques  moines  de  Limoges  allèrent  au  loin  ehen 
refuge  dans  le  château  de  Turenne  avec  leurs  trésd 
précieux  restes  de  saint  Martial.  D'autres  troùvèi 
asile  dans  celui  d'Allassac;  à  Golonges,  près  de  Mq 
Farars,  près  de  Tulle,  où  l'on  racontait  qu'une  soun 
jailli  miraculeusement  sous  les  pieds  du  cheval  i 
Martial.  Les  reliques,  par  la  multitude  de  fidèles  qui  i 
les  vénérer,  étaient  à  cette  époque  une  source  de' 
pour  les  églises;  aussi  quelques  localités,  oà  l'on  éti 
les  cacher  pendant  les  invasions  des  hommes  du  H 
vou1aient*elles  pas  s'en  dessaisir,  quand  le  calme  él 
bli  :  ainsi  firent  les  habitants  de  Solignac  et  queh 

1.  Gall.  Chbist.  :  Itutrumenta  eccles,  Lemovic. 

s.  La  fondaion  primlthRo  4te  c«tt«  tbbayo,  placée  près  de  la 
remoutait  à  Aliciui,  frère  de  «aUit  Êk>i.  CéUit  là,  d'aprèa  la' 
monastère  dont  [larle  twint  Oueii,  et  que  le  frère  du  saint  éTèqi 
atâit  fondé  à  Limoges,  dans  le  fiatrimoine  de  la  famille.  HilduinJ 
Limoges,  répara  ce  monastère  au  xi«  siècle,  y  plaça  des  religieux 
de  Saint-Benoit,  et  y  fut  inhumé.  (AUDOitNUS  :  Vita  EHgii,  \A 
Breviar,  Lemawc^  1550.) 


I    Pte 


KT  r>C  U  VICOMTK  l)H  LIHO<,F.:^.  50 

li  eonlrée;  mais,  raconleot  les  légendes,  quand 
rentier  [lar  la  force  Si  ceux  qui  réclamaient 
Inff  TèaM  (ré»nr,  ■  un  ange  Til  tomber  les  muraillca,  der- 
nèrr  leK|adles  ils  «c  croyaieut  en  sûreté  '.  a 

Aprts  d'atbvoscs  dénstiiliuas,  après  les  édifices  reaier» 
ëiV  ^  picms  uicrto  des  autels  brisées,  les  pasteurs  arec 
iMaaSsi  égorgi*.  lei  Normands,  chargés  de  butin,  élaieot 
r^HMlés  *cn  U  Loire,  ne  Iftîssaot  derrière  cuk  que  des 
witei,  dci  populaticms  désespérée».  Les  maisons  de  Li- 
ston le*  plus  Toisiaes  de  la  Vienne  avaient  été  détruites; 
Mllci  da  quartier  appelé  le  CMleau,  placées  autour  de  l'ab- 
kfe  de  Saint-Martial,  échappèrent  à  ces  pillards,  soit  en 
immiit  leor  or  et  leur  arKcnl,  soit  parce  que  ceuic-ci  n'usè- 
HM  pa&  aiuqucr  les  murs  d'enceinte.  La  misère  était  géné- 
aèti  partout  des  troupes  de  mendiants  alTamés,  des  prêtres 
le»  décombres  de  leurs  églises,  n  Celle  Aqui- 
fui  autrefois  nourri>s<iil  des  gut?rriers,  disent  les 
a  mainlenanl  les  mains  engourdies  et  ne  peut 
manier  Ut  fer  des  batailles'.  » 
l^nque  Pépin  11,  las  de  la  gnerre,  effrayé  des  dévastations 
■^  eaox  qu'il  avait  appelés  à  «ton  secours,  eut  consenti  à  re- 
'^ocer  Â  uDr  partie  du  royaume  d'Aquitaine,  Cbarles-lc- 
^uora  Tint  1  LioMi^,  présida  dans  l'église  de  Sainl-M^rtial 
^  aonbrwua  assemblée  d'évèques  et  de  ^tigncura  du 
Vi  jî.  An  moiBenl  où  il  Mégeaîl  tov  son  tràne,  les  religieux, 
-iù4iitU  par  AinarduB,  I<>ur  al>bé,  ^c  prristernèrent  devant 
•i,  Ini  (leoiandanl  la  permission  de  prendre  Tbabit  mona»- 
''foc  et  de  Tîrre  selon  la  règle  de  saint  Benoît.  L'éveque 
ï»4ile  *y  opposa,  mais,  cédant  aux  solliciLilioDs  du  roi,  en- 
wiigé  par  l'approbation  des  autres  érôque»  et  tia  grands 
du  pays,  «I  recunoiiitsaDl  que  les  prérog«ti*e9 


80  HISTOIRE  DES  MCOUTES 

do  saiQt-siége  étaient  sauvegardées,  il  y  consentît, 

grande  satisfaction  du  prince,  heureux  d'avoir  rétabli  IV 

et  la  paix  dans  Tabbaye.  Les  réformes  ne  s'introdiiis 

pas  toujours  sans  opposition  dans  les  cloîtres.  A  peii 

religieux  Aircnt-ils  rentrés  dans  leur  cloître,  que  l'un  d 

Oeoffroi;  gardien  du  trésor,  voyant  que  ses  frères  rc 

çaient  à  choisir  un  abbé  parmi  eux,  qu'ils  demandai 

vivre  sous  l'autorité  d'Odo,  abbé  de  Saint-Savin»  refùi 

prendre  l'habit.  A  l'instigation  de  Tév^ue,  il  courut  i 

parer  de  l'église  de  Saint-Pierre-du-Queyroiz  et  du  m 

tère  de  Saint-Junien.  Cette  révolte  n'eut  pas  de  suites. 

Les  Normands,  dont  les  bandes  semblaient  se  multi] 

continuèrent  encore  quelque  temps  de  parcourir  dif 

parties  de  l'Aquitaine,  où  la  tyrannie  de^  Pépin  II  sou] 

une  indignation  générale,  jusqu'au  moment  où  Sai 

Sancion,  comte  de  Gascogne,  livra  le  prétendant  à  Cha 

le-Chauve,  qui  le  fit  enfermer  dans  le  monastère  de  I 

sons  (854).  Mais  le  calme  se  fit  difficilement  idaa 

esprits  :  on  avait  trop  souffert  pour  ne  pas  craindre  4 

très  malheurs,  aussi  le  peuple  crut-il  voir  dans  l'appai 

d'une  comète  le  présage  de  nouvelles  révolutions.  En  a 

temps,  la  peste  faisait  de  si  grands  ravages  qu'on  Id 

çà  et  là  les  cadavres  sans  les  ensevelir.  Pépin  II  s'éclri 

de  Soissons  et  recommença  la  guerre.  Aussitôt  Charil 

Chauve  passa  la  Loire  pour  le  -poursuivre,  et  vint  à  lii 

l'année  suivante.  Les  grands  se  réunirent  autour 

lui  demandant  pour  roi  d'Aquitaine,  Charles,  son  fil 

l'accompagnait.  Rodulphe,  archevêque  de  Bourgi 

s'était  d'abord  attaché  à  la  fortune  de  Pépin,  asf 

plusieurs  évèques  de  France,  —  on  désignait  ainsi  h 

lats  autres  que  ceux  du  filidi,  —  introduisit  solennell 

le  jeune  prince  dans  l'abbaye  de  Saint-Martial,  lui 

Tonction  royale,  lui  mit  sur  la  tète  la  couronne 


ET  DE  LA  VIC03ITÉ  DE  LIMOGES.  01 

doigt  l'anneaa  de  sainte  Valérie  ^  Rodulphe,  le  prélat  con- 
sécralear  de  celte  royauté  éphémère,  tenait  le  premier 
rang  parmi  les  évèqaes  du  Midi  :  né  d'une  famille  célèbre, 
dont  qœJqaes  membres  possédaient  le  comté  du  Quercy, 
il  se  fit  remarquer  par  de  grands  talents  et  une  rare  piété, 
qui  M  méritèrent,  parmi  ses  contemporains,  le  surnom 
giorifox  de  Pire  de  la  patrie.  Possesseur  de  vastes  pro- 
priétés sur  les  bords  de  la  Dordogne,  il  y  fonda,  sous 
Hifwtfion  de  saint  Pierre,  s^ir  ses.  propres  domaines,  à 
rentrée  de  la  riante  et  fertile  vallée  arrosée  par  le  fleuve, 
abritée  par  de  hautes  collines,  deminrs  chaînons  des  monts 
d'Auvergne,  la  célèbre  abbaye  de  Beaulieu,  Bellus  locus 
355),  ainri  appelée  &  cause  de  la  beauté  du  site.  Douze 
moines,  lenns  de  Solignac,  en  furent  les  premiers  habi- 
tants. Lon  de  la  consécration,  qui  eut  lieu  en  860,  en 
présence  de  deux  évèques,  Stodile  de  Limoges  et  Launus 
d'AngooIéme,  de  l'abbé  de  Saint-Martial,  du  comte  de 
TouJonse  el  des  seigneurs  de  la  famille  de  Turenne  \  il 
stipula  que  jamais  cette  abbaye  n'aurait  à  subir  la  don^i* 
nation  d'socun  des  membres  de  sa  famille,  ni  celle  de  tout 
mm  loavernn.  On  comprenait  alors  que  la  vie  religieuse 
ne  peut  avoir  pour  juge  que  Dieu  et  la  conscience  ;  que, 
bien  dilTérente  de  la  vie  politique,  qui  se  fait  à    elle  mêm 


L  m  \nuo  S55,  AqoHaiii  arbem  LemoYicum,  mediaate  octobri  menée,  con- 
Ciriam,  fiJimn  Carli,  regem  geaeraliter  constituimU  >»  Aliunde  : 
■t  Lemorice  in  regem,  rapra  Frauciam  et  AquiUniam  et  Bargun- 
ÏB  bawlira  SalTaloris.  »  'Ex  Annal.  S.  Berlinensis,)  Selon  d  autres,  ce 
V  npfiortenit  à  Chariet-le-GbaoTe  et  non  à  son  fils.  Il  existe  de«  mon- 
M»  frappéef  à  Limoges  au  nom  des  deux  princes. 

S.  EitAaUe,  nommé  aocai  Raoul,  était  fiû  de  Rodulfe,  comte  de  Turenne. 
im  ptft.  ci  m  mère  Ayga,  le  firent  élever  dans  le  monastère  de  Solignac. 
U  jmt  qvll  y  reçut  la  tooMire,  ils  lui  concédèrent  plusieurs  propriétés,  situées 
«  LiMMiB  ci  en  Qoerey.  (Y.  mon  Uiitoirt  du  Bat-Umounn),  Le  cartu- 
an  4c  Bcanlicii,  qne  j*aTais  signalé  au  minisire  de  l'instruction  publique 
IH2.  a  été  pablié  depuis  par  M.  Deloche,  avec  une  introduction  très- 


62  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

ses  loiSy  elle  relève  d'ane  autorité  supérieure  aux  p 
humaines. 

Le  couronnement  du  jeune  cariovingien  à  Lime 
ftit  qu'une  raine  ostentation  de  fidélité  pcrar  le  | 
pour  le  fils;  car,  à  peine  les  chants  de  Téflise  a 
ils  cessé,  que  Charles-le-Chaure  repassait  la  Loire 
fiant  pas»  sans  doute,  à  la  bonne  foi  des  grands  Tasi 
Midi,  venus  à  Limoges  moins  pour  reconnaître  son  i 
que  pour  étudier  ses  dispositions  et  profiter  de  sa  firi 
Le  jeune  roi  trompa-t-il  leurs  espérances,  ou  fht-il  1 
de  leur  inconstance?  Pépin  II  continua  la  guerre 
quelques  années,  toujours  aidé  des  Normands,  qui  en 
encore  dans  Limoges,  sans  trouver  d'abord  de  résista 
la  part  de  Raymond,  comte  de  Toulouse,  désigné  ei 
cette  époque  comme  comte  de  Limoges,  et  alors  ol 
venger  sa  fille,  répudiée  parle  comte  d'Auvergne  Ml 
gèrent  tous  ceux  qui  n'eurent  pas  le  temps  de  proi 
fuite,  violèrent  les  vierges  jusque  sur  les  marches  dei 
et  les  emmenèrent  déshonorées  et  captives  K  Raymoi 
se  détermina  enfin  à  les  combattre,  fût  tué  en  les  p( 
vant'.  Pépin  II,  livré  une  seconde  fois  à  Charles-le«-G 
fut  réduit  à  prendre  l'habit  de  moine  dans  le  couf 
Senlis,  d'où  il  ne  sortit  plus  (864). 

i,  JusTKL  :  HisL  des  vicomtes  de  Turenru* 

2.  Ex  miracuhf  ord.  S.  Benedict. 

3.  Sek»  Juttd,  il  aurait  trammit  son  titre  de  comte  de  Iimo| 
tmiH  flU,  Bernard,  Rude*  et  Albert.  Eadet ,  Tim  d'eux,  pourrait  bisi 
MHirlie  des  vicomtes  do  Limoge»?  '' 

I 

! 

i 

I 


i 


ET  DE  L/l  VICOirrÊ  DE  LIMOGES.  6a 


CHAPITRE  m 

TIGOMTBS  BE  StoUl  ET  DB  LIMOGES 


en  bénéftcei.  —  Fulcbàrius  arrêts  les  Normands  et 
lil  ds  Sè^or  une  citadelle.  —  Eudes,  comte  de  Paris,  se  fait  recoonaltre 
i  ImÊgmi  oflrfiiTÎe  de  eoeroBnemeot.  -»  Felobériut  est  établi  Tieomte 
k  LÔMfe*;  sce  Utatenanta,  ou  tiguien,  k  Lubersac,  à  Brosses,  à  Gbaba- 
mis,  «u.  —  Adémar  d*Escals  à  Tulle,  TÎcomte  du  Bas-Limousin.  —  Ro- 
ÉÉ^Ia,  roi  4m  Bowgogne,  ei  !e  riconte  de  Limoges  défbnt  les  Normands. 
—  thks,  eemte  de  Potiers.  —  Fulchérius  rentre  dans  son  chiteau  de  Se- 
icv,  eè  3  menrL  —  Âdalbert,  Tieomte  de  Limoges,  dépouille  l'abbaye  de 
lliriMà.  «-  L»  kahitarts  de  Limoges,  et  leurs  eoMuls,  coQtre  Eblet,  leur 
iifiHH,  — •  BiUegaire  succède  à  Adalbert  dans  la  TÎcomté;  Charles  le  Sim- 
ple a  tsabeen  de  saint  Martial.  —  Donations  d*Hildegaire  aux  églises.  — 
àMaiÊt^  TÎMBie  de  Ségnr,  et  Renaod,  TÎoomte  de  Limoges.  —  Leurs  pa- 
nât* «i  pMsrnifin  des  terres  de  Cbàlus,  de  Bré,  de  Ségur,  elc  —  Gérai- 
des.  m  Génnit  ficomte,  et  sa  femme  Rotbilde  de  Brosse.  —  Guerre,  au 
m^  ^  AÊÊÊtm  èb  Brane.  —  Le  eomte  de  Périgord  ftût  ererer  les  yeui 
s  Benoit,  eborérèqne  de  Limogea.  —  Gai,  fils  du  TÎcomte  de  Limoges,  sur- 
k  cemte  de  Périgord,  qui  érite  le  supplice  par  la  fuite.  —  Son  frère 
à  limoges.  —  Hildegaire,  firère  de  Gérard,  éféque  de 
I,  enrichit  les  églises,  l'abbaye  dTzerche,  —  Etienne,  abbé  de 
eoDtre  le  doc  d'Aquitaine.  —  Guillaume  III,  comte  de  Poi- 
LHseges.  —  Adalbert  de  Périgord  épouse  Aiscélina  de  Li- 
!vs.  —  Archéologie  de  la  collégiale  du  Dorât.  —  Mort  du  licomte  Gé- 
-ifd:  tes  cnfknts. 

Sous  les  derniers  méroTingiens,  la  classe  des  hommes 
ikies  comprenait,  après  le  clergé,  les  possesseurs  d'alleux, 
Fnact  oa  Gallo4lomaiiis,  qui,  sous  les  premiers  carlovin* 
oc&ft,  châogèrent  leurs  alleux  en  bénéfices,  en  se  plaçant 
loes  la  proleciion  des  rois.  Plus  tard,  isolés  dans  leurs 
«■les  domaines,  la  plupart,  pour  ne  pas  dire  tous  ceux  qui 
ic  poaTikfti  se  défendre  par  eux-mômes,  se  trourdrent  sou- 
nu,  par  besoin  de  protection,  aux  plus  riches  et  aux  plus 
d*eatre  eux.  Après  Charlemagne,  qui  divisa  ses 


64  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

États  en  légations,  en  duchés  et  en  comtés,  ils  relevé 

Tautorité  des  dues  et  des  comtes  institués  pour  g<M 

ces  divisions  de  l'empire,  et  qui,  de  simples  déléfl 

Tautorité  supérieure,  &  titre  temporaire,  formèrent  k 

des  grands  vassaux,  après  que  Charles-le-Chauve, 

capitulaire  de  Riersi  (8T7)  eut  consacré  l'hérédité  di 

Selon  nous,  les  premiers  comtes  de  Limoges  ne  ] 

rent  pas  de  celte  révolution,  parce  qu'ils  n^avaient  i 

les  représentants  du  pouvoir  royal  ou  les  délégués  dii 

d'Aquitaine,  et  qu'ils  ne  possédaient  pas  dans  le  f 

grandes  propriétés  à  titre  de  bénéfices.  C'étaient,  à  | 

ment  parler,  des  comtes  sans  comtés.  De  la  classe  d 

sesseurs  d'alleux,  devenus  bénéficiers,  sortit  celle  des 

vassaux,  d'abord  soumis  au  roi,  puis  devenus  indépei 

quand  les  faibles  héritiers  de  Charlemagne  ne  pura 

imposer  leur  suzeraineté  aux  ducs  d'Aquitaine,  qu 

mêmes  ne  pouvaient  pas  davantage  imposer  la  la 

grandes  familles  qui  se  partageaient  le  Limousin,  l 

sordres,  occasionnés  par  l'invasion  des  Normands,  i 

eu  pour  résultat  le  relâchement  de  tous  les  liens  d 

sance.  Le  plus  riche,  comme  le  plus  puissant  par  l'inl 

personnelle,  fut  celui  qui  sut  le  mieux  défendre  les 

lations  contre  les  hommes  du  Nord,  combattre  poui 

leur  offrir  des  lieux  de  refuge  contre  la  mort,  l'escli 

l'incendie  et  le  pillage.  On  n'allait  plus  dans  les  villei 

cher  la  sécurité  :  plusieurs  de  celles  de  l'Aquitaine  a 

été  trop  souvent  envahies,  pillées,  incendiées.  On  si 

rait  dans  les  lieux  les  mieux  fortifiés  par  la  nature,  i 

lieu  des  rochers,  sur  les  collines  entourées  de  forêts  ol 

tégées  par  quelques  cours  d'eau.  Ces  positions  deii 

les  citadelles  du  moyen  Age.  Ségur,  en  latin  9$euruà 

i.  Ségnr,  aigourdlioi  dani  le  canton  de  Luberiac,  arrondiwement  4J| 


ET  IiB  UK  MOMTÉ  DK  l,IS1UtiES.  ca 

DicrM  eonslniitesù  la  hâte  avec  d'énormes  blocs, 
h  H  quelques  troncs  d'arfareî.  Les  babilanls  des 
i^  chassant  drruot  eux  leurs  troupeaux,  cmportaot 
)  pooF  quelques  jours,  s'y  réfugiaient  à  l'ap- 
»4trefinra)l.  Ce»  rortîficatîons  furent  l'ouvrage  d'an 
les  lîaatuianu  des  comtes  de  Limoges,  nommé  Foucher 
(PtkÈmmM.  el  aussi  Pukardtu),  peut-être  ûls  de  Eudes, 
•  «m  (foà  rafants  de  Raymond,  romte  de  Tontouse,  qui 
KHI  yrâ.  comme  un  t'a  vu,  le  titre  de  comte  de  Limogfs. 
Bisner.  ranime  ces  anct'tres,  possesseur  d'un  vaste  u-rri- 
Mve.  1]  anil  réuni  «Dtour  de  lui  un  grand  nombre  d'hom- 
■tt,  à  U  t*le  desquels  it  faisail  une  rude  guerre  aux  Nor- 
Mnds.  Sb  tsIcut,  son  dévouement  et  ses  talents  tirent  ^a 
ff^rtine  poRtique  et  furent  la  sauvegarde  des  populations 
.  <  -  il.  dafl&  cette  partie  du  Limousin,  avait  pu 
n  de*  Normands,  conduites  par  Raynald, 
i;iii,  d«at  fois,  attaqua  vainement  les  rcDi^ 
.  _-îi  de  ce  tâcf  de  cUns  et  descendit  à  la  bâte  vers  la 
'•jT&ùgoe,  nuis  non  ebds  laisser  des  raines  sur  les  bords  de 
-  Vienae  et  de  la  \étbn. 

Eod^.  comte  de  Paris,  ûls  de  Robert-le-Fort,  le  repré- 

-3aut  du  parti  féodal,  venait  de  s'attribuer  la  couronne 

,f  France,  au  mépris  dea  droits  de  Cbarles-le-S impie,  dés- 

.-nU  par  u  propre  famille,  ermnt  comme  un  eiilé,  sans 

'^^  d^ouét,  uni  sujets  fidèles.  L'usurpateur,  ou  plutiM 

rta  iran  parti  qui  Toolail  fonder  la  puissance  de  l'ari^to- 

iiié  tcrrîtoriaie   aux  dépens  des  carlotingieas,  accourul 

Li  deçà  de  U  Loire  jiour  i'y  faire  reconnaître,  et  Imposer 

;<j:  .-rands  feudalairc»  du  Midi,  assez  peu  dis- 

■  ir  l'Aquitaine  coascnait  encore  toutes 

-  I  il,,  iihics  contre  (es  hommes  du  Nord.  Limoges 

.1  mrvni  se*  [jortea;  le  clergé  le  reçut  en  triomphe  dans 

-^  latilMp^  de  Saint-Martial,  où  l'évCque,  au  bruit  des  ac- 


n.>  HISTOIRE  DiSS  VICOMTES 

clamations  de  ïu  foule,  le  proclama  roi  de  France  e| 
d'Aquitaine.  Quoique  Limoges  ne  fût  pas  la  capiti^ 
l'Aquitaine,  c'était  toujours  dans  ses  murs  et  par  son  c 
que  les  ducs  se  faisaient  inaugurer  :  cérémonie  imp^ 
oîi  révêque,  après  avoir  fait  jurer  a,u  nouveau  mai^ 
conserver  les  privilèges  de  la  vijle  et  ceux,  de  l'ab] 
Saint-Martial^  lui  ceignait  la.  tôle  di^  cercle  d'or,  Iç  r^ 
de  la  chIamydCy  lui  mettait  au  doigt  l'anneau  de  wnl 
lérie,  lui  chaussait,  les  éperons  d'ori  lui  remetUit  l'é] 
l'étendard,  en  présence  des  grands  personnages  du, 
parmi  lesquels  on  remarquait  le  possesseur  de  la  cit 
deSégur'. 

Après  son  couronnement  (888),  comptant  sur  le  d^ 
ment  du  clergé,  sur  la  fidélité  des  Aquitains,  le  oouve 
fit  frapper  à  Limoges  des  monnaies  en  son  nooou  Pouj 
blir  l'ordre  dans  le  pciys,  il  y  créa  des  chefs  dévouéf 
fortune  ^.  Foucher  de  Ségur,  a  habilç  ouvrier  en  bois, 
à-dire  habile  à  construire  des  machines  de  guerre  \ 
institué  par  lui  vicomte  de  Limoges,  dignité  attachée 
à  la  personne  qu'ù  une  division  territoriale,  et  «tfiscz  li 
dans  l'enceinte  de  la  ville  par  la  juridiction  de  l'alj 
Saint-Martial.  Au-dessous  du  vicomte,  quelques  seif 
ou  grands  propriétaires,  devaient,,  en  qualité  de  vi| 
rendre  la  justice  dans  leurs  circonçîcriptionsî  eX  y  mai 
l'ordre^.  Ces  magistrats  subalternes,  nous  les  trc 
dans  plusieurs*  loc^lités^  moin»  imporlaptes  par  leur 

1.  Chron.  Afiettwri  Cahtinetuis^  ap,  Lnbbe,  Bibi,  t,  2.  Cet  autel 
met  une  em>ur  pA  Hiwiut  que  Kuilcfi  6tnit  fiU  ^f^  Raymond,  comte  de  II 
alorf  qu'il  était  tils  de'Robert-le-l*ort,  i»mtc  dePariii.  Gott«)  àtm 
chrouiqneur  {Kiurrnit  roulement  fairu  croire  que  cv  m^nie  Eude»  aura 
pr^tciilio'i  d'IirritiT  de  rantorit^'i  "de  «ni  pèir  «Iniii»  le  oamU  de  TJmo| 

S.  « ...  L^mo^îcinam  ordinavit  pcr TicaûimiiU*.  »  (CAr.  Adem.  CM 

3.  o  lududlriuiii  fahruiii  in  li^rui».  »  (ll^uL) . 

t.  Qnelquos  rlinrlrr»  ilt^iji^iPut  niini  re«  <Wl«^gtiA«  den  viemnlen  :  i 
doaiiiii  romiti*  uK  vicQoiitJ*.  »  *. 


ET  DE  L.\  VICOMTE  DE  L1.M0GES.  67 

ialiv.'n  que  par  leur  position  stratégique,  comme  à  Dridicrs, 
4  LuberïAC,  à  Brosse,  à  firigueuil,  à  Chabanais,  à^nfolons, 
ù  Saiut-Yrieiz,  à  Tintérieur  du  pays,  et  aux  frontières  qu'ils 
siirreiUiient. 

Limc^res  fut  le  centre  de  cette  organisation,  mais  comme 
!^a  irrritoire  s'étendait,  comme  autrefois,  de  la  Creuse  à 
la  IkTtiogne,  et  des  monts  d'Auvergne  aux  sources  de  la 
LLirente  et  du  Bandiat«  Taulorité  d'un  seul  \icomtc  étant 
^suffisante,  d'autres  furent  pourvus  de  la  mémo  dignité  et 
ifes  mêmes  pouvoirs  dans  la  partie  arrosée  par  la  Vézèrc  et 
U  Corrèzc,  séparée  du  Quercy  par  le  cours  de  la  Dordognc. 
AiQ>i  Adêmar  d'Escals,  ou  des  Échelles,  fut  institué  vicomte 
dans  le  Bas-Limousint  et  résida  dans  un  chÂlcau  fort  situé 
aTalle,  au-dessus  du  clollre  de  Saint-Martin  *.  Autour  de 
lui,  comme  délégués  d'une  partie  de  son  autorité,  étaient 
de»  seigneurs  qui,  un  peu  plus  tard,  furent  les  vicomtes  de 
Ture^oe.  de  Comborn,  de  Ventadour,  et  d'autres  qui,  quoi- 
que d'un  rang  inférieur  dans  la  hiérarchie  féodale,  n'en 
fareat  pas  moins  illustres,  comme  les  seigneurs  de  Las- 
U'*is»,  de  Malemort,  de  Gimel,  de  la  llochc-Ganiihac. 

Ctpentiant  quelques  parties  de  l'Aquitaine  étaient  encore 
iTifpes  par  les  Normand^;  Limoges  tremblait  de  les  voir 
.tparaltre  sous  ses  murs,  lorsqu'un  nouveau  défenseur  lui 
'M  <:e«  bords  du  Rhône.  Rodolphe^  roi  de  Bourgogne,  «ip- 
ut'sé  par  Eudes,  qui  seul  ne  pouvait  délivrer  le  pays,  arriva 
iiCA  le  Limousin  avec  une  armée  à  laquelle  se  joignit  le 
'c-Oiie  Fouchi*r.  A  cette  nouvelle,  les  Normands  dispersés 
t  réunirent  sur  les  bords  de  la  Dordogne,  pour  remonter 
f*'*  ie  Nord.  Rodolphe  cl  les  siens  leur  livrèrent  une  san- 
i-èau  baUiiie  &  Ëstrcsse,  près  de  Beaulicu,  et  les  taillèrent 

'   B«!  it"  'ffùt,  lie  Tnlh)  cile  pluiiieur»  charte»  dan»  lesqtiHlcs  fifnire  ce 
■  -  ->.  iil  fil  de  grand»  ilon»  à  l'abbaye  de  Sainl-5!artin  de  Tiilln.  (V.  mon 
"i^  B  '•-LttfiOHfût.  T.  I.  p.  07.) 


(}8  FIISTOinK  DES  VICOMTES 

en  pièces  (930)  '.  Une  nouvelle  défaite  dans  les  enviroi 
Bourganeûf  rendit  la  paix  au  pays.  L'évèque  Ânselaie/ 
d*une  foule  immense,  vint  alors  à  Turenne  reprend 
corps  de  saint  Martial  et  le  rapporta  à  Limoges  dans  U 
gnifique  tombeau  qu'on  lui  avait  préparé. 

Ebles,  comte  de  Poitiers,  tout  en  affectant  sur 
partie  de  TAquitaine  des  airs  de  suzeraineté,  depuii 
Charlcs-le-Siraple  lui  avait  donné  le  titre  de  comte  c 
mogcs,  n'avait  pris  aucune  part  à  la  poursuite  des 
mands.  Ennemi  de  Eudes,  qui  pour  lui  n'était  que  T 
patcur  du  trône,  il  vit  avec  plaisir  les  Francs  du* 
remonter  vers  la  Loire,  et  resta  honteusement  di 
capitale  de  Poitiers,  retenu  par  son  amour  pour  Adèle 
d'Edouard  P^  roi  d'Angleterre,  de  laquelle  naquit 
ritier  du  duché  d'Aquitaine,  que  sa  blonde  cheveli 
surnommer  Guillaume  Tôte-d'Étoupes. 

Après  la  défaite  des  Normands,  le  vicomte  de  Lit 
revint  sur  ses  terres  de  Ségur,  préférant  sa  citadell 
cité  où  Eudes  l'avait  installé,  oh  l'Église  puissante  et 
pouvait,  par  son  influence  et  par  ses  privilèges,  Gtre  il 
stacle  à  sa  fortune  et  pcut-Ctre  à  son  indépendance  : 
prenait-il  avec  plus  d'orgueil  le  titre  de  vicomte  de  ' 
que  celui  de  vicomte  de  Limoges  '.  Il  y  mourut  dans  i 
avancé  ;  selon  d^aulres  il  périt  dans  un  dernier  ci 
contre  les  Normands.  Sa  tombe,  cachée  sous  les  ruiiil 

■ 

château  de  Ségur,  ou  sous  les  décombres  de  quelque  K 
est  restée  ignorée,  comme  les  dernières  années  de 'i 
U  avait  des  possessions  hors  du  Limousin ,  car  il  ' 

1.  «  ...  Gnm  Normaiii  refrione»  deTorareot,  et  uK|ue  LemoiiCM  vi 
Ho<luirua  m  coQlra  eoA  atl  Iim'iiiii,  qui  ilit'itur  ad  Dextricion,  reiùm 
iiiaiii  \ic(i  MiiiL  »  {Adem,  Cttfjfintmi,,  ap,  Lahbeum;  Hill,  nova,  T.  ly 
Au  XV*  »vcU*,  Deilreue  était  une  i^itir>>eunc,  qui  a^ait  pour  armol 
chevron  d'arymi  avec  troit  ffrt  ih  Innre, 

2,  Ualuze  :  //i>/.  de  Tulle,     • 


4 

i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  69 

Raffec-le-Cbitcau,  situé  dans  le  Berry,  au  monastère  de 
Saint-Slarlial.  Quoique  Tautorité  vicomtale  ne  fût  pas  en- 
core bérédiUtre,  sa  renommée  était  si  grande,  ses  serrices 
aiaient  été  si  utiles  au  pays,  qu'il  put  laisser  à  sa  famille, 
iTecsa  A)rtnne«  le  titre  de  TÎcomte.  Edeibert,  ou  Adalbert, 
on  de  ses  enfants,  lui  succéda  dans  la  vicomte,  sans  de- 
maoder  son  investiture  au  roi  de  France  ou  au  comte  de 
Futiers.  Lliérédité  était  alors  un  droit  dans  l'ordre  féodal. 
Le  nouTeau  ricomte  n'eut  pas  à  combattre  les  Normands, 
ai  à  se  défendre  contre  ses  voisins.  Profitant  de  l'afTaiblisse- 
Deot  de  la  royauté  carlov^gienne ,  il  parait  n'avoir  été 
occupé  qu'à  augmenter  •«  puissance  territoriale,  en  s'em- 
pannt,  comme  les  autres  grands  feudataires,  de  la  fortune 
des  lUajes.  Les  moines  de  Noaillé,  près  de  Poitiers,  à  qui 
il  enlefi  la  forôt  de  Bouresse,  n'ayant  pu  lui  résister  par  la 
fortet  avaient  porté  leurs  plaintes  au  tribunal  d'Ëbles, 
coaie  de  Poitiers  et  duc  d'Aquitaine,  qui,  sous  les  hauls 
chênes  du  château  de  Clain  et  Boivre,  réunit  en  cour  plé- 
nière  les  seigneurs  de  la  contrée,  et  se  prononça  en  faveur  de 
Fabbaje  dépouillée,  justifiant  cette  sentence  par  quelques 
dîqiositions  de  la  loi  lomaine,  que  l'Église  ne  manquait 
junais  d'invoquer  dans  ses  débats  avec  la  féodalité  '.  Adal- 
bert,  obligé  de  restituer  ce  qu'il  avait  usurpé,  revint  sur  ses 
terres.  11  parait  n'avoir  pris  aucune  part  aux  événements 
yolitîques  de  son  temps,  et  n'avoir  rien  fait  de  remarquable 
comme  vicomte.  Il  ne  rechercha  point  par  son  mariage 
rsppui  d'une  illustre  alliance,  car  il  épousa,  pour  sa  beauté 
scolemenl,  Adeltrude^  dont  les  chroniques  nous  ont  laissés 
ignorer  rorigine,  parce  que  sans  doute  elle  fut  obscure. 
i  cette  époque  les  grands  ne  croyaient  pa<  déroger  en  épou- 

i.  m  •»  Com  opiimatibus  iio«tris.  »  La  «euteoce  est  datée  des  ides  de  mai 
4t  la  uii^mc  aun^c  du  rt'gDe  de  Charles- le- Simple,  qui  e.«t  90i,  sclou 
laiur. 


70  HISTOIRE  DRS  VIGOMTiâS 

sant  les  Biles  du  peuple.  Il  ne  prit  aussi  aucune  part  i 
qui  se  passa  à  Limoges. 

Pendant  lïnvasion  des  Normands,  les  franchises  muni 
pales  étaient  tombées  en  désuétude;  mais,  après  les  H 
célébrées  en  Thonneur  de  la  translation  des  reliques 
saint  Martial,  les  habitants,  qui  avaient  concouru  h  la 
construction  des  anciennes  fortifications,  redemander 
leurs  privilèges,  restes  de  l'antique  thunicipe  romain, 
commune  fut  rétablie  et  dix  consuls  nommés,  sans  c 
nous  puissions  dire  dans  quelle  forme  avait  eu  lien  Vih 
tion  et  dans  quelles  propori|pDs^  concouraient  les  ha 
tants.  L'Église  vit  avec  peine  h  ffité  d'elle  une  autoi 
rivale  qui  empruntait  sa  force  au  nombre.  Aussi,  pea 
temps  après  commença  la  lutte  entre  les  élus  du  peuple 
l'abbaye  de  Sainl-Marlial  qui,  dans  les  derniers  temi 
s'était  attribuée  tous  les  droits  de  justice.  Après  d'en 
giques  réclamations  et  une  résistance  non  moins  vive, 
convint  que  le  prévôt  de  l'abbaye  partagerait  avec  les  ce 
suis  le  droit  de  rendre  la  justice  '.  Cet  accord  fut  de  cou: 
durée;  Ebles,  fils  du  comte  de  Poitiers,  devenu  évèque 
Limoges,  soutenu  par  sa  famille,  usurpa  la  juridiction  tfi 
porelle,  prétendant  qu'elle  lui  appartenait  pour  avoir  I 
construire  à  ses  frais  une  partie  de  l'enceinte  de  la  cl 
ainsi  que  le  palais,  ou  château,  commencé  par  son  prétf 
cesse  nr.  \ 

Le  vicomte  Adalbert  mourut  sur  ces  entrefoites.  HiI4 
gaire,  son  flls,  lui  succéda  dans  les  vicomtes  de  Limogêi| 
de  Ségur,  vits  l'.in  R98,  au  moment  du  plus  fort  de  la  lui 
des  grands  vassaux  contre  Charles- le-Sîmple,  réduit  d'abc) 

1.  Pliisieiint  (locumeuU  rrlatif«  k  la  cominuiio  «e  Iroaveut  aui  iirchiTOK 
Pau,  où  Henri  IV,  dernier  vicomte  de  Limoirpfl,  Ic«  flt  transporter.  Déi 
mais  iMM»  ini1îi|ueroui(  ainsi  les  documents  puisés  à  cotte  source  :  Arcà^. 
Pau.  ' 


ET  DE  LA  \nCOMTÉ  DE  LIMOGES.  71 

à  parUger  le  royaume  avec  Eades,  comte  de  Paris,  puis 
recomm  seul  roi  à  la  mort  de  celui-ci.  Mais  la  réunion  de 
la  Lorraiiie  A  la  couronne  de  France  ne  (arda  pas  à  lui  sus- 
citer de  BOOTesax  ennemis  qui  mirent  à  leur  tête  Robert, 
flis  de  Ebdes.  Obligé  de  fuir  devant  eux,  il  passa  la  Loire^ 
poar  a;ipeler  i  lui  les  grands  vassaux  du  Midi,  et  vint  h 
Umoces^  s't  fit  conronner  comme  roi  cl  comme  duc  d'A- 
fDiaine.  en  présence  des  vicomtes  de  Limoges,  de  Gom- 
bora.  de  VèDtadour,  de  Turenne  et  d'autres  représentants 
ées  grandes  familles  féodales.  Après  cette  nouvelle  consé- 
ention  de  ses  droits,  comptant  moins  sur  la  fidélité  des 
hommes  que  sor  Tassistance  divine,  il  passa  toute  la  nuit 
ra^^nères  devant  le  tombeau  de  saint  Martial*;  puis,  suivi 
de  qnelqors  guerriers  dévoués  à  sa  cause,  il  remonta  vers 
K-"  nord,  où  bientôt  la  bataille  de  Soîssons  trompa  son  cou- 
rsçf  et  ses  espérances  (923).  Trahi  dans  sa  fuite  par  Her- 
bert, comte  de  Vermandois,  il  alla  mourir  prisonnier  au 
r&iieaa  de  Péronne.  Quelques  jours  auparavant  il  avait  en- 
^'>fé  aux  moines  de  Limoges  un  évangile  recouvert  d'or  e( 
«i'arcent.  une  dalmatiqne  de  soie,  un  fauteuil  d'argent,  tout 
CD  vêlement  sacerdotal,  des  livres  précieux  et  un  magni- 
Sqie  étendard  enlevé  à  Soissons  à  son  vassal  révolté,  pieux 
hommage  d*une  royauté  qui  s'éclipsait. 

Le  Ticomle  Hildegaire  parait  ôtre  resté  étranger  aux  évé- 
Bcoieots  qui  précipitèrent  la  ruine  de  la  dynastie  carlo- 
râfîenne.  Les  chroniques  locales  nT>  nous  fournissent  rien 
éi  particulier  sur  sa  vie.  Quelques  chartes  témoignent  scu- 
IflBeot  de  sa  générosité  pour  les  églises  et  les  abbayes  du 
limoosin  :  par  une  d'elles,  déposée  solennellement  sur 
i  uitcl,  en  présence  de  ses  hommes  d'armes  et  de  l'évoque, 
à  ëoana  à  SainIrËtienne  de  Limoges,  pour  le  salut  de  son 

^  Cir-lai  cum  Talida  aniiconmi  manu  Leino\'icam  perreuit;  et  penri^ril 
ir^V prape frDevtnm S.  MarttMi* perrtitit  in  orationibu».  [Adem.  Caûinens,) 


72  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

âme,  de  celle  d'Adalbert,  son  père,  d'Adeltrudei  sa 
de  l'abbé  Pétrone,  son  cousin,  et  de  toi»  ses  parei 
de  ses  alleux,  situé  dans  la  viguerie  de  Limoges,  ; 
dit  Cavaillac^.  U  souscrivit,  en  934|  une  autre  chnr 
laquelle  Blitilde,  sa  parente,  léguait  à  la  même  églis 
chapelles,  où  elle  se  livrait  avec  ses  compagnes  à  di 
tiques  pieuses.  Il  fut  aussi  préseni,  avec  Renaud,  si 
qualifié,  même  de  son  vivant,  du  titre  de  vicomte,  i 
très  donations  de  terres  situées  à  Voutezac  {Walte 
auxquelles  renonça  Turpin,  évoque  de  Limoges,  ro 
teur  de  Tabbaye  de  Saint- Augustin  ^. 

Après  la  mort  d'Hildegairc,  dont  la  date  est  incei 
ses  possessions  furent  partagées  entre  ses  enfants.  Ac 
Tun  d'eux,  eut  la  vicomte  de  Ségur.  Celle  de  Limoge 
regardée  de  fait  comme  transmissible  à  Talné  de  la  ft 
quoique  ce  droit  ne  fût  pas  encore  généralement  rec 
passa  à  Renaud.  Guillaume  Tôte-d'Etoupes,  comte  d 
tiers,  malgré  les  droits  de  suzeraineté  que  lui  donnl 
titre  de  duc  d'Aquitaine,  n'intervint  point  dans  ce  pi| 
Les  limites  de  la  vicomte  n'étaient  pas  alors  assef 
déterminées  pour  que  les  tenants  de  fiefs  ne  fusse) 
soumis  à  deux  suzerains  à  la  fois.  Les  vicomtes  de  Lu 
les  comtes  du  Périgord  et  les  comtes  de  la  Marche 
appelés,  dans  certaines  circonstances,  quand  il  sV 
d'aliéner  certaines  propriétés,  à  donner  leur  conseni 
Ainsi,  un  nommé  Diétric,  voulant  fonder  une  églii 
giale  dans  son  alleu  de  Lastours  {de  Turribus)^  fut 
d'appeler  à  la  signature  de  la  charte  ses  seigneurs  le 
de  Limoges,  et  Bozon,  marquis  de  la  Marche  '  (8  aoi 

1.  Cartui.  Eccf.  Lemov,,  f*  !3. 

2.  Fuit  Eblus  bonus  pastor,  et  caitellum  S.  Stephtui 
fiuofl  Tuqiio,  episcopus,  auteceuor  ejus,  mtgiia  ex  parte  a  solo 
id  ad  perfectum  iutegravit.  {Adem.  CaUmetu,) 

3.  «...  In  couipectu  seniorum  meonim,  Reinoldi  fcUioei  tk 


ET  DE  LA  VICUMTÊ  UE  LIMUGES.  7;i 

lenaud  conserva  la  vicomte  de  Limoges  jusqu'en  963,  ou 
B  UrcI,  sans  que  les  chroniques  nous  oienl  fait  counaitre 
leis  év^oements  il  prit  part.  A  celte  i^poque,  la  famille 
er  vicomte  de  Limoges  $e  divisait  en  plusieurs 
dont   les    représentant  possédaient   plusieurs 
s&efs  dans  le  Uniuusio,  comme  ceux  de  Ségur,  de 
tts,  de  Bré  et  de  Châlusset,  prenaient  quelquefois  le 
e  de  vicomtes  de  Limoges,  ce  qui  rend  si  difficile  à 
f  (Ubiir  la  généalogie  de  celte  famille. 

\  ttcDaud  succéda  dans  la  vicomte  Geraliliti  (Gérard  on 
lirsTid),  regardé  par  quelques-uns  comme  son  fils,  et  par 
lutres,  avec  plus  ^e  raison,  comme  lils  d'Hildegaîre,  et 
■ir  conséquent  frère  de  Renaud,  après  lequel  quelques 
mti.iUsUs  ont  placé  Adémar  comme  vicomte  de  Limoges. 
' '-  deruîer  fat,  â  la  vérité,  vicomte,  mais  ce  fut  de  Ségur 
aiemeat'.  Gérard  épousa  Kolhilde,  611e  et  héritière  du 
cDinie  de  Brosse.  Ce  mariage,  par  suite  des  possessions 
I  il  lui  apporlail  et  de  l'influence  qu'il  lui  donnait,  excita 
Jalousie  de  ees  voisins.  Bozon-le-Vieus,  comie  de  la 
:n.'lir,  qui  avait  épousé  Emma,  Bile  de  Guillaume  I", 
nie  de  Périgord,  venait  de  faire  construire  à  Bellac 
■  i  cbflleau  flanqué  de  neuf  tours*,  d'où  il  menaçait  les 

■  -icsaions  de  son  voisin  (940).  Aussi  ambitieux  que  coura- 

■  jx,  aidé  de  son  fils  Hélie.  qualilié  déjà  de  comte  de  Péri- 
-  H.  il  faisait  de  fréquentes  excursions  sur  les  terres  de  la 
>ioomtédeLJmoges.  Un  jour  que  Gérard  réunissait  dans  son 

Hileau  de  Limoges  ses  vassauit  et  ses  hommes  d'armes, 

PSta*  BurchiMiù,  el  kliortim  aobiliorumi  Aono  SS9.  ■>  (.Gail.  Cfiritt.  ;  In- 
'   i>— mfii  Ecel.  Lemovictnt.) 

t.  Baluic:  Hitt.  Tutel.,  pp.  S9-6\,el  Apiienà„f.  SSl. 
I.  La  llan^be,  Dommie  uuii  Marche  Ùt/UMiae,  avait  fait  partie  du  Li- 
I  ^HM  arint  1«  roilirii  du  x*  liicie.  KUe  w  diviull  en  haute  cl  en  tuiww 
!.  dcot  I*  première  avait  puur  cipitale  Gu^rat,  et  la  »>;»>ii<le  Bcllar. 
WrA'oR.  dn  Cautei.) 


74  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

on  lui  annonça  que  Bozon  et  son  fils  battaieni  de  leor 
chines  le  ch&teau  de  Brosse.  Un  cri  de  guerre  el  éi 
geance  répondit  à  son  appel  ;  il  se  mit  aussitôt  en  canr 
avec  Oui,  son  fils,  dont  le  courage  égalait  le  sien^  et  c 
à  la  défense  de  la  place  assiégée.  On  en  vint  aux  i 
avec  un  acharnement  égal  de  part  et  d'aulre.  Aprèi 
sanglante  mêlée,  Oérard  resta  maître  du  champ  de  baf 
tellement  jonché  do  cadavres,  qu'un  historien  nf 
«  qu'on  trouvait  à  peine  dans  les  environs  asset  de 
pour  les  enterrer  ^  n 

Cette  guerre  fut  bientôt  la  cause  d'un  crime  qui  se 
llndignation  du  monde  catholique.  Benoit,  chorévèqi 
Limoges,  avait  pris  le  parti  du  vicomte  Oérard  et  eiM 
ainsi  la  haine  dû  jeune  comte  de  Pérîgord,  qui  le  m 
dans  une  embuscade,  et,  après  les  plus  odieuses  insi 
lui  fit  crever  les  yeux  (974).  Ebles,  alors  évoque,  en  en 
une  si  grande  douleur,  qu'il  en  mourut  peu  de  temps  a 
L'indignation  contre  le  meurtrier  fut  générale;  le  c 
l'excommunia,  appelant  sur  lui  la  vengeance  des  hd 
et  la  malédiction  divine.  Le  duc  d'Aquitaine  répon 
premier  à  cet  appel.  Oérard  et  Oui,  son  fils,  aprèll 
Tenus  dans  la  basilique  de  Saint-Martial  implorer  la' 
tection  de  Dieu,  armèrent  leurs  vassaux  et  marcU 
contre  le  comte  de  Périgord.  Mais,  celui-ci,  préveoi 
leurs  préparatifs,  s'était  mis  en  mesure  de  résister,  ià 
vint  aux  mains;  la  fortune  trahit  la  bonne  cause;  (]( 
et  son  fils,  vaincus,  prirent  la  fuite.  ( 

La  féodalité  mettait  dans  ses  haines  toute  la  violl 
tonte  la  ténacité  des  anciennes  tribus  germanique 
loyauté  était  encore  une  vertu  inconnue,  et  laissait  la. 
à  la  barbarie  et  à  la  force  matérielle.  L'institution 

1.  Aimoia  :  Act,  S.  Beneatct, 


tT  UK  LA  VtC'iMTE  DE  UMnf;i;3.  ^r, 

de  te  cheTBlcrie  u'aviil  pas  encore  adouci  les 
Ta  Tfi^ance  èlAil  trn  droit,  n'importe  par  quels 
Gui.  pour  sathraire  la  «tenne,  n'eut  pas  recours  am 
Bl«mfansquer  ses  purlisnns  dans  les  forCls  <lu 
parvint  h  surprendre  ainsi  Hélio  el  son  Trère 
qu'il  conHutsîI  en  iriomphe  à  Limoges,  montrant 
ler^  comment  il  savait  li^l'endre  les  privilèges 
!  ft  nnvioliibililé  d'un  évêqiie.  Le  comte  de  Péri- 
eosuile  enfermé  dnns  le  ehAteau  de  Montignac. 
ijnea  ruines  seulement  planent  encore  de  toute  la 
aoavonirs  de  l'histoire  sur  quelques  conslnic- 
kme«  r^ng^es  au  bas  de  la  eolline, 

H^r\t«h  Hélie  était  celle  dti  tallion.  Oo  TiiisaU 
nfib  4a  supplice  ;  l'échafaud  se  ^^ressail  devantle 
Sttiit-lllartial.  pour  donner  satisrnction  au  peuple 
ata  ses  croyances,  el  au  clergé  pour  la  cruauté 
mt  son  rhef  avait  été  victime.  Tout  le  monde 
ïmpstiemmenl  l'heure  rie  la  vengeance,  lorsqu'on 
le  coupable  s'était  euTui,  sans  qu'on  sôt  d'abord 
H  procuré  la  liberté.  L'indignation  et  les  malé- 
1  l'en  poiirsoiTirent  pas  moins.  KîTrayé  des  saite^ 
intcation  solennelle,  tourmenté  p.ir  les  re- 
qnltla  l'épée  pour  le  Mton  et  l'habit  du  pèlerin, 
e  demander  ie  pardon  de  son  crime,  et  mourut 
■pr^«  avoir  été  absous  par  le  pape,  autorité  su- 
i  seule,  selon  l'Évangile,  accordait  le  pardon  au 

avtîl  pardooni^,  la  tombe  s'était  fermée  sur  le 
nuis  ta  baine  poursuivait  encore  sa  famille.  Gau- 
Irère,  surpris  par  les  troupes  du  comte  de  Pol- 
ies ywnx  crevés,  Adalberl,  retenu  prisonnier  dans 
de  LriniOKes,  pouvût  craindre  le  même  sort.  Mais, 
!  sitencc  des  nnils,  une  jeune  fîUc,  la  belle  Aiscé- 


É 


76  HI81*01R£  DES  VICOMTES 

lina,  fille  du  vicomte  Gérard,  arrivait  jusqu'à  lui,  r 
son  courage  et  lui  faisait  espérer  de  meilleurs  jeun 
oser  lui  dire  toute  raffection  qu'elle  lui  portait. 

Le  vicomte  Gérard  n'avait  plus  à  craindre  ses  dai^ 
voisins,  les  comtes  de  la  Marche  et  de  Périgord  :  Tinl 
de  sa  famille  s'était  augmentée  par  l'élévation  d'Hild 
son  fils,  au  siège  de  Saint-Martial.  Le  nouvel  évèque  ■ 
à  Ebles  qui,  à  la  demande  d'Adémar,  vicomte  de  Se 
de  Milesinde,  sa  femme,  avait  déjà  donné  au  mo 
d'Uzerche,  avec  l'église  de  Sainte-Eulalie,  un  grand  | 
de  manses  ^  Voyant  que  les  moines  s'étaient  aflrano 
principales  règles  de  la  vie  monastique,  et  qu'il  en  p 
des  désordres  fâcheux  contre  lesquels  protestai 
fidèles,  il  leur  imposa  la  règle  de  saint  Benoit  ij 
mande  de  son  père,  de  Rothilde,  sa  mère,  de  Gh 
frère,  il  sanctionna  par  une  charte,  à  laquelle  si| 
tous  ses  parents,  les  donations  antérieures,  et  y  ajf 
villas  de  Favars,  dans  le  territoire  d'Issandon,  de  CSa 
de  Grazam,  de  Labécia,  de  Bar,  ainsi  que  la  manse  i 
dar  K  Aussi  est-ce  avec  raison  qu'il  a  été  regardé  ca 
fondateur  de  l'abbaye  d'Uzerche,  décorée  de  son  te 
vastes  b&timents,  d'une  belle  église  placée  au  somon 
colline,  d'où  l'cdil  embrasse  les  aspects  les  piui 
resques  K 

Les  abbayest  prodigieusement  enrichies  dans  les  i 

1.  Milestndei  femme  d*Adémar  de  Ségur,  vivait  encore  ea  IMJ 
uue  doiutiou  faite  à  l'abbaye  pour  le  lalut  de  l'Ame  de  ion  mu 
Christ,  :  Eccles,  LemoviCn  p*  ^H.)  ^ 

2.  «  ...  In  fundo  Exandomense,  viilam  qu»  vocatur  Favar»,  it 
uuum  maosum  qui  vocatur  Agudur,  et  iu  alio  loco  viilam  qu«  w 
mUiacMf  et  ia  alio  loco  viilam  qu»  vocatur  Graiam,  viilam  quie  4 
becia,  cum  omnibus  habttantibui,  in  vicaria  Barense  aliam  viilam 
catur  Har,  •  {Gall,  Christ.  :  Instrum.  Eccles.  Lemovic,) 

3.  sinnaL  ordinis  S.  Benedict.  —  Besly  :  Hist,  des  comtes  de  \ 
Annotations, 


I 

1 


ET  DE  U  ^fCOMTf-  DE  LlMOilKS.  n 

et  ikn  J4locL>^cs  par  les  grands  seigneurs,  se  met- 
ta  OMwre  «le  résister  à  ceux  qui  auraient  voulu  les 
ilkr.  Ae  tDomcnl  où  Lolbaire,  niennc6  de  perdre  la 
HLvtittîll  Limoges  cbercber  des  parlisrins,  IvUenne, 
tSintt-MnrUn],  par  ses  eoiiseils,  el  pour  résister  h 
ae,  doc  d'Aquitaine,  qui  prélendait  soumellre  la   ' 
•  sneraineté,  excita  loi  habitants  à  s'armer  contre 
àf  pMrre  cla  I*oit£viD,  fit  élever  (te  fortes  murailles 
•on  kiurs  po«ir  la  dérense  de  l'eDceinte  de  l'flbbaye, 
le  qoaTtia-  le  plus  riche,  le  mieux  peuplé  de  la  ville, 
4e  MM  nom,  fut  appelé  la  cité  de  Saint-Iîlieune  {SU* 
ifa).  Plori^firs  i;randos  ramilles,  comme  celles  ds   ' 
c,  de  Bros^e.  de  La  Molhe-Onniibnc  et  de  Carbon» 
>  amient  aussi  des  habitations  munies  de  tours  et  d6 
rr*.  Pendant  ce  mPnie  voyage,  Lothaire  lit  épouse*  j 
fr  BUturbe  d* Aquitaine,  qui  brisa  celle  union  par  It  ] 
comme  pour  punir  le  dernier  mérovingien  de  porter 
iroiute  qui  avait  appartenu  i  ses  ancClres  (St87  ). 
quand  la  mort  de  Louis  V  eut  livré  1  Hugues  Capet 
Done.  si  longtemps  enviée  par  les  descend.mts  d4  | 
le-Fort,  Guilhume  lit,  comte  de  Poitiers,  qui  n'avait  j 
lu  Caire  bommage  au  nouveau  roi,  cherchant  h  pro'  ] 
ce  cltancemcnl  de  djuasiic  pour  imposer  sa  suze-  A 
k  K>  voisins ,  vint  A  Limoges  h.  grands  renforts 
tea  d'armes  qu'il  logea  dans  la  cité.  Mais  en  même 
[ne  le  grand  Teudalaire  cherchait  t  se  rendre  aus«   i 
l  que  le  roi,  les  villes  du  Midi  prétendaient  main- 
nr.  ^4ipeodaace,  cl  vonlaîcnt  que  la  féoilalîlé  res-  1 
municipales.  Celle  de  Limoges  eul  ' 
trsea  portes  &  Guillaume,  qui  en  fil  aufri-   | 
iri»  uoe  a^sez  longue  ré»tstance,  pendant  ' 


78  illSTOmi!:  DES  VICOMTES 

laquelle  ils  attendaient  des  secours  de  Charles  de  Lor 
les  habitants,  abandonnés  à  eux-mûmes,  furent  oblij 
se  rendre.  Le  vainqueur,  après  avoir  fait  abattro  leurs  ; 
et  leurs  fortifications  (  988) ,  séjourna  quelque  temps 
eux  et  s'y  fit  couronner  duc  d'Aquitaine.  Quand  il  n 
pour  Poitiers,  Agnès,  sa  dernière  femme^  emmena  av^ 
Emma,  fille  du  vicomte  Gérard»  appelée  par  les  chroi 
la  belle  Limotiêine^  dont  la  beauté  captiva  à  la  cbur  d 
taine  le  duc  et  ses  plus  illustres  chevaliers. 

Le  vicomte  de  Limoges  avait,  comme  les  autres  vi 
du  Limousin,  reconnu  la  suzeraineté  de  Guillaume 
que  son  autorité  en  fût  amoindrie.  Pressé  par  les  g 
d'Aiscélina,  sa  fille,  et  peut-être  pour  se  faire  un  pu 
allié,  il  consentit,  ainsi  que  Gui,  son  fils,  à  mettre  en  1 
Adalbert,  retenu  depuis  quelque  temps  dans  le  chAtfl 
Limoges,  et  lui  rendit  les  comtés  do  Périgord  et  la  Ma 
à  condition,  ce  qui  eut  lieu,  que  celui-ci  épouserai^ 
qui  était  venue  si  souvent  le  visiter  dans  sa  prisq 
Limousin  applaudit  à  cette  union  qui,  en  rapprochant 
familles  puissantes,  semblait  promettre  une  longue. 
Adalbert  revint  au  Dorât,  où  il  avait  déjà  fait  constru| 
ch&tcau  fort  ^  Nous  le  trouvons  peu  de  temps  aprè^ 

I 

1.  Uozon,  HOU  pÎTOf  Avait  di^jà  fait  coniitruin»  iiu  chAtcau  à  Dcllac^d 
«le  la  Baumî-Marclii*.  (IjiMie  :  liibl,  »ov,  msM.  t.  Il,  p.  IGG.)  On  )iii  fl 
auMÎ  Ut  fondation  de  U  cuU^Kiaie,  duat  l'églite  fiit  brûlée  ol  lemplu^ 
iÛl'J  à  1075,  parcvllo  ({ui  csirite  ont'oru  et  dont  parle  ain^ii  l'abh/^  Texit 
par  1.1  mort  aux  «'tu(lo5  archi^ilogiqno;,  ot  qni,  un  des  pluH  MTantH 
mouAin,  aurait  certaincmeut  écrit  rtiistoire  de  l'égiiM'  de  Limogée, 
nioniiinciilA  Hont  n  numbruux  et  ni  pré(!ieux  :  «  Deux  graudes  cou[ 
vrtMit  la  prtMnirrc  travt^ft  do  U  nef  et  du  point  central  de  la  croix, 
mièrc  eit  aveoirle  et  circulaire;  U  leconde,  octofrontle,  eii  éelairée  à^| 
d'un  nombre  L^gal  •!(:  fen^treu  et  porche  au  centre  d*uue  sorte  de  largaj 
|»oIyl()bé.  Cett«!  cnui>ole  a  cojil  pieilA  de  liaut.  Deux  clocher»  courom 
iriiM.  L*un,  à  Teotrée,  est  mné,  lounl  et  oauTrori  en  okarpwle;  to. 
placé  k  l'interKcrtion  deo  transepts,  m'iugonal,  évidé,  léger,  chaDj 
forme  et  d'uruemeiitatiou  à  chaque  élige,  so  tenuiuo  par  uue  flùcbAi 
«{uc  surmonte  uo  ange  de  euÎTre  doré  tenaul  une  rrui\.  Cet  ange,  pi 


ET  DK  lA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  79 

980,  possesseur  des  comtés  de  la  Marche  et  du  Péri- 

érard  inoQnii  peu  de  temps  après  le  mariage  de  sa  Olle, 
(  l'as  1000,  au  plus  tard,  laissant  à  sa  famille  la  vicomte, 
sée  dès  lors  parmi  les  grands  fiefs  du  Midi,  et  qui  comp- 
pinni  ses  vassaux  les  seigneurs  de  Ségur,  de  Roche- 
art  «  de  Cbabanais,  de  Ck)nfolens,  de  Lastours,  de 
«se,  de  fionueval,  de  Bré,  de  Lubersac,  de  Ventadour, 
kMniKMii,  et  plusieurs  autres.  De  son  mariage  avec 
Dde,  fille  du  vicomte  de  Brosse,  il  eut  plusieurs  en- 
:  Gui,  qui  lui  succéda;  Hildegaire,  évoque  de  Limoges, 
ilacé  on  peu  plus  tard  par  Hilduin,  son  frère;  Aîmeri, 
Ma  FrÊmcms,  tige  des  seigneurs  de  Rochecfaouart  ; 
Id,  are  d*Argenton  ;  Geoffroi,  surnommé  Petit-Bœuf^ 
■K  de  sa  petite  taille  et  de  sa  force,  qui  fut^  avec  Hu- 
i«  foo  frère,  moine  de  Tabbaye  de  Saint-Martial;  Almo- 
mirtfr  à  Bozoq  n,  comte  de  la  Marche,  et  Aiscélina, 
ne  d'Adalbert. 

et  TOTflihrTerie  rooiaiie,  a  ciixi  pieds  et  demi  de  haut...  Quatre  etcaliers 
«kA  peccéa  daat  qaatra  positions  parallèles  à  la  façade  et  an  mur 
il  éeê  tr«Mep(>...  Sous  le  saDctoaire  tout  entier  règne  une  crypte 
•HjBirable  rtmwnratioD.  a  (Alhum  du  petit  sém,  du  Damt.)  Cette 
iii  omtÊtne  en  I07S  par  on  évèqoe  de  Li»ieii3u  Vœ  de  la  gare  du 
■  4t  fcr,  la  Tïlle  du  Doiat  a  au  a>pect  si  magnifique,  qu'on  regrette  la 
)è  4e  ia  vapeur  qui  tous  emporte. 


90  HISTOIRE  DES  VICOMTES 


CHAPITRE  IV 

GUI  I*'  ET  ADÉMAR,    VICOMTES    DE  UMOGES 

Le  mai  det  ardenti  :  exposîtioa  des  reliques.  —  Hilduia,  évèqne,  in 
(Uiirt  les  ffuerreD  féodales.  —  Boxon  II  de  U  Marche  et  Adalberl4 
le  rhàtcau  de  Gençai  :  siéKe  du  ch&teau  do  Bellac.  —  Gui  J«',  Tie 
Limoges,  veut  B*emparer  de  l'abbaye  de  Brautôme.  —  Confédéii 
mée  par  Guiilaume-le-Grand,  doc  d'Aquitaine.  —  Gui  !•'  et  Adéi 
fils,  défoudeat  le  château  de  Brosse;  Grimoald,  évèque  de  Pérign 
tenu  prisonnier  à  Limoges.  —  L*évèquo  et  lo  vicomte  à  Rome  ;  fl 
concilient.  —  Gui  I*'  prend  le  parti  de  son  frère  contre  Jourdain  da 

*  nais;  mort  de  Jourdain,  d'après  Adémar  de  Chabanais.  —  L*ab 
Lesterps  fondée  par  Jourdain  l*^.—  Adémar,  fils  de  Gui,  maître  da 
<le  Brosse,  attaque  le  prieuré  de  Saint- Benolt^du-Saut  :  la  place  i 
par  Othier  et  Hugues  de  Gargilesse;  Adémar  prisonnier.  —  i 
d'Emma  de  Ségur  chex  les  Normands.  —  Puissance  du  vicomte  à 
ges,  Gérard,  évèque.  —  Les  reliques  de  saint  Martial  à  SaintnJti 
gcly  :  celles  do  saint  Vaulry  restituées.  —  Adémar  de  Ghabanaii 
do  Saint-Martial  :  ses  visions.  —  Troubles  à  l'occasion  du  choix  d! 
do  Saint-Martial.  —  Élection  de  Jourdain  de  Laron.  —  Pèierii 
Gui  I«r;  sa  mort,  ses  enfants.  —  Transformation  sociale  secondée 
glise.  —  Le  commerce  à  Limoges.  —  Les  marchands  vénitiens  à  I 

—  Conséquence  de  cet  établissement  pour  le  luxe,  Tindustrie  et 

—  Haine  contre  les  juifs.  —  Hilduiu  dispose  des  trésors  de  SaioVi 
sa  mort.  —  Emma  de  Limoges  à  la  cour  de  Poitiers  ;  violeneet  \ 
jKir  ses  frères.  —  Différends  entro  le  vicomte  et  les  consuls  de  £ 

—  Mœurs  dt^pravéos  d'Emma  de  Limoges.  —  Adémar  l«r,  rqwiui 
duc  d'Aquitaine.  —  Ses  donations  au\  monastères  :  fondation  de 
Béiiévont.  —  Hommage  du  prieur  du  Dorât  au  comte  de  la  Mil 
Ad«^mar  l«r  enrichit  l'abbayo  de  Saint-Martial.  —  Gui  de  LastoÉ 
reli<|ues  de  saint  Pardoux.  —  La  noblesse  du  Limousin  à  la  dédi 
1  vglJM  d'Aruac.  —  Note  sur  la  faniillc  ùo.  Lastours.  —  Donation! 
do  LaKtours  au  monastère  d'Aniac;  dédicace  de  l'église  de  SaiLt^j 
de  UmogoH.  —  L'a{>ostalat  de  saint  Martial  au  concile  de  Lin^ 
disciplino  religieuse.  —  Aymeri,  vicomte  de  Rochechouart  :  récli 
contre  ses  usurpations.  —  Mort  d' Adémar  I*';  «es  enfants.  ^ 

Gérard  avait,  par  son  courage  et  par  ses  alliancest? 
la  puissance  de  sa  maison  ;  mais  dans  les  dernières  ^ 
de  sa  vie,  il  avait  vu  les  hommes  de  sa  terre,  ses  tî 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOUES.  g| 

de  &eU,  el  les  habitants  de  sa  capitale  en  proie  à  cette  ter- 
rible peste,  coQQuc  sous  le  nom  de  mal  des  ardents,  qui  nt 
tie  uombrwset)  TÎcUines  daiu  toute  l'Aquitaine.  Limoges, 
la  ville  aioi^e  du  rÂlbolicisme,  célèbre  au  loin  p-ir  la  répu- 
Ulion  ie  ses  oombreuscs  reliques  des  saints,  conservées 
pieioeorol  dans  les  monastères,  Ttit,  pendant  le  fléau,  le 
[endei-Tuiis  des  populations,  accourant  des  contrées  voi- 
•\ae\  conduites  par  les  prêtres,  apportant  avec  elles  d'au- 
Ires  reliques,  qu'on  déposait  autour  du  tombeau  de  saint 
lUrtial,  où  U  rouie  venait  prier  ^9a4).  Ceoffroi,  flls  du 
tiooinle  Gérard,  devenu  de  simple  moine  abbé  de  Saint- 
Martial,  et  i'évèque  Hitduin,  son  Trère,  se  concertèrent 
•vec  Guillaume  1(1,  comte  de  Poitiers,  pour  venir  au  secours 
Ae  cette  foule  d'étrangers  malades  ou  mourants,  campés 
tout  uiloar  des  murs  de  la  ville,  où  des  milliers  de  lentes 
anieot  ilé  dressées  pour  les  abriter'.  On  ne  pouvait  com- 
btlre  le  fléau  par  la  science;  on  eut  recours^  la  religion 
qui  donne  l'espérance,  le  courage  et  la  résignation.  Ou 
HUKM^a  aa  loin  qu'on  allait  faire  l'exposilion  solennelle 
des  reliques  de  saint  Martial  et  des  autres  saints,  toutes 
mlrriDées  dans  des  cbSsses  fabriquées  par  les  meilleurs 
iftittra  du  temps.  L'enthousiasme  fut  général  ;  de  tous  côtés 
w  accoarut  &  cette  cérémonie  à  laquelle  assistaient  de 
oembreux  évfiques.  La  foule,  qui  avait  pu  pénétrer  dans  les 
ifjiaes,  accompagnait  de  ses  gémissements  et  de  ses  lamen- 
tadoiu  les  prêtres,  qui  psalmodiaient  les  douleurs  de  Job 
Il  le  repentir  du  roi-propbële,  pendant  qu'au  dehors  un 
po^le  immense,  prosterné  la  face  contre  terre,  confess-iil 

^■l  picbêfi,  pleurait,  attendait  le  pardon,  Dieu  était  venu 
^  aide  k  liut  de  misères  ;  à  partir  de  ce  jour,  la  peste  111 
5* 


i^iis  uip^r  Liemoviciua*  Eiinit,  corpon  cnini 
«m  npM  Dontcmiii  ùnliiliili  ipn«  JepiKeliautur.  b  [Clim 


8S  HISTOmB  OfiS  VfCOMTBB 

moins  de  yictimes  et  bientôt  disparut  du  pays.  Depnh 
époque,  dans  toutes  les  grandes  calamités  publiqp 
populations  de  l'Aquitaine  tournèrent  toujoart  lel 
gards  et  leurs  prières  vers  la  yille  des  riches  batU 
vers  la  métropole  des  saints  U 

L'Église  ne  se  bornait  pas  à  ranimer  le  courage  é 
pulations  par  les  élans  de  la  foi,  à  appeler  par  ses  | 
l'intervention  divine  an  secours  des  foules  consteméi 
s'efforçait  aussi  d'arrêter  entre  les  grands  vassaux  Ies| 
privées,  dont  le  résultat  était  toujours  la  ruine  des  bal 
des  campagnes  ravagées  par  un  parti  ou  par  l'autre.  U 
Bozon  n,  comte  de  la  Marche,  ennemi  de  Gaillanmei 
bras,  comte  de  Poitiers,  &  la  nouvelle  que  celui^KS 
mourant  dans  l'abbaye  de  Saint-Maixent,  eut  envahi 
ton,  pris  et  démantelé  le  ch&teau  de  Oençai,  Hl 
évoque  de  Limoges,  lança  l'anathème  sur  l'agresseur 
naça,  si  la  guerre  continuait,  de  suspendre  la  célél 
du  culte  dans  les  églises  et  les  monastères  du  diod 
pays  dut  à  ces  menaces  quelques  jours  de  paix.  Mail 
laume-le-Grand,  qui  succéda  bientôt  à  son  père  i 
duché  d'Aquitaine,  ne  tarda  pai  à  relever  son  châl 
Gençai . 

Los  hostilités  recommencèrent.  Bozon  II,  accoa 
d'Aldebcrt,  son  frère,  comte  de  Périgord,  vint  de  ni 
assiéger  cette  place  qui  menaçait  ses  possessions;  : 
accourut  avec  ses  Poitevins,  tailla  en  pièces  les  trou 
son  ennemi,  et  l'obligea  à  prendre  la  fuite.  Adalb<! 
faisait  le  tour  du  château  de  Gençai  sans  armure,  < 
nant  de  quel  côté  on  pouvait  l'attaquer,,  fût  atteint 
flèche,  et  vint  mourir  à  Tabbaye  de  Gharroux  (995 


1.  Alons  oomnMDCt^reut  à  LiniAg«i^,  pour  «voir  lien  iou«  les  sept' 
ûrtmisions,  ou  exiKwition*  dm  relique»,  qui  m  continuent  encore. 

2.  Betlv  :  Hiit,  des  comtes  de  Poitiers. 


1 


ET  DE  tA  XICOMTÉ  DE  I.IMOfJES.  »( 

ninqaear,  par  représailles,  aJ]a  ensuite  assiéger  le  château 
de  RoclieaKatn,  qui  appartenait  à  Bozon,  s'en  empara  et  y 
Il  [trisonnifrre  Alniodis  de  la  Marctie,  lllle  du  vicomte  de 
limo^  '.  Quelque  t^mps  après,  fiozon,  vaincu  dans  une 
lotre  batJillr  et  fail  prisonnier,  fut  enfermé  dans  le  cMteau 
de  Poîtien.  Headu  li  la  liberté,  il  n'en  proRta  que  pour  re- 
eoanieDeer  la  guerre.  Alors  le  duc  d'Aquitaine,  résolu  de 
b  poanuivre  h  outrance,  engagea  Hubert,  roi  de  France, 
«1  (Mit  la  FraïKT  ifuarière  -,  à  venir  l'aider  à  faire  le  siège 
4e  Bellan,  capitale  île  la  Uassc-Marche.  La  pince  résista  à 
Inrtes  les  attaques,  ce  qui  permit  à  l'assiégé  d'obtenir  nne 
piAs  honorable,  pendant  laquelle  il  alla  faire  un  pèlerinage 
IRome. 

Sor  CM  entrefaile?,  Gai  I"  succéda  à  son  père  dans  les  xi- 
coatés  de  Limoges  et  de  Ségi]r(IO0O).  Déjà  connu  par  son 
eoara^,  paissant  par  le  nombre  de  ses  hommes  d'armes, 
ptr  >es  rhâteata  bien  fortifiés,  ambitieux  d'étendre  les  li- 
nilesde  sa  vicomte  aux  dépens  de  ses  voisins,  profilant  de 
Tabsence  de  Bozon.  son  beau-frère,  il  fit  conslniire  vis-;\ 
ni  de  l'abbaye  de  Brantâme,  en  Périgord,  un  chfttcau  fort, 
krade  doquei  il  com[)tait  s'emparer  aussi  de  l'abbaye  fon- 
d*e,  dtl-<in.  par  Charlemagne'.  Bozon  U,  à  son  retour  de 
HiNoe,  déni  son  ennemi  lians  un  combat  et  fit  détruire  la 
tarttnts*:. 

L^ambition  an  vicomte  de  Limoges  lui  créa  souvent  des 
(BCBus  parmi  ses  voisins.  Gnillaume-le-Grand,  jaloux  de 
■  pdsuDoe,  irrité  de  trouver  presque  un  égal  en  celui  qu'il 


j  SHv  <ie  (iéninl,  Yicnoiti  de  Liinugeg,  épouM  ipris  lï  mort  di' 
tll,  ilMaalb  iVRil  «liré^  la  joun  fu  1«  pDiran,  ver*  l'in  lOOE,  fiuU- 
»i|«'Cf»Ml,  (lue  d'Aquilaine,  ei  vérifia  par  U  la  priciiclii»  '!«»  luaniciaiis 
fiilifnBnart  unnoH  qn'rilc  annit  ira  jour  ce  iIurU.  {Chron,  Uitllracm.) 

^ft  II  H  l*iU  de  cette  «bbaye  qu'une  parlie  de  l'église  ablinliale  léceni- 
^Bl  laborèe,  et  ao  miBnilIque  (tl«ch«r,  iLuii  la  tljXe  guttiiijue. 


84  HISTOIRE  DES  YICOMTES 

avait  la  prétention  de  traiter  en  yassal,  forma  contre  1 
confédération  dans  laquelle  entrèrent  Arnaud,  comll 
goulème,  Hélie  n,  comte  de  Périgord,  Bozon  II  de  I 
cbe,  tous  intéressés  à  arrêter  ses  entreprises,  pan 
leurs  possessions  touchaient  à  celle  de  la  vicomte.  Toi 
laient  lui  enlever  le  cb&teau  de  Brosse,  qui  pouvait  m 
le  Poitou  et  la  Marche.  Ainsi  se  renouvelaient  saoi 
ces  guerres  féodales  autour  des  manoirs  du  Limoo 
l'Angoumois ,  du  Poitou ,  du  Périgord  et  de  la  M 
guerres  de  haine  et  d'ambition,  auxquelles  le  peupl 
obligé  de  prendre  part,  et  dont  il  payait  les  frais  de  ic 
et  de  sa*  fortune.  L'Église  essaya  d'arrêter  les  hoi 
L'évèque  de  Limoges  Ot  fermer  les  monastères  et  les 
aux  prières  publiques,  et  associa  le  peuple  à  son  di 
ne  permettant  auï  habitants  d'Évaux,  qui  manqua 
pain,  de  manger  la  chair  de  leurs  troupeaux,  qu'à  ■ 
dilion  d'en  faire  pénitence. 

A  la  nouvelle  que  le  château  de  Brosse  était  assb 
les  confédérés,  Oui  P%  accompagné  d'Adémar,  u 
guerrier  avant  T&ge,  courut  à  la  défense  de  la  plaq 
qua  ses  ennemis  à  l'improvistc,  et  les  mit  en  fUil 
avoir  tué  un  grand  nombre  des  leurs  *.  Les  soldat 
vicomte  rentrèrent  triomphants  dans  le  ch&teau  de  L 
et  dans  les  forteresses  voisines.  Cette  victoire  ne  doi 
pendant  pas  au  pays  une  longue  paix.  Oui  était  trop 
ce  succès,  pour  ne  pas  rêver  d'autres  satisfadtioos  d^ 
et  d'ambition.  Tant  que  les  grands  vassaux  avaient 
soin  de  l'Église,  pour  assurer  leur  indépendance  oi 
royauté,  ils  avaient  fondé  sur  leurs  terres  des  abbaya 
monastères  :  devenus  ensuite  autant  de  petits  rois,  il 
chèrent  non  à  dépouiller  les  abbayes,  mais  à  en  | 

I.  D.  Bouquet,  t.  X,  p.  14G.  i 


ET  DE  LA  VICOMTE  LIE  LIMOlîES.  gr, 

maîtres,  sons  prétexte  «ni'i's  en  étaient  les  abbés  laïques. 

Goi  avait  déjà,  do  vivant  de  son  père,  lenlé  de  soumettre  à 

ton  aolorilé  celle  de  BranlAme.  Désespérant  d'y  réussir  par 

la  force,  il  sollicita  Grimoald,  évëque  de  Périgiieu:!,  de  lui 

ED  [aire  présent;  mais  ne  pouvant  l'obtenir,  il  se  saisit  de 

^1  peraoane  et  renfenna  dans  la  tour  de  Limoges.  Cet  ou- 

I    tnp  MaleTa   l'indignation  du  peuple,  habitué  à  regarder 

I   tapenaone  d'an  évèquc  comme  inviolable  et  sacrée.  Les 

'    Uiies,  indignés  et  attrisiés.  venaient  loua  les  jours  dans  les 

^ùes  prier  pour  le  prisonnier,  demandant  à  Dieu  sa  dé- 

iimnce  et  aux  saints  de  le  protéger.  Des  murmures,  on 

jiiait  pa«îer  à  la  révolte,  lorsque  Gui  I",  ell'ravé,  consentit 

i  rendre  le  prélat  à  la  liberté,  après  lui  avoir  arracbé  quel- 

riuts  promesses. 

Cependant  Grimoald,  désireux  d'obtenir  réparation  de 
>i'l  oulnge  par  des  moyens  plus  Tacilcs  que  ceux  dont  il 
;•  lirait  disposer,  engagea  le  vicomte  à  venir  avec  lui  à 
iloute,  promettant  de  lui  livrer  l'abbaye  si  le  pape  y  con- 
sculait.  Le  saint-siége  était  bien  alors,  comme  toujours,  la 
fnnde  cour  d'appel,  vers  laquelle  s'acbeminaient  en  habits 
de  deuil,  vivant  de  pénitence  sur  les  roules,  les  grands  cou- 
[tables,  pour  implorer  leur  pardon  ;  les  victimes  de  la  spo- 
liation ou  de  la  violence,  avec  la  confiance  d'y  trouver  une 
jiMlice  toujours  indépendante  et  libre.  Les  libres  penseurs, 
k%  habiles,  les  vainqueurs  de  nos  jours,  qui  font  un  droit 
tat  faits  accomplis,  souriraient  aujourd'hui  de  pitié  de  ces 
raatomefi  oubliées.  L'aŒaire  fut  soumise  à  la  cour  de  Home. 
Ukentcnce  n'était  pas  douteuse.  L'Église  n'avait  pas  ahdi- 
f«è  celle  inQuence.  dont  elle  savait  toujours  se  servir  pour 
difeodre  ses  privilèges  et  le  droit  contre  l'ambition  des 
fTiads.  Pour  venger,  non  l'injure  d'un  seul,  mais  pour  cou- 
«Tir  à  l'avenir  l'inviolabilité  de  tous  ses  membres,  elle  dé- 
ciiia  que  quiconque  oserait  porter  la  main  sur  un  évCqui. 


É 


86  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

serait  attaché  par  les  pieds  à  des  chevaux  indomptés, .] 
traîné,  mis  en  pièces,  et  exposé  à  la  voirie,  pour  que 
éléments  dévorassent  les  restes  [du  coupable.  De  ce  p 
cipe  une  fois  admis,  serait  émané,  selon  quelques-uns 
condamnation  du  vicomte,  qui  aurait  été  remis  à  la  gr 
de  son  accusateur,  en  attendant  le  supplice,  qui  probil 
ment  ne  devait  avoir  lieu  que  par  ta  volonté  de  celui 
avait  reçu  l'outrage.  En  effet,  trois  jours  après,  Grimo 
craignant  peut-être,  si  la  sentence  s'exécutait,  d'être  ] 
sécuté  par  la  famille  de  son  adversaire  et  par  les  au 
seigneurs  du  pays,  ou  plutôt  touché  du  repentir  de 
ennemi,  se  réconcilia  avec  lui.  Il  partirent  secrètemed 
Rome,  et  retournèrent  l'un  à  la  tôle  de  son  clergé»  l'ai 
de  ses  hommes  d'armes  ^  (1002). 

i.  CMron.  Adem,  Cabanens.  Cet  auteur,  {treiquo  conlemporaiD,  dîl 
le  pape  présida  le  tribunal  qui  rendit  cette  sentcuce.  Les  auteurs  de  VA 
vérifier  tes  dates  n*adnietteiii  pas  cette  tnerlkm,  se^  foodani  sûr  le  € 
tère  bieu  connu  do  pape  SyWestre  11  (Gerbert).  Aimoiu  (Miraatlu  SSi 
nedict.,  1.  111,  c.  v),  qui  vivait  à  peu  près  dans  le  même  temps,  et  <| 
montre  l'ennemi  aclianié  des  vicomtes  de  Limoges,  doone  la  toutauirei 
au  voyage  de  Gui  l«r  à  Rome,  et  ne  dit  rieu  de  sa  «^^^'""^^iDn  (if 
vérif,  les  dates,  t.  X.) 

Adémar,  le  nvanl  écrrvain  du  xi«  «t'oie,  naquit  vert  988,  et  mouniti 
ron  eu  1031.  Jl  nous  fournit  dans  sa  précieuse  chronique  qoalques  DotMp 
sa  ftimille  :  Aldeardem  (alias  HUdegarden)  accepit  in  matrimontum 
mumius  Cubanensù,  aimepas,,,  Tyrpnmis  epùeopi  (LnoncBiisii),' 
ter  AdaJberti,  decani  indyii  et  prœpaaii  ex  sntmasterio  S.  JforCi 
habuit  ex  ea  filium  Adernarum^  Egolismensem  monachum,  quihœeiÊ 
ni.  »  (T.  n,  p.  174  de  TédHion  du  P.  Ubbe,  Paris,  4S57,  îihM.)  M 
catalogue  des  abbés  de  SaintrMartial  de  Limoges,  après  avoir  parlé  de  1 
tié  d'Aimon,  huitième  abbé,  pour  son  frère  Turpiou,  évèque  de  Limog 
^oQlB  :  «  Bx  c^ius  nepte  offieim  tmmine,  noH  nmt  AétAeth»  dttmtk 
RoigeriuM  {Cimtor),  paire  Puioherio^  m  proprio  Jure  heredUariù  à 
vocatur  Catnpanense^  juxta  Castellum  Potentiam,  Tertius  guoque 
fmmtlèts  juttior  natu  Oenminut  extitit  ««Aorvin,  e^;mê  9fo  IdM 
filiut  fm,  maire  HUdegarde  (\uà&  Aldearde),  »  On  a  cru  lftng*Am|i^| 
démai  était  de  la  famille  des  seigneurs  de  Clial)anais,  d'où  le  surnom'  A 
bttmemsU.  M.  S.  GasUîgne,  à  qui  rAngoomois  doit  d*importioils  tm 
d'éruditbn,  a  victorieusement  relevé  eette  erreur.  IVùiêertatùm  sur  iê 
de  naissance  et  sur  la  famille  du  chroniqueur  Adémar,  Angoulftme,  \ 
iD-a.)  Gberebaoi  le  Dm  de  ntisanoe  d*Adéour,  il  le  place,  d^i^e  U  i 


ET  DB  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  87 

Gui  I**  éUit  trop  ambitieux,  trop  pressé  d'accroître  sou 
inflocoee  et  celle  de  sa  famille^  pour  ne  pas  mettre  tout  son 
courage  au  service  d'Hilduin,  son  frère,  évêque  de  Limoges^ 
i  rœessîon  de  quelques  contestations  avec  Jourdain  II, 
sagneur  de  Chabanais,  relatives  aux  limites  de  juridiction 
de  eette  seigneurie  et  de  celles  de  l'église  de  Saint^Junien. 
Poorse  prémonir  contre  ses  voisins,  le  prélat,  comptant  sur 
ianitié  du  comte  de  Poitiers,  et  sur  sa  protection,  avait 
ùk  coualruire  le  château  de  Beaiiyeu,  sur  la  route  de  Saint- 
Joaiea  à  Brigueil,  près  de  la  Gl&ne,  dans  le  but  de  s'ap- 
proprier plus  facilement  quelques  droits  féodaut  sur  celte 
ptftie  du  pays,  alors  soumise  à  la  suzeraineté  de  son  puis- 
uni  voisin.  Par  une  froide  journée  d'hiver,  pendant  que  le 

r.:^  pln.^  bftït.  près  de  Chàteau-Ponsac^  chef-lieu  de  canton  de  l'arrondisse- 

Bcit  àt  Btliac,  MU  lieu  dit  Cabanenntj  qui  serait  une  altération  de  Cam- 

yatenni  :Ciiampagnac}  ;  mais  il  n'existe  dans  les  environs  de  Cliâteau-Ponsac 

i:.e29  lîru  qui  porte  ce  nom,  ni  autres  semblables  comme  ChampagnaCy 

Cmmfmfmtc,  Compaignac,  D'après  quelques  renseignements;  qui  m'ont  été 

iM«ra^  yàx  M.   Duma»-ChampTallier,  et  que  j'ai  pu  vérifier,  je  crois  que 

b  t?c  c&rAi'^ueur  naquit  à  Champagnar,  près  de  Champsac,  dans  le  canton 

4  Ondoar-wr-Veyre,  arroodiHiemeat  de  Bochechouart.  M.  Castaigne,  peu 

4r  ieO{4  aiwit  sa  mort,  semblait  admettre  cette  opinion.  Champagnac,  en 

lalla  CtxmfiOMtnfU,  et  Catanensi^  pir  corruption,  ou  par  erreur  de  copiste^ 

eut  Moi  Mre  le  Uen  iadiqaé  par  Adémar,  et  Champsac  est  bien  aussi  par 

aif^viaiiiui  CbÀteau-PouAC,  en  laUn  Casirum,  Casieilum  Potentiam,  Po- 

X0tfMm«t  Poauadt  Tariables  dans  quelques  chartes.  Une  lettre  d'Adémar 

[3lù£iaau,  Jfuvti,  OnUuû  S,  Benedicii,  p.  270,  t.  lY)  nous  apprend,  qu'é- 

MBi  ««ou  à  Bussiêr^Badily  alors  du  diocèse  de  Limoges,  célébrer  la  félo  de 

k  XâUTÎié  de  U  Vierge,  il  y  trouva  ses  parents  venus  pour  le  voir  ;   c  Qui 

mi  F^ÊtimUitgm  de  bmginquo  vénérant,  ac  pro  mea  uiilitate  me  specia- 

àmmt,  •  L'txpnMÙaa  de  iotiginquo  s'appliquerait  bien  sans  doute  à  Cbâteav- 

^mmCf  paùqa'il  r  a  plus  de  seixe  lieues  de  c«U«  localité  à  fiùssière-Badil, 

amm  cik  pemi  encore  mÎMU  s'appliquer  à  Champsac,  quoique  ce  lieu  ue  soit 

^a  kwt  beaci  eoriroa  de  Dussicre-Badil.  La  manière  de  l'auteur  de  carac- 

^TMer  Ji  lonf  enr  du  voyage  se  justifie,  même  avec  une  moindre  distance, 

«r  a  etUc  dp9que  les  communications  étaient  si  difQciles,  que  même  à  deux 

mmm  ao  «e  croyait  en  pays  étranger.  Adémar  habitait  alors  l'abbaye  de 

Ssal-Cjteni  d'Angoulérae,  à  une  distance  à  peu  près  égale  à  celle  do  Ghà- 

laa^BiK  à  BoMÎère-Badil  ;  ses  parents  pouvaient  venir  l'y  voir.  £n  pal^ 

!■!  dt  ChtmfÊÊCp  os  de  Ghampagoac,  ils  abrégeaient  leur  route  de  mcNtié, 

4t  rc^pcHiioa*  pr^  iœa  mtilùate,  explique  très-bien  qu*ils  profitaient  de  œ 

11. 


88  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

comte  de  Poitiers,  duc  d'Aquitaine,  guerroyait  contre 
zon  II,  comte  de  la  Marche,  Jourdain,  accompagné  de 
son  frère,  vint  menacer  la  nouvelle  forteresse.  Hildainré 
à  la  hâte  un  grand  nombre  d'hommes  d'armes,  et  appi 
son  secours  ses  deux  frères,  Guindé  Limoges  et  Aymeri 
comte  de  Rochcchouart.  Un  combat  s'engagea  sur  les  h 
de  la  Vienne.  Jourdain  avait  vaincu  ses  ennemis;  i 
comme  il  revenait  triomphant  sur  ses  terres,  emmenant 
sieurs  prisonniers,  il  fût  tué  traîtreusement  par  l'un  d*4 
Ses  compagnons  irrités,  attribuant  ce  crime  à  l'évoque, 
rent  à  mort  plusieurs  de  leurs  prisonniers  les  plus  rei 
quables  par  leur  naissance.  Jourdain  Manzer  (le  bât 
voulut  venger  son  frère;  il  tendit  des  embûches  à  Ayi 
de  Rochechouart,  s'empara  de  sa  personne  et  le  retint 
sonnier,  jusqu'à  ce  que  l'évêque  eût  consenti  à  payei 
rançon  par  la  destruction  du  château  de  Beaujeu  (lOlt^ 
Jourdain  P',  père  de  Jourdain  II,  et  sa  femme  j 
avaient  fondé  le  monastère  de  Lesterps*,  de  l'ordre 
Saint-Augustin,  vers  l'an  980,  et  l'avaient  enrichi  de  gra^ 
propriétés.  Jourdain  II  et  ses  frères  confirmèrent  cea^ 
nations,  avant  même  que  la  règle  monastique  y  eûM 

1.  «  ]\i»  tcmporibuit,  AlduinuB  {Lemovit'ensis)^  adducio  ^cum  dace 
tanorum)  V^illelmOy  extraxit  caittruni  Bellojocum,  secus  nioiiasierium 
niini,  contra  JonUiium  priucipeni  CSabaiiensem  ;  reTenoque  duce,  J( 
properavcrnt  cum  clectiH.  vel  ad  caMruin  oxpugnandum,  vel  ad  epii 
debellanduin.  Kp'mcopas,  aggregraia  arniatonim  immanitaie,  habito  h 
Ho  fratre  Widone,  occurrit,  et  grave  ortum  e>t  pra^lium  tempore 
hiemi»,  plurimaB  Muguii  effùsuA,  fUgati  LcmuTiciui  cum  episcopo  et' 
comitibua  *u\%,  Victor  Jordanu»,  cum  phiribuA  principibuii  captia, 
jamque  Kcunii,  cahu  a  milite,  quem  iiise  prosttraTerat,  a  tergo  in 
percuiius  interiit;  et  qui  a  nuis  capti  tencbantur,  moi  pro  eo  coafoMi 
animas  cum  languioe  depo«uerunt,  pro  quibun  gravior  luctus  exstitH 
antea  pro  iu  bello  prontrati»  fuerat.  Jonlauus  quoque  Manzer  firater 
pott  modicum  captum  fratrem  epinoopi  Aimericum  tam<Iiu  vinculal 
mit  quouique  caitrum  menioratuni  dirutum  CMet.  »  (CArofi.  Adem,, 

2.  Jourdain  l«r,  prince  de  ChabAuai«,  était  fila  <rAbo  Gat  Arm«ta| 
tionné  plutieun  fois  dau<  le*  tiiret  primitif*  du  mouastère  de  Saint  ' 
de  Lefterpt  {caitt<m  de  Confolent,  Charente). 


ET  UE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  m 

ré)çulièrenieat  établie   par  saint    Gaulier,  qui  en   fut  le 
«mi^r  »bbè  ', 

Kdéeatt,  Sis  aîné  du  vicomto  de  Limoges,  seconda  coura- 
Kuementson  jière  dans  toutes  les  guerres  entreprises  poui- 
augforntor  la  fortune  de  sa  fnmille.  Plein  d'ambilion,  im- 
palifDl  d'avoir  des  possessions,  où  il  pourrait  commander 
JinullJT,  il  s'élA't  empnrf^  du  château  de  Brosse,  dont  une 
te  apparteoâtl  à  Hugues  de  Gargilesse,  qui  ne  put  résis- 
i  ses  premières  atlaques.  Voyant  s'accroître  le  nombre 
Je  tes  frires,  el  craignaut  que  les  biens  de  sa  maison  ne 
MlStent  p»s  à  les  doter  cl  que  sa  part  d'héritnge  n'en  fût 
unoindrie,  il  résolut  de  s'emparer  de  ceux  de  ses  voisins. 
Treavant  k  sa  bienséance  la  ville  et  le  prieuré  de  Saint-Be- 
noll-du-Saot,  qui  appartenait  à  l'abliaye  de  Sainl-BenoU- 
»ar-Loire,  iJ  médita  de  les  envahir  par  surprise.  Profitant  du 
l'absMce  dn  prévOt  Othier,  sous  la  garde  duquel  étaient  le 
el  la  Tille,  il  enlra  dans  la  place  «  comme  un  vo- 
et  y  installa  ses  bommes  d'armes*.  Othier,  trop  fai- 
Me  poar  venir  l'attaquer,  intéressa  facilement  à  sa  cause 
Ragun  de  Gargilesse,  qui  n'avait  pas  pu  encore  se  faire  res- 
tituer de  gré  ou  de  force  la  moitié  du  château  de  Bi'osse. 
TOQtdeux  vinrent  donc  faire  te  siégu  du  prieuré  de  Sainl'- 
BcnotL  Arrivés  devant  la  place,  le  mardi  de  la  troisième 
iFcnaice  de  carême,  leurs  forces  ne  sufllsant  pas  h  l'attaque, 
';iiaiqa'ils  eussent  avec  eux  deux  de  leurs  puissants  voisins, 
1  an  DDRuné  Gérard,  l'autre  Jandre-l'Ane,  ils  y  jetèrent  des 
sutières  enflammées  qui  embrasèrent  les  bâtiments  et  obli- 
gèrent Adémar  ù  se  sauver  dans  le  clocher,  vieille  tour 
Uttlmilc  en  bois,  au  sommet  de  laquelle  les  Limousins 
dmsèrent  leur  bannière,  en  signe  de  la  résistance  qu'ils 

I.  final  Gialicr,  il'iuie  du  ^ai!e<  rkioiUe»  d'Aquitaine,  fut  Mit  (l«  Lot- 
irrft,  MfH*  atotr  été  e^tULOoinv  du  [>am.  Il  uiwnil  vu  1070. 
i,  iitaoin  ;  Mimeula  S.  BeneHîcl.,  I.  i. 


90  HISTOIRE  DU»  VIC0MTB8 

TOulaicDt  faire.  Mais  Adémar,  menacé  par  les  flammai 
connaissant  Timpossibilité  de  résister  plus  longlempi 
sortir  sain  et  sauf,  après  avoir  vainement  cherché  à  i 
cher  sous  les  poutres  embrasées,  demanda  quartier  i  Hi 
de  Gargileise,  qui  ne  s'engagea  à  lui  laisser  «  la  via  i 
membres  »  que  s'il  se  rendait  sans  condition.  Adémi 
cepta,  mais  en  sortant  de  la  place  il  fut  retenu  prisa 
avec  plusieurs  seigneurs  de  la  vicomte  qui  l'avaient  ao 
pagné.  Maître  de  sa  personne,  Hugues  le  conduisit  au 
devant  le  château  de  Brosse,  et,  le  montrant  à  Gérard 
était  chargé  de  défendre  la  place,  lui  annonça  qu'on  : 
lui  abattre  la  tôte,  si  les  portes  ne  lui  étaient  paa  oui 
sur-le-champ.  Gérard,  pour  sauver  son  maître,  livra  i 
gués  la  tour  du  château. 

Oui  I*',  dans  les  dernières  années  de  sa  vie,  laissa  à  H 
le  soin  de  faire  face  à  ses  voisins  par  la  force  des  ai 
mais  si  nous  ne  le  trouvons  pas  comme  intervenant  dai 
conflits  d'ambition  et  de  vengeance  qui  venaient  de  ai 
duire,  il  n'en  sut  pas  moins  s'attribuer  la  fortune  dei 
très  pour  sauvegarder  la  sienne,  et  user  de  toute  fl«| 
fluence  pour  servir  les  intérêts  de  sa  famille.  GeolM 
Vigeois,  raconte  qu'Emma  de  Ségur,  sa  femme,  étant'f 
par  dévotion  pour  un  pèlerinage  à  Saiot-Hichel^n-r 
fût  enlevée  par  des  pirates  normands  qui  venaient 
barquer  sur  la  #6te,  et  conduite  en  Norwége*  oik 
meura  captive  près  de  trois  ans.  On  mettait  sa  rançi 
pris  si  élevé,  que  manquant  de  ressourcés  légitin 
pourvoir,  son  mari  força  le  clergé  de  Limoges  à  iuii 
nna  statue  d'or  de  saint  Martial  et  les  ornements 
précieux  du  trésor  de  l'abbaye.  Maïs  quand  il  eut 
somme  demandée,  les  Normands,  après  l'avoir  recueil 
e^nt  néanmoins  de  rendre  la  liberté  à  la  vicomtesse.1 
attristé  de  l'inutilité  de  son  sacrilégei  désespéré  de  kj 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  UMOGES.  f  1 

toi  des  pirates,  il  eut  recours  à  Archambaadf  ?icomte 
et  Tarame',  qui,  par  le  crédit  de  Richard  U,  son  beao- 
tière,  akMS  doc  de  Normandie,  obtint  la  liberté  d'Emma, 
Grile^  ivfînt  à  Limoges  accompagnée  des  pins  iÙastres 
deiaiefs  de  Normandie.  En  témoignage  de  sa  délivrance, 
dfe  flt  avec  son  mari,  de  riches  présents  à  Tabbaye  d'Uxer» 
chr,  et  loi  donna  entre  autres  Téglise  de  Saint-Pardouz  *• 
Gb  r',  par  la  hardiesse  de  ses  entreprises  contre  ses  voi- 
ÉB,  par  ses  succès,  et  surtout  par  le  courage  de  son  fils, 
mit  fait  de  la  vicomte  un  des  grands  fiefs  de  la  France 
Asiale;  devenu  Tégal  des  comtes  de  la  Marche  et  du  Péri- 
govi,  il  ne  se  reconnaissait  plus  l'humble  protégé  des  com- 
tes 4e  Poitiers.  Par  ses  soins  et  par  sa  protection,  qneiqoes- 
VM  des  Hmnbres  de  sa  famille  se  trouvaient  en  possession 
des  premières  dignités  de  TEglise.  Gérard,  son  neveu,  tré- 
sorier ée  Saint-Hilaire  de  Poitiers,  fut  appelé,  après Hilduin, 
ao  siège  épiscopal  de  Limoges,  par  la  protection  de  sa  tante, 
dochesse  d'Aquitaine,  qui  obtint  de  son  mari  que  le 
moine  reçût  le  même  jour  tous  les  ordres  hiérarchi- 
le  rendant  propre  aux  fonctions  d'évôque  ^.  Le  clergé 
contre  celte  violation  des  règles  canoniques,  et  s'en 
lit  aa  pape  ;  mais  le  vieux  duc  d'Aquitaine,  cédant 
aux  obsessions  de  sa  femme,  fit  taire  les  opposants. 
Im  nouvel  évéqne,  conduit  à  Limoges  par  les  prélats  qui 
t'aoïCBi  sacré,  y  fit  une  entrée  solennelle  et  Ait  porté  par  le 


t.  Ardmiibaod,  fcrnomnié  Jambe-Pmirrie  [Camèa  jm(rûi&)  k  cmm 
fvt  kètÊÊmn  reçiM  tm.  aUaquaut  le  cbàtaui  da  Tureoney  fut  oéièUre  par 
m  cnvape  fi  par  ms  faits  d'armes.  (CA'*on.  Gaufredi  Vosicnsis,)  \\  n'é- 
kil  ^v  monte  <le  GomlMmi,  lors  de  ma  mariage  avee  U  fwrar  de  IKchard, 
Ak^  XamiAiidie.  U  «pousa,  aprèa  la  inort  de  eelle-ci,  Siilpicia,  fille  de  Ban 
■^  Tiemite  de  Tuenne.  (V.  moo  Histoire  du  Bas'Lùnousin,  t.  i,  p.  135 

1  Ciurm»  Gaufredi  Vosiensis,  ap,  Labà.,  t.  2,  p.  147. 
3.  (ID  De  «aurait  préciater  la  da'.e  de  ce  fait,  mais  elle  peut  se  placer,  le- 
a  kf  latecirv  da  GaUm  chrigtiana,  eutre  1008  et  iOtS. 


92  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

peuple  sur  le  siège  de  saiut  Martial  ^  Il  obtint  peu  de  ta 
après  d*Hélie  de  ChaKiis,  en  faveur  de  l'abbaye  de  8i 
Martial,  la  donation  de  la  seigneurie  de  Puypérous 
Angoumois,  et  celle  de  la  ville  de  la  Souterraine,  i 
sentie  par  Oérard  dcf  Grozanl.  Ces  donations  eurent  j 
témoins  le  duc  d'Aquitaine  et  les  principaux  seigneun 
Limousin. 

Il  partit  peu  de  temps  après  pour  Saint4ean*d'An| 
avec  l'abbé  de  Saint-Martial  et  son  clergé,  pour  asaial 
rinvention  du  chef  de  saint  Jean-Baptiste,  récemment 
couvert.  On  y  porta  solennellement  pour  cette  cérém 
les  reliques  de  l'apôtre  de  l'Aquitaine,  au-devant  desqn 
accouraient  sur  toute  la  route  les  habitants  des  coni 
traversées  par  ce  pieux  cortège  de  religieux  et  de  lalf 
Le  vicomte  de  Limoges  tint  à  honneur  d'assister  à  i 
fête.  OeoiFroi,  abbé  de  Saint-Martial,  qui  accompagna 
évoque,  ne  sut  pas  toujours  protéger  son  abbaye,  do( 
avait  pris  possession  en  1008,  contre  les  usurpations  dl 
parents;  mais  il  n'eut  pas  la  même  faiblesse  contre  d'av 
prétentions.  Sou  ambition,  comme  on  le  verra,  lui  flj 
nombreux  ennemis.  Quelques  seigneurs  s'étant  emparé^ 
le  territoire  de  Saint- Vaury,  de  plusieurs  terres  faisant^ 
tie  de  sa  seigneurie,  aidé  de  Bozon  H,  comte  de  la  Man 
il  enleva  les,reliques  de  l'église  de  Saint-Vaury,  qu'il  ta 
porta  à  Limoges.  Les  habitants,  désespérés  de  la  perfj 
ces  précieux  restes  des  saints,  se  rendirent  auprès 
en  suppliants,  mais  il  ne  céda  à  leurs  prières  qu'à  la 
tion  que  les  seignenrs  qui  avaient  envahi  ses  terres 
restitueraient,  et  s'humilieraient  devant  lui,  en  témoif 
de  lenr  repentir.  La  châsse  du  saint  fut  reconduite  en 
pompe  à  son  église  par  le  clergé,  en  tète  duquel  mai 


i.  Adtmar, 


ET  DK  LA  VlCOJtfTÉ  DE  LIMOGES.  93 

ieduc  d'Aquitainey  escorté  par  ses  barons  et  par  ceux  de  la 
ncomtè. 

Daw  VMeoie  de  grands  événements,  ou  dans  la  tristesse 

des  pféoeeopations  du  moment,  les  esprits  cherchaient  dans 

dcsfljpMS  miraculeux  Texplication  de  l'avenir.  Alors  vivait, 

cooBK  ooTÎce  dans  le  monastère  de  Saint-Martial,  sous  la 

dirattîoo  de  son  oncle  Roger,  un  jeune  moine,  Adémar  de 

Cbhinais,  qui  fut  plus  tard  l'écrivain  d'une  chronique, 

h  ptais  précieuse  de  toutes  celles  du  xi*  siècle.  Conmie 

keaocoop  d'autres,  il  livrait  son  imagination  séraphique  à 

taies  les  fèreries  d'une  âme  pieuse  et  exaltée,  gémissant 

«r  ks  noalhears  et  les  fléaux  dont  il  était  témoin,  pieu- 

rut  pendant  la  nuit  à  l'aspect  de  la  croix  du  Christ,  qui 

pknnîl  hn-méme  les  égarements  de  l'humanité.  Pour  lui, 

ces  manifestations  divines,  qu'il  contemplait  sous  la  voûte 

do  ciel  resplendissant  d'étoiles,  étaient  si  tristes  et  si  éton- 

qa*il  n'osa  que  plus  tard  les  consigner  dans  sa  chro- 

\  c'est-à-dire  lorsqu'il  fut  devenu  moine  d'Angou- 

t 

• 

A  la  mort  de  l'abbé  Geoffroi,  qui  avait  décoré  le  tombeau 
de  saint.  Martial  d'une  magniflque  couronne  d'or  ornée  de 
précîenses,  et  reconstruit  la  basilique  de  Saint-Sau- 
\  l'abbaye  de  Saint-Martial  fut  troublée  par  quelques 


1.  Le  pwttge  d*Adémftr  mérite  bien  (i*ètre  cité  :  «  His  temporibus  {circa 
mmmim  fSIS)  ngna  in  aitrif,  siccitates  noxiff,  iiimi»  pluTλ,  nimisB  pestes 
il  pcBYÔaînic  fuSei,  defectioues  rnultc  solis  et  luiue  apparuerunt,  et  Vi- 
Sarios  per  très  noctes  aniit  Lemovicv  per  duo  milliiT,  et  supradictus 
Ademams  qui  tune  cum  aTunculo  suo  iuclyto  Rotgerio,  Lemovi- 
ért^bif  ni  monasterio  Santi-Martialis,  experrectus  intempesta  nocte, 
forif  artra  suictperet,  vidit  contra  austrum  in  altitudinem  cœli  magnum 
qmMM  eouéxnm  in  oœlb,  et  Domini  figuram  in  cmoe  pendentem, 
lacrTmanim  plorantem  :  qui  autem  Tidil,  a^tonitus  nibil  aliud 
■t  qoui  larrymat  profundere.  Vidit  vero  tam  ipaam  crucem,  quam 
'^~  ooloc«  ii^neo  et  nimis  laiigaiiie  tolam  per  dimidiam  noctis 
esk>  teae  claaderet;  etquod  Tidit,  et  semper  iu  corde  ce- 
ioicripsit;  tettisque  est  Dominusquod  bec  vidit.  »  {Chron, 

.,  ^  174.) 


94  HISTOIRE  DBS  YIGOHTES 

intrigues»  à  l'occasion  du  choix  d'un  nou?eI  abbé.  L'év 
Gérard,  peut-être  en  qualité  de  parent  du  dernier  d 
taire,  voulut  s'emparer  des  riehe»e8  du  monastèM 
religieux  lui  résistèrent  et  choisirent  pour  leur  chef 
rituel  Hugues,  l'un  d'entre  eux,  connu  par  sa  rare  p 
«  dilectùme  Dei  fortissimusy  0  mais  qui  ne  put  ôtre  rea 
que  deux  ans  après  son  élection.  L'éTêqpie,  qui  s' 
opposé  à  son  intronisation,  étant  mort  à  Gharrouz  en  1 
nant  de  Poitiers,  le  vicomte  de  Limoges  voulut  pcM 
un  de  ses  fils  de  cette  dignité  (iOâO).  De  là  de  vives  h 
mations  de  la  part  du  clergé.  Tous  les  jours  on  vi 
circuler  dans  les  rues  de  la  ville  des  processions  de  mi 
et  de  prêtres,  demandant  à  Dieu  de  rendre  la  pa 
TÉglise,  appelant  sa  colère  sur  l'ambitieux  vicomte,  « 
tant  contre  lui  le  mécontentement  de  la  foule.  Le 
grand  désordre  régnait  dans  la  cité  et  au  dehors,  oà 
s'attendait  à  la  fin  du  monde,  pieuse  erreur  propagée 
les  récits  de  l'apparition  du  Christ  versant  des  larmes.;^ 
Le  duc  d'Aquitaine,  pour  rétablir  le  calme,  et  mil 
les  intrigues  de  Gui'I*'  qui,  pour  assurer  l'évèché  à  son; 
offrait  d'achever  à  ses  frais  l'église  de  Saint-Étienpe,  % 
mencée  par  Hilduin,  réunit  le  clergé  à  Saint-Junien  ^ 

■ 

élire  Jourdain  de  Laron.  L'élu,  sacré  par  Islo,  évèqi 
Saintes,   au   grand  mécontentement  de  l'archevêq! 
Bourges  qui  réclamait  ce  privilège,  fut  ramené  en  tri( 
à  Limoges  ^et  intronisé  dans  l'église  de  Saint-Piei 
Queyroix  *. 

Gui  I*'  était  déjà  vieux  à  cette  époque,  mais  comi 
avait  beaucoup  d'erreurs  à  se  faire  pardonner,  il  eut  le: 
rage  d'entreprendre  un  pèlerinage  en  Terre-Sainte.  Al 
en  route  d'une  maladie  de  langueur,  on  le  ramena  si 

i.  Jourdain  de  Laron,  i2«  éfèque  de  Liraogtpt,  consacra  T^Ute  de 
SauTeur,  préi^ida  aux  conciles  de  Limoges  de  1020  et  de  1031. 


ET  DE  LA  VICOMTE  UE  I.IMIKIES.  n;, 

.  i:icard  duts  soa  diktcaa  de  Limoges,  où  il  mouruL  en 
iim^iodaQt  (urdoQ  à  Dieu  d'avoir  usurpé  tes  biens  des  ab- 
i:iyes  (27  octobre  103.1)  ■,  et  fui  inliumé  dans  i'église  de 
SdiuI-JltiliaJ.  Par  une  donation  de  la  mëmo  année,  dans 
UqucJJeU  (oit  mention  de  ûérnrd,  son  père,  dellolhJIde, 
ttnère,  il  arail  renoucé  en  faveur  de  l'abbaye  d'Uzerche 
ai  BUuulàre  de  Tourtoirac'.  Emoia,  sa  femme,  qui  lui 
nul  apporté  en  dot  la  vicomlé  de  Ségur  et  qui  était  sa  pa- 
nUe,  mourat  peu  de  temps  après  lui.  De  ce  mariage  aa- 
qurtnt  plmieur?  enfants  :  Adémar,  qui  lui  succéda,  Pierre 
ttAdaltic,  menlionnés  dans  la  vie  manuscrite  de  l'illustre 
Ûiulin,  abtjé  de  Fleuri,  qui  jouissaient  d'une  faraude  répu- 
Wioa  dans  la  vicomte  de  Limoges  >. 

Plm,  d'an  demi-siècle  s'était  écoulé  dans  l'anarchie  des 
goerm  féodales,  depuis  que  les  descendants  de  Pulcbérius, 
ncoiole  de  Scgur,  étaient  en  possession  de  la  vicomte. 
Leur paissaDcc  politique,  comme  leur  fortune  territoriale, 
a'awt  fiul  que  grandir  dans  ce  chaos  de  prétentions  rivales. 
Lear  capitale,  où  l'autorité  était  partagée  entre  eux  et  le 
dei^é,  deux  éléments  dont  l'un  représentait  la  force, 
l'ititre  rintcUigence,  avait  vu  se  développer  dans  ses  murs 
Il  Itvraii  libre  et  l'industrie  avec  des  résultais  qui  étonnent, 
fnuul  on  sait  que  le  dixième  siècle  eut  pour  l'humanité 
lut  de  tristes  épreuves.  L'Église  pouvait  s'attribuer  la  plus 
-:ande  part  diins  celle  tr^nsformalion;  pnr  ses  analhèmes, 
■ll«  atait  souTent  désarmé  la  force  brutale;  en  favorisant, 

1 .  iiUmat  ik  CbkbaniiB  (til  qur  ne  ray«ge  ou  Terre-Sùnle  eut  lieu  aa 
:»Q.  UiU'iiii  imil  mori  tu  mtta«  «avàe.  {Gall.  e/irttt..  t.  11.  c^nl.  512.)  Si 
>  <)owiM  (ikrttt  «TM  sua  triru,  et  i,"±  tomba  ttwlade  en  route,  il  fïudnit 
-  a  «liiMUn  qM  w  maladie  tmlai  bleu  en  longueur,  puisqu'il  »eriiil  mort 
'  ytl  ans  ipr+j.  [TAron.  Aipa'lan., ap.  Scii'pl.  rer.  Prune.) 

l  Ahfaaie  lie  J'onlre  de  Sniit-Benolt,  ïilaée  sar  h-9  hordi  de  la  tiaute  Vi- 
:  n,  ibiH  une  iUuîM  mJI^  eolaurte  île  haulee  culliuM. 

I.  •  l)ou  fertnaDÎ  Tmlres  lemoticte  ufliii  comitatu  iuiigno*.  «  {Bibl.  fie- 


96  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

par  l'exemple  qu'elle  donnait,  rémancipation  des  » 
exigeant,  comme  garantie  de  l'avenir,  que  les  cbari 
franchissement  fussent  solennellement  déposées  sur 
elle  avait  posé  les  premiers  éléments  de  la  liberté  po 
Pendant  que  ses  grands  dignitaires,  évoques  ou 
étaient  choisis  dans  les  familles  les  plus  riches, 
féodalité  armée  s'organisait  en  formulant  des  droits^ 
pendance  en  face  de  la  royauté,  on  voyait  grandir  d 
villes  du  Midi  toute  une  population  d'artisans  se  li 
industrie  qui  sait  créer,  au  commerce  qui  enrict 
moines  avaient  été  les  premiers  à  donner  ce  fm 
exemple  du  travail,  en  construisant  sur  des  terres  il 
et  inhabitées,  bientôt  couvertes  de  moissons  et  d^ 
peaux,  des  abbayes  qui  devenaient  autant  d'écoles  i 
culture,  dans  lesquelles,  hors  des  heures  du  traff 
champs,  on  façonnait  de  riches  tissus  de  soie  et  de 
l'or,  l'argent  et  le  cuivre  prenaient  toutes  les  foi 
l'art  le  plus  exquis.  Venise  venait  à  peine  de  sortii 
lagunes,  que  ses  marchands  envoyaient  à  Limoges  ui 
nie  de  commerce  (977). 

Depuis  que  les  Arabes,  maîtres  de  la  Méditerran^ 
maient  le  détroit  de  Gibraltar,  et  que  les  chrétiens 
driatique,  de  l'illyrie  et  de  la  Grèce  ne  pouvais 
apporter  les  produits  de  l'Orient  sur  les  bords  de  V 
le  commerce  avait  trouvé  une  autre  voie,  celle  de  Mi 
d'où  il  remonta  le  Rhône,  franchit  les  Cévennes  et  U 
d'Auvergne,  comme  autrefois  les  Phocéens,  et  vint] 
à  Limoges  ses  entrepôts  d'épiceries,  de  riches  étolFiç 
parfums,  qu'on  exportait  ensuite  dans  le  Nord, 
étrangers,  à  qui  les  moines,  les  abbés  et  les  évoques 
vendu  le  droit  de  cité,  en  les  faisant  contribuer  à  la 
trucliop  des  monuments  détruits  par  les  Normandi 
ges  était  devenue  une  ville  industrielle  et  comi 


ET  DE  LA  nCOMTÉ  DE  LIMUiiES.  97 

>probiLê  de  ses  marcbands,  comme  la  peitcction  de  ses 

iuîts,  était  connue  au  loin, 
I  ''st  une  Iradilion  constante,  acceptée  par  toutes  les 
-tiiiques  locales,  que  dans  la  dernière  moitié  du  dixième 
■  '.t,  des  marchands  vénitiens  s'établirent  à  Limoges,  Ce 
.  .Uicntpas  seulement  quelques  individualités  isolées  cber- 
rhinl  les  hasards  de  la  fortune,  mais  une  véritable  colonie 
anc  des  projets  arrêtés,  des  espérances  de  succès.  Le 
Domhre  s'en  était  accru  rapidement.  Aidés  de  la  population, 
qu'il*  initiaient  à  leurs  opérations,  ils  construisirent  tout 
un  faubourg  qui  longtemps  garda  leur  nom'.  IJ'autrcs 
étnu]ger«  n'avaient  pas  tardé  à  entrer  en  concurrence  avec 
eux,  de  sotie  que  Limoges,  à  la  fin  du  siècle,  était  devenu 
le  point  central  qui,  par  les  relations  commerciales,  mettait 
en  cooUcl  le  nord  et  le  midi  de  la  France.  Les  descendanls 
des  Lémoviees.  séduits  par  la  prospérité  de  tous  ces  étran- 
ger», ie  laissèrent  facilement  entraîner  dans  la  même  voie. 
Le  Ine  arait  été  le  pieniier  signe  de  ce  changement;  il 
t'était  d'abord  introduit  dans  les  églises,  dotées  de  magni- 
iq/ats  ouvrages  d'or  et  d'argent.  Puis  les  grands ,  les 
mes  de  la  féodalité,  s'étaient  mis  à  aimer  les  belles 
I  les  armes  de  Ime.  Les  beaux-arts  avaient  mulli- 
rars  ravissantes  créations.  L'École  d'orfèvrerie  émail- 
hflu  champ  levé»  avait  produit  dus  chefs-d'œuvre,  dont 
i  font  encore  l'admiration  de  nos  artistes,  comme 
s  ou  coffrets  de  Grandmont  et  d'Ambazac,  le  buste 
'  te  saint  Féréol  à  Neson,  les  reliquaires  de  Saint-Sulpicc, 
le  Sainl'SvlTestre,  de  Châtcauponsac,  et  un  peu  plus  tard 
Hi  toam.  qui  ornèrent  au  Mans  le  tombeau  de  GeolTroi 


tel  LomWd*,  s'éublirant  d'abord  derrière  l'igliie  de 
l-QDejroii,  el  canatroisirant  une  partie  du  finbourK  Suinl- 
'  il*  occuperont  tonta  l'eiiceinte  oompriae  entre  l'aaciniiiie 
l'é^iM  Sainl-Psul,  el  ce  qu'où  ippelnil  tu  C'U. 


98  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Planlagenet  On  vantait  an  loin  la  statue  en  or  di 
Martial  donnant  sa  bénédiction  au  peuple,  son  ricll 
beau  orné  de  pierreries,  qu'un  incendie  venait  de  dé 
et  qui  reparut  bientôt  aussi  somptueux  par  les  soins 4 
bert,  moine  savant,  à  qui  était  confiée  la  garde  des  re 
L'abbaye  de  Saint-Martial  avait  vu  passer  ses  plus, 
ornements  dans  celle  de  Saint-Denis,  la  grande  né^ 
des  rois,  qu'Hildegaire,  évoque  de  Limoges,  avait  ei 
des  dépouilles  de  sa  basilique,  pour  y  payer  la  pi 
son  tombeau  '.  Secondé  par  d'habiles  ouvriers  et  | 
aumônes  du  peuple,  Tabbé  Geoffroi  avait  fait  oubliei 
spoliation,  en  faisant  fabriquer  deux  oroix  gigant 
d'or  massif,  ornées  de  pierres  précieuses,  qui  furei 
cées  sur  l'autel. 

A  la  suite  des  Vénitiens  et  des  Lombards»  étaient 
aussi  un  grand  nombre  de  juifs,  cette  race  proscri 
mettiiit  sa  gloire  à  s'enrichir  aux  dépens  des  chq 
Mais  l'Église  et  le  peuple  n'avaient  vu  en  eux  que  i 
nemis,  surtout  quand  on  eut  publié  partout  qu'ils  i 
aidé  les  musulmans  &  profaner  le  sépulcre  de  Jérui 
L'évoque  Hilduin  leur  avait  ordonné  de  recevoir  le  bii 
ou  de  sortir  do  la  ville.  On  leur  enseigna,  en  effet,  qi 
temps  les  dogmes  de  la  religion  chrétienne,  mais  t|^ 
quatre  seulement  consentirent  à  se  convertir;  les  aia(| 
dispersèrent  dans  les  villes  voisines;  quclques-unS|| 
quant  de  ressources,  se  donnèrent  la  mort  de  déses] 

Si  la  plupart  des  évoques  de  Limoges,  pris  dans  la 
des  vicomtes,  ftircnt  en  grand  honneur  dans  leur 
quelques-uns  cependant  avaient  eu  toutes  les  ambiti 

1.  Ilihicgalre,  frèra  doCuilcr.  mourut  on  rovuiiaiit  du  concile  de 
en  OOS,  et  Ait  euiarré  à  Saiut-Ueuis.  «  Eidoiu  reg»U  cn^nobio 
tulil  nnuimentA,  qmi'  ei  a^reUriu  mucU  llartiali*  adportaTerat.  i* 
dcm  Bftie>motf  ap,  Hikl,  nationale,) 

2.  Ohr^m,  Adetnar*  Cmbanenu 


ET  DE  U  VICOMTE  DE  UMOiîES.  99 

i.iflnQC  qui  caraclérisèrent  leur  ramillc.  Hilduin,  sî  sévère 
;><>iir  les  inifs,  était  allé  à  Rome  avec  le  duc  d'Aquilaine, 
'  iiiportani  arec  lui  les  trésors  de  Saint-Martial  qae  Gui  1", 
>■>  tri'-i-,  lui  avait  vendus.  L'or,  l'argent  et  les  plus  pré- 
1  I  i;>cmeDte  disparurent  ainsi,  aa  grand  regret  des 
m  ;'  t-.  ijiii.  pour  refaire  la  fortune  de  leur  église,  attirèrent 

I  Ljmo^^es  les  plas  riches  et  tes  plus  nobles  barons  de 
rAqaitaine  à  la  célébration  de  la  f'He  de  saint  Martial, 
tonl  les  rçUques  se  couvrirent  d'abondantes  aumAnes.  Pour 
tôt  oublier  ses  spoliations,  Hilduin  avait  entrepris  la  re- 
eonslrocIJOD  de  l'église  cathédrale  de  Saint-Étienne,  et 
Ut  abattre  l'église  primitive  consacrée  par  saint  Nfarlial, 
f^HM  la  tradition,  modeste  sanctuaire  où  s'était  conservée 

II  itOQftUcité  des  premiers  jours  dn  chrislianisnie.  Mais  il 
■  l'knit  <u  tjae  le  temps  de  faire  des  ruines  :  s'étant  rendo 

Énonaslère  d'Ahent,  construit  par  Rildeg;)îre,  son  prédé' 
•or,  el  d'où  il  chassa  les  moines,  pour  y  ériger  une  collé- 
',  il  y  mourut  presque  subitement,  en  punition,  disent 
Kdiroiiiques,  de  ses  asnrpations'.  Son  corps,  transporté 
loges,  fut  enterré  dans  l'église  de  Saint-Martin  (tO!2). 
i  1*00  en  croit  les  chroniques  manuscrites  de  Limoges, 
ma,  ou  Emmine,  fille  du  vicomte  GÉrard,  avait  beaucoup 
Iribué  îl  la  fortune  de  sa  famille,  en  obtenant  du  duc 
Li|aitaine  que  les  grandes  dignités  de  l'Kglisc  fVissent 
nées  à  ses  newnx.  Séduit  par  sa  beauté,  Guillaume  lU, 


B  fliDl  pu  MDfbadrc,  comme  quelqiiM  hiiUrleni,  lu  mnoast^re 
n,))*  l'ordre  de  Sainl-lloiioU,  (oodi  pu  Boun  11.  oomte  de  la.  Marche, 
■  n*  i  l'abb-ije  cj'ïiawlip,  vers  991.  née.  celui  il'Alu'nt,  Ahenli 
m.  pin*  Uni  oammé  le  UoAtlen,  d'm'i  Etjmoutîers.  Ce  pasuge 
v  4a  rj^»*"*"'»  UvG  iou>  lea  doutet  k  ceL  if^d  :  ■  Aldulaai  autem 
Il  moiiuleriuiii  S.  Slephini  Ag«ut«il««,  quod  tillclegariui  oriute 
mt  in  TBagita  ctricm  mmtMhanini,  Iriennimn  anlequam  morprvtur 
~ii  rotitoït.  AbifOBqiie  iode  sd  eccl^sinm  Agealo.  umk 
li  fpirilam  cihaiaïiLn  {Ademar  Cabanensis,  ap.  Lab- 


100  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

comte  de  Poitiers,  après  son  couronnement  à  Lia 
rayait  conduite  à  sa  cour  et  n'avait  pas  tardé  à  l'épouii 
belle  Lémosin$9  ainsi  la  nommaient  ses  admirateur!,  i 
sur  lui  un  tel  ascendant,  que  Gui  P'  et  ses  flis  en  an 
profité  pour  se  livrer  aux  plus  scandaleux  excès,  oppr 
le  peuple,  dépouillant  les  vassaux  de  la  vicomte  trop  I 
pour  leur  résister,  poursuivant  les  jeunes  filles  jusqui 
les  églises,  et  battant  les  moines  qui  refusaient  d*èt 
complices  de  leur  dépravation.  Un  jour,  en  Tabsen 
Gérard,  abbé  de  Saint-Martial,  au  moment  où  les  fldi 
rendaient  en  foule  à  l'office  de  la  nuit  du  dimanche 
mi-carème,  les  jeunes  vicomtes  s'étaient  précipités 
l'église  et  avaient  enlevé  une  jeune  fille.  Cet  acte  di 
lence  donna  lieu  à  un  grand  tumulte  ;  les  assistants  el 
s'étaient  précipités  vers  la  porte  en  si  grand  nombre 
près  de  cinquante  d'entre  eux  y  trouvèrent  la  mort, 
expier  ce  sacrilège,  pour  purifier  leurs  autels  profane 
religieux,  en  signe  de  deuil  et  de  pénitence,  appd 
révoque  et  les  fidèles  à  une  nouvelle  consécration  dU) 
tuaire  ^  Mais  la  jeune  fille  outragée  n'en  resta  pas  i 
dans  les  mains  des  ravisseurs,  sans  que  l'abbé  Geoffroi 
geât  à  les  punir.  i 

L'indignation  avait  été  si  grande  que  les  consuls  j 
ville,  invoquant  leurs  franchises  municipales,  allèr6| 
mander  justice  au  duc  d'Aquilaine,  en  sa  qualité  dal 
rain  de  la  vicomte.  Us  avaient  bien  voulu,  en  s'app) 
sur  leurs  privilèges,  faire  quelques  informations  conU 
coupables,  mais  Tabbé  Geofi^roi,  protégé  par  la  dm] 
d'Aquitaine,  s'y  était  opposé,  prétendant  que  les 
n'avaient  pas  le  droit  de  juridiction  dans  l'intérii 
l'enceinte  du  Château,  partie  de  la  ville  comprise 

1.  GaU,  Chrùtiana  :  Ecdes,  Lemtvicens, 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOOES.  («i 

laine  seigneurial  de  l'abbayâ.  Se  fondant  sur  les  conues- 
rioQs  faite*  &  ses  prédécesseurs  pur  le  roi  Louis-le-Pieux , 
il  i'amgeûl,  avec  la  juridiclion  de  la  Cilf,  le  droit  de  recc- 
Toirllioamage  des  seigneurs  de  Pierre-Burfiërc,  de  Chàtenu- 
Cberrii,  et  de  plusieurs  autres,  regardés  comme  ses  vas- 
Mox,  parce  qu'ils  avaient  des  babitalions  dans  cette  partie 
ttU  ville.  Ccpeudant,  craignant  que  ses  prétentions  ne 
ttlera^sent  contre  lui  les  hommes  de  la  commune,  il 
mut  i  Gtii  I",  son  frère,  une  partie  de  l'autorité  féodale. 
Oui.  comme  tous  les  seigneurs  de  l'époque,  avait  en  haine 
ttiiîdlles  franchises  municipales;  il  profila  de  cette  con- 
OMsion  pour  restreindre  les  prérogatives  réclamées  par  les 
UrsuIs.  Pour  fortifier,  à  leur  détriment,  Taulorilé  vicom- 
tile.  i\  choisît  dix  personnes  des  plus  notables  de  ses  do- 
mûaa  afin  de  remplir,  en  son  nom,  les  fonctions  de 
tiguien,  les  investit  du  droit  de  rendre  la  justice  et  de  plu- 
liîitrs  autres  privilèges,  entre  autres  celui  de  s'attribuer  le 
lien  des  amendes*. 

Le*  consuls  ne  purent  rien  contre  une  autorité  appuyée 
■ria  force,  protégée  par  le  vieux  coaite  de  Poitiers,  tou- 
jours soumis  aux  volontés  de  sa  femme.  En  elTet,  Kmma 
de  Limoges  abusa  non-seulement  de  la  faiblesse  de  son 
ouri,  mais  le  déshonora  par  le  scandale  de  ses  mœurs. 
Longtemps  après,  son  souvenir  eiïrayait  le  peuple,  qui 
nconl^t  de  sa  vie  diverses  particularités  plutôt  du  domaine 
ie  U  fable  que  de  l'histoire,  mais  qui  caractérisent  cette 
(poqoe,  où  l'on  expliquait  les  événements  par  des  prodigis 
iiimalurels.  Pour  le  vulgaire.  Être  fantastique,  douée  de 
lou  li^s  charmes  de  la  beauté,  elle  attirait  à  elle  de  nom- 
bre«  admirateurs  pour  les  étouffer  dans  ses  embrasse- 
■Mot»;  selon  d'autres,  c'était  un  monstre,  prenant  toutes 


P.U.  aér«  E. 


lOS  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

les  formes,  qui.se  montrait  la  auit  sur  les  raino 
châteaux,  sur  les  collines  désertes  et  souvent  aux  | 
des  Tilles.  Ce  qu*il  y  a  de  vrai,  c'est  que  la  fille  des  vice 
de  Limoges  sut  longtemps  cacher  à  son  faible  époux, 
de  faux  semblants  de  respect  et  d'amour,  la  vie  b 
licencieuse,  et  qu'elle  prodigua  les  richesses  et  les  dijg 
de  la  cour  de  Poitiers  à  d'obscurs  amants,  tt  élevant  : 
gars  de  ses  parents  ^  »  D'implacables  ennemis  déuono 
publiquement  toutes  ses  turpitudes,  ses  liaisons  crimii 
avec  un  nommé  Wulgrin,  qu'on  disait  ôtre  le  fils  d'un 
geron,  mais  qui  était  en  réalité  le  fils  de  Guillaume  TaiH 
comte  d'Angoulème  {Sectar  ferri).  Accusée  par  plus 
témoins  de  ses  débauches,  craignant  la  colère  du  due; 
abandonna  la  cour  d'Aquitaine  avec  quelques-uns  d| 
complices,  et  ne  reparut'  plus.  On  publia  partout  qi 
s'était  envolée  sous  la  forme  d'un  oiseau  de  proie,  i 
qu*on  la  voyait  souvent  la  nuit  courir  sur  les  hautes  1 
du  château  de  Clain-et-Boivrc  ^.  { 

Adémar  ou  Aymar  I*',  fils  aîné  de  Gui  I**,  lui  sucl 
Son  ambition  était  connue  depuis  longtemps;  sa  ]| 
cipation  aux  entreprises  de  son  père  lui  avait  créé  { 
nombreux  ennemis  parmi  les  grands  vassaux  du  Limt 
qu'il  n'entra  que  difficilement  en  possession  de  la  vu 
Guillaume,  comte  de  Poitiers,  craignant  les  suites 
humeur  guerrière,  chercha  à  l'empêcher  de  prendi 
session  de  son  héritage,  et  refusa  d'abord  de  lui  d< 
l'investiture.  Les  grands  feudataires  du  duché  d*Aqi 

1.  Ghron.  mis.  de  Limoges. 

S.  Le  P.  BonaTenture  de  SainUAmable  (f7M.  de  saint  MarHal) 
plupart  deft  faiu  attribuai  k  Emma,  en  s'appuyaut  surrautorité  à\ 
Chabanais  vi  de  Geoffroy  de  Vigeois.  Les  chroniques  de  Limoges 
pu  exagérer,  et  aUriboer  à  Emma  de  Limoges  ce  qui  se  rapporterail 
k  la  fable  de  M^lusine,  si  couuue  au  moyen  Age  daus  le  Poitou,  la  Ml 
le  Limousin,  ou  k  Alniodis,  fille  de  Gérard,  Ticomte  de  Limoges, 
Guillaume  III,  duc  d'Aquitaine. 


ET  DB  LA  ncOSITÊ  DE  LlMOIiES.  loa 

ignèreni  de  ce  rttm,  qui  meDaçaît  leur»  <Jroils  héré- 
lires.  H*  l'opposèrent  à  la  saprématie  féodale  de  Poitiers 
Limoges.  Pur  des  i^uppli cations  d'abord,  puis  par  des 
nrrtMce»,  l«  comte  d'Augoul^ine,  un  des  plus  intéressés 
pr  ntnportance  de  ses  possessions,  obtint  que  le  duc 
d'AquiUine  renonçAt  à  ses  prétentions.  Le  comte  de  La 
Mirehe  fui  «ncore  plus  hardi;  il  Oïia  braver  son  suierain 
r^iT,  aidé  des  troupes  du  roi  de  France,  vint  attaquer,  mais 
<ji  >ain,  son  Tassai  révolté  dans  le  château  de  Bellac. 

.Adémar  I"  conserva  cependant  la  vicomte  de  Limoges. 
U  ile^il  6lre  alors  assez  avancé  en  âge,  car,  comme  on  l'a 
TU,  depuis  [ongtenips,  et  du  vivant  de  sonp6re,  il  s'élait  Tail 
ftnmaUre  par  ses  entreprises  périlleuses  :  aussi ,  tran- 
qnlUe  possesseur  de  ses  États,  ne  s'occupa-l-il  plus  qu'& 
ftire  oublier  au  clergé  la  conduite  de  quelques  membres 
dF  M  famille.  Dès  la  première  année  dt;  son  avènement,  il 
Taoaxeia,  en  faveur  de  l'abbé  d'Uzerc^he,  la  donation  du 
ffinnastfrc  de  Tnurloyrac,  h  condition  que  celui-ci  conser- 
nit  libres  de  tont  hommage  les  églises  de  Sainl-Hilatre 
:  (Je  &aiDl-Trojan.  De  son  temps,  Ilobcrt,  chanoine  de 
wnt-Élienne  de  limoges,  s'était  retiré  depuis  quelque 
tnaps.  avec  la  permission  de  l'évèque  Jourdain  de  Liron, 
dus  un  tien  solitaire,  nommé  Secondflas,  pour  y  vivre 
cmme  les  anciens  anachorètes  du  désert.  Quelques  pèle- 
nu,  rcrenant  de  la  Terre-Sainte,  s'y  étant  arrêtés,  lui 
Annèrent  une  partie  des  reliques  de  saint  Barltaélemî. 
bcotrragé  par  Adémar  1",  il  fonda  dans  le  même  lieu  une 
4l»ye  <Je  l'ordre  de  Saint-Augustin,  <iu'il  nomma  Bene- 
WMgm  (Béoévent)  (iOSS),  et  qui,  devenue  riche  et  lloris- 
«nile,  releva  plus  lard  de  Saint-Étienne  de  Limoges  '. 
Setthbé*  demandaient  U  confirmation  de  leur  éleclioa  à 

i- GtU.  Cl.ntt.,  t.  I!,  11.619. 


lOi  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

révèquc,  car  Don-seulement  plusieurs  églises  et  abbi 
mais  encore  plusieurs  terres,  tenues  eu  fief  par  d'anî 
vassaux,  relevaient  de  l'autorité  épiscopale.  Les  vicoi 
de  Limoges  avaient  été  souvent  forcés  de  recoDnalti 
privilège.  Adémar,  aussitôt  après  la  mort  de  son  père, 
faire  hommage  à  Tabbesse  de  Notre-Dame-de-la-Règ 
genoux,  sans  ceinture  et  sans  casque,  et  lui  offrit  un  fa 
d'or,  en  reconnaissance  du  droit  de  relief  qu'exerçait 
baye. 

Mais,  si  les  seigneurs  laïques  rendaient  ainsi  cer 
devoirs  à  Tautorité  religieuse,  ils  ne  laissaient  pas  ausi 
blier  ceux  que  leur  devaient  quelques  églises.  Ain 
prieur  du  Dorât  était  tenu  de  venir,  avec  les  habitants  < 
ville,  devant  le  château  des  comtes  de  la  Marche,  ses  i 
rains,  faire  trois  fois  le  tour  des  remparts,  en  chai 
les  louanges  du  comte,  et  en  criant  :  «  Seigneur  ca 
salut  I  Salut,  dame  comtesse  I  que  le  Rédempteur  vous 
serve!  »  Si  le  comte  était  présent,  il  remerciait  ses, 
saux,  à  qui  son  prévôt  verrait  du  vin  dans  des  coup« 
bois. 

Le  vicomte  Adémar  1*'  contribua  aussi  par  la  rîcli 
de  ses  aumônes  à  la  prospérité  de  Tabbaye  de  Sainte 
tial,  qui  avait  alors  pour  abbé  Oldéric,  appelé  à  i 
dignité  en  lOâo,  après  avoir  été  élevé  dans  le  clottre,  { 
avait  étudié  les  belles-lettres  et  pris  Tbabil  religieux^ 
fut  aussi  témoin  d'une  de  ces  grandes  cérémonies  qii| 
moyen  âge,  avaient  toutes  les  sympathies  du  peuple«i 
des  familles  les  plus  illustres  de  la  vicomte,  toute-puim 
dès  les  premières  années  du  xi*  siècle,  possédait,  danaj 

j 

1.  Ko  1028,  Oldéric  unisU,  eu  qualité  d'ablié  de  SaiiiUMartial,  au  «j 
de  Limoffvd,  uii  lo  chroniqueur  Adémar  de  ChalMtoain  s'efforça  par  uns) 
apologétique  de  prouver  l'apottulat  de  saiut  Martial.  Il  aiiista  aussi  au  0^ 
de  1031.  où  la  même  question  fut  agitée. 


LT  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOGES.*  105 

Tigaerie  de  FlaviDiac,  la  seigneurie  de  Lastours. 
■le  dot  son  suraom  au  château  fort  que  Gui,  an  de  ses 
maltrcSt  II  cooslniire  sur  une  butte  artiflcielle  assise  sur 
une  cfaaiae  de  hautes  collines  faisant  face  à  celles  de  Gram- 
BtMt,  et  dont  l'approche  était  défendue  par  de  hautes 
kmn  et  par  d'immenses  forêts  '•  De  là  le  nom  de  Las  Tors^ 
k$  Ifaors  (e4utrum  de  turribus  ').  Gui,  que  nous  rettouve- 
MBs  bientôt  mêlé  à  toutes  les  guerres  féodales  de  son 
Imps,  cédant  aux  prières  d'Ëngalcie,  sa  femme,  fille  d'un 
iBfneur  de  Malemort,  avait  fait  construire  à  Arnac  (tu 
irna]  une  église  dédiée  à  saint  Martial.  Selon  Tusage  et 
h  piété  du  temps,  il  fallait  que  les  nouvelles  églises,  pour 
ippeler  on  grand  concours  de  fidèles,  offrissent  à  leurvéné- 
ntioQ  les  reliques  des  saints  les  plus  populaires.  On  se  les 
praciinît  quelquefois  par  la  fraude,  quelquefois  à  main 
innée.  Gui  de  Lastours  n'avait  eu  besoin  de  recourir  ni  à 
rue,  ni  à  Tautre.  De  pieux  pèlerins,  comme  au  temps  de 
aînl  Aagostin,  parcouraient  alors  le  pays,  racontant  des 
ié^rades,  vendant  aux  moines  et  aux  grands  vstosaux  quel- 
ques restes  des  martyrs  des  premiers  siècles  ^.  L'un  d'eux, 
arétre  de  Sarlat,  en  Périgord,  était  venu  un  soir  heurter  à 
il  porte  du  château  de  Lastours,  offrant,  pour  prix  de 
rhospitalité ,  de  livrer  prochainement  le  corps  de  saint 
Pardoux,  alors  déposé  dans  une  église  de  Sarlat,  avec  celui 
de  saint  Sadroc.  L'offre  fut  acceptée,  et,  quelques  jours 
après,  le  prêtre  enleva  secrètement  la  châsse  et  les  reli- 
ques, les  déposa  dans  une  boite,  et  en  chargea  un  âne,  se 
mit  en  route,  mais  disant,  partout  où  il  passait,  qu'il  portait 

1.  Cuitoo  de  Nexon. 

S.  NoQ«  aroo»  «Ii^jà  vu  uu  nommé  Dietric  en  pouession  de  cette  localité. 
SMi  -ianht  Ks  deftc«odanU,  on  ceux  qui  le  remplacèrent,  ne  prirent  le  nom  de 
lâML'^r*  *{.j*aprè»  cette  coojitruction,  dont  on  voit  doA  ruines  coniûdérables 
ku  U  romaiiiiie  de  KiLbac-Lasloure. 

3.  S.  Au|iu»tioaK  :  De  opert  momtehorum,  c.  8. 


106  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

da  pain  au  châteaa  de  Solignac.  Après  de  longs  dite 
tant  il  craignait  de  se  voir  enlever  son  prédenx  dépM 
les  seigneurs  de  la  contrée,  qui  se  faisaient  alors  la  giM 
&  roccasion  de  la  succession  de  Blanche,  épouse  d'Aja 
vicomte  de  Rochechouart ,  il  arriva  sur  les  bords  d 
Vézère.  Gui  de  Lastours,  qui  connaissait  aussi  le  daa 
était  venu  au-devant  de  lui  avec  des  hommes  d'armes 
prêtre  et  le  guerrier,  après  s*ètre  arrêtés  deux  joan 
village  de  Perpezat,  pour  éviter  toutes  rencontres  fâfll 
ses,  arrivèrent  ensemble  à  Amac.  Le  prêtre,  qui  sen 
bien  les  intérêts  du  grand  seigneur,  avait  cru  aussi  obi 
un  pieux  patriotisme,  en  changeant  de  place  les  relll 
de  saint  Pardoux,  le  rival  heureux  de  saint  Sadroc,  i 
disaient  les  habitants  de  Sarlat,  ne  faisait  plus  de  min 
depuis  qu'on  avait  placé  à  côlé  de  lui  le  saint  du  Limoi 
On  voyait  fréquemment  à  cette  époque  des  moines  chl 
nant  ensemble,  chantant  des  prières  en  l'honneur  desl 
ques  qu'ils  portaient,  parcourir  les  provinces,  i»^ 
quelquefois  leur  gîte  nocturne  sous  un  grand  arbre  | 
tout  abri,  ou  demandant  Thospitalité  aux  localités  qj 
trouvaient  sur  la  route,  et  la  payant  en  y  laissant  la  \ 
que  d'un  saint,  en  l'honneur  duquel  ne  tardait  pas  à 
ver  une  petite  chapelle. 

Avant  de  partir  pour  la  Terre-Sainte,  Jourdain,  6^ 
de  Limoges,  et  Oldéric,  abbé  de  Saint-Martial,  a< 
gnés  de  douze  prélats  ou  abbés  les  plus  distingués  des^ 
vinces  voisines,  vint  faire  la  dédicace  de  la  nouvelle 
d'Amac.  On  y  vit  accourir  aussi  tous  les  seignei 
pays  avec  leurs  gens  de  guerre.  Aux  premiers  ranj 
cette   milice   féodale   apparaissaient   Aymar    de 
gendre  de  Gui  de  Lastours  S  Adémar  V'  de  Limoges,  < 

I.  Ce  Gui  de  Lutoiim  eut  le  premier  de  ce  Dom  qui  nooi  toit 
mourut  ue  laisMnt  qu'une  fille,  mariée  à  A  jmar  de  Laron,  qui  ftit  le 


£T  DE  LA  VICO>iTÉ  DE  LIMOGES.  107 

ée  Chabrol,  qui  donna  la  chapelle  de  Bré  à  Tabbaye 
igniff,  £bies  I*',  vicomte  de  Turenne  et  de  CoDiborOi 
h  Us,  Archambaud,  attirait  les  regards  de  la  foule 
M  atfîtode  guerrière,  et  Constantin  de  Bom,  aïeul  de 
Éw  troubadour.  La  dédicace  d'une  église  excitait 
B  le  pieux  euthousiasme  des  fidèles;  chaque  sei- 
fenait  à  honneur  d'y  assister  à  la  tète  de  ses  vas- 
Cusant  porter  sa  bannière  à  côté  de  lui  par  ses 
i,  brandissant  l'épée  des  batailles,  pendant  que  le 
consacrait  l'église,  ou  entourait  l'autel  de  ses  prières 
es  chants.  Sur  les  côtés  de  la  nef  étaient  rangées  les 
unes,  escortées  de  leurs  damoiseaux,  varlets  et 
s  portant  leurs  couleurs  :  au  milieu  d'elles,  sur  un 
pkas  élevé ,  la  reine  de  la  fête,  la  pieuse  Engalcie, 
ï  do  fondateur;  au  dehors  les  serfs,  qui  n'avaient  pu 
dans  réglise,  agitant  au-dessus  de  leur  tète  des 
es  d'arbres,  poussant  des  cris  de  joie,  se  prosternant 
ice,  h  un  signal  donné  par  le  clergé,  pour  vénérer 
iques.  Une  autre  pieuse  femme,  Rotberge,  fille 
TÎ  n,  vicomte  de  Rochechouart,  épouse  du  vicomte 
iborn,  assistait  aussi  à  la  cérémonie,  heureuse  d'a- 
noé  à  l'abbaye  d'Uzerche,  comme  présent  de  noces 
mari,  deux  manses  situées  au  Mas  (al-masil)  ^, 
les  conseils  de  l'évèque,  qui  venait  de  consacrer 
d'Amac,  Gui  de  Lastours  fit  bientôt  après  construire 


bnncfae  des  seifmeurs  de  Lastnun,  et  eut  ponr  fiti  Gni,  père  de 
•«(fier,  le  héroi  de  U  première  croistde,  et  d'Olivier.  Ce  dernier, 

1160,  Ui»sa  une  fille  nommée  Agnès,  qui  épousa  Constantin  de 
sear  d'Haatefort.  Un  des  enfants  nés  de  ce  manafre,  Gouffler,  prit 

faveur  de  Lastours.  Les  armoiries  de  Lastours  étaieut  aprà  la 
louaàe  :  «  De  gueules^  à  un  bras  armé  (for  du  côté  sénestre 
f  tenant  une  épée  nue  d'argent  en  pal,  la  garde  et  h  poignée 

)iMW  BUiosus  dédit  mihi  senior  meus  in  osculo.  »  [Cartul.  User- 
fmffei»  —  Gall.  Chrittiana  :  Beef^s»  Lemovieene,) 


108  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

dans  le  môme  lieu  an  monastère,  où  furent  inhumés 
sieurs  des  membres  de  sa  famille.  Craignant  que  UM 
tard  les  vicomtes  de  Limoges  ne  cherchassent  à  reprei 
les  possessions  que  lui  ou  ses  ancêtres  avaient  enlevA 
la  vicomte  de  Ségur,  il  en  donna  une  partie  au  nom 
monastère,  en  plaçant  celui-ci  sous  la  suzeraineté  de  n 
de  Saint-Martial.  La  même  année,  la  dédicace  de  i'é| 
de  Saint-Sauveur  attira  à  Limoges  Télite  des  grands  fei 
taires  du  Limousin  et  des  contrées  voisines.  Guillai 
comte  de  Poitiers,  duc  d'Aquitaine,  Sancbe,  duc  dei 
cogne,  furent  accueillis  avec  empressement  par  le  vic« 
Adémar  I*'.  Onze  prélats,  Geoifroi,  archevêque  de  Borda 
Jourdain  de  Limoges,  Isambert  de  Poitiers,  Roho  d 
goulême,  Arnaud  de  Périgueux,  Pierre  de  Gironne,  I 
donné  de  Cahors,  Amélius  d'Alby,  Arnaud  de  Rho 
Foulques  de  Carcassonne  et  Islo  de  Saintes,  assister! 
cette  cérémonie.  Limoges,  mieux  que  les  autres  i 
d'Aquitaine,  avait  le  glorieux  privilège  d'attirer  de  i| 
breux  étrangers  par  la  magnificence  de  ses  fêtes  religiei 
Des  milliers  de  pèlerins  venaient  de  diverses  contrées  n 
rer  ses  reliques  :  ceux  qui  ne  trouvaient  pas  à  se  logera 
les  maisons  passaient  la  nuit  dans  les  églises,  ou  seul 
voûtes  des  cloîtres. 

L'année  d'après  eut  lieu  encore  à  Limoges  un  grandi 
cours  de  fidèles  et  de  dignitaires  de  l'Église,  pour  aai( 
au  concile,  dans  lequel  fut  solennellement  agitée  la  qu6l| 
de  l'apostolat  de  saint  Martial  (i031).  On  s'y  occupa  auij 
la  discipline  religieuse,  alors  très-relâchée  dans  quel| 
abbayes,  et  des  moyens  d'arrêter  les  usurpations  de  q 
ques  hauts  barons  qui  s'attribuaient  le  droit  de  disfi 
des  bieus  des  églises.  Les  religieux  de  celle  de  Beaulieif 
présentés  par  des  députés,  se  plaignirent  devant  les 
du  concile  de  ce  que  le  comte  de  Toulouse  s'était  e 


■4 


ET  D£  L.i  VICOMTE  DE  LIMOGES.  1»9 

.  4t  b  leur  et  Tavait  donnée  en  Gef  au  comte  de  Périgucux, 
I  fn  ra¥ait  transmise  ensuite  au  vicomte  de  Gomborn.  Ce 
*     '     y  avait  établi  comme  abbé  son  propre  flls,  selon  les 


€l  selon  d'autres  le  Ûls  de  Bernard  de  Comborn, 
de  Cahors,  nommé  Hugues*.  L'intrus  comparut 
l'auguste  assemblée  en  habit  de  deuil,  la  cendre  sur 
la  lêle,  en  signe  de  pénitence,  et  fit  l'abandon  de  sa  charge  -. 
GoMie  le  pays  souffrait  depuis  longtemps  des  guerres  pri- 
rfes,  l'Église,  dans  ce  même  concile,  proclama  la  paix  de 
fini  et  menaça  de  seis  analhèmes  quiconque  ne  se  soumet- 
tait pas  à  ses  décisions.  Ce  fut  surtout  à  la  noblesse 
telimoasin  que  s'imposa  cette  résolution:  a  Nous  excom- 
BooioBS  les  chevaliers  de  cet  évêché  de  Limoges  qui  ne 
T«il«nl  pas  ou  qui  n'ont  pas  voulu  assurer  paix  et  justice 
à  leur  évAqoe.  Maudits  soient-ils,  eux  et  leurs  complices^  I  » 
L'$giise  ne  put  pas  modérer  longtemps  les  emporte- 
oieots,  la  haine  et  l'ambition  des  grands  vassaux.  Après  la 
OKMi  de  Blanche  de  Rochechouart,  Aymeri  I*%  son  mari,  ne 
Unant  aucnn  compte  des  malédictions  de  son  père  Ostro* 
Fianças  contre  ceux  qui  envahiraient  les  biens  donnés  par 
loi  aux  religieux  d'Uzerche,  s'était  emparé  de  l'abbaye  à 
aain  armée  et  y  avait  mis  le  feu.  Quelque  temps  après, 
lOQ  Us,  tourmenté  par  cette  idée,  que  son  père  subissait 
dans  l'enfer  la  peine  de  ses  violences,  se  présenta  devant 
i'ahbé  Constantin,  homme  vertueux,  élevé  malgré  lui  à  ces 
faactions,  lui  présenta  une  charte,  écrite  au  château  de 
lochechouart,  en  présence  de  tonte  sa  famille,  par  laquelle, 

I.  QvvlqoM  AonalUlct  difeot  que  Hugues  était  de  la  famille  dei  teigneure 
te  CaMciiMuvel  {Cattetium  navum),  branche  dei  Ticomtet  d'Aubuison. 
S.  JbbùkB  :  Amnal. 

L  «  Etcoaunonicamut  illoe  milites  de  isto  episcopatu  LerooTÎcensi,  qui 
•I  jutiUam  «fHWopo  suo  flrmare,  sicut  ipse  exigit,  noluoi,  aut  nolue- 
||aJ«dieti  ipti  et  acijutores  eorum  !  »  Les  chroniques  manuscrites  de 
Cnvniaaeai  de  corieux  détails  sur  le  cérémonial  d'après  lequel  les 
ci  fes  abtiéf  devaient  se  préparer  à  asaiiter  au  concile. 


110  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

en  réparation  des  crimes  de  son  père,  il  donnait  à  Vu 

plusieurs  manses  et  une  maison  située  prèi  de  l'égii 

Nieuil  (de  Nioll).  Hais  au  même  instant,  un  nommé^ 

nard,  maître  de  Toîsellerie  du  château,  intervint  en  d 

que  cette  maison  et  ces  manses  lui  avaient  été  dimné 

fief,  et  qu'il  suppliait  le  TÎcomte  et  l'abbé  de  lai  en  k 

l'usufruit.  On  flt  droit  à  sa  demande  ;  mais  après  sa  i 

Pétronille,  saveuve,  qu'on  disait  «  malheureuse,  qoerd 

et  mauvaise  langue  *,  »  vint  à  la  cour  du  vicomte  réel 

à  son  profit  la  continuation  de  l'usufruiL  Aymeri  de  H( 

chouart  s'y  refusa,  parce  que,  disait-il,  l'abbaye  avail 

posé  de  ce  fief  en  faveur  de  deux  de  ses  religieux.  L*aJ 

fut  portée  devant  sa  cour  de  justice,  réunie  au  châtea 

Champagne,  puis  dans  l'église  de  Nieuil.  Pierre  de  Ma] 

Tun  des  deux  religieux,  demanda  qu'on  eût  recoin 

jugement  de  Dieu,  c'est-à-dire  au  duel  judiciaire.  La  n 

ne  pouvant  pas  trouver  un  champion  pour  défendre 

droit,  y  renonça  en  pleurant,  et  pour  que  ses  héritiei 

pussent  reprendre  l'affaire,  les  deux  religieux  remire 

lief  à  leur  abbaye  et  déclarèrent  que  le  vicomte  de  Rc 

chouart  n'avait  plus  sur  ces  terres  aucun  droit  de  sua 

neté.  Aymeri,  malgré  ses  faux  semblants  de  soumiai 

n'en  chercha  pas  moins  l'occasion  de  reprendre  ce  qn 

ancêtres  avaient  donné,  mettant  tous  les  jours  ses  hom 

d'armes  à  la  poursuite  des  moines  d'Uzerche,  qui  venl 

chercher  du  bois  dans  les  forôts  de  l'Espinasse.  Ambil 

autant  que  déloyal,  il  fut  tué  à  quelque  temps  de  là  \ 

dant  la  nuit  par  un  inconnu,  et  sa  mort  fut  regardée  coi| 

une  punition  divine.  Uildcgaire,  son  fils,  voulut  maiii^ 

les  mômes  prétentions,  en  offrant  de  s'en  remettre  etti 

au  jugement  de  Dieu  :  sur  le  refus  des  moines,  et  craigj 

\ .  c  Pcironilla  infelix  miiltum  ei  |>CMiniaf  atqoo  inter  Tîcinos  «uw  | 
tm*  nimit  et  littgrioM.  •  {Chron.  Gauf,  VoiienaJ)  i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  lU 

fM-éirt  d'avoir  le  sort  de  son  père,  il  renonça  à  ses  pré- 
intions  dans  une  assemblée  tenue  au  château  de  Roche- 
cboaart,  à  laquelle  assistait  AdémarP'. 

Adéniar  I*'  mourut,  au  plus  tard,  en  1036,  pendant  lin 
pèterioage  en  Terre-Sainte,  ail  était  bègue,  dit  Geoffroi  de 
VîgMis,  et  disait  en  jurant  :  ma  fé  te  permet^  youlant 
y    ënzjt  te  promets  sur  ma  parole,  s  De  Sénégonde,  sa 
I  ÉMwr,  il  laissa  quatre  fils,  Gui,  Adémar,  Geoffroi  et  Ber- 
\  tod,  et  nne  fille,  nommée  Mélisende,  à  cause  de  la  dou- 
ceur de  soo  caractère  *. 

L  Jrf  ëp  ^irifer  les  dates. 


112  IIISTOIHË  DES  VICOMTES 


CHAPITRE  V 

GUI   II   ET  ADÉMAR  II,   VICOMTES  DE  UMOGES 

Gui  11,  TÎcomte  :  Guillaume  V,  comte  de  Poitien,  oosAniie  les  eoutuni 
Limogei.  —  Gui  II  à  la  cour  de  Poitiers  :  sa  prétence  aux  iètci  de  \% 
ses  donations  aux  abbayes.  —  Note  de  Besly.  —  Adémar  II,  tIoi 
prend  part  à  l'élection  au  siégre  épiscopal.  —  ÉlecUoa  d'Ithier  Cbabott 
mar  II  et  les  abbayes  de  Solignac,  de  Saint-Etienne  :  son  repentir.  - 
férends  entre  les  religieux  de  Saiiit-Junien  et  ceux  de  Charroui;  inta 
tion  d*ltbier  Chabot.  —  Guerre  entre  Adémar  II  et  les  seignaort  dt 
tours  et  de  Pierre-Buflière.  —  Les  religieux  de  Saint-Martial  et  eei 
(;:iiiiiy.  —  Adémar  pour  les  clunistes.  —  Note  relative  au  marbre  de  1 
de  Saint-Martin.  —  Conduite  répréhensible  d' Adémar  II;  il  reconni 
fautes.  —  Il  fait  amende  honorable.  —  Puissance  de  l'Église.  —  Ètl 
comte  de  Thiers,  et  saint  Gaucher  à  Aureil.  —  Note  sur  saint  Gauche 
Gaubert,  archidiacre  de  Saiiit-Ëtienne.  —  Poitiers  et  Toulouse  se  d 
tent  la  souTeraineté.  —  Le  comte  de  Poitiers  envahit  le  Limousin  ; 
forcé  de  lever  le  siège  de  Limoges.  —  Troubles  k  l'occasion  de  Vài 
d*un  évèque.  —  intervention  de  l'archevêque  de  Bourges  :  les  deui 
tendants  à  Rome.  —  Note  sur  le  chroniqueur  Geofflroi  de  Vigeots.  — 
mar  défend  Limoges  contre  le  duc  d'Aquitaine;  sa  mort.  —  Démet 
ment  de  la  vicomte  ;  celle  de  Turenne.  —  Archambaud  !•'  de  Coml 
guerre  contre  Ranulfc-Cabridel,  à  l'occasion  de  la  vicomte  de  Turenoi 
chambaud  cède  à  son  fK're  Ebles  le  chAteau  de  Monceaux.  —  Ses  doai 
aux  monastères.  «  Archambaud  II  de  Combom  et  Ebles  !•'  de  Venta 

—  Guerre  contre  Gaubert  de  Malemort,  qui  est  fait  priHMinier.  —  La 
teau  de  Malemort.  —  Guerre  entre  Gui  de  Lastours  et  le  seigneur  ( 
thefort.  —  I^  vicomte  de  Limoges  fortifie  le  château  de  Ségur.  « 
châteaux  de  Bré,  de  Lubersac,  do  CousMC-Bonneval.  —  Note  sur  U 
teau  de  Bré«  —  Gui  de  Lastours,  maître  de  Bré,  fait  construire  le  cbl 
de  Pompadour.  —  GeofTroi  llélic,  seigneur  de  Pompadour.  —  Disiil 
dans  les  familles  de  Combom  et  de  Veutadour.  —  Archambaud  | 
Combom  envahit  l'abbaye  de  Vigeois.  —  Nouvelles  hostilités  entn 
de  Lastours  et  Adémar  ;  Engalcia  et  le  monastère  d'Amac  —  Arel 
baud  m  de  Combom  :  donations  aux  églises;  le  monastère  de  Ma 

—  Note  sur  la  famille  de  Lastours.  -^  Discordes  dans  la  ftunille  d*Arâ 
baud  III;  Ebles  II  et  Bernard.  —  Mort  d'Ebles  II.  —  Note  sur  G« 
de  Vigeois. 

Gui  II,  fils  <ilné  d'Adémar  I*%  lui  succéda  dans  la  vicoi 
de  Limoges.  II  tient  peu  de  place  dans  Thistoire,  car  il 


i 


ET  DB  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  113 

^Dta  plas  les  cloîtres  que  les  batailles  et  les  cours  d'a- 
mour. L'année  même  de  son  avènement,  par  une  charte,  à 

;  tai|iielle  si^na  Geoffroi,  son  frère,  déposée  dans  les  mains 
et  l'abbé  Richard,  il  donna  à  Tabbaye  dUzerche  l'église  et 
te  \ilUge  de  la  Paye  '.  Guillaume  V,  comte  de  Poitiers  et 
d«c  d'Aquitaine,  comptant  sur  ses  dispositions  pacifiques, 
Toukit  profiter  de  sa  faiblesse,  pour  reprendre  sur  la  vi- 
eomlé  l'influence  qu'y  avaient  eue  ses  ancôtres.  A  son  re- 
Iwr  d'an  pèlerinage  à  Rome,  il  se  déclara  le  partisan  des 

:  hbitants  de  Limoges  qui,  opprimés  par  les  derniers  vi- 
omtes,  redemandaient  leurs  franchises  municipales.  £n 
nxiu  de  son  titre  de  suzerain,  il  confirma  leurs  anciennes 
coatames,  rétablit  le  consulat  qui  avait  cessé  d'exister  pen- 
daattoal  le  temps  que  les  dignités  d'évêque  et  d'abbé  de 
SûDt-Hartial  n'avaient  été  dévolues  qu'aux  membres  de  la 
tunîlle  des  Ticomtes.  Dès  lors,  la  ville  rentra  en  possession 
de  ses  privilèges,  et  redevint  une  véritable  commune,  où 
les  habitants  poument  se  choisir  eux-mêmes  leurs  magis- 
tiau. 

Gn  II«  à  défaut  du  courage  qui  brave  le  danger,  et  de  la 
fciee  qui  triomphe,  chercha  par  une  humble  soumission  à 
désarmer  la  haine  de  son  suzerain;  il  venait  souvent  à  Poi- 
tiers, non  plus  comme  l'égal,  mais  comme  le  vassal  du 
conte.  Mais  il  n'y  trouvait  souvent  qu'humiliation  et  mé- 
pm.  On  le  reléguait  au  dernier  rang  de  ces  chevaliers  qui 
IroBvaient  à  la  cour  de  leur  suzerain  des  prévenances,  des 
houears,  et  une  joyeuse  hospitalité.  Un  jour,  par  un  froid 
ripiorvox,  pour  l'obliger  à  quitter  la  ville,  on  défendit  aux 
hAitaDts  de  lai  vendre  du  bois.  Alors,  retrouvant  un  ins- 
tinct de  fierté,  il  acheta  de  vieilles  souches  de  vigne,  disant 

I.  Calie  eharta  porU*  cette  date  :  c  L'an  1036  de  rincarnatioa  de  Notre- 
fmgmttr,  iodietkm  1V«  m  nob  de  juillet,  vi«  série,  lune  oniième,  Ifenri. 
"«  «k  Fnnee  tégamai.  •  (Baluie  :  Hût.  Intel.,  p.  867.) 

I.  8 


114  HISTOIRE  DEfi  VIGOMTBâ 

par  raillerie  «  qu*il  voulait  les  planter  en  Limousin,  qo'e 
y  réussiraient  mieux  qu'en  Poitou,  s  Pendani  les  dernil 
amiées  de  son  père,  il  avait  principalement  séjour^ 
Ségur,  insoucieux  des  affaires  politiques  de  ce  tcmpi 
livrant  à  de  bruyantes  chasses  dans  ses  vastes  forèU,  | 
des  pratiques  pieuses.  Il  eut  encore  la  môme  prédilec 
pour  ce  berceau  de  ses  ancôtres,  où  les  digoitaireft»: 
abbayes  voisines  venaient  souvent  le  visiter.  £q  présenet 
Pierre  d'Albert,  abbé  de  Saint-Martial,  homme  lettré, 
avait  remplacé  Oldéric,  il  y  signa  une  charte,  par  Jaqfi 
il  livrait  à  l'abbaye  d'Uzerche  un  grand  nombre  d'encii 
dans  les  environs  d'Ayen,  en  présence  des  abbés  Oea 
de  Peyrusse  et  Bernard  de  Saint^Yrieix.  Ses  trois  frèiy 
sa  femme,  nommée  Blanche,  qu*on  croit  fille  d'un  vice 
de  Rochechouart,  forent  mentionnés  dans  cet  acte.  Il  aii 
surtout,  comme  ses  ancMres,  à  assister  aux  dédicaces 
églises.  On  le  vit  à  celle  de  l'abbaye  de  Charroux  (104 
à  laquelle  assistèrent  aussi  treize  archevêques  ou  évèq 
avec  rélilc  de  la  noblesse,  rangée  autour  d'AudebcrI 
comte  de  la  Marche,  qui  ne  s'était  pas  toiyours  fait  rei 
quer  par  sa  piété.  Sept  ans  auparavant,  il  avait  envahi  ] 
baye  de  Lesterps,  tué  les  moines  et  brûlé  les  bfttiaM 
Ce  crime  n'était  pas  resté  impuni.  Sur  la  demande  de  Ta 
Saint  Gautier,  qui  était  venu  se  plaindre  au  pape,  \^^ 
pable  avait  été  excommunié  et  condamné  à  rebâtir  le , 
nastère  K  L'année  suivante,  le  vicomte  de  Limoges,  acf 
pagné  de  tous  ses  vassaux,  fut  témoin  à  Uzerche  4 
semblable  cérémonie ,  présidée  par  Jourdain,  évèqm 
Limoges.  Cet  illustre  prélat,  dont  toute  la  vie  avait  été;^ 

i 

1 .  B«»*ly  :  //iW.  ftfs  comtes  de  Poitou, 

2.  L'alibaye  U«  I^rtcrpit,  autrefuit  dAO«  ks  dioeèiMt  de  Limogen,  ftii  ! 
teapi  tlorÎMaiite.  Kii  1567,.  an  chef  |»roie»Uat  iooeqdî»  une  partie  da^ 
menu  ft  pill.i  IV'urlise  abbaliale,  dwil  il  ne  renie  que  le  doclier  et  la  ad 


i 


ET  DK  Ul  VICOinÉ  DE  LIMOGES.  115 

••crie  i  l'édiflcation  des  ffdèles,  à  celle  du  clergé,  doot  il 
attentÎTement  la  discipline,  mourat  trois  ans 
^  Gui  U  ne  Ini  sarvécut  qae  d'ane  année,  et  mourat 
kttser  d'enfants  de  son  mariage  arec  Hedwige,  sur- 
Blanche  (1052).  Sa  faiblesse  et  son  dégoût  des 
du  naonde  lui  firent  négliger  les  privilèges  de  sa 
:  ses  arrière-vassaux  étaient  presque  tous  devenus 
Uépendanis;  les  terres  de  la  vicomte  s'étaient  en  grande 
fsrtie  affranchies  des  redevances  que  leur  avaient  impo- 
ite  Qui  I"  et  Adémar  I". 

Âdéuur  n  succéda  à  son  frère  :  moins  pacifique  et  plus 
mUHeax,  il  prit  une  grande  part  aux  affaires  de  l'Église 
et  aux  événements  politiques  de  son  temps.  Décidé  à  re- 
coavrer  te  qu'avait  perdu  son  prédécesseur,  il  se  dispos<iit 
à  se  mHtrt  à  Tœuvre,  quand  son  attention  fut  attirée  d'un 
e6té.  Dès  la  première  année  de  son  avénemcut,  le 
é  et  les  grands  vassaux  de  la  vicomte  eurent  à  pour\'oir 
aa  siège  ipiseopal,  vacant  depuis  la  mort  de  Jourdain,  il 
bllaii  se  bâter  de  faire  l'élection,  car  de  grands  abus 
s*étaîcot  introduits  déjà  dans  les  rangs  du  clergé.  Les  prê- 
tres se  disputaient  les  riches  bénéfices,  et  recouraient  à  la 
àrnooie  poor  se  les  procurer.  On  craignait  que' le  siège 
épiscopal  ne  passât  dans  les  mains  du  plus  hardi  et  du  plus 
aaibilieux.  Adémar  II  et  les  seigneurs  du  Limousin  réso- 
donc  de  choisir  un  évéque  qui,  par  sa  naissance,  par 


I.  B««]t  Ikit  ainii  comultre,  d'après  le  cartulaire  de  Saint -ÉtieuDef  les 
4bhim»  bite*  à  l'ëgliM  :  c  Joardiûn.  par  la  frrdce  de  Dieu,  éréque  de  Li- 
■ifeiv  puv  le  repos  de  toa  ime,  poar  eelle  de  m.**  pareoti  Marbodui  et 
(Mi^ardr.  ft  femme,  de  son  père  («érard,  de  sa  môro  Oldeganle,  cède  de 
9im  a]>i  kérédiuln  dam  Talleu  deChàteaaneuf,  la  tonr  mip^rieure,  arec  son 
ii-t/4.  ie^  maisoiu  ToisineBet  les  terres  qui  m'apparlieudrout,  «pns  le  par- 
''^s^  jii  «o  ira  fait  ;  plus,  le  pré  d'en  haut,  les  fontaiues  rt  la  forôt  de 
^"f-,  U  </iiJinênie  partie  de  la  chapelle  de  Saint-Michel,  de  Saint-4^iioutiii, 
><'?>«  i^rr*'*  «jtij  eu  dépendent;  le  manoir  de  Curtfage,  qui  di^fieud  du  fief 
^'«cfjliom".  ronite  de  Poitiers,  et  qui  m'arait  été  donné  en  dehcrs  de 


116  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

sa  fortune  et  par  ses  vertus,  fût  à  la  hauteur  de  ses  toi 
tiens  '.  Le  vicomte  usa  de  toute  son  influence  sur  le  clo^ 
et  sur  le  peuple  pour  faire  élire  Ithier  Chabot,  bommMl 
mœurs  pures  et  d'un  grand  savoir  *.  Le  droit  de  coneoJ 
à  Télection  était  à  peu  près  le  seul  que  la  féodalité  i 
laissé  au  peuple  qui,  en  prenant  part  an  choix  de  ceux  ^ 
devaient  lui  être  supérieurs,  commander  aux  âmes  par 4 
dogmes  de  sa  croyance,  rêvait  pour  Tavenir  une  Iib4 
plus  large.  C'était  aussi  pour  le  clergé  un  avantage  de  pi 
voir  représenter  le  peuple;  car  cette  sanction  lui  donq 
un  appui  contre  la  féodalité ,  trop  souvent  disposée  à  i 
primer  ou  à  corrompre,  et  qui  dans  de  certaines  circdl 
tances  aurait  voulu  s'imposer  à  l'Église. 

Par  un  sentiment  d'humilité  toute  chrétienne,  Itll 
Chabot  déclina  d'abord  l'honneur  d'occuper  le  siégO'^ 
saint  Martial,  mais  céda  à  la  fin  aux  prières* de  la  fouM 
Quelques  jours  après,  il  eut  la  douleur  de  voir  la  basilic 
de  Saint-Sauveur  détruite  par  un  incendie  (1053).  Les  p 
précieux  ornements  furent  brûlés  ;  trois  religieux  périf 
sur  le  sépulcre  de  saint  Martial  qu'ils  voulurent  saui 
Adémar  II,  si  zélé  à  faire  prévaloir  son  candidat,  n'osa  ' 
moins  de  son  autorité  au  détriment  de  presque  toutes 
abbayes  situées  dans  la  vicomte,  et  sur  d'autres  soumial 
son  patronage.  Celle  de  Solignac  fut  forcée  de  lui  payer  '' 
charretée  de  vin,  unam  caratatn  de  r tno,  qu'il  exigeait  rl| 
reusement  le  jour  de  la  Chaire  de  saint  Pierre,  et  un  d 
de  gîte,  unum  receptum^  k  la  grande  fête  du  même  sain 
Ce  dernier  droit  permettait  aux  grands  vassaux  de  yen 
des  époques  fixées  s'élablir  dans  les  abbayes,  avec  li 


1.  B.  Guido  :  Gesta  Lemovic,  pontifie. 
S.  Gali,  Christian,  i.  2,  col.  516. 
S.  Chron,  Gauf,  Vonew,,  c.  14. 
4.  Cartul.  do  Solignac. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  tl7 

femmes,  leors  eofaDts,  leurs  gens  d'armes,  leurs  chevaux 
el  leon  chiens,  aux  dépens  des  cloîtres,  dont  ils  consom- 
maînt  bien  vite  les  provisions.  Les  moines,  pour  ne  pas 
voir  camper  au  milieu  d'eux  celte  cour  dépravée,  entraient 
prciqae  toujours  en  coiaposilion  avec  leur  suzerain  ^  Ceux 
de  StintrÉtienne  de  Limoges  se  rirent  enlever  une  partie 
de  leurs  ressources;  mais  à  la  fin  ils  parvinrent,  par  les  me- 
nées de  Texcommunication,  à  imposer  le^  repentir  et  Tex* 
Ration  à  l'ambitieux  vicomte  qui,  pour  racheter  ses  fautes,, 
tint  un  jour  déposer  sur  l'autel  une  charte  par  laquelle  il 
leur  donnait  la  terre  de  Vignoles  et  tous  ses  droits  sur  celle 
de  TorioD,  voulant  ainsi,  disait-il,  racheter  son  âme  des 
[Kines  d'un  autre  monde.  Il  conduisit  aussi  dans  l'abbaye, 
pour  7  prendre  l'habit  de  moine,  Ebles,  son  neveu,  dont 
les  mains  étaient  couvertes  d'un  ornement  de  l'autel,  sym- 
bole de  l'engagement  que  prenait  le  jeune  clerc,  de  vivre 
tonpurs  dans  le  cloUre  '. 

Ithier  Chabot  illustra  l'église  de  Limoges  par  de  rares 
Tcrtns,  comme  aussi  il  sut  maintenir  son  autorité.  Vers  les 
dernières  années  de  l'épiscopat  de  Jourdain  de  Larron,  l'ab- 
baje  de  Gharroux  avait  envoyé  une  colonie  de  moines  qui 
bâtit  une  église  et  fonda  un  monastère  auprès  du  château 
de  Rochechouart.  Les  religieux  de  Saint-Junien,  regardant 
cette  fondation  comme  un  empiétement  sur  leur  territoire, 
mient  réclamé  auprès  de  Jourdain  de  Larron,  qui  menaça 
ks  nouveaux  venus  d'excommunication,  s'ils  refusaient  de 
fcconnaiire  les  droits  de  l'église  de  Saint-Junien.  Mais,  étant 
Bort  en  1051,  les  moines  de  Cbarrous  purent  achever  leur 

!.  «  Naac  in  monasteriis  monachonim,  abbates  laici,  cum  suis  uxoribus, 
104  et  lUiabas,  cum  militibus  morantur  et  caoibus.  »  {Ex  condL  Junca- 
'V«a.  mp.  Scripi.  rer.  Franc.<,  t.  IX,  p.  322.) 

1  c  Gum  obiatioDe  in  manu  Atque  petitioue,  altaris  pallia  maDUi>  sua>i 
•''*'4aiM.  •  {CariuL  de  Beaulieu.)  Le«  parents  s'engageaient  k  ue  jamai)» 
KMtir  du  cloître  Tenlant  qu'ils  y  iotroduisaient  ainsi. 


lis  HI8T01RB  DRg  VIGOMtlS 

église,  qu*iU  placèrent  sous  le  patronage  da  ficonle  i 

Rochechoaart.  Cependant  les  clercs  de  SaiiitJanien,  p 

leur  nouveau  prtrôt  Amélius,  réclamèrent  auprès  dllU 

Chabot,  qui  reconnut  d'abord  la  légitimité  de  leurs  préli 

fions,  mais  qui,  après  avoir  entendu  les  moines  de  Ckl 

roux,  déclara  dans  un  synode,  où  se  trouvaient  les  clai 

de  Saint-Junien,  qu'il  consacrerait,  malgré  leur  (^positk 

l'église  de  Rocbechonard.  «  J'en  appelle  au  pape,  s  s'éoi 

le  prévôt  Amélins.  L'évéque  n'en  fixa  pas  moins  le  jour 

la  dédicace.  Neuf  jours  avant  le  terme  indiqué  pour  la  ci 

monic,  il  convoqua  une  assemblée  de  clercs  et  de  lalqi 

pour  examiner  les  droits  des  deux  parties,  déclarant  qi 

ne  consacrerait  pas  Téglise,  si  on  lui  prouvait  que  ce  : 

contraire  aux  canons.  Les  clercs  de  Saint-Jnnien  .fin 

valoir  leurs  titres,  mais  ne  purent  com-aincre  l'éféqi 

«  Je  consacrerai  l'église,  n  dit-il  en  se  levant  du  synoi 

—  «  Nous  en  appelons  au  pape,  »  dirent  une  seconde  I 

le  prévôt  et  ses  clercs.  Ilhier,  indij;né  de  voir  braver  i 

autorité,  se  relira  dans  son  château,  reparut  trois  jo 

après,  suivi  d'une  troupe  d'hommes  de  pied  et  de  cavall 

armés,  et  alla  s'emparer  du  monastère  de  Sainl-Junii 

d'où  étaient  sortis  les  clercs.  Les  habitants  de  la  tI 

hommes,  femmes  et  enfants  s'étaient  enfuis.  II  ne  tro 

dans  l'église  que  deux  serfs  qu'on  y  avait  laissés  pou 

garder.  Il  laissa  rentrer  les  anciens  possesseurs,  et  mal| 

les  observations  de  son  métropolitain,  Aymou,  archerêl 

de  Bourges,  il  fit  la  dédicace  de  l'église  de  Rochcchol 

le  11  novembre  10G7,  mais  refusa  de  bénir  le  cimefil 

Les  moines  n'ayant  pu,  sur  ce  point,  vaincre  sa  résistan 

s'adressèrent  &  Guillaume,  évoque  d'Angoulème,  qui  b4 

le  cimetière  *. 

1.  Clirou.  i!r  Mailfii.  * 


ET  DE  L4  VICOMTE  DE  LIMOGES.  f  19 

CepesdaDl  le  pape  Alexandre  II  avait  envoyé  deux  légats 
à  Bovieaox,  pour  remédier  aux  abas  de  la  discipline  eoclé- 
■iiifiqne.  L'évêqoe  de  Limoges  s*y  rendit,  ainsi  que  les 
cteres  de  Saînt^nnien,  qui  exposèrent  leurs  griefs  (4068). 
IttiBr  Chabot  fet  blâmé  par  le  cardinal  Etienne  et  promit 
de  fwe  justice.  Hais  après  le  départ  du  légat,  il  oublia  ses 
pmesses.  Le  prévôt  Amélius  se  plaignit  au  pape  ;  mais 
feaâwni  qu'ils  écri?aient  à  Rome,  les  moines  de  Charroux 
taHDdaient  à  Paris  à  la  puissance  temporelle  la  confir- 
■Btioii  de  leurs  privilèges;  ils  triomphèrent  auprès  de  Phi- 
lippe 1*,  en  1017  ^ 

âymeric  Dl,  vicomte  de  Rocbechouart,  fut  si  irrité  de 
roffoâtion  qu'il  avait  rencontrée  pour  la  construction  du 
monastère  de  Saint-Sauveur,  que  revendiquant  quelques 
liroits  sur  Saint-Junien ,  dont  il  n'avait  pas  été  question 
depuis  la  mort  de  Jourdain  II,  prince  de  Chabanais,  il  dé* 
efara  la  guerre  au  prévM  et  â  Tévèque,  les  appela  en 
champ  clos  è  Saint-Junien,  ou  an  château  de  Nieul,  mais 
aV  donna  pas  suite  K 

L'ambition  d'Adémar  lui  suscita  de  puissants  ennemis. 
Les  pins  acharnés  furent  Oaucelme  de  Pierre-Bufflère  et  Gui 
4e  Lastoors,  le  fondateur  de  l'église  d'Amac.  Ils  ravagèrent 
«s  terres,  brûlèrent  les  chaumières,  et  dispersèrent  les  ha- 
bitants, qui  venaient  tous  les  jours  montrer  leur  misère  et 
désespoir  dans  les  rues  de  Limoges,  demandant  du 
mourant  de  faim  sur  le  seuil  des  églises,  où  ils  pas» 
Il  les  nnits.  Malgré  sa  valeur  et  son  audace,  ne  pouvant 
résister  à  ses  ennemis,  il  fbt  réduit  à  leur  demander 
h  paix,  qu'il  eut  bien  de  la  peine  à  obtenir. 

t  D.  FootetÈCMà  :  M»s.  k  Poitier». 

1  S«Vn  \a<hud  {Mst,  au  séminaire  de  Limoges),  Aymerie  III,  au  milieu 
Ji  XV*  ÈÊtde^  anraii  fini  rebâtir  rancieo  cbAteatt  de  Rochediouari,  eo  n'y 
saurnui  d^  U  coostructioQ  primilÎTe  que  le  donjon  qui  existe  eocoret  à 
fBi^.  eo  euîemnt  dan  eeile  demeure  autrefois  si  «ptendide. 


120  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Malgré  le  trouble  qu'apportait  encore  dans  les  espril 
croyance  &  la  fln  du  monde,  les  mauvaises  mœurs  s'éU 
introduites  dans  les  cloîtres  avec  le  relâchement  de  la 
cipline.  Les  moines  quittaient  leui;9  robes  de  bure  ] 
chausser  les  éperons  de  chevaliers,  couraient  aux  a 
turesy  cherchaient  le  plaisir  sous  toutes  les  formes.  ( 
da  monastère  de  Saint-Martial  étaient  devenus  si  rie 
si  puissants,  qu'ils  ne  cessaient  de  répéter  aux  gn 
vassaux,  aux  vicomtes  de  Limoges,  «  qu'ils  ne  relevi 
que  de  Dieu  et  d'eux-mêmes,  »  formule  d'un  droit  i 
veau,  la  plus  haute  expression  de  Tindépendance,  doi 
royauté  faisait  aussi  la  base   de  son  action   politi 
Adémar  II,  plus  par  jalousie  et  par  esprit  de  vengeance 
dans  l'intérêt  de  la  discipline,  se  crut  appelé  au  r6h 
réformateur.  Il  résolut  d'introduire  dans  l'abbaye  les  i 
gieux  de  Gluny,  dont  on  vantait  partout  l'austérité  et  1 
négation  des  choses  du  monde.  Mais  comment  faire  aoi 
ter  une  règle  sévère ,  qui  devait  abaisser  l'orgueil 
moines,  et  mettre  fin  à  leurs  désordres?  11  eut  recourti 
ruse  et  à  la  violence,  pour  faciliter  les  clunistes  qui  i 
raient  s'introduire  dans  l'abbaye.  Depuis  longtemps^ 
chevalier  du  château  de  Limoges,  nommé  Pierre  Escaii|| 
grand  ami  de  Hugues  de  Cluny,  chef  de  l'ordre  de  S^ 
Benoit,  le  sollicitait  d'y  établir  cette  règle  de  la  vie  oi| 
bitiquc.  Retenu  par  l'amitié  qui  l'unissait  à  l'abbé  Ml 
alors  investi  des  fonctions  d'abbé,  le  vicomte  hésita 
que  temps,  dans  la  crainte  de  nuire  à  son  ami.  Mais 
mort  de  celui-ci,  le  chevalier  revint  à  la  charge  ;  et  a 
Adémar  II  hésitait  encore,  par  crainte  de  la  résistant 
peuple  et  même  de  ses  hommes  d'armes,  Escausicr  s^ 
d'un  expédient  pour  le  déterminer;  ce  fut  de  lui  promi 
au  nom  des  clunistes,  un  fort  beau  cheval,  appelé 
coutSj  et  une  partie  de  l'or  qui  se  trouverait  dans  le 


ET  DE  LA  MCOAITÉ  DE  UMOGES.  121 

lUtje.  Vaioca  par  ses  promesses  séduisantes,  Adémar 
■  MretieD  secret  avec  Hugues  de  Gluny,  Tintrodui- 
■1  h  Tille,  ainsi  que  plusieurs  des  moines  de  son 
1 1  11  faveur  d'une  nuit  obscure,  et  les  logea  secrète- 
dms  l'abbaye  de  Saint-Michel,  voisine  de  son  palais. 
demain,  jour  de  llnvenlion  de  Saint-Élienne,  suivi 
igoes  hommes  d'armes  les  plus  dévoués,  il  se  rend 
i  ciotire,  ordonne  aux  moines  de  se  réunir  en  cha- 
i  de  procéder  sur-le-champ  à  l'élection  d'un  abbé. 
Mtolants,  s*étant  mis  en  devoir  de  lui  obéir,  lui  pro- 
trois  d'entre  eux  comme  candidats,  GeoCfroi  de 
Gn  Paule  et  Gérard  le  grammairien.  Mais  iftic  veut 
lékclion  de  ce  genre;  il  garde  un  moment  le  silence, 
ml  un  expédient  pour  sortir  d'embarras,  lorsque 
j  de  Nieuil,  instruit  dès  la  veille  de  l'arrivée  des 
!S,  et  connaissant  ses  intentions  :  a  II  y  a  ici,  lui  dit-il 
mt,  des  hommes  dignes  d'être  abbés;  nous  n'igno- 
s  que  vous  avez  fait  venir  des  religieux  de  Gluny, 
MIS  chasser  d'ici,  mais  je  doute  que  ce  beau  projet 
e.  >  A  ces  mots,  Adémar,  furieux,  saisit  le  moine  par 
il  et  le  traîne,  avec  l'aide  de  ses  gens,  hors  du  mo- 
.  Les  autres,  émus  de  ces  violences,  prennent  la 
lusieurs  vont  chercher  un  asile  dans  le  monastère 
^Augustin,  ne  laissant  dans  l'abbaye  que  les  enfants, 
ibé  Hugues  dispersa  plus  tard  dans  différents  éta- 
snts  de  son  ordre. 

ar,  resté  maître,  ayant  fait  aussitôt  venir  les  du- 
es mil  en  possession  de  l'abbaye,  où  le  nouvel  abbé 
le  enlever  les  tombeaux  de  ses  prédécesseurs  et 
s  ioscriptions  qui  rappelaient  leurs  noms  *  (1062). 
;  annalistes  ont  blâmé  le  vicomte  de  Limoges  en 

:  Mitceliama^  t.  VI,  p.  317. 


in  UISTOttS  DES  YKSOMIiS 

criant  à  la  Tiolenee  et  à  rinjuatice.  D'autres  ont  prasé  qnm 
les  moines  de  Ghiny  fureol  étrangers  à  cette  Yîolalioa  dci 
règles  claustrales,  qu'ils  n'a?aient  fait  auooD  pacte  mm 
Adémar  qui,  selon  eux,  ne  se  serait  décidé  que  pour  avoir  la 
cheval  promis  par  le  cheralier  Pierre  Escausier  <.  Quoi  qo*! 
en  soit«  la  firaude,  ou  si  Ton  veut,  la  violence  qu'il  s'était 
permise,  eut  l'effet  qu'il  s'en  élait  promis.  En  peu  de  tenpa 
on  vit  la  discipline  reparaître  à  Saist^Martial;  les  mœurs  f  -. 
furent  plus  pures,  et  la  religion  y  eut  de  plus  dignes  nri- 
nisires  :  le  goût  des  lettres  y  reparut;  l'instracUon  y  fit  4tf 
rapides  progrès,  et  il  en  résulta  pour  l'histoire  du  pays  4i  : 
précieuses  chroniques  écrites  par  les  moines.  Cependant  la  - 
nouvel  abbé  se  montra  parfois  jaloux  de  la  prospérité  des  .* 
autres  monastères  de  la  ville,  surtout  de  celui  de  SaîaA^  s 
Etienne.   Apprenant  que  celui-ci  avait  reçu   de  0«U^ 
laume  V,  comte  de  Poitiers  et  due  d'Aquitaine,  pour  en  or* 
ncr  son  église,  un  bloc  de  marbre,  auquel  se  rattachait  i 
une  pieuse  légende,  il  le  fit  enlever  pendant  la  nuit  eteo  ! 
fit  l'autel  de  Saint-Martin'.  Malgré  son  attachement  ezcessif  ) 
au  maintien  des  privilèges  de  son  ordre,  dont  il  introduisit 
la  règle  dans  les  abbayes  de  Vigeois  et  d'Uzerche,  il  jouit 
parmi  le  clergé  de  son  temps  d'une  grande  réputation  de 
vertus  et  de  talents. 

La  vie  d'Adémar  II,  malgré  ce  qu'il  venait  de  faire  pour 
la  discipline  religieuse,  ne  fut  pas  toujours  irréprochat^le 

1.  Chron.  Gaufredi  Vosiensis, 

2.  c(  Un  religieux,  nommé  Simplicias,  reçut  l'ordre  d'aller  à  Narbonne 
acheter  un  bloc  de  marbre,  pour  construire  l'autel  de  l'abbaye  de  Sami* 
Martin.  Après  que  le  marbre  fut  taillé,  il  le  fit  yoiturer  jusque  dans  le  Querci; 
mais  arriTé  prà  de  Gapdenac,  il  s'engagea  profondément  dans  la  terre  et  ne 
ponrait  être  transporté  plus  loin*  Le  seigneur  du  lieu,  connaissant  rwagt 
qn'on  voulait  en  faire,  fournit  des  bcBufs  et  fit  abattre  quelques  pans  de  mor 
pour  lui  donner  passage.  Le  chariot  s'étant  encore  embourbé  dans  une  vallée 
profonde,  ne  pouvait  avancer.  Alors  le  moine,  voulant  que  Saint-Martial  rnani* 
festàt  sa  puissance,  détacha  l'attelage,  et  n'y  mit  que  deux  vaches,  qui  entraî- 
nèrent rapidement  le  bloc  jusqu'à  Limoges.  »  (Chrotu  Gûuf*  Kottent.) 


ET  K  LÀ  MCOirrE  DE  UHOGES.  ISS 

Il  mk.  A  l'exemple  de  la  plupart  des  seigneurs  de 
afi,  îi  s0  Permit  des  brigandages,  des  incendies,  des 
ho  û  nlme  d'odieux  sacrilèges.  Après  la  mort  do 
■  Mqoe  Ithier  Chabot,  qui  l'avait  dominé  quelque 
^irhwendaot  de  sa  piété  et  de  ses  talents  ^^  il  se 
ihr  à  tous  les  élans  de  son  caractère  haineux  et 
tiLOncnrit  qu'il  ne  fut  pas  étranger  à  un  incendie 
Mit  nae  partie  de  la  Cité,  le  monastère  de  la  Règle, 
ie8aint>André,  et  qui  causa  la  mort  de  cent  ringt 
a  (1067).  11  poursuivit  tous  ceux  qui  lui  faisaient 
e,  se  permit  d'alTreuses  dévastations  sur  les  terres 
BDCiBis,  commit  plusieurs  meurtres,  et  profana  les 
Les  jeunes  filles  fuyaient  à  son  approche,  quand  il 
itdaos  les  murs  de  Limoges  seul,  ou  accompagné 
seigneurs,  ses  complicL*s.  Cependant  les  re- 
parfois  effrayer  sa  conscience  :  alors  il  s'hu- 
evant  le  clergé  qui  le  menaçait  des  punitions  di- 
avooaii  ses  fautes,  promettait  de  se  corriger,  et 
i  pied  des  autels  implorer  son  pardon.  Un  jour,  le 
i  vit,  triste  et  repentant,  entrer  dans  la  cathédrale 
;es,  les  pieds  nus,  vêtu  d'un  habit  de  deuil,  sans 
fl  sans  baudrier,  s'agenouillant  sur4es  marches  de 
cmandant  pardon  à  Dieu  et  aux  saints.  Le  clergé 
itenta  pas  de  cette  pénitence  publique;  il  voulut 
harte,  écrite  par  quelque  moine  lettré  et  signée 
in,  transmit  à  ses  successeurs  le  souvenir  de  ses 
-ec  celui  de  leur  expiation  : 
Adémar,  vicomte  de  Limoges,  avec  le  consente* 
IDA  femme  Humberge  et  de  mes  enfants  Elie  et 
donne  à  Dieu,  au  bienheureux  martyr  saint  Etienne 


Cbibot  fit  cooMnûre  le  chAleau  de  GbalutMl  pour  remplacer  ua 
ta  trèt-aiicieo  qui  mî  trouvait  à  Fraissauge.  [Ckrùn.  mss,  de 


124  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

et  &  ses  chaDoioes,  à  perpétuilé,  un  ténement  de  mon  à| 
appelé  Massiac^  dans  la  paroisse  de  l'église  de  >^giio( 
me  reconnaissant  accablé  sous  le  poids  de  mes  etÊ 
pour  avoir  brûlé  la  ville  et  le  siège  épiscopal,  pou|| 
les  prêtres  et  les  habitants  de  la  cilé,  les  ayant  prii|| 
leurs  biens,  en  ayant  tu4  un  grand  nombre  et  proDuii 
lieux  saints.  Touché  de  repentir,  voulant  faire  péoi^ 
et  obtenir  de  Dieu  le  pardon  de  mes  péchés,  je  suit  ^ 
les  pieds  nus  et  en  habit  de  pénitent,  à  l'église  da  % 
heureux  martyr  saint  Etienne,  comme  au  port  du  s^ 
prosterné  humblement  devant  le  saint  autel,  j'ai  deoM 
pardon  à  Dieu  et  aux  saints,  et  demandé  aux  sagei 
conseils  sur  ce  que  je  devais  faire  pour  satisfaire  DM 
les  hommes.  Approchant  donc  de  Tautel,  avec  mes  i 
enfants,  Elie  et  Pierre,  j'ai  présenté  un  tapis  {pallium^ 
tenant  par  un  bout,  et  mes  deux  enfants  de  l'autre,  j'aij 
en  présence  de  témoins,  la  donation  de  cet  alleu.  Je  | 
sens  à  confirmer  cette  pénitence  par  une  charte  renfei 
dans  ce  tapis.  Quant  à  Tabbaye  de  Saint-André  que  jl| 
donnée  &  saint  Etienne^,  avec  le  consentement  de 
seigneur  Guillaume,  duc  d'Aquitaine,  je  confirme 
donation  de  la  même  manière.  J'ai  aussi  concédé  auxj 
noines  de  Saint-Étienne  l'aqueduc  de  *  la  fontaine 
avaient  demandé.  Si  quelqu'un  ose  violer  mon  testai 
qu'il  soit  excommunié  pour  ce  sacrilège  et  condi 
payer  une  livre  d'or*. 

L'Église,  souvent  humiliée,  dépouillée  de  ses  bit 
les  représentants  de  la  féodalité,  luttait  avec  énergie 
ses  ennemis.  Depuis  Grégoire  VU,  le  courageux  défc 
des  droits  du  saint-siége,  la  grande  république  chrét 

1.  11  s'agit  ici,  non  d'une  église  de  Limoges,  mais  do  Tabbaye  de 
André  de  SainUJunien. 

2.  Besly  :  Histoire  des  comtes  du  Poitnu,  p.  35G. 


ET  qE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  123 

il  repris  son  ascendant,  en  s'organisant,  en  corrigeant 
gai  depuis  quelque  temps  s'étaient  introduits  dans 
et  7  appelant  cette  forte  discipline  qui  mit  un 
passions  de  ses  ministres.  De  nouveaux  saints 
alors  le  monde  catholique;  le  désert  se  peuplait 
it  pieux  ermites,  s'imposant  comme  une  vertu  une 
ion  absolue  aux  plaisirs  du  monde,  pendant  que 
,  dans  la  personne  de  Philippe  I*%  perdue  dans  les 
,  méprisée,  aYilie,  s'obstinait  à  la  honte,  etrésis^ 
I  ce  grand  mouvement  qui,  en  appelant  les  peuples  de 
ddent  mx  croisades,  réveillait  le  vieux  monde  de  son 
nrdissement  et  le  préparait  à  la  liberté  ;  époque  mys- 
4e  prodigieux  enfantements  pour  Tesprit  humain, 
oh  «Miraient  par  le  monde  les  pieuses  légendes  des 
ia,  qall  est  bon  do  redire,  parce  qu'elles  sont  les  échos 
«noire. 

M  le  rscootait  à  Limoges  les  vcrlus  d'un  saint  dont  le 
I  ert  encorei  après  huit  siècles,  vénéré  parmi  les  catho- 
es.  Etienne,  comte  de  Thiers,  encouragé  par  le  pape 
loire  VU,  le  héros  de  la  papauté  menacée  par  l'empire, 
lirait,  à  cette  époque,  dans  le  Limousin,  après  avoir 
iboé  ses  richesses  aux  pauvres,  pour  vivre  avec  un  pieux 
ibile,  saint  Gaucher,  qu'un  moine  de  Limoges  avait 
hiit  dans  la  solitude  d*AureIi*.  Le  descendant  d'une 


Gaucher,  qui  fol  le  premier  maître  de  saint  Etienne  de  Muret, 

1^  duu  Ui  iliocêie  de  Meulan  :  Humbert,  moine  de  Limoges,  qui  en* 
m  le»  beUe*-leUret  dam  cette  TÎUe,  le  conduisit  dans  le.  Limousin,  où 
flboHit  pour  retraite  la  partie  la  plus  déserte  de  la  forêt  d*Aureil,  où, 
k  penniswoo  des  moines  de  Limoges,  il  bâtit  uu  petit  monastère.  Il  y 
M,  à  SO  ans,  d'âne  chate  qu'il  fit  en  rcTeuant  de  Limogea.  L'église 
tmfkt  par  loi  eriete  encore  en  partie.  Elle  fut  consacrée  le  21  août  1093, 
■  le  proQTeol  cet  deni  Ters  latins  recueillis  par  Nadaud  dans  un  tùa- 

m  Aono  MiiUeuo  nonagruo  septuageuo 
QaaUior  ablati^i,  facta  e^t  deilicatio  nostra.  » 

•  Nadaud,  Mém.  m«#M  t.  IIL) 


m  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

famille  illustre  parmi  les  plas  puissantes,  dominé  pm 
idées  de  son  siècle,  a?ait  acquis  bien  vite  une  grande  w\ 
tation  de  vertu  et  de  sainteté.  Abandonnant  sa  prêt) 
retraite,  où  il  s'était  accoutumé  à  toutes  les  privation 
vint  à  Muret,  y  réunit  autour  de  lui  quelques  honunerf 
aimaient  à  prier  dans  le  silence,  et  dont  le  plus  célèbii 
Hugues  de  La  Certa,  seigneur  de  ChAlos.  Tels  fàreri 
premiers  éléments  de  cette  abbaye  dont  une  colonie  de 
plus  tard,  porter  &  Grandmont,  a\'ec  de  grandes  riclM 
les  rigueurs  de  la  discipline  la  plus  sévère. 

Dans  le  même  temps,  la  cathédrale  de  Limoges  s'enrii 
sait;  Oaubert,  son  archidiacre,  achetait  à  lfont«8aint-J 
au  diocèse  de  Poitiers,  une  grande  étendue  de  terra 
cultes  qui,  cultivées  par  les  moines,  se  couvrirent  bi^ 
d'abondantes  moissons.  Pour  les  mettre  i  couvert  des. 
tentions  d'Aldebert,  comle  de  la  Marche,  et  les  dégagrf 
toute  suzeraineté,  les  religieux  de  Saint-Martial  domii 
à  celui-ci,  en  présence  du  duc  d'Aquitaine  et  d'Adén 
de  Limoges,  un  anneau  d'or,  et  i  Eudes,  son  frère, 
somme  d*argent. 

Pendant  que  l'Église  s'illustrait  par  ses  vertua  u 
qu'elle  devenait  puissante  par  ses  richesses,  Poitiers  etl 
louse  se  disputaient  la  souveraineté  du  Midi.  Les  baron 
Limousin  se  déclaraient  pour  Guillaume  IV,  comU 
Toulouse.  Adémar  II  en  fit  autant,  parce  que,  depuis 
sieurs  années,  sa  famille  avait  eu  à  se  plaindrii  des  pri 
tions  des  comtes  de  Poitiers  :  lui-môme  n'oubliait  pas  q 
s'étaient  souvent  mêlés  de  ses  différends  avec  certaines 
bayes,  et  que  les  hommes  d'armes  de  Guillaume  YI  avi 
plusieurs  fols  envahi  sa  vicomte.  D'un  autre  côté,  Poij 
était  trop  près  de  Limoges,  t«indis  que  Toulouse,  par 
éloignement,  n*inspirait  pas  les  mômes  craintes;  car,  a| 
de  porter  ses  gens  de  guerre  sur  les  bords  de  la  Vienne 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOiiES.  l-ji 

i  fevdaUire  du  Midi  aurait  été  arrêté  par  les  vicnmlcs 
,  par  ceux  de  Comboni  et  de  Venladoiir,  qui 
ft  saUTeparder  ieur  indépendance  féodale.  Fier 
Hmxeraioeté  Dominalement  reconnue  dans  le  Li~ 
maorin,  le  comte  deToulonsA  était  venu  à  Limoges  Taire 
pande  de  tout  l'éclat  d'une  cour  tasluciise,  escorté  de  hril- 
iMits  ciitTaliers,  accompi^né  de  $a  femme,  Almodis  de  la 
Varcbe,  a  la  plus  dissolue  de  l'époqne,  la  plus  insatiable 
ilam  »et  patâons,  bmjours  avide  de  plaisirs  et  dcnonveaui: 
taunts,  prenant  ua  époux  pour  quelque  temps,  lui  don- 
mal  qockpies  enfanta,  el  passant  ensuite  dttns  les  bras  d'un 
ratre  '.  » 

Le  comte  de  Poitiers  voulut  punir  Adémar  II  de  son  al- 
'^iDce  avee  le  comte  de  Toulouse.  11  envahît  le  Limousin, 
-ctDpaia  de  Limoges  et  brûla,  dil-on,  toutes  les  église^ 
pUrée*  ra  debors  des  murailles*;  selon  d'aulres,  on  n'eut 
t  ragretler  qtte  la  destruction  de  celle  de  Saint-Gérard >. 
'Moi  qu'il  en  soil,  sa  conduite  soule\'a  une  indignation 
.''nénUe.  Le  peuple  prit  les  armes  et  se  défendit  à  outrance. 
'  ;[natime-Tai!lefer,  comte  d'Angouléme,  si  fier,  si  redoulc 
'j.-  les  champs  de  bataille  par  son  courage  et  par  sa  force 
pbjnque.  prit  le  parti  du  vicomte  contre  le  comie  de  Poi- 
ùen*.  Il  s'enferma  avec  ses  troupes  ditnsUnlIe,  la  défendit,  - 


I.  ■  AlnMdii  mnllù  «icl!^s^m  dn]HinuEur  :  msutn  muliercuta  pnirilu  el 
iMotati,  tl  aua  »i  lougu  utu  tir  dinpliDuiOcl,  ttlÎM  tnigorel,  novus  im- 
■  uin»  ppMtei.  ■  (GuiU.  de  Ual'itfbarg.) 
1.  Ckrod.  mM.  je  LimiiKes. 

a.  Cetu  %liM  «vtit  «U  hUia  an  l'hoauenr  da  *uut  Géruid  d'Aurillac.  Un 
w  i|%"  le  HÏnt  venait  riiiter  [e;  relîqui-s  de  nainl  MattUi,  eanimK  il  pu- 
il  f»t«  du  Pny-drfrowes,  qnelquva  hcmuwi  libres  {rarkimburgt}  l'ayanl 
'  k,  il  «ppflla  >ar  etu  «i  vu  \VU  pMtiril^  it  molididjon  dirini.  Les 
■lu  An  Vttteou  repcnclieat  eqeore  t  ceui  de  Groeses  U  conduite  impie 
1  moUre«.  {Chron.  Gmtf.  Vaaiâi».,  e.  xix.] 

e  lu^,  dit  Geoffroi  deVigeoi»  {Chron.,  c.  XII),  qiieli|iie*  clie- 
•«rnnfiult  Ml  UricK  k  traverï  leur  bouclier  H  leur  (!uiriiii«.  On 
tnariDent  que  j«mtis  on  n'i  po  le  déagn;onDBr.  n 


5 


128  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

« 

ainsi  que  le  château  de  Saint-Martial,  contre  toute# 
attaques  de  l'ennemi.  Le  comte,  forcé  de  lever  le  fit 
alla   investir  le    château   d'Aix.  Guillaume-Tailleter 
Adémar  U,  avec  les  barons  du  pays,  l'y  poursuivireol 
repoussèrent  encore  les  Poitevins  qui,    en  se  retiil 
brûlaient  Jes  maisons  et  ravageaient  les  champs  ^        i 

Après  cette  guerre,  de  grands  troubles  eurent  eoi 
lieu  h  Limoges,  à  l'occasion  de  l'élection  d'un  évèque«  | 
remplacer  Oui  de  Larron,  mort  en  1086.  Le  peupi^ 
clergé  et  les  grands  étaient  loin  d'être  unanimea,  le  | 
le  plus  nombreux  voulait  nommer  Humbald  ;  mais  Rich 
archevêque  de  Bourges,  défendit  de  procéder  à  rélecl 
ordonna  au  clergé  de  n'y  prendre  aucune  part  et  aa  pM 
de  n'assister  à  aucune  réunion.  Le  vicomte  Adémar  | 
tous  ceux  qui  faisaient  avec  lui  cause  commune,  coi| 
l'abbé  de  Saint-Martial,  ceux  d'Uzerche,  de  TuUCp  de  i 
gnac  et  de  Vigeois,  obéirent  à  cette  ii^onction  et  se  roi 
rcnt.  Leurs  adversaires  se  portèrent  contre  eux  aux j 
grandes  violences,  pillèrent  leurs  maisons,  les  inceadîè 
et  tuèrent  ceux  qui  n'eurent  pas  le  temps  de  prend! 
fuite.  Humbald,  élu  évêque  par  cette  faction,  au  lieu  I 
tendre  que  son  élection  fût  confirmée  par  son  métroi 
tain,  fit  procéder  à  son  installation  par  des  honunes  ai 
qui,  durant  plusieurs  jours  maîtres  de  la  ville,  assassinij 
leurs  ennemis  dans  les  rues  et  sur  les  places  public 

Cependant  l'archevêque  de  Bourges,  pour  mettre! 
ces  sanglantes  discordes,  paraissait  disposé  &  se  laissai 
chir  par  les  partisans  nombreux  et  puissants  du  nq 
élu  :  les  moines  de  quelques  abbayes,  par  haine  cd 
ceux  de  Saint-Martial,  se  déclaraient  pour  lui.  Adéml 
cl  SCS  partisans,  d'accord  avec  les  abbés,  protestaient  ^ 

4 

1.  (.'(•r.icu  :  Recueil  en  fon^iHe  tPhigtoi»^.  J 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES,  129 

'^quement,  signalaient  tous  les  moyens  violents  dont  Hum- 
bïlil  avait  usé  pour  faire  prévaloir  son  ambition,  a  C'était, 
dUaieat  ils,  uiie  homme  d'une  vie  déshonorée,  sans  probité, 
sans  instmclioD,  d'une  réputation  perverse;  un  homme 
enfin  capable  de  tous  les  crimes'.  ■  L'abbé  de  Sainl-Mar- 
lial,  Adémar,  qoî  n'avait  pris  aucune  part  a  l'élection,  n'at- 
leodint  pliu  rien  de  l'archevêque  de  Bourges,  alla  se 
pbiiulre  aa  pape  Urbain  II,  et  en  obtint  l'annulation, 
comme  ayant  été  faite  contrairement  à  toutes  les  lois  cano- 
liqnes.  Fier  de  ce  triomphe,  il  revint  en  toute  hâle  à  Li- 
moiges,  où,  dans  une  procession  faite  en  aclioas  de  grâces, 
il  s'écria  devant  le  peuple,  en  montrant  la  bulle  du  pape  : 
t  Si  f  aiaîs  reconnu  Humbald,  vous  m'auriez  reconnu  cou- 
pable dn  jang  de  tous  ceux  de  nos  concitoyens  dont  les 
Doms  sont  inscrits  dans  celte  charte!  a  Mais  le  nouvel 
éréqae  s'était  aussi  rendu  à  Rome,  pour  faire  valoir  sa 
cuise,  expliquer  ce  qui  s'était  passé  et  obtenir  une  déci- 
4t»i  favorable,  araul  mCme  que  ses  ennemis  eussent  ex- 
posé leurs  plaintes.  Grand  fui  son  étonnemenl  en  voyant 
çi'il  avait  élé  devancé  par  l'abbé  de  Saint-Martial,  qui  lui 
dH  ironiquement:  »  Tu  viens  ici  secouer  la  poussière  qui 
en  tombée  sur  ta  chape  pendant  ton  élection.  >i  Cependant 
Hoiabald,  resté  à  Home  après  le  départ  de  son  ennemi,  à 
fi>n:e  de  sollicitations,  obtint  la  conGrmation  de  son  élec- 
tion, à  condition  qu'elle  serait  approuvée  par  l'abbé  de 
irtial.  Pour  échapper  à  cette  difficulté,  et  ne  pas 
nilier  devant  son  ennemi  et  son  riv:il,  car  celui-ci  aspi- 


,.  Pra  gua  cauu  ioaurruenint  adTenum  uan  illl,  qui  nobie  aatea 
Vnt  unici...  ialolerabiUa  toili  noliis  infemnl  :  laccDdiis  aainque  rspiDia 
M  q>a  Dintn  suot  deetruenlea...  niimbalduB  quasdam  sagilUrics,  diabalicA 
àtU  tmbuliM,  caarestim  vl  ciTÎtalmi  miiit,  qui  aavo  racriflcandi  ê<^D«rE. 
wrfoiihi»  '.•cciMTuin  plïteu  de  die  iu  clicm  repleut...  Ille  qui  clectus  est, 
MAi  «tu>  boneitale,  uulk  monim  pielAte,  nulla  lUlerarum  erudilioue  «11 
irfhrtw.  Md  oonUa  Tuiij  ecetsribua  et  crinïinibui  irretiliut  esae  opertîuime 
.  {Ap.  Si^ipl.  rtr.  Franc,  I.  XI],  p.  *26.) 


ISO  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

rait  à  la  mfime  dignité,  suivant  les  conseils  dei  ra| 
Elie  de  Oimel,  il  &t  altérer  les  lettres  du  pontill 
thieu  Vital,  habile  orfèvre  de  Limoges,  et  les  am 
à  Adémar,  qui  consentit  à  l'introduire  dans  la  oi^ 

Le  vicomte  Adémar  II  joua  le  principal  r61<|| 
troubles  occasionnés  par  cette  élection.  Peut-dtnj 
il  opposé  à  rinstallalion  d'Humbald,  s'il  n'avaitij 
s'attirer  encore  l'inimitié  du  duc  d'Aquitaine.  Q 
si  l'on  en  croit  les  chroniques  manuscrites  de  Ùj^ 
puissant  suzerain,  en  haine  de  son  vassal,  seraitï 
même  époque,  faire  encore  le  siège  de  la  ville,  eu 
le  feu  à  quelques  maisons  voisines  du  Châtean^d 
retranché  dans  cette  citadelle  avec  ses  meilleuid 
et  des  vivres  en  abondance,  résista  si  bien  que  lij 
fut  pas  emportée.  Harcelé  au  dehors  par  les  ba| 
vicomte,  le  duc  fut  contraint  de  se  retirer,  a|| 
éprouvé  de  grandes  pertes. 

Adémar  II,  occupé  toute  sa  vie  à  troubler 
s'humilier  devant  elle,  selon  ses  intérêts,  ne  vil 
des  désordres  occasionnés  par  Télection  d'Q 
mourut  en  1090,  assisté  à  ses  derniers  momeni 
sieurs  moines  qui  lui  avaient  imposé  le  rep 
restitutions.  Il  avait  épousé  Ilumberge,  fille  d 


i.  La  chronique  de  Vigeois,  que  nous  citons  souTeni,  nous  U 
renseignements  sur  son  auteur  :  elle  nous  apprend  que  son 
Breuil,  était  do  Ciormont,  près  d'Kxcideuil,  qu*il  était  parent 
de  Lastoun,  du  côté  de  sa  mère,  appelée  Luce,  fille  de  Bei 
d'nne  saur  des  seignours  do  Noaiilé,  parents  des  Lastours. 
il  fut  admis  à  l'éccîs  du  mouastère  de  Saint-Martial  de  Lime 
lorsque  furent  célébrées  les  funérailles  d'Ebles,  abbé  de  Tulle,^ 
«  N  étant,  ditril,  qu'enlant  et  à  Técole.  »  —  Il  prit  ensuite  1^ 
fession  fers  Tan  1160,  et  fut  ordouné  prétro  M»pt  ans  après, 
nommé  prieur  de  Vigoois.  Ce  fut  dans  cette  abbaye  qu'il  comi 
sa  chronique,  qui  est  appelée  quelquefois  Chronique  de 
parce  que,  ptat^étre.  elle  y  fut  terminée,  (ip.  Script  rer, 
p.  448,  et  t.  XII.) 


(T  as  u  ncoui^  de  limoges.  oi 

ViOmted'AiigoulémD,  de  laquelle  il  «it  troii  fils, 
^  Kni  el  Adénur,  cl  une  lille,'*iion]niâc  Marie,  mariée 
e  de  Vealadoar. 
■  Iti  derniers  temps  de  la  période  csrlovingieime , 
M  de  Limoges,  soil  par  suite  des  cooceasions  daa 
IteeUe  dynastie,  «oit  parce  qu'ils  surent  par 
idra  BU  loin  leur  autorité,  avaient  exercé 
EM>it*craine  sur  tout  le  Limousin.  Mais  h  la 
,  la  Ticomté  se  trouvait  démembrée  :  quel- 
I  ce  raste  territoire  formaient  les  lîefs  de 
1  ramilles  qui  se  regardaient  comme  îndi-   ' 
me  litre  que  leurs  anciens  suzerains.  Bntre 
iCorvéce  «1  de  1.1  Dordugne,  régnaient  les 
■iV^arenne,  une  des   branches   des  comtes  du  { 
l  Sfinurd,  l'un  d'eux,  fils  de  Robert,  lout-puissaat  I 
kf^oerie  de  Turenne,  l'avait  vu  ériger  en  vicomld  ^ 
^oulre-oier,  comme  prix  de  sa  fidélité  au  jeuiM  I 
kBIe  passa  ensuite  par  mariage  à  Archant- 
K'4fiCon)born,  qni  épousa  Sulpicie  de  Tnrcnne,   , 
r  âvail  été  mariée  h  RanulTe,  vicumtc  d'Aubiift-  J 
1  qoelques-ijtis,  Arcbombaud,  qui  réunissait  à  1>  J 
I  d«  Cbtuborn  celle  de  Vonladour,  serait  ùU  de  Ha^.  i 
',  OomlA  de  Ouerci,  et  n'aurait  réuni  les  trois  graudft  I 
a  ooBseut^meol  de  Guillaume  1",  duc  d'Aqi^  i 
t  looQlres  pourrait^al  bien  aussi  n'âlre  que 
teoU  de  quelque  famille  gallo-romaine  rjuî  se  ^tnùl^  i 
I  après  U  conquête  fraoque.  Quoi  qu'il  eu  soiti  J 
I  ibtil  si  anoienuc  que  les  plu»  illustres  dv  | 
t  priteodaient  en  descendre  ^. 

i  I",  de  Combom,  par  son  courage  el  pw  41. 1 


«a.  60.  —  Dul;  !  Uâbnr»  du  tomttt  du  PoOim. 
rn»iW<  vMwionun  facroun  MMii*  n1  iSMUwlHiU  od  cv  Ijm- 
L  >  (BiJ<iu>  :  /lui.  TaltL,  p.  U.] 


132  HISTOIRE  DBS  VIC01ITB8 

force  physiqoe,  commença  dans  rhistoire  féodate 
France  Tillustration  cft  sa  race.  Les  chroniqueSt 
traditions,  en  ont  fait  un  monstre  et  an  héros.  Ses 
l'appelaient  le  Boucher^  parce  que,  de  mftme  que 
coupe  les  viandes  avec  la  hachCi  de  mfime  Ai 
pourfendait  ses  ennemis  avec  le  glaive  sur  les 
bataille  '.  Richard-sans-Peur,  duc  de  Normandie,  ne 
de  lui  qu'avec  admiration  et  rechercha  son  alliance 
donnant  la  main  de  sa  sœur.  U  s*en  fit  ainsi  on  pi4| 
appui  contre  ses  ennemis,  surtout  contre  l'empereur  01 
de  Germanie.  La  chronique  de  Vigeois  dit  que,  galaÉ) 
tant  que  brave,  il  accepta  plusieurs  combats  singi 
contre  les  détracteurs  de  la  femme  d'Othon  IV,  ae| 
d'adultère  K  i 

Arcbambaud  ne  possédait  encore  que  les  seigneari( 
Combom  et  de  Ventadour,  quand  il  épousa  la  sœur  di 
de  Normandie;  et  après  la  mort  de  celle-ci,  il  avait  épi 
vers  946,  Sulpicia,  fille  de  Bernard,  vicomte  de  TurenÉ 
ne  devint  cependant  \icomte  de  Turenne  qu'après  lai 
d'Adémar,  son  beau-frère  ;  mais  ce  ne  fut  pas  sans  aij 
lutter  contre  un  puissant  compétiteur,  Ranulfe-Caba 
vicomte  de  Rochecbouart,  qai  prétendait  au  partage  I 
vicomte,  au  nom  de  sa  femme,  seconde  fille  de  Beii 
Habitué  à  ne  céder  qu'à  la  force,  Arcbambaud  en  «g 
aux  armes;  la  guerre  fut  sanglante.  Les  vicomtes  de  L) 
ges.  Oui  II  et  Adémar  II,  n'y  prirent  aucune  part,  nej 
lant  pas  contribuer  à  augmenter  la  fortune  des  deux } 
pétiteurs«  Ranulfe,  par  les  armes  ou  par  la  ruse,'s'ei4 

1.  «  ...  MaceUariuB  cognominatus  est,  quia,  ticut  caraifex  etrass-l 
in  marello,  «ic  iste  truncaluit  cane  hosie^  in  bello.  » 

2.  Quelque»  tuteurs  croient  qu'il  H'agit  de  Mario  d'Aragon,  flUe  ds 
che  11^  roi  de  Nararre;  mIod  d'autres,  d'Emma,  femme  du  roi  Loihdl 
ftit  accotée  d'avoir  empoiiooiié  son  mari.  (Chron,  Gauf,  Vaikw;U  ¥1 
Lttbbeum,)  >'J 


ET  DE  LA  VICUMTE  DE  LIMOGES.  13J 

clilleaa  de  Turenoe.  Archambuud  vint  aussitôt  l'y  assié- 
m  jour,  armé  d'une  hache,  il  brisait  une  des  portes 
iidmt  SOI»  ses  coups,  s'oiArit  devant  lui.  Mais  au  mo- 
ol  Q  8*7  précipitait,  une  de  ses  jambt-s  se  Irouvaut 
fê  cotre  les  deux  battants  que  poussaient  avec  vio- 
ceux  de  l'iatérieur,  il  reçut  une  blessure  dont  il  ne 
nuis  guérir,  ce  qui  le  fit  surnoiumer  Jatnbe-Pourrie 
I  fulrida).  U  n'en  resta  pas  moins  maître  de  la  place, 
avoir  fait  massacrer  ceux  qui  la  défendaient.  Son 
!litcur,  renonçant  û  ses  prétentions,  se  réconcilia  avec 
et  l'aida  à  assiéger  le  château  de  Monceaux,  dépen- 
de l'abbaye  de  Tulle,  qui  le  tenait  du  vicomte  Adémar 
cheUes,  et  le  donnait  ordinairement  à  un  abbé  laïque, 
prix  de  la  protection  que  celui-ci  lui  accordait.  Ar- 
prétendit  y  avoir  des  droits,  comme  héritier  du 
nier  vicomte  du  fias-Limousin.  Il  s'en  empara  par  la 
t,  et  le  céda  à  son  frère,  Ebles,  vicomte  de  Ventadour, 
K  laissa  pas  de  postérité,  de  sorte  que  les  trois  grands 
M  trouvèrent  réunis.  On  croit  qu'il  mourut  vers  993, 
I  avoir  fondé  sur  ses  terres,  entre  la  Vezërc  et  la  Dor- 
le,  l'abbaye  de  Meymac,  de  l'ordre  de  Saint-Benoit, 
,  doooB  ensuite  à  l'abbaye  d'Uzerche,  où  il  eut  une 
iet  privilège  dont  jouissaient  aussi  les  seigneurs  de  Ma- 
da,  de  Sainl-Viance,  de  Blauchefort,  de  Bré,  et  plu- 
n  autres  familles  illustres  '.  De  son  second  mariage  lui 
tôt  nés  deux  fils,  Archambaud,  marié  U  Jourdaine,  fille 
loiOD  H,  comte  de  la  Marche,  et  Ebles,  qui  eut  pour 
Uge  la  vicomte  deVentadour. 

Dcuoe  famille  féodale  n'eut  plus  de  célébrité  que  celle 
Comboru;  aucun  guerrier  de  cette  époque  n'eut  une 
I  grande  réputation  de  courage  qu'Arcbambaud  i",  la 

Mltullou  :  Annales  ;  D.  Marleiin«, 


134  HiëTOIRE  DES  VIGOMtES 

plQs  Traie  penonniflcalion  des  races  guenriëres  en  ma; 

àge«  Pour  faire  oublier  ses  asurpalions  et  la  tioleiiee  dai 

oaractèref  Comme  aussi  ptur  f  aimer  ses  remordSi  11  fli 

grandes  libéralités  aux  monastères  du  pays*.  En  préA 

de  ses  deux  fils,  il  avait  déjà  donné  à  l'abbaye  d'Uid 

L'église  de  Sainte-Marie  et  deux  manses,  Tone  titu) 

Cousage,  l'autre  au  village  des  Bordes  ^  à  conditioii: 

les  moines  célébreraient,  chaque  semaine,  une  messe  | 

lui  et  pour  les  siens,  et  qu'ils  entretiendraient  à  leurs  i 

un  pauvre  admis  à  vivre  dans  leur  cloître.  Comme  i 

regardait  comme  seul  suzerain  de  l'abbayOi  il  voulut 

les  religieux  ne  pussent  jamais  ôtre  excommuniés  que  i 

un  synode  diocésain,  et  que  l'abbé  tint  un  rang  é§ 

celui  de  Saint-Martial  de  Limoges.  L'abbaye  de  Tallej 

Ire  autres  concessions,  reçut  encore  de  lui  et  de  sa  fèl 

deux  manses,  prôs  d'AIize,  dans  la  vicairie  de  Naves  K 

Le  château  de  Gombom,  si  célèbre  dans  notre  hM 

féodale  par  la  puissance,  par  la  valeur  de  ses  maîtres  el 

leurs  crimes,  était  situé  dans  la  commune  d'Orgnac, 

un  rocher,  au  pied  duquel  coule  la  Vezère.  On  n'y  voit; 

aujourd'hui  que  des  ruines  sous  lesquelles  régnent  de  vl 

souterrains,  où  le  voyageur  craindrait  de  s'aventure! 

quelques  pans  de  murs,  dont  la  solidité  résiste  depuiî 

siècles  aux  hommes  et  au  temps.  Si  ce  n'était  le  bml 

la  Vezère  qui  mugit  et  se  brise  contre  des  massel 

granit,  un  silence  de  mort  assombrirait  cette  solitudî 

ruines  et  de  deuil.  Au  milieu  de  ces  pierres  tombées! 

1 

1.  Ctrtul.  d'Uierchc.  | 

2.  JuKlel  :  //(W.  dei  vicomtefde  Turcnnc,  —  Haluie  :  Hiitt,  Tuiel,  îA 
de  NftTC]!  cBt  romarquahle  par  du  inagiilllques  sculptun»  dues  aux  i 
Duhamel  de  Tulle.  G^i  eoiemble  de  ityinbolcs  reliiricux,  ces  eiselurea  I 
rablcmcnt  fouillées,  ces  «laiucs  pleines  de  vie,  ci  le  maguilique  cadl 
maltre-autel,  font  le  plus  grand  honneur  au  talent  des  deui  artiatai 
vÎTaifint  vers  la  fin  du  xvii*  siècle. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMIUiKS.  1J5 

TOAtestlQ  manoir,  le  laboureur  indique  U  place  d'an  puits 
Iirofirad,  dans  lequel  les  vicomtes  de  Comborn  préclpi- 
laient,  dil-00,  leurs  ennemis,  surpris  dans  les  euvirons, 
uu  TÙncas  daus  les  batailles.  Il  fut  une  époque  où  tant  de 
hlioes  s'ileTaiCDt  contre  la  noblesse,  qu'on  inventa  contre 
ellelo  plus  injustes  accusations.  Sans  doute  elle  eut  ses 
crnun,  mais  elle  ent  aussi  ses  vertus. 

A  Arcbambaud  1",  dit  Jambe-Pourrie,  succéda  sou  fils 
tloé,  Arcbamband  H,  qui  ne  tarda  pas  à  laisser  en  mourant 
»D  hcbe  béritâge  k  son  frère  Ëbles  1",  déjà  eu  possessioa 
le  b  Tîcomté  de  Ventadour.  Ebles  eut  l^iumeur  guerrière 
cl  iTentureuse  de  sa  rare.  Le  jeune  vicomte  prit  part  à  tous 
les  éTinemcQts  de  son  temps,  défendit  et  dépouilla  tour  à 
tout  les  abbayes  du  Limousin  :  pour  avoir  réprimé  une  se- 
dî&)D  des  moines  d'Uzerche  contre  leur  abbé,  il  obtint 
lie  celoi-ci,  k  titre  de  récompense,  tous  les  droits  qu'avait 
l'ahbaje  snr  le  village  de  Bar.  II  soutint  aussi  une  lutte 
lebaroée  contre  Gaubert,  un  des  seigneurs  de  Maicmort, 
lamilie  déjà  puissante,  qui  prétendait  ne  devoir  au  roi  que 
l'hommage,  et  no»  l'ott.  ne  chevauchée  de  droit  '.  Les  deux 
pirtis  eurent  de  nombreux  allii^s  parmi  les  barons  de  la 
coolrëc,  car  la  baine  se  perpétuait  à  cette  époque  daus  les 
rangs  de  la  féodalité,  comme  autrefois  dans  les  tribus 
^rmaniques.  Witard,  seigneur  de  la  Rocbc-Cauilbac,  fils 
d'Adémar,  marié  U  Farelda,  fille  de  llanulfe-Cabridel,  vi- 
comte d'Aubusson,  défit  les  troupes  d'EbIcs  dans  les  envi- 
i  de  Tulle  *.   Le  vaincu,  dnngemusement  blessé,   fut 

né  par  les  siens  qui  le  transportèrent  en  toute  bAte  dans 
f  monastère  de  Saint-Martin  de  Tulle,  oîi  les  moines  lui 

Bn&rent  des  soins  qui  rétablirent  sa  santé.  En  reconnais- 

ice  de  celte  hospitalité,  il  leur  céda  plusieurs  terres  dans 


i 


136  HISTOIRE  DES  MCOMTES 

le  Bas-limousin  et  dans  les  environs  de  Creissac  en  Qœn 
Après  d'autres  combats,  où  la  victoire  resta  indécisCi  Ga 
bert  de  Malemort  fût  fait  prisonnier.  Ebles  le  retint  étn 
tement  dans  un  de  ses  châteaux,  nommé  Mdurensis^  et 
disposait  à  l'y  faire  périr,  lorsque  les  hommes  de  la  ta 
de  Malemort  attaquèrent  la  forteresse,  y  mirent  le  feu, 
la  détruisirent  de  fond  en  comble,  après  avoir  délivré  le 
maître,  qifi  prit  le  bâton  de  pèlerin  et  alla  mourir  sur  1 
routes  de  Jérusalem,  où  le  suivirent  bientôt  Guillaim 
Taillefer  n,  comte  d'Angoulème,  Isambert,  évèque  de  Pi 
tiers,  Jourdain,  évoque  de  Limoges,  et  Foulques,  coB 
d'Anjou.  Le  peuple,  touché  de  ses  malheurs  et  admiraU 
de  ses  vertus,  l'honora  longtemps  comme  un  sainte 

Le  château  de  Malemort  était,  dès  cette  époque,  un  i 
plus  forts  de  la  contrée.  Situé,  près  de  Brive,  à  l'extrémi 
d'une  colline,  qui  domine  la  vallée  arrosée  par  la  Corrè] 
on  n'y  arrivait  que  par  un  chemin  tortueux,  longeant  pi 
sieurs  enceintes  de  murailles  crénelées,  qui  défendais 
rapproche  d'un  donjon,  haut  de  plusieurs  étages,  dont  I 
voûtes  écroulées  couvrent  encore,  comme  d'une  seule  pièc 
le  sommet  de  la  colline.  L'historien  qui  étudierait  ces  niiq 
gigantesques  y  reconnaîtrait  la  forme  des  châteaux  du  qà 
trième  siècle,  si  bien  décrits  par  Sidoine  Apollinaire  *.  Gel 
position,  avec  ses  ruines,  est  sans  contredit  une  des  pi 
curieuses  du  Limousin. 

La  guerre  entre  Eblcs,  vicomte  deTurenne,  etGauberti 
Malemort,  à  laquelle  prirent  part,  selon  leurs  intérêts,  toi 
les  grands  vassaux  du  Limousin,  ne  fut  pas  la  seule  dont, 
peuple  avait  eu  à  souffrir.  De  graves  inimitiés,  nées  de  l'i 


1.  ChroH,  Adem.  Caba/ums. 

S.  ...  Amhivt  ftltis 

Murnibu»  el  cclu^  transmit teut  aéra  torrcs. 

{Carm,  ZXH.) 


i 


bl  DE  LA   VIcn.MTE  DE  LIMOGES.  137 

,i-n  goi  armait  les  vassaux  de  la  vicomtâ  de  Limoges  les 
.-  cofltre  les  autres,  poussèrent  aussi  Gui  de  Lastours, 
Ttiomné  Téle-\mre,  partisan  des  aventures  périlleubes,  à 
.::^(ier  le  seigneur  d'Authefort,  qui  pouvait  menacer  les 
eUrtaMs  limites  de  ses  possessions  (lu  c6lé  du  Péngord. 
AiMmar  n,  de  Limoges,  avait  pris  dans  cette  querelle  le 
pirti  d'Authefort,  purce  qu'il  craignait  d'avoir  plus  tard  à 
conpteraTec  ceux  de  Laslonrs.  Les  deux  alliés  ne  lîrent 
d^bord  qo'iioe  guerre  d'embûthes,  se  cachant  dans  les 
Mis,  d'ob  ils  ne  sortaient  que  pour  surprendre  leur 
nemi,  pour  ravager  les  terres  et  pilier  les  cliauroiëres. 
Oui  de  Lastours  devenant  tous  les  jours  plus  audacieux, 
klicofflte  de  Limoges,  pour  se  prcmunir  contre  lui,  laissa 
quhpie  temps  sou  aJUé  livré  à  lui-même,  et  mît  tous  ses 
uiiu  à  fortifier  son  cbàteau  de  Ségur,  b&li  par  ses  ancttres 
nroD  rocher  escarpé,  protégé  par  un  cours  d'eau  et  par 
oae  ceinture  de  hautes  collines.  Cette  position  militaire, 
célèbre  dès  le  huitième  siècle,  avait  vu  se  grouper  peu  & 
pcatolonr  de  son  enceinte  plusieurs  petits  vassaux  accou- 
nt  pour  se  mettre  à  l'abri  sous  ces  fortes  murailles.  Ce  fut 
forigiae  de  la  petite  ville  de  Ségur,  fameuse  dans  la  suite 
camme  siège  d'une  coui  de  justice  et  comme  séjour  préféré 
tloat  autre  par  l'illustre  maison  de  Bretagne. 
Ce  n'était  pas  la  seule  place  de  guerre  des  vicomtes  de 
-ûngcs.  Dans  la  plaine,  du  cûté  d'Excideuil,  d'autres  chà- 
luz  forts  d'assiette  formaient  autant  de  postes  avancés 
l'-'jnt  la  défense  était  confiée  à  quelques  membres  de  la 
urfme  famille,  et  dont  le  plus  important  fut  longtemps  ce- 
loi  de  Ch&lus,  qui  commandait  une  vaste  étendue  de  pays 
cootre  les  comtes  de  Périgord.  Pour  se  prémunir  aussi 
cofltre  les  habitants  de  Limoges  qui,  souvent  excités  par 
de  Sai ut-Martial,  venaient  ravager  leurs  terres,  les 
Iles  avaient  aussi  fait  construire  le  château  de  Bré, 


â 


18S  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

point  intermédiaire  entre  ceux  de  Labersao  et  de  Coal 
Bonneval  qa'il  surveillait,  puissante  citadelle  placée  tî 
sommet  d'une  colline,  défendue  par  plusieurs  bastioi^ 
forme  carrée,  qu'entouraient  d'épaisses  murailles  gm 
de  créneaux  et  réunies  entre  elles  par  des  saillies  e| 
barbecanes  ^  L'ensemble  formait  diverses  enceintes  :  1 
celle  du  milieu  était  le  donjon,  dont  on  ne  pouvait  a| 
cher  qu'en  passant  sous  deux  tours,  ou  en  s'engageant  i 
de  vastes  souterrains  pratiqués  sous  la  place.  Du  bal 
ces  remparts,  on  pouvait  surveiller  d'autres  postes  fori 
situés  dans  les  alentours,  comme  celui  de  fifasseré,  i 
sur  un  point  culminant,  d'où  la  vue  s'étendait  jusque 
virons  de  Turenne,  d'Issandon,  et  jusqu'airx  cimes  aéril 
du  Cantal  et  du  Puy-de-Dôme  K  Toutes  ces  positions 
tégiques  de  la  vicomte  de  Limoges,  dans  cette  parti 
Bas-Limousin,  formaient  comme  un  cercle  dont  le  o 
élait  la  forteresse  de  Ségur,  où  s'étaient  arrêtées  les  bi 
des  Normands. 

Malgré  tous  ces  moyens  d'attaque  ou  de  défense,  Q 
Lastours,  soutenu  par  Elie,  comte  de  Périgord,  et  par  1 
vicomte  de  Turenne  et  de  Combom,  enleva  au  vicom 
Limoges  le  château  de  Bré,  et  pour  braver  son  ennen 
construire,  sur  une  colline,  presque  en  face  de  Séga 
château,  plus  tard  Pompadour,  quand  des  constmc 
plus  grandioses  et  plus  élégantes  eurent  couronné  II 
de  cette  colline,  d'où  l'œil  embrasse  un  lointain  hoil 

1.  Lo  cUàteau  de  DM  fut  eu  {)&rtio  détruit  venu  1242.  On  y  remai^ 
core  quelques  vcsliges  d'une  tour  ttituéo  dauB  la  partie  nord,  la  hêm 
autre  (iLicée  au  reulrc,  nt  une  troisième  en  partie  ooDRerréo,  to  al 
{Arch.  de  la  vicomte  tic  Limogeif,  à  Pau,  série  K,  n»  607.) 

2.  Le  rhÀtoau  de  Masscré  i^iX  placé  5ur  une  rolliuo  haute  de  400  ml 

3.  Ce  W&tX  que  dans  la  Mronde  moitié  du  xii°  siècle  que  Pompait 
ralt  avoir  été  une  iK^ifcneurie  distincte  de  celle  de  Lastours.  On  eroit 
premier  qui  prit  ce  nom  fut  GeofTroi  Hélic,  d'origine  milanaise, 
Fnnce,  après  la  croisade,  par  Louis  Vil  qui,  pour  récompenser 


1 


ET  DE  tA  VICt)MTft  DE  UMOGES.  [3B 

ia  forte  assiette  de  cette  forteresse,  il  s'avança 
«tr  lec  limites  de  ia  Ticomté  qui  louchaient  au  Périgord,  y 
brtb  te  ch^au  de  Jardana,  pour  se  venger  du  seigneur, 
im  Booemi,  qui,  par  dérision,  le  comparait  à  un  ouvrier  : 
«  Bmi  naàlem  fabri  eaehinando  vocaverat,  i  prenant  à  la 
tellrf  M  que  rapportaient  les  chroniques  de  Fulcbérius,  le 
owigeax  et  babiic  adversaire  des  Normands,  qui  avait 
Ul  deSégnr  la  principale  place  forte  du  pays.  D'Autbefort, 
d'iecord  arec  le  vicomte  de  Limoges,  mit  lin  îi  cette  guerre 
(D  Tenant  avec  toutes  ses  forces  attaquer  le  cbàleau  de  Pom- 
padour.  Il  trouva  les  hommes  d'armes  de  Gui  campés,  à 
quelque  distance  de  la  place,  près  d'une  ancienne  chapelle, 
Hait  au  milieu  d'une  vaste  forêt,  les  attaqua  à  l'impro- 
nste.  resta  mallre  du  champ  de  bataille,  el  détruisit  la 
ohajwlte,  pendant  que  son  ennemi  opérait  sa  retraite  en 
boa  ordre  >. 

Im  ieta  partis,  cédant  aux  supplications  du  clergé  et 
k  b  crainte  de  l'excommunication,  suspendirent  quelque 
les  hostilités.  Quelques-uns  de  leurs  adhérents,  en 
de  repentir,  firent  aux  églises  et  auj  abbayes  d'impor- 
donatioDs,  D'autres  partirent  pour  la  Tcrrc-Saintc. 
lies,  vicomte  de  Turenne  et  de  Comborn,  demeura  dans 
famille,  oii  éclatërcul  bientôt  de  sanglantes  discordes, 
il  fui  la  première  cause  par  la  violence  de  ses  pas- 
Dégoûté  de  sa  première  femme,  Béatrix,  îlUe  du  duc 

il  (TâLofd  donné  le  tilro  àe  m\\jaeav  de  Sé(cur  et  lai  aurait  fait  épau- 
la m»  femme  da  1b  ramille  tle  Instaure,  qui  lui  aanil  apporté  en  dot  une 

■  itt  terra  (>(ué«i  à  Arnu.  GeotTroi  Hélie  lurul  alors  fait  coDetruire 
de  la  petite  «itadolto,  élevée  par  Gui  do  Laitourg,  le  chi- 

t  Pnmpadaur  du  miil  îtalieD  Fompadora,  k  cauto  de  l'importance 

udion.  Quoi  qu'il  ta  loit,  c'est  bien  avec  GeoITroi  Uélie  que 

n  1 113.  Il  génàiloeic  des  wigueura  de  Pompadour,  tous  por- 

n  d'HAlie.  (£e  P.  Aiuebat.)  Le  cbtUau  de  la  Rivière,  dont  ou  volt 

■  In  belle*  niiaea,  fttt  de  Pampadour,  Tut  bUi  par  lei  i«goeanda 

.  CAron.  Gmf,  Votiaiâ,  ^^Ê 


140  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

de  Normandie,  il  Tayait  répudiée  pour  épouser  Péronelki 
d'uae  obscure  condition,  et  pour  que  l'Eglise  lui  pardoaii 
cette  union  et  la  légitimât,  il  avait  donné  aux  moines  i 
Tulle  neuf  borderies,  situées  à  Malaval  {MalavaUis  *)|  iWj 
les  hommes  libres  ou  serfs  qui  s*^  trouvaient,  aasodaii 
cet  acte  d'une  fausse  générosité,  Péronelle,  sa  secoBi 
femme,  et  les  enfants  nés  de  la  première  K  De  son  seooa 
mariage  naquirent  Ebles  et  Robert,  que  quelques  au4 
listes  assurent  être  nés  de  Péronelle  avant  la  répudiathi 
de  Béatrix.  Robert,  le  plus  jeune,  fût  l'objet  des  prédl 
lectioDs  de  son  père,  à  tel  point  que  cette  préférenl 
excita  la  jalousie  d'Archambaud,  qui,  outre  l'indignitiâ 
vivement  ressentie  de  l'injure  faite  à  sa  mère,  craigni 
que  le  fils  de  l'étrangère  n'eût  la  meilleure  part  de  lliéf 
tage  paternel;  aussi  avait-il  quitté  en  pleurant  le  château  i 
Gomborn  pour  aller  retrouver  sa  mère  délaissée.  L'unis 
était  impossible  entre  les  enfants  des  deux  lits,  les  altèi 
cations  continuelles.  Vainement  le  père  chercha-t-il  à  h 
réconcilier,  en  les  associant  avec  sa  dernière  femme  à  m 
donation  en  faveur  de  l'église  de  Belmont  (4030);  il  1 
put  éviter  que  sa  maison  ne  fût  souillée  par  un  grau 
crime.  Un  jour,  Archambaud,  irrité  contre  Robert,  l'ai 
sassina  de  sa  propre  main.  Le  père  chassa  de  sa  maison  I 
fratricide  qui,  pendant  quelque  temps,  erra  de  manà 
en  manoir.  Le  plaisir  de  la  vengeance  satisfaite  rappn 
cha  enfln  le  père  et  le  ûls.  Le  jeune  Archambaud,  pajj 
tageant  toutes  les  haines  de  sa  famille  contre  ceux  q( 
en  avaient  été  les  ennemis,  tua,  dans  une  embuscadi 
Vi^itard  de  la  Roche-Canilhac  qui,  quelques  années  aupait 
vaut,  avait  fait  au  vicomte  de  Turenne  une  blessure  incd 

rable.  Ebles,  appréciant  le  dévouement  de  son  ûls,  se  mol 

j 

i.  MalaTal  était  situé  dans  la  Tiguerio  de  Chamboulive. 

8.  Juftel  :  Hùt.  des  vicomtes  de  rureiuie,  prtuvet,  p.  S7.  t 


ET  DE  LA  VICOMTK  DE  LIMOGES.  Hl 

tra  alors  disposé  ft  pardonoer.  Une  entrevue  eut  lien,  par  les 
soins  de  quelques  amis,  dans  les  environs  de  Tulle,  et  le 
fralricide  reçut  son  pardon  à  l'endruil  mËme  où  il  avait 
Tcngé  son  père. 

Arcfuuubaud  U,  qui  succéda  k  son  père  dans  la  Tîcomté  de 
Combom,  tandis  que  celle  de  Turenne  restait  à  Guillaume, 
sooMre,  épousa  Rotberge  de  Rocbecbouart,  proche  pa- 
rente d'Adécoar  II  de  Limoges.  Ambitieux  connue  les  autres 
d'accroître  sa  fortune,  il  fil  souvent  la  guerre  à  ses  voisins 
pour  s'enrichir  de  lenrs  dépouilles,  et  ne  respecta  pas  mieux 
la  abbayes.  Celle  de  Vigeois,  dont  l'église  venait  d'être  con- 
acrie  par  l'évéque  de  Limoges  (1048),  fut  envabie  à  main 
■iiBée,  tes  moines  mis  en  fuite,  et  les  serfs  massacrés  sur 
mw  partie  de  ses  terres.  Pour  faire  croire  au  clergé  qu'il 
n'anitplta  à  redouter  de  telles  violences,  et  pour  se  faire 
podonner  ses  usurpations,  il  distribua  aux  autres  maisons 
relieuses  du  pa_vs  une  partie  de  ce  qu'il  avait  enlevé  fk 
Vigeois',  celle  d'Uzercbe  en  eut  une  large  part.  Blessé  mor- 
tcUemeot  d'un  coup  d'épée,  après  une  vie  pleine  d'aven- 
tares,  de  périb  et  de  sacrilèges,  il  demanda  &  être  enterré 
dans  l'abbaye  de  Tulle;  et,  le  jour  de  ses  funérailles,  Rot- 
berge, sa  veuve,  qui  .ivail  vainement  tenté  de  modérer  son 
u&biiioD,  SI  en  son  nom  de  nombreuses  aum&nes  ■  (1050). 
Sa  mort  ne  rendit  pas  la  paix  au  Limousin  :  peu  de  temps 
iprfcs,  Gui  de  Lastours  recommença  la  guerre  contre  Adé- 
marD,  qui  eut  pour  allié  Gaucelrae  de  Pierre -Buffi ère.  Le 
ticomte  de  Limoges,  ne  pouvaul  résister  h  son  ennemi,  et 
•«TaDt  presque  toutes  ses  terres  ravagées,  fut  réduit  h  de- 
mander la  paix.  Le  vainqueur,  après  cette  réconciliation, 

!.  Arrhiunbaud  II  loiist  pour  lui  nuccidcr  Arcliambauil  III,  qui  fut  vicomtt 
■K  Cumhoro,  EUei,  «icomie  do  Vcnudour.  Hue  fille  aonamée  Cnia  fut  ma- 
i"^  À  Bigsod  de  CatliuiuiiÈre.  Ëblcs  fut  U  ligci  tles  vicumteB  de  Vdiiladaur. 
^  te  MoUiua  jutqu'sa  nuriage  d^  BlRuoba,  Dlle  de  Chul«s  de  Veutwloar, 
ntc  Uu»  de  U.ri.  comte  de  h  Vwlle  (1460). 


142  HISTOIRE  DB8  VICOUIIS 

panit  plasieo»  fois  à  la  cour  de  Limoges,  dont  il  atmiîtl 
fêtes  ;  il  y  mourut  le- 1**  des  calendes  d'aoftt  lOAfi»  des  sri| 
d'une  ancienne  blessure,  laissant  de  grandi  biens  à  sa 
mille,  et  à  son  pays  une  mémoire  illustrée  par  son 
Engalcia,  sa  veuve,  après  avoir  signé  une  charte  par 
quelle  elle  donnait  à  Tabbaye  dUserche  l'église  de 
qu'elle  avait  eue  en  dot  de  son  père,  le  seigneur  de 
mort,  et  que  tenait  en  fief  un  nommé  Archamband, 
Robert  ^ ,  renonça  au  monde  pour  passer  le  reste  de 
jours  dans  le  monastère  d'Amac,  que  ses  pieuses 
ses  libéralités  avaient  aidé  à  construire.  Elle  y  fut  in] 
en  dehors  de  la  porte  conduisant  du  cloître  à  l'église, 
sissant  cet  emplacement,  persuadée  que  les  fidèles, 
rendaient  aux  offices,  prieraient  pour  elle  en  passant 
de  sa  tombe.  Aiyourd'hui,  le  cloître  et  la  tombe  ont 
paru;  mais  pour  qui  connaît  Thistoire  du  pays,  il  est  im] 
sible  de  ne  pas  y  évoquer  les  souvenirs  du  passé,  les 
tiens  de  la  gloire  chevaleresque  et  des  pieuses  vertus, 
on  entre  dans  celte  vieille  église  isolée,  comme  une 
qui  pleure  un  époux  et  des  enfants  bien-aimés.  j 

La  piété  et  les  bonnes  œuvres  de  la  chÂtelaine  de  I4 
tours  nous  apparaissent  comme  d'autant  plus  louahli 
qu'elles  avaient  alors  peu  d'imitateurs  dans  les  rangaJ 
la  féodalité,  toujours  disposée  à  s'enrichir  des  dépouifl 
des  abbayes.  A  la  même  époque,  celle  de  Vigcois  si 

m 

subit  d'odieuses  dévastations  de  la  part  de  plusieurs 
gneurs  de  la  contrée,  qui  lui  imposèrent  quelque  tel 
des  abbés  laïques  ^  Après  avoir  vu  enlever  les  riches  01 
ments  de  leur  église,  et  le  trésor  rempli  des  aum^ 

t.  Gui,  Gérard  et  Goufller  de  Lutoure,  fili  de  la  donatrice,  ugnèrent 
à  oeUa  ebartc,  ea  présence  d'Archambaud  111  de  Gombom.  [CartuL  et 
Ueut  eh.  znr«.) 

a.  Ckron.  Gêuf»  Votimt».  :  GûU.  CkrisL^  U  S;  Iwttrmn,  eeciêê.  Ui^ 
tneens,  I 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  m 

(in  peuple,  les  religieux  eurent  encore  la  douleur  d'être 
lémoins  de  Ilaceodie  qui  dévora  presque  tous  leurs  b&ti- 
mecU.  les  registres  oil  étaient  écrits  leurs  pmiléges,  et 
les  licrei  les  plus  précieux,  à  la  décoration  desquels  avaient 
IraTjuUê  d'intelligents  artistes.  L'incendje  n'était  pas  éteint 
qoe  les  envahisseurs  les  poursuivaient  comme  des  bSles 
rame»,  rayageaient  leurs  flefs  dont  les  malheureux  serfs 
Iujiient  ét>OQvantés.  Les  religieux  acceptèrent  ces  épreu- 
cts  comme  un  chAtimeat  du  Ciel  infligé  à  leurs  propres 
boles,  car  depuis  quelque  temps,  l'crdre  et  la  discipline 
l'ttisUîcDt  plus  dans  leurs  cloîtres  ;  ils  se  repentirent 
(t  s'iiamilièreot  devant  Aymar,  abbé  de  Saint-Martial  de 
LicDoges,  qui  leur  donna  pour  abbé  le  pieux  Gérard  de 
lAlnde,  à  qui  Us  durent  de  retrouver  leur  ancienne  pros- 
p'Kti  pjr  une  sévère  réforme  '.  Bernard  de  Bré,  de  la 
:;.(lle  de  Lastours,  pour  réparer  tant  de  désastres,  et  en 
.vutioo  lie  ses  fautes,  leur  donna  plusieurs  terres  de  sa 
eij^aeiirie.  Gui  Q  de  Lastours,  avec  (iérard  etGouffier,  ses 
'ifiii  frères,  encore  en  bas  flge  à  l.\  mort  de  leur  mère, 
<ic:nèrenl  à  une  charte  par  laquelle  ils  s'engageaient  à 
iiécut«r  toutes  les  donations  antérieures  ^  (1073-tO7G). 
irchambaud  IIl  de  Combom  qui,  comme  d'autres  grands 
avait  aussi  envahi  les  biens  de  l'Église,  manifesta 
B  soo  repentir  par  de  pieuses  offrandes;  voulant  faire 

Selon  d'tutns,  l'agtetii  de  celte  nirorim'ijQful  HuguHd  etooii  Aymar. 
~  itr^ivi,  eu  effet,  u'aTuil  pu  bu  niïialeutr  la  ilindpline  duiB  ai  propre 
'  'li.  [art  de  virtfier  let  dalti.  Ex  dwon.  S,  Mariialù  Lanauû:.,  op. 

L  Ua«i  de  VigBois  nom  établit  AÎBii  U  géoéilD^s  de  la  famille  de  Lu- 

•m.  ipt^  Gui  1"  et  EdbiIcmi  Qui  il,  infaunié  i  Arnic,  père  de  Gui  IIl, 

fr  Cktii  et  de  CoBflier.  Gui  IIJ,  morl  k  JâraMlemi  mu  OU  OlUrîer.  luâ 

frtffAfCd  et  eaterré  à  Amac.  Gui  IV,  qui  épousa  Mallùlde,  mère  de  Boion. 

.    emli  de  Tureone.  De  ce  mariage,  Gui  V  et  Goumer.  Gui  V  épouia  EliM- 

''*'    ~'t  lie  Gui  Flameoe,  etOUivier,  Ban  Trèro,  Alpaide,  tille  de  Gnucelms 

tt.  De  c«tle  dernière  naquirent  Gui,  éréque  do  Pérj|;ueui  to 

K«t  Bodotte  qui  Tut  moiae.  Séguin  da  Lutoun,  époui  de  BruuiBsende, 


i 


144  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

oublier  qu'an  joar,  irrité  contre  les  moines  de  l'abbtje 
Talle,  il  en  avait  fait  massacrer  douze  dans  l'iAénear  mil 
du  clottre,  il  donna  h  l'abbé  la  chapelle  de  SaintpGM 
[Gmieita  in  vicaria  Cambolivmris)  (i07i)  K  II  obtint  ansÉ 
Oni,  évoque  de  Limoges,  comme  expiation  de  ses  fantflii- 
fonder  le  monastère  de  Meymac,  de  l'ordre  de  Saint-BeoN 
à  condition  qu'il  ne  relèverait  que  de  lui-même  et  qu'Ui 
rait  exempt  de  tous  droits  seigneuriaux  (1060)  K  Ce  monl 
tère,  soumis  à  l'abbaye  d'Uzerche,  restitua  à  celle-ci  l'éf^ 
d'Objati  donnée  autrefois  en  fief  à  la  famille  de  Combe 
Archambaud  m  consentit  quelque  temps  après  à  cette  il 
titutiouy  en  présence  de  Rotberge,  sa  mère,  d'Emengard6|| 
femme,  de  Bernard,  son  frère,  et  de  plusieurs  de  ses  vassi 
tels  que  Gauthier  de  Hirabel  et  Gérard  de  Seilhac  (101 
L'évêque  de  Limoges,  se  défiant  de  la  bonne  foi  du  font 
teur  de  Meymac,  ne  voulut  faire  la  dédicace  de  la  nouil 
église  qu'après  cette  concession  ;  il  exigea  de  plus  quel 
religieux  eussent  le  libre  choix  de  leur  abbé,  mais  à  ta 
ditîon  que  celui-ci  aurait  fait  profession  dans  l'abU 
d'Uzercbe,  ou  qu'il  y  viendrait  accomplir  cette  cérémd 
avant  de  prendre  possession  de  sa  dignité  '.  ) 

La  mort  d'Archambaud  UI  de  Comborn  fut  roccasioiil 
sanglantes  discordes  dans  la  famille.  Ce  grand  seigfll 
avait  laissé  la  tutelle  d'Eblcs  II,  son  fils,  à  Bernard,  ^ 

fille  d'Ajrmeri  d'Aixe,  fnt  père  do  Gérard  et  do  Séguin.  Ce  dernier 
Aimeliaa,  fille  do  Bertrand  de  Bom,  et  fut  père  de  Gérard  et  d'j 
GoufQer  de  La»Umrft,  surnommé  le  Grand,  époux  d'Agnès  d*Aabi 
père  d'un  autre  Guufficr  qui  mourut  à  la  croisade  de  Louii  Vil.  Mi 
renseiguomeuts,  il  est  ditlicile  du  dire  au  juste  en  quelle  année  Titaif 
divers  membres  de  cette  famille. 

1.  Mabillon  :  Acta  S.  BenedicU,  t.  1. 

8.  Mabillon  et  D.  Martenuo  ne  sont  pas  d'accord  sur  la  fondation  doi 
nastère  de  Meymac.  Le   premier  Tattribue  à  Eblcs,  le  second  à 
baud  Ul.  Les  donations  faites  par  l'un  et  par  l'autre  donnent  lien  à 
eonftiiion. 

8.  G^.  Ckfift,,  U  II  !  Instrum,  Eceleu  Lemovic,) 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  145 

qui  ne  devait  remettre  le  fief  de  Combom  aa  jeune 
te,  que  lorsqu'il  serait  en  âge  de  porter  les  armes. 
d  paraissait  devoir  être  un  tuteur  intègre  ;  on  le  re- 
lit par  sa  piété,  et  on  l'avait  vu  travailler,  comme  un 
onvrier,  à  la  reconstruction  de  l'abbaye  de  Tulle,  na- 
en  partie  détruite  par  un  incendie  ;  mais  quand  le 
de  se  dessaisir  de  l'administration  fut  venu,  il  hésita 
&a  voir  jusqu'où  pourrait  l'entraîner  son  ambition. 
S,  indigné,  à  la  t^te  de  quelques  hommes  d'armes, 
Dt  comme  un  conquérant,  prendre  possession  du 
3  de  Combom,  d'où  son  oncle  s'était  enfui,  y  laissant 
me  qui  n'avait  pas  eu  le  temps  de  le  suivre,  et  sur  la- 
l'eDvahisseur  exerça  une  affreuse  vengeance.  Malgré 
mes  et  ses  prières,  il  la  souilla  de  sa  lubricité,  espé- 
le  son  mari  la  répudierait  après  cette  flétrissure.  Ber- 
;  reprit  ;  mais  comme  il  lui  fallait  du  sang  pour  laver 
ront,  il  se  présenta  bientôt  avec  quelques  hommes 
isà  la  porte  du  château  de  Comborn,  prodiguant  les 

et  les  menaces  au  jeune  vicomte,  qui  célébrait  sa 
ise  victoire  dans  une  orgie^  et  qui,  échauffé  par  le  vin, 
de  colère,  s'arracha  des  bras  de  ses  compagnons, 
a  contre  son  oncle,  retiré  de  l'autre  côté  de  la  Vézère, 
rsuivit  par  le  chemin  qui  conduisait  d'Allassac  à  Vi- 
jusqu'aiiprès  de  l'église  de  Saint-Martial  d'Estivaux, 
ba  dans  une  embuscade  où  il  fut  pris  et  tué  sur  place 

chevalier  de  son  oncle,  nommé  Etienne  de  Bossac; 
!s  disent  par  Bernard  lui-même, 
roua  ses  crimes  à  ses  derniers  moments,  demanda 
i  h  Dieu  et  aux  hommes,  s'arracha  les  cheveux  et  les 

l'air,  en  signe  de  repentir  *.  Durant  plusieurs  jours, 

rxm,  Gfiuf,  Voiriens,  L'auteur  de  celte  chronique,  si  précieuse  pour 
:  du  paj»,  uous  appreud  qu'il  eut  pour  père  Gcoffroi  de  Ureuilf  qui 
CiermoDt,  près  d'Ëxcideui],  et  parent  des  seigneurs  de  La^toort,  du 

I.  40 


146  HISTOIRR  DES  VICOMTES 

tes  pauvres  serfs  de  la  vicomte  dû  Gombom  vinreat  en  tosi 
prier  pour  lui»  et  offrir  des  aumônes  aux  moines  qui  pi 
datent  son  cadavre.  On  le  transporta  ensuite  à  Tulle»  <A 
f^  inbumé  dans  Tabbaye  de  Saint-llartio,  par  les  aoH 
d'£!tienne  Baudri,  moine  guerrier,  qui  l'aocompagnait  pi 
tout,  et  qui,  selon  la  coutume  du  temps,  lava  son  coq 
avant  de  le  confier  &  la  terre.  Gomme  il  n'avait  pas  été  Q 
rié,  sa  mort  livra  la  vicomte  de  Comborn  à  Bernard,  « 
meurtrier,  troisième  fils  d'Archambaud  U,  Celui-ci,  pq 
que  les  moines  lui  pardonnassent  son  usurpation,  et  pour, 
repos  de  Tâme  de  sa  victime,  donna  à  l'abbaye  de  Tulla. 
village  de  Tilie  (de  Tilio)^  et  jura,  la  main  sur  l'autel,  qi 
dans  le  meurtre  de  son  neveu,  il  n'avait  fait  que  repoum 
la  force  par  la  force  ^  Dans  cette  vieille  société  féodale,  1 
grands  n'étaient  pas  plus  irréprochables  qu'ailleurs  :  l'ab 
de  la  force  et  l'exercice  du  pouvoir  engendraient  toul 
sortes  de  crimes  ;  mais  très-souvent  aussi  la  foi  et  le  i 
pentir  revendiquaient  leurs  droits  sur  ces  âmes  moins  on 
rompues  qu'égarées. 


odté  de  sa  mère  appelée  Luce,  fllie  de  Bernard  Marchais  et  d*une 
wiceneurt  de  Noaillé,  descendants  de»  seigneurs  de  LaiOours.  Dès  Ma  ■ 
lance,  Adémar  fut  admid  à  l'école  du  monastère  de  Saint-Martial  de  Limoi 
il  y  étiit  à  l'époque  des  funérailles  d'Eblos,  abbé  de  Tulle,  qui  fiimt  o 
bréet  en  1151,  a  n'éUnt.  dit*il,  qu>nfint  et  à  l'école  ».  11  prit  rbabit  il 
profession  vers  1160,  et  ne  fut  on:():uié  prêtre  que  Eept  ans  après.  En  11 
il  fnt  élu  prieur  do  Vi^iis.  Ce  fut  dans  cette  abbaye  quMI  commeof 
Aorire  la  chronique  de  Vifceois,  ap[)elée  quelquefois  ChroniqMde  Scm^Jj 
/itt/,  parce  que  peuUétre  elle  y  fui  terminée.  {Scriptor,  trr,  GaiL,  U 
XII.)  Geoffroi  fut  trvs-lcttré  et  ri  dé^ireui  de  s'instruire  qu'il  Ht  Tenir  d' 
pagne  uu  exemplaire  d'une  chronique  latine  faussement  attribuée  à  Tui] 
archevêque  de  Heim»,  dans  laquelle  il  était  question  de  l'expédition  de  (J| 
lemagne  dans  la  vallén  de  l'Kbn*.  :  «  Je  viens  de  recevoir,  écrit-il  à  §•§  I 
frères  de  Saint-Martial,  rhiàtoire  des  gloriaux  triomphes  de  l'ioTini 
Charles  et  des  faits  glorivii  du  grand  comte  Roland.  Je  l'ai  corrigée  i 
la  pins  grand  soin,  et  l'ai  fait  copier,  |iar  la  considération  que  nous  n*m 
su  jusqu'ici  de  ces  évéuemeuts  que  ce  que  le>  jongleurs  en  ont  rapy 
dani  leurs  chansons.  » 
i.  Balu2e  •  Hist,  Tutel. 


i 


ET  UK  L.*  VICOMTfi  UE  LIHUliRS. 


cHApmtE  vu 


-   U    mEultAp.  CBOI^Ate 


.Jl  ' 


É 


gnuAH  (ntaîittt  Kodatet  H  ït^XUe  k  In  mort  d'Adémàr  If.  —  ttiniis 
la  pMto  dtn  )e  Linontia;  rUJU  dti  chroniquo*.  —  Adétnar  (I,  jahmi 
"aÛ>aj'edcSuiil-Mu-[i>l.  —  Le  pap«  ljrb«iii  II  précbe  la  pr«miËre  croi- 
—  tl  ïïrito  l'ifrclie.  —  Noie  sur  flnrJin,  moine  d'Lliérïlie.  —  Le 
t  LinogcJ;  >ei  prédicntion»  duii  l'égliu  de  ljaial-U>r[i«).  —  Ail^- 
nu  iltuaDce  l'électiop  de  J  ïvè(jUG  Humluld,  d'wcurtl  arec  Gérard,  ibbé 
<*ttf<*e.  --  Mort  in  Guillaumo  d'Uriè).  -  OuiiUmne  IX  el  M«  eroM. 
D  liîMMdD  ï  Umo^i;  réunioa  à  l'tbbsje  dn  CMlard.  —  L«a  crouta 
ouWQ.  —  GoufSer  de  La^loun,  ie«  eiploil».  —  Noie  aur  «ou  Iodi- 
-  Grégoire  d*  B^chadp.  pn^le  et  troubadour.  -^  fîni  de  Lutcmri  à 
da  GomU  da  Poilien.  --  Eiploils  de  tfijuioJid  )•''  à  U  croiude. 
rauditioQï  nlisieiiMs;  le  cb«teiu  de  Tur«aue.  —  Noie  sur  la 
iti  --  L«  ét*iju'  I  de  Limoges.  —  Guerres  nnlW  AfHmâr  lit  él  let 
Mira  de  Pi«re-Bulnère.  —  Noie  sur  Gérard,  àbbé  de  Siiot-Augintip, 
—  Le  ieiffueur  de  Piorre-BuOière  fait  priaoniiier.  —  Tr«ili?  de  paii,  — 
hl«T*minD  de  G*r«rd.  ^f^qoe  (TAngoUlème,  dunl  les'  ilertioirt  ciinoni- 
gwB;  KnleoceeD  bieut  d«  l'kbbaysd'Uurche;  l'abbé  de  ClDuj  k  Lubsr- 
*i:,  —  iaial  Bernard  et  le  duc  d'Aquitaiue.  —  Les  iiicaoïlies  et  la  ruaini' 
il.imaf«*.  —  Ad^iiiar  III  Mt  pnBoiWier  par  EWe»  de  VeiitadMir;  il  esi 
mil  Ml  Lbert4.  -  Ambitioa  et  crimee  dé  Uarie  dea  Csn.  —  Les  malheurs 
J'AdJour  111.  —  Guerre  à  l'occjHoa  d'Elmma  de  Liiaa(;ea,  —  LouÏB  VI  et 
Ma  ru*  l  tlmogei.  —  Mort  d'Adfmar  IJ1.  —  Progiïi  du  Inie  cl  dn  mm- 
■«m  i  UmoBct.  —  Aviut  de  prodigalité!  entre  le  souite  dg  Poiliart  et 
U  ïkomle  de  Limoge*.  —  Coua pétition»  au  siège  épiwopal  ;  AmbUrd  el 

Adémar  II  avait  administré  la  vicomte  de  Limoges  duranl 

pis  d'ua  demi-siècle,  mais  sans  pouvoir  imposer  sa  vu- 

Ë  d'une  manière  absolue,  parce  que  tout  autour  de  lui 

todes  ramilles  s'étaient  rendues  indépendantes,  et  pos- 

bieat  A  ce  tilre  autant  de  petits  hltaLi  toujours  disponfs 

jpaSranchir  de  toute  suzeraineté;  celles  de  Tu  renne,  de 

m,  de  Veolailour,  de  Lastours,  ayant  groupé  autoui 


I  de  I 

our  I 


148  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

d'elles  tous  les  éléments  secondaires  de  la  féodalité,  se  pif 
tendaient  parfois  supérieures  aux  vicomtes  de  LimogM 
L'Église,  tour  à  tour  enrichie  ou  dépouillée,  quoique  poî 
voir  essentiel  dans  la  hiérarchie  féodale,  ne  résistait  aux  ri 
Yahiss?urs  que  par  son  influence  sur  le  peuple,  toujours^ 
posé  à  se  ranger  de  son  côté,  parce  que  là  seulement  i 
faisait  Tapplicalion  des  grands  principes  d'égalité,  dejd 
tice  et  d'ordre  hautement  proclamés  par  le  christianisil 
comme  fondements  de  toute  société.  Pouvait*il  en  Atre  | 
trement  à  une  époque  où  l'Église  seule  intervenait  je 
calmer  les  haines,  modérer  les  ambitions,  dire  anathtt 
aux  mauvaises  passions,  prodiguer  des  consolations  daor 
grandes  calamités  publiques^  dans  tous  les  fléaux  dont^ 
tant  à  soufi'rir  le  peuple  dès  le  x*  siècle  et  jusqu'au  xi*T  ^ 
«  Alors,  disent  les  chroniques  de  Limoges  <,  tomba  j 
H  los  humains  une  peste  de  feu,  si  ftpre  et  furieuse,  qui 
a  brûlait  les  corps  indifl^éremment,  tant  que  tout  était  inj 
(c  de  maladie.  Grande  conrusion,  chacun  faisant  ce  que  1 
a  lui  semblait,  et  provoquant  l'indignation  de  Dieu,  ' 
«  avertit  les  hommes  et  leur  distribua  des  peines  salntail 
((  D'ailleurs^  le  peuple  du  Limousin  ne  rendait  pas  i  « 
a  Martial  les  honneurs  qu'il  avait  accoutumés.  La  vengea 
«  de  Dieu  flt  descendre  sur  la  terre  un  feu  de  soufre  ti 
«  ardent.  Les  vivants  en  étaient  frappés,  étaient  consul 
(ijusqu*à  la  mort;  les  uns  se  sentant  pris  aux  pieds, 
a  autres  aux  mains  ;  et  do  ces  extrémités  le  mal  gag 
a  le  cœur.  Petits  et  grands,  jeunes  et  vieux,  homme 
a  femmes,  étaient  infectés  de  cette  peste,  et  aimaieut  mi 
«  mourir  que  vivre.  On  jetait  de  l'eau  sur  les  parties  ai 
n  tées  pour  les  rafraîchir,  et  l'on  voyait  incontinent  ( 
«I  s'élevait  une  fumée  avec  des  puanteurs  insupportai 


1.  Chmn.  mil. 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  LIMOGES.  149 

c  La  foreur  do  mal  pressait  de  telle  sorte,  qu'ils  deman- 
fldaieot  qa*on  leur  coupât  les  bras,  les  autres  pieds  et 
■  cuisses.  Les  plaintes  et  cris  s'euteudaient  de  tous  côtés, 
«  tant  de  jour  que  de  nuit.  On  ne  voyait  partout  que 
«  Bialadies,  désolation  et  mortalité.  On  Tint  principalement 
•  à  Limoges,  pour  y  trouTcr  remède  par  l'iotercession  de 
«saint  Martial.  Plusieurs  y  furent  guéris;  les  autres,  n'en 
c  pouvant  plus,  rendaient  l'esprit,  s 

Adémar  ni  avait  succédé  à  son  père  au  milieu  de  ces 
tristes  épreuves  :  au  lieu  de  secourir  les  malheureux,  de 
vivre  en  paix  avec  ses  voisins,  d*écouter  les  exhortations  du 
clergé  et  de  se  disposer  à  prendre  part  à  la  première  croi- 
ade,  il  ne  songea  qu'à  satisfaire  son  ambition,  môme  au 
détriment  de  l'Église  de  Limoges,  que  ses  ancêtres  avaient 
eniichie.  Presque  toujours  il  se  montra  jaloux  de  la  fortune 
de  l'abbaye  de  Saint-Martial,  où  les  fils  des  plus  grandes 

limiiles  venaient  depuis  longtemps  solliciter  l'honneur  de 
porter  la  robe  de  bure,  que  plusieurs  d'entre  eux  échan- 
geaient ensuite  pour  la  crosse  et  la  mitre. 
^Le  concile  de  Olermont,  à  la  voix  du  pape  Urbain  n  et 
de  Pierre-I  Uermite,  venait  de  décider  le  grand  mouvement 
religieux  qui  entraînait  les  peuples  et  les  rois  à  la  dcli- 
TTonce  du  saint  Sépulcre.  Le  Limousin  eut  une  grand  part 
d'euthoiisiasme  dans  cette  héroïque  et  sainte  résolution, 
dont  les  résultats  devaient  changer  l'état  politique  du 
ùeux  monde.  Urbain  H,  après  avoir  visité  les  principales 
provinces  de  la  France,  honora  de  sa  présence  l'abbaye 
dTAtrche,  où  il  se  reposa  de  ses  fatigues,  le  jour  de  la  fi^te 
it  saint  Thomas '•  Partout,  sur  son  passage,  les  églises 

l.  L^n^fw  i'rbftÎB  II  ritita  Tabbaye  d'Uzercfae,  U  ▼  aviit  panni  loi  reK- 
r«ci  Q.U  j«ttDe  nioiiifl  uomiiiA  Burdin,  né  datu  les  eovironf,  au  Tillage  de  Vio- 
isR.  Bernard,  archerféque  de  Tol^e,  qui  .>ecompagnait  le  pape,  l'emmena 
i^ir  hu  «u  Esp^sni^.  Dê\etiu  év^{ue  de  Coimbre,  il  alla  TÏtiter  la  Tene- 
buau.  cl  fai  li>iuuratilciiM;iit  reçu  i  ConHantinople  à  la  ooiir  dea  «mpereon. 


fTttlM  M»  vit.  .jtfTH» 

<i«  réciat  de  Ter  cft  its 

e  caAscfvBe,  lav  port  lie  ilaiijçers  et  4«  £i««^  U» 

^to^  tt  IcKOft  aroM»  ^ûoir  les  osmU  coviibit»  ,«  .^ , 

i<ïi  serf*  p*etiai,iTYt  Lau»  lumu  lie  SHt^  t^ùmi^grmàtZ^ 


,.  *^lrtf  ope 

l'ÉfatfkS»  pnwd  k  tu».  De»  pruccu&M  Ae  — • —  ^ 


^jl0iX  qui  a  ftMf  é  te  OMMiâe  pAr  i'k^èruume  de  b  foi, 

go  qailtmt  Cierche,  llièritier  des  apùlre»  s*  dû^ 
lert  ii<>K«e*9  salué  sur  sa  roqle  imu*  les  aoelamatioiis  de  lu 
{^ppl£,  pfOSierBée  pteuâ€:iiieDk  à  Mb»  pÂeds^  et  par  çesa^  qoî, 
fflfittUi  p»r  i'A^e  ou  les  infirmités,  &e  pi^iaieQl  assîsler 
aox  péripéties  de  ccUe  graode  épopée  tathc^UqMe.  Reçq 
p^  tooft  I^  vassaux  de  la  TlcoDité»  à  1^  léXe  «tesquebî  se 
lioat^l  «ans  doute  le  f  icomte  Adénor»  il  entra  coauqi^  sa 
iriMiupbe  dans  b  ville,  vint  à  l'égiiâ^  de?  Fiiles  de  &Li|i(e^ 
Marie  de  la  Bègle,  on  il  célébra  U  me^ae  de  minuit^  en 

IH  nstoar  co  Pfrtui^ily  il  fui  appelé  à  1  ardieTèckê  de  Bngm.  Broaili^  «tw 
«4)D  «uden  WïitçcAcor,  légat  du  pape,  U  vint  à  Rome  sa  raeUre  $<kij^  h  pr»- 
tactiofi  dé  Piicil  11.  qui  l«  chargea  de  iiép)cîer  la  paix  arec  Temperm 
Ufuri  V«  Heoii  V  Tint  ea  Italie  pour  t  teceToir  la  eouruDDe  impéri^;  wai^ 
Ia  papaf  «i!r»yé,  l'é^ot  retiré  aa  3ioat-Cas?ui,  il  fut  couronné  par  Çurdin  qai, 
Mut^no  par  lui,  ftit  bienlftt  aprêa  élevé  à  la  papauté  bous  le  nom  de  OW- 
•çoira  YIH*  l^  ^^^  icbiiinie  par  suite  de  Télectioii  eonlsairt  .de  QéUse  Hi 
qui  tiot  mourir  en  France  à  l'abbaye  de  Cluny  fil  19}.  et  de  rarénement  de 
UllaW  11<  A)mi«^D«  réfugié  dfxu  ^utci,  trahî  p^  l^  bi^iAMa^  Usrik 
iou  c«»pélit40i*«  ctiargé  m«  ^n«  miûxè  par  i^  popiUatioM  de  lUKDe,  fut  cofi- 
daniiA  4  opa  priaon  parpéinella.  U  y  mourui,  da^  w^  ^  ^'^f'-^^m^  r^^rH* 
t4i|^  4^^^  Ub$Dg^  U  roba  de  bure  du  in^ia  d'Uïrrche  pour  la  ppttr|{^ 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  '  151 

;  de  grftces  de  son  heureux  voyage.  L.6  leudemAlti, 
dfia  dans  celle  de  Saint-Martial,  prit  place  sur  le 
Kpiscopal,  la  tète  ceinte  d'une  couronne,  comme 
DiDpliateur.  Le  troisième  jour,  ayant  toujours  pour 
t  la  noblesse,  et  précédé  de  tous  les  grands  digni- 
Je  I*Églîse,  venus  des  provinces  voisines,  il  fit  la  dédi- 
e  l'église  cathédrale  consacrée  à  saint  Etienne.  Lé 
ÛTant  eut  lieu  la  même  cérémonie  pour  la  basilique 
de  Saint-Sauveur,  dont  il  confirma  tous  les  anciens 
ges.  A  ces  dédicaces,  brillantes  fêtes  aimées  des 
;  seigneurs,  des  hommes  libres  et  du  pauvre  peuple, 
rent  plusieurs  archevêques  et  évêques,  Hugues  de 
Aadebert  de  Bourges,  Amatus  de  Bordeaux,  Robert 
î,  et  Granger  de  Reims  qui  portail  les  insignes  de 
des  Gaules  ;  venaient  ensuite  les  évêques,  Bruno  de 
Pierre  de  Poitiers,  Arnauld  '  de  Saintes,  Renaud  de 
eux,  Raymond  de  Rhodez  et  Humbald  de  Limoges. 
que  le  pape  eut  béni  l'eau,  tous  les  prélats  firent  le 
s  églises  dédiées  en  les  aspergeant. 
«  avoir  consacré  les  autels  de  Saint-Sauveur  et  de 
liienne,  Urbain  H  célébra  la  messe  dans  la  cathé^ 
puis  il  sortit  pour  bénir  la  fouie  qui  bC  tenait  à 
eur.  Les  assistants  étaient  en  si  grand  nombre,  que 
itour  de  la  ville,  h  un  mille  de  distance,  on  n'aper- 
]ue  des  têtes  d'hommes  agenouillés.  Les  offrandes, 
ies  par  les  fidèles  de  tous  les  rangs  furent  si  nom- 
,  que  la  vaste  enceinte  de  Téglise,  appefée  GsuteaUj 
i  sépulcre  de  saint  Martial  occupait  le  centre,  ne 
contenir  ^. 

Il  dans  l'église  de  l'abbaye  de  Saint-Martial  q'f  Ur- 
raconta  les  douleurs  du  christianisme,  les  profaûa- 

Bolf.  leloa  d'autres. 

y  :  Ext.  du  Cartui,  de  Limoges ,  y»  409. 


152  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

tioDs  des  musulmans  au  tombeau  du  Christ,  excita  la  foui' 
à  s'armer  pour  la  guerre  sainte^  promettant  à  tous  le  par 
don  des  péchés  et  les  indulgences  des  miséricordes  divine 
accordées  ail  mérite  des  saints.  Le  cri  de  guerre,  Dieu  I 
veut!  retentit  aussi  fort,  aussi  unanime  qu'au  concile  d 
Clermont.  Après  cette  cérémonie,  on  ne  voyait  dans  U 
rues  de  la  ville  que  des  ducs,  des  comtes,  des  barons  poi 
tant  sur  leurs  vêtements  le  signe  de  la  Rédemption^  et 
leur  suite  leurs  vassaux  qui  demandaient  à  les  suivre,  de 
vieillards  heureux  de  promettre  leurs  derniers  jours  à  cett 
expédition,  des  enfants  empressés  d'essayer  la  vie  par  d 
saints  dévouements;  des  mères,  des  épouses  imploranl 
comme  une  faveur,  leur  part  de  dévouement  dans  ce  rêve 
sublime  de  la  foi  chrétienne.  Si  Thistoricn  n'était  forcé  i 
reconnaître,  dans  ce  grand  mouvement  de  l'humanité,  1 
main  de  Dieu  qui  conduit  les  sociétés,  à  leur  insu,  à  i 
nouvelles  transformations,  il  serait  tenté  de  n'y  voir  qu'u 
élan  de  fanatisme,  et  se  voilerait  la  face  à  l'aspect  de  ceti 
foule  sortant  des  églises,  émue  par  d'éloquentes  parole 
croyant  que  tout  lui  serait  facile  si  elle  pouvait  toucher 
^ctte  terre  sanctifiée  par  le  Calvaire;  puis,  avide  de  vengi 
les  iasulles  faites  à  sa  foi,  poursuivant  les  juifs,  les  arn 
chant  tremblants  de  leur  demeure,  les  tr<iinant  à  la  pori 
des  églises,  ou  sur  les  places  publiques,  pour  les  forcer 
se  convertir;  pillant  les  biens  de  ceux  qui  fuyaient,  égpi 
géant  ceux  qui  résistaient.  L'Église  alors  si  puissante  n 
put  pas  toujours  réprimer  ces  violences  :  le  peuple,  trq 
ardent  dans  ses  colères  contre  les  descendants  des  meui 
triers  du  Christ,  était  encore  trop  ignorant  pour  cod 
prendre  que  la  religion  ne  s'impose  jamais  par  la  force  *. 
Si  le  vicomte  de  Limoges  fut  loin  de  partager  rentho|{ 

t.  Chron.  ViKtiefts, 


j 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LUIOGES.  158 

e  des  premiers  croisés,  ii  n'en  chercha  pas  moins  i 
Mrti  de  la  présence  du  pape  pour  satisfaire  ses  ran- 

ct  son  ambition.  Héritier  de  la  haine  de  son  père 
î  l'évéque  Uumbald,  d'accord  avec  Adémar,  abbé  de 
-Martial,  il  dénonça  l'élection  comme  entachée  de 
s.  Urbain  II  reconnut,  en  effet,  que  la  bulle  d'intro- 
OD  avait  été  falsiflée,  et  à  cette  déclaration  le  peuple 
irrité  contre  les  coupables  qu'on  eut  de  la  peine  à  les 
nûre  à  sa  fureur.  Humbald,  solennellement  déposé 
ésence  de  tout  le  clergé  réuni  dans  Saint-Martial,  et 
lacé  par  Guillaume  d'Uriel,  se  retira  auprès  de  son 
dans  le  château  de  Sainte-Sévère,  en  Berry  '.  L'archi- 
e  Hélie  de  Gimei,  qui  avait  pris  son  parti,  fut  excom- 
è,  et  toutes  fonctious  ecclésiastiques  interdites  à  sa 
le.  Gérard,  abbé  d'Uzerche,  un  des  plus  ardents  enne- 
CHambald,  qui  était  aussi  venu  à  Limoges  grossir  le 
ire  des  accusateurs  recrutés  par  le  vicomte  Adémaf, 
Qt  l'année  suivante  dans  le  cloître  de  Saint-Martial,  où 
it  pris  l'habit,  et  fut  inhumé  dans  la  chapelle  de  Saint- 
*,  près  de  la  porte  claustrale. 
!rche,  après  lui,  reçut  pour  abbé  Gaubert  de  Malé- 

de  Tanciennc  famille  des  seigneurs  de  Saint-Viance. 
t  à  Guillaume  d'Uriel,  qui  avait  renoncé  à  la  dignité 
ienr  de  Saint-Martial  pour  celle  d'évôquc,  il  ne  tarda 
comprendre  qu'il  avait  sacrifié  son  repos  à  son  am- 
I  :  détecté  d'une  partie  de  son  clergé,  dont  il  voulait 
uor  la  dépravation,  il  mourut  trois  ans  après  son 
oo,  empoisonné  par  un  certain  Martin,  surnommé 
''éîienj  à  rause  de  sa  dévotion  apparente.  Aux  pre- 


(■mbald,  leignenr  de  Saiiite-SéTère,  exerçait  sa  r  ses  fassaax  une  si 
tTrumie  que  le  roi  de  France,  Louis  Vil,  enyahit  ses  lerres,  le  fit 
bcr.  l'eoToya  à  Étampei,  où  plusieurs  de  ses  complices  furent  pe odns. 
a  :  Amimles,  année  1106.) 


iftk  HISTOIRE  D£S  VICOMTl» 

Vfïi^T^  dpulevirs  causées  par  le  poi»oD,  U  s'était  hâté  d^ 
pelçr  ^  son  secours  Tabbé  Âdémar,  qui  connaissait»  dit 
QD,  un  contre-poison,  mais  qui  arriva  trop  tard  ^ 

Les  préparatifs  de  départ  pour  la  première  croisade  ani 
^u  lieu  avec  le  plus  grand  empressement.  Guillaume  X,  coi 
de  Poitiers  et  duc  d'Aquilaine,  le  plus  puissant  vassal  d 
C()!uronne  de  France,  prince  aimable  et  spirituel»  d'ua 
m^tère  peu  belliqueux,  qui  quitta,  pour  prendre  le  bl 
d^pèlerin,  une  cour  voluptueuse  et  galante  qu'il  éga 
par  ses  causons,  avait  appelé  sous  sa  bannière  tous 
grands  vassaux  du  Limousin  '.  Tous»  excepté  le  vicomti 
I4<Q0ges,  se  réunirent  à  lui  dans  l'abbaye  du  Cbftlard, 
core  à  moitié  détruite  par  les  Normands  au  viu*  sièclt 
y  entendirent  avec  docilité  les  pieuses  exhortations  du  pci 
Geoffroi  de  Silu  qui,  la  croix  à  la  main,  debout  au  ad 
du  chœur  de  Téglise^  seule  partie  qui  restât  du  caouua 
primitif,  les  pressait  de  partir,  s'excusant  de  ne  pouvoil 
aiccompagnei*,  parce  que,  disait-il,  une  voix  du  ciel  lui 
doni^ait  de  rester  pour  relever  les  ruines  de  son  abb 
Quelques  jours  après^  ces  pieuses  cohortes  prirent  la  o 
d^s  Téglise  de  Saiut-Maurice,  cuubacrée  au  saint  de  la  i 
val^erie.  Trente  mille  hommes,  sans  compter  les  pèlai 
çaos  armes,  dont  une  partie  se  montra  pendant  queli) 
j^urs  dans  Us  rues  de  Limoges,  dans  les  églises  et  dant: 
çlp^res,  où  les  moines  excitiûent  leur  courage»  prîi 
bientôt  la  route  de  Jémsalem.  j 

Parmi  les  croisés  du  Limousin  se  faisaient  remar^ 
Guillaume  de  Sabran,  llaymond  I*',  vicomte  deTurenoi 
premier  daus  l'ordre  féodal  d'Aquitaine  ;  Uélie  de  UalM| 
neveu  du  vicomte  de  Limogos,  qualiGé  du  titre  de  pril 
Wï^  doute  i,  cause  de  sa  puissance  et  d«  soa  rtB§  4i 

1.  Oknm.  Vonent.,  e.  zxviii. 


et  DU  VA  VKOUTG  DE  LUIUtiES.  Idi 

qdal,  et  qai,  avant  de  partir,  flt  d'iffiportanleç  do- 
l'abbajed'UEerclie';  Ayot0ricIV,TicpiDte  de  Uo- 
ft',  Pierre  de  Moaillcs.  simple  écuyer,  «mbitj^ux 
ratn  bauilles  le  tiMY  de  chevalier';  RaymoDd  de 
le,  qui  venait  de  donuer  à  l'abbaye  de  Tul|e  l'église 
ttl  [4$  Braneelii»)  ;  Ëtieone  et  Pierre  de  Salviac. 
lille  de  Vieil-Castel  ;  Guillaume  de  la  Rpcbe-Cani- 
^er  de  Laatours,  qu'accompagnait  Boa  jeune 
torges  Bécbade,  cbevaiier  et  troubadour  qui,  par 
ut»  et  ses  joyeux  tirveotes.  Taisait  le  phariïi&  deq 
1  château  de  Pompadour. 

:ei  croisés  dont  le  pays  garde  le  aoi)vaair,  le  plus 
taa  contredit,  fut  Gouffler  de  Lastours.  Ou  racon- 
i,  eatre  antres  actions  béroTques,  qu'ion  jour  il 
du»  unefortt  un  lion  enlacé  danales  repliai!  un 
lODitroeux,  remplissant  l'air  de  ses  m^iseineiits. 
rôle  au  secours  ^e  l'apimal,  qui  semble  implorer 
!t  d'ua  coup  de  sabre  abat  le  serpent  acbarué  sur 
£t  la  chronique  ajoute  :  «  Le  lion,  ainsi  délivré, 
k  son  libérateur,  le  sniTit  pi^dant  toute  la  guerre, 
.'après  la  prise  de  Jérusalem  les  croisés  s'enibar- 
lour  retourner  eu  Europe,  l'animal  se  noy»  dans 
•aisé  de  latipie,  cii  suivaiit  le  vaisseau  sar  lequel 
maître,  et  uii  l'on  n'avait  pas  voulu  l'admettre  *.  » 


-KLlr  :  T.  rv.  p.  8Sn. 

■illv  da  Kotilln  panil  «rair  «u  pour  taUiir  «Uni  l'or^  di  It 
dwtdiT  '.irnbr)  qui,  tprtt  ktoïc  Mni  ra  qmilitn  de  Tttiui  ilatu 
t  Tiirenni>.  (iblJDt  1p  Rcf  <]i  NouIIm'  hiu«  b  i>uuir*iofl4  Ak  Tu- 
1  Donunail  nuinlnoil.  marié  à  lUbiu  Ae  Sfigar.  Pt^m  I".  F^n 
tal  Kl  quNtiuu,  rrt  pour  luccoHur  Pierre  II,  qui  tpcnu  Aut- 
tlU:    '.9  t«  Ditiua  dtii.  Rmien  nii  do  Koiifr. 


n  onminodl  contulit, 

■vUalar  iàbtt  lao,  wni  qnMwnqaa  danino  h 

■abaU  Qmb,  dI  dinoL,  h 


156  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Un  autre  auteur  parle  aussi  de  rilluslre  croisé,  qui  poi 
à  son  écu  d'or  à  trois  forées  de  sahle  :  «  Au  siège  d'une ^ 
nommée  Marrah,  où  s'étaient  renfermés  un  grand  nul 
de  musulmans,  accourus  d'Alep  et  des  contrées  voisioi 
comte  Raymond  de  Toulouse^  suivi  de  Bobémond,  ÛÈ 
les  échelles  contre  les  murailles  pour  donner  l'assaut^ 
place;  mais  ses  compagnons  n'osaient  avancer,  en  vnj 
les  musulmans  qui  garnissaient  les  créneaux,  d'où  ton 
une  grêle  de  traits.  Gouffier  de  Lastours,  homme  de1 
lignage,  natif  du  Limousin,  s'avança  hardiment  et  al 
le  premier  sur  le  rempart,  où  il  resta  quelques  imN 
seul,  se  défendant  à  grands  coups  de  lance  contre  les 
dèles,  jusqu'à  ce  que  ses  compagnons  fussent  venus  1 
secours  ^» 

L'intrépide  croisé  était  de  retour  dans  ses  terres  en  1 
comme  nous  l'apprend  la  charte  de  fondation  de  l'abl 
de  Dalon,  de  Tordre  de  Saint-Benott,  à  laquelle,  aved 
frère  Gui  de  Lastours,  il  donna  plusieurs  terres  en  préaJ 
d'Adémar,  vicomte  de  Limoges,  qui  signa  aussi  à  t 
charte  K  II  mourut  dans  un  âge  avancé,  au  chftleau  de  F 
padour,  et  fût  enterré,  scion  la  chronique  de  Vigeois,  i 
le  cloître  d'Arnac,  situé  près  de  là,  et  bâti  par  ses  ancM 
et  non  au  Cbâlard,  comme  l'a  cru  un  des  historiens  de  € 
province^,  attribuant  à  Goufûer  le  tombeau  qui  se  v« 
autrefois  au  Châlard,  dans  une  chapelle  souterraine,  i 

r 

derolinquere  noluit,  sed  noleutibus  oum,  ut  rnidelo  animal,  in  naveol 
pero  uautis,  Aecutus  e»i  domiiium  suum  uatans  per  inare,  usquequo  I 
defecit.  »  {Magnum  chron,  Belgieum.)  \ 

1.  Chron.  Vosiens,  —  Chron.  Balderic,  ap.  Script,  rer,  GaL  i 

2.  GaU.  ChrisL  —  La  chari»  de  fondation  indique  pluaioun  autraiÉ 
•onnes  qui  firent  del  donations  an  fondateur  (iérauJ  de  Sale«  {de  So/if)»^ 
abbaye  te  trouvait  trèt-rapprochtVe  du  l'érit^rd  et  entourée  d'ioojil 
forêts.  1 

3.  UonaventuTB  de  Saiut-Amable,  auteur  d'uue  llùtoù-e  de  Capoi 
de  iomt  Martial^  vatte  oompilalion  iwum  ordre  et  «ani»  critique.  ^ 


ET  DE  LA  VÏCOMTÉ  DE  LIMOGES.  ITn 

fni  n'apparteDait  pas  moins  à  un  des  membres  de  la  m6me 
famille  ■. 

LoD|i1raips  après  la  première  croisade,  on  ne  parlait  dans 
le  pan  que  des  exploits  de  GourBer  de  Lastours  :  il  était  le 
bims  de  nombreux  récits,  d'héroïques  légendes,  où  l'ima- 
ghMtîoa  ajoutait  ù  la  réalité  de  l'histoire.  Grégoire  de  Bé- 
eliade,  son  parent,  rival  de  poésie  du  duc  d'Aquitaine,  se 
Bldans  sa  langue  maternelle  le  chantre  de  ses  exploits  et 
da  mires  croisés  ses  compagnons,  d:ms  un  poème  qui  ne 
KM  est  pAs  parreno,  auquel  il  travailla  douze  ans,  et  qu'il 
le'tl  CAO  naître  qu'après  l'avoir  soumis  au  jugement  d'Ii^us- 
tetge.  évoque  de  Limoges,  et  de  Gaubert,  savant  chroni- 
qntur  normand. 

Atanl  de  partir  pour  la  Palestine,  Gouffler  avait  aug- 
menté la  puissance  de  sa  maison  par  son  mariage  avec 
<  (Mt  de  Rannulfe,  vicomte  d'Aubusson,   qui   lui   avait 
"ité  eu  dot  la  moitié  du  cbftlean  de  Gimel,  qu'elle  tenait 
iilancbe  de  Vallon,  sa  mère.  Après  lui  sa  famille  se  di- 
'  en  plusieurs  branches.  Le  mariage  d'Agnès  de  Lastours, 
njère  héritière  de  la  branche  aînée,  avec  Constantin  de 
Mm,  ât  passer  la  terre  de  Pompadour  et  d'autres  seigneu- 
lîa  dans  la  maison  d'Authcrort,  bien  digne  de  cet  héritage, 
or  les  m&les  et  patriotiques  accords  de  la  harpe  de  Ber- 


'  $ar  M  lombeiQ  fuit  repréienté  un  cbavaltsr  en  coelnme  de  bataille, 
ai-.i  DU  ^ca  portant  l'imtSB  cl'iine  reuitne  ippujée  «ur  trois  lonn,  et  A  ms 
,iiiui  >in  lion  nt  un  ïeq«nl,  Ifi  nue  et  In  force,  aiec  cette  inMriplioD  :  HIC. 
IICET.  DNVS.  GVELPHEItIVS.  DE.  TVTtntBVS.  Ce  lombuu  pourrait 
Km  tira  cbIuÎ  de  Gui  de  lAaloun.  trèrs  de  GoulSar,  qui  cootiibtu  k  U 
iMoutniciion  da  p«tit  mooasl^re  du  CMlord,  CastaHensis  abbalia,  ainsi 
IMpit  p»r  les  tbroniquB»  du  p»ï».  L'iRlîie.  style  roman  du  ii»  sitde,  oïïro 
MEW*  {iluioan  richetses  irrhéolu^ques  ;  des  culonnen  couronnAea  de  cha- 
'~     it  mnuqaablei;  au-deiauï  de  la  tombe  du  bieDhoureui  Qeoffroï  qui 


Kpiunraux  émaillii  du  iii*.  La  bienbetireiu  GaolTroi,  uf  Ii 
1135.  (Nadaud  :  PoailU  nu.,  p.  Slt.) 


IM  mSTOnEDBS  vicoiffra» 

irand  de  Boni  imppeltoroiil  les  v«rUis  ipuerthères  Uu  nobk 
croisé. 

Oui,  firère  de  OonfOer^  iréqueBUU  so«venl  la  eoor  lifli 
oomies.de  Poitiers  :  o»  jour  qa'il  s'y  troiivait  en  otam 
comme  gaïaiii  de  la  paix  récemmetil  faite  entre  4|aelqap 
seignears,  le  comte  loi  dit  :  «  Demain  Pierre  de  Pierr^Bof- 
flère,  Arehambaad  et  Kbles  ra¥a(geront  les  terres  de  Ba^ 
nard  de  Combom^  et  vous  ne  dkmnerea  aucun  seooan;! 
cekii-ci^  »  Gai  ne  répondit  rien*  se  retiraà  son  logemsil^ 
Ai  dire  qu'il  était  malade,  pois  sortit  seorètemeot  seos  Vi^ 
bit  d'un  simple  écuyer,  chemina  nuit  et  jour  au  châteM  de 
Lsstours,  cbangpea  de  clievsl  etf  sans  prendre  de  reps^ 
réunit  quelques  soldats,  et  au  lever  du  jour  Ml  f^e  ans  ai- 
nemis  de  Bernard  qui  se  retirèrent  ^ 

Raymond  I*'^  vicomte  de  Turenne,  eut  aussi  sa  graïAe 
pari  de  gloire  dans  la  première  croisade.  Pendant  le  siégi 
(te  Jérusalem,  à  la  tète  de  pinsieors  de  ses  compagnoiMv il 
Itilla  en  pièces  un  corps  de  trois  cents  musulmaas.  Un  suUtt 
jour,  avec  Guillaume  de  Sabran,  il  mit  en  déroute  de  nod^ 
breux  ennemis  accourus  pour  attaquer  les  vaisseaox  4M 
latins,  qui  étaient  à  Tanore  dans  le  port  de  JaiTa.  Il  meiiii 
un  des  premiers  à  Tassaut  des  remparts  de  la  ville  saiols. 
Le  comte  de  Toulouse,  qui  connaissait  sa  bravoure,  reDvoyi 
avec  cent  chevaliers  chercher  des  vivres  jusque  sous  lei 
murs  de  Tortose,  sur  les  côtes  de  la  Méditerranée.  Quand 
la  nuit  Ait  venue,  le  chef  de  celte  petite  troupe  de  guerrieis 
alluma  un  si  grand  nombre  de  feux  dans  son  campy  que  lé^ 
Turcomans,  croyant  que  tous  les  croisés  étaient  réuois  dtis 
ce  lieu,  abandonnèrent  la  ville,  où  les  chrétiens  entrèreot 
le  lendemain  K 


S-MaiiiiKmry  :  UiM.  des  Croisades.  ^  Roliert  le  Mokie  :  Hist.  de  iâ 


n*  nB  Ul  VirOMTF.  UE  lIMOtiES.  tsa 

as  Baymood  i"  dans  m  Ticomté.  en  1103, 

par  laquelle  il  donna  à  l'abbaye  de  Saiol- 

ilusieiirs  lerres  pour  le  repos  de  l'Ame  de  sa 

Ottûberge  >.  CoDimfl  souvenir  de  la  croisade, 

fcrftces  de  son  heureux  rclo'jr,  il  Tonds,  non 

de  Tun>ane,  au  milieu  des  fiTrCts,  un  hApi- 

i>.  destiné  à  recevoir  les  pëlciins  qui  descen 

nord  vers  le  midi,  et  une  léproserie  placée  prés- 

NatarMh,  aà  peu  àt  temps  après  s'élablirest 


I  de  Turaaoe  était  sktrs  une  des  f(>rt«reG»es 

■  lapOrtAnte»  des  provioces  méridionales.  Sur  les 

M*-débrb  qui  en  marquent  l'emplacement,  à  l'un- 

ce  rocher,  t'éléve  encore,  comine  l'ombre  gigan- 

ij  iiAKi.  une  haute  tour,  composée  de  trois  ét^es 

>:iiuiuniquBDl  eulre  eux  par  un  étroit  escalier 

Un  l'appelle  improprement  la  tour  de  Cétar. 

Lc  coIUqr,  «  belle  eucore  de  ses  ruines,  si  riche  de 

iicnirn  antiques,  on  dislittgue,  après  dix  siècles  de 

tioùa,  U  partie  de  l'édifire  la  moins  ancienne,  le  don- 

■r  onte,  doat  le  lalta  a  disparu,  et  dans  l'intérieur 

■stattalIOToOtées, l'une  aunîveau  ds  sol,  l'autre  au 

'  i^ase»   Cet   eoMcmblt  d'imiueuses  constructions 

-ummet  d'une  colliiut,  dominant  encore  de  l'as- 

11.1  poétique  de  hauts  rocherii,  de  hautes  cimes 

■  ..ï  de  tours  reodiles,  dont  celle  de  Tureuoe  était  la 

I  cV.t^  pciitiuQ  était  bu  n  eu  effet,  au  moyen  Age,  la 

t'"  des  quatre  provrncee,  sur  les  limites  desquelles 

,  ic^e^  Uajaiuud  1"  j  avait  créé  de  uonibreux 


h  d*  Ikou  wi  (auUil  BiDH  «a  XiP  ti*cla  :  ■  Sa  io  iaiim 


,  PcincafieDrun  « 


160  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

moyens  de  défense  S  derrière  lesquels,  an  xyi*  siède,  se 
descendants  devaient  s'abriter  pour  conspirer  contit 
Henri  IV. 

Petidant  que  les  croisés  combattaient  pour  le  Christ,  on- 
yraient  à  l'histoire  de  nouvelles  pages  remplies  ^e  ftiti 
illustres,  gesta  Dei  per  Francos^  la  paix  ne  régna  pas  ton* 
jours  dans  le  monde  féodal;  à  Limoges  la  haine  était  en- 
core vivace  entre  les  représentants  de  la  noblesse  et  ta 
moines  des  abbayes.  Dans  une  de  ces  luttes  si  fréquentai 
et  parfois  cruelles,  le  parti  des  religieux  du  ch&teau  de 
Saint-Martial,  —  on  désignait  ainsi  la  partie  de  la  ville  qoi 
relevait  de  l'abbaye,  —  mit  le  feu  aux  maisons  voisinei. 
L'incendie  détruisit  l'église  de  Saint-Étienne,  ses  magasioii 
ses  offices,  le  monastère  de  la  Règle  et  l'église  de  Saint* 
Maurice,  où  naguère  l'élite  des  barons  du  pays  s'était  donné 
rendez-vous  pour  prendre  la  croix,  répondant  ainsi  à  l'a^ 
pel  du  duc  d'Aquitaine,  qui  disait  tristement  dans  sei 
chants  d'adieux  :  «  Désir  m'a  pris  de  chanter,  et  je  chaih 
terai  de  ce  qui  m'attriste  ;  je  vais  quitter  le  commandement 
du  Limousin  et  du  Poitou.  »  Quelques  barons  de  la  vicomtes 
qui  n'avaient  pu  partir  avec  les  premiers  croisés,  se  rendi* 
rent  à  Jérusalem  après  la  prise  de  la  ville,  plutôt  en  pèle* 
rins  qu'en  guerriers.  Parmi  eux,  Bernard  de  Bré,  qui  n'en 
revint  pas,  et  Gui  de  Bré,  qui  mourut  à  Laodicée  (1103). 

Les  évoques  de  Limoges,  à  la  même  époque,  se  succé- 
daient rapidement,  et  leur  élection  étaient  presque  ton* 

hift  primis  participai,  et  Turenoam  primariam  arcem,  a  qua  ditioni  Domfli 
in  LemoTicibus  habet.  » 

1.  Raymond  I«r  avait  le  droit  de  faire  battre  monnaie,  ainsi  qu'il  résullB  df 
quelques  pièces  de  deniers  et  de  sous  publiées  par  Justel  dans  son  Hisioire  à 
la  maison  de  Turenne,  La  vicomte  touchait  au  nord  Donzenac  et  le  SaiUaot 
limites  aussi  du  grand  fief  de  Combom  :  à  lest,  elle  s'étendait  jusque  difl 
les  environs  de  Ventadour  :  à  l'ouest  elle  touchait  à  SarlaU  Sa  plus  grand 
étendue  comprenait  une  partie  du  Querci.  (V.  pour  plus  de<iétail8  mon  Biti 
du  Baa-IÀmovsmj  1. 1,  p.  208  et  suiv.) 


ET  ne  U  AlCOMTÉ  DE  LTMOliES.  IGI 

JOUR  le  prétexte  de  nouveaux  désordres.  A  Goillaume  d'U- 
rlel  aiait  succédé  Pierre  Viroald,  né  à  Bordeaux,  homme 
:rès>instniît,  qui  ue  fit  que  passer  sur  le  siège  de  saint 
^Firlb]  ;  sa  goarmandise  {ingltivies)  lui  occasionna  de  bonne 
ji  Lire  des  înBrmités  qui  le  forcèrent  à  se  retirer'.  En  at- 
ij.iJint  une  nouvelle  élection,  Guillaume  de  Carbonntère 
'iministra  le  diocèse,  sans  avoir  l'aulorité  nécessaire  qui 
li  anraît  permis  d'arrûter  peut-être  les  guerres  fi^odales, 
:jnl  le  paj^  eut  tant  à  souffrir,  et  dont  le  vicomte  Adé- 
'ir  m  Tul  souvent  l'insligaleur.  Ce  vicomte  guerroya,  non- 
iilemenl  conlre  les  moines,  dont  il  fit  piller  el  brûler  les 
■  ;Iiies  et  les  propriétés,  mais  encore  contre  tous  ses  voisins, 
'irle  rcfns  d'Hélie  Rudei.comlede  Périgueus,  de  lui  livrer 
IIP  partie  du  Périgord,  qu'il  réclamait  par  droit  de  consan 
ïuimlè,  il  envahît  ce  comté  à  la  tCte  de  deux  cents  clieva- 
!ir*  suivis  de  leurs  hommes  d'armes,  el  ravagea  loule  la 
irlie  voisine  du  Lîmonsin  (IIM),  Les  populnlions  effrayées 
■îirenl  se  réfugier  dans  la  ville  de  Pérîgueux,  oii  elles  ne 
,  juraient  vivre  que  d'aumônes;  aussi  les  bourgeois  de  la 
partie  de  cette  ville  appelée  le  Pu'i-S'iint-Front,  appauvris 
par  ces  étrangers,  atlribuërent-ils  tous  ces  malheurs  à  leur 
Comte,  et  se  révollÈrcnt  contre  lui. 

Celtit  guerre,  après  plusieurs  années  de  durée,  fut  sui- 
vie d'noe  autre  plus  acharnée  et  plus  sanglante  entre  le 
ticomte  Adémar  TU  et  li'  seigneur  de  Picire-Bufflère, 
nommé  Gaucelme.  Celui-ci  faisait  sortir  chaque  jour  de 
son  château  fort,  situé  sur  une  émincnce,  au  bas  de  la- 
^lle  coule  la  Briance,  ses  hommes  d'armes  qui  venaient 
"i'-'er  les  terres  et  brûler  les  maisons  jusque  sous  les 
urs  de  Limoges,  Gaucelme  montrait  d'aulant  plus  d'ar- 
L-aricombatlri:  s]n  ennemi,  qu'il  avait  à  se  venger  des 


m  HISTOIRE  DES  VlCOMTEa 

odieux  traitements  exercés  contre  son  père.  En  eltctr 
un  jour  que  Pierre,  seigneur  de  Pierrc-BafBère,  reri 
d'un  pèlerinage  &  Charroux,  les  partisans  du  vicomte 
Limoges  l'avaient  surpris,  meurtri  de  coups,  4é| 
do  ses  vAtements,  et  par  un  froid  rigoureux»  c'était  k 
Nq91«  Tavaicnt  foreé  de  travcrs'^r  un  cours  d'eau.  Us  V 
vaiont  roiiduit  ensuite  dans  Tabbaye  de  Solignac,  oA 
mourut,  quelques  jours  après,  dans  les  bras  de  l'ahhé 
rioe.  daucelme  et  Ad^mar  turent  également  cruels  di 
cette  guerre  :  les  gens  d'armes  du  vicomte  de  Lii 
e^Miunellaieul  tant  de  crimes  sur  leur  passage,  qu'ils 
salent  derrière  eux  les  campagnes  ravagées,  les  chaumii 
iuoendiAes.  Il  n\v  avait  de  sécurité  pour  personne;  les 
tn*s  même  Tuyaient,  abandonnant  leurs  églises,  se  ret 
dans  quelqties  abbayes,  fortifiées  alors  comme  des  pb 
de  guerre.  I.Vvèque  de  IJmogcs  quitta  son  diocèse,  au 
lieu  do  la  désolation  générale  ^   Pendant  longtemps  1' 
glise,  par  «es  prières  et  par  sos  menaces,  chercha  en 
A  arrêter  los  hostilités  :  en  vnin  les  moines  racontaient 
de^  mirarles,  autant  pour  consoler  le  peuple  de  ses 
lietirs,  que  pour  agir  sur  l'esprit  des  deux  ennemis; 
guerre  (Mtntinuait*. 

l«i«H  deux  partis,  pour  triompher,  avaient  moins  recoi 
aux  batailles  rangées»  qn*A  des  surprises,  faciles  d'aiiU 
dauH  une  contrée  iMuivcrte  do  forêts,  hérissée  de  noi 

I.  rA»fifi.   l'iitinur..  r.  XXXVIll. 

Ml  Ou  mismtAil  i{u'au  luouiriit  où  l'on  voulut  placer  lo  oorps  de  Géi 
iiI.Ih\  ilf«  S«iul-AuKiiKtiu  ili*  l<inio^>«i,  lUas  li>  lu^me  tomlNviu  ou  repc. 
iHilul  ili*  (iui,  un  lll•^  iliTuiiT»  i^i^iuon.  iTluï-oi,  fiouf  lui  fjiire  place, 
«|iH»Hiriia,  iMuiiuii  Hil  rut  î'iv  \i\Ant.  On  racontait  l'iicoro  qu'un  pèlerin 
Uiiuiuaiii.  ri*\tinAnt  «li'  JiTUisilrin  am>«'  un  monTAu  do  la  vraie  croix,  en 
uni  à  Ai\o.  !•'  ilA|h»iiA  au  |>i««il  d'un  ci'p  di^  vi^no,  il'où  il  ne  put  plui  Tl 
«ilHirt  i|uand  il  «iMilut  iwntniuiT  «ui  ntnto.  Maïh  !••  cun^  d'une  éffli*e  Toisil,^ 
Maiit  venu  vu  luiN'oiwittn,  put  (MUftorlvr  la  Mintr  rrlique,  dont  on  raoonta^ 
nuinbrru\  nuraflo»  |UM|u'à  la  tin  du  xvii*  «iiVli*.  'Rnnayentnre  île  SaM 
Anialdc  :  ///vf.  tir  S.  MartiaL)  ■ 


et  un  LA  VICOMTE  DE  LlMOliLS.  IU3 

''rentes  eollioo&,  et  coupée  par  Je  profonds  ravins.  L^s 
.105  du  vicunile  de  Limoges,  d  la  faveur  d'une  embuscade, 
loreni  ainsi  s'emparer  de  Gaucelme,  près  d'un  village 
f-'oa^Lai  Lebrat,  k  peu  de  dislance  du  cbâieaude  Pterre- 
i!ij(5èrc.  Ils  le  conduisirent  à  Ségur,  el  renfermèrent  dans 
uued«  loars  de  ta  vieille  citadelle.  11  y  resta  un  an,  pen- 
éul  lequel  ses  partisans  cniitinu^renl  la  guerre.  Enfin,  le 
àvpt  de  Limoges,  de  concert  avec  plusieurs  chevaliers, 
Tassaox  de  l'un  ou  de  l'autre  parti,  fatigués  de  celte  lutte 
liiitlanle,  parvint  à  rendre  la  paix  au  pays.  L'évâquc  Eus- 
:r;^««  et  Amiilard  qui,  de  simple  moine,  venait  d'ëlre  fait 
ob6  de  âaint-Martial,  iuleninrent  dans  la  lutte.  Gaucelme 
<voavm  la  liberté,  et  eut  avec  le  vicomte  de  Limoges  une 
vntrenie,  oii  l'un  el  l'autre,  promettunt  d'oublier  le  passé, 
jurèreM  (le  vivre  en  paix. 

L'a<  tour  féofjale,  pour  laquelle  le  seigneur  de  Pierre- 
iJutUre  refusait  de  faire  hommage,  avait  été  k'  prétexte 
11'  c*lle  guerre.  Devant  le  sépulcre  de  saint  Martial,  en 
ii-'^-fence  de  l'évËque,  de  l'abbé  et  de  plusieurs  chevaliers, 
■a  Clt  QQ  traité  portanl  que  Gaueelme  garderait  la  tour  du- 
i  ont  MX  mois,  après  lesquels  il  la  livrerait  ft  Seguin  et  â 
[  fini,  fils  de  Gérard  de  Lastours,  qui,  trois  moi»  après,  s'en- 
nguienli  la  rendre  au  vicomte  de  Limoges.  Ces  conven- 
iims,  sODCtioiuiées  par  le  ferment  des  parties,  cl  signées 
<ir  elles,  forent  inscrites  dans  une  charte  que  signèrent 
Musi  cent  chevaliers  associés  à  ces  luttes  sanglantes.  Bile 
Alteasuitc  coupée  ëo  dcuz  parties,  l'une  pour  être  dépo- 
li doos  let  archives  de  l'abbaye  de  Saint-Marliaf,  l'antre 
roniÎM  à  Gaucelme  (iin,  eirco) '.  Au  moyen  âge,  les 
jr^mds  seigneurs  plaçaient  leurs  transactions  sous  la  pru- 


i64  HISTOIRR  DBS  VICOMTES 

tecUon  de  TÉglisc,  qui  seule,  par  son  autorité,  pomiil 

leur  rappeler  la  foi  promise. 

L'Église  elle-même  avait  à  la  mAme  époque  ses  disoordcii 

dont  la  principale  fut  le  schisme  qui  la  divisait,  à  la  suite  da 

l'élection  de  deux  papes.  Girard,  évéque  d'AngoulAme,  ea* 

traîné  par  les  conseils  du  duc  d'Aquitaine,  Guillaume  Vn^ 

venait  de  donner,  en  sa  qualité  de  légat  du  saint-siége,  1^ 

consécration  épiscopale  du  siège  de  Limoges  à  Ranulph6| 

abbé  du  Dorât,  pour  punir  Eustorges  d'avoir  pris  le  parti 

d'Innocent  IL  llanulphe,  impatient  d'user  des  prérogative 

de  sa  dignité,  avant  même  d'avoir  été  reçu  i  Limoges,  H 

rendit  à  la  Souterraine  pour  faire  l'ordination  de  quelque! 

prêtres.  Les  seigneurs  voisins  accoururent  près  de  lui,  fli 

en  vue  de  plaire  au  duc  d'Aquitaine,  lui  firent  le  plus  gri 

cieux  accueil,  Mais,  le  môme  jour,  Eustorges,  protestai 

contre  cette  usurpation,  vaquait  à  la  même  cérémonie  dan 

Tabbaye  d'Uzerche,  où  s'étaient  réfugiés  plusieurs  religied 

de  la  Souterraine,  pour  protester  contre  l'évêque  scbism 

tique.  A  l'arrivée  de  son  compétiteur  à  Limoges,  il  se  retiq 

dans  le  château  de  Saint-Martial,  situé  à  si  peu  de  distanoi 

de  la  ville  que  l'usurpateur  pouvait  entendre  les  clocha 

qui,  chaque  jour,  sonnaient  son  excommunication,  comml 

un  gl^s  de  mort  ^  Une  partie,  do  son  clergé  l'avait  abaa 

donné,  à  l'instigation  du  comte  de  Poitiers,  dont  il  aval 

combattu  certaines  prétentions  sur  la  vicomte  de  Limogea 

Pour  se  prémunir  rentre  les  attaques  du  Poitevin,  q^ 

faisait  ravager  ses  terres  par  ses  hommes  de  guerre,  | 

avait  fait  reconstruire  le  château  de  Ghalusset,   dont  j 

confia  la  garde  â  deux  vaillants  chevaliers,  l'un  nomai| 

I 
I 

1.  Àt  Euitorgius  ab  utIms  hul.  «ladio  uuo  vii  iiilorjactintc  remotas,  Castrai 
Sancti  Mariialis,  pn  foribus  urbit  iuhabitat,  undo  is  qui  sedem  libi  catlïl 
dra  aiurpat,  ftioffulU  diebus  audirt  pouil  campanat  in  sua  excommuniaJI 
tione  loiiaQtei.  (Àp.  Script,  rer.  Franc,)  I 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  U.MOfiES.  165' 

Arnaud,  l'autre  Bernard  de  Javcroas.  Les  tours  encore  si 
pi Ito résilies  de  cet  édifice,  situé  au  conOuent  de  la  Ligoure 
fl  de  ta  Briance,  sont  pour  le  Limousin  les  plus  ueaux 
Kste<  des  cooslructions  du  moyen  âge. 

L'ér^ue  Girard,  en  sa  qualité  de  légat,  intervint  encore  à 
bmtioc  époque  comme  juge  des  dilférends  survenus  entre 
taye  dTzerclie  et  un  moine  rie  Cluny,  nommé  Philippe, 
ïsion  de  la  torH  de  Manzenas,  Les  grands  vassaux. 
ir  l'expiation  de  leurs  péchés,  ou  pour  se  faire  des  par- 
s  dans  les  abbayes,  donnaient  à  celles-ci  cerlaines  pro- 
;  mais  il  arrivait  quetqnetoîs  que  leurs  successeurs, 
leux-mëmes,  après  nn  certain  laps  d'années,  disposaient 
e  de  ces  fonds  sur  lesquels  ils  n'avaient  plus  aucun 
UDc  \k,  de  longues  discussions  entre  les  alibfiyes.  Un 
r,  profitant  de  la  présence  à  Tulle  de  l'évËquc  de  Li- 
»,  Bernard,  vicomte  de  Combom,  voulut  donner,  pour 
■lot  de  f-on  ime,  à  Philippe,  prieur  de  la  Celle  de  Ven- 
Wr,  la  forél  d'Aœanzénasj  qu'il  disait  lui  appartenir. 
Bua  njoine  d'L'ïerche,  nommé  Gérald.  et  l'archidiacre 
^la  même  abbaye,  de  laquelle  relevait  lu  fnrët,  s'oppo- 
itot  à  la  donation,  disant  que  le  comte  de  la  Marche 
Ht  donné  celle  terre  à  leur  monastère  entre  les  mains 
i  l'abbé  Gérald,  qu'dle  était  située  sur  b  paroisse  de 
rignac,  dont  l'église  avait  été  confiée  à  leur  garde  par 
:  Bumbald;  que  Bozon  de  la  Marche,  successeur 
MdoD,  avail  confirmé  cette  donation;  qu'au  reste  tous 
»  religieux  d'Uzercbe  viendraient  confirmer  par  serment 
»  allégations,  si  le  vicomte  de  Comborn  leur  accordait 
•  sauf-conduit.  Ces  explications  avaient  lieu  en  présence 
bVtbbé  de  Tulle,  de  l'éveque  de  Limoges  et  de  plusieurs 
nnes,  tant  laïques  qu'ecclésiastiques.  Un  jour 
t'fiié  pour  vider  le  différend;  mais  dans  i'inlervalle, 
UUppc,  le  moine  de  Cluny,  vint  trouver  le  légat  Girard  à 


i 


166  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

Aogouléine,  lui  dit  qu'il  tenait  cette  terre  de  l'abbé  de 
Solignac,  qui  affirmait  qu'elle  était  son  alleu,  et  à  l'appoi 
présentait  de  prétendues  chartes.  Girard  trompé  écrivit 
à  Ponce,  abbé  de  Gluny  :  «  Le  récit  de  notre  cher  Phi« 
lippe,  prieur  de  la  Celle  de  Ventadour,  et  les  chartes  qne 
nous  avons  lues,  nous  ont  appris  l'accord  par  lequel  las 
çhers  frères  Maurice,  abbé  de  Solignac,  et  son  chapitre  ont 
cédé  pour'to<]Jôurs  à  frère  Philippe  et,  dans  sa  personne»  i 
votre  communauté,  tous  leurs  droits  sur  l'église  de  Saint- 
Martin  de  Treignac,  et  sur  la  forêt  d'Amansénas;  droits 
que  le  monastère  de  Solignac  tenait  de  la  libéralité  des 
vicomtes  et  de  la  concession  des  évèques  de  Limoges*  Nous 
louons  et  nous  confirmons  par  l'autorité  de  ce  même  siège 
apostolique  le  susdit  accord,  de  façon  que  dans  la  suite 
Versonne  ne  puisse  vous  troubler  ^..  » 

A.U  jour  fixé  pour  la  réunion  à  Excideuil,  le  prieur  de 
/entadour  se  présenta,  et  au  moment  où  l'évêqiie  *Bu8« 
torges  allait  prononcer  sa  sentence,  exhiba  le  titre  obtenu 
du  légat.  L'évêque  le  blâma  sévèrement  de  ce  recours  furtif, 
et  plein  d'indignation  quitta  l'assemblée.  Albert,  abbé  d'U- 
zerche,  et  l'archidiacre  qui  l'avait  accompagné,  en  appelè- 
.  rent  au  légat  mieux  informé.  H)xcideuil  fut  le  lieu  de  la 
nouvelle  réunion.  L'évêque  s'y  présenta  avec  ses  clercs, 
l'abbé  d'Uzerc&e  avec  ses  religieux,  Adémar,  vicomte  de 
Limoges,  escorté  de  tous  ses  barons.  Après  de  nombreuses 
explications,  le  légat  du  saint*siége,  de  l'avis  des  évèques 
de  Umoges,  de  Périgueux  et  d'Agen,  décida  «  que  Bernard, 
vicomte  de  Gomborn,  répondrait,  autant  que  la  raison 
l'exigerait,  au  comte  de  la  Marche,  si  ce  dernier  l'atta- 
quait dans  les  quarante  jours  qui  suivraient  le  jugement 

1.  Cette  sentence,  donnée  à  Angoulème  en  1 H  6,  a  été  publiée  par  M.  l'abbé 
Maratu,  de  la  Société  archéologique  de  la  Charente,  dans  ses  sayantes  études 
sar  lainl  Bernard  :  Angoulème^  1864. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  I.IMOHES.  Itn 

jelatif  ID  rranc-alleu,  auquel  prétecdaienl  les  moines  d'U- 
lerche;  que  ceux-ci  produiraient  deux  témoins  qui  prou- 
Knient  avoir  vu  el  entendu  l'êvCquc  de  Limoges  donnaal, 
jvee  l'agrément  de  l'archidiacre  Oauberl  el  de  l'archiprélre 
Boîon,  l'église  de  Treignac  au  monastère  de  Sattri-PicrrC 
ilUierthe,  et  qu'en  attendant  les  moines  de  Cluny  seraient 
luisblfs  possesseurs  de  l.t  terre  donnée  par  Bemard  de 
{^joiborri.  el  y  feraient  les  constructions  qu'ils  jugeraient 
flccessaires'.  n  Assistèrent  à  celte  réunion  el  donnèrent  leur 
isieDtiment  à  la  sentence,  Hildebcrt,  Oérald,  archidiacres 
lit;  Limoges  ;  Arnaud,  Uls  de  Guillaume;  Guillaume  de  Nan- 
tiarî.  archidiacre  de  Périgueui;  Geoffroy,  aichidiacrc  d'A- 
po;  Pierre,  grand  chantre  d'AngoulfmB;  Hélie  de  Gimel 
«  RanuJpbe  de  Garait,  archiprêtrcs  de  Limoges.  Les  moines 
d'Uurche,  dans  le  délai  fixé,  produisirent  les  témoins  re- 
ipùs,  qui  alûrmèrent  avoir  assisté  à  la  donalion  de  l'église 
de  Tteignac;  le  comte  di;  la  Marche,  sur  leur  demande, 
attesta  la  donalion  qu'il  avait  faite;  mais  les  moines  de  Ven- 
ladottr,  Philippe  et  Adémar,  contiiiu<>rent  à  posséder  in- 
justement le  rraoc-aliuu.  KnGn  W-  vicomte  Bernard,  à  la 
demande  d'Adémar,  promit  de  se  trouver  h  Laubis,  le  jour 
lie  la  fête  de  saint  Marcel,  poor  traiter  l'affaire.  L'abbé 
d'Uierche  s'y  rendit,  mith  Adémar  refusa  de  répondre  aux 
questions.  Les  choses  eu  étaient  là,  quand  l'abbé  de  Cluny 
Tint  à  Lubersac.  GéraUl,  prieur  d'Uzerche,  lui  eipusa  ses 
griefs.  Ponce  fit  alors  appeler  ses  religieux,  el,  prenant 
l«urs  (nains,  les  mit  dans  celles  du  prieur  d'IJzcrcbe,  leur 
ordonnant,  au  nom  de  la  sainte  obéissance,  d'exécuter  à 
la  lettre,  envers  les  muines  d'Uzerche,  le  jugement  rendu 
par  le  légat  à  Kscideoil*.  n 


1.  FaA  à  Eicideuil. 

t.    OtiUK  :  JHÙKXll.. 

cttte  aSure  duii  les  M: 


au  de  riDCUtiatioa  du  Verbe  1116.  indlctioa  vjii. 
ib.  VI,  p.  400.  On  li'oiive  &uuï  quelques  d^tnils  m 
..  i-.  Nadatid.  Les  auliuiv  du  GaJlia  Chrisliana  n'e 


[ii»  lUSTOlUE  DKS  YICOMTKS 

Girard,  en  sa  qualilc  de  légat  du  saint-siége,  était  dê^ 
intervenu  dans  d'autres  discussions  particulières  au  diocèie 
de  Limoges.  Les  moines  d'Uzerche,  scandalisés  de  la  con- 
duite de  leur  abbé,  du  faste  qu'il  étalait,  lui  portèrent  leon 
plaintes.  Pierre  II,  surnommé  Béchade  de  Lastours,  parce 
que  pendant  sa  vie  militaire  il  avait  été  attaché  au  service 
des  seigneurs  de  ce  nom,  ayant  changé  le  casque  pour  le^ 
froc,  avait  fait  profession  dans  le  monastère  de  Saint- 
Pierre  d'Uzerohe,  et  en  était  devenu  abbé  vers  1108.  Habi- 
tué naguère  à  résister  à  ses  ennemis  par  la  force  des  armes,, 
il  résista  à  ses  religieux  par  son  éloquence  et  sa  connais- 
sance des  lois  canoniques,  et  les  réduisit  au  silence.  Mais 
les  juges,  peu  convaincus  de  son  innocence,  ne  l'admirent 
que  sous  l'autorité  du  serment.  F^erre  accepta  ce  moyen 
de  justification  et  reprit  le  chemin  de  son  monastère.  Lei 
moines  d'Uzcrche  vinrent  à  son  avance  pieds  nus  et  lui 
firent  une  solennelle  réception.  Quelque  temps  après,  soit 
par  un  sentiment  de  fierté  naturelle,  soit  qu'il  se  trouvât 
sous  le  poids  de  nouvelles  accusations,  il  résigna  ses  fonc- 
tions '• 

Enfin  la  voix  ôiuqueiUc  de  saint  liernard  mit  fin  au 
schisme  qui  (li\i2>ait  l'K^lisc  d'Occident;  la  légitimité  d'In- 
nocent II  fut  reconnue  par  le  clcigé  de  France,  et  l'évoque 
Ëustorgcs  rétabli  dans  tous  les  honneurs  de  ses  fonctions, 
épiscopales.  Ce  grand  homme,  après  avoir  d'aboi*d  échoué 
c^ans  ses  remontrances,  avait  enfin  triomphé  de  Tobstina-* 
iun  du  duc  d^Aquilaim*.  Un  jour,  comme  il  disait  la  mcâse 
daits  une  église  de  Poitiers,  le  duc  se  tenant  à  la  porte,  il. 
prend  l'hostie  en  main,  vient  à  lui  :  «  Voici,  lui  dit-il,  votre, 
Dieu  et  votre  juge;  o.^erez-voLs  le  mépriser?  »  Le  duc,  sur- 
pris et  attendri,  déclare  sur-le-champ  qu'il  reconnaît  Inno-  ' 

i.  Baluze  :  HisL  Tutel,,  Ap^ciid.,  col.  8iJ. 


i 


ET  DE  L.\  VICOMTE  DE  LIMOliES,  l«D 

ma  pour  le  vrai  pape,  fait  sa  paix  avec  Euslorges  et  le 
tti;oit  magniQqueoient  dans  son  château  de  Chin-et-Boivre. 
fUnnlphe  venait  à  peine  de  quitter  Poitiers  pour  rentrer 
so  Dont,  quaod  il  apprit  cette  réconciliation  :  surexcité 
|«r  is  colèri;,  il  tomba  de  cheval,  Trappe  d'une  attaque 
d'apoplexie  (1133)  '. 

le  peuple  rit  bien  d'autres  malheurs.  Un  incendie,  dont 
00  off  ooDQut  pas  la  cause,  venait  de  détruire  la  partie  de 
Liooges  appelée  le  Ch&teau,  le  monastère  de  Saint-Mar-   ' 
bil,  placé  tiaos  la  mCme  enceinte,  avec  les  belles  statues, 
(Bnres  des  meilleurs  artistes,  qui  faisaient  l'ornement  do 
(ioUrv.  L'église  de  Saint-Pierre-du-Quejrois,  celle  deSaint< 
tlichiel-de»4joos  et  le  monastère  de  Salnt-Marlin,  eurent  le   ' 
mtot  tort.  Ed  même  temps  une  affreuse  disette  désolait  la   i 
pitrs.  Oa  entendait  pendant  la  nuit  les  moines  qui  psalmo-  J 
dîuent  le»  douleurs  de  Job  *,  et  prêchaient  la  résignation  f 
xn  peuple,  qui  mourait  dans  tes  tortures  de  la  faim.  La  mt-  1 
'  i^Liit  géoérale;  des  religieux,  des  chevaliers,  comme  ^ 
.'lis  pauvres,  tendaient  les  mains,  demandant  le  pain  de  ] 
' mône.  L'imagination  troublée  voyait  partout  des  faits 
JBrnalorels.  On  racontait  qu'il  était  né  en  Aquitaine  uoe  j 
■Bine  à  deux  corps,  à  deus  létes,  à  quatre  mains  et  à  deux  | 

V  Uilfré  ce  triste  état  de  choses,  quelques  baron» 

|pr  compte  des  soulTrances  du  peuple,  donnaient  un  libre  1 

*^n  &  leurs  ressentiments  el  h  leur  ambition.  Quoiqu*  j 

'  rime  lie  Pierre-Bumère  fût  sorti  de  sa  prison  de  Ségur  1 

hoDorabk-s  conditions,  Ebles,  vicomte  de  VenladourJ  ' 

>j  iimit  BU  tl37,el  tut  enterré  dîna  l'^glieede  gtiut'AiiKUlUl  1 

.:'.:fti.  éf^quc  d'AngouUme,  priaiilii  k  se»  funëniUeE.  (Talut-  M 

-^  f/iroa.  Adem.  Voiieiu.)  ' 

j_  •  ...  .~i  MO*  nucapimm  de  manu  Dsi,  mila  qaire  u 

i.  Ctron.  Adeim.  Votùriu.,  c.  XL. 


no  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

son  oncle,  n'en  forma  pas  moins  le  projet  de  st  fenger^ 
vicomte  de  Limoges.  Instruit  qn'en  revenant  d'an  pèltital 
à  Notre-Dame-du-Puy,  en  Velay,  Adémar  traverteidMl 
montagnes  de  l'Auvergne,  et  les  collines  sur  une  desqiNl 
s'élevait  le  ch&teau  de  Ventadouri  il  plaça  des  hotf(| 
d'armes  en  embuscade  dans  les  principaux  passages,  |i 
se  saisir  de  sa  personne.  Aussi  Adémar  surpris»  n'n 
pour  se  défendre  que  son  bâton  de  pèlerin,  ne  put  restai 

•  ' 

Ebles  le  retint,  pendant  deux  ans,  dans  une  des  toaiil 
son  ch&teau,  sans  vouloir  écouter  les  prières  de  ses  ||| 
sollicitant  la  mise  en  liberté  du  prisonnier  qui,  trop  jj 
pour  demander  grâce,  ue  rêvait  qu'aux  moyens  de  se  f 
ger.  Pour  ne  pas  oublier  sa  haine,  il  laissa  croître  toul^ 
barbe,  et  jura  de  ne  la  couper  que  lorsqu'il  aurait  pnnU 
ennemi.  Ses  contemporains  le  surnommèrent  1$  Barlm*i 
chambaud  de  Gomborn,  qui  avait  épousé  une  de  sesfl 
nommée  Brunissende  et  quelquefois  Humberge,  panrif 
gagner  un  des  hommes  d'armes  de  Ventadour,  qui  piq 
de  faire  sortir  le  prisonnier  pendant  la  nuit.  En  afllit 
l'heure  convenue,  quelques  gens  de  Gomborn,  portanU 
armes  cachées  sous  leurs  vêtements,  vinrent  rôder  anl 
de  la  place.  Mais  Adémar,  rotenu  trop  longtemps  par  lu 
cessité  de  satisfaire  quelques  besoins  de  la  nature,  ne  pi 
pas  assez  à  temps  an  lieu  indiqué,  et  ceux  qui  l'attendsl 
voyant  venir  le  jour,  s'éloignèrent  &  la  hâle,  pour  ne  ' 
être  découverts  par  les  gens  de  garde  sur  les  muraillei 
château  *.  Enfin,  ennuyé  de  sa  captivité,  n'attendant  rie^ 
la  générosité  de  son  ennemi,  il  demanda  k  entrer  en  il^ 
dations  avec  lui.  Ebles  exigeait  pour  sa  rançon  douze  nfl 
sous  d'or,  dont  il  ne  voulait  rien  rabattre.  Cette  somme 
livrée,  et  Adémar  sortit  de  sa  prison,  où,  malgré  son  él 

1.  «  ...  Sed  ipfto  atl  ueccMaria  iialarw  diutiui»  iiiiiuoreutc,  diluculo  ftH^ 
recetseruui.  »  {Chron,  Adem,  Votietu,^  o.  xltii.) 


KT  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  171 

«9  fbrces  physiques  s'étaient  prodigieusement  aSki- 
La  habitants  de  Limoges  «ivaient  regretté  son  absence, 
«  ^-assaux  en  avaient  profité  pour  s'enrichir  à  leurs 
f.  Le  jour  de  son  entrée  dans  la  ville,  les  citoyens  de 
ies  rangs,  et  les  moines,  avec  les  bannières  de  leurs 
I,  tinrent  à  son  avance.  Mais  ce  n'était  plus  le  guer- 
Crépîde  et  altier  d'autrefois;  ses  cheveux  et  sa  barbe 
t  Manchi;  la  vieillesse  était  venue  avant  l'âge  :  sa  haute 
l'était  courbée;  sa  démarche  était  chancelante,  quand 
reroir  son  habitation  qui,  depuis  deux  ans,  ne  reten- 
plus  du  bruit  des  fêtes  et  de  l'orgie  des  festins.  Du- 
mte  sa  captivité,  sa  famille  avait  habité  le  château  de 

m  celui  de  Combom.  Qui  III,  son  fils,  qu'il  s'était 
l  quelque  temps  auparavant,  avait  administré  la  vi- 
.Cdoi-ci,  que  la  couleur  de  son  teint  et  sa  laideur 
nmoftimer  Granl  (corbeau),  était  un  des  plus  hardis 
ïen  de  son  temps  :  plein  de  courage,  libéral,  soignent 
t  instmit  à  Técole  des  moines,  il  promettait  au  pays 
BIT  de  paix  et  de  prospérité.  Les  habitants  de  Limoges, 
i  ceux  des  campagnes,  et  même  les  étrangers  qui 
eut  le  connaître,  appréciaient  ses  qualités.  Quand  on 
lo'il  devait  visiter  ses  terres  et  ses  vassaux,  on  accou- 
a  rencontre. 

seule  personne  ne  partageait  pas  cet  enthousiasme 
>ule  pour  le  jeune  guerrier;  c'était  sa  belle-mère, 
ie  Carrio,  ou  des  Gars,  seconde  femme  de  son  père, 
iinarqnablc  encore  par  sa  beauté,  comptant  sur  l'as- 
it  qu'elle  exerçait  sur  son  mari,  ne  devait  pas  reculer 
an  crime  pour  faire  la  fortune  de  ses  propres  en- 

Elle  chercha  donc  tous  les  moyens  de  faire  passer 

i  éuit.  letoa  U  cbrooique  de  Vigeoiit  fille  àt  GQilUume-TtiltofM'» 
AafPMlèfiM.  Le  Labovreur  k  ouafood  avec  la  femne  d'Adéuar  IL 
iUni  Muinberge.  {Art  de  vérif,  les  data.) 


ns  HISTOIRE  DK8  VICOMTES 

la  vicomte  dans  les  mains  d'Hélie,  l'un  d'eux,  né  du  secoi 
mariage  d'Adémar,  au  détriment  de  Gui,  né  du  premier,^ 
par  conséquent,  comme  Tainé  de  la  famille,  seul  héritii 
du  titre  et  de  l'autorité  de  ses  ancêtres.  Non  contente  d'^ 
ciler  Tanimosité  entre  les  deux  frères,  elle  recourait  à  toiÉ| 
sortes  d'intrigues  pour  se  faire  des  partisans  parmi  les  4 
gneurs  du  pays  ;  on  la  vit  plusieurs  foiS|  mère  ambiUfl^ 
et  dissimulée,  visiter  les  abbayes  de  Liiùoges,  déposant, i; 
nom  de  son  fils,  de  riches  offrandes  sur  les  autels,  dao| 
but  de  lui  attirer  les  sympathies  du  clergé.  Mais  Adémar  ] 
comprenant  les  projets  de  sa  femme,  quoique  n'osant! 
résister,  n'eu  aimait  pas  moins  son  fils  aîné  ;  c*était 
lui  qu'il  voulait  laisser  la  vicomte,  ses  ch&teaux,  ses 
et  ses  aimes  de  bataille.  Comprenant  enfin  qu'elle  ne  {M 
vait  rien  obtenir  par  la  ruse  et  la  corruption,  cette  odiei 
femme  eut  recours  à  un  crime.  La  main  qui  déposait  < 
offrandes  sur  les  autels  versa  du  poison  dans  le  breuvaj;» 
Gui,  qui  semblait  ignorer  jusqu'où  pouvaient  aller  rambitl 
et  la  haine  de  sa  marAtre.  Mais  un  religieux,  un  magicî 
comme  on  disait  alors,  parce  qu'il  avait  quelques  conni 
sances  des  sciences  naturelles,  Adémar,  abbé  de  Saint-M 
tial,  administra  à  temps  à  la  victime  un  utile  contre-poiai 
Il  mourut  puu  de  temps  après  ^23  août  1124),  sansav 
laissé  à  personne  le  secret  de  son  intervention  et  la  naU 
de  son  antidote*.  Alors  la  marâtre,  cachant  ses  proj 
sous  de  faux  semblants  de  repentir,  pi^oflta  de  la  uégligei 
du  jeune  homme,  qui  succomba  trois  mois  après  l'ai 
de  Sainl-Martiai  qui  Tuvait  sauvé.  Une  foule  nombreq 
avec  tous  ies  signes  du  deuil,  vint  à  Limoges  as:>ister  à . 

I.  Au  lieu  irAdéiiiai.  rj^miiiv  le  dil  la  chronique  de  Vigeoié,  il  Une 
lire  Amblani,  «|iii  fut  abbé  de  Saiut-Uartiâl  (dusieu»  anuéetf  aprèa  Àdèli 
cl  qui  mourut,  uou  eu  lii4,  luaii  eu  1143.  ;Gâll.  caaiST.  :  Hçcie»,  Im 

victiuù,) 


i 


er  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOfiES.  Hl! 

&jltes'.  liane  des  Cars  ne  profita  pas  {le  son  ciime, 


p  peD  de  temps  après  elle  vit  mourir  B 


,  son  propre 


•  rieillesse  d'Adémar  HT  se  passa  dans  les  larmes.  Hu- 
milié de  sa  longue  captivité  à  Veotadour,  dégoûté  de  la  vie 
■près  b  mort  de  Gui,  cet  homme  qu'en  avait  vu  si  impla- 
ubl^eiNitre  ses  ennemis,  n'osa  pas  punir  le  crime  dt>  sa 
leome.  Pendant  que,  tout  eu  proie  à  ses  regrets  et  à  sa  fai- 
tlesse,  il  vivait  dans  la  retraite,  il  eut  encore  la  douleur  de 
uir  les  tombes  de  la  basilique  Saint-Martial  s'ouvrir  pour 
Mefoir  ses  autres  enfants  mâles,  et  par  conséquent  sa  vi- 
eoiot^  tomber  d'épée  en  quenouille.  De  ses  deux  Hlles, 
l'nne,  Bninissende,  avait  épousé  Archambaiii!  de  Comborn. 
iknl  rite  avait  plusieurs  enranls;  l'autre,  nommée  Emma, 
rfai  m(  nne  vie  agitée  par  d'ardentes  passions,  ne  mérita 
qae  tes  malédictions.  Elle  avait  d'abord  été  mariée  à  Bar- 
don  de  Cognac,  dont  elle  n'eut  pas  d'enfants  :  veuve,  Jors- 
p'elle  était  encore  jeune  et  belle,  elle  épousa,  en  lt36, 
ioîtlaum'^  \,  duc  d'Aquilaittc,  qui  lui  promettait  plus 
féctut  et  d'honneurs  que  Guillaume -Taillerer,  fils  de  Wul- 
pk-l^llefer,  comte  d'Angoaléme,  dont  elle  (lait  passion- 
Ifanent  aimée,  et  à  la  cour  duquel  elle  vennit  souvent, 
IllipsaDl  par  sa  beauté  les  plus  nobles  châtelaines  de  Sain- 
looge  i*t  d'Angoumois '. 

Gaillaume-Taillefer,  égaré  par  sa  passion,  furieui  d'avoir 
Hi  supplanté  par  le  duc  d'Aquitaine,  encouragé  par  les 
iripieurs  du  Limousin  qui  redoutaient  la  domination  du 
*àttna.  dissimula  son  ressentiment  et  vint  souvent  au 
ita  de  Clain-ct-Botvre  prendre  part  aux  fêtes  de  sou 


luctu  Lamovicjc  delatiu,  i 


m  UISTOWB  DIS  VIC0MT18 

suzerain.  Un  jour  que  celui-ci  était  aLsepU  il  hû  ravit  a 
épouse.  Guillaume,  iudigné,  résolut  de  se  fenger,  et  aM 
à  lui  ses  vassaux  et  ses  hommes  d'armes.  Ceux  du  limo|| 
se  rangèrent  du  côté  du  comte  d'Angouléme,  craignant  ^ 
si  la  vicomte  ae  Limoges  devenait  la  dot  d'Emma,  eUd 
les  fit  passer  sous  la  domination  immédiate  de  Poitiers*  I 
cris  de  haine  et  de  vengeance  retentissaient  en  Angoum^ 
en  Limousin  et  en  Poitou  ;  partout  on  s'apprêtait  à  ùâ 
battre,  tandis  que  le  vieux  vicomte  de  limoges,  retiré  d| 
son  chftteau  de  Ségur,  maudissait  sa  fille,  qui  l'emptall 
de  mourir  en  paix.  Au  momeut  où  la  guerre  allait  birti 
nouvelles  ruines,  on  apprit  que  le  comte  de  Poitiers»  i 
s'était  promis  de  détruire  Limoges,  venait  de  mourir  é\ 
un  pèlerinage  à  Saint-Jacques  de  Compostclle,  léguant  ^ 
duehé  d'Aquitaine  à  la  jeune  et  belle  Aliénor^  sa  fille  alnl 
qu'il  destinait  pour  épouse,  selon  le  bon  plaisir  de  | 
barops,  à  Louis,  fils  atné  de  Louis -le-Oros,  roi  de  Frai 
(mai  1137).  Les  deux  partis  posèrent  les  armes  à  la  graa 
joie  du  peuple,  qui  à  la  vue  de  ces  préparatifs  avait  tremJ 
pour  ses  récoltes  et  pour  ses  chaumières  K 

Louis  VI  avait  saisi  avec  empressement  celte  occasion, 
réunir  au  royaume  de  France  cette  belle  Aquitaine  q) 
depuis  si  longtemps,  conservait  son  indépendance  et  t 
autonomie;  il  s*élait  rendu  à  Limoges,  où  Tattendai^ 
quantité  de  seiéçneurs  accourus  daris  la  villa  dès  la  veill 
pour  assister  aux  cérémonies  religieuses  de  la  fête  de  sd 
Martial.  Le  jeune  Louis  VU  arriva  quelques  jours  apij 
accompagné  de  cinq  cents  chevaliers,  brillant  corl^ 
auquel  se  mêlèrent  quelques  grands  vassaux  du  Midi,  U 
qu'Alphonse,  fils  de  Raymond,  le  comte  de  Saint-Gilles 

I.  Le*  moine*  aUrihuèroiit  m  niori  à  riiitercewîi'ui  de  Saiot-Martial ,  | 
«arsit  aiatj  «outUiil  U>  Limousin  aiii  mAlhfiuni  ilont  l'aTait  menacé  le  i 
J*AqmUiiie. 


1 


ET  Oi  LA  VICOMTE  DK  LIMOGES.  176 

f  comte  de  Toulouse.  Le  jeune  priuee.  qui  Tenait 
essayer  de  la  fidélité  d'une  feoune  du  Midi,  fut 
rande  pompe  par  les  grands,  le  clergé  et  le  pen- 
se fit  pas  payer  le  droit  de  bienrenue  par  le 
jdémar  III,  comme  l'autorisait  la  loi  des  fiefs,  et 
point  dans  le  palais  vicomtal  :  les  moines  de 
liai  mirent  k  sa  disposition  leurs  plus  beaux 
mts.  Le  lendemain,  après  une  procession  solen* 
lompagné  de  Rodulphe  de  Femelle,  comte  de 
As,  qui  épousa  une  sœur  d'AIiénor,  de  Thibaut, 
Champagne  et  de  Brie,  du  ?ieux  vicomte  de 
et  de  tout  le  clergé ,  dans  les  rangs  duquel  on 
t  Pierre,  abbé  de  Cluny,  Suger  de  Saint4)enis 
tant  contribué  à  la  gloire  du  dernier  règne,  il 
a  ville  avec  toute  son  escorte  et  alla  camper  de 
é  de  la  Vienne,  d'où  il  partit  pour  Bordeaux,  où 
recevoir  la  main  d'AIiénor  *.  Il  sut  dans  cette 
ice  ménager  l'orgueil  des  Aquitains  en  n'usant 
iviléges  que  lui  donnaient  les  coutumes  féodales, 
s  toute  providentielle  des  peuples,  l'avenir  dépend 
es  circonstances  en  apparence  les  plus  futiles  : 
lu  vicomte  de  Limoges  n'avait  pas  déserté  le  lit 
Aquitaine  pour  celui  du  comte  d'Angoulême ,  le 
it  peut^tre  resté  longtemps  encore  séparé  du 
de  France  proprement  dit,  et  l'Angleterre  n'y 
.  régné  *. 

Dort  de  son  second  mari,  £mma  de  Limoges  était 
l'héritière  légitime  de  la  vicomte,  mais  ce  ne  fut 
qu'Adémar  III,  son  père,  voulut  laisser  ce  riche 


Voêieiu^  c  iLViii. 

d'Aquitaioe  âTait  épousé  Emma  de  Umo^  dant  Teapoir  4*M 
esMCur.  car  il  o'aTait  en  de  sa  première  femme,  Aénor  de  ChA- 


j 


176  HISTOIRE  DBS  YICOHIVS 

héritage.  Heureux  de  l'affection  que  lui  témoigniil 
autre  fille,  mariée  au  vicomte  de  Combom,  et  reconi 
de  ce  qu'ayait  fait   celui-ci  pour  l'arracher  des 
d'Ebles  de  Ventadour,  il  choisit  pour  lui  succéder 
deux  fils,  Oui  et  Adémar,  à  l'exclusion  de  tous  ses 
parents,  ordonnant  que,  si  l'un  venait  à  mourir,  l'i 
gardât  la  vicomte  tout  entière.  Cette  disposition 
dernier  acte  politique  de  sa  vie  si  longue,  si  mèl^ 
plaisirs  et  de  peines.  Dès  lors,  n'attendant  plus  vU 
monde,  dégoûté  du  pouvoir ,  courbé  par  Page ,  abat 
les  douleurs,  il  se  retira  dans  l'abbaye  de  Cluny, 
laquelle  il  avait  eu  toujours  tant  de  dévouement 
respect.  Sa  vie  de  pénitence  et  de  pratiques  pieuses  n' 
pas  longue.  Peu  de  temps  après,  on  vit  revenir  son 
cueil  porté  par  quelques  hommes  d'armes,  accom] 
de  quelques  moines,  qui  lui  ouvrirent  une  tombe 
ses  ancêtres  dans  le  cloître  de  Saint-Martial. 

A  cette  époque,  Limoges  n'avait  rien  à  envier  aux  al 
villes  du  Midi;  le  commerce  y  av<dt    pris  une 
extension;  plusieurs  riches   industries  s'y  étaient 
loppées.    Les    marchands    de    l'Auvergne  et  des  ai 
contrées  adjacentes    venaient  y  acheter    les  étoffes 
Nord  et  les  autres  produits  d'outre-Loire.  Les  moines^ 
abbayes  étrangères,  qui  venaient  à  Limoges  vénérer! 
reliques   des   saints,    étaient  souvent   les  guides   et' 
c-ompagnons    de   ces    petites    caravanes    de    marc! 
étrangers.   Les  denrées  du  Midi  y  affluaient;   les 
merçants  des  bords  de  la  Méditerranée  et  de  la  Pro^ 
les  y  déposaient,  pour  qu'on  les  fit  ensuite  passer  di 
Nord.    Cet  accroissement  de  la    fortune    publique 
certaines    villes  eut  pour  principale    cause   la  prei 
croisade  qui  avait  mis  en  rapport,  en  créant  de  nou^ 
besoins,  des  populations  qui  auparavant  se  connais 


4 


ET  Ot  LA  VICUMTË  DK  LUI0ti|i8. 

i  (Jeoieiire  des  vicomteB  de  Limo^jes,  quoique 

,  loqjoars  sud  aspect  féodal ,  ses  baules  tours 

•  larges  foKsvs,  qui  la  séparaient  des  maisons 

i,  iUil  deTCDoe  le  séjoar  de  l'opulence,  du  luxe,  un 

l^gus  de   fêtes  et  de  plaisirs,  oh  se  pressaient  les 

>  cbitelaines  et  tous  les  troubadours  qui  cou- 

.  I  j  pradigalilé  y  allait  au  train  de  la  richesse. 

i  de  Pwtiers  n'y  trouvaient  aucune  différence 

I  qu'ils   donnaient   à  leurs   vassaux  sous  les 

ges  de  leur  château  de  Clain-et-Boiyre. 

)  exemple    de   la   prodigalité    sonipLiteuse    du 

a  Umogrs,  el  qui  |ieut  ttutrer  dans  le  tableau  des 

k  temps.  —  a  Le  comte  de  Foiliers,  (iuillaume, 

I  comte  de  Toulouse,  dit  Oeoiïroi  de  Vigeois, 

Limoges,   Adéniar   le   dt^frayn,    suivant   la 

r  il  arriva  que  le  maître  d'bfitcl  demanda  du 

tslantin  de  la  San»  —  c'ét:iit  une  denrée  alors 

K.  Celui-ci  le  mena  dans  une  chambre,  ou  il  trouva 

}  répandu  Jt  terre,  i-omme  le  gland  qu'on  donne 

.  «Voici,  dit-il,  du  poivre  pour  les  sauces  de 

u  et,  ajaiU  pris  une  pelle,  il  lui  présentait, 

t  qu'il  ne  le  lui  jetait  <.  Cela  fut  rapporté 

B  magoiilceoce,  au  comte  qui  ne  manqua  pas  d'y 

Adénur  vint  H  son  tour  i  Poiliers.  Guil- 

sc  de  lui  vendre  du  bois,  uRn  de  l'empScher 

k  cuisine.  Alors  les  geai  du  vicomte,  ayant  ramassé 

■  noix  qu'ils  purent  trouver,  eo  firent  de  fçiands 

t  tnxqueU  ils  mirent  le  Teu;  ce  qui  produisit  des 

■-ardents,  dout  ils  se  servirent  pour  apprêter 

!  leur  maître.  Le  corale,   l'ayant  appris,  loua 

I  d0  Limousins  qu'il  traitait  auparavant 


178  mSTOIRB  B8B  VIG0MTB8 

de  gens  stupides  et  grossiers  ^  d  On  Tenait  auari  de  \sU^ 
acheter  à  Limoges  les  produits  de  son  orféyrerie,  aea  hmÊÉ 
vases  ciselés  d'or  et  d'argent,  dont  le  travail  artislhiél 
s'était  encore  perfectionné  depuis  l'argentier  de  Dagobeil^' 
saint  Éloi,  et  dont  se  servit  an  des  prétendants  au  siégi 
épiscopal  pour  gagner  à  sa  cause  les  grands  dignitaires  éé 
la  cour  pontificale. 

Quand  on  avait  voulu  donner  un  successeur  à  Eostorges,' 
un  parti,  disposant  d'un  grand  nombre  de  suffrages,  ft 
prévaloir  les  prétentions  d'Amblard,  qui  attendit  à  peine  que 
la  tombe  se  fût  fermée  sur  son  prédécesseur,  pour  prendre 
possession  du  fiége  épiscopal.  Cet  empressement  exdiri 
l'indignation  de  ses  ennemis,  qui  élurent  (îérard,  doyen  dé 
Saint*Trieix,  et  neveu  d'Bustorges/  Chaque  faction  s'effor^l 
de  s'assurer  ]e  succès  de  son  candidat  :  Pierre  Laurez,  cuiil 
de  Saiiil4^rre-du-Que7roix,  accompagné  de  plusieurs  de 
ses  amis,  vint  de  la  part  du  pape  interdire  à  Amblard 
l'entrée  de  l'église.  De  là,  de  part  et  d'autre,  des  actes  de 
violence.  Bonifaoe,  un  des  partisans  d* Amblard,  frappa  si 
rudement  Laurez  à  la  Qgure,  que  celui-ci  recueillit  son 
sang  sur  sa  robe  pour  le  montrer  au  pape.  Amblard,  après 
avoir  vainement  demandé  à  l'abbé  de  Gluny  de  soutenir  ses 
prétentions,  vint  lui-même  h  Rome  plaider  sa  cause.  Gérard, 
son  compétiteur,  eut  recours  à  un  autre  moyen  ;  il  invita 
à  un  festin  les  grands  dignitaires  de  l'Église,  leur  servit  les 
mets  les  plus  exquis,  les  vins  les  plus  délicieux,  et  plaça 
devant  eux  de  magnifiques  vases  d'or  qu'il  avait  apportés 
de  Limoges.  Le  lendemain,  au  moment  où  le  légat  aposto- 
lique célébrait  la  messe  pour  le  repos  de  l'âme  d'Eustorges, 
il  lui  offrit  une  riche  et  magnifique  coupe  d'argent  ciselée 
et  remplie  de  pièces  d'or.  Tout  cet  or,  tout  cet  argent 

2.  «  Du  fiiiwpe  ooQgrao  eitulit  Lemovioenses,  qui  iUot  mulliftiri^  repf» 
hendere  teotaveimt  rattioitaiis  causa.  »  (Chron,  Vasiens.} 


ET  DE  LA  VICOimt  DK  LIMMES.  fTfl 

dmit-fl,  lai  avait  été  remis  par  son  oncle  pour  qu'il  le 
Attribuât  aux  églises  du  pays.  Lorsque  le  pape  lui 
taiiida  s'il  avait  obtenu  son  élection  par  simonie,  Gérard 
jm  le  contraire  ;  il  reçut  donc  la  consécration  et  revint  à 
lÎBoges  tout  fier  de  ton  Irionplie  ^ 

I.  Ckrom.  nus»  de  Limoges, 


180  HISTOIRE  DBS  VIGOIITES 


CHAPITRE  Vn 


LBS  VICOMTES  DE  LIMOGES  ET  LA  DYNASTIE  DE  COMBORH 

Dynastie  de  Gomborn  :  Adémar  IV  et  Gui  IV,  yicomtee.  —  Gtierre  pow  k 
•ofiOMiion  d*Archambaud  de  Gomborn  :  mort  de  Boion  II,  fieomte  èi 
Torenne.  —  Note  lur  l'abbaye  de  Tulle.  —  Amblard,  abbé  de  StiBU 
Martial ,  remplacé  par  Gérard  de  Coarcillas.  —  Let  monastères  de  Borti 
de  Ghamberet  et  de  Bonnessaigue.  —  Saint  Etienne  et  Tabbaye  d'ObaûM^^. 

—  Le  monastère  de  Goiroux.  —  Description  des  environs  d'Obuine.  — 
Note  sur  le  tombeau  de  saint  Etienne.  —  Saint  Bernard  précbe  une  nos* 
Telle  croisade.  — -  Robert  de  RofQguac  eu  Palestine.  —  Gui  IV  et  iM  ' 
barons  du  Limousin  à  la  croisade.  —  Odon  de  Saint-Ghamans,  son  béroisiMi 

—  Gui  IV  et  sa  femm»,  tille  de  Thibaut  de  Blason.  —  Mort  d'Adémar  !▼• 

—  Rbles  11  de  Ventadour,  troubadour.  —  Il  reçoit  le  comte  de  Poitien  à 
Ventadour.  —  Le  château  de  Ventadour,  rendez-yous  des  troubadours.  — 
Bernard  de  Veutadour  meurt  à  Dalon.  —  Adémar  V;  Archamband  de 
Gomborn,  son  tuteur.  —  Louis  et  Aliéuor  d'Aquitaine  à  Limoges.  —  Aliénor  ' 
mariée  à  Henri  Plantagenet.  —  Henri  et^liénor  mal  reçus  à  LimogM.  — 
Henri  H  dispose  de  la  tutelle  d*Adéniar  V.  —  Reltis  des  habitants  de 
Limoges  d'obéir  au  vicomte  :  vengcanco  dn  Henri  II.  —  LaGommémora- 
tion  des  morts  à  Limoge».  —  Lex  moines  de  Muret  à  Grandmont; 
description  des  lieux.  —  Dons  de  Henri  II  à  Grandmont.—  L'hiver  de  1151. 
-«  Adémar  V  reçoit  ThibAut,  comte  de  Champagne.  —  Intervention  de 
Henri  II  dans  les  questions  religieusos^.  —  Adémar  V  prend  le  parti  de 
Benard,  son  oncle.  —  Guerre  à  l'occasiou  d'ICxcideuil.  — -  Félonie  d'Adi- 
mar  V.  —  Mécontentement  d'Olivier  de  Lutours  et  des  autres  seignenn. 

—  Mort  d'Hélie.  —  Dédicace  de  l'église  de  Grandmont.  —  Les  seignaun 
du  Limousin  hostiles  k  Henri  il.  —  Hommage  d' Adémar  V  à  Mootmirail; 
les  bourgeois  de  Limoges  se  fortilieut  contre  le  roi  d'Angleterre.  — 
Gommencement  des  discordes  dans  la  famille  de  Henri  II.  —  Note  ior 
TégliM  de  Saint-Martin. 

La  première  dynastie  des  vicomtes  de  Limoges,  com- 
mencée avec  FuichériuSy  seigneur  de  Ségur,  finit  avec 
Adémar  III,  dit  le  Barbu.  Durant  près  de  trois  siècles,  elle 
se  trouva  mêlée  à  tous  les  événements  qui  eurent  pour 
résultai  d'accroître  la  puissance  féodale  au  détriment  de  la 


ET  DE  H  VICOMTE  DE  UMO..ES, 
njjirié;  plusieurs  de  ses  membres,   vicomtes  ou  posses- 
Prenn  de  grands  flefs,  purent  résister,  autant  par  leur  cou- 
pîir  une  habile  politique,  aux  prétentions  de  leurs 
■■uimiai  immédiats,  et  surtout  auiï  ducs  d'Aquitaine,  donl 
le  dfmier  ne  légua  à  la  royauté  capétienne  rjue  des  droits 
coDtfïIés  par  tous  les  grands  vassaux  du   Midi.  Après  l^i 
mon  d'Adémar  ITI,  AdémarlV  et  Gui  IV,  ses  petits-fils,  nés 
I  dbstartage  de  Bmnisspndt,  sa  fille,  avec  Archambaud-le- 
I  Itrbu,  vicomte  de  Comborn,  lui  succédèrent  dans  la  vi- 
I  comté,  comme  il  l'avait  demandé  (1139)'.  Mais  ce  ne  fut 
pts  uQs  one  vive  opposition  de  leurs  pareuts  du  cOlé  ma- 
lerul,  qui  prétendaient  que  la  vicomte  était  un  Gefmas- 
coUq'.  Le  roi  Louis- le-Jeune,  en  iî41,  étant  venu  à  Limo- 
ps,ftù  il  demeura  quelques  Jours,  gagné  par  eux,  tiompé 
)ur  leurs  intrigues,  adopta  cette  opinion  et  rejeta  les  pré- 
IfQlioQi  des  deux  frères  à  cette  partie  de  l'héritage  de  leur 
i'^rtl.  Bientôlaprës,  mieux  instruit,  fléchi  parleurs  prières, 
■înplanl  sur  leur  assistance  contre  le  comte  de  Toulouse, 
pérant  aussi  s'attacher  la  noblesse  du  Limousin,  qui  pré- 
rtlf  la  dynastie  nouvelle  â   l'ancieune,   il  reconnut  les 
■  i}\  jeunes  vicomtes,  leur  donna  l'investiture  en  sa  qua- 
lité de  duc  d'Aquitaine,  moyennant  le  payement  de  deui; 
s  marcs  d'argent,  dont  il  avait  besoin  pour  continuer 
dilion  contre  le  comte  de  Toulouse  '. 
eux  frères  administrèrent   ensemble  la  vicomte, 
1  un  accord  bien  rare  à  cette  époque  parmi  les  mem- 
I  des  grandes  familles,  le  plus  souvent  divisées  par  I;i 

e  de  Umaifs»,  dila  ausii  de  Comborn,  wur  de  Gui  IV  el  d'Ad^- 
',  BDln  ta  retïgiuu.  Noue  U  IrauTODs  obbetee  de  Notre-Dsme-de-U 
■  IISS.  {Ginéal.  de  Geoffroy  de  Breuil,  cbap.  2L1.) 

rlea^1te^  Je  Limogei  porUi«Dl  ;  d'or,  à  trou  lioitt  d'aiw; 
»  de  gueuiea.  Ceui  de  U  dynulie  de  Cumbraa,  d'argtiil 
I,  towonAé  d'azur,  tampassé  el  armi  dt  sable. 
t  ...  lËaerlDi  ÎUorum.  pcpereil  illi»,  accrptlt  >Xi  eitdein  duienliii  mircu 
i.  a  {CIm».  ààem,  ron'nw.,  a.  iv.) 


Ittâ  HISTOIRE  D£S  VICOMTES 

hâae  et  par  l'ambition.  Gui  IV,  encore  bien  jeune,  épouH 

■ 

Marquise»  fille  de  Roger  II  de  Montgommeri,  comte  d|i 
Laocastre,  et  d*Almodis  de  la  Marche  '  ;  Adémar  IV,  HaP;1 
guérite  do  Turenne,  âlle  de  Raymond  I*',  un  des  héros  4f . 
la  première  croisade.  Les  ressources,  que  leur  promet^ 
taienl  ces  alliances,  les  mettaient  à  l'abri  des  attaques  df 
leurs  ennemis.  Ils  en  eurent  bientôt  besoin,  pour  résisttt 
à  Oui  Flamenc,  leur  neveu^  qui  au  nom  de  sa  mè 
revendiquait  une  partie  de  l'héritage  d'Archambaud 
Ck>mborn,  son  aïeul.  Adémar  IV  appela  à  son  secou 
Bozon  U,  son  beau-frère,  vicomte  de  Turenne,  qui  dès 
première  jeunesse  montrait  beimcoup  de  goût  pour 
armes.  Sa  mère,  Mathildc,  fille  de  Geoffroy  II,  comte 
Perche,  qui  après  la  mort  de  Raymond  I^  avait  épo 
Gui  de  Lastours,  avertie  dans  un  songe  que  le  jeui 
homme  serait  victime  de  son  courage,  avait  supplié  Be 
nard  II,  conile  de  la  Marche,  de  lui  défendre  de  sa  p 
de  prendre  parti  dans  aucune  expédition  de  guerre.  N 
contente  de  cette  précaution,  elle  assistait  tous  les  jouil 
à  une  messe  du  Sainl-Esprit,  dite  par  les  religieux  du  mm 
nasière  d'Ariiac,  et  priait  I)i(Mi  de  protéger  son  Qls.  iM 
jeune  vicomte,  touché  des  larmes  de  sa  mère«  s'abstin 
quelque  temps  de  porter  les  armes  ;  mais  après  sa  morL 
rien  ne  put  le  retenir.  En  vain  Bernard  l'avertit  encore  qoÉ 
sa  mère  lui  avait  apparu  en  son^e,  qu  elle  lui  faisait  dipi 
que  cette  guerre  lui  serait  fatale  ;  il  assembla  à  la  hAte  M 
chevaliers,  et  alla  rejoindre  Gui  et  Adémar,  occupés  | 
faire  le  siège  du  château  de  La  RucheSaint-Paul,  sitof 
sur  les  terres  du  Périgord.  Quelques  jours  après,  s'élaol 
par  bravade  trop  rapproche  de  la  place,  il  fut  atteint  d'uidl 

I.  Ro(ç«r  H,  rhuié  d*Aii^«terre  par  Henri  !•%  m?  rclini  daiis  lo.  romlé  fl 
U  Mardie,  dot  d'Almodii,  sa  femme.  II  se  lixa  au  rhAteaa  de  Gbarroui,  dlN 
Il  Ait  lurnommé  le  foitemn, 

4 


i 


ET  DK  U  VICOMTE  DK  LIMOr.Eli^.  1B3 

■  •iJDOQrol  JU)«sit&L  llti  l'enlcna  dans  l'abbaye  de 
%aK  pfiscDCe  de  tous  les  grands  vosâaiiz  du  pays, 
de  Conibom,  Kblcs  de  VenlaJour,  Bugues 
Belculd,  G^nl  de  Martenne,  Brrnard  de  CuremoDte, 
de  Hofngnac,  <(  de  plusiturs  autres*.  Les  abbés 
Tlntclie,  de  Vigeois  et  de  Dalon  aâsistërent  à  la  céré- 
tÊtiê  avec  un  nombreux  clergé.  AussitAl  que  le  corps 
H  été  d^poa^  dau»  la  looibe,  Adémar  iV,  pour  témoi- 
ler  de  «es  regrets,  remit  h  Rïbles,  abbé  d'ilcercbe,  une 
Urie,  par  Uqaelle  il  faisait  aux  religieus  d'impoi^ 
M»  do&&lion«.  iiotoa  II  lui-mâme,  par  un  teslament 
1  ptui  de  letnpa  avunl  sa  mort,  avait  chargé  Ëustorgie, 
(tome,  de  doaoer  h  manse  de  Tarsac  aux  pauvres  que 
■Rissait  a\cn  l'abbajc  d'Oba:^lne,  devenue  le  rendez- 
Bi  des  iudigpnU  de  eellL'  conirée  montueusc.  La  pieuse 
ne  «GCoiuplitscs  Tolontés  :  ud  jour,  v^tuc  de  ses  babils 
deuïl,  en  présence  de  tous  les  chevaliers  du  cbàleau 
TnreaDL-,  elle  rtçul  Etienue,  le.  fondateur  de  l'abbsyc, 
mit  ce  pouession  de  la  inause,  et  lui  baisa  la  roaîn,  en 
pt  do  Ift  sincérilé  de  son  oITi-ande  ^.  La  mort  de  Bozoït  11 
inja  ipllcmcot  les  deux  vicooites  de  Limoges,  qu'ils 
baodouaèreDl  le  si^ge  du  chlleuu  de  La  Roche-Saint' 
aal(  ob  il&s'éuient  laotés  do  faire  leur  ennemi  prisou- 

t.  tAUMI  :  Bâf.  Fulti..  f.  Itl.  Bniaa  II  xw\l  dpcuté  depuii  p«u  Kui- 
qpt.  ON*  it  BvrMtil,  «eii^eur  U'Andiau  et  d'Alxii,  de  Iwiadis  naquit 

ilédite  i  uint  lUrtiu.  titu^  au  coollueal  de  U  So- 

IX*  ««da,  (UT  uu  rai^AMifi^iii 

u  Ttdl  «ui  guiAtrfn  d'A'léimt  d'EKalt  {/te  SraUù),  ilool 

i.Miiu.  iTfc  NouudU,  «  rtnuDH,  T  aiiréll  Tondt  no  pslll 

uinaatUrt.  «juil  HA  iWlriitl  par  le  Nornunds,  (ut  rtiUiiri 

CXùimu,  iloomlo  tiu  Bu-Limuuiin,  qui  (aidait  i  Tulle. 
#(iiia  de  Skint-Julno,  de  â*itil-Mkrliii-di'-l'i-l>u>iir.  di 
ih  k*  (unis,  d«  âvillun,  tUpifioaun  nMiaen  «L  AcCl*  _ 

_  1  t«44inBit.  (B*i,i:iE  ;  HùiTt^M.  —  CUi 

Il  1^  avAvjh*  ♦otBW-  TuM-)         ' 

[  1.  Clin  S.  S4tpitMm  Otiumfntù,  u/>.  Boiloml.  : 


ji9  wstiesim  lAsai  3  siul 


icecCte  nerw^.  es  ghaehtat  gartoU  des  alfiés 

itmA  i  K  «écteï  &e  partîaa  aaail5t  après  la- 
ie ieer  fère  :  oemmat  et  aiBlMk^u  fl  anil 
liwilé  duiiuc  ëe  fortes  iBKniBcs  leortiuites  par 
W  et  protégées  pv  ne  lov.  appelée  la  TmÊr-^AmMmi. 
et  piiA  Urd  la  f— r-frfiiiafe.  Après  avoir  guuteiai 
iriofl-bait  aas  Fabbaje,  Q  «xt  poor  soecessenr  Albei^ 
frère  de  Génrd  de  CoorriOas,  dievaber  d^Aobosson»  qid 
fle  montra  trèA-sérèrc  enrers  ses  infmcars  dans  tootas 
les  abbayes  référant  de  la  âenne  *. 

Pendant  les  dernières  guerres  féodales,  le  Limons» 
s'était  enricbi  de  nooreanx  établissements  rdigîenz,  dn 
monastère  de  XotrM>ame  de  Bort«  de  Tordre  de  Cfamy, 
ricbement  âcié  par  les  seigneurs  de  Gombom.  de  Venta- 
door  et  de  Saint-Jolien;  de  Notre-Dame  de  Cbamberet, 
#oami»  4  l'abbaje  de  Sclignac  par  le  TÎcomte  de  Combom 
qui,  arec  les  seigneurs  d'Anglars  et  d'Ambrageat,  enri- 
chit anssi  le  monastère  des  religieuses  de  Bonnessaigne, 
fondé  par  Eudes,  duc  d'Aquitaine  ^. 

Parmi  les  fondations  religieuses  de  cette  époque  aucune 
ne  fut  plus  célèbre  que  celle  d'Obasine,  née  sous  le  souffle 

1.  Benurd,  abbé  de  TerrasMo,  qui  yooliit  lui  résister,  fut  obligé  de  oôui» 
pAftltre  dftos  le  chapitre  de  Saint-Martial,  devant  son  supérieur,  qui  lui  ôta 
la  erofw,  le  réduisit  à  la^oodition  de  simple  moine,  et  lui  défendit  de  sortir 
ssoi  M  permiisioo.  Bernard  ne  reprit  que  plus  tard  sa  dignité,  i  la  soUidU- 
tioo  de  l'abbé  de  Saint-Augustin.  (GalL.  chbist.  :  Eceles,  Lemovkent,) 

%.  ClaUTD.  ErriRN.SdT  :  Mss,,  Reckerehet  sur  /es  abbeofes. 


T  DE  l.X  vrnOMTfi  DK  l.IMfliiF>.  18S 

ni  Bernard,  qui  s'elTorrait  de  ramener  le 
njacM-'oie  aux  beaux  jours  de  son  hisloJre.  Klle  eut  pour 
datrar  Etienne,  né  à  Bassignac-le-Haiil,  élev<^  de  bonne 
ire  dans  les  pratiqrjes  pieuses  par  (îauberte,  sa  mère,  qui 
«iale  de  lai  avait  rêvé  qu'elle  portait  un  agneau,  et  une 
rc  fois  on  petit  chien  qu'elle  voyait  courir  autour  d'un 
^lu  de  brebis.  A  la  mort  île  son  ptre,  après  avoir 
:5lré  quelque  temps  un  brillant  héritage,  docile  aux 
_il^  de  saiot  Robert,  abbé  de  la  Chaise-Dien,  et  entraîné 
lotit  ce  qu'on  disait  des  prédications  de  saint  Bernard, 
nonc^  au  inonde,  entra  dans  les  ordres  et  commença 
i  les  environs  sa  mission  évaogélique.  Ce  fut  au  milieu 
isplendide  festin,  auquel  il  assistait  avec  sa  famille,  qu'il 
onçi  la  résolution  de  se  consacrer  à  la  Vie  religieuse, 
ndtmt  aux  embrassemenls  de  ses  parents  et  de  ses 
I,  après  avoir  passé  la  nuit  h  prier  avec  un  prêtre  de- 
:  ipeTqQe  temps  associé  à  sa  piété,  il  partit  avec  son 
pA^nn,  les  pieds  nus,  la  corde  aux  reins,  pour  aller 
er  les  clercs  dont  on  vantait  dans  les  abbayes  voisines 
alents  et  la  piété. 

limne  et  Pierre  passèrent  dix  mois  aiec  un  ermite, 
imé  Bertrand,  établi  dans  le  pays  depuis  quelque 
ps,  qui  leur  enseipna  les  vertus  de  la  vie  érémitlque. 
livrent  ensuite  à  la  recherche  d'une  profonde  soli- 
[.  et  après  de  longues  courses,  arrivèrent  au  milieu 
la  forêt  (l'Obasine,  à  l'endroit  le  plus  écarté,  où 
Ae  ne  pouvait  croître,  où  la  crCte  des  collines  se 
m  souvent  de  neige.  Le  jour  de  Pâques,  l'un  d'eux 
!  dans  une  petite  église  voisine.  Ils  n'avaient 
^é  depuis  deux  jours  :  leurs  pieds  élaieol.  dé- 
wr  les  ronces  des  sentiers  abruptes,  quand  une 
mme  de  Pauliac,  touchée  de  lear  misère,  leur 
.  pain  noir  et  nn  vase  de  lait  :  la  plupart  du 


«86  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

temps  ils  ne  mangeaient  que  des  racinesi  jusqu'à  ce 
les  habitants  des  lieux  voisins,  édifiés  de  leur  saiute 
vinrent  leur  olDrir  des  vivres,  en  leur  demandant  d< 
pas  s'éloigner.  Etienne,  bien  différent  d'un  faux  ei 
qui  avait  paru  dans  les  mêmes  lieux,  quelque  temps 
ravant,  et  qui  avait  abusé  de  la  générosité  des  fli 
ne  voulait  qu'édifier  ses  semblables.  Couvrant  sa 
d'un  cilice  qui  meurtrissait  sa  chair,  il  se  bâtit  une 
dans  ce  désert,  d'où  il  envoya  à  Limoges  Pierre, 
mier  compagnon,  avec  un  autre  clerc,  nommé 
pour  informer  de  ses  résolutions  l'évéque,  qui  leur  fit; 
sent  d'une  croix  bénite  et  les  autorisa  à  célébrer  la 
Le  désert  devint  bientôt  un  sanctuaire  :  les  trois 
cultivaient  quelques  parcelles  de  terrain,  ne  prei 
peu  de  nourriture  que  le  soir,  et  passaient  en  piièi 
partie  des  nuits.  Plusieurs  personnes  vinrent  sol 
d'Etienne  la  permission  de  vivre,  de  travailler  et  de 
avec  lui.  Un  monastère  fut  créé  sur  ce  sol,  si  stéri] 
dépourvu  de  végétation  que  personne  n'en  réclai 
propriété.  Plusieurs  cellules  se  groupèrent  autour  de 
du  saint,  et,  quand  la  pieuse  colonie  se  fut  augraej 
c'était  à  qui  des  deux  cénobites  n'aurait  pas  l'hoi 
d'en  être  le  chef.  Gcofl'roi,  évoque  de  Chartres,  1^ 
pape,  qui  était  alors  dans  le  Limousin,  étant  veut 
visiter,  choisit  Etienne  pour  chef  de  la  communauté 
santé.  Mais  il  fallait  une  règle  cénobitique  ;  aussi  le 
fondateur  alla-t-il  visiter  les  moines  de  Dalon  et 
la  Grande  Chartreuse  de.  Grenoble,  pour  s'inspii 
leurs  exemples;  mais  il  ne  rêvait  que  de  la  règle  d( 
teaux.  A  son  retour,  il  trouva  que  le  nombre  de  ses 
s'était  augmenté.  Quelques  étrangers,  venus  par  curû 
y  étaient  restés  comme  croyants,  entre  autres  Bégoi 
Scorailles,  qui  voulut  y  expier  toute  une  vie  de  dissii 


i 


El  M  L*  VICUMTE  DE  UMOGES.  IW 

dâwbes.  Le  nouveau  converti  ne  quitta  cette  soli- 
qucqstlque  temps  après  pour  aller  fonder,  près  d« 
très,  le  mouastère  de  Valetle,  dans  un  lieu  désert, 
Erldtpiiiï  des  siècles  pai'  une  forêt  de  b^tres.  Pen- 
ce Itmps-là  les  eonslnictions  s'étaient  agrandies  à 
Wl'^IÛB  fui  consacrée  par  i'évCque  de  Limoges, 
Btuarec  loi  qut'lques  moines  de  Dalon,  et  éleva 
Hlll  dignité  d'abbé  (1143).  Sis  ans  après,  le  pape 
lU  i  igréger  cette  camaïuaaulé  à  l'ordre  de  Saint- 
.  Du  inimeiisc  réputation  de  sainteté  et  de  bien- 
H  Iflt  bienlAt  acquise  au  fondateur  :  on  se  racon- 
1  loin  les  miracles  qu'il  avait  opérés,  lorsqu'on  ap- 
>'i]  Tenait  de  mourir  à  Bonuai^ue,  près  d'Ussol, 
re  déjà  fondé  par  les  seigneurs  d'Ussel, 
1  souvent  et  od  il  établit  la  règle  de  Clteaux. 
taei  de  Tulle  devaient  recevoir  son  corps  dans 
ùe,  en  attendant  qu'on  le  transportât  à  Ubasine. 
cjçux  restes  avaient  pour  eux  tant  de  prix  qu'ils 
lit  1  se  les  attribuer;  mais  aussitôt  que  l'absoute 
par  eux,  à  quelque  distance  de  Tulle,  les  reli- 
'Obasine,  inslruils  de  leurs  projets,  chargèrent 
s  épaules  les  précieux  restes  de  leur  père,  et  les 
mat  dans  sa  bien-aimée  solitude,  où  tous  Icd 
i  se  parlagërent  les  lambeaux  de  ses  vêtements, 
autant  de  reliques  précieuses. 
Etienne  avait  aussi  posé  à  Obastne  les  fonde- 
d'un-  cloître  destiné  à  recevoir  des  femmes  qui 
ieol  au  monde,  à  la  tendresse  d'une  mère,  aux 
la  maternité  :  quelques-unes,  Samaritaines  repen- 
1  remontaient  aux  joies  de  Tàme  par  les  rudes 
de  la  pénitence,  y  venaient  pleurer  leurs  éga- 
.  Telle  fut  l'abbaye  de  Colroux,  de  l'ordre  de 
relevant  d'Obaaine,   dont  l'abbé  était   le  pÈre 


118  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

spirituel.  Rien  de  plus  triste  que  remplacement  d< 
couvent,  jeté    dans    ranfractuosité  des  hautes 
d'où  les  regards  ne  peuvent  se  reposer   que   sur 
montagnes  dénudées,  ou  sur  des  *  blocs  de  pierre 
par  les  orages,  roulés  par  les  torrents. 

L'abbaye  d'Obasine  s'enrichit  rapidement  des  doi 
obtenues  des  vicomtes  de  Limoges,  de  Comhom,  de  Ti 
dour,  et  des  autres  seigneurs  de  la  contrée.  Le  nte^ 
saint  Etienne  avait  choisi  était  sauvage  et  stérile, 
des  collines  abruptes,  hérissées  de  masses  granitiques/ 
core  aujourd'hui  on  ne  peut  s'empêcher  d'admirer  Yi 
gigantesque  des  moines  qui,  sur  cette  terre  désolée,  ji 
la  vie  à  pleines  mains,  y  produisirent  ce  que  notre 
savant  peut  bien  appeler  encore  les  miracles  de  ]m\ 
Ëlevons-nous  sur  ces  montagnes,  aux  flancs  d< 
coule  un  ruisseau  limpide  ;  la  source  n'est  pas  loin  : 
va  sans  doute  jaillir  à  quelques  pas  sous  ces 
granit,  lancées  en  aiguilles  par  des  volcans  d'hier,  e1 
menacent  de  rouler  dans  l'abtroe.  Comment  ce  cours 
arrivera-t-il  à  la  demeure  des  saints  qui  sont  allés  le 
cher  au  loin?  comment  Iranchira-t-il  la  montagne? C'< 
miracle  de  sainf  Etienne  :  a  Durant  sept  ans,  dit  la  lé| 
on  chercha  h  lui  ouvrir  un  passage.  Jeunes  hommes, 
lards,  habitués  à  porter  le  poids  du  soleil  et  des  hii 
venaient  couvrir  de  leurs  sueurs  quelques  parcelU 
granit  que  leurs  mains  détachaient.  Ce  que  les  1 
humaines  ne  pouvaient  obtenir,  la  foi  raccnmplit.  Ëti 
priait  à  l'écart.  Tout  à  coup  le  rocher  s'entr'ouvre  :  un  1 
se  détache  du  flanc  de  la  montagne  et  s'arrête  sus| 
sur  le  penchant  du  précipice.  C'est  le  miracle 
triomphe  de  la  foi  qui  transporte  les  montagnes, 'f 
vivifle  le  désert,  n  Ces  lieux,  grâce  au  travail  des  mol 
sont  aujourd'hui  couverts  d'une  riche  végétation, 


ET  DE  LA  VICUMTË  DE  UMOGES.  ttJ9 

btjeesteu  ruines;  l'église  seule  témoigne  encore  des 

»  «avres  de  la  religion,  mais  elle  pleure  ses  plus 

»  ornements  arrachés  au  xvu°  siècle  à  la  sainte  basi- 

is  et  criés  dans  tes  rillages,  comme  des  objets 

H  i  l'art,  inutiles  aux  souvenirs  de  l'histoire.  Où 

Bt  les  refiles  de  l'illustre  fondateur  ?  Ils  ne  sont  plua 

pi)  pierre  qui  devait  les  couvrir.  La  vertu  et  la  gloir*  ' 

Mpu  mtme  trouvé  la  pais  dans  la  tombe  ', 

K  Beroard,  dont  la  voix  éloquente  excitait  les  chr6* 

li  il  seconde  croisade,  visita  Obasiue.  Ses  prédications 

Idiveriioa  aux  guerres  féodales  de  l'époque.  L'Église 

pntqus,  pour  vaincre  l'hérésie  qui  troublait  déjà  les 

i  midi  de  la  France,  il  fallait  pousser  de  nou- 

n  l'Asie  le  monde  chrétien,  à  la  fois  menacé  par  des 

I»  antisociales  et  préoccupé  de  nouveaux  intérêts 

!i  ués  des  progrès  de  la  civilisation,  aussi  bien  datltf  ' 

s  ia  peuple  que  dans  ceux  du  clergé  et  de  la  no-^ 

i  Ce  n'était  pa»  seulement  le  tombeau  du  Christ  A< 

ir,  la  ville  sainte  à  défendre,  les  chrétiens  captift 

,  la  Palestine  à  remettre  sous  le  sceptre  des  suc*' 

ï  de  (jodefroi  de  Bouillon;  il  y  avait  aussi  eu  Occi-    ' 

ifbdépeudaace  de  l'Eglise  à   défendre  contre  deS' 

k  ambitieux,  et  l'unité  du  catholicisme  à  protéger 

Iles  entreprises  des  sectaires.  La  mission,  A  laquelle 

lit  l'abbé  de  Clairvaux,  couvrait  la  suprématie  do' 

e  contre  les  empiétements  des  empereurs  d'Alle- 

^  De  tous  ceux  qui  s'associèrent  à  celte  entreprise* 

encore  diiu  l'^irliic  une  belle  piorro  ijui  wiiiïre  peut-être  lei 

&  Slianov.  tormiDl  k  a  bue  un  oirré  lou^,  au-deiEua  duquel  ' 

IrlM  quatre  cAtéi  une  ^eiie  d'uuvertured  ogivéen,  noutonuei  par  doi    ' 

■  lUguilei  lurmoDléet  d'nns  friie  i  rmacee.   Le  monumeol  te  ler- 

I  m  angle  aigu,  dnnl  lea  deux  focei  mdI  oocupée*  par  <lei  groupe* 

■  m  ^  reUgienwg.  Csit  uns  coatredit  une  des  bellea  muirei  dA 

<*  liMt.  (V.  poor  plus  de  deuils  mao  Hàtoii-e  du  Bns-Ltmoiam . 


190  HWVOIM  DBB  VlOOimi 

politique  et  religieuse,  Louis  Vil  se  fit  prirfl 
remarquer  par  sod  pieux  eutbouriasine.  Les  bN 
cheTalierSy  qui  le  suivirent,  étaieut  ai  peu  M 
mômes  sentiments,  qoe  plusieurs  flrmt  les  ttà 
▼oyage  avec  les  trésors  des  églises,  promeUaatf 
tituer,  et,  en  attendant,  donnant  de  mauvaieesN 
Robert  de  Rofflgnac  se  montra  plus  juste  :  Todi 
voyage  de  Jérusalem,  il  vint  à  Tulle  en  1141^  «il 
son  fils,  et  Robert,  son  neveu,  le  jour  de  la  PmM 
dant  que  les  moioea  dînaient,  entra  tout  à  oouf 
nard  de  Combom,  qui  voulait  faire  le  mtaae  vcqfi 
rendit,  en  présence  de  l'abbé,  tout  ee  qu'il  lai 
auparavant  ;  puis  il  embrassa  tous  les  moines  4 
cet  acte  de  religion  et  de  justice  >.  ' 

Oui  IV,  Talné  des  deux  vicomtes  de  LimogM 
1147  à  la  suite  de  Louis  VU,  suivi  d'une  grandi 
la  noblesse  du  Limousin,  dans  les  rangs  del 
montraient  pleins  d'ardeur  les  deux  seigneurs  éi 
qui  se  rappelaient  avec  orgueil  les  exploits  dirt 
dans  la  première  croisade.  On  sait  les  tristes  M 
cette  expédition.  Oeoffroi  de  Rançon,  un  des  plU 
rons  de  la  vicomte,  par  une  téméraire  imprudendi 
perte  d'une  partie  de  l'armée  dans  les  défilés  dt 

Un  autre  se  montra  plus  habile  et  plus  bérol| 
de  Saint^Chamans,  maréchal,  puis  bouteiller  dH 
de  Jérusalem,  entré  plus  tard  dans  l'ordre  du  TM 
été  choisi  pour  grand-raaltre,  quand  Philippe  d^ 
se  fut  démis  de  cette  dignité;  étant  tombé  danjÉ[ 

des  infidèles  an  combat  du  Gué-de-Jaeob,  SaladM 

'1 

■ 
I.   «  TbcBaarDii  MTclMiarum  atifereKiini.  fiilM  pmrBiftPnWHl 

{Chrtn.  Ad€m.  VoiienM,)  *i 

S.  Balaie  :  Hùi.  Tutei. 

3.  MinHArn  :  ffist.  th»  Crftwifi^x. 


HT  DR  U  VKOMTË  DE  LMOGES.  W 

I  riebftQg«r  eoatr«  un  t)es  émirs  releDOs  dnns  les 
I  de  rardra.  Sxint-Chamans  fit  celte  bémîqtie  ré- 
•  It  D6  nmx  pas  auloriser  par  mon  exempte  la 
ideeaz  de  mes  rdigieus  qui  se  laisseraient  pren- 
ine  d'être  rnchptés.  Un  templier  doit  vaincre  uu 
i(t  H  peut  donner  pour  sa  rançon  qoe  son  poignard 
Mmoif.  ■  ]J  mourut  dans  les  fers  après  quelques 
^  eapliYité.  Le  ricomte  de  Limogres  n'eol  pus  te 
'  it  Toir  Jérusaleio,  ni  de  revenir  dans  la  terre  de 
Mns.  Après  avoir  laissé  les  radavrea  de  plusieurs 
■  4us  les  plaines  rie  l'Asie-Mioeure,  il  mourul  à 
e,  peat-^lre  des  excès  do  celle  cour  voluptueuse  oh 
dodiesse  d'Aquitaine  oubliai!  si  joj-eusement  ïon 
I  la  Tille  sainte.  Ses  tM>mpagnoiM  ne  rapportèrent 
ttrpt  pour  le  déposer  dans  le  cloître  do  Saint- 
es ne  remirent  â  son  frère,  selon  ses  ordres,  qu'un 
1^  pmà  prix,  pieuse  relique  apportée  aulreroîs 
kiMD  par  Gouffier  de  Lastours  <■ 
,  camme  on  t'a  vu,  avait  épousé  Marquise  de  la 
i|ai  ne  lai  laissa  pas  d'enfants,  et  après  celle-ci 
I  putMaot  seigneur  Thibaut  du  Blazon.  Celte  der- 
ris  (fueiqac  temps  de  mariage,  craignant  de  ne 
r  d'entants,  de  perdre  l'ainilié  de  son  mari,  et 
Ut9  répudiée,  f«ignil  une  grossesse;  puis,  3>œu- 
doirieitn  do  rotihntemeDt,  elle  supposa  an  fruit 
<pii  éUil  la  Bile  d'un  piroisslen  de  Bassignac.  Le 
KHI  mari,  la  Miupi;cinnant  d'addltère,  la  ronllraila, 
iu-mer  dau  dqo  prison,  el  aurait  même  attenté  ft 
u  larrainte  qu'il  avait  de  la  reine  de  France,  à 
ilU  Utuit  par  des  liens  de  pareal^.  Mais  il  dé- 
sar  la  sœur  d'un  clievolier  nommé 


192  HISTOIRE  DKS  VIGOMTKS 

Gaillaume  Réthiel,  veuve  de  Geoffroi  la  Félicia  ;  il  Taec^ 
d'avoir  favorisé  les  désordres  de  sa  femme  et  la  fit  arrM| 
Cependant,  n'osant  pas  la  punir  à  Limoges»  où  il  craig^j 
l'irritation  du  peuple  et  du  clergé,  il  la  conduisit  dauil 
bourg  d'Àyen  et  l'y  fit  brûler  vive  en  présence  des  habil|i|| 
consternés.  Quelque  temps  après ,  la  supposition  de  V^ 
faut  fut  découverte  et  avec  elle  tomba  l'accusation  d'ad^ 
tère.  Alors  Guillaume  Réthiel,  voulant  venger  sa  sol 
appela  Gui  IV  en  duel|  en  présence  du  roi  de  France.  J 
reine  de  France  s'y  opposa,  et  parvint  à  réconcUiflf( 
vicomte  et  le  chevalier.  La  vicomtesse  elle-même,  ren| 
à  la  liberté,  retrouva  les  bonnes  grAces  de  son  mari.  || 
mourut  quelque  temps  après,  de  douleur  et  de  regret'^ 
n'avoir  pas  les  joies  de  la  maternité  ^  i 

Adémar  IV,  qui  était  resté  dans  la  vicomte,  pendant  f 
son  frère  conduisait  leurs  vassaux  en  Palestine,  mouni 
Limoges,  la  même  année  que  lui,  vers  1148.  On  l'inhai 
en  grande  pompe  dans  Téglise  de  Saint-Martial,  en  II 
d'une  ouverture  qui  éclairait  la  chapelle,  où  l'abbé, 
monastère  disait  ordinairement  la  messe.  Il  laissa  de  Ml 
guérite  de  Turenne,  sa  femme,  un  fils  qui  lui  succéda, 
une  ûlle,  nommée  Marie  de  Limoges,  mariée  de  bof 
heure  à  Ëbles,  vicomle  de  Ventadour.  Marguerite,  eno 
jeune  à  la  mort  de  son  mari,  épousa  £bles  II  de  Ventad<| 
surnommé  Canlador,  le  chanteur.  Mais,  deux  ans  api 
honteusement  répudiée,  sous  prétexte  de  parenté,  ella 
relira  à  Limoges  ^.  Ebles  était  connu  depuis  longtemps  | 
ses  joyeuses  chansons,  par  son  imagination  vive  et  ardai 

I.  D.  Uoiiquct,  t.  XII,  |).  ir>î.  K\lr.  <ic  la  Chnmique  do  SaÎDl-MartH 
l.imngei».  Cette  Chronique^  où  )ts  ^vi^neinentff  sont  rapportés  sans  01 
l'uinnieiicv  avec  l'ère  l'iirûtinme  el  Huit  eu  1273.  Elle  eut  pour  auteur  PI 
Cur.-tl,  suiroi'Shiv-enieiit  abln;  iIp  Sniiit- .Martin  de  Limons  et  de  Saiut-! 
•le  Tulle. 

i,  Chron,  Vonemiu. 


KT  I)K  IJl  VtCOMTÉ  BE  LIMOi;ES.  )B3 

»r  MD  goOt  pour  les  plaisirs.  Gomme  troubadour, 
Kiveo(  fait  .issaut  d'improvisations  pioétiques  avec 
I,  comte  de  Poitiers,  a  bon  troubadour,  bon  che- 
nw»,  qui  counit  lougtemps  le  monde  pour  trom- 
r>  L'un  et  l'autre,  se  jouant  également  de 
e  el  des  réprimandes  de  l'Église,  lernissaient  l'éclat 
Itom  par  une  excessive  dépravation  de  mœurs  ',  et 
loi  <1«  luxe  el  de  dépenses  fastueuses, 
r  le  Tîcomte  de  Ventsdonr  arriva  au  chSteau  de 
loivre.  Le  duc,  qui  était  alors  à  table,  ordonna 
e  préparw  &  son  vassal  un  repas  somptueux,  et, 
dBOt,  acbevail  tranquillement  le  sien.  Voyant  qu'on 
ait  k  le  servir,  mais  avec  un  peu  de  lenteur,  «  Mon- 
',  dit  Ebles,  ce  n'était  pas  la  peine  de  faire  tant  de 
pour  un  si  petit  vicomte  et  compagnon  que  moi.  n 
!  comprit  le  reproche  et  la  raillerie  :  quelques 
rti,  voulant  «.avoir  comment  le  petit  vicomte  serait 
«voir  son  suierain,  U  le  suivit  de  près  arec  une 

0  ceal  chevaliers,  el  arriva  pendant  le  diner  au 
ie  Veotadour.  Ebles,  jaloux  de  pouvoir  montrer  à 
ique  U  demeure  d'un  vicomte  est  au  moins  aussi 

nie  que  celle  du  puissant  duc  d'Aquit&ine,  ne  se 
«point;  il  lui  bit  promptement  donner  â  laver, 
>  virlets,  iScuycrs  ci  damoiseaux,  courant  le  cbA- 
es  maisons  voisines,  en  rapportent  une  grande 
de  Tiandes  apprêtée».  Ce  jour,  heureusement  pour 
r  du  cb&tcau  de  Ventadour,  était  un  jour  de  ff^le 
I  an  patron  du  lieu,  a  et  à  cette  occasion  on  avait 

t  m.  drt  TrMsbadourB. 

rfB  i  OénM,  «riquD  d'Anffoulfime,  qui  rm^tpeut  t  e)iMiB« 
•I  bUvaat  ma  anaar  aihilUre  et  >cujilni(  p«ur  b  ticomlMM 
(Ml  :  •  Vwu  nmtiigrti  aite  Ir  p«i^«  nw  cheveux  aur  le  front, 

1  fiÉU*  te  isiocMM.  ■  1.'*Tfc|ue  4uil  ehwn.  (Cui'U.  tte  Mal- 

13 


194  HISTOIRE  DB8  VICOMTES 

tué  quantité  de  gélinesi  d'oies  et  autres  Tolatilea  ^  » 
serviteurs  empressés  servirent  une  si  grande  abondapctj 
mets,  qu'on  eût  dit  que  c*étaient  les  noces  de 
grand  prince.  Le  soir^  ce  fut  un  nouveau  speclade  ^ 
paysan,  à  l'insn  du  vicomte,  mais  dont  il  connaissait 
les  dispositions  d'esprit,  arriva  à  grand  bruit  dans  la 
du  cbAteau,  conduisant  un  char  traîné  par  des  bœi 
criant:  a  Que  les  gens  du  comte  de  Poitiers  appi 
qu'ils  voient  comment  se  livre  la  cire  k  la  cour  du  sei| 
de  Ventadour  !  »  Puis  ii  monte  sur  son  cbar^  et,  avee 
hacbe,  il  coupe  les  cercles  d'une  grande  tonne,  d'où 
et  tombent  des  formes  de  toutes  grandeurs  de  la 
plus  pure,  qu'il  dédaigne  de  ramasser,  et  s'en 
avec  son  cbar  au  village  de  HaumonU  Ebles,  tout 
d'avoir  pu  montrer  à  son  suzerain  qu'il  abondait  en 
choses,  récompensa  le  paysan  en  lui  donnant  la 
Maumont;  puis  il  l'éleva  au  rang  de  la  chevalerie  en^ 
ceignant,  ainsi  qu'à  ses  enfants,  l'écharpe  et  les  é] 
d'or  *. 

Le  château  de  Ventadour,  entouré  de  forêts,  situé 
la  partie  la  plus  agreste  et  la  plus  sauvage  du 
b&ti  sur  la  cime  d'un  rocher,  à  trois  cents  pieds  au-d( 
d'un  petit  ruisseau,  était  alors  une  des  principales  pi 
fortes  du  pays.  On  n'y  voit  plus  qu'une  tour  ronde,  à 
détruite,  du  haut  de  laquelle  l'œil  mesure  avec  effroi  la, 
fondeur  d'un  précipice.  L'archéologue  et  l'historien  ail 
à  y  évoquer  des  noms  illustres  et  surtout  celui  du 
qui,  jusque  dans  sa  vieillesse,  conserva  le  premier 
parmi  les  troubadours  '.  Ëblcs  111,  qui  avait  visité  la  T< 

i,  Chron,  yutietu.  :  Malh.  Pari». 

3.  6eoflh>i,  abbé  <la  Vigeois,  qui  noun  fournit  cet  détails,  dit  qiM 
tsmpa  les  leignoun  de  Maumout  m  disaient  les  noTeui  dV 
SoUgiiac,  «  comiuâ  s'ils  rougissaieut  déijà  de  leur  origine.  » 

3.  «  Usque  ad  senectam  alacritatis  carmina  dHexlt,  et  quia  erat  Tild«, 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  195 

■Ttit  élu  marié  h  Agnès,  fille  de  Ouillauine,  seij^neur 
UoçoD.  Son  goùl  pour  la  poésie  eut  de  nombreux 
m.  Soo  chUeau  fui  le  reodcz-vous  de  tous  les 
le  la  laof^e  limousine, une  vraie  cour  d'amour,  d'où 
it  de  jny«uses  bandes  au:!  couleurs  des  nobles  ch&te- 
]oî  iiDaiMit  Taire  enleûdre  leurs  chants  d'amour  ou 
^nes  de  ^erre  dans  les  autres  demeures  féodales.  ' 
1  qni  montrerait  au  retour  les  plus  riches  cadeanx 
i  ou  de  cberaus  de  balaille.  Le  plus  illustre  d'entre 
BerD<ird,  dit  de  Ventadour,  parce  qulil  eut  au  châ- 
ke  charge  féodale.  Comblé  par  la  nature  de  ses 
■  plm  nircs,  de  la  gi-ftce  des  manières  jointe  à  la 
de  n  personne,  il  fut  amoureax  de  la  vicomtesse 
rr,  à  qui  il  adressa  des  vers  sous  le  nom  de 
Bdle-&-Toir.  Hais  le  vicomte  jaloux  le  congédia 
Enfermer  ta  femme  dans  le  donjon  du  cbAteau. 
HZ  troubadour  quiMa  le  Limousin  et  se  rendit 
d'Atiénor,  femme  de  Louis  VII,  qui  s'entendait 
Rtlle  a  es  prix,  en  honneur  et  en  beaux  dits  de 
I,  a  Celle-ci  le  gnrdn  longtemps  auprès  d'elle.  II  y 
core  loroqu'HIf-  épousa  Henri  Plantagenel.  Alors, 
dolent  de  celte  union  qui  semblait  ne  plus  lui  lais- 
heohear  de  plaire  &  sa  souveraine,  il  se  relira  près 
Ile  de  Toulouse,  perdit  bienidt  ce  généreux  protec- 
l,  fitiguA  de  sa  vie  d'aventures  et  d'amour,  vint 
en  pieux  cénobite  i  l'abbaye  de  Dalon  '. 
EW  V  Était  encore  très-jeune,  quand  il  succéda  à  son 
Hi9).  Sa  famille  le  nommait  Bozon,  du  nom  de  son 


Eblie,  qui  imi  iQactdi  i  wo  p^n 

lU  Mtml-Cuiia  en  rflTeaïnI  do  I* 

Il  «ntda  un  ouritfB  ttK  AEoitde  llaoUu{oa  Ebln  III.  qui 

^ttil-U  <]>>  M<>alp«U>oi. 

;  ta  uniLi  ilnlcr,  i;  ('fi  nodM  k  l'wd*  i»  tftkia;  t  lui  •lâttoêt.  • 

iJmMiU.  luUHiitnlf.) 


196  HISTOIRE  DBS  VIC0BITE8 

aïeul  maternel,  auquel  on  espérait  qu'il  saocéderait 
la  yicomté  de  Turenne.  Bozon  n'avait  en  effet  qa'on 
nommé  *  Raymond,  dont  la  mauvaise  santé  faisait 
une  fin  prochaine.  Hais,  quand  celui-ci  pat  promettra 
siens  une  longue  carrière,  le  jeune  vicomte  de  limogiBl 
prit  le  nom  illustré  par  ses  ancêtres.  Privé  des  soins 
mère,  sa  tutelle  fût  confiée  à  Oérard,  évoque  de 
puis  à  Bernard,  son  oncle,  doyen  du  monastère  de 
Trieiz,  qui  Tun  et  l'autre  protégèrent  quelque  temps 
fiance  et  sa  fortune  contre  sa  propre  famille.  Hais 
baud,  frère  de  Bernard,  parvint  à  les  éloigner,  s*em| 
force  de  la  régence  de  la  vicomte  de  Limoges  et  l'i 
nistra  pendant  quelque  temps,  comme  s'il  eût  dû  la 
toujours.  Le  jeune  vicomte,  retenu  par  son  oncle,  grani 
sait  obscurément  au  fond  de  quelque  manoir,  et  ne 
Bail  presque  jamais  en  public.  Souvent  môme  les  habil 
de  Limoges,  sur  la  foi  trompeuse  de  quelques  prodi( 
crurent  qu'il  n'existait  plus.  Ses  proches  parents  nV 
pas  demander  à  le  voir.  La  terreur,  qu'inspirait  la  ci 
trop  connue  de  l'usurpateur,  empochait  toute  manift 
en  faveur  de  l'orphelin,  qui  passait  ses  journées  à  Toi 
des  hautes  tours  des  châteaux  de  Limoges  ou  de 
privé  des  plaisirs  de  son  ftge,  livré  à  lui-môme,  errant 
les  vastes  salles  d'armes,  où  il  voyait  appendues  aux 
railles,  sans  en  connaître  le  prix,  les  cottes  de  mailles,^ 
casques  et  les  cuirasses  de  ses  ancêtres.  Un  seul 
put  faire  respecter  ses  droits  au  tuteur  infidèle,  qui 
forcé  de  venir,  en  présence  de  tout  le  chapitre,  se 
naître  l'bomme-ligc  de  l'abbaye  de  Saint-Martial. 

Pendant  qu'Archambaud  de  Comborn  abusait  ainsi 
jeunesse  de  son  neveu,  usurpait  sa  fortune,  Louis  VII|^ 
venu  de  la  Palestine  sans  gloire  et  sans  armée,  voulut 
ter  une  seconde  fois  les  belles  contrées  du  Hidi,  que 


ET  DE  U  VICOMTE  DE  LIMOOF.S. 
t  *f>por1ées  la  flile  Au  dernier  diic  d'Aqaitaine  (1151).- 
die-ci.  si  tuée  h  Anlioche,  si  heureuse  des  homma^ 
nillaats  chevaliers,  si  chtre  aiii  Aquitains,  dont  elle  J 
xiUil  la  oationalît^,  accompafcnait  ce  faible  époiu 
Dl  on  }eD  de  la  jalousie  qui  le  déyorait.  A  l'a 
I  à  Limoges,  Albert,  abbé  de  Saint-Martial,  et  Phi<^*J 
bhé  de  Saint-Martin,  accompagnés  des  srcbevequM 
,  et  de  Bordeaux,  le  reçurent  à  la  porte  del 
,  le  conduisirent  &  l'église  de  Saint-Martial,   où  îl'J 
al  rbommagc  de  l'encens.  Mais  de  vagues  inquiétudes^ 
jptnt  les  esprits  :  on  savail  que  Louis  VU  était  décidé  à'  \ 
I  liens  qui  le  rendaient  si  malbeureux,  et,  en  sS  '^ 
1  d'Aliénor,   il   semblait  vouloir,   avant  son' I 
>,  moatrer  aux  babitants  de  Limoges  le  peu  de  priw^ 
tactuUt  à  cette  Ir-mine,  toujours  disposée  à  se  jouer*! 
Pitnl*<!tre  espéraît-il   aussi  amoindrir  les   consé-' 
■  de.  ce  divorce,  en  faisant  partager  aux  poputatiool^ 
s  les  dédains  et  son  ressentiment.  Trop  occupé*! 
sic,  et  du   besoin  de  sauvegarder,   avec  sofr'"r 
bropre,   le*  intérêts  d'une  fausse  politique,  il   ntfi  1 
1  (toinl  entre  les  mains  de  qui  était  la  régence^  | 
B  AiMiDarV.  Aussi  Arcbambaud  continua-t-il,  après* 
mit,  d'administrer  comme  seul  maître  la  vicomU 
es.  Chielyoes  jours  après,  on  apprit  qu'une  barque»' 
B  Toors  et  descendant  la  Loire,  ramenait  en  Aqui-" 
1  répudiée  de  Beaugenci,  devenue  l'épouse  d'Henpf*! 
icL,  comte  d'Anjou  (H52).  Fatal  présent  que  l*'l 
IfaiMil  à  l'Ansleterre,  mais  aufsi  fatal  à  ta  Prance/i 
f  roUrd^it  l'unité  politique  de  plus  de  deux  siècles  fj 
tenu  comme  prévoyant  les  suites  de  cette  union,  l8*^ 
É'Aojou  avait-il  dit  &  son  fils  qu'il  avait  en  les  fiiTeuri' 
pr*  pendant  qu'il  faisait  les  fonctions  de  grand  séné- 
icoor  de  Poitier»;  les  cotixeits  du  père  ne  purent 


191  HISTOIRE  IIR6  VICOMTES 

prénikÛTtsUr  rawbitloii  de  celui  qu'attendaient  de  doulAiu^ 
rcipsfi|(,éprenye3^ 

Le  Limousin  ne  vit  pas  avec  plaisir  le  nouveau  suzeraiA 
qui.  lui  imposait  le  caprice  d'une  femme.  Lorsque  le  Plan- 
ti^enel«  tout  fier  de  sa  nouvelle  autorité^  vint  Tannée  soi-, 
vapie  è^  Limoges,  il  n'j  fut  point  accueilli  par  d^  cris  dc| 
joic^  La  fo^le  ne  se  pressa  point  autour  de  la  basiliqpu^ 
d^  Saint-Martin,  oîi  il  se  fit  couronner  duc  d'Aquitaîo^ 
Cette  cérémonie,  autrefois  si  brillante,  eut  peu  d'applaii*. 
d^ssemeants.  Le  peuple  montrait  par  son  silencf^  son  peu  df^ 
sj^ikipatliie  pour  un  suzerain  étranger.  Le  jeune  vicomt(|^ 
de^  Limoges  n'assista  à  cette  cérémonie  que  par  la  permisr.. 
sion  de  son  tuteur,  comme  un  orphelin  déshérité.  A.  k 
sortie  de  l'église,  le  clergé  fit  cortège  au  Plantagenet  jufr 
que  dans  l'abbaye  de  Saint  •Martial,  qui  loi  offrit  l'hoir 
talité,  ainsi  qu'^  Aliénor.  Mais  quand  il  eut  fait  dire  à  l'abb^. 
de  Saint^Martial  de  le  défrayer  dans  la  villa,  où  logeait  sa, 
suite ,  celui-ci  répondit  fièrement  qu'il  n'était  tenu  à  ^. 
devoir  que  dans  l'enceinte  du  chftteau,  où  s'exerçait  sa 
juridiction.  Le  nouveau  duc,  ne  se  trouvant  pas  sans  doute, 
ass^z.fort  pour  imposer  ses  volontés,  remit  sa  vengeaocs 
à  un  autre  temps. 

Les  bourgeois  de  Saint-Martial,  les. hommes  de  la  com- 
mune, fiers  des  richesses  qu'ils  devaient  h  leur  commerce, 
et.  des  privilèges  qu'ils  tenaient  de  l'ancien  municipe  ro* 
main,  lui  fournirent  en  môme  temps  un  autre  sujet  de 
mécontentement  :  ils  n'avaient  pas  vu,  sans  se  croire 
huffiiliés,  les  Normands  et  les  Poitevihs  parcourir  fière* 
ment  leurs  rues,  camper,  comme  des  conquérants,  sur 
levirs  places  publiques.  Alors  eut  lieu  une  rixe,  dans  la- 
quelle les  étrangers  eurent  le  dessous  :  quelques-uns  ; 

li,  J.  Brompton,  col.  1075. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  im 

r  pérÏTent.  Outré  d'indignation,  Henri  fit  détruire  de  fond 
comble  les  murs  du  château,  0»  croit  que  Bernard, 
«hbé  de  Saint-Yrieix,  excita  le  duc  à  cet  acte  de  violence, 
parce  qu'il  avait  été  lui-niëme  injurié  par  tes  habitants, 
Le  âne  partit,  laissant  derrière  lui  les  traces  de  sa  colère, 
mandissant  cette  Tille  qui,  )a  première  de  tontes  celles  de 
l'AqmUine.  lui  avait  appris  ce  que  vaudrait  pour  lui  e(  ses 
toccesseurs  la  dot  d'AIiénor  '.  Taul  qu'il  ne  Tut  que  le  su^e- 
nîii  de  l'Aquitaine,  il  trouva  les  contrées  du  Midi  peu 
Utoposées  i  lui  payer  l'hommage  :  Limoges  avait  donné  la 
mesure  du  dévouement  qu'il  pouvait  attendre  du  peuple, 
de  l'Église  et  des  grands  vassaux.  Mais  quand  il  eut  hérité 
ttn  Irûae  d'Angleterre  (1134),  plus  puissant  et  plus  fier, 
gudaat  le  souvenir  de  l'accueil  que  lui  avaient  fait  les 
peuples  du  Midi,  il  se  hâla  de  revenir  à  Limoges  pour 
penfr  ces  bourgeois  turbulents,  qui  avaient  tué  ses  hommes 
d'irmes  et  insulté  ses  chevaliers.  S'il  ne  put  pas  leur  im- 
poser le  respect  pour  sa  personne,  il  les  effraya  par  ses 
Btenaces,  et  les  condamna  h  une  forle  amende.  Malgré  les 
prinléges  dont  son  abbaye  avait  joui  jusqu'alors,  l'abbé  de 
Eunt-Martial  lui  paya  sept  sous  à  Ulre  d'hommage,  ci'lui 
toaroit  un  certain  nombre  de  mules  pour  porter  ses  ba- 
piges.  Arcbaœbaud  de  Comborn,  l'usurpateur  de  l'autorité 
ricomtale.  qui  s'étail  souvent  fait  remarquer  par  sa  baine 
eonlre  lui,  paraissait  encore  disposé  à  braver  son  autorité. 
Pow  le  punir,  le  prince  suzerain  lui  enleva  l'administra- 
âon  de  la  vicomte,  et  la  donna.  Jusqu'à  la  majorité  d'Adé- 
Btr  V,  à  Geoffroy  de  Neubourg,  frère  de  Rotrou  III,  comte 
do  Perche,  et  i  Guillaume  Pandoff,  ses  partisans,  qui  se 
OKmtraient  bien  disposés  h  réduire  à  l'obéissance  les 
htbltants  indociles  de  Limoges.  Dès  lors  le  jeune  Adéniar  - 

I.  Chvi.  Volitn*.  V.  Mui.CAran.  m«.  de  Limogts. 


800  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

jouit  de  plus  de  liberté,  et  ne  tarda  pas  à  suivre  Henri  II 
dans  son  expédition  contre  le  comte  de  Toulouse.  Pendant 
trois  ans,  l'administration  de  la  vicomte  fut  exercée  en 
son  nom  par  ses  deux  tuteurs.  Il  ne  s*en  occupa  lui  même 
qvL^k  sa  majorité,  après  ôtre  venu  à  Bordeaux  faire  hoin* 
mage  au  roi  d'Angleterre  et  à  Aliénor  dans  une  cour  plé- 
nière,  où  s'était  rendue  l'élite  de  la  noblesse  d'Aquitaine. 
Henri  II ,  pour  l'attacher  plus  étroitement  k  sa  cause, 
croyant  que  son  autorité  s'exercerait  librement  sur  tout 
le  Limousin  et  dans  sa  capitale,  lui  fit  épouser  Sara,  sa 
propre  cousine,  fille  de  Renaud,  comte  de  CornouaiUes, 
frère  naturel  de  l'impératrice  Hathilde. 

Après  la  célébration  de  ce  mariage  à  Bordeaux,  soit 
que  les  bourgeois  de  Limoges  ne  vissent  pas  avec  plaisir 
cette  alliance  qui,  en  fortifiant  l'autorité  du  vicomte,  me- 
naçait la  leur,  soit  quHls  n'agissent  qu'à  l'instigation  d'Ar- 
chambaud  de  Combom  et  de  ses  partisans,  ils  refusèrent 
d'obéir  à  Adémar  V.  Henri  n  revint  alors  à  Limoges  avec 
sa  femme,  pour  châtier  les  révoltés  (1156),  et  logea  dans 
la  Cité  avec  toute  sa  cour.  Les  mécontents  lui  résistèrent, 
tuèrent  même  quelques  Normands  et  Poitevins;  mais  après 
un  siège  de  quelques  jours,  ils  furent  forcés  de  se  sou- 
mettre, et  de  reconnaître  l'autorité  du  jeune  vicomte,  qui 
fit  hommage  à  l'abbé  de  Saint-Martial  en  plein  chapitre. 
Henri  et  Aliénor,  pour  se  prémunir  contre  de  nouvelles 
tentatives  de  révolte,  firent  abattre  les  portes  de  la  ville  et 
combler  les  fossés.  £n  partant  ils  recommandèrent  à  leurs 
officiers  de  protéger  Adémarf  de  le  maintenir  envers  et 
contre  tous,  dans  tous  ses  droits  et  privilèges.  Mais  à  peine 
avaieut-ils  quitté  la  ville,  que  les  habitants,  revenus  de 
leur  frayeur,  coururent  aux  armes  et  chassèrent  les  Ange- 
vins. Henri  U  revint  à  la  hâte,  assiégea  la  ville  une  seconde 
fois,  et  y  entra  malgré  la  résistance  qu'on  lui  opposa.  Au 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES-.  201 

Il  de  paair  les  révoltés,  il  chercha  à  se  les  altacher  par 
la  douceur  avec  laquelle  il  traita  les  consuls,  fidèles  gai^ 
riiens  des  privilèges  de  la  cité.  Mais  il  ordonna  en  même 
tctni>s  d'élever  une  haute  motte  de  terre,  voulant,  disait-il, 
j  Wre  construire  on  château  fort,  qui  lui  servirait  de 
'  dMDCarc  quand  il  viendrait  à  Limoges. 
H^paix  fut  ainsi  momentanément  rétablie;  l'Eglise,  qui 
^■t beaucoup  soufTerl  de  ces  discordes,  reprit  la  célébra- 
^Bde  ses  fËtcs  splendides.  L'abbé  de  Saiut-Martiat  insti- 
^KplosietiTS  commémorations,  dont  ia  plus  remarquable 
^Bdi  cérémonie  des  morts,  qui  avait  lieu  le  lundi  de  P&- 
^■9.  Ce  jouHà,  le  clergé  sortait  en  procession  de  toutes 
les  églises  de  la  ville,  pour  visiter  les  lieux  où  il  y  avait 
da  tombeaux.  Quelque  temps  après,  on  vit  les  religieux 
des  ibbayes,  conduits  par  le  mfimc  abbé,  sortir  de  leurs 
cJoUres,  précédés  de  leurs  croix  d'argeut  et  de  leurs  ban- 
nières, accourir  au-devant  de  deux  moines  qui  arrivaient 
de  NofOD,  portant  h  l'abbaye  de  Grandmont  une  partie  du 
mrps  de  saint  Éloi.  Une  bulle  du  pape  accordait  dans  le 
Rii^me  temps  au  monastère  de  Saiol-GéraDd.  fondé  au 
r  siècle,  le  droit  d'asile,  avec  la  faculté  pour  tout  homme 
'Quelque  condition  qu'il  fût,  libre  ou  serf,  de  s'y  cousa- 
r-r  ft  la  fie  religii'use,  et  pour  les  prèlres,  dans  le  cas  o"îi 

Ilnd  te  diocèse  serait  mis  en  interdit,  la  permission  d'y 
tilâirer  la  messe,  mais  à  voix  basse  et  les  poili-s  fermées. 
Cn  ordre  religieux,  entre  tous  les  autres,  fut  l'objet  des 
prMileclîoDs  de  Henri  H.  Dans  cette  seconde  moitié  du 
iQ'  siècle,  alors  que  les  monastères  et  les  abbayes  du 
'  ':^ousiD,  par  les  libéralités  des  vicomtes  et  des  autres 
truies  familles,  rétablissaient  leur  fortune,  les  frères  que 
:jI  Etienne  de  Muret  avait  réunis  dans  le  petit  monas- 
ien  de  ce  nom  (1073),  après  la  mort  du  fondateur  (iiH), 
tl>|]gés  de  quitter  ce  petit  coin  de  terre  que  réclamaient, 


1 


IM  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

comme  leur  propriété,  les  moines  de  Saint-Augostin  ds^J 

Limoges,  s'étaient  mis  à  chercher  dans  les  emirons 

qae  solitude,  où  ils  pourraient  paisiblement  continuer 

vivre  de  mortifications  et  de  prières.  Un  jour  on  les 

portant  sur  leurs  épaules  les  saintes  dépouilles  du  foi 

teur  de  leur  ordre,  gravir  lentement  les  hautes  moni 

qui  sont  au  nord  de  Muret,  et  venir  sur  leurs  sommets 

plus  escarpés  déposer  pieusement  ces  restes  Ténérés 

Tabri  des  vieilles  murailles  d'une  chapelle  ruinée, 

désert,  à  quatre  lieues  de  Limoges,  «  austère,  froid,  ii 

tile,  semé  de  rochers  nus,  couvert  de  brouillards, 

à  tous  les  vents  ^  »  Tel  fût  l'emplacement  de  la  céU 

abbaye  de  Orandmont,  où  les  religieux,  par  une  pei 

rance  opiniâtre,  accomplirent  des  travaux  de  fertilisai 

et  de  défrichement  qui  changèrent  Taspect  des  lieuZi 

apportèrent  la  fécondité  et  le  bien-être.  Dans  ces  goi 

creusées  entre  les  pics  arides  de  ces  monts,  au  moyen 

chaussées  hardies,  de  ponts  jetés  sur  les  torrents,. 

créés,  avec  une  intelligence  qui  étonne,  de  vastes  et 

gnifiques  bassins,  déversant  leurs  eaux  sur  une  suite 

mense  de  vastes  prairies  qui  verdoyaient  sur  les  flancs 

ces  coteaux,  naguère  infertiles.  Dans  les  environs,  sur 

bords  de  la  Gartempe  et  du  Thaurion,  dans  un  rayon 

plusieurs  lieues,  surgirent  de  populeux  villages  sous  1' 

fluence  civilisatrice  du  généreux  patronage  de  qudqi 

moines  qui  donnaient  la  fortune  à  tous  et  s'en  privait 

eux-mêmes.  Henri  P%  roi  d'Anglerre,  Adémar  IV  et 

son  frère,  vicomtes  de  Limoges,  les  seigneurs  de  Lastof 

ceux  de  Comborn  et  de  Ventadour,  avaient  contribué 

de  riches  aumônes  à  la  construction  de  l'église,  dédiée  l4 

Mère  de  Dieu.  Mais  l'édifice  n'était  pas  encore  ache!i| 

r 

i.  Saint  Etienne  de  Muret,  quelquei  jours  atuiI  de  mourir  (iiS4),  M 
refi  11  viiite  de  deux  cardinaux,  légats  du  pape  en  France. 


i 
i 


t  LA  VICOUTË  OR  LIMO'iRS. 
rflenri  fiantageoet  et  Aliénor  étaient  venus  MrC' 

Eullm  en  Limousin  leur  gtizerainoté  :  étrillés  des  Ter- 
de  U  piété  de»  religieux  bon»-hommet  de  Grandmottt, 
r  taluèreot  en  partant  cinq  cents  <icus  d'or,  pour  con- 

HHtBiroî  d'Angleterre,  Henri  jugea  qu'il  o'nvail  pas 
^^^^■n  bit  poor  la  gloire  de  sainl  Etienne  de  Muret. 
^^^^pl  b  Manche  pour  aller  prendre  possession  du 
EE^ne  U  mort  d'Élienne  de  Blois  lui  livrait  :  tout  à 
pp.  m  milieu  de  la  nuit,  la  net  royale  qui  le  portait, 
Ir^ue  pu-  une  affreuse  tempête,  allait  être  engloutie. 
tnjé,  il  demanda  au  pilote  quelle  beure  il  était  :  — 
HÏMiit,  "  répondit  ului-cî.  —  a  Courage  dcnc,  reprit  le 
S;  a'^fu  pn&  de  crainte,  les  frères  de  Grandmont  prient 
■w  stoi.  >  Sa  reconnaissance  égala  le  danger  qu'il  avait 
■n,  car,  au&silAt  arrivé  à  Londres,  il  envoya  à  Grand* 
|pBl  d*s  architectes  avec  mission  de  rcb&Ur  le  monastère 
kaoa  é^se  *.  L'AquiLùne  et  les  autres  provinces  an- 
^àie»  cuiUrïbiièreitt  auBsi  à  la  coostraclian  et  à  l'orne- 
de  ciilte  riche  abbatiale,  où  l'on  admirait  le 
el,  tout  en  cuivre  doré  el  émaillé,  ouvrage  ma- 
»  dû  ao  latent  des  artistes  de  Limogts  *. 
RV,  dcpoii  »a  mise  en  possession  de  la  vicomte, 
^tentent  atlacbé  Ji  la  fortune  de  sou  protecteur, 
stissait  de  ses  kommii  dVrmes  le  brillant  cot- 
ralien.  Il  l'avait  suivi  iiu  siège  de  Touloose  et 
I  loi  à  Limoges,  le  jour  de  lu  tbte  de  saint  Michel, 
t  krrèlé  quelques  Jours  dans  l'abbaye  de  Sainl*- 

L  Kiiland.  •UjWHJf  au  «^minnife  ils  Llmogei 

H  cbMOllow  A»  Xil'  »i*ffl«,  ce  prtDM  aun 

Etmti  cbarliu  durg4«  it*  plomli  et  itteli»  ehi 

nui  lica  k  cm  <leui  nn  : 

Il  nuUi  regum  pioUta  lecuadiu 

■  t«eU  Usant  ptiit.  a^raeqiie  dadil. 


m  mSÎOIRB  DES  VICOMTES 

Pierre  dllEerche.  L'hiver  était  alors  si  rigoureux  qoe^lj 
troupes  ne  pouvaient  plus  tenir  la  campagne  (iiM). 
glace,  au-dessus  d'Aize»  était  si  épaisse  qu'elle  *i 
le  cours  de  la  Vienne;  et  au-dessous,  dit  le  chronii 
Oeoffi*oi  de  Vigeois ,  on  pouvait  prendre  le  poiss(m 
à  sec  dans  le  lit  de  la  rivière.  Quand  le  jeune  vicomte 
entré  en  jouissance  de  la  vicomte,  il  avait  bien  fait 
mage  à  Tabbé  de  Saint-Martial^  mais  quoiqu'on  le  luii 
mandAt  encore,  au  moment  où  il  se  disposait  à  partir 
Toulouse,  ce  ne  tut  qu'à  son  retour  qu'il  se  soumit  à 
cérémonie,  en  présence  de  tout  le  chapitre,  ayant  la 
découverte,  sans  éperons  et  sans  baudrier. 

Le  môme  jour,  arriva  à  Limoges  Thibaut,  comte  de 
pagne,  parent  du  roi  d'Angleterre,  qui  venait  de 
pèlerinage  à  Saint -Jacques- de -Compostelle.  Adéi 
joignit  aux  religieux  de  Saint-Martial  pour  recevoir 
nellement  l'illustre  pèlerin,  qui  fut  conduit  en  pi 
dans  l'église  abbatiale ,  et  déposa  sur  le  tombeau  du 
ciple  des  apôtres  dix  marcs  d^argent,  pendant  qu'on 
tait  :  —  0  Oh!  quam  glorioms  est  milei  sancH  Mari 
Oh!  qu'il  est  glorieux  le  chevalier  de  saint  Martial 
Cette  réception  solennelle  semblait  un  reproche  adi 
au  roi  d'Angleterre  qui  forçait  les  religieux  de  l'abbi 
pourvoir  à  sa  dépense,  à  le  recevoir  avec  une  magnifia 
vraiment  royale,  toutes  les  fois  qu'il  passait  sur  leurs 
Ce  prince,  l'année  suivante  (1160),  intervint  dans  IV 
tion  d'un  nouvel  abbé,  en  remplacement  de  Pierrei 
Cluny,  qui  s'était  démis  de  sa  dignité.  On  avait  élu  Pi 
Barry,  déjà  abbé  de  Saint- Augustin,  frère  d'Ithier,  chei 
du  château  d'Aixe,  qui  tenait  la  garde  de  ce  fief  des 
comtes  de  Limoges. 

I.  Btliue  :  MùcM,  L  IV. 


1 
f 

M 
1 


ET  DE  LA  VICOBrrË  DE  UHOGES.  2Q5 

Banrill  prit  le  parti  des  opposants;  mais  le  notnel  élu 
piniot  à  le  gagner  k  sa  cause  ;  et,  le  jour  où  on  le  con- 
Msitcn  procession  dans  l'abbaye,  il  montrait  an  peuple 
m*  lettre  adressée  an  vicomte  Adémar,  par  laquelle  le  roi 
le  reconnaissait  digne  de  ses  hautes  fonctions  et  de  son 
UDÎtié.  Pendant  qu'il  prenait  possession  du  cloître,  son 
eompjtitear  sortait  de  la  ville  et  allait  cacher  son  ambition 
trompée  dans  l'abbaye  de  Cluny  '.  De  fréquentes  dis- 
scnsioDS  avaient  lieu  ft  celte  époque  entre  les  religieux  des 
dherses  abbayes  de  la  ville  au  sujet  de  leurs  privilèges. 
âimi,  la  même  année,  pendant  que  la  famine  et  la  peste 
dfcimaieni  la  population,  ceux  de  Saint-Etienne  disputaient 
■TK  riolence  à  ceux  de  Saint-Augustin  Chonnenr  de 
faamir  des  officiers  à  l'arcbevéque  de  Boutées,  qui  venait 
ctiéfarer  la  ffite  de  saint  Martial  *. 

Daiu  les  grandes  fêtes  de  l'Église,  c'était  à  qui  étalerait 
le  plus  de  luxe  et  de  magnificence.  Le  jour  des  Rameaux, 
ekia  procession  devait  être  générale,  les  ordres  religieux 
K disputaient  la  préséance;  cbacnn  allant  chercher  parmi 
■es  aocétres  directs  les  privilégiés  qui  avaient  connu,  chéri, 
terri  le  fils  de  Dieu  pendant  son  passage  sur  la  terre.  Ceux 
<e  Saint-EtieDoe,  de.  Saint-Augustin  et  de  Saint-Marlin, 
^irèa  avoir  fait  sonner  leurs  cloches  à  toute  volée,  sortaient 
de  letin  églises  et  se  rendaient  &  Saint-Martial,  précédés 
ict  cûoq  bannières  que  Gouffler  de  Lastours  avait  apportées 
de  la  première  croisade.  Chaque  corporation  des  métiers 
venait  ensuite,  portant  sa  bannière  sur  laquelle  était  limage 
io  saint  patron. 

Adémar  V,  fier  de  la  protection  du  roi  d'Angleterre, 
comptant  sur  les  bonnes  dispositions  de  l'abbé  de  Saint- 

I.  p.  L^ibt  :  BMMh.,  t.  U,  p.  27t. 

i.  •  PcDDiit  pinU  «e  vini  (niTi«>mft  fait  aun  penin*  morUiiinto.  s 
[Ctrcm.  Komw.,  &  VL) 


Me  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Martial,  à  qui  il  avait  soleoiielleinent  fait  homina(|e  ei 
présence  de  quelques  religieux,  venus  d'Angleterre  récli- 
mer,  au  nom  du  prince,  une  partie  des  reliques  de  TapAtie 
de  l'Aquitaine,  prit  dès  lors  une  part  active  aux  événemeoti 
survenus  par  Tanabition  des  grands  vassaux;  lui-môme  le 
montra,  autant  que  les  autres,  empressé  à  augmenter  u 
fortune  aux  dépens  de  ses  voisins.  Il  commença^  à  pro- 
prement parler,  sa  carrière  militaire,  en  prenant  le  piiti 
de  Bernard,  son  oncle,  que  ses  ennemis  retenaient  dam 
une^  étroite  captivité.  Le  prisonnier,  ne  pouvant  par  U- 
même  recouvrer  li^  liberté,  implora  la  protection  du  ]pm 
vicomte  qui  parvint  à  le  délivrer,  soit  par  la  force,  sot 
par  des  négociations,  et  qui,  pour  prix  de  ses  services,  m 
fit  remettre  le  chAteau  d'Excideuil  S  forte  position  mili- 
taire, au  moyen  de  laquelle  il  pouvait  menacer  le  Périgori 
et  défendre  les  frontières  de  sa  vicomte  (1166).  Biais  Ifli 
babilants,  sur  lesquels  il  exerça  une  odieuse  Qrrannie,  M 
révoltèrent,  chassèrent  ses  oCQciers  et  rentrèrent  sooi 
l'obéissance  de  leur  premier  maître,  qui  avait  été  peut- 
être  rinstigateur  de  cette  révolte. 

Bxcideuil,  comme  plusieurs  autres  localités,  avait  dèi 
cette  époque  certaines  francbises  qui,  quoique  octroyéei 
par  le  pouvoir  féodal,  n'en  étaient  '  pas  moins  précieuses 
aux  habitants.  Aussi  ceux-ci  recouraient-ils  à  la  révolu 
toutes  les  fois  que  se  trouvaient  menacés  ces  éléments  d( 
liberté.  Dans  ces  circonstances,  Adéraar  V  fit  à  la  hâte  de 
préparatifs  et  contre  les  révoltés  et  contre  Bernard  ;  se 
vassaux  répondirent  à  son  appel  et  conduisirent  à  Limoge 
leur  contingent  d'hommes  d'armes.  Bernard,  de  son  c6U 
ne  restait  pas  inactif;  aidé  d'Hélie,  son  frère,  il  avait  m 
des  garnisons  dans  ses  châteaux  et  fortifié  ExciJeuil.  t 

4.  Arch.  de  Paa  :  Fànds  de  a  vicomte  de  Lvnoges,  B,  607. 


ET  DE  LA  VICOMTE  Dl^  LUtOGES.  207 

■tllait  donc  apporter  encore  l'ioceodie  et  le  pillage 

fai  champs  du  Limousio  et  du  Périgord,  lorsque 

ps  vassaux  des  deiu  partis,   effrayés  des  suites  de 

bte,  s'interposèrent.  L'oncle  et  le  neveu  eurent  une 

pye,  à  la  suite  de  laquelle  on  put  croire  que  la  paix 

I  durable,   car  on  Favait  jurée  sur  l'honneur,  et  en 

ut  mâme  à  h  mort  celui  des  deux  qui  en  violerait 

ÉdîtioDs.  II  n'en  fui  pas  ainsi,  car  le  mâmejour,  les 

IjUs   du  Périgord,   du   parti  de  Bernard,    revenant 

lieail   et  passant   près    du    château    de  Ségur,   le 

te  de  Limoges  les  invita,   avec  hernard   et  Uélie,  à 

ppart  à  UQ  festin,  en  signe  de  leur  réconciUatlon. 

f  la  nuit  fut  venue,   quand  la  vaste  salle  d'armes 

lail  des  bruits  de  l'orgie,  tout  à  coup  les   portes 

nt  avec  fracas;  des  hommes,  armés  par  les  ordres 

p  V,  s'élancèrent  sur  Bernard  et  son  frère,  et  les 

reat,  au  grand  étonnement  des  autres  convives 

^ant  pour  eux-mêmes,  a'osëieat  pas  résister. 

rOUivier  de  Lastours,  quoique  du  parti  d'Adémar, 
au  milieu  du  tumulte,  indigné  de  cette  félonie, 
liant  pas  demeurer  plus  longtemps  daos  cv  château, 
;>ensait  qu'un  grand  crime  allait  être  commis.  A  la 
Ue  de  cet  attentat  à  la  foi  jurée,  grande  fut  l'iodi- 
D  dans  toute  la  comté  de  Périgord;  les  seigneurs  des 
u,  ceux  surtout  qui  avaient  été  témoins  au  traité 
Lse  disposèrent  à  punir  d'une  manière  exemplaire 
muté  d'Adémar,  qui  de  sou  c6té  ne  perdit  pas  de 
l]L  pourvoir  ses  châteaux  de  fortes  garnisona.  Celui 
Boges  était  gardé,  le  jour  et  la  nuit,  par  de  nom- 
■  sentinelles,  et  celui  de  Ségur,  le  plus  exposé, 
Mtit  d'armes  et  de  provisions  pour  soutenir  un  long 
Plaigré  ses  ressources,  il  était  difficile  à  Adémar  de 
r   à    ses   ennemis,  qui   accouraient    uombreus   de 


^ 


i 


108  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

rAngoumois,  du  Périgord  et  da  Poitou  :  peutF-ètr» 
essayer  une  honteuse  défaite,  lorsque  Adalbert,  comte i 
la  Marche,  fit  consentir  aux  deux  partis  une  sns| 
d'armes,  pendant  laquelle  on  fit  des  conditions  de 
portant  que  le  vicomte  ne  menacerait  plus  Bxcideufl 
qu'il  remettrait  Bernard  et  Hélie  en  liberté. 

Ce  traité  ne  fut  pas  mieux  observé  que  les  ai 
Adémar,  qui  venait  d^ôtre  armé  chevalier  par  le 
d'Angleterre,  était  trop  ambitieux,  ses  voisins  trop  fleni 
trop  mécontents,  pour  que  la  discorde  n'armât  pas 
les  deux  partis.  Seulement,  au  lieu  d'une  guerre  01 
on  chercha  à  se  nuire  par  des  embûches,  à  dépouiller 
voyageurs  et  les  marchands,  selon  qu'ils  appartenaient 
comté  de  Périgord  ou  à  la  vicomte  de  Limoges.  Un  j< 
Hélie,  poursuivi  par  le  vicomte,  fuyait  dans  les  envii 
de  Pierre-Bufflère,  espérant  échapper  à  la  faveur  d'un  é] 
brouillard,  lorsqu'il  tomba  dans  une  embuscade,  près 
château,  y  fut  terrassé  et  percé  d'un  coup  de  lance  par  d 
soldat,  nommé  Guillaume  de  Longue-Ëpée,  fils  disam  4 
Loys«. 

Après  s'être  ainsi  vengé  de  son  ennemi,  le  vicomte 
Limoges  vint  assister  à  la  dédicace  de  l'église  de  Gi 
mont,  où  se  trouva  réunie  l'élite   de   la  noblesse 
provinces  voisines,  ayant  à  sa  tôte  Adalbert  V,  comte  de^ 
Marche,  qui  eut  si  souvent  à  défendre  ses  domaines  coal 
ses  voisins,  ou  à  prendre  le  parti  de  ceux-ci  contre 
souverain.  Ce  grand  vassal,  fier  à  cette  époque  de  voil 
ses  côtés  tant  d'illustres  chevaliers,  ne  prévoyait  pas 
bientôt,    dépouillé,  d'un  côté  par  le  sire  de  Lusigi 
de  l'autre  par  le  roi  d'Angleterre,    pour  conserver 
partie  de  sa  fortune,  il  serait  réduit  à  vendre  à  ce  dei 

1.  CAron.  Voneiu, 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  LIMOGES.  â09 

fàe  Ia  Marche*.  Les  habitaoLi  de  Bellac  avaienl 
D  da  lai  eo  IIQO  ane  charte  qui  assurait  leurs  privilèges 
^flisit  lear  jurisprudeoce.  Les  religieux  de  Graudmonl 
Tureat  rederable^  de  nombreuses  richEsses,  aussi 
''xdmiretitHU  à  la  première  place,  parmi  les  étrangers 
ih\»  dédicace  de  leur  église?  faite  par  l'archevêque 
assisté  de  IVchevéque  de  Bordeaux,  des 
éttqoes  do  Limites,  de  Cahurs,  de  Périgueus  et  d'Angou- 
Itioe  qui  déposèrent  dans  le  s;mftuaire  les  reliques  de 
oBta  nurlyrs,  après  les  avoir  exposées  à  la  vénération  des 
SilHcs.  Oq  distioguail  ft  la  léte  des  moines,  placés  sur 
deux  rtngs  dans  la  gmnde  nef  de  l'église,  le  prieur, 
Pwrre  III,  dis  de  Bernard  de  Bosehiac,  frère  d'Aimeric, 
chmiicr  du  chAleau  do  Bré,  qui,  avant  de  prendre  l'habit 
irlijpeux,  «'était  longtemps  fait  remarquer  par  ses  prouesses 
iiiH  le  monde  féodal  V 

Tkot  qae  Henri  U  n'avait  été  que  duc  d'Aquitaine,  corn- 
lae  ntpréscalaol  les  droits  d'.VIiénor,  Louis  Vil  s'était  peu 
prJoccai^  de  la  puissance  de  son  vassal  ;  mais,  quand  i  ce 
bttc  U  tut  réuni  celui  de  roi  'd'Angleterre,  il  n'en  fut  plus 
.  La  jalousie  el  l'ambition  armèrent  les  deux 
t  les  querelles  eurent  d'abord  la  Normandie 
.  Les  barons  du  Limousin  prirent  parti  pour 
f  de  France,  ooa  parce  qu'ils  préféraient  sa  suxeraj- 
k  celle  da  roi  d'Angleterre,  mais  parce  qu'ils 
ieoi  trouver  l'occasion  d'accrottre  leur  indépen- 
Alors  s'ourdit  une  puissante  ligue  contre  le 
net.  De  tous  les  cAtés,  dans  les  manoirs  du 
laia,  on  se  préparait  &  une  levée  de  boucliers.  Les 


K  >«U  nt  lt«i>  )•  Il  lUcambra  1I71,  1  l'tbbar»  de  Gnudmodl, 
iM  luiU*  litra*  (us«i<aM,  Tiaitt  ptlafrou  et  lingt  muleii. 


olottrtt  eoMnêmes  u'j  étaient  pas  indifférenla^  our  «i  fii 
Uabbé  de  Saînt-llartial»  en  plein  cbapitce,  dopner  l'onlrt  i^ 
QlievaUri0  à  deux  ewt  quarante  membres  des  plu  gr^i^dei 
fkmiUe^  du  pajr»  décidée»  à  entrer  dans  1||  Mgw»;  ceUm 
d#  Pompadiwr,  de  Lubersac,  de  Bré,  40  h^  fi%  d^  M** 
touis  fturent  les  premières  admises  à  ce(  honneor  *.  S^  Ifi 
fieomt#  de  Umoges  bésita  qm&lque  temps  à  se  déclarer 
contre  Henri  U-  ^uflUi  entraîné  par  les  HQ^idutioas  (les 
seigneurs  du  Limousin  et  de  la  llarche,  il  se  rei|4|(  nyee 
eux  .à  la  Souterraine  où  se  trouvèrent  aussi  (luillaumer 
Tailleter,  copite  d'Angoulême,  Adalbert  Y,  comte  de  la 
ilUrche»  Robert  d^  Sélit  et  plusieurs  autres.  On  y  jura  lia|ni 
^  TAngleterrei  et  aussitôt  une  partie  de  l'Aquitfiine  se 
souleva.  Réunis  aux  troupes  de  Louis  Vil,  )es  confédérés 
dévastèrent  les  champs  du  Poitou,  et  firent  invasion  ea 
Normandie.  Après  ces  premières  hostilités,  les  deux  rois 
firent  la  paix  (Ipnt  Henri  Iji  profita  popr  se  yeqger  de  quel- 
ques-ooi  de  ses  ennemis. 

Adémar  V  fut  ol)Ugé  de  venir  à  Montmir^  faire  8% 
soumission  et  demander  pardon.  Le  chevalier  Robert  de 
Sélit»  qui  a?ait  été  fait  prisonnier,  fut  livré  à  d'horribles 
tortures.  Henri  II  le  fit  enfermer  dans  une  cage  de  fer,  où 
il  le  laissa  mourir  de  faim  et  de  soif.  Mais  Tannée  suivant e. 
Gui  de  Lusignan  vengea  son  malheureux  allié,  en  tuant  le 
comte  de  Salisbury,  qui  revenait  de  Saint-Jacques  de 
Composlelle,  et  qui,  après  la  soumission  des  rebelles,  avait 
été  chargé  du  gouvernement  de  l'Aquitaine.  Pendant  que 
les  grands  vassaux  cherchaient  ainsi  à  se  soustraire  à  la 
suzeraineté  du  roi  d'Angleterre,  les  habitants  de  quelques 
localités,  obligés  jusqu'alors  de  se  reconnaître  vassaux  de 
l'Ëgiise  parles  redevances  perçues  par  le9  abb^s  ou  les 


1.  lotei  da  MmU  —  Ardûitt  de  Pas  :  F.  d(  Ai  vUomté  de  Lùnogei. 


ET  DB  U  VICOMTii  DK  LIMOGES.  3(1 

I  de  cettaiBs  monastères,  méconaaissaient  aussi  en 
4ml  féodal.  Ceax  de  fa  Souterraine,  excités  par  le  comte 
étb  Harcbe,  jurËreiit  de  oe  plus  payer  les  droits  qu'on 
lopr  mit  jusqu'alors  imposéii.  L'abbé,  ne  pouvant  les  y 
aotraindn  paf  la  fores,  se  rendit  avec  son  neveu  auprès 
it  Beori  n  pour  lui  demander  d'intervenir.  Aussitôt  les 
lourgeoia,  m  voyaut  aiasi  menacés,  se  mirent  à  construire 
da  retranchements  autour  du  cloître,  fortifiëreot  aussi  le 
docber.  Les  espiits  étaient  tellement  agités  que  des 
I  de  désordre  se  livrèrent  à  de  coupables  actes  de 
D  :  un  pauvre  moine,  rencontré  dans  la  rue  pendant 
h  Bdt,  fat  attaqué  et  meurtri,  au  point  qu'il  eu  mourut  le 
liadeauin.  Cependant  les  séditieux  Turent  sévèrement 
^kUiés  el  obligés  de  payer  l'impAt  accoulumé;  les  assassins 
Kuavèrenl  par  la  fuite  el  leurs  maisons  furent  brûlées  '. 

Rico  ne  vint  troubler  pendant  quelque  temps  la  dernière 
Irhe  convenue  eolre  les  deux  rois  à  Moutmirail;  la  suze- 
aiaOjk  du  duc  d'Aquitaine  était  paciBquement  reconnue. 
iUèaor  et  tes  Bl^  menaient  fréquemment  visiter  le  Limou- 
n,  Kcennt  l'hospitalité  il  Limoges  dans  la  demeui-e  du 
litofflle  Adémar.  Le  peuple  se  pressait  autour  d'eux; 
(kacan  admirait  la  bouillante  ardeur,  le  noble  maintien 
éa  jeune  prince  qui  devait  être  le  redouté  Cœur-dc-Lion. 
On  De  se  doutait  pas  alors  qu'il  grandissait  pour  le  mal- 
baor  du  pays.  Mais  bientAt  la  discorde  divisa  la  famille 
ta  P(uilag>»iel.  La  répudiée  de  Beaugenci,  pour  satisfaire 
■oa  amour-propre  blessé,  pour  se  venger  de  Henri  qui  la 
BcriBaitàies  maîtresses,  s'attacha  à  flatter  l'ambiliou  de 
M»  8U,  en  attendant  de  les  pousser  &  la  révolte  contre  leur 
père.  Dan)  une  des  nombreuses  visites  qu'elle  Qt  avec 
d  *n  ricomte  de  Limoges,  cette  femme  dont  la  beauté 


m%  HISTOIRE  DBS  VIGOBITES 

était  ilétriei  le  oœiir  corrompa,  mais  tovjonn  É 
dans  ses  passions,  cachait  sous  des  apparences  de  ôé 
le  secret  des  Tengeances  qu'elle  méditait  En  atten 
grande  cérémonie  qui  devait  appeler  i  Limoges  l'éH 
chevaliers  d'Angleterre,  de  Normandie  et  d'Aqnitaii 
entreprit  avec  Richard  de  rebAtir  le  monastère  dé 
Augustin  et  partagea  avec  lui  l'honneur  de  poser  1 
mière  pierre  K  ^ 

1.  Rorice  II,  éTèque  de  Limoges,  au  y  siècle,  aviit  fkit  ocmmI 
l*emplieeinent  d*ane  chapelle  qui  remontait  an  temps  de  saint  llaip 
ipagniSque  église  dédiée  à  saint  Martin.  Quant  à  celle  à  la  tûÊÈ 
laquelle  contribua  Aliénor,  elle  est  due  principalement  à  Raymond  !•■ 
ikJb,  abbé  de  Saint-Maitin,  qui  avait  succédé  en  1164  à  Pierre  !•*  1 
frèra  d'Ithier,  seigneur  d'Aixe.  (Nadaud  :  mss,  ausémùmire  de  A 

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ET  DE  W  VICOMTE  DE  LmOGES. 


CHAPITRE  Vm 


>AAR   T,   TICOHre  de  tmOGBS,  et  les  PLAtrrAGENETS 


V  el  RicbaH  k  Poiliera  et  k  Limog«i.  —  Réception  f&lle  ani  PlaaU- 
^  —  Richard,  couronné  Juc  d'Aijuilïinsi  promet  de  défendre  les 
s  de  l'Éfrliae.  —  Bomn»^  d'Adémar  V  k  Richard.  —  EntreprîMi 
llBoUmod  da  Barn  :  il  eieile  à  U  guerre  contre  Henri  11.  —  Henri  H  k 
H  femme  «t  *e«  ùls.  —  Gsubcrt  de  Puygibaul,  Gér»ud  do 
Mil  et  Paydil  dllzerche,  Iroubadoars.  —  Henri  II  informé  des  projet! 
fc  *ea  enfanta  par  le  comte  de  Tnuloive.  —  Note  inr  la  famille  de  Geof- 
frol  de  Vigeoïi.  —  Henri  II  aboodanné  de  >ea  enfants.  —  Aliénor  pii- 
Mooitre;  plaint»  dei  Aquilain».  —  Guerre  entre  Adémir  V  et  le  comle 
dt  PArigord.  —  L'Égiira  etplique  par  dtt  prodi^i  le*  oialheart  de  l'ipo- 
que.  —  Bernard  et  Adémar  couliauent  la  guerre.  -~  Conveutiou  faite  dan» 
n^in  d'AniBC.  —  Adémar  attaqua  le  chticau  de  Bré  :  OUivier  de  Lai- 
t»an  occupe  le  monattère  d'Arnac.  —  CoaTention  entre  Bernant  et  Adi- 
BUr.  —  Le«  nuaui  du  Limuu»ia  bravent  l'autorité  de  Richard.  —  Lei 
feaargeeïi  de  Limoge*  mécontenta.  —  Noie  nir  Iwmbart,  abbé  de  Sainl- 
Haitial,  M  aui  Notre-Dame  de  Cherrii.  —  NoaTellea  eicilationr  i  la  guerre 
par  BertfWid  de  Boni.  —  Ligue  de«  grands  feudataires  contre  Kichsrd.  — 
8irraala  do  tmnbadour.  —  Gilbert  de  Malemort  et  Archanbaud  de  Com- 
born  :  crotutéi  dea  loldals  de  Gilbert.  —  Archambaud  fonde  la  chartreute 
du  Glandiert.  —  Raragei  dei  Brabançons.  —  Ll|^e  formée  coDtre  oui  à 

iJmagM Di&ite  des  Brabaoçoiu  prê«  de  Malemort.  —  Richard  con- 

tiEBe  la  guerre  «t  l'empare  de  Limogea.  —  Entrevue  de  Henri  11  et  de 
•m  fiU  Beori  à  Grandmonl.  —  Henri  II  continue  de  poursuivre  scï  eune- 
mi>;  perlée  d'Adémar  V.  —  Départ  d'Adémar  V  et  do  w«  nlliés  pour  U 
Piletline. —  Retour  d'Ailémar;  eialtatinn  du  corps  de  saint  Yrieii.  — 
Note  iur  le  monattère  de  Sainl-Uirlin.  —  Refus  des  bourgeoie  et  des  con- 
uili  de  Limogei  de  faire  bommBge  à  Henri  le  Jeune.  —  Adémar  V  détruit 
i(  bourg  de  Sainl-Oermain.  ~  Hicbaid  prend  le  cbttoau  d'A-ie,  et  menace 
ymi>ge«.  —  Arriyi'e  de  Henri  II  :  il  eel  blessé.  —  Les  siuis  se  retirent  à 
Aite.  —  Le*  babilaatt  de  Limoges  font  hommage  k  Henri  le  Jeune,  et 
<t  (ortifieat.  —  Richard  à  Excidanili  Henri  H  k  Sainl^Yrieii.  --  Le  paji 
nta^  par  lei  Midats  de  Richard. 

Mi^nor  De  cessait  de  poursuivre  Henri  il  de  sa  haine  et 
Jp  M  jalousie,  excitant  par  ses  conseils,  par  ses  intriguci, 
l'imbition   de  ses  Qls,  impatients  de  se  partager  sur  le 


ooDtiiml  le»  provinces  anglaises.  Méprisé. par  les  «eoi, 
obsédé,  menacé,  le  malhedreoz  roi  avait  longtemps  hésité 
à  se  déponiller  d'one  partie  de  son  autorité;  mais  enfin, 
las  des  plaintes  de  ses  enfants,  des  reproches  de  leur  mère, 
il  cmt  pouvoir  vivre  en  pais  «n  promettant  à  Richard  le 
duché  d'Aquitaine  (1170).  On  vit  aussitôt  le  jeune  prince, 
conduit  par  sa  môre,  impatiente  de  régler  en  son  nom, 
fière  de  montrer  aux  Aquitains  les  derniers  restes  de  c^Ue 
beauté  qu'ils  avaient  si  souvent  admirée  sous  les  trA 
ombrages  du  chftteau  de  Clain-et-Boivre,  accourir  à  Poi- 
tiers, entrer  comme  en  triomphe  dans  l'église  de  Saint- 
Bilaire,  s'asseoir  sur  le'siége  de  Tabbé  pour  y  recevoir  des 
mains  de  l'archevêque  de  Bordeaux^  et  de  révoque  diocé- 
sain la  lance  et  Fétendard,  comme  préliminaires  de  sa  mise 
en  possession  do  duché  d'Aquitaine  *. 

Toute  la  cour  nonnande,  après  cette  cérémonie,  se  rendit 
à  Limoges  avec  un  nombreux  cortège  d'illustres  chevaliers 
normands,  poitevins  et  anglais,  auxquels  se  jmgnirent  bien- 
tôt ceux  du  Limousin  et  de  TAngoumois,  se  pressant  avec 
plus  d'enthousiasme  que  les  autres  autour  de  leur  sôuve- 
raine,  et  croyant  qu'avec  Richard  l'Aquitaine  allait  former 
un  État  indépendant  des  rois  d'outre-Loire  et  d'outre- 
Manche.  Richard  se  montrait  avec  orgueil  au  milieu  de 
ces  guerriers,  qu'il  croyait  dévoués  à  sa  cause.  Le  peuple 
le  reconnaissait  entre  tous  à  son  air  martial,  à  sa  haute 
taille  et  à  son  beau  visage,  tandis  qu'à  ses  côtés  se  tenait 
son  frère  Renri-au-Gourt-Mantel,  prince  taciturne,  dissi- 
mulé, qui  n'aimait  les  batailles  que  pour  ce  qu'elles  lui  rap- 
portaient de  puissance  et  d'argent.  Ce  brillant  cortège  de 

i«  BsitraDd  !•'  4taii  aroherAqne  de  Bordeaux  depnif  1161  La  même  année 
(1170)  il  fit  la  dédicace  de  l'église  abbatiale  de  Saint-Amant-de-Boixe  en 
ÀitgOttmoii.  (Labbe  :  Concii,,  t.  X,  col.  1451. J 

3.  Bedf  :  «M*  de9  comies  de  Poitou, 


ET  DE  lÀ  VICOMTE  DE  LIJfOGES. 
I  princes,  de  chevaliers  et  de  belles  châtelaines  qui  entourait 
Il  Fastueuse  Alîénor,  entra  dans  Limoges  au  milieu  d'une 
fcole  immense,  accourue  de  tous  les  points,  pour  voir  son 
iionveau  maître  et  pour  applaudir  â  son  couronnement. 
L'évèqae,  portant  la  mitre  et  la  crosse  d'or,  avec  la  chape 
dewie,  suivi  de  tout  son  clergé  en  chasubles  d'or  et  d'ar- 
gent, vint  au-devant  de  la  cour  normnnde,  moins  comme 
un  sujet  ijue  comme  an  maître,  qui  peut  disposer  ao  nom 
de  Dieu  des  puissances  de  la  terre.  Il  reçut  Richard  à  la 
porte  de  l'église,  mais  attendit  que  les  barons,  ayant  à  leur 
tête  Adémar  V,  eussent  enlevé  le  cercle  d'or  qu'il  portait 
snr  la  tôle,  signifiant  par  là  qu'il  ne  devait  entrer  dans  la 
basilique  qne  comme  l'égal  des  chevaliers  qui  l'assistaient; 
pnis,  après  lui  avoir  offert  l'encens  et  l'eau  bénite,  il  le 
revêtit  de  la  chlamyde  de  soie,  en  disant:  —  ci  Noble  duc, 
élc'é  h  celle  dignité,  couvre  de  ta  protection  le  peuple  qui 
le  reconnaît  pour  son  seigneur  et  maître!  »  Pour  lui  rap- 
peler l'héroïsme  des  martyrs,  il  lui  mit  au  doigt  l'anueau 
ie  sainte  Valérie,  symbole  de  la  foi  qu'il  promettait  de 
défendre,  précieuse  reliqne  des  temps  anciens,  conservée 
dans  le  trésor  de  Saint-Martial,  comme  le  gage  des  espé- 
nnces  de  l'Église,  Après  s'être  incliné  pour  recevoir  la 
couronne  d'or,  le  jeune  Cœur-de-Lion  prit  en  main  l'éten- 
dard surmonté  d'une  lance,  que  lui  présentait  l'évËque, 
pour  lui  apprendre  qu'il  devait  protéger  les  hommes  pieux 
et  humilier  les  superbes.  Ainsi  revêtu  des  principaux  insi- 
gnes du  pouvoir,  s'appuyant  sur  le  bras  de  l'évéqne,  qui 
loi  apprenait  par  là  que  la  majesté  des  rois  a  besoin  de 
l'appui  de  l'Église,  il  traversa  la  neT  dont  les  deux  cfilés 
étaient  occupés  par  les  barons  et  chevaliers.  Arrivé  devant 
l'aotel.  le  prélat  mit  dans  sa  main  droite  l'épéc  renfermée 
(Iws  le  fourreau,  tandis  que  le  doyen  Hugues  11  de  Gimel 
loi  chaussait  les  éperons  d'or,  et  que  le  chœur  chantait: 


S16  HISTOIBB  DES  VICOMTES 

—  c  Protège  lajastice«  combats  Tiniquitéi  défends  U  Tente 
et  rorphelin.  » 

£d  consacrant  par  ces  cérémonies  symboliques  la  pmi- 
saace  temporelle,  l'évoque  ne  renonçait  pas  à  celle  qn^il 
tenait  de  ses  prédécesseurs  ;  aussi  le  duc  se  prosterna  d|^ 
vaut  lui,  et  fil  serment  de  défendre  les  privilèges  de  TË^ 
H  Tint  ensuite  dans  le  chœur,  se  plaga  sur  le  siège 
doyen,  et  suivit  attentivement  toutes  les  prières  de 
messe,  ayant  devant  lui  son  sénéchal  qui  tenait  hanta 
répée,  et  l'étendard.  A  la  fin  de  la  messe^il  s'agenouilla  sm 
les  marches  de  l'autel  pour  recevoir  la  bénédiction^  pub 
déposa  entre  les  mains  des  officiers  du  chœur  tous  les  atp 
tributs  de  sa  puissance,  la  chlamyde,  la  couronne  d'or,  Taor 
neau  de  sainte  Valérie  et  l'étendard.  La  cérémonie  termi» 
née  au  milieu  des  cris  de  joie  de  la  foule,  au  bruit  dai 
trompettes  et  des  hymnes  que  chaulait  le  clergé,  il  sortit 
de  l'église,  laissant  aux  moines  le  riche  manteau  ducal 
qu'il  portait  à  son  arrivée,  et  cela,  selon  la  coutume  dn 
temps,  qui  voulait  que  les  chevaliers,  quand  ils  venaient 
faire  hommage  lige  à  leur  seigneur,  laissassent  leurs  orne- 
ments aux  écuyers.  Il  donna  aussi  une  forte  somme  pou^.i 
payer  le  somptueux  festin  qui  eut  lieu  en  l'honneur  dttJ 
cette  fête^  Après  lui  l'église  de  Limoges  n'eut  plus  dfi 
ducs  à   couronner;  les   rois  d'Angleterre  ne   voulurent- 
tenir  leur  puissance  que  d'eux-mêmes.  Encore  quelque!  i 
siècles,  le  pays  ne  voudra  tenir  ses  libertés  que  de  lui»' 
même,  heureux  s'il  sait  en  faire  usage  I  ,4 

Le  vicomte  Adémar  V  jura  fidélité  et  fit  hommage  aa- 
nouveau  duc,  qui  vit  ainsi  s'humilier  devant  lui  tous  cet 
grands  vassaux,  qui  se  donnaient  un  mattre  décidé  à  kt 

i.  Le  programme  de  cette  cMmonie  eit  dû  à  un  moine  de  Limog«| 
nommé  Hélie,  qui  Tiiait  encore  en  ISiS.  (Cérémomai  de  France^  Uu 
p.  SIS.) 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  m 

tre  aux  intérêts  de  sa  politique  et  à  les  associer  à 
ets  ambitieux  contre  son  père»  et  contre  son  trhre 
HCoort-Manteli  reconnu  comme  rhéritier  du  trAne 
terre.  Ponvait-il  prévoir  dans  ce  jour  de  triomphe, 
i  s'être  montré  le  héros  le  plus  belliqueux  de  son 
.  irouTerait  une  mort  obscure  sous  les  murailles  d'un 
oirs  du  Limousin?  Le  vicomte  de  Limoges  fut  de 
grands  vassaux  du  pays  celui  qui  comprit  le  moins 
malheurs  était  réservé  son  pays  par  l'ambition  du 
doc  d'Aquitaine.  Pendant  quelque  temps,  comp- 
sa  protection  pour  augmenter  sa  fortune,  il  sut 
ec  lui  en  bonne  intelligence  et  ne  se  laissa  point 
r,  comme  plusieurs  autres,  par  les  slrventes  pro- 
%  de  Bertrand  de  Bom,  appelant  l'Aquitaine  aux 
rontre  la  race  anglo-normande.  Il  se  joignit  même 
rd  pour  punir  l'impatient  troubadour,  qui,  pour 
ter  le  nombre  de  ses  hommes  d'armes  et  pour  se 
une  citadelle,  venait  de  dépouiller  son  propre 
I  château  d'Authefort. 

mdy  chassé  de  celte  position,  ne  céda  point  à  sa 
e  fortune  :  il  n'était  pas  de  ceux  qui  croient  se 
de  la  honte  en  tendant  la  main  à  ceux  qui  les  ont 
on  attendant  l'occasion  de  les  trahir.  La  passion 
!  sa  vie  fut  sa  haine  contre  les  Plantagenets.  Peut- 
ait-il  aussi  de  faire  du  Midi  un  état  indépendant, 
l'avaient  voulu  les  successeurs  de  Charlemagne'. 
le  fournissait  ses  plus  nobles  élans  à  son  ambition 
lolilique;  il  s'en  servait  comme  un  nouveau  Tyrtée, 
alter  le  courage  de  ses  partisans,  pour  jeter  la 
IX  lâches  qui  désespèrent,  aux  traîtres  qu'on  achète 
fois  et  qu'on  méprise  toujours.  Quoique  chassé 

i-ThoTTSi* 


il8  HISTOIRE  bE8  VlGOMlft 

dd  chftteau  d'Authefort  par  le  roi  d'Angleterre  et  isà\ 
le  vicotnte  de'  Limog[és,  ûë  i^n0tiçant  pa&  il  ses 
il  lança  contre  Heriri  II  et  sa  fomillef  dé  noaveadx  ni 
qu'on  se  commnniqaalt  d'abord  en  ifécret  dans  ta 
noirs,  et  que  bientôt  on  redit  comme'  autant  de  chi 
victoire  on  de  haine  cohnitre  l'étrangor*.  A  son  insi 
la  noblesse  du  Limousin  courut  aux  armes.  AU 
èfntratné  par  les  siens,  bontenx  de  ^*ètre  humilié  dl 
Henri  II  et  ses  fils,  partagea  cet  enthousiasme,  Ai 
presque  un  élan  national  :  ses  châteaux  de  Liroi 
Ségur,  de  Chalussct,  d'Aixe  et  de  Bré  ftirent  ai 
rendez-vous  pour  tous  les  mécontents. 

Cependant  Henri  H,  depuis  longtemps  inquiet  des 
jets  de  ses  fils  et  des  menaces  de  leur  mère,  venait 
river  en  France,  où  le  rappelaient  aussi  les  intrigui 
Philippe-Auguste.  La  fortune  lui  réservait,  au  pi 
cette  Aquitaine  que  lui  avait  donnée  sa  perfide  é] 
tontes  les  tortures  morales,  puis  la  mort  et  une 
déserte.  Efn*ayé  dos  provocations  à  la  révolte  qui 
taient  de  Limoges  et  des  manoirs  du  Limousin,  où 
petit  châtelain  préparait  ses  armes,  il  accourut  pour 
jurer  le  danger,  au  grand  effroi  du  peuple  qui,  dél 
ressé  dans  ces  questions  politiques,  trop  peu  instruit 


1. 


Puiiqae  Gomboni,  Ventadour  et  Ségur, 
Puisquo  Turenno  et  Gourdon  «t  Moutfort 
Jurent  la  ligue  atec  le  Périgord, 
Puisque  bourgeois  fermeot  à  clef  leurs  murt  : 
C'est  bel  et  bon  qu'aigourd'hui  je  me  mêle 
D'un  «irrentois  pour  \w  encourager. 

Qui  veut  l'entendre  écoute  mon  appel; 
Brave  Angouléme,  Olustre  eit  ta  valear! 
Marobaud  forain,  cacbaut  son  attelage, 
Perd  le»  déniera,  rien  ne  prend  s'il  a  peur. 
Bien  mieux  vaut  gloire  et  petit  héritage 
Qu'un  grand  empire  acquis  par  déshonneur.  ■ 

(Ratnouard  :  CoU.  des  TVou&ufoMvJ 


J 


U  VtCaXTEi  DR  LDIOCES. 

snites,  ne  s'attendait  à  rien  moins  qn^ 

mines  mr  ruines  dans  cette  malheureuse 

I  mit  déjà    tant  snulTert.  Henri   U   entra    dans 

k  s?eo  du  cberaliers  d'Angleterre    el  de    Nor- 

<  aecompagné   d'Aliénor,  de    ses   fils,    Reari-le- 

)A«i  de  Bretagne  et  Richard,  qui  ie  suivaient 

affection  que  par  l'obéissance  qu'il  leur  impo- 

r«.  Baymond,  comte  de  Toulouse,  menacé  d'une 

expédition  contre  ses  prorinces,  arriva  presque 

f  temps  h  Limoges,  espérant  calmer  les  resscn* 

te  Km  snierain,   en  lui  faisant  hommage  pour 

DOUTelle   investiture    de    son    comté.    Les 

dr  Guyrnnc  virent  avee   peine  le  grand 

t  da  Midi  accepter  celte   humiliation  ;   mais  ils 

lemienl  pns  moins  leurs  projets  d'indéi^enflance. 

loor  d'^ulhcfnrt  n'élail-îl  pas  là,  caché  parmi 

ss  d'armes,  tout  prêt  à  ranimer  leur  haine,  k 

fjjtr  lei  Ucbes  parde  piquantes  railleries?  Liberté 

ine!  haine  à  l'Angleterre]  c'étaient  bien  lA  1rs 

ws  qai  faisaient  vibrer  les  cordes  de  sa  harpe. 

Hol  de  tous  les  poètes  de  son  pays  qui  aîmilt  la 

t  qui  Mfis  trfvs  poursuivit  l'étranger  de  sa  haine. 

Jes  «n  chansons  préféraient  aux  combats  la  vie 

lui  cbanis  d'amour  aux  chants  guerriers, 

de  Pnygihant,  d'abord  moine  dans  te  rlollre  de 

ard,    venait  de  jeter  te  froc  aux  orties   pour 

le  Bultreas^,  et  courir  ensnite  chercher  d'autres 

galante*  jusqu'en  Espagne,  où  l'on  accueillait 

kmnr  tes  troubadours  Unonsins.  A  son  retour  il 

I  la  femme  qu'il  aimait  encore,  mais  déshonorée, 

gentilhomme   qui   l'avait  chassée  de  son 

indigne  de  lui.  n  n'eut  pour  eîle  qu'âne 

\  poor  qa'elle  «e  fM  pM  à  «»  auto*,  il 


HISTOIRE  DB8  VICOMTES 

renferma  dans  un  cloître.  Elle  d'Huisel,  ou  d'Usself 
pas  plus  de  respect  pour  les  mœurs  :  tout  entier  à 
bauches,  miné  par  elles,  il  vivait  honteusement 
petit  manoir  de  Ghâlus,  où  il  n'avait  souvent  ni  pain 
à  offrir  à  ses  amis.  Oérard  de  Bomeil,  surnommé  le 
des  troubadours,  tant  ses  vers  avaient  d'admiraleura, 
aussi  une  vie  errante  et  licencieuse  ^  Faydit  d' 
surpassa  tous  les  autres  par  ses  mœurs  dissolues, 
s'être  fait  Tesclave  d'une  prostituée,  il  fût  le  jouet  des^ 
grandes  châtelaines;  Marguerite  d'Aubusson  le  prit| 
chanter  sa  beauté,  mais  se  moqua  de  son  amour  *, 
Tout  le  temps  que  Henri  II  demeura  à  Limoges 
ployé  par  lui  à  surveiller  ses  ennemis,  et  par  ceux-ci  à^ 
dir  des  intrigues  contre  leur  suzerain,  dont  ils  bi 
rautorité  en  en  faisant  remonter  tout  l'honneur  à  Vhi 
des  anciens  ducs  d'Aquitaine.  Aliéner,  de  son  côté, 
ses  enfants  à  trahir  leur  père,  leur  cherchait  des  pai 
parmi  les  barons  réunis  autour  d'elle;  moins  par 
que  par  les  avantages  qu'ils  croyaient  retirer  de  cette 
de  famille.  Le  comte  de  Toulouse,  feignant  de  sei 
cause  d'Henri  II  au  détriment  de  ses  enfants,  avait 
vent  avec  lui  des  entretiens  secrets,  où  il  lui  révéh 
projets  de  ses  ennemis,  leurs  préparatifs,  et  la  bail 
lui  portait  la  cité  de  Limoges.  Un  jour  que  le  prince 
blait  heureux  de  Taccucil  que  lui  faisait  le  clergé 
protestations  de  dévouement  du  vicomte  AdémarV, 
recevait  dans  ^on  château  avec  les  plus  grands  boni 
Raymond  de  Toulouse  vint  lui  dire  secrètement  :  —  c 
tëz  en  sûreté  vos  châteaux  de  Guyenne,  et  méflex-voi 


1.  Raynonard  :  CoUed,  det  Troubadours, 

S.  On  lui  attribue  le  roman  en  langue  limousine,  intitulé  :  JoMl 
Bruniisende  de  Montbru  (Montbronî),  qui  existe  en  manuscrit  à  la 
ikèqM  nationale.  Braninande  «ft  la  nom  d'une  Ticomieiie  de  Lii 


ti 


er  DE  14  VICOMTE  DE  LIMOGES.  m 

^leconduire  dans  une  terre  étrangère,  toi  qui  jouissais  de 
Il  liberté  des  rois  !.,.  Heviens,  pauvre  captive,  reviens  à  tes 
.lillu  bien-aimées...  L^  roi  dlf  Nord  le  retient  prisoQr 
Il  '>i^i  eb  bleu  I  élève  fa  vois,  cpmme  la  tempête  qui  res 
'  teadt;  les  fils  voleront  vers  toi,  et  lu  reviendras  dans  I^  ' 
ipilrie  de  tes  ancêtres,  fjans  la  belle  Aquitaine'.  » 

Alors  continua  avec  ijIus  d'ardeur  cette  guerr^'  impie  des 

l|ï  contre  le  père,  des  frères  contre  les  frères,  de  l'épouse 

CDiiIre  l'ùpous,   lutte  sanglante  qui  couvrit  de  ruines  les 

^iuips  du  Limousin,  quoique  souvent  interrompue  par  des 

'L^.  Le  vicomte  du  Limoges  n'y  prit  d'abord  aucune  partf 

'"■'■fi  qu'il  était  à  Taire  la  guerre  à  Bernard  de  PÉrigord, 

i^uoQcIe,  dans  le  but  de  s'atti'Ibuer  l'entière  possession 

<ia  cMleau  d'Eïcideui|,  malgré  le  traité  fait  à  cette  occ^:- 

iiûn  sept  ans  auparavant.  Les  4eux  rivaux   s'attaquaient 

■■^al,  ravageaient  mutuellement  leurs  terres,  sans  qu'où 

'  i>réioifl.ù  qui  resterait  la  victoire.  Retranchées  danq 

'  "Iteaui  de  Bré  et  de  Ségur,  les  troupes  d'Adémar  Y 

"m  facilement  la  partie  du  Périgord  qui  louchai^  k 

''''Qité,  et  où  les  embuscades  étaient  d'autant  plus  fa- 

',  que  de  vastes  forêts  couvraient  alors  tout  le  pays 

:  c  tJicideuil  et  Saint-Yrieix. 

^  -b'iise,  trop  faible  pour  intervenir  par  la  force  daos  ces 
■rJes,  n'osant  en  taire  retomber  la  responsabilité  ni  sur 
'  ni  iurTautrÉ  des  deux  partis,  en  cbercba  la  cause  dans 
'jlalion  de  ses  dogmes  et  de  ses  préceptes.  On  disait 
'  lUns  la  contrée,  h  qu'en  expiation  fl'un  scandale,  qui 
'i  eu  lieu  le  jour  du  jeudi-saint  dans  une  orgie  au  ch4- 
I  de  l'ompadour,  où  assistaient  les  nobles  du  pajs^ 


I.  f  TruaiiU  a  àa  terra 
*••«,  «plin  iriilit, 
^ AipdLjoi»...  rl^mw^  ne 

*^l.  W.  PlWK.,  l.  XII.) 


:U.  io  torram  quam  i^oraali...  Ra- 
Me*  tuu...  Obsidium  posuit  BUper 
)i  luba,  BiallA  vocem  laasa,  a  (jp. 


HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Dieu  avait  excité  entre  les  oonTiTes  une  rixe  sangl 
pour  les  punir  ainsi  les  uns  par  les  autres  ;  quMls  en 
venus  aux  mains  près  du  château,  dans  un  lieu  appelé 
drieSj  et  que  Guérin  de  Castelneau  y  avait  été  tué  par  le 
valier  Archambaud  de  Peletz,  ainsi  que  plusieurs  autres^ 
Le  récit  de  cet  événement,  vrai  ou  supposé,  émut  foi 
les  esprits;  et,  au  quatorzième  siècle,  le  peuple 
encore  que,  pendant  les  longues  nuits  dliiver,  on  eut 
le  bruit  des  armes  près  du  château  de  Ségur,  quV 
voyait  des  chevaliers,  à  l'armure  brillante,  so  préci] 
dans  la  mêlée,  jusqu'à  ce  qu'un  rayon  de  la  lune,  ou  la 
mière  lueur  du  crépuscule,  mit  en  fuite  les  combattani 

Bernard  et  Adémar  Y,  quoique  poursuivis  par  lei 
dictions  de  l'Église,  n'en  continuèrent  pas  moins 
quelque  temps  les  hostilités,  pillant  les  villages,  d( 
jusqu'aux  instruments  du  labourage.  Cet  état  de  choses 
naçait  de  durer  encore  longtemps,  lorsqu' enfin  Géi 
évèque  de  Limoges,  Raymond,  vicomte  de  Turenue, 
chambaud,  vicomte  de  Comborn,  et  Ouillaume-Taiili 
comte  d'Angouiôme,  et  plusieurs  autres  représentants 
féodalité,  cherchèrent  à  rétablir  la  paix  entre  les  deux 
vaux  :  ils  se  donnèrent  pour  cela  rendez-vous,  le  jour 
l'Exaltation  de  la  sainte  Croix,  dans  le  monastère  d'Ai 
près  de  Pompadour  (14  décembre  1174,  n.  st.^). 

lléunis  dans  le  sanctuaire  de  l'église,  près  des  tombes 
quelques-uns  des  Qiembrcs  de  la  famille  de  Lastours,  et'i 
présence  des  religieux,  ils  décidèrent  que  Bernard  cédi 
à  son  neveu  la  part  à  laquelle  il  prétendait  dans  le  cl 
d'Excideuil,  et  recevrait  en  compensation  le  château 
Célon.  Les  deux  ennemis  acceptèrent  ces  conditions 


1.  Chran.  Voticns,,  ap»  Labbeum. 

S.  Arch.  de  Pau  :  F,  de  la  vicomte  de  Umogee. 

3.  (kUi,  Christ.  :  Kcciet.  Lertéomcemùr, 


n 


i 


ET  DE  U  VICWMTR  DE  LtMOGES. 
5ï«il  mutuellement  de  respecter  leur  territoire.  La 
ta»  cl  11  méOatxe  da  vicomte  de  Liinofces  en  disposè- 
uitrement.  Le  jour  que  ses  hommes  d'armes  quittaient 
ilean  de  Célon,  pour  Taire  place  à  ceux  de  Bernard, 
mr  K  promettait  de  profiter  du  premier  prétexte  pour 
!BdK  U  plare.  Apprenant  que  Sara,  sa  Temme,  avait 
1  Inog  entrelien  arec  Archambaud  de  Combora,  dans 
Ime  cbâtna,  il  se  laissa  aller  à  tous  les  élans  de  son 
nalioa;  puis,  cachant  sa  jalousie  sous  un  autre  pré- 
,  U  préteadit  qne  le  comte  de  Périgord  et  Arcbam- 

twrdissaient  contre  lui  de  nouvelles  intrigues.  Dés 
1  pratiqua  des  tnleiligeoces  avec  la  garnison  de  Céloo, 
prépara  les  moyens  d'y  rentrer, 
idaot  l'hiver.  malp4  la  neige  qui  couvrait  les  champs, 
EBÎt  à  parcourir  les  manoirs  de  sa  vicomte,  pour  réunir 
roopet.  11  força  ses  vassaux  à  le  suivre,  assiégea,  le 
Js  Mofll,  le  ehAleau  de  Dré,  dont  il  s'empara,  puis 
at,  daraDi  quarante  jours,  les  terres  des  seigneurs  de 
■n,  parenl»  ou  amis  de  son  rival.  Ollivier  de  Las- 
,  dief  de  la  femillc  de  ce  nom,  rassembla  aussitôt  des 
I,  <{ai  riorent  prendre  position  dans  le  cloître  d'Aruac, 
'.  mn  dépens  des  moines,  dont  les  provisions  furent 
Vt  épuisées.  Arnald,  le  bailli  du  ministère,  ayant  osé 
iodre,  fut  (ué  par  les  soldats  au  moment  oii  il  mon- 

cbwal,  pour  porter  te*  réclamations  à  Ollivier  de 
tru  Ce  crime  effraya  lellemeut  les  moines  qu'ils  n'o- 
i  pas  (ïire  solennellement  les  funérailles  de  b  victime 
■e*  TtHX  de  %f»  meurtriers  :  ils  portèrent  le  cadav^ 
Drvt  dans  l'hospice  de  Célou,  où  ils  n'eurent  qtu 

d«  le  jeter  dans  la  fosse  et  de  le  couvrir  de  lonj 


rsit-^ 


;adavr^^ 


i^.  LitUetiiH.  L'hitar  ilv  mUu  àanéw  tut  *i  rtfi 
aU«  diruui>iu«,  ■  <iu'uiie  tooi  opiaiUra.<aiiii  U  n 


k 


as  Hmonti  des  vKowTsa 

La  gtierre  côntioua  encore  au  printemps  de  l'année  sui- 
vante. Le  Ticomte  de  Limoges,  qui  semblait  se  jouer  de  ses 
ennemis,  était  même  parvenu  pu  ses  intrigues  â  en  déta- 
cher quelques-nns  du  parti  de  Bernard.  Comptant  sur  ses 
intelligences  avec  ta  garnison  de  Célon,  feignant  de  vouloir 
foire  le  s^ge  de  la  place,  il  vint  camper  sous  tes  murailles, 
el  y  entra  quelques  jours  après  pendant  qu'il  tombait  uDe 
neige  si  épaisse,  qu'on  ne  pouvait  pas  savoir  si  la  gamisoa 
avait  fait  résistance  (("avril  1175).  ËnGn,  fatigués  d'une 
guerre  qui  ruinait  tout  le  monde,  les  pins  influents  d«s 
deux  c6tés  firent  de  uouvelies  propositions  de  paix.  Bernard 
ent  une  entrevue  avec  Adémar  V,  qui  consentit  à  lui  donner 
le  château  de  Sainl-Yrieix  en  échange  de  celui  de  Célon. 

Pendant  ce  tempi,  les  hostilités  avaient  été  rarement 
interrompues  entre  Henri  U  et  ses  enfants.  Les  vassaux 
du  Limousin  bravaient  ouvertement  l'autorité  de  Richard, 
qui,  en  recevant  le  litre  de  duc  d'Aquitaine,  avait  promis 
de  faire  hommage  à  son  frère  Henri-le-Jeune,  mais  qui 
gardant  le  duché  refusait  de  remplir  ses  engagements. 
A  Limoges,  les  bourgeois  peu  disposés  à  reconnaître  sod 
autorité,  prévoyant  bieo  qu'il  viendrait  les  y  contraiodn 
aussitôt  que  son  père  lui  en  laisserait  le  temps,  pressaient 
l'abhé  de  Saint-Marlial  de  fortifier,  par  la  construction 
d'un  mur  d'enceinte,  cette  partie  de  la  ville  qui  relevait 
de  lui.  L'abbé  s'y  refusait,  tant  il  craignait  d'exciter  con- 
tre lui  la  haine  du  prince.  D'ailleurs  son  chflleau,  proténé 
par  de  forts  remparts  et  muni  de  provisions,  pouvait  r^ 
sister  à  une  attaque  sérieuse. 

Les  bourgeois  crurent  qu'on  voulait  les  trahir;  ils  réu- 
nirent aussitAt  un  grand  nombre  d'ouvriers,  creusèrent  des 
fossés,  et  détournèrent  même  la  source  qui  fournissait 
l'ean  à  la  citadelle.  Ainsi  se  brisaient  dans  une  im^jatiencc 
Sévreuse  tous  les  liens  d'obéissance.  La  noblesse,  l'ËglîM 


VICOMT&  DE  LIMOGRS. 

Iple,  selon  U-»  iolérèls  de  chacun,  tendaient  jb  l'in- 

iBce  par  des  moyens  divers;  miis,  en  présence  de 

,  duqoe  parti  s'affaiblissait  par  l'isolement.  L'abbfc  J 
'Martial  mourut  quelques  jours  après  cette  tenlatimJ 
■  des  bonrgeois.  A  l'approche  de  ses  dernier*'" 
ÎI  avait  fait  l'aveu  de  quelques  erreurs  de  sa  vie, 
do  révèqae,  de  Pierre,  abbé  de  Saint-Martin, 
m^  autrefois  abbé  d'Uzerche,  alors  simple  moine 
«,  et  de  sept  religieux  de  Saint-Martial.  Il  se  fit  por- 
soa  église,  où  les  moines  chantèrent  les  matioes, 
qo«  Guillanme,  abbé  de  Vigeois,  lenait  d'une  main 
te  allumé,  et  de  l'autre  celte  du  mourant.  Il  eol 
cesseur  [ombart,  i  qui  le  vicomte  Adémar  g'em- 
e  bire  hommage  pour  ChAteau-Cherviz  ■,  Limages, 
ti-âainle- Valérie  el  la  vicairie  de  la  tour  de  Bemaud, 
irant  de  l'abbaje  K 
entre  le  vicomie  de  Limoges  et  le  comte  de  Péri- 
lit  à  leurs  partisans  de  tourner  toutes  leurs  forces 
lirhard  qui,  réconcilié  avec  son  père,  avait  contraint 
Reori-Ic-Jcune,  à  accepter  une  trêve.  Alors  Ber- 
lorn,  trouvant  que  les  confédérés  ne  montraient 


'.  dil  de   NoU^'DuDe-flig-CherTii.  dépemUni  de  l'ibbifs  J 
de  Llinage»,  «liiUit  ftulrttuù  (Uni  <xU»  loc&liU.  Elieaae  II, 
itnt'AagwUa.  qui  eu  eut  Lt  itlrectinD  de  IMI  k  1137, 
At'iitbe.  (N4D1DD  1  PotilU  mtt.)  Il  oa  Teslc  du  cbllcau  qu'un 
•kat  Ib  potitim  lrà«-piUorc*qaa  domino  wi  Imb  Iw  pUine»  ravi. 

MTt.  «a  Ucmbtrt,  IniUla*  k  LinwgpB  un»  cérAoonie  va  «oateDir 

>  Asrt*  (fprw.  la  diuMiclM  de  l'ocUn  do  l'IquM,  nn  sooiuil 
(i^0  du  m.MM.iVrr,  H  r.>ri  cliauUil  l«  T*prM  dei  morl».  Aprti 

ct^  reudiit  i  Ti^lix  pour  de  onu. 

'  i-"!ti,  cl  le  laudgmkia,  r4bl>é  c4- 

:iit  ftire  det  «latioDi  tur  In  loin- 

r  nrdla>ir«,  à  celui  du  trins,  ailuf 

;  HamT.  M  rTiijLi  (1  .--lui  .(il  ).ii,p(.   I.e  mita»  jmi  on  JiWriliiail  t 

>  pBBlTH  Im  rails  d'un  iptuudiile  hiliu  scrri  lui  religieux.  I 
iÊhan,  lui  pnmalvut  part  i  cvlte  lalanaiU,  ne  reoenient,  cnafD 
I,  IB*  du  ptlD  K  du  TÉn.  {Jirtii.  lU  Pan  :  F.  lUta  vieomtt.) 


M  HISTOIRE  DBS  YICOBfTBS 

pas  assez  d'empressement  à  courir  aux  armes,  riveilH 
haine  par  ses  sarcasmes  rimes  et  satiriques,  bien  tÉiià\ 
émouvoir  cette  noblesse,  dont  la  principale  passioft^ 
été  jusqu'alors  celle  des  batailles  ^  Audebert,  comtf^ 
Marche,  le  vicomte  de  Limoges,  Hélie  Talleyrand  de| 
gord,  Oeoffroi  de  Lusignan,  les  vicomtes  de  TurenMl 
Gomborn,  de  Castillon,  Ouillaume-Taillefer,  d'Angodj 
les  seigneurs  de  Montfort,  de  Oourdon,  et  plusieurs  ijj 
reprirent  les  armes.  Henri-au-Court-Mantel,  lui-môifl 
put  résister  aux  railleries  du  seigneur  d'Authefort,  qnlj 
repris  sa  harpe,  pour  flétrir  ce  qu'il  appelait  la  lâcb^ 
fils  d'AIiénor  K  Tous  firent  le  serment  de  n'accorder  il 
ni  trêve  à  leur  ennemi  '.  Leurs  forces  se  partagèrent  m 
tant  de  petits  détachements  qu'il  y  avait  de  chevaliefd 
les  commander  :  les  échos  des  montagnes  du  Limoal 
des  rives  de  la  Dordogne  redirent  encore  les  cris  d'iai 
dance  de  la  noblesse  liguée  contre  le  Cœur*de-] 
contre  son  père.  Les  bourgs,  les  châteaux  les  moins 
fiés,  Turent  pris  de  part  et  d'autre  et  brûlés.  Des 
d'habitants  des  campagnes,  fuyant  leurs  chaumières  |l 
ou  détruites,  allaient  çà  et  là,  comme  au  temps  de  il 

1.           Un  lirrente  je  Ikit  de  cet  mauvais  baron»  :  ^ 

Plut  jamais  d'eux  ne  m'entendrez  parler.  ! 

Je  les  excite  tous  asses,  avec  mille  éperons,  ' 

En  puis-je  fkire  un  courir  ou  trotter  ?  H 

Ils  se  laissent  ainsi,  lâches,  déshériter  I  j 

Soient-ils  maudits  de  Dieu  I  Uu'ont-ils  donc  à  songer  j 

Nos  barons?  1 
(Raynouabd  :  CoUeci.  des  Tnmbadm 

S.            Voici  le  jeune  roi  qui  cesse  sa  demande;  ^ 

A  Richard  le  Youloir  de  son  père  le  mande,  j 

11  est  bien  forcé,  n'est-ce  pas?  ^ 

Puisque  seul  des  Henri,  tu  n'as  lieu,  ni  commande,  ^j 

Sois  le  roi  des  malfats. 

{Ibid.)  J 
3.  «  Per  asségnras  totas  las  gens  d'aquella  contrada  per  lo  sagrui| 
il  «Tiao  fkieh  eontn  en  Ricbart.  »  (Ibid.) 


4 

J 


ET  DB  U  VICOMTE  DE  LIMOGES.  35H 

non  des  Normands,  se  cacher  dans  les  gorges  des  mon- 
lignes  et  au  Tond  des  forôts.  d'o&  ils  sortaient  la  nuit  pres- 
tes par  la  faim  ponr  venir  mendier  à  la  porte  des  abbayes 
d'Obasiae,  de  Dalon  et  de  Vigcots.  dont  les  moines  se 
cuhaieQt  pour  leur  distribuer  des  vivres,  car  les  princes 
anglais  faisaient  la  guerre  aux  prêtres  comme  aux  barons. 
Les  soldats  de  la  ligue  n'étaient  ni  moins  cruels,  ni  moins 
;)iltards  :  un  grand  nombre  de  Brabançons  à  leur  solde 
descendirent  des  montagnes  du  Limousiu  jusqu'à  Poitiers. 
L'évoque,  Jeau-auz-Bel les- Mains,  secondé  par  Thibaut  Cba- 
bol,  n'eut  que  le  temps  de  réunir  quelques  troupes  avec 
lesquelles  il  aneta  n  ces  destructeurs  de  châteaux,  pil- 
lards des  campagnes,  brûleurs  d'églises  et  violateurs  des 
rierges  '.  >  Plusieurs  furent  tués  dans  les  maisons  ob  ils 
t'étaient  cachés;  quelques-uns  se  retranchèrent  dans  une 
baule  tour  située  dans  les  environs,  mais  laissèrent  der- 
rière eux  tout  leur  butin  et  leurs  lagagi^s'. 
Les  grands  vassaux,  engagés  dans  la  ligue  contre  les 
inlsgenets,  n'étaient  pas  tellement  dévoués  à  leur  parti, 
l'ils  ue  songeassent  pas  à  se  faire  la  guerre,  et  souvent 
tous  les  plus  futiles  prétextes.  Ainsi,  Gilbert,  fils  du  puis- 
mt  seigneur  de  Malemort,  forte  position  militaire  assise 
'  in  sommet  d'une  haute  colline  »ur  les  bords  de  la  Corrëze, 
l'étant  fait  un  habit  de  diverses  couleurs,  soit  caprice  de 
puod  seigneur,  soit  qu'il  voulût  faire  ainsi  la  satire  des 
divers  partis  politiques  de  l'époque,  Arcbambaud  V,  vicomte 
de  Comborn,  s'était  permis  il  ce  sujet  d'amëres  plaisante- 
ries'. Gilbert,  offensé  et  très-irascible,  voulut  se  venger  : 
,  iTec  ses  di^ux  frères,  associés  à  son  ressentiment,  il  vint 


•  1.  Chrao.  nus.  de  [Jmogres.  —  Jiutel 
•-CbraD.  de  Sunl-lfnlïn  de  Umogea. 
I'  L  Beat;  :  Hùt.  dei  tomta  de  Poitou. 

•  ÏMtem  qiiain  ïoc«Tit  AKbamlMddiu  A«  Prasayo' 

„  op.  £o6Anirn.) 


!.  flet  vicotitUt  dà  Tnrenne. 


SBO  HIBTOmB  DES  VIGOMTBB 

rtmger  les  terres  d'Archamband.  MaU  celui-ci,  aveittk 
temps  de  ses  projets,  s'était  mis  sur  ses  gardes.  QUbeii 
soa  Mre  Adémar^  surpris  dans  une  embuscade,  ftareat 
prisoDuiers,  et  leur  troisième  frère,  nommé  Pierre,  tné 
se  défendant.  Archambaud,  après  avoir  tenté  de  faire 
cher  les  yeux  à  ses  ennemis,  les  renferma  dans  les  pri 
souterraines  de  son  château  de  Combom.  Gilbert,  ayant 
couvre  sa  liberté  au  moyen  d'une  forte  rançon,  prit  à 
charge  quelques  aventuriers,  qui  couraient  le  pays  pour 
compte,  vendant  leurs  services  à  prix  d'argent,  quand 
princes  anglais  ne  lès  payaient  pas,  et  revint  à  leur  tète 
les  terres  de  Combom.  Après  plusieurs  rencontres  tot^ 
marquées  par  d'odieuses  cruautés,  l'hiver  força  les 
battants  à  se  retirer  dans  leurs  forteresses.  Le  flroid  é 
rigoureux  que  la  Gorrèze  était  glacée,  malgré  son  cours 
pide,  devant  le  ch&teau  de  Malemort  Les  soldats  m 
naires  de  Gilbert,  pour  s'amuser,  pratiquaient  des 
dans  la  glace,  y  enfonçaient  leurs  prisonniers,  qu'ils 
naient  dans  l'eau,  jusqu'à  ce  que  leur  barbe  fût  gelée.  Ds 
les  retiraient  que  pour  les  reconduire  dans  leurs  cac 
A  la  fin,  Gilbert  ne  pouvant  plus  payer  ses  alliés,  ceux-ct| 
quittèrent  pour  passer  à  la  solde  du  vicomte  de  Combdi 
qui  vint  assiéger  le  château  de  Malemort,  où  il  fit  prise! 
nier  Géraud,  père  de  Gilbert  *.  Le  vieux  baron,  quand! 
avait  vu  sa  forteresse  attaquée  et  ne  pouvant  plus  résisll 
était  venu  se  livrer  à  son  ennemi,  ayant,  selon  la  coutuaM 
et  en  signe  de  soumission,  une  selle  à  son  cou,  «  pour  ^ 
celui-ci  le  chevauchât,  si  cela  lui  plaisoit  *.  »  \ 

I .  Cette  guerre,  seloa  la  chronique  de  Vigeoi«,  qui  en  racoute  les  éfél 
HMBta  d'une  manière  atseï  obscure,  commença  la  Teille  de  la  fête  de  wà 
Martin.  (SAraud,  en  se  liYrant  à  Archambaud,  lui  dit  :  «Qui  es-tu T  — 


meil,  dit  Archambaud.  —  Eh  bien  !  in  as  bien  péché,  repni  Géraud,  pnlM 

ta  as  pris  le  prinee  de  Malemort.  »  (CAfon.  Vone/u,,  op.  Lakéênm^  P*  IH 

a.  GhroD.  de  Normandie.  r 


ET  DB  LA  VICOMTE  DE  LIHIOGEB.  E31 

Jrebambaud  de  Combom,  si  implacubte  contre  sesenne- 
Dii,  eut,  comme  U  plupart  des  homm«s  de  son  époque, 
d'uitrescrime^i  à  expier;  en  quitlaot  son  manoir  pour  aller 
lu  t>atAi(le«,  il  avait  confié  ù  la  garde  d'un  pt'6tre  de  la 
«Dlrée  une  jeune  fille  qu'il  aimait.  Apprenant  à  son  retour 
(n'clle  s'Était  consacrée  à  la  vie  religieuse,  sans  qu'il  pût 
uroir  eo  quel  lieu,  il  s'en  ét^t  pris  au  prêtre,  l'avait  tué  et 
jeté  le  cadavre  dans  un  puits.  Alors  s'dleva  contre  le  meur- 
Irier  udc  réprobation  générale;  le  clergé  du  Limousin  se 
plûgnit  au  pape,  et  le  vicomte  reçut  l'ordre  d'ezpivr  son 
ctimc  par  des  œuvres  de  piété.  11  prit  la  résolution  de  fon- 
der la  chartreuse  du  (ilandiers,  et  choisit  pour  ctla  le  lieu 
le  plus  désert  de  ses  terres,  une  étroite  vallée  perdue  entre 
deox  collines,  ob  rien  ne  trouble  le  sili/nce  de  la  solitude 
4wle  murmure  d'un  petit  ruisseau  et  le  vent  qui  agite  les 
kiBls  chênes.  Les  pru'miers  fondements  furent  posés  le  jour 
(teSaint-Marlin,  à  la  chuti.'  des  l'euilles,  comme  pour  rap- 
peler i  ceuï  qui  voudraient  y  vivre  qu'ils  n'y  trouveraient 
rien  des  joies  du  monde,  rien  des  splendeurs  de  la  nature. 
la  présence  de  la  foule,  Archambaud  fit  l'aveu  de  son 
noie  et  promit  de  vivre  désoimais  en  paii  avec  les  clercs. 
'i  charte  de  fondation  signée  sous  l'épiscopat  de  Berriard 
'[■  SaTèoe  portait:  «Nous  avons  donné  el  accordé  pour 
:  iijoars  aux  frères  chartreux  les  bois  et  les  pâlis  de  Olan- 
'nTs  {Gtandiariwn).  Nous  avons  librement  concédé  lesdils 
[lilis  pour  leurs  bètes  ou  animaux  par  toutes  nos  lerres,  et 
ilans  loat  ce  qu'ils  pourront  acquérir  dans  nos  terres  el  nos 
Befs...  Nous  leur  avons  aussi  donné  In  mansc  de  Murât,  en 
paroisse  de  VouteKac,  sans  obligaliun  de  service...  Nous 
encore  promis  autant  de  terres  et  dn  boi»,  qui  sont 
la  maison  de  Glaudiers  el  le  fonds  d'Kl-Poul,  qu'il  en 
besoin  pour  faire  leur  clôture,  selon  leur  ordre  et  l'ar- 
;e  des  gens  pieux  et  des  religieux  chartreux  (13lU).  " 


S3S  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Bernard  et  Oaichard,  fils  du  fondateur,  signirent  la  charte. 
Le  dernier  fut  inhumé  sous  le  principal  autel  de  T^^ise.  Ce 
▼ieuz  monument  du  repentir  et  de  la  foi  n'a  plus  qu'un  pao 
de  mur,  où  Ton  remarque  la  naissance  des  dnlres  ogives  da 
zin*  siècle.  Tout  alentour  des  masses  informes  de  pierres 
indiquent  la  vaste  enceinte  du  cloître.  Sur  les  bords  êi 
ruisseau  étaient  les  sombres  corridors,  et,  de  distance  en 
distance,  des  bancs  de  pierre  où  s'asseyaient  les  religieiix 
isolés  des  bruits  du  monde,  condamnés  à  un  continod 
silence,  n'ayant  d'autre  distraction  que  la  prière,  d'autres 
soins  que  la  culture  d'un  petit  jardin,  d'autre  espoir  qu'oae 
fie  meilleure  et  une  tombe  solitaire.  Les  plus  grandes 
familles  de  la  contrée  enrichirent  la  chartreuse;  Ebles  de 
Venladour  lui  donna  sept  livres  de  rente  sur  le  péage  des 
foires  d'Égletons;  les  vicomtes  d'Aubusson,  les  seigneuis 
de  Malemort  et  de  Ségur  chacun  la  somme  nécessaire  pour 
la  construction  d'une  cellule  ^ 

Cependant  la  guerre  continuait  contre  Henri  II  et  Richard: 
le  vicomte  de  Limoges  se  faisait  remarquer  parmi  les  coih 
fédérés,  comme  le  plus  impatient  à  en  venir  aux  mains 
avec  les  chevaliers  de  Gascogne  et  d'Angleterre  (1176).  Le 
plus  grand  désordre  régnait  dans  toute  la  province.  De 
nombreux  aventuriers  appelés  Routiers,  Brabançons  ou 
CotereauXf  bandits  en  temps  de  paix,  soldats  en  temps  de 
guerre,  que  Henri  11  et  Richard  avaient  pris  à  leur  solde, 
pillaient  les  églises,  les  ch&teaux,  les  cabanes,  retenaient 
les  prêtres  prisonniers,  ne  leur  rendaient  la  liberté  qu'au 
prix  d'une  rançon,  et  recommençaient  leur  brigandage 
toutes  les  fois  qu'on  leur  laissait  quelque  temps  de  repos, 
disant  qu'ils  se  payaient  ainsi  de  leur  solde.  Après  avoir  ra- 

1.  Ubbe  :  Biblioth,,  t.  II.  ^  GaU.  Christ,  t.  U.  —  Bemtrd  de  Savène, 
ATant  d'être  évèque  de  Limoges,  avait  été  chapelain  de  réglise  de  Saint- 
HiUire,  prêt  de  Pierre-Bofflère. 


ET  DE  LA  VECOMTÉ  DE  LlMOtiEï!.  333 

TSgé  les  eDTiroDs  d'IssandoQ,  ils  s'établirent  en  assez  grand 
Bombre  dans  le  chAteau  de  Malemort  '.  Une  autre  bande, 
composée  de  vingt  compagnies  *,  se  disposait  à  venir  alla- 
qucr  la  ville  de  Tulie,  quand  elle  fut  obligé  de  renoncer  à 
ses  projets,  en  apprenant  que  les  babitauts  avaient  préparé 
de  paissants  moyens  de  défense.  Les  environs  de  Limoges 
étaient  aussi  ravagés  par  ces  aventuriers  qui,  en  se  disper- 
sant, échappaient  aux  poursuites  des  troupes  du  vicomte 
Ad^mar  qui  s'étaient  mises  eu  campagne.  Les  habitants  des 
filles,  suivant  le  grand  mouvemeat  providentiel  qui  porte 
les  hommes  à  s'associer  pour  être  plus  forts,  avaient,  à 
l'exemple  du  charpenlier  de  la  ville  du  Puy,  formé  sous 
rmfocation  de  ta  sainte  Vierge  des  confréries,  où  l'on  n'était 
idmis  qu'en  prenant  l'engagement  de  se  dévouer  à  la  chose 
poblique,  Â  la  protection  des  personnes  et  des  communau- 
té religieuses  ^. 
BieutAl  on  ne  vit  plus  à  Limoges  que  chaperons  blancs, 
ic  plaques  d'étain  porlani  l'image  de  la  Vierge.  Isambert, 
té  de  Saint-Martial,  donna  des  chefs  à  cette  ligue  de 
^triotisme  et  de  piété.  Entraînée  par  son  éloquence,  émue 
des  malheurs  dont  il  leur  faisait  le  récit,  le  jour  de  la  fête 
des  Rameaux,  la  noblesse  du  Limousin  vint  prier  Gérard, 
évèqne  de  Limoges,  vieillard  aux  cheveux  blancs  et  aveu- 
gle, de  l'accompagner  et  de  bénir  ses  armes.  Le  prélat  y 
coosentil  et  suivit  son  troupeau,  accompagné  de  l'abbé 
bambert,  tenant  à  la  main  une  croix,  que  Guillaume  Vidal 
snil  apportée  de  la  Terre-Sainte,  avec  les  os  de  sa  femme, 
morte  dans  ce  pèlerinage,  et  qu'on  regardait  comme  les 
reliques  d'une  sainte.  Les  autres  combattants,  avec  le  cha- 
peron blanc,  portaient  une  croix  rouge  sur  la  poitrine. 

1,  ChroQ.  Diu.  de  Limogei. 
S.  Baool  ds  DiMto. 

t.  a>«M4 1  vu.  Pkiiipfi  Aufttti. 


M  HISTOIRE  DBS  YICOMIBS 

Quels  que  i oient  les  malheors  d'un  jiays,  ou  iHÊme  natîoB, 
si  la  foi  lïBligieuse  anime  les  courages,  le  succès  cet  certain. 
L'armée  de  ces  nouveaux  croisés,  formée  piinapalemeol 
des  habitants  de  Limoges  et  de  la  campagne,  grossie  m. 
route  des  soldats  improvisés  de  6aitti«0ermain«les^Belles^ 
de  Tulle  et  de  Brives,  était  partagée  en  qvatre  corps,  Is 
premier  sous  les  ordres  d'Adémar  V,  les  autres  sons  les 
bannières  d'Archambaud  V  de  Gomborn,  d'OUivier  de  La»* 
tours  et  d'Eschivat  de  Ghabanais  ^ 

Les  Brabançons,  a  qui  méprisaient  la  volonté  divine,  ss 
faisant  les  servants  du  diable,  s  furent  rencontrés  entrs 
Brive  et  Malemori  le  jeudi-saint,  vingt-unième  jour  d'aivrlL 
Le  combat  dura  depuis  six  heures  du  matin  jusqu'à  orne; 
deux  mille  cinq  cents  aventuriers  y  furent  tués  avec  leur 
chef  Guillaume,  surnommé  le  Clerc,  parce  qu'il  avait  élé 
moine  et  avait  assisté  au  siège  de  Rome,  sous  les  ordrss 
de  Frédéric,  empereur  d'Allemagne,  Selon  Oeoffroi  de  Vt» 
geois,  qui  sans  doute  ne  compte  que  les  chevaliers,  les 
croisés  ne  perdirent  dans  cette  journée  qu'un  des  leurs 
nommé  Ithier  de  Visio*.  Adémar  V  et  ees  alliés  rentrèrent 
triomphants  à  Limo^e^j,  aux  applaudissements  du  peuple 
et  du  clergé  (1177).  Cette  même  année,  le  Limousin  eut 
beaucoup  A  souiTrir  de  chaleurs  excessives;  les  sources 
tarirent;  les  productions  de  la  terre  furent  brûlées,  et  la 

1.  La  fiftim^e  des  EsohivAt  de  Chaban&is  était  alors  mie  4es  plus  remar- 
quables de  l'Aquitaine.  Abot-Cat-Armat,  le  prejonier  qui  nous  soit  connu,  fut 
père  de  Jourdain  I«r,  fondateur  de  l'abbaye  de  Lesterps  (arrondissement  de 
Gonfolen»),  en  1032. 

s.  «  Anno  Domini  MCLXXVII,  xxi  die  mensis  aprilis,  in  die  Cœn»,  ver- 
g>eiite  die  yetpere,  dédit  Dominus  yictoriam  Geraido,  episcopo  Lemcrricensi, 
de  Brabausonibus,  quorum  erat  caput  WilleUnus  clericus^  qyi  morlyua  fuit 
in  eodem  conflictu,  cum  duobus  millibus,  sive  amplius^  apud  castrum  de 
Malemort,  cum  antea  vocaretur  dictum  castrum  Beau  fort,  »  (Chron,  de  S. 
Martin  de  Limogns,  II«  vol.,  p.  52.)  Geoffroi  de  Vigeois  ne  fait  p<Mt  men- 
tion de  ce  changement  de  nom,  qui  doit  être  bien  postérieur.  (V.  pMir  b 
Iksiille  de  Malemort  mon  Hist,  du  Bat-Lmousin.) 


BT  M  LA  VICOirrÉ  DE  LIMOGES.  Î88 

ttté  fut  trôs-grande.  L'éTÔque  Gérard  I*',  regardé 
IBB  on  sainte  mourut  pleuré  du  peuple  dont  il  avait 
iBtieiibileur  et  le  défenseur.  Pendant  longtemps,  Tab* 
tia  Saint-AugustiOy  où  était  sa  tombe,  fnt  visitée  par 
Mhreux  pèlerins.  Il  eut  pour  successeur  Sébrand 
01,  archidiacre  de  Thouars,  élu  à  Saint-Trieiz,  mais 
Cftt,  parce  que  sa  famille  se  faisait  remarquer  parmi 
Demis  du  roi  d'Angleterre,  dont  quelques  gens  d'ar- 
ceupaient  la  ville*. 

sanglante  bataille  de  Malemort  ne  fut  qu'un  léger 
pour  Richard  qui,  après  avoir  réuni  de  nouvelles 
s  de  mercenaires,  battit  le  comte  d'Angoulème  et 
MDte  de  Limoges  dans  la  Saintonge,  entre  Saint- 
I  et  Bouteville  \  Le  Limousin  fut  de  nouveau  envahi 

I  bandes  anglo-normandes,  dont  quelques-unes  oc* 
Dt  déjà  plusieurs  ch&teauz,  sans  qu'Adémar  avec  ses 
Mât  venir  les  attaquer*.  Dans  la  crainte  d'y  être  as- 

II  n'entra  môme  pas  dans  Limoges,  tant  il  redoutait 
re  de  Henri  n  et  de  Richard.  Il  continua  de  tenir  la 
jne,  pendant  que  quarante  de  ses  chevaliers  s'en- 
mX  dans  le  château  d'Aixe.  Richard  vint  les  atta- 
l'empara  de  la  place  et  les  fit  tocs  prisonniers.  U- 
le  vit  bientôt  sous  ses  murailles,  que  les  habitants 
nt  pas  eu  le  temps  de  mettre  en  état  de  défense; 
'en  rendit-il  maître  après  une  résistance  de  quel* 
tors.  Pendant  ce  temps-lâ,  le  vicomte  rejoignait  ses 
s'enfermant  avec  eux  dans  Angoulème,  où  le  duc 


rmd  Chabot,  père  de  TéTèqne^  était  seigneur  de  YonTuit,  en  M- 
épousé  Agnès  de  Roehe-Genrière.  (P.  AnieLme  :  Àmiraiu  de 


diftaoce  est  si  grande  entre  Bonterifle,  en  Angonmois,  et  Saint- 
Bo  Saintonge,  arrondissement  de  Joniac,  qu'on  ne  saurait  préciser 
cette  rencontre. 
dt.  Kofifiu.,  op.  LabbemUf  c  11. 


y" 


SM  HISTOIBE  DES  VIG01ITE8 

• 

ne  larda  pas  à'  les  assiéger.  Obligés  de  se  rendre,  ils  fniva 

livrés  au  roi  d'Angleterre»  qui  les  envoya  à  son  fils»  pop 

les  garder  jusqu'à  son  arrivée  en  Normandie.  Rayoïond  | 

vicomte  de  Turenne,  qui  continuait  de  tenir  la  campi^i| 

ne  se  découragea  pas,  malgré  cet  échec;  il  envoya  on  é 

ses  capitaines,  nommé  Lobar,  attaquer  les  Anglais  qui  ee 

cupaient  encore  le  bourg  et  le  château  de  Ségur.  La  piftj 

quoique  bien  défendue,  fut  prise  et  les  murailles  abattoci 

Henri  U  reparut  bientôt  sur  le  continent  pour  punir  an 

fils  révolté,  qu'il  poursuivit  à  outrance  jusque  dans  le  Benf 

Las  enfin  de  cette  guerre  impie  qui  attristait  sa  vieille^ 

il  demaivda  une  trêve  à  Henri-au-Court-Mantel.  C'est,! 

Orandmont,  dans  cette  abbaye,  objet  de  ses  prédilectiom 

prodigieusement  enrichie  de  ses  aumônes,  qu'il  convoqp 

pour  traiter  de  la  paix  tous  ces  fiers  vassaux  révolté^ 

espérant  que  l'influence  religieuse  de  ces  demeures  4I 

pleines  de  calme,  sanctifiées  par  la  prière  et  la  chariti^ 

pourrait  fiéchir  leur  farouche  courage,  amortir  leurs  bifc 

nés.  On  vit,  en  efiet,  tous  ces  hommes  bardés  de  fer  s'agai 

nouiller,  pendant  une  semaine,  à  l'autel  du  pauvre  moine, 

manger  à  sa  table  frugale  ;  mais  tous  les  efforts  du  viein 

roi  furent  inutiles  ;  ses  fiers  ennemis  sortirent  de  ces  pie» 

ses  cellules,  la  main  sur  la  garde  de  leurs  épées.  Cepeair 

dant  le  fils  avait  accepté  la  trêve,  mais  la  guerre  continu 

contre  les  partisans  du  vieux  roi.  Bertrand  de  Bonxétail 

toujours  là,  implacable  ennemi  de  la  famille  anglo«no^ 

mande.  —  «t  La  paix  ne  me  convient  pas,  leur  criait-il; 

à  moi  la  guerre  I  Ne  rien  craindre  est  mon  unique  loi.  QiM 

d'autres  ornent  leurs  maisons,  s'y  procurent  les  plaisirs, 

les  commodités  de  la  vie;  à  moi  provision  de  lances,  d'é- 

pées,  de  chevaux  et  de  batailles*  !  » 

i.  ChroQ.  mit. 


ET  DE  U  nCOMTÉ  DE  LIMOGES.  aS7 

t'BMiri  0,  indigné  de  ces  provocatioos,  se  remit  &  la 
poarsoite  de  ses  ennemis.  Adémar  V  et  les  membres  de 
H  famille  eurenl  encore  beaucoup  à  souffrir  de  ses  ven- 
geances. Plusieurs  furent  mis  à  mort,  et  leurs  corps  Iraus- 
^rtés  au  château  de  Ségur  par  leurs  amis  ou  leurs  ser- 
tileura,  qui  y  passaient  la  nuit-  en  prières.  De  là  cette 
coutume,  qu'à  la  mort  de  quelques-uns  des  membres  de 
celle  maison,  tous  les  voisins  de  Ségur  se  rendaient  à 
i'égiise,  pour  prier  auprès  du  cadavre.  Limoges  eut  sa  part 
dans  la  haine  du  vieux  roi,  ennemi  de  l'évoque  nouvelle- 
nenl  élu,  et  doni  il  se  vengea  en  chassant  les  religieux 
de  la  cathédrale,  brûlant  leurs  maisons,  confisquant  leurs 
bjcos,  Taisaut  même  couper  leurs  vignes  dans  les  environs 
de  U  ville.  Durant  un  an  et  neuf  mois,  l'église  de  Saiiit- 
Élifone  fut  a  veuve  de  cérémonies,  proscrite,  comme  une 
mère  privi^c  de  ses  eufants,  »  dit  le  chroniqueur  témoin 
des  malheurs  de  ce  temps'.  Il  ne  fallut  rien  moins  que 
l'ordre  du  pape,  pour  que  l'archevêque  de  Bourges  donn&t 
Il  consécration  épiscopale  à  Sébrand  Chabot. 

Henri  II,  qui  oubliait  sa  pénitence  au  tombeau  de  l'arche- 
Tïque  de  Cantorbéry,  n'était  pas  heureux,  quand  il  inter- 
venail  dans  les  affaires  de  l'Église  de  France.  L'année  sui- 
nnle  (1178),  il  l^t  obligé  de  faire  la  paix  avec  ses  fils.  Le 
vicomte  de  Limoges  et  ses  alliés,  Ouillaume-Taillefer, 
comte  d'Anguulëme,  Adalbert,  comte  de  la  Marche,  Olli- 
rier  de  Lastours  et  plusieurs  autres,  après  avoir  reçu  de 
l'abbé  de  Saint-Martial  la  croix  et  le  bâton  de  pèlerin,  par- 
tireot  pour  Jérusalem,  le  jour  mSme  où  la  femme  d'Adé- 
BBT  V  venait  de  mettre  au  monde  un  fils,  d'abord  nommé 
Onllnume,  puis  surnommé  le  Pèlerin,  à  cause  du  voyage 
•  «oo  père  (1180).  Le  comte  de  la  Marche  se  montrait  le 


188  HISTOIRE  DSa  VROMTBB 

plus  fènrent  de  cette  petite  troaiie  de  oroisés.  La  m 
eu  pour  lai  tant  d'amertume;  le  sire  de  Lusignan  d'an 
de  l'autre  le  roi  d'Angleterre,  avaient  leUement  abi 
son  autorité  en  envahissant  set  terres;  sa  propre  famflle 
avait  causé  tant  de  soucis,  qu'il  était  impatient  de  m( 
de  ses  larmes  le  tombeau  du  Dieu  fait  homme;  D 
perdu  quelque  temps  auparavant  son  fils  unique,  lequel 
tué  un  chevalier  en  trahison,  c  fut  enlevé  par  un  parent  i 
mort,  et  ne  reparut  plus.  »  Les  moines  racontaient 
diable  l'avait  enlevé.  Il  ne  lui  restait  qu'une  fille,  ni 
Marquise,  mariée  à  Oui  de  Gombom.  et  qui  n'avait 
d'enfants.  A  la  perte  de  ses  posseBssoas  s'était  igootée 
autre  humiliation.  Il  venait  de  répudier  sa  femme,  aui 
le  jour  du  Vendredi-Saint  en  flagrant  délit  d'adultère  m 
un  chevalier,  nommé  Oeoffroi  Paret,  qu'il  fit  tuer  par 
de  ses  hommes  d'armes*.  Plusieurs  des  compagnons 
son  pèlerinage  ne  revirent  pas  leurs  manoirs.  Le 
d'Angoulôme  mourut  à  Messine;  Ollivier  de  Lastonrs 
Jérusalem,  en  présence  d'Adémar  de  Limoges,  de 
de  Lastours,  son  cousin,  qui  firent  célébrer  ses  funéi 
en  grande  pompe  dans  l'église  du  SaintrSépulcre.  La 
surprit  aussi  Adalhert  à  Constnntinople.  Oui  de  Blon, 
s'était  associé  à  ce  pèlerinage,  avec  son  firère  Ibert  de 
et  son  écuyer  Bernard  du  Dorât,  rapporta  de  Jérusali 
de  précieuses  reliques  qu'il  donna  à  l'église  de  Saii 
Junien,  avant  d'aller  prendre  Thabit  religieux  au  monasU 
de  Orandmont  *. 

Le  vicomte  de  Limoges  rcvini  le  jour  ou  la  veille  de  Nt 
de  l'an  ii8i,  laissant  derrière  lui  plusieurs  de  ses  com] 
gnons,  parce  qu'il  tenait  à  assister  à  la  consécration 
monastère  de  SaintrAugustin  rebâti,  ou  simplement  ré| 

1.  Roger  de  Howedrn.  —  Chron,  Voiiens.^  ap,  Ijnbhnm» 

2.  D.  Bitiennot  :  mis.  à  U  Bibl.  nationale.  A 


i 


ET  DE  U  VICOMTE  DE  UHOGKS.  ï3g 

lis  d'Ali^iaor  el  de  RiufaArd,  sou  Dis*.  Le  peuple  le 
ttc  Uni  de  joie,  que  son  eolrée  dam  la  ville  fut  an 
t  Ifioœpbe  :  c'est  qu'on  avait  besoin  de  lui  pour 
«icr    aiux   BnibMiiKins  foi,  depuis  la  paix,  n'obéissant 

-  à  pvnonne,  pillaitïnt  le  pays  pour  leur  compte.  Avant 
ics  pounuifre.  Il  se  readil  h  Saiut-Yrieix,  pour  assister 
i.xaltatioii  du  ^nt  cénobile  qu'on  j  vénérait,  et  dont  on 

.lil  rébidi  l'église  «>[  le  mnosolée.  A  celte  cérémonie  as- 
t  aeiftoeurs  du  Limousin,  avec  l'évèque 
,  Oaillaame,  abbé  de  Vigeois,  Oéo,  abbé 
,  Bl  Etienne  de  Castres.  Adémar  V,  les  sei- 
Ihefori,  de  Pompadour,  de  Lastours  et  de  Lu- 
Dèreat  l'hoiinmir  de  porter  ta  cbàsse  et  les 
I  Dflieo  d'un  si  grand  concours  de  Bdèles  qae 
I  d'armes  ne  pouvaient  défendre  l'entrée   de 

il  ità  princes  anglais  se  disposaient  à  reprendre 

-  annes  contre  leur  père,  qui  leur  laissait  trop  attendre  sa 
.1  .-OMon.  Uenri-aa-Courl-Maatei,  le  plus  dissimulé  el  le 

tint  «bbitiwix,  clurcbait  partout  des  partisans.  Les  comtes 
te  II  Marche,  de  Périgord  et  d'AugouIëme,  tes  vicomtes 
te  Limoiges,  de  Tureoae,  Pierre  de  Castilton,  OItivier  de 
bteUi  et  Foucaud  d'Arebiao  se  donnèrent  rendez'Vous  h 
ordonnèrent  aux  consuls  de  lui  faire  bommage 


I.  La  woiiiln*  du  Suiii-MuHln,  mIdd  Im  «utMin  du  GoUio  Chriiliana, 
A  GwChH  •ié  Vtgaiii,  minil  iHA  luoiii  jiaf  Aliciiii,  tiMe  de  uïut  F.\a\. 
io  U  «hM*  du  docbir  fat  auUrriSe,  m  MS9,  PArotriUo  Rothitdt,  raine 
f  fcfi»l«Tï.  (Arrh.  de  l'an  :  F.  ''e  la  mcomli  de  Llmog«t.)  —  L6  tooi- 
I — ^iW«  pu  nue  lUtuB  BU  broiiïO,  fut  déUtiit  djuu  1m  çuernjado 

T.ui  AiWoianu...  umuli]ua  ptincipo*  ds  Tiuritiui,  «l  wniorw 

.  l'fO  cnn*ui>tudiaii,  «juadem  corfiiu  bijuLiat  pAlri*.  >>  t.'âgli*c 

i    '.11.  da  tmtt  Myli»  diDilmnU,  oit  renur^^iuble  pu  mu  idochw 

::.•  »MM,  U  oat  M 1*  itànir  du  ui*.  el  Itbiida  du  itv*.  Od  j  nil^iMl' 

.->  rMM  d'BDa  w'Mae  ip'm  dil,  eamnui  oUloon,  ttro  c«Ue  4*  CkifliiH 

-.  .  ^ÊM  i(iU  >*c*i  ptntalilwamil  qiu  «oUa  ifc  Sûl-lrial». 


140  *  .  HISTOIRE  DBS  VIG01ITI8 

en  sa  qualité  de  duc  d'Aquitaine;  mais  bourgeois  et 
sub  8*7  refusèrent,  disant  qu'ayant  fkit  lerment  de  fldélill] 
à  Richard,  ib  ne  pou?aient  pas  reconnaître  d'antre 
rain.  Ni  les  prières,  ni  les  menaces  d'Adémar  V  ne 
les  entraîner  (11  décembre  1181). 

Le  yicomte,  indigné,  mais  n'osant  pas  punir  leur 
tance,  sortit  de  la  ville  avec  ses  troupes,  détruisit  le 
bourg  de  Saint-Oermain  et  fit  reconnaître  dans  les  envii 
l'autorité  du  jeune  prince.  Après  s'être  emparé  du 
et  du  château  d'Aixe,  dont  il  fit  massacrer  la  garnison 
tenait  pour  Richard,  il  assiégea  aussi  Saint-Jean-de-Oom 
afec  Robert  de  Béam  qu'il  Tenait  d'armer  chevalier, 
dant  ce  siège,  à  la  nouvelle  que  Richard  accourait  d'Aï 
goulème,  les  deux  chefs  partirent  à  la  bâte.  Adémar 
dans  Limoges,  laissant  derrière  lui  son  compagnon  qui 
vaincu.  Remontant  le  cours  de  la  Vienne,  Richard  reprit 
château  d'Aixe,  fit  massacrer  ou  noyer  nue  partie  di 
Béarnais  laissés  dans  la  place  par  le  vicomte  de  Lime 
et  fit  crever  les  yeux  aux  autres.  Il  ne  tarda  pas  à  marchofi^ 
contre  Limoges,  où  ses  deux  frères  Henri  et  Oeotnrof. 
étaient  entrés  et  s'étaient  fortifiés.  Ses  succès,  sa  réputa*» 
tion  attirèrent  bientôt  sous  ses  enseignes  de  nombrcuK^ 
partisans,  dont  une  partie  occupa  le  Château,  pendant  ^M 
ses  deux  frères  tenaient  la  Cité.  Dans  la  crainte  que  le  restai 
de  son  armée,  campée  en  dehors  de  la  ville,  près  diK 
l'église  do  Sainte-Valérie,  ne  fût  attaquée,  il  fit  rompre  Uk 
vieux  pont  de  Saint-Martial,  de  construction  romaine.         i 

Pendant  ce  temps-là  Henri-le-Vieux,  qui  connaissait  l'am^ 
bition  et  l'audace  de  Henri-au-Gourt-Mantel  et  de  Geoflnroli 
de  Bretagne,  arrivait  de  Gascogne  à  la  hâte  à  grands  ren^ 


.1 


i.  En  1073,  Pierre  Gauthier  et  ie  prêtre  Faucher  fondèrent  «ir  leur  pa* 
trimotne  l'égliie  de  Gorre,  qu'ils  donnèrent  atec  let  dépendanœi  à  TégliM,' 
de  SainliJiuiien.  (CAtûh.  c/e  Moleu.)  \ 


1^ 

à 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  S4i 

brts  de  Gascons  et  de  Normands.  La  sentinelle  placée  dans 
k  docher  de  Notre-Dame-des-Arènes,  signala  bientôt  cette 
nuée  du  côté  du  fief  de  Vertamont,  sans  pouvoir,  à  cause 
le  la  poussière,  reconnaître  les  enseignes  de  Henri  II;  on 
crut  même  que  ce  n'étaient  que  quelques  détachements  qui 
(tachaient  à  cerner  Geoffroi  de  Bretagne ,  alors  occupé  à 
eicannoucher  contre  Richard.  La  frayeur  se  répand  aussi- 
tM  dans  la  ville,  en  même  temps  que  la  nouvelle  que  6eof- 
ftoi  est  vivement  repoussé.  Les  hommes  d'armes  accou- 
iCDt  de  tous  les  points,  et  font  une  sortie  du  côté  de 
SiiQt-Cessadre,  où  ils  se  trouvent  en  présence  de  Tarmée 
it  Henri-le-Vieux  ;  «  ils  s'élancent  sur  l'ennemi,  tant  qu'ils 
rompent  les  premiers  rangs,  les  mettent  en  fuite,  les  pour- 
luivent,  et  rencontrent  Henri  II,  qui,  atteint  d'un  coup 
de  bnce,  est  renversé  de  cheval,  et  allait  être  tué  si  un 
Anglais,  qui  demeurait  à  Limoges,  ne  l'eût  reconnu  à  son 
accoutrement.  Depuis,  le  lieu  du  combat  a  été  appelé 
SoÊZOy  c'est-à-dire  Noise  y  eut  ^  » 

Les  assiégeants  se  retirèrent  le  même  jour  au  château 
d'Aixe,  laissant  derrière  eux  les  cadavres  de  plusieurs  des 
leurs.  Henri-le-Jeune,  malgré  la  retraite  des  troupes  de  son 
père,  craignant  de  ne  pouvoir  résister  à  une  nouvelle  atta- 
que, burtit  do  la  vilic,  accompagné  de  son  frère.  L'un  et 
autre  portant  leurs  cuirasses  sur  le  dos,  en  signe  dé  sou- 
uission,  vinrent  trouver  leur  père  au  château  d'Aixe, 
Lisant  qu'ils  n'étaient  pour  rien  dans  la  sortie  des  habi- 
ants,  qu*il  fallait  en  attribuer  tous  les  torts  aux  bourgeois 
i  aux  consuls.  Le  roi  ne  voulut  rien  entendre;  tout  en 
Qviiaut  les  deux  princes  à  souper,  il  fit  savoir  aux  bour- 
icois  qu'il  détruirait  leur  ville.  Ceux-ci,  effrayés  de  ces 
oeoaces,  semblaieul  disposés  à  se  soumettre  ;  mais  le  vi- 


I.  CbroD.  mit. 

16 


Ml  '  mnoiu  db  vRxwraB 

éomté  qui  les  atait  exoltés,  et  qui  foulait  ettipSahar  Umi 
rapprotihemeiit  entra  Heiiri-athGoiirt4faiitel  at  Hldiardi 
leë  soUidta  titeinaot  de  reconnaître  Henri4e-j6Dne  comme 
dtlc  d'Aqoitaine,  disant  qoe  loi  Beol  poinait  eanfer  la  ▼ilUL 
Alor»  Tojrant  qoe,  par  soite  do  manvais  état  de  leata  ma- 
ftdUea,  ili  resteraient  sans  défense ,  si  la  garnison  dii 
princes  sortait  de  la  ville  et  les  abandonnait  à  eox'^mémsif 
ils  cédèMit  aox  sollicitations  d'Adémar  V.  Les  consuls  ss 
rendirent  à  Téglise  de  Saini-PierreHdln-QaqrroiZy  j  flieot 
solennellement  hommage  à  Henri-le-Jeone,  loi  prmnettaot 
seooors  de  corps  et  de  biens,  pendant  qu'il  inaogorait  son 
autorité  dans  la  même  église*  n'ayant  po^Mre  roQo  dans 
la  cathédrale,  en  mettant  sor  sa  tète  le  cercle  d'or,  à  son 
doigt  l'anneao  de  sainte  ValériCi  à  ses  pieds  les  éperom 
d'or,  et  tenant  l'épée  d'one  main,  de  l'aotre  l'étendard. 
La  Tille  toot  entière  parot  animée  des  mêmes  sentimentk 
On  s'empresse  de  reconstroire  les  moraiiles,  d'élever  des 
toors,  des  barbacanes,  toute  espèce  de  rcimparts  de  bois 
00  de  pierre.  On  s'excite  mutoèllement  à  l'ouvrage;  on 
répare  les  ponts,  les  portes,  les  barrières,  et  l'on  réunit 
une  grande  quantité  de  vivres.  Gomme,  depuis  la  démo- 
lition des  murailles  ordonnée  par  Henri  II,  les  abbés  de 
Saint-Martin  avaient  planté  des  arbres  sur  le  môme  em* 
placement,  appelé  le  Verger-^uX'MoineSj  situé  derrière  leur 
monastère,  on  les  coupa  pour  en  faire  des  barricades.  Pour 
faciliter  la  défense ,  on,  démolit  même  Téglise  de  Notre- 
Dame-des- Arènes,  l'hôpital  de  Saint-Maurice,  la  tour  et 
le  clocher  de  Saint-Martin,  les  cloîtres  et  les  dortoirs  de 
l'abbaye,  les  maisons  voisines,  et  le  faubourg  de  Saint- 
Symphorien,  situé  du  côté  du  pont.  On  aurait  détruit  jus- 
qu'à  la  Cité,  si  elle  n'eût  pas  été  occupée  par  quelquef 
troupes  de  Henri-le-Jeune. 
Pendant  qu'on  se  préparait  ainsi  à  une  vigoureuse  résia 


ET  DE  LA  VICOMTE  Dfi  LIM06E8.  Si! 

tance,  Richard  s'emparait  du  château  d'Excideuil,  malgré 
Adémar  V,  et  ravageait  les  champs  du  côté  de  Cornac.  Son 
père,  tout  couTcrt  des  contusions  reçues  dans  la  dernière 
attaque»  quittait  le  château  d'Aixe,  pour  venir  passer  quel- 
fiKs  jours  dans  le  clottre  de  Saint-Trieiz,  assistant  avec 
le|los  grand  recueillement  aux  cérémonies  de  l'église, 
IhbI  durant  ses  hedreà  solitaires  la  vie  de  saint  Aré- 
fiu.  D  7  laissa  en  partant  une  garnison  pour  protéger  les 
MiBes,  et  tînt  attaquer  le  château  de  Pierre-BdlSère,  qtll 
le  pal  lui  résister. 

Les  bandes  de  mercenaires  de  Richard  couraient  le  pays, 
Ifllaient,  ravageaient  les  villages,  dont  les  habitants  effirayés 
laydent  chercher  un  refuge  dans  les  villes  et  dans  les 
lUnyes  pourvues  de  quelques  moyens  de  défense.  Du  haut 
fa  remparts  de  Limoges  on  entendait  les  clameurs  de  ces 
hordes  sauvages;  on  suivait  leur  marche  à  la  lueur  des  in- 
«Ddies.  Le  jour  de  Pâques  (4482),  Tèvêque  et  le  ticomte 
le  décidèrent  à  sortir  à  la  tète  de  la  population  pour  don- 
aer  la^basse  aux  pillards;  ils  les  poursuivirent  jusque  dans 
le  paya  de  Combraille,  et  revinrent  triomphants,  après  en 
noir  tué  quelques  milliers  de  six  mille  qu'ils  étaient  ^ 

f.  Gbroa.  de  Saint  Martin. 


2U  HISTOIRE  DES  VICOMTES 


CHAPITRE  IX 


SUITE  D'ADÉMAR  V,  VICOMTE  DE  UM06ES,  ET  LES  PLANTAGEIIET8 


Adômar  V  et  le  comte  d'Ang^)iilème  dans  le' parti  de  Richard.  —  Entreyue 
de  Henri  U  avec  ses  fils  à  Limoges.  —  Adémar  V  jure  fidélité  à  Richard 
et  abandonne  ses  alliés.  —  Triste  condition  du  pays.  —  Les  indigents  réo- 
nia  dans  l'église  de  Saint-Martial.  —  Les  grands  menacés  d'eicommuni- 
cttion  :  repentir  d'Adémar  V.  —  Bertrand  de  Bom  excite  à  la  guerre 
contre  Henrl-le-Jeone.  —  Réunion  des  confédérés  à  Limoges  ;  refus  des 
habitants  de  s'associer  à  leurs  projets.  —  Adémar  V  et  Henri-le- Jeune 
menacent  le  GhAteau.  —  Arrivée  de  Richard  qui,  avec  son  père,  assiège 
la  place;  ils  se  retirent.  —  Conduite  du  clergé  après  la  délivrance.  — 
Nouvelles  prétentions  de  Uenri-au-Gourt-Mantel.  —  Il  envahit  l'abbaye 
de  Saint-Martial  et  pille  le  trésor.  —  Il  vient  à  Grandmont.  —  Henri  II 
entre  dans  Limoges.  —  Henri-le-Jeune  n'ose  attaquer  la  place.  —  II  est 
reçu  à  Uzerche,  et  va  en  pèlerinage  à  Rocamadour.  —  11  meurt  à  Martel 

—  La  nouvelle  de  sa  mort  apportée  à  son  père  ;  ses  funérailles  à  Limoges. 

—  Les  habitants  de  Limoges  ouvrent  leurs  portes  à  Richard.  —  Adémar  Y 
et  Bertrand  de  Bom  poursuivis;  le  château  d'Authefort  incendié;  Henri  II 
pardonne  au  troubadour.  —  Bertrand  se  venge  du  roi  d'Aragon.  —  Le 
vicomte  de  Limoges  se  soumet  à  Henri  ÎT.  —  État  du  Limousin  après 
les  dernières  guerres.  —  Révolte  des  religieux  de  Grandmont  contre  leur 
prieur.  —  Récits  de  miracles.  —  Bertrand  de  Born  et  le  vicomte  de  Li- 
moges recommencent  Us  hostilités  contre  Richard.  —  Rolhilde,  femme 
de  Richard,  à  Limoges;  les  églises  incendiées.  —  Richard  et  sa  mère 
visitent  les  abbayes.  —  Les  grands  vassaux  du  Limousin  à  la  croisade.  — 
Aliéner  et  la  rançon  du  Cœur-du-Lion  en  Limousin.  —  Retour  de  Richard; 
ses  largesses  à  l'abbnye  de  Graudmont.  —  Richesses  d-î  l'abbaye,  sa  plus 
iiauto  prospérité.  —  Traité  entre  Adémar  V  et  Philippe- Aug^uste;  poli- 
tique des  deux  partis.  —  Richard  visite  les  châteaux  du  Limousin.  —  Ses 
prétentions  sUr  le  trésor  de  Châlus;  il  assiège  le  château;  sa  mort.  — 
Note  sur  les  circonstances  de  ce  siège.  —  Mort  d'Adémar  V.  —  Retraite 
de  Bertrand  de  Born  à  Dalon.  —  Note  sur  Gaucolme  Faydit,  troubadour. 

Durent  celte  guerre,  où  la  rivalité  des  flls  du  roi  d'Angle- 
terre attirait  à  elle,  ou  en  éloignait  des  partisans,  qui  ne 
se  proposaient  que  de  donner  satisfaction  à  leurs  intérêts 
personnels,  on  vit  parfois   les  plus  ardents   ennemis  de 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  245 

Richard  se  rapprocher  de  lui,  qaaud  ils  avaient  besoin  de 
500  appui.  Ainsi,  Guillaume  et  Adémar,  qui  travaillaient  à 
enlever  le  comté  d'Angoulôme  à  Mathilde,  leur  nièce, 
abandonnèrent  le  parti  de  HenrUIc-Jcune,  et  cherchèrent  à 
intéresser  Richard  à  leur  cause;  mais  celui-ci  s'y  refusa, 
puce  que,  dît-on,  il  songeait  à-  épouser  Mathilde,  et  à 
s'approprier  ainsi  le  comté  d'Angoulôme.  Les  deux  frères 
reprirent  les  armis  contre  lui  et  entraînèrent  dans  leur 
parti  Adémar  V,  qui  dès  le  début  des  hostilités  se  vit 
enlever  près  Je  Limoges  un  château,  où  Ton  conservait 
comme  dans  une  citadelle  le  corps  de  saint  Martial  ^ 

Henri  II  parut  de  nouveau  disposé  à  se  réconcilier  avec 
ses  (Ils.  Alors  Henri-au-Court-Mantel,  qui  venait  de  rentrer 
à  Limoges,  à  la  grande  joie  du  peuple  et  du  clergé,  après 
a\oir  donné  à  l'abbayo  de  Saint-Martial  un  riche  manteau, 
sar  lequel  était  brodé  son  nom  en  lettres  d'or,  se  rendit  à 
Saint-Yrieix,  et  vint  de  là  à  Périgueux,  o&  l'attendait  son 
père  avec  Richard,  sou  frère.  Après  quelques  pourpariers, 
leâ  trois  princes  s'acheminèrent  vers  Limoges  pour  s'en- 
tendre définitivement  sur  les  conditions  de  paix.  On  se 
réunit  dans  l'église  de  Saint-Augustin  ;  là,  en  présence  de 
tout  le  clergé ,  le  vieux  roi  «  à  la  tète  ronde,  aux  yeux 
verdâtres,  au  visage  enflammé,  »  pardonna  à  ses  enfants, 
qui  lui  promirent  fidélité  et  amitié  ^ 

Adémnr  V,  qui  venait  d'abandonner  le  parti  des  comtes 
d'An^'ouIùme,  assista  aussi  à  cette  entrevue,  jura  fidélité 
à  Richard,  promit  de  ne  fournir  aucun  secours  aux  deux 
comtes  de  Périgueux,  Ilélie  et  Talleyrand,  qui  continuaient 
la  guf  rre,  et  de  ne  jamais  faire  alliance  avec  les  comtes 

1.  o  CaAtruni  elLua  juxU  praidlctam  GiviUtem  ùtum,  in  quo  requiescit 
5.  Mtrtuili*.  Rirbardu^,  dii\  Ai|uiULuonim,  abitulit  Adeoiaro  vicccomiti.  » 
'ftf^fiïu-v  fh  Mont.  :  up,  Sctipt.  rer.  Franc.) 

i.  c  Axbplu  capite  et  rotuudu,  oculU  glaucii,  iacie  igDM.  »  {Ex  Giraldo 
Camhrttiû  :  ap.  Script,  rer.  Franc.) 


us  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

d'Aogoolôme.  U  donna  denx  de  ses  flls  poor  otages  ^  Pin- 
sieurs  antres  confédérés  firent  aussi  leur  soumission;  mais 
le  plus  grand  ^nn^mi  des  Plantagenets,  Bertrand  de  Bon, 
avait  refusé  de  se  joindre  à  eux.  Celte  soumission  pouvait 
promettre  quelques  jours  de  paix  au  Limousin  ;  mais  les 
dernières  guerres  laissaient  derrière  elles  bien  des  ruines: 
Il  fallait  rétablir  la  confiance  dans  les  villes  et  dans  les 
campagnes,  où  la  misère  était  à  son  comble. 

Les  champs  n'avaient  presque  pas  fourni  de  moissons, 
car  le  laboureur  avait  dû  bien  souvent  s'arrêter  an  milieu 
du  sillon,  pour  fuir  l'approche  de  l'ennemi.  Des  familles 
ruinées,  affamées,  venaient  dans  les  villes  chercher  le  pain 
de  l'aumône  :  chacun  était  tellement  préoccupé   de  sa 
misère,  qu'oq  laissait  mourir  de  faim  les  lépreux,  ces 
malheureux  réprouvés  de  l'humanité,  condamnés  à  ne  pas 
sortir  des  lieux  où  Us  étaient  relégués,  appelant  pas  leurs 
cris  et  leurs  prières  les  secours  des  passants.  La  religion 
vint  au  secours  de  toutes  ces  infortunes.  Le  légat  du  pape 
assisté  de  plusieurs  abbés  et  des  présidents  d'Aquitaine, 
étant  venu  à  Limoges  présider  un  concile,  on  convint  de 
profiter  de  cette  circonstance  pour  exciter  la  charité  dans 
tous  les  rangs  de  la  société,  et  pour  ramener  à  la  pratique 
du  bien  par  la  pureté  des  mœurs. 

Le  dimanche  qui  suivit  Tarrivéc  du  légat,  on  vit  de 
longues  files  de  pauvres,  de  veuves  éplorées,  d'orphelins 
abandonnés,  de  lépreux  cachant  leur  visage,  entrer,  par 
l'ordre  du  clergé,  dans  la  basilique  de  Saint-Martial.  Pros- 
temée  sur  la  pierre,  versant  des  larmes,  celte  foule  qui 
semblait  expier  par  ses  douleurs  tous  les  égarements  hu- 
mains, priait  l'apôtre  d'intercéder  pour  elle  et  pour  le  pays. 
Tout  le  monde  voulut  concourir  au  soulagement  de  ceux  qui 

1.  Chron,  Voiiem,,  ap.  kabbtum. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  U11UGES.  m 

souffraient.  L'Église  crut,  et  avec  raison,  devoir  attribuer 
ces  grandes  épreuves,  signe  de  la  colère  divine,  à  la  cor- 
ruption des  mœurs  du  temps.,  à  la  dépravation  de  ceux 
qui,  par  état  ou  par  leur  position  sociale,  Ëlaient  le  plus 
intéressés  à  donner  l'exemple  du  bien,  h  l'ambition  des 
gnnds  et  des  princes  qui  s'adonnaient  trop  au  luxe  et  aux 
[daiàrs,  qui  préféraient  les  riches  chtamydes  et  les  beaux 
Dunleaux  à  longues  manches  aux  vêtements  de  peaux  de 
moutons  et  de  renards,  que  portaient  aulrerois  l'êvëque 
Eostorges,  ainsi  que  les  vicomtes  de  Limoges  et  de  Com- 
born'. 

Du  haut  de  ta  chaire,  à  Vigeois,  à  Tulle,  à  Uzerche,  à 
finies,  comme  à  Limoges,  tombaient  tous  les  jours  des 
menaces  d'excommunication  contre  les  unions  inces- 
beuscs,  contre  la  violation  des  lois  morales.  Adémar  V  eut 
alargo  part  de  blâme  dans  cette  revendication  des  droits  de 
Dieu  et  de  l'humanilé.  Ses  nombreux  soldais,  qui  couraient 
le  pays,  ne  venaient-ils  pas  de  faire  prisonniers  Gui  de 
Solignac  et  Pierre  de  Pourrey,  moines  de  Pierre-Buffière, 
l'on  dans  la  force  de  l'âge,  l'autre  chargé  d'années,  qu'ils 
trolnérenl  à  demi  nus  sur  les  routes  Lt  qu'ils  vendirent 
ea»uite  dis-huit  sous  '?  Ce  fut  peut-être  en  témoignage  de 
repentir  qu'il  Ht  la  même  année  plusieurs  donations  h 
l'abbaje  de  Dalon,  par  une  charte  signée  à  Ëxcideuil,  et 
coaQrmée  plus  tard  par  Gui,  son  Ois,  au  château  de  Ségur^. 

L'b^lise  ne  fut  pas  toujours  assez  puissante  pour  répri- 
lea  mauToises  passions  ;  il  y  avait  trop  d'éléments  de 


;  F.  de  la  vieomti  de  Lbnoget. 


218  '  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

discordes  dans  la  famille  des  Plantagenets,  trop  d'ambitions 
surexcitées  par  de  mauvais  instincts  chez  ceux  qui  se 
faisaient  ses  partisans  ou  se  posaient  en  ennemis,  pour  qne 
la  paix  durât  longtemps;  aussi  fnt-ellè  presque  aussitôt 
rompue  que  conclue.  Bertrand  de  Born  poursuivit  encore 
de  sesrailleriésHenri-au-Court-Mantel,  qui  reprit  les  armes, 
entraînant  avec  lui  le  vicomte  de  Limoges  et  plusieurs 
barons  d'Aquitaine,  assez  disposés  à  se  laisser  aller  à  une 
honteuse  oisiveté  ^ 

On  vit  bientôt  arriver  à  Limoges  des  chevaliers  bardés 
de  fer,  des  feudataires  de  tous  les  rangs,  quittant  à  la  hâte 
leurs  castels  de  Saintonge,  de  Poitou,  d'Angoumois  et  de 
Limousin,  tous  impatients  de  recommencer  la  latte. 
Adémar  V  se  faisait  surtout  remarquer  entre  tous  par  les 
emportements  de  sa  haine  contre  Richard,  qui  lui  avait 
enlevé  ses  places  et  imposé  un  humiliant  hommage.  Dominé 
par  son  ressentiment,  profitant  de  Tinfluence  que  lui  don- 
nait le  prestige  de  son  nom  dans  la  ville  de  Limoges,  il 
entraîna  facilement  dans  la  confédération  le  plus  grand 
nombre  des  habitants  ;  mais  ses  provocations  ne  furent 
pas  aussi  bien  accueillies  dans  la  partie  de  la  ville  comprise 
dans  Tenceinle  du  Château.  Contenus  par  la  juridiction  de 
l'abbé  de  Saint-Martial,  craignant  d*ôlre  les  premières 
victimes  de  cette  levée  de  boucliers,  les  habitants  vou- 
lurent rester  fidèles  à  Richard,  qu'ils  regardaient  toujours 
comme  duc  d'Aquitaine;  retranchés  derrière  leurs  mu- 
railles qu'ils  avaient  relevées,  ils  étaient  prôls  à  se 
défendre,  si  Ton  voulait  les  contraindre  à  faire  cause 
commune  avec  les  révoltés.  Aux  maux  de  la  guerre  étran- 
gère s'ajoutaient  ceux  d'une  guerre  civile.  Et  cependant  il 
n'y  avait  pas  deux  races  distinctes  dans  Limoges  ;  c'était 

1.  a  ...  Si  8€Joraavan,  torniavao,  e  dormiau,  e  solassavan.  »  [Raynouard  : 
CoUect,  des  Troubadours.) 


ET  DE  LA  V1C0BITÉ  1)Ë  LIMOGES.  S49 

le  même  peuple,  les  mêmes  bourgeois,  avec  les  mêmes 
ns  et  les  mêmes  passions  de  liberté.  Hais  il  y  avait 
JDridictiois,  celle  de  l'Église  et  celle  de  la  féodalité  ; 
oofgeois  du  Château,  soumis  à  la  première^  ne  vou- 
pas  se  faire  les  hommes  de  l'autre, 
ricomte  indigné  résolut  de  s'emparer  de  la  place,  et 
mmença  aussitôt  le  siège;  mais,  ne  comptant  pas 
sur  ses  propres  forces,  il  détermina  facilement 
le-Jeune  à  se  réunir  à  lui,  pour  avoir  raison  de  ces 
ois  qu'il  disait  dévoués  à  Richard.  Dès  les  premiers 
e  février  (1183)  on  commença  l'attaque  du  Château; 
stes  furent  établis  sur  divers  points,  et  des  ma- 
dressées  le  long  de-  murs  avancés.  Les  assaillants, 
)mbrcux,  mieux  dirigés,  faisaient  des  progrès  et 
dent  d'arriver  bientôt  jusque  dans  la  place,  lorsque 
rgeois  du  reste  de  la  ville,  d'abord  entraînés  par 
r,  apprenant  que  Richard  arrivait  à  la  hâte,  pour  se 
i  l'abri  de  ses  vengeances,  renoncèrent  à  l'attaque. 
)mte,  qui  s'obstinait  à  faire  le  siège  d'une  église 
,  n'ayant  pas  eu  le  temps  de  se  retirer,  fut  sur  le 
'être  fait  prisonnier. 

ird  venait  en  efiet  de  camper  sous  les  murs  de  la 
n?ii5  n'ayant  pns  assez  de  troupes  pour  en  forcer 
\  il  se  tint  en  obser\ation.  D'ailleurs  qu'importait 
litique  cette  lutte  de  bourgeois,  dont  il  n'était  aimé 

uns,  ni  dos  autres?  il  était  peut-être  bien  aise  de 
ri^ions  intérieures  qui,  en  les  affaiblissant,  lui  ren- 

Licntôi  la  victoire  facile.  Puis  d'autres  dangers 
lient  ailleurs.   Les  places  fortes  s'étaient  fermées 

p:(s>agc,  sans  qu'il  prit  le  temps  de  les  soumettre; 
:  00  redisait  dans  les  manoirs  des  environs  les  sir- 
de  Bertrand  de  Born.  Craignant  alors  d'avoir  contre 
es  les  petites  localités,  il  se  retira  pour  ne  pas  être 


S50  HISTOIRE  DE»  VICOAmSS 

attaqaé  mv  ses  derrières.  Sa  retraite  rendit  plus  hardi  le 
Ticomte  Adémar,  qui  n'ayaot  plus  rien  à  craindre  eo 
dehors,  parvint  à  ramener  les  bourgeois  à  Tattaqi^  di. 
Château.  Quoique  entourés  d'une  foule  d'assaillants,  kn; 
assiégés  résistèrent  énergiquement.  Du  haut  de  leurs  bas- 
tions, du  sommet  de  leurs  tours  crénelées,  et  à  travers  lei 
meurtrières,  ils  font  pleuvoir  sur  les  assiégeants  les  traits  et 
les  pierres.  La  ruse  triomphe  enfin  du  courage.  Un  strat»* 
gème  introduit  dans  la  place  quelques  soldats  du  vicomli|{ 
qui  appellent  les  autres,  chassent  devant  eux  Tennemi  être»* 
tent  mialtres  du  château.  Craignant  à  leur  tour  d'y  être  assiè* 
gés  par  le  vieux  roi  d'Angleterre,  ils  s'y  fortifient,  relèvent 
les  murailles  qu'ils  ont  abattues,  et  garnissent  la  place  de 
projectiles. 

Quelques  jours  après,  Henri  II,  craignant  que  Limogei 
ne  devint  la  place  d'armes,  le  centre  de  la  révolte  de  soi 
fils  et  des  barons  aquitains,  convoqua  ses  fidèles  vassaux 
d'Anjou,  de  Touraine  et  de  Normandie,  manda  on  grand 
nojonbre  d'Anglais,  et  vint  avec  Richard,  pour  punir  le  | 
vicomte  de  Limoges.  Son  armée  arriva  devant  la  ville,  le 
jour  du  mardi-gras,  et  prit  position  près  du  pont  de  Saint- 
Martial.  Pour  affamer  tous  ceux  qui  s'étaient  renfermés 
dans  le  Château,  il  détruisit  Le  pont  de  la  Roche-au-Goth  et 
toutes  les  fortifications  voisines  de  la  Vienne.  Bientôt  son 
soq  armée  entoura  la  ville,  pendant  que  Richard  campait 
dans  le  faubourg  de  Sainte- Valérie.  —  a  C'était  une  chose 
merveilleuse,  disent  les  chroniques,  de  voir  tous  les  pavil- 
lons, toutes  les  tentes  des  comtes,  des  vicomtes  et  des 
autres  seigneurs,  dressés  en  si  grand  nombre  autour  des 
remparts,  qu'on  ne  pouvait  les  compter.  » 

Attaqués  sur  plusieurs  points  à  la  fois,  les.  assiégés  fireni 
d'abord  une  vigoureuse  résistance,  renversèrent  les  ma 
chines  de  guerre,  et  forcèrent  plusieurs  fois  les  assaillant! 


ET  DE  U  yjGOJHTÉ  OK  LJMOGES.  251 

1^  reculer,  M<tis  Richarci   ramenait  toujours  les   siens  au 
tombal,  eii  leur  promettant  le  pillage,   pendant  que  son 
père  parrenail  à  se  loger  lians  la  Cité.  La  villcj  mcnaeée  ou 
..iLiquéeparde  nombreux  délachemeotsauglais,  normands 
-iscons,  songeait  à  se  rendre,  lorsque  les  éléments  vin- 
.  iL  au  secours  du  vicomte  de  Limoges  et  de  cette  p[>ignée 
lie  bourgeois  révoltés.  Le  froid  était  devenu  exccssir;  une 
pluie,  qui  tombait  par  torrents,  détruisit  les  travaux  du 
£tége.  Les  Anglais  découragés  s'arrêtaient,  comme  malgré 
eux,  dans  les  fusses  et  sur  les  brèches,  faisant  entendre 
des  crïs  de  rage  contre  le  mauvais  temps.   Ce  siège,  sou- 
■  enl   interronipu,  souvent   repris,  dura  quinze  jours.  Ri- 
:rd,  par  son  courage,  y  mérita  bien  le  surnom  que  l'bis- 
;ii^  lui  a  conservé.  Après  la   retraite   de  t'enjiemi,  on 
.i->iiva  dans  les  fossés,  Ibulées  dans  la  boue,  les  couleurs 
de  VAogleterre,  les  tcquês  des  chevaliers  tués  ou  mis  en 
fuite. 
Les  chroniques  locales   ajoutent  :  ii  Tandis  que  cette 
iL-use  nuée,  grossie  d'orages  et  de  tourbillons,  grondait 
11-  l'air,  et  menaçait  de  la  foudre,  les  religieux  de  Saint- 
li^iial,  les  clercs  et  le  menu  peuple,  faisaient  tous  les 
ir^   des  processions,    portant,   en   grande  dévotion,  la 
lisse  ou  reposait  le  corps  de  saint  Martial,  et  autres  re- 
l'iiits,  priant  Dieu  de  les  préserver  de  leurs  ennemis.  Les 
urnes  de  la  ville  tirent  faire  une  tour  de  chandelles  de 
.'VI-  de  la  longueur  de  dix-liuit  cent  seize  brasses,  autant 
'  10  contenait  le  circuit  de  la  ville  et  des  murailles  ;  laquelle 
5  offrirent  à  saint  Martial   pour  le  service  divin;  et  fut 
'porté  le  corps  de  saint  Just  et  autres  reliques  de  Sainl- 
'■r:ùa  à  Saint-Martial  '.  »  Au  plus  fort  du  danger,  on  avait 
I  l'-s  moioes  réunir  tous  les  pauvres,  les  orphelins,  les 

mk         T 


dis 


Qaciqae  rennmî  se  fltt  retiré, 
daia  h  cnâtdt  de  non? eDes  attaques^  ytolljit  de 
les  oecasions  pour  eatretemr  le  counge  de  ses 
disant  «  qu'sfee  le  permisrioD  de  soq  ptre,  cC  de 
fl  était  doc,  et  qoll  avait  droit  par  sa  mire  as  tiets  de 
foitaiDe,  comnie  étant  l'aîné  de  la  lamille.  a  Bb 
Henri  D  aiait eonseoti  à  reconnaître  one  partiede 
dneale  i  son  Sb,  et  tous  les  habitaitfs  de  Limogea 
Cnt  Hiommage  en  cette  qualité*.  Le  jeune  ambitieiii 
tarda  pas  i  ooblier  le  défooemeot  de  ceux  qm  aiaieat 
son  parti.  11  se  plaignait,  qo'après  aïoir  été  couronné 
d'An^eterre,  son  père  ne  loi  eftt  donné  qne  qidnie 
sons  de  pension,  et  cinq  cents  à  Margnerîtei  sa 
tandis  qoe  Richard  avait  été  mieux  doté.  Comme  il 
qoait  d'argent  poor  payer  ses  mercenaires,  le  Ticomte 
Limoges,  craignant  qoll  ne  IK  encore  h  pûx  avec  son 
engagea  les  habitants  de  la  ville  à  loi  prêter  Tingt 
sons.  Les  bourgeois  se  mirent  eux-mêmes  i  contribidiolbl 
tant  ils  craignaient,  si  on  les  abandonnait,  de  voir  encoMl 
piller  leurs  maisons  et  dévaster  leurs  propriétés.  Cet 
ne  suffisant  pas,  le  prince  et  le  vicomte,  son  allié»  se  rejeté* 
rent  sur  le  trésor  de  l'abbaye  de  Saint-MartiaL  a  Ne  sachni  i 
que  faire,  Henri-au-Court-BIantel  prie  les  moines  de  Fab*  ^' 
baye  de  loi  prêter,  pour  quelques  jours,  le  trésor  de  leur  } 
église.  Us  s'excusent  sur  l'absence  de  l'abbé  Isambert  qi^  ' 
au  commencement  des  troubles,  s'était  retiré  à  la  Souter- 
raine, après  être  venu  saluer  Henri  H,  dont  il  avait  méfûé 
les  bonnes  grâces. 

i.  Areh,  de  Pau  :  F.  de  la  vicomte  de  Limoges. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  258 

:hé  de  ce  refiiS|  le  prince  fait  des  menaceSi  et  se  dis- 
k  employer  la  force.  Il  envahit  le  monastère  avec  ses 
II,  chasse  tons  les  jeunes  religieux  et  les  enfants 
^  lait  enchaîner  les  principaux  moines  durant  toute 
Ddt,  et  le  lendemain  matin,  les  ayant  déliés,  les  force 
iDontrer  où  est  leur  trésor.  On  mit  sous  ses  yeux  la 
do  sépulcre,  surmontée  de  cinq  statues,  et  la  table 
lod  autel,  sur  laquelle  était  représenté  le  Christ  au 
des  apôtres,  un  calice  d*or,  avec  un  vase  d'argent, 
Bquement  ciselé,  la  croix  de  l'autel  de  saint  Pierre, 
sse  de  saint  Austriclinien,  et  une  grande  croix,  le 
un  travail  précieux,  estimé  cinquante  marcs  d'or,  et 
ois  marcs  d'argent.  Mais  le  spoliateur  n'en  Ût  porter 
ation  qu'à  vingt-deux  mille  sous,  ne  voulant  pas 
qu'on  déterminât  la  valeur  de  plusieurs  autres  ob- 
irrage  des  anciens  orfcvres  de  Limoges.  Il  promit  de 
le  tout,  el  en  donna  une  déclaration  scellée  de  ses 
Il  prit  de  plus  une  cuirasse,  consacrée  autrefois  à 
arlial  {.ar  Gui  de  Grandmont.  «Un  tel  crime  surpasse- 
croyance  des  hommes;  je  n'aurais  pu  moi-môme  y 
ajoute  le  chroniqueur,  si  mes  propres  yeux  n'eussen 
rés  de  voir  ce  triste  et  lugubre  spectacle  *.  » 
s  avoir  dépouillé  ainsi  le  trésor  enrichi  par  tant  de 
Lions,  en  présence  des  moine<%,  qui  n'osirent  résister, 
16  ambitieux,  suivi  du  vicomie  de  Limoges,  vint  à 
Qont,  fit  camper  ses  soldats  dans  l'abbaye,  leur 
L  commettre  d'horribles  profanations.  Il  emporta 
irgent  monnayé,  les  riches  ornements  de  Tautel,  les 
d'or  et  de  soie,  la  colombe  d'or  artistement  ciselée, 
:e  à  conserver  les  hosties  consacrées,  enfin  tout  ce 
Etalait  dans  les  plus  grandes  cérémonies,  sans  se  lais- 


âmHr^ar  tnr  te  jrjïnï  ées  rdîgîeax,  par  te 
ri  itf>mrt«.  i  rti  troff  re  sasué^es  sMiblaienf  âfino 
rnixi&  r^j^t-iJu  yaAnt  ce  temps-li,  son  pè 
çz^l  ?czj:  sire  â«  liaofss  aT5C  Adémar  1 


iiî 


Tiartacsu  ?rcTira  cxssrJ*:  >  pir-jM  d V  entrer,  espérai 
:a  7•&^  tr.iTBer  £iz5  r?  po^le  d'artisans,  de  boarg( 
z*  inzizas  "h.  TsÊsx  7^s<::zDcc  que  la  prenffere  fois.  1 
tr:ar::a.  :  lasc  ^a  rcc-^rite  fie  son  ffis  et  de  son  alli( 
aae^  atx  rfirr^cs  d*  lyHes  les  classes  que,  poa 
«î*^  .'SC  îrcnse,  ïls  se  dendent  phis  compter  i 


1^  r'î^'^'-  î^?rT«  iz^  triste  do  pillage  du  tré 
>:- iC-Xijr:^ .  5?cî  î!  rtiit  naoïère  sî  fier,  qu'il  rej 
-:nLr.z  sa  T-:çirf  f:rr=if,  p^r^e  qu'il  était  le  télnc 
J;  ii  Tv.»;-;?  5;  5*5  i>."4:r«s:  les  bourgeois,  qui  regrt 

LV--  >^' '•"  -•^*  *''^1  eitorqué  :  le  clergé,  profond 
:  Ln.::»,'  TOT  "îs  >sînrrs  que  leur  avait  infligés  le  jeu 
:i  :.'r*i.\,  je7N..-cr>f  enfin  ne  se  présenta  pour  défend] 
,-^  h:  a  '*'.  «f.  La  famille  des  Pîantapenets,  par  s 
.vf/;^  ,'•:  v:s  ;rT::£^  troublait  toutes  les  relations  so 
^  :î  ?•■!  r\>?  •  ?r  £t:  p^s  plus  souffert  que  l'Angleler 
:  LTL  :  IV  ;i  5  .1  rf^y.îc  des  fils  d'Aliéner  une  juste 
:.:r:  ,\:   i  .v-i^::^  ie  cette  femme,  qui  se  jouait  de 


R;:hf  v^*5  îrt>:T^  es'erés  à  TÉglise,  heureux 
l>u~v.er.tè  Je  rouvres  moines,  de  s'être  joué  d( 
prieures  et  ce  leur?  !armes.  Henri-le-Jeune  s'éloij 
Grar-dmont,  s'aobemin.îr.l  vers  Limoges  toujours  si 
Tîoomte  Adcmar,  pour  en  chasser  son  père  qui  veuî 
sortir  a\oo  ses  troupes.  Il  osait  compter  encore  < 
bourgeois  feraient  cause  commune  ayec  lui,  ignoraû 
sa  toile  présomption,  qu  un  chef,  prince  ou  roi,  ne 
nas  deux  fois  la  confiance  d'un  peuple  :  aussi,  les  pc 


KT  DE  IJ  VICOMTE  DE  LIMOGES.  259 

iprocfac;  Il  lai  ralltit  recourir  &  la  force. 
iDt  pleuvoir  sur  ses  bonatnes  une  grfile  Ae 
ift  fureat  tués  ou  blessés,  cl  lui-même,  aU 
île,  h  l'atUquc  d'une  tour,  fuL  Torcé  de  reculer  et 
icrà  l'assaut.  0  Un  lui  criait  du  haut  des  remparts 
voulait  pas  pour  Seigneur  n  celui  qui  pillait  les 
;  profanait  les  choses  de  Dieu  '.  »  Il  se  dirigea  du 
If,  e»përaDt  se  rendre  maître  aisément  de  cette 
^ée  seulement  par  douze  sergents,  deux  chevaliers 
v.  Ia  trnhisoD  la  lui  livra;  mais,  ne  s'y  crojant 
fié,  il  continua  sa  retraite,  suivi  d'un  bien  petit 
9  (Mrlisao.«,  parmi  lesquels  cependant  se  faisait 
marquer  le  vicomte  de  Limoges.  La  petite  troupe 
.«rs  le  Midi,  où  elle  devait  se  grossir  d'un  grand 
[  mercenaires  envoyés  par  le  comte  de  Toulouse. 
du  jour  de  r.\scension,  H^-nri  arriva  à  Uzerche 
GOD  puissant  allié  cl  le  duc  de  Bourgogne, 
instmîls  de  ce  qui  s'était  passé  à  Grandmont, 
iper  à  ses  exactions  en  Ten.int  solennellemeot 
delni;  mais  ils  n'en  furent  pas  moins  rançonnés, 
neuz  d'Obasîae,  de  Vigeois  et  de  Dalon.  Ccpen- 
rait  déjà  quelques  pressentiments  de  l'aveoir;  sa 
EdbtiMail,  les  remords  troublaient  sa  conscience, 
1  pBUt-être  &  demander  des  prières  à  ceux  qu'il 
il,  oar  ce  fut  à  Dzercbe  qu'il  ressentit  les  prc- 
de  I«  maladie.  Quelques  jours  après,  il  alla 
ladour,  espérant  retrouver  la  santé  par 
ce  véniJré  saucluaire  qui,  depuis  des 
Ms  les  voûtes  rocheuses  de  sa  triple  église 
déparlements  voisins. 
s  do  sa  maladie,  son  vieux  père,  l'avouant 


L  ■*•'  ^  LiiiKigni. 


S56  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

toujours  pour  son  héritier  au  trône,  lui  avait  envoyé  Tan* 
neau  royal  par  Bertrand,  évoque  d'Àlic,  qui  n'eut  pas  le 
temps  de  le  lui  remettre.  Le  prince  mourut  à  Martel,  donnant 
tous  les  signes  du  repentir,  demandant  qu'en  expiation  de 
ses  crimes  on  lui  arrachât  les  yeux,  le  cerveau  et  le  ventre, 
qu'on  les  jetât  sans  honneur  devant  le  tombeau  de  saint 
Martial,  jusqu'à  ce  qu'on  eût  restitué  le  montant  de  ses  ra- 
pines. Il  avait  aussi  écrit  à  son  père,  lui  demandant  pardon 
pour  lui,  pour  ses  adhérents,  et  surtout  pour  le  vicomte 
de  Limoges,  le  suppliant  d'acquitter  tous  ses  engagements 
envers  le  monastère  de  Saint-Martial. 

Henri  faisait  halte  avec  ses  troupes  au  village  de  la  Sa- 
lesse,  près  de  Beynac  S  entre  les  affluents  de  la  Briance  et 
de  la  Vienne,  quand  il  apprit  la  mort  de  son  fils.  Il  se  dis- 
posait à  se  rendre  à  Limoges,  lorsqu'il  vit  venir  Bernard  de 
Peyzac,  moine  de  Grandmont,  à  qui  il  demanda  des  nou- 
velles et  qui  répondit  à  voix  basse  :  «  Je  ne  suis  pas  Tange 
Gabriel.  »  Le  malheureux,  comprenant  que  son  fils  était 
mort,  versa  des  larmes  et  se  retira  à  Técart  dans  ime  pauvre 
chaumière.  Quelques  jours  après  le  peuple,  qui  avait  tant 
souffert  des  déprédations  du  jeune  prince,  vit  passer  son 
cadavre,  porté  par  quelques  soldais,  dont  on  ne  put  payer 
le  salaire  qu'en  vendant  son  cheval  de  bataille.  Il  arriva  à 
Limoge?,  où  l'avaient  devancé  Adémar  V  et  quelques  ba- 
rons, pour  traiter  du  prix  de  ses  faiiérailles.  Au  moment  où 
la  cérémonie  allait  commencer,  l'évêque  Sébrand  Chabol 
annonça  qu'on  ne  pouvait  faire  le  service  religieux,  puis- 
qu'il avait  été  excommunié  pour  avoir  pillé  les  églises. 
Guillaume  1*'  de  Treignac,  prieur  de  Grandmont,  ayant 
promis,  au  nom  de  Henri  II,  la  restitution  de  tout  ce  qui 

1.  Beynac,  petite  localité  où  naquit  Jean  du  Puix-d&-Noix,  général  de 
Domiaicitins,  qui  vivait  au  commencement  du  xv«  siècle,  et  qui  joua  ui 
grand  r61e  dans  le  concile  de  Constance. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  S? 

été  ravi  aux  églises,  le  clergé  célébra  ses  fiiné- 

^  En  expiation  de  ses  sacrilèges,  ainsi  qu'il  l'avait 
idé,  on  mutila  son  cadavre  en  loi  arrachant  les  yeux 

entrailles.  L'évéque  de  Limoges,  Jean  de  Nevers, 
Ad  d'Agen,  et  Thibaut,  abbé  de  Fleury,  assistèrent 
cérémonie.  Avec  le  vicomte  de  Limoges  se  trou- 

aussi  Geoffroi  de  Lusignan,  Échivat  de  Chabanais  et 
jid  de  Born,  plus  triste  que  les  autres,  lui  a  qui 
maître,  quand  il  le  voulait,  du  roi  d'Angleterre  et 
ils,  et  toujours  voulait  qu'ils  fussent  en  guerre  ^i>  Les 
X  du  Limousin  qui  s'y  trouvèrent  étaient  en  si  petit 
re  ou  si  pauvres,  qu'il  n'y  eut  à  l'offrande  que  dix- 
eniers  que  s'adjugea  le  chapelain  du  défunt  *  (1183). 
lard,  qui  se  trouvait  au  château  d'Aixe,  reçut  en 

temps  la  nouvelle  de  la  mort  de  son  frère  et  Tordre 
oindre  son  père.  Le  vieux  roi,  tout  en  pleurant  un 
>eUe,  n'oubliait  pas  qu'il  avait  à  se  venger  des  habi- 
le Limoges  et  du  vicomte.  Les  consuls,  instruits  de 
ojets,  ne  songèrent  point  à  lui  résister;  ils  man« 
l  d'ailleurs  de  vivres  et  de  combattants;  aussi  ouvri- 
s  leurs  portes  à  Richard,  qui  fit  raser  leurs  murailles 
:^  tours  jusqu'aux  fondements.  Après  avoir  satisfait 
^re,  il  se  dirigea  vers  Authefort,  laissant  à  Limoges 
léchai  qui  devait  continuer  de  ruiner  les  fortifica- 
de  combler  les  fossés. 

mar  V  n'était  pas  là,  pour  protéger  les  bourgeois 
vait  compromis  :  il  fuyait  à  travers  les  forêts  de  sa 
é,  suivi  de  quelques  partisans,  pendant  que  ses  ma- 

lA  4|u;:lque«  UucumcQtit,  cette  c^rvmouie  eut  lieu  daoi  l'abbaye  de 

niai,  et  i^ploD  Icj(  auteurs  du    Gallia   Christiana,  k   l'abbave  de 

«it.   Gaii,  Christ,;  Ecoles,  Lemovicens.,  p.  526.) 

iVKianl  :  CoUosiion  des  Truuiadours, 

•uji.  Vo^iens.y  ap,  ScripL  rer.  Franc,  —  Roger  de  Howedeo, 

I.  «7 


ndiM,  ACta^â^sl  piaf  Richard,  toÉoflbiaiéfnt  m  MiMres  im 
éîâlësf  ieé  moèlàgaôs  oë  ées  flancs  dé^  roelienl^  A  LîÉM^ 
|M,  lés  Mtr^di^  lé  maadiséàiëDt,  lui  attribuant  to«  \9Êk 
lâàniéttrs  ;  les  consuls  l'àccusaiefti  d'ÀTeir  excifé  lé  pmfH 
k  la  iréVolf e  ;  Henri  II,  pour  s'attacher  les  méconleiiti ,'  M 
pAiéii  de  t6Us  ëes  droits  siir  la  Ville,  faisait  téi»ef  le»  û¥ 
ffidlifidii!^  èé  (permettait  aux  consuls  et  aux  bmifg^éls  48 
tééotintÉftre  HicHërd  comme  duc  d'Aquilainéi 

Aiêtùtâ  Y,'  ((ué  {personne  è'osait  secourir,  qu'on  rit  pêil^ 
danf  q'uelcttie  temps  errer  çà  et  là  ûnt  stÉ  terres,  oonàme  M 
éli^nger ,  li'éspéfait  plus  relever  sa  fortune^  Bertrl^iid  éè 
Born  n'était  ^às  plus  heureux  ;  d'un  caractère  trop  inquiet^ 
ïtbp  turl)ulënt  et  trop  ambitieux,  il  ne  savait  vitref  en  piSà 
in  aveé  les  princes,  ni  avec  sa  famille  ;  avant  là  tdovi  de 
Betiri-le*lenne,  sans  égard  pour  le  traité  fait  avec  i^on  tthti^ 
11  s'était  emparé  du  château  d'Aulhefort,  en  y  introduirai^ 
par  stratagème,  un  Certain  nombre  de  ses  hommes  d'ai^ 
ihes,  qui  se  disaient  les  alliés  de  Constantin.  Le  roi  d'Ai^ 
gleterre,  moins  pour  faire  restituer  le  château  que  pour  se 
venger  du  guerrier  troubadour,  «  car  il  croyait  que  toute 
la  guerre,  qde  son  flls  lui  avait  faite,  Bertrand  la  lui  avait 
fait  faire  *,  d  se  présenta  sous  les  murs  d'Autbefort,  accom- 
pagné de  Richard.  Quelques  jours  après,  le  roi  d'Aragon  et 
Geoffroi  de  Brelagne  se  joignirent  aux  deux  princes.  Les 
machines  de  guerre  battent  déjà  le  château  :  Bertrand  de 
Born  résiste,  mais  espère  peu.  Se  rappelant  qu'il  fut  autre- 
fois Tami  du  roi  d'Aragon,  il  lui  fait  secrètement  parvenir 
des  présents,  lui  promet  beaucoup,  et  lui  demande,  au 
nom  de  leur  ancienne  amitié,  d'engager  Henri  II  à  dépla- 
cer ses  machines,  parce  que  la  partie  du  mur  contre  h- 

1.  «  Car  el  crezia  que  Iota  la  guerra  que  el  Rey  joves^  son  fillz,  TaTia 
iititihit,  qu'en  Bertrand  la  aguea  taita  far.  »  (Raynouahd  :  ColL  des  Trou- 
hadours,  t.  V,  p.  86.) 


ET  DB  LA  VICOMTE  DE  UMMES.  290 

^  ^lles  soot  dressées  menace  de  s'écrouler.  L'ÂNigo^ 
>  le  18  laisse  pas  séduire,  au  contraire  il  engage  le  roi  & 
Mtfvir  sa  position^  et  delui-ci  attaque  plus  vivennent  1a 
*^où  il  entre  par. la  brèche^  Le  manoir  est  livré  aux 
^M,  à  rinstigalion  de  Richard  vengé  enfin  de  son  plus 
iriesoemi^  La  garnison  est  prisonnière,  et  le  troubih 
^conduit  auprès  de  Henri  II,  qui  le  traite  avec  dérision^ 
tfatrand,  Bertrand,  vous  deviez,  àVec  la  moitié  de 
re  fSQs,  anéantir  mes  eiforts  ;  sachez  que  voici  une  oa« 
00  où  le  tout  ne  vous  ferait  pas  faute  K  u  Bertrand  bv^ 
é  verse  des  larmes,  et  s'attend  à  une  sévère  punition, 
|iie  sa  présence  d'esprit  le  sauve.  A  Henri  II  qui  lui  dit^ 
crois  que  le  sens  vous  a  failli,  »  —  il  répond  i  a  Sei- 
tr,  le  jour  que  le  vaillant  jeune  roi,  votre  flls^  mourut^ 
trdis  toute  intelligence  et  toute  raison  ^»  s  Ces  mots  r6^ 
ittt  la  douleur  et  la  pitié  dans  le  cœur  dû  père  qui 
re  encore  la  mort  de  son  fils,  il  s'cVanouit;  puis  ref^ 
à  lui-même:  —  «  Bertrand,  Bertrand^  lui  dit-il,  toue 
droit  et  raison,  si  pour  mon  fils,  qui  vous  préférait  à 
vous  avez  perdu  votre  bon  sens  ;  en  conséquence^  je 
rends  la  liberté,  vos  biens,  votre  château  et  mon  ami- 
e  vous  donne  cinq  cents  marcs  d'argent  pour  vous  ia« 
liser  de  vos  pertes.  Vous  tiendrez  la  trêve,  et  pour 
ï,  tant  vous  avez  été  félon  envers  votre  frère  ^.  ■ 
lis  la  querelle  entre  les  deux  frères  ne  finit  point  ainsîi 
jartisans  de  Constantin  le  pressèrent  d'en  appeler  à  la 
du  roi  d'Angleterre.  Le  troubadour  ayant  refusé  de 


Sailhume  le  Breton.  —  Math.  Parii^. 

I  Mâ4  safichatz  qu'ara  vui  t»eMKna  ben  totz.  »  (Ibtd.,  p.  87.) 

I  ...  Kii  ère  )>çii  ^qu'el  tos  sia  aras  fAillitz.  En  penli  lo  md,  e'I  sabcr 

nooisMiisa.  {Ibid.) 

\  Cq  B«rtraui,  B<:rtraDf ,  vos  avetz  \»\\  drech,  et  es  bon  razos,  si  to» 

^rJa  lo  teu  per  mon  liil,  qu'il  vos  yolia  nieils  que  ad  hom  del  xBondo.» 

uC'ABD  :  CoH,  des  Troubadours.) 


2M  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

■ 

comparaître,  la  guerre  continua.  Pour  se  Tonger  du  roi^ 
d'Aragon  qui  l'avait  trahi,  il  fit  un  sirvente  dans  lequel  fl* 
lui  reprochait  son  origine,  qu'il  faisait  Tenir  d'une  bmiUs 
du  château  de  Garlud,  et  sa  conduite  &  l'égard  de  la  fille  es 
l'empereur  Comnène,  et  le  parjure  de  son  frère  SaoelM^ 
qui  avait  pris  le  parti  de  l'Angleterre  et  déserté  la  ligas'^ 
des  barons  ^ 

Le  vicomte  de  Limoges,  qui  désirait  revoir  sa  famille,  k 
demeure  de  ses  ancêtres,  et  cette  ville  de  Limoges  qui  ■• 
voulait  plus  se  fier  à  son  courage,  Ait  réduit  &  venir  d^ 
mander  pardon  à  Henri  II  et  à  son  fils  ;  il  les  accompagm 
à  Saint-Yrieix,  où  eut  lieu,  en  l'honneur  du  saint,  une  céri- 
monie,  à  laquelle  assistèrent  Guillaume,  abbé  de  Vigeois, 
Barthélémy,  prieur  de  Chalais,  Grouffier  de  Lastours,  flls  de 
Marguerite  de  Turenne.  Dans  les  rangs  de  cette  noblesse, 
empressée  de  faire  oublier  sa  haine  contre  les  Plantage- 
nets,  on  distinguait  Grégoire  de  Béchardie,  qui  prit  part  à 
toutes  les  guerres  de  ce  temps,  dont  il  fut  l'historien. 

La  paix  entre  les  grands  vassaux  et  la  famille  d'Angle- 
terre aurait  pu  rendre  au  pays  son  ancienne  prospérité,  si 
les  mercenaires  de  tous  les  partis  n'avaient  pas  continué 
leurs  ravages.  Ceux  de  Hcnri-le-Jeune,  réunis  &  d'autres 
venus  de  la  Flandre,  du  Brabant  et  de  la  Bourgogne,  exer- 
çaient les  plus  affreux  ravages.  Marcadée,  un  de  leurs  chefs, 
s'acharnait  surtout  contre  toutes  les  localités  qui  dépen- 
daient du  vicomte  de  Limoges.  Les  châteaux  de  Payrac 
Bénévent,  d'£xcideuil  et  d'issandon  avaient  été  pillés 
moitié  détruits;  Tévôque  Sébiand  Chabot,  résolu  de  met- 
tre fin  à  ces  dévastations,  prêcha  une  croisade  contre  les 
Routiers.  Après  avoir  reçu  le  sacrement  de  l'Eucharistie, 
tous  ces  défenseurs  de  la  puix  publique  se  mirent  en  cam- 

1.  Vie  de  Bertrand  de  torn. 


ji 


BT  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  261 

,  ponnaÏTirenl  les  ennemis,  donl  plus  de  six  mille 

ItarCDt  nuasaerés.  Les  aulres  s'earutrent  dn  cdlé  de  Chatn- 

■iale-Valérie,  et  passèrent  à  la  solde  du  roi  d'Angle- 

t  (IIM)  '.  n  est  dirOcile  de  comprendre  à  quel  désordre 

IliTTé  le  ticooDsin,  vers  la  fin  du  douzième  siècle.  Le 

t  dt»  etmpagnes.  souvent  livré  à  lui-même,  n'osait 

r  ;  l>  bourgeoisie ,  traitée  avec  dédain  par  la  oo- 

,  D'irail  d'énergie  que  par  l'impulsion  du  clergé;  les 

t  nsMDX  ne  faisaient  la  guerre  h  la  famille  anglo-uor- 

dc  qac  dans  l'intérM  de  leur  indépendance. 

idergj  avait  aussi  ses  ambitions  et  ses  faiblesses  ;  dans 

lollret  les  plus  renommés,  les  moines  vivaient  souvent 

wrrf.  A  Grandmont,  les  factions  étaient  en  pré- 

:,  se  disputant  quelques  dignités,  quelques  prérogati- 

Cn  joor,  les  frères  convers  brisèrent  les  portes  de  la 

Ibrf  de  leur  prieur,  Guillaume  de  Treignac,  et  le  jeté* 

tn  prison,  après  l'avoir  déposé.  Le  pape  y  envoya  ses 

i,  arec  le  secours  d'Aldeberl,  comte  de  la  Marche, 

liÎKal  11  paix,  en  rendant  au  prieur  sa  dignité,  eu 

BUDinianl  l'intrus  qui  avait  pris  sa  place,  Mais  l'année 

«te,  le»  troubles  recommencèrent  ;  le  prieur  fut  en- 

eliassé  el  son  rompéltteur  rétabli.  Ithier,  moine  sa- 

6e  Saint-Martial,  qui  se  trouvait  alors  à  Grandmont, 

pé  à  é^rrire   sa  chronique ,  s'enfuit  avec  deui  cents 

s  tl  mite  laïques,  et  alla  mourir  à  Home.  La  paix  fui 

I  rétablie  par  les  abbés  de  CUeaux  et  de  Clcrvauz  délé- 

par  le  pape.  Le  peuple  crédule  el  superstitieux  —  il 

re  qu'on  ne  le  soit  pas  dans  Te  malheur  —  crut  voir 

Hice  de  toutes  ses  infortunes  dans  des  faits  surnatu- 


Oo  racoQtait  pariont  «qii'oa  jour,  en  pp^n9^  do  Ufeiik, 
d'^lMapoif  abbé  de  Castras,  et  4a  Jovdltni^  ^^oorpte^^e  (ta 
CpmboPD,  daat  TéglisQ  d«  l^toups,  1^^  aro^ment»  ^aosii 
4lrç^6^t  cbaogé  de  couleiir  à  Tauftei  sufi  |^  épaulai  du  pi|r 
Ire.  P^Ds  ie«  forêU»  aotour  du  qbAleau  de  ppmpiidoar,  oQ 
^yait  ^ntj9QdM  pendant  tputa  Tannée»  )a  naît,  des  voii|  I%r 
jnentablçs  se  n|êl0r  a|U(  )iiir|ements  de<»  loqps.  »  Pro&dat^ 
]4  surezait^lîpn  de»  e»priti| ,  r^Vôqi}^  de  Linpoges  .eoplir 
piwt  di^  pcHir^vra  les  Bpqtiers,  le^  assiégeait  daps  1^  sMn 
teau  de  Noa^llesi  si'm  emparait  et  faisait  B)^9ssaa?ar  toM 
p^D^  qui  s'y  é(aifiDt  Felrappbés.  D'aiitreSi  pour  ayoir  la  vie 
a^ve,  pr^Uudireat  qu'ils  n'avajanl  fait  qu'obéir  au3|  ^m 
de  Ricbardt  an  dévastant  afec  tant  de  fdreur  las  t^^Tas  i9 
vicomte  de  Limoges  ^ 

Biobard  qui,  apr$s  la  mort  de  son  frère,  avait  vu  tops  l^ 
grands  vassaux  4  s^s  pieds,  ou  les  plus  compromis  ^  défùr 
ber  à  sa  colère,  était  trop  allier,  pour  user  de  spn  ^to^ 
avec  modération.  Ses  mœurs  dissolues  éloignèrent  d§  19 
cour  les  nobles  cbitelaines,  que  leur3  époux  n'Q^aiaDt  ps^ 
conduire  aux  fêtas  de  Poitiers.  L'Église  aussi  n'oubliait  p^ 
que  ses  trésors  avaient  été  pillés,  ses  ministres  persécutés 
pt  abreuvés  d'bufniliations  2.  Bertrand  de  Borp  $ut  profiter 
du  mécontentement  général,  pour  appeler  ençora  ses  amii 

h  la  révolte  :  le  vicomte  de  Limoges  reparut  la  premier  à  I9 

• 

tôte  de  ses  vassaux  (1188);  de  concert  avec  aux,  jl  coip- 
;nença  unp  guerre  de  partisans,  et  ravagea  les  terres  4u 
C<Biir-de-Lion,  qui  ne  fit  paç  attendre  ^a  vengeance.  Oa  le 
vit  presque  aussitôt  reparaître  à  la  tête  de  ses  nombr^pg 
piercpnaires,  de  soldats  venus  à  son  appel  de  Normandie  et 
de  Gascogne,  poursuivant  à  outrance  ses  ennemis,  détruir 
sant  leurs  châteaux,  les  menaçant  des  plus  cruels  châti- 

i,  Ri^oTj}  :  Yita  Philippi,  ÂugtAsU,  —  Uisl,  du  Quercy^ 
2.  Robert  du  Mont. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIKOGES.  36» 

nents.  quand  le  sort  des  baUilies  les  lui  livrerait.  Mais  il 
n'eut  pas  le  temps  d'accomplir  ses  projets  de  vengesace  et 
de  baiae  ;  la  niorl  de  son  père  le  rappela  en  Angleterre 
pour  poser  sur  sa  tSte  ciïtte  couronne  enviée  depuis  si 
longtemps,  et  pour  rendre  la  liberté  à  bu  mère. 

11  laissa  à  Limoges  Oolbilde,  sa  femme,  Qlle  dn  roi  d'A- 
ragon, femme  baulaiue,  ambitieuse  et  de  mœurs  dissolues. 
Celle-d,  irritée  de  se  voir  souvent  l'objet  des  mllorios  des 
bourgeois,  tière  d'être  reine  d'Anglelerre,  profita  pour  se 
tenger  de  l'absence  de  £ichari!,  et  appela  fi  elle  des  bordes 
^e  brigands  qui  tuèrent  tous  ceux  qu'ils  rencontrèrent, 
B'épargDiint  nt  les  femmes,  ui  les  enfants.  Rn  vain  les 
boargcois  cfaerchèrecl-ils  à  obtenir  leur  pardon,  i'impla- 
lable  reine  n'écouta  rien.  Plusieurs  maisons  de  la  ville  iii- 
.tut  pilléi^B  et  brûlées,  ainsi  que  le  monastère  de  I»  Ilègle, 
l'église  de  Saint-André  et  plusieurs  autres  édifices,  Bo- 
liidde,  en  signe  de  malédiction,  ût  semer  du  sel  (laqs  les 
jiies.  Le  troisième  jour,  à  la  grande  joie  de  tous,  elle  mou- 
rut subitement,  et  fut  ensevelie  sous  la  voûte  du  clocber  de 
^int-Augustin,  devant  la  grande  porte  de  l'église*.  Richard, 
•a  sa  qualité  de  roi  d'Angleterre  et  de  duc  d'Aquitaine,  élfiit 
inenti  encore  plus  dangereux  pour  les  barons  du  Limou- 
BQ  :  Adémar  V  pouvait  craindre  de  perdre  sa  vicomlé. 

Le  nouveau  maitre  visita  le  pays,  accompagna  d'Aliénor 
H  mire,  heureuse  de  revoir  les  populations  qui  a\4>ent 
maudit  Henri  II,  quand  il  l'aviiit  privée  de  sa  liberté.  La 
vilille  reine  et  son  (ils  furent  reçus  avec  de  grands  hoii- 
uan  par  les  abbayes  qu'ils  visitèrent,  ii  Obasinc,  h  Vigeoie, 
lUzercbe  et  à  Dalon.  Ils  accordèrent  à  cette  dernière  des 


I.  Ea  (6IS,  tcï  béuédidiai,  ta  lèfutat  ïihbtje,  trouvèraul  loua  Is  Table 
Il  iliirtrr  aae  brge  tombe,  lur  laquelle  éUit  reprêt«aUa  i 
toiaMSDM  dB  t>  roputt,  et,  1  l'iaUrisiir,  oaa  ceiatuM,  des  bigaei  at 
NorMUM  d'argent  doré.  [Areh.  de  Pau  :  F.  de  la  vKomii  de  Limoges) 


À 


i64  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

chartes  de  protection,  plusieurs  terres  et  manses  sitato: 
dans  les  environs  de  Turennc.  Cette  abbaye  était  alors 
plus  riche  du  Limousin  :  Bernard  Rodulphe  de  la 
sa  femme  Aicélina  et  plusieurs  membres  de  leur 
venaient  de  constituer  en  sa  faveur  une  rente  perpétai 
pour  l'entretien  d'une  lampe  qui,  chaque  nuit«  devait  et 
allumée  dans  le  cimetière,  où  reposaient  leurs  ancètreibi 
Henri  de  Lastours,  Humbert  de  la  Porte,  en  y  prenant  ilubit: 
de  moine,  payèrent  leur  bienvenue;  en  présence  de  l'évèqne. 
de  Limoges,^ et  de  Oeoffroi,  archiprètre  de  Lubersac»  ib 
se  dessaisirent,  en  faveur  de  leurs  frères,  de  la  terre  de  B»- 
denas.  L'abbé  de  Solignac  ajouta  à  ces  riches  aumônes 
ses  terres  de  l'Écluse,  son  moulin  d'Archefolle,  à  condi- 
tion que,  le  jour  de  la  fête  de  Saint-Ëloi,  les  moines  vien- 
draient lui  offrir  un  saumon,  à  titre  de  rente  perpétuelle. 
L'abbaye  reçut  aussi  du  vicomte  Adémar  la  propriété  da- 
tons les  arbres  dans  les  forêts  de  Born,  excepté  les  chènei, 
les  hêtres  et  les  châtaigniers  *• 

Richard  et  Philippe-Auguste,  oubliant  leurs  querelles,  no 
tardèrent  pas  à  faire  la  paix,  pour  porter  leur  haine  et  leur 
ambition  dans  les  champs  de  la  Palestine  (1190).  Compris 
dans  ce  même  traité,  les  seigneurs  d'Aquitaine  purent  vivre 
quelque  temps  en  paix.  Le  vicomte  de  Limoges  ne  suivit 
point  les  deux  rois  à  la  croisade,  mais,  parmi  ses  pairs  de  J 
fiefs,  prirent  part  à  cette  croisade,  Raymond  II,  vicomte  de  j 
Turenne^;  Archambaud  VI,  vicomte  de  Combom;  Élie  de  »| 
Cosnac,  qui,  manquant  de  ressources,  emprunta  à  Saint- 
Jean-d'Acre,  d'un  marchand  génois,  vingt  marcs  d'argent 

i.  Carlulaire  de  D.ilon,  nji,  Baluzium  (Mi^cellnn,),  —  Arch.  de  Ptu  : 
F»  de  ia  vicomié  de  Lii/iogrs, 

2.  Raymoud  mourut  nu  «iéfre  de  Saint-Jcau-d'Acre.  Il  avait  ^pouaé  ÉIÎM 
de  Ca«t«luoau,  de  laquelio  il  vut  deux  eufanU.  itayniund  III,  qui  lui  »uccéJa, 
el  uue  aile  mariée  à  liélio,  V,  comte  de  Périgurd/tJuMtel  :  tes  Mcomtes  dt 
Tureime.) 


i 


HT  Dg  LA  VICOHTÉ  DE  LIMOGES.  iK 

I  ^nRli«  d'Ëtie  de  Noailles  ;  Bertrand  de  Cognac,  qui 

ntioQ  d«  cent  lirres  tournois  prGlées  aussi  par  un  mar- 

I  de  (M!ncs  k  iean  de  Chaunac  (mai  1192).  Les  deux 

les  partinnt  la  mf^me  année  ponr  la  croisade.  Le 

gleicrre  par  son  courage  et  sa  témérité  y  trouva 

gloire  qne  le  roi  de  France,  plus  occupé  de  ses  in- 

I  politiques  sur  le  continent  que  de  la  délivrance  des 

a.  Mais  à  son  retour,  le  Cœur-de-Lion  trouva  aussi 

1  nir  sa  roule,  pendant  que  son  rival  usurpait  ses 


f  l'Angleterre  eut  donné  sa  large  part  ponr  la 

captif,  la  vieille  Aliéoor  vint  en  Aquitaine  de- 

r  de  rjri;cnt  à  ses  sujets,  pour  parfaire  la  somme. 

t  h  Limoges,  visitant  les  abbayes.  Les  religieux  ne 

1  r^ïsisler  &  ses  prières  ;  ils  livrèrent  leur  argent. 

\  de  Saint-Martial  donna  pour  la  ran{;on  du  prince 

tate  marcs  d'ai^ent  donl  le  peuple  fournit  la  moitié. 

lUvilè  n'avait  rien  enlevé  au  Cœur-de-Uon  de  sa  flerlé 

0  courage  :  aussitôt  qu'il  eut  repris  l'administration 

I,  il  parla  en  maître  à  ses  barons  qui  ne  l'avaient 

D  Palestine,  et  à  qui  U  avait  vainement  fait  appel 

r  la  rançon  '.  H  \int  dans  le  Limousin,  visita  les 

tt,  capta  la  hienveitl&Dce  des  religieux  en  attribuant 

tnoet  h  l'intercession  de  saint  Léonard.  En  témoi- 

I  d«  reconnaissance,  il  releva  les  murailles  de  l'abbaye 

MDi  et  j  Dl  aussi  construire  une  église'.  Le  vaio- 

Or,  qn'ili  Ib  ttdteat  hiea,  mn  homiiMa.  ta^^  buoiia, 
AoCUii  d  PoiUtiiis.  tl  Ngruuudn  el  GttiMm, 
Ja  a'*l  juniUt  Miutu  û  pauvrti  ciinptK'iitiiit 
Qmi'tf^  iiiAutiif  p«uF  UuuwD  ta  pribui  : 
J«  sa  du  pu  oeci  |i*c  forate  àa  naon, 

LiUl.tuljjiao  :  ColircL  dm  TnubiuJ-)an:i 
n  piumit  M  fU  ttM  UMIe,  eu-  cils  mt  «d  ranirndwlian 

■t  do  ntaatcdt  il«  l'Artign  -p'ïD   1370,  U   raiulr*  (ombt 


i^«»e»?F  f^Ierifti  PW  ftyeç  ServeMf  fs^r  le  0«be#||  4'|tr 

tîep^e,  «^spea4it  eq  ^oipipage  à  la  vp4|e  jd^  la  (yis^quefi  { 

riche »rfla«f«  d/B  cpioij^é,  pu,  jor  ^  ch^^p  d'éoiffrai^,  ^Ijgr  ^ 

cel)^^  ^tq\x  4>rg6f»t^  U  combla  le  cq^ym^  d'bo^aieQfi  f 

et  dt  largesse^,  e^  igt^fi  leç  l^t^et  p^DteS|  eifoées  d|ç  ^911  ') 

ac^l  rçyM»  9^  tvrept  insprjU  les  imofeiisiBs  privilèges  §Bfl^  i 

il  r#pricbij,  on  }i^|t  Bn  fpMt^s  {ji^rps,  f  qu'il  receirjdl  ffm  ^ 

sa  psotffçtJOQ  W^cfî^e  «^  f^iep  pjj^r*  ^^  Jri^çhers  »ii)^  Iff  j 

boos-hommes  de  Orandmont  (1195).  »  1 

Lf§  frôreii  (de  Sftfnt-jÈtl/ipftjB  de  Muf^t  touc}iaient  ^^  %B)e  i 

de  lei^p  PjSr^ode  a^ce^dapjle.  De  U>nU^  les  parties  du  mpodji  : 

ça(^oliqujB  leur  vepai^l  de  riches  pQrapd^s.  Amaury  &,  ni  -j 

de  Jénualeip,  leur  ^yj^^  fail  dou  d'pue  vraie  Cjroix  repfefh  ^ 

ipée  d^DS  upe  pt^/U^s  /if 'or  orqée  4e  diaipapts,  et  rem^rqi^*  ; 

ble  par  )a  merveilleuse  f^légançe  du  tr^v^l  ^  Louis  V9  i^  , 

Fvfif^fl  lejj^r  fuyait  pc^pyé  a  rinsigpe  maison  di^  jtiois  dp  Vj^r  1 
c^ane^r  »  ^icl^rd  \^  e;ipempta  9J^^si  4P  toi^s  drQi^  envep 

^jcp^rpoxiey  leur  p/srm|t  d'achetep  fies  terres  dai^s  son  dOf  - 
ché  4p  No)rm^p(|ie,  et  le^^  do^pa  de  fortes  sommes  poiir 
rel^tir  leur  ippi^a^t^re,  et  pour  le  couvrir,  ainsi  qpe  Y^ 
glfsc,  4^  lames  de  plomb  ^.  Les  chanoines  de  Saint-Étieni^ 
de  Limoges  durent  aussi  à  sa  mpi^iûcence  )a  constructiou 

sur  le  clocher  de  Téglise  de  Saiat-Lépaarjd  et  le  détruisit  en  partie.  (Chron, 
ms8»  de  Limoges.) 

1.  Cette  armure  fut  respecté^  par  le  prinpe  de  Galle»,  lors  du  pillage  àà 
rabbaye;  mais  elle  disparut  dans  le  sac  que  lui  fit  éprouver  le  comte  (te 
Saint-Gcrmain-Beaupré  en  1600.  {Hist.  de  Grandmont,  par  l'abbé  Nadandi 
grand  in-i»,  parch.)  Ce  manuscrit,  que  je  consultai  en  4844,  se  troufiit 
alors  dans  la  riche  collection  du  séminaire  de  Limoges. 

2.  Klle  contenait  une  relique  de  la  vraie  croix,  et  fiit  apportée  à  Grand* 
mont  par  Bernard,  évéque  de  Lydda.  Cette  relique  est  encore  conservée  à 
la  cathédrale  de  Limoges.  (L'abbé  Texibr  :  Inscriptions  du  Limousin^ 
p.  150.) 

3.  Ces  coocessioas  et  privilèges  sont  souvent  mentionnés  dans  di\er« 
tiires  cooftinréi  dans  Us  ArchiTM  de  Pau  :  mais  les  4ocumMit8  primitiA  T 
IMIW|M4Pt* 


ET  D£  14  YJPPV^  OE  I4AWP^- 

pga^  pipçber  dç  Içqf  église  ^  h^  clergé,  dépouillé  pap 

priQces  DpnjaaQds,  JiapoiJiiS  jçouy^ot  par  leii  grande  yjsr 
U,  rptrpMTiiil  ainsi  son  injluence  et  .sa  fprlttBe,  M^is,  eu 
fg4?i^^  1^  retour  du  a  diable  décb^tn^»  i>  le^  barçn;}  d^ 
pgord,  d^  rAogoupQois  et  du  yaiouçin,  dOjçi}w3  tpcpre 
H^epiiseils  de  Bertrand  de  ^om,  avaiept  r^evé  leurs  ban? 
Iffi;  Ipurs  forteresses  et  leurs  cbâ|eaux,  pris  par  l^qr 
mcmi  dans  la  dernière  guerr/e,  ^'élaijSQt  encore  puvert§  ^ 
un  bomipes  (d'armes.  La  garnison  4e  celu^  (}'Ayen,  gar 
yrdce  du  vicoipte  de  Limoges,  ravageait  les  terrei^  4^ 
ÎBCt  anglais.  Âdépiar  V  et  le  comte  d'Angou)j^me  avisent 
à  les  premiers  A  l'Atlaqge;  jnaitres  .de  plu3ie^rs  ppsilioppi 
M  ils  venaient  de  chasser  les  ga^niso^s  epnemi|3s,  ^1^  v^pr 
RÇaient  d'envahir  le  Poitou.  Presque  sur  toi^  les  ppin^, 
i  pnoce  du  midi  prolestait  contre  une  suzeraineté  ^tr^ 
ht.  I#es  grands  vassaux  bravaient  si  ouv^rf^ipent  }a 
BÎss^Dce  des  Piantagenets,  qu'avant  la  paix  de  GisprSi  1^ 
unie  d'AngQulême  et  le  vicomte  de  U)?ioges»  renonçaiit 

toat  booimage  envers  Richard,  s'étaient  donnés  au  rpf  fif^ 
nocfi* 

Op  lit  dans  le  traité  à  ce  sujet  :  —  «  Hoi,  Adémar,  vi- 
yff^  dfi  Limoges,  fais  connaître  à  tous  ceux  qui  verrop^ 
U  écrit,  que  j'ai  fait  les  accords  et  conventions  qui  sui- 
îDl  avec  mon  seigneur  Philippe,  illustre  roi  des  Français, 
arce  qu'à  cause  des  injures  que  Richard,  roi  d'Angleterre, 
l'a  faîtes,  et  à  mon  frère  Adémar,  comte  d'Angoulême,  ce 
emier  alla  de  ma  part  trouver  le  roi  de  France,  et  je  fis 
rte  lui  la  confédération  suivante  :  savoir,  que  je  l'aiderais 
iQJoorS|  scion  mon  pouvoir,  comme  mon  seigneur,  et  que 


|.  On  rapporU  giaéralemeot  la  coD^lrucUon  du  clocher  de  Saint-Éliennc 
l'êu  1191,  par  r^v^^ue  Sébrand  Chabot.  U  étAÎt  auUefoift  très-életé,  el 
I,  CB  Wt^iy  Jlbà^^  pu  U  foodrt  «Q  ii83,  •eut  TépiMopai  do  Jean  Bâr.« 


taSTOlRE  DES  VICOM+K 
jamais  je  ne  me  retirerais  de  son  hoinmage  que  par  s 
dres  ;  que,  s'il  me  soumet  à  quelque  aulre,  il  me  garaol 
par  ses  lettres,  qu'on  me  laissera  en  paii,  de  manière  4 
si  00  y  manque,  il  m'aidera  contre  ce  nouveau  suzeii 
que,  si  celui-ci  voulait  agir  contre  le  roi  Philippe,  je  I 
opposerais  de  tout  mon  pouvoir,  donnant  de  bonne  foi  | 
et  secours  à  mon  dit  seigneur  le  roi  Philippe.  Fait  à  S 
Yrieix,  au  mois  d'avril  1199'.  n 

Ces  conventions,  contraires  au  dernier  Irailé  de  pai^l 
entre  les  deux  rois,   ne  furent  pas  connues  de   Richl 
et  demeurèrent  secrètes  entre  les  parties  contracl 
Philippe-Auguste  rattachait  exclusivement  à  sa  courfl 
l'hommage  du  vicomte,  et  Adêmar,  dans  l'éventualiU 
nonvelles  attaques  de  la  part  du  roi  d'Angleterre, 
rait  le  droit  d'invoquer  l'intervention  du  roi  de  Fra 
Celte  politique  d'avenir,   oîi    nous   trouvons   la   rusa 
Charles-Quint,  comme  dans  Richard  le  courage  cbei 
resque  de  François  1".  est  conforme  à  celle  que  pratil 
toujours  Philippe-Auguste  dans  ses  rapports  avec  le  K 
Si  le  Plantagenct  eût  connu  ce  traité,  il  en  eût  fait  i 
doute  une  cause  de  guerre  immédiate  contre  le  rrif 
France,  et  contre  son  vassal,  qui  cherchait  à  se  soustll 
à  sa  suzeraineté  *.  Maïs  ces  conventions  n'eurent  pas  a 
un  commencement  d'exécution  pendant  la  vie  de  Rictaî 

Ce  prince  qui,  après  les  dernières  eonditions  régléesil 


1.  Let  «ulenri  de  \'Art  de  vérifier  Ut  data,  qai  ool  enprusU  \tm 
de  ca  traitd  iD  P.  Banaventure  de  Siint-AmaUe,  ont  douU  do  s 
Ucité  en  rappruchaot  la  dale  de  celle  de  I&  morl  de  Bicfaard.  SeloD  d 
p.  BaiiaTeolure  durail  coaierrâ  la  date  1199  (i.  ot.)  el  plut  tard  U  il 
(n.  »l.)  pour  la  morl  de  Richerd.  k\aû  la  premi^ra  date  doit  *lre 
la  secoude  1199. 

î.  LeB  mimes  auteun  odI  encore  douté  de  l'iiuthïalicilé  de  res  aux 
lionn,  par  la  raison  que  le  roi  de  France  ne  lecourul  pai  le  Ticomle  de 
mag«i  dan«  la  guerre  que  lui  fit  Richard.  Philippe- Aufiute  était  a 
htbile  pour  attsndra  une  meilleure  occuion. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  It» 

aîIîppe-Auguste,  ne  craignait  plus  pour  ses  provinces  da 
larmaudie,  et  Hait  aussi  sans  inquiétude  pour  celles  do 
Ouest,  par  wiite  de  la  cession  qui  avait  élé  railedescbAteaox 
le  PejrriUe  et  de  Coocorës,  sur  les  limites  du  Querci  el  da 
inonsiD,  s«  mil  aussitdl  eu  campagne,  pour  prendre  po»- 
■noo  d«  <X8  forteresses.  Comptant  sur  la  neutralité  de 
bynoDd  UI,  vicomlc  de  Turenne,  qui,  par  une  condition 
fiéciate,  s'était  reconnu  le  vassal  de  sa  couroime  et  de  celle 
leFka&oc  ',  il  se  donna  par  la  force  des  armes  l'investiture 
ka  deux  châteaux  en  les  assiégeant  et  en  marchant  sur  les 
i  de  Fortuné  de  Gourdon  et  de  ses  deux  fils,  qui 
[  vodIu  les  défendre.  Il  parcourut  ensuite  le  Limoa-^ 
lai  les  petites  garnisons  qu'il  avait  installées  daan| 
■  places  fortes,  caressant  les  petits  feudataires  qu'il] 
ktlr«  les  ennemis  du  vicomte  de  Limoges,  feignant! 
e  préoccuper  eo  rtec  de  la  lutte,  qui  avait  lieuJ 
;  épfxiae,  entre  le  comte  de  la  Marche,  son  alliéj| 
L  «l  Adémor  V  de  Limoges.  Mais  le  vicomte  qui  v< 
i  birc  prisonnier  Audier,  sénéchal  de  la  Marche,  ci,| 

i  payer  sa  rançon  vingt  mille  sous,  se  monlrant>| 

|ir  de  ce»  avantages,  il  tourna  contre  lui  toute  sa  co- 

iTappdant  par  dérision  a  lu  vicomte  de  Ségur,  qui  aeX 

nte  de  Limoges  K  *  Alors  il  menaça  avec  ses  rou- 

I  places  de  Nonlroa,  d'.\uiheforl,  de  Salaiguac,  de 

Livrade  el  de  Puy-Aigu.  Apre»  avoir  pris  ce  dernier 

1  fort,  dont  il  Bt  démolir  une  partie  du  haut  donjon, 

-oir  ruiné  d'autres  dans  le  Périgord  et  dans  le  U- 

I,  il  parut  Vouloir  pour  quelque  temps  vivre  eo  paix. 

il  éuil-il  effrayé  des  dispositions  des  barou 

tentent  autorisés  par  Philippe-Auguste,  meoa-jl 


MMH  Tunxila  l«iwbil  de  ngv  Ftuiooruai  i<l  quuil  ibb«t,  ■ 

4  •kbeU  ■  {Jiwlcl  :  TraU4  de  IIH.) 

maau  do  Scèur,  w  b  l<j  tommou  da  LemoHM.  ■ 


210  HISTOIRE  M»  VICOMTES 

çaient  «de  le  rendre  courtois^  8*il  venait  les  attaquer  M 
Eri  vain  Bertrand  do  Born,  mécontent  de  sa  politique 
teleuse^  cherchaitril  par  ses  railleries  à  entrafaer  le  roi 
France  à  une  nouvelle  guerre  ;  celui-ci  ne  8*engageri( 
rien  *. 

Un  nouveau  prétexte  de  satisfaire  son  ambition  H 
haine  s*ofTrit  bientôt  à  Richard.  On  vint  lui  dire  que  le 
comte  de  Limoges  avait  trouvé  dans  les  souterrains  de 
château  de  Chftlus  un  immense  trésor,  selon  les  iras 
statue  d'or  de  Lucius  Capréolus,  ancien  proconsul 
en  Aquitaine,  selon  d'autres  une  table  d'or,  autour  de 
qtielle  était  placée  toute  la  famille  du  riche  patricien^ 
Aussitôt,  en  sa  qualité  de  duc  d'Aquitaine,  et  selon  h 
féodale,  qui  obligeait  le  vassal  à  remettre  &  son  sui< 
tout  trésor  trouvé  sur  ses  terres,  11  réclama  celui-ci^  Sur 
refus  d'Adémar,  il  vint  assiéger  le  château  de  Ghâlus. 
vicomte,  effrayé  de  ses  menaces,  offrit  la  moitié  du  ti 
mais  Richard  n'était  pas  habitué  à  traiter  ainsi  de  pi 
avec  ses  vassaux,  il  préférait  les  chances  de  la  gu( 
D'ailleurs  la  citadelle  lui  paraissait  peu  redoutable,  car  el 
n'était  défendue  que  par  trente-huit  hommes  d'armes  qu|p 
à  son  approche,  offrirent  vainement  de  se  rendre,  à  condM 
tion  qu'on  leur  laisserait  la  vie  et  la  liberté.  Cependant  U 
tours  étfiient  élevées,  et  les  murailles  épaisses;  aussi 
pressait-il  pas  Tattaque,  se  contentant  d'observer  la  plai 
tout  en  menant  joyeuse  vie  au  milieu  de  ses  barons  pal 

i.  «  ...  Quel  crat  vcngutz  tmp  Iiraus  el  tmp  orgoillo%  et  qui  illet 
songral,  lo  fariari  fraiii'  c  mrWA  i>  huinil,  o  (|ui'  ill  lo  castiarian  guerrÊiaik 
{Vie  de  Hfrtniufl  <fe  H'*rn ;  Raynouard  :  Voitert,  des  Tfuuhndours,  l 
p.  96.) 

2.  «  AniMiiaiii  prr  rr  qu'i.-n  Herlr.iiis  do  liorn  disiiOA  en  cob]a«,  ni  eu 
vente:!  1*1   Hey  l'clin,  ni   prr  reconlaiiien  île  t«irt.  ni  d'auniiucn  que   ill  ftÉ 
diti  uî  fsitz,  iM  vitU.  Kiierriar  li»  \U'\  Hiohart.  »  {Ihid.) 

3.  Seliin   liiKoril,  Vtr  de  PUiUppe-Augiute^  co  rhàleau  «'Appelait  004 
trum  Lucii  CapreolU  qu'où  a  traduit  en  fronçait  par  ChaitUhVhabrok* 


ET  DE  LA  IriGÔBffB  §â  LËItiGES.  tti 

ihes  ccBlears;  coûiffle  pour  qd  jour  dé  f!&té,  dii  poui' 
tionneur  aux  orgies  auxquelles  le  mattre  lefs  Conviait 
iL  Les  assiégeants  ëampaient  hors  de  la  portée  du 
kirsqo'an  jour,  Ricliard  faisant  le  tour  de  la  pîaéà, 
reconnaître  l'end roil  où  il  pourrait  doànei'  Tàssàdt^ 
balélHer,  nommé  Bertrand  de  Oodrdon,  Itri  décocitè 
Mehe  qui  k  blessé  mertellement  à  Tépànlè.  On  lé 
dans  sa  tente  ;  èfh!mé  de  colère,  rendu  flirleuz  paf 
ttleor,  H  ordonne  d*assaiUîr  h  tour,  de  peildre  là 
ion,  excepté  celai  qui  lui  a  lancé  le  trait.  Ses  oi'di^es 
promptemeùt  eiécutés,  et  Ton  conduit  dèrUtit  lui 
lief&Her.  — '  «  Que)  ma!  t'iti-je  fait,  lui  dit-il,  pour 
ainsi  reiigé?  —  Tu  as  fait  mourir  mon  père  et  iile^ 
fMres;  tu  as  voulu  me  tuer  moi-même.  Fais  dé 
«  que  tu  roudras  ;  je  ne  tiens  plus  à  la  vie,  puisque 
engé  për  ta  mort  celle  de  mon  père  et  de  mes  deux 
t^  B  Richard,  admirant  son  courage,  lui  fit  donner 
kmÈ  d'àr^nt,  et  ordonna  qtt'on  lé  laissât  libre.  Mais 
ioe  eut-il  rendu  le  dernier  soupir,  que  Mercadée, 
des  Brabançons  qui  l'accompagnaient,  fait  pendre 
roison,  écorcher  vif  le  noble  chevalier,  dont  le  cada- 
ùt  attaché  à  un  gibet  sur  les  remparts  de  la  place, 
iDt  que  les  soldats  chantaient  la  gloire  du  Cœur-de- 
«  Le  dard  de  Limoges  avait  lùé  le  lloil  d'Angle- 
^.  »  (i7  juin  1199,  ou  6  avril,  selon  d'autrlîs.)  Le 
;maio  le  cortège  funèbre  se  dirigea  vers  Limoges,  pôr- 
e  corps  de  celui  qui  fut  la  terreur  des  musulmans  ^ 
lacable  ennemi  des  barons  d'Aquitaine,  qui  avait  légué 


r.  mts.  de  Limoges. 

«d«froi.  moine  de  Cologne,  dii  qu'au  moment  où  Richard  expirait,  tm 

iflfuttement  chaM^  p«r  hri  de  «on  siège,  se  trouvant  à  Rome,  TÎt 

'  Hjr  l'autel  un  danl,  portant  dftte  inscription  :  «  Le  dard  de  Limogcd 

•  boa  d'Aogtoterr«.  »  {Cftrén.  rie  Vigcoi^;  Chroà,  dé  QrwiémofU; 

Kmghtam,) 


HffiTOIHE  DBS  VICOMTES 
son  CŒur  à  KoueD,  et  ses  entrailles  à  Poîliers,  coEomei 
une  ville  maudite'. 

Le  vicomte  de  Limoges,  délivré  de  son  plus  cruel  ea- 
nemi,  n'eut  pas  le  temps  d'en  profiter  pour  reprendre  ce 
qu'il  avait  perdu  ;  il  était  déjà  vieux  et  usé  par  les  fatigues 
de  ses  longues  luttes  coulre  ses  voisins  ou  contre  l'étraD- 
ger.  Il  mourut  lu  même  aunée,  après  s'être  engagé  à  soute- 
nir le  roi  de  France  contre  Jean-sans- Terre ,  roi  d'Angle- 
terre. A  ses  derniers  moments,  il  appela  à  lui  toutes  les 
consolations  de  la  religion,  et  vit  réunis  autour  de  luises 
nombreux  enfants,  Gui  l'uiné,  ûuillaume-le-Pèlerin,  Mar- 
guerite, déjà  mariée  au  vicomte  de  Ruchechouarl  *,  Aquilie 
à  Guillaume  de  Gourdon,  Uumberge  à  GeofTroi  de  Losi- 
gnan,  et  Marie  qui  venait  d'épouser  Ebles  V,  vicomte  de 
VenUdour;  illustres  alliances  qui  promettaient  i  la  famille 
un  grand  crédit  dans  le  monde  féodal.  Sara,  mère  de  ca 


h 


1.  On  I  peul-£tre  trop  poélUé  la  morl  de  Richard;  U  tradiliou  i  y 
trop  mêlée  à  U  légende.  Vuici  uu  document  qui  ritcnnta  plus  simplemi:uL. 
ce  nous  lemble,  avec  plus  de  vérilé,  cet  événement  :  a  Riourdii»,  rei  Au^»>- 
rum  (brlisBÎmufi,  ictu  Bagitt^  lu  bumern  percutsuf  e£t,  quaia  obiieditKl  lu- 
rim  quamdun  in  quodam  caetro  pai^i  LcmoviceneiB,  qiiod  appel Inlu r  Clulu)- 
Cbabrol,  nb  sUtaaa  aureas  Lucii  Capreoli,  quB  ibi  repcrtc  sunt.  In  ipn.  lurti 
crant  duo  milites  cum  aliis  3&  y\m  et  mulieriliuB,  unui  ei  mililibut  Peln» 
Bru,  aller  Pelrus  Basilïl,  de  quo  djcîtur  quod  siglUam  cum  balisls  Inclidl 
emiserit,  qua  percnsiui  rei  infra  duodecimum  diem  viUun  Quirit,  tidEikel 
Teria  tertia,  uite  diem  dominieam  Patmarum,  8  idui  aprilit.  |irima  bm 
iLoclia.  tpse  enim  dum  eiplararet,  prsceperat  suis  ut  nbsldereut  ctitelliin 
Ticecomitia  qund  appellalur  Nantron,  et  quoddun  atiud  mancipium  qM<l 
vocalur  MonUifut  (Pié{{ut  7],  quod  et  fecerant.  Sed  morte  régis  audiU  «»- 
Tusl  receuerunt.  Proposuerat  aiitem  ipw  rei  in  corde  siio  omnia  caâlelli  «i 
manelpia  dîcli  vioeanmitlB  deetruere,  la  vigilia  8.  Johannîi-Bapliit*,  iff* 
anne  lepultua  est  roi  pnedielus,  cum  pâtre  sno,  iu  mouaalerio  Fnntiï-EtinMi' 
mulli«  lietanlibui,  afii  dolenlibuE.  (D.  Etjennot,  ex  fragm.  Hàl.  Aif- 
tan.  t.  Il,  p.  GO.  — Apud  mti.  du  téminaire  de  Limoges,  Ex  chrort.  Aën. 
/  lerii.)  Selon  d'autres  traditions,  les  irois  cbevaliere,  qui  dérendaJeoi  !• 
place  da  Chilus,  étaient  le  sire  de  Rochechouirl,  Ajmerii:  Vi,  le  lirr  i^ 
Maynac  et  lo  sire  de  Sainl-Léonani.  Aymeric  ^'l  de  Hochecbouart  an"' 
épousé  LucB  de  Pérusie.  (Mta.  de  .Nadaud.) 

2.  Après  la  morl  de  celui-ci,  elle  lui  mariée  à  Doion  de  GrigDols,  e1 1> 
troJsiiniM  noc»  au  Gla  d'Audebert  U,  comle  da  Pérignrd. 


ET  DE  Là  yiCaUT&  D!t,UHeaBS.  3T:t 

Dts,  lui  sarvécut  quelques  années;  et'fgl  enterrée  à 
t-Trieû  (1216)  dans  l'églUa  qu'il  avail,EùtbUiri. 
trtnod  de  Borni  ainsj  qne  les  chefs  d^  soD,pikrli,  ives- 
ircatde  joie  k  U  mort  de  leur  eDucçaî^oiusil  n'eut  pas 
)iibeur  de  voir  la  si^te  des  sanglant!  dÉiQ^lés  de  l'Aqui- 
1  contre  ces  rois  normands  qu'il  aïail  tant  bals,  el 
n  lesquels  il  avait  si  souvent  appelé  les  barons  à  la 
Ite.  Fatigué  d'une  longue  vie  de  combats  et  d'amour, 
J  avait  épuisé  sa  jeunesse  et  son  âge  mûr,  il  alla  de- 
,der  le  calme  des  derniers  jours  k  la  religion  et  à  la 
.tcoce,  dans  le  cloître  de  l'abbaye  de  Dalon,  à  laquelle 

d'i  m  portantes  donations,  comme  réparations  d  es  pertes 
es  ÎDJures  qu'il  lui  avait  fait  éproaver  dans  les  dernières 
Tes.  Ld  chatte,  par  laquelle  il  consacrait  ces  aumftues, 
nlennellement  déposée  par  lui  sur  l'auiel  (t30U)  *.  Il  ue 
a  pas  &  ;  mourir  revClu  de  X^^^ît  (îes  moines  de  Cl- 
I,  léguant  à  la  postérité  un  nom  illustré  par  le  courage 
ar  la  poésie,  et  presque  aussi  oublié  de  son  pay:^  que 
>mbe  c?t  ignorée  sous  les  décombres  du  cloître^.  Plu- 
rs  ùe  ses  amis  et  de  ses  compagnons  d'armes  cherchè- 

aussi  la  solitude  et  la  pénitence  dans  d'aulres  abbaye> 
Jmuusin.  Goullïer  de  Laslours,  un  des  plus  remarqua- 
.  mourut  dans  celle  de  Vigeois,  l'année  même  où  le 
ur  (jeoUroi  achevait  la  première  parlie  de  sa  chroni- 
,  Ses  funérailles  fuient  dignes  de  sa  vie  militaire  :  tout 
lergé  du  pays  vint  à  Vigeois  y  assister,  et  de  là  le  cor- 
,  conduit  pai-  les  abbés  deOalon  et  d'iîzercbe,  el  par 


Chrou.  de  Stint-Hwlia  ie  Limoicei. 

Cette  flurte  fui  fkile  d>n»  1«  chapitre  ds  Dalog,  «a  priienM  de  Jeta  II. 

M  «bli^.  {Oaa.  CÂrisl.  :  Ecebrt.  L'moviefni.,  p.  6!I.) 

Il  ne  fut  puint  euterré  daui  le  ïlollra  de  Cadoiiin,  commr  on  l't  cru 

•.axfi.  Le  (omtieau  tfoUiique  el  li  italue  en  pierre  qu'on  j  \uil.  oe  lui 

tiaunent  poial,  eonme  l't  prouT«  H.  l'ibM  Andiania  dut  m  r»tic< 

itt*  abbaja. 

1.  ■* 


m  msToms  DB8  viGoims 

son  oncle  Archambaud,  déposa  son  corps  dans  le  cloltit 
d*Arnac  à  côté  de  ses  ancAtres^  Un  seul  tronbadoor  da 
Limousin,  qui  en  comptait  plosieurs  à  cette  époqae,  paja 
à  Richard  d'Angleterre  son  tribut  de  reconnaissance  et  de 
regrets  ;  ce  ftit  Oaucelme  Faydit,  né  à  UxerchCi  qui  com- , 
posa  de  beaux  vers  en  son  honneur,  mais  qui,  au  lien  de 
célébrer  ses  verlus  guerrières,  ne  chanta  gaère  que 
maltresses  c  fleurs  de  courtoisie*.  » 


1.  Arch.  de  Pau  :  F.  de  la  vicùmié  de  Limoget. 

S.  Gftucelme  Faydit  diuipa  de  bonne  heure  eon  ptUinukiM.  Oasod  H  n'Mi 
plut  qu'une  maiion  à  Uzerche,  il  se  fit  jongleur,  courut  let  aTenturee  et  Ui 
fettini,et  prit  pour  compagne  de  sa  joyeuse  vie  6tteIhma4a-Rèlîgiou8e,  ftoM 
d'tiprtt,  mais,  comme  lui,  de  mœurs  dissduee.  11  vint  souTeni  ehanter  dm 
les  manoirs  du  oays  la  beauté  des  châtelaines  de  Ventadour,  de  Malemort» 
d'Anbusson  et  ae  Gimel.  [Mss,  de  la  Bibliothèque  tiationaie,  n*  276!  •)  Il  * 
mourut  en  1220.  Il  eut  pour  collaborateur  Hugues  de  la  Bachelerie,  né 
aussi  à  Uzerche,  comme  il  le  dit  :  «  Si  fo  de  Lemosi  del  bore  de  Usarchs 
delà  ou  fo  Gaucelm  Faydit...  »  On  a  de  lui  des  vers  dont  les  rimes  masnr 
Unes  et  féminines  sont  mélangées.  (Haynouard  :  [CoUect  des  Trwibaâomrt,) 


it£^' 


i:r  l)K  LA  VICrtMTÉ  de  LUIOliKS. 


CDAPITRE  X 

«m  V.   flCOMTS   t»E   UMOGGS 

pwr  Fhilippt"Aui;u--le  conire  Jo»ti-auu-Tsrre.  —  Lm 

r.i  .  '   ir^   niurailtoa,  aidéi  Je  It  fkmille 

—  '  it-iisrlialdecoBCourir  M)  fraii; 

1   le  ptili  de  réréqu  :  Twlenee 

,  ..iltial  11  riUe;  II9  h  placent  aous 

<;  lijt  prUaiuiï«r  pv  Jttii*uiiS' 

1  liiu^c»,  —  A]rni*riu  VII  de  Bochechouarti 

-  Les  couauli  réublineat  ti  commune;  tea 

.  — ijnl  V  tïmli  ea  liberté.  —  Nota  nr  le 

'.'lue-  ■;{  Is  iiDomto  pounuifcnt  le*  merve- 

II  cbilesu  de  Pomptdour. 

ntioa  de  l'ÊgliM.  —  Jeui- 

.  lAv  et  tes  ricbenes  utistiquei. 

'  •  (diiiuta  do  Liioo^i.  —  DJdi- 

,l''-ui  ilo  VeyrBc.  —  Priie  4a  la  Mur  d' Ai  le 

■ur  Jc»o  da  Veïtsc.  —  PtiUipjie-Auguile 

.  ■ ,  —  Louis  VIII  '  à  Limoges,  —  Bdymoiid 

.1:^1,  el  M»  r«r<n)n.  —  Gui  V  et  LvuisVlll 

i>[it  V,  l'Egluc  cl  les  baram  iléTonéi  h  Lnuls  IX. 

1  Duioiuiijne  \  lâminga.  —  Saint  AntoiiiQ  de  Pa- 


Mort  d»  Gui  V  :  H*  «oTuild. 


tttt  Riclianl  scPablaît  [ironietlre  la  paix  aux  pro- 
Midi  :  le  nouveau  roi  il'Aaglelerri;  D'élait  ni  assez 

ai  assez  Iiubilâ   [)olilique,   pour  ioquiéler  les 

i   ceux-ci  Q'6Uiient  que  jilus  hardis  dans 

n  de  leur  liaine   coolre    la  l'amillu  au^lu-nor- 

ue  <l«vail  qu'ù  une  remme  la  suzeraineté  de  ses 

cootiauot.  J'tiilippe-Augiisle  sut  lirer  parti  de 
Itîofu  pour  Taire  prédonituer  aou  autorit^J.  Oui  V, 

d'Atdéioar  V  data  la  viccraté  de  Mnioges,  qui 
ptia  pari  aux  guerres  précédentes,  désireux  de 
'ce  qn'tvait  perdu  soo  père  dans  les  derniers 


Î76  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

temps,  se  déclara  aussitôt  rennemi  de  Jeaii-«an9-Tem, 
prenant  le  parti  d'Artur  de  Bretagne,  dont  les  pré 
au  trône  troublaient  Tambition  du  lâche  successeor 
Cœur-de-Lion.  Oubliant  que  Philippe  n'avait  pas  voulu 
vegarder  l'héritage  de  ses  ancêtres,  en  venant  au  secoun 
son  père,  il  n'obéit  pas  moins  à  ses  excitations,  comme 
autres  pairs  de  flefs.  C'est  que  Bertrand  de  Bom  n'était 
là  pour  rappeler  à  ses  amis  qu'ils  ne  devaient  com! 
que  pour  la  nationalité  et  l'indépendance  do  l'Aqni 

Les  habitants  de  Limoges  songèrent  aussi  à  se  pré 
contre  de  nouvelles  attaques,  en  réparant  leurs  maisons 
cendiées  en  partie,  leurs  murailles  détniites  dans  les  I 
précédentes.  Une  famille  illustre  de  bourgeois  enrichis 
le  commerce,  vouée  depuis  longtemps  aux  intérêts  de 
cité,  présida  et  concourut  de  sa  fortune  à  la  recons 
de  tout  un  quartier,  où  elle  résidait  le  plus  souvent 
Baxlagiers,  ainsi  se  nommaient  les  membres  de  cette  II 
mille,  firent  transporter  les  décombres  des  maisons  qoV|| 
ne  pouvait  réparer,  et  qu'on  devait  remplacer  par  d'autid 
le  long  des  remparts,  placés  enUe  une  tour  qui  portait  lei 
nom,  et  une  autre  appelée  Pissevache.  Mais  la  pression  é 
ces  matériaux  ayant  fait  écrouler  deux  cents  coudées  dal 
muraille,  la  brèche  pouvant  f'uurnii'  un  passage  aux  Brahfl 
Qons  qui  parcouraient  encore  les  environs,  et  menaçaMi 
quelquefois  la  ville,  les  habitants  craignant  une  atta|l 
de  ce  côté,  résolurent  de  reconstruire  ces  remparts  (ilOil 
Ils  convinrent,  de  concert  avec  les  consuls,  que  chadÉj 
payerait  pour  ces  travaux  un  sou  par  livre  do  son  revoÉI 
et  prièrent  Hugues  de  la  Brosse,  abbé  de  Saint-Martial|l 
fournir  sa  part  de  cet  impôt  *.  * 

Le  grand  dignitaire  de  l'Itlglise,  dont  l'autorité  était 


1.  Hu(nie«  il  de  U  Broue  avait  luccéilé  on  llMà  liambert  Eicohiîl 
(Btliue  :  Mùceiian.,  1.  vi,  p.  52'i.) 


ET  DE  LA  VICOUTË  DE  LIMOGES.  371 

Teraine  dans  cette  partie  de  fa  ville,  s'y  refusa,  quoiqu'il 
eût  les  mêmes  iuléréts  que  les  bourgeois  à  ta  défense  coin- 
mone.  Aussitôt,  les  habitaDts  indignés,  excités  par  les  con- 
sab,  pénétrèrent  dans  l'abbaye,  raaiirailèrent  les  religieux, 
rcDTersèrent  les  murailles  de  leur  enceinte,  arrachèrent  les 
arbres,  et  piltëreut  tout  ce  qui  tomba  sous  leurs  mains.  Les 
religieux,  obligés  de  quitter  leurs  cellules,  allèrent  cher- 
cher un  refuge  dans  l'église  du  Saint-Sépulcre,  y  resièrent 
pendant  dix  mois,  disant  la  messe  à  chaque  heure  du  Jour 
el  de  la  nuit,  mais  à  voix  basse,  à  cause  de  l'interdît  que 
l'éTëque  Jean  de  Veyrac  avait  prononcé  contre  les  consuls 
et  leurs  adhérents,  tandis  que  dans  le  reste  de  la  ville  les 
prttrea  séculiers  témoignaient  de  leur  attachement  à  la 
boargeotsie,  en  faisant  publiquement  leurs  cérémonies.  Les 
religieas  des  abbayes,  n'ayant  pas  à  leur  disposition  la 
force  matérielle  pour  imposer  aux  bourgeois  révoltés,  cher- 
chaient à  les  effrayer,  et  à  attirer  te  peuple  k  eux,  en  attri- 
buant à  la  colère  de  Dieu  les  malhcui's  du  temps,  tels  que 
la  famine  qui  sévissait  dans  la  ville,  et  la  chute  de  ceat 
coudées  de  murailles  tombées  à  l'endroit  même  oh  les  pré* 
très  de  Saint-Pierre  et  de  Saint-Michel  avaient  fait  quelques 
jours  auparavant  une  station  en  conduisant  une  procession 
i  travers  la  ville'. 

Gui  V  crut  trouver  dans  cet  état  de  choses  l'occasion  de 
reconquérir  les  anciens  privilèges  de  sa  famille,  usurpés 
ïossi  bien  par  l'Église  que  par  les  bourgeois.  11  feignit  donc 
lie  prendre  le  parti  de  l'évSque;  à  la  tète  des  hommss 
'larmes,  qu'il  avait  réunis  d'abord  pour  soutenir  Artur  de 
Bretagne  contre  Jean-sans- Terre,  il  entra  dans  la  ville  par 
la  brèche  du  rempart,  s'empara  des  poiles  et  des  tours,  et 
fit  prisonniers  les  principaux  bourgeois  qu'il  envoya  dans 

^pi,  C/iron.  Voneni.,  ap.  Lahbmm,  l.  XII. 


m  msvoiRe  dks'  yicomhs 

les  jfirisons  des  châteaux  d'Aize,  de  Nontron,  de  Ségnr  et 
d'Ezcideuil.  Pour  maintenir  les  autres,  il  rétablit  ses  figuiers 
dans  la  ville,  avec  mission  d'y  rendre  la  justice,  de  lever  des 
tailles  sur  les  ouvriers  établis  et  sur  les  marchands,  le  Si- 
medi  de  chaque  semaine.  Bientôt  sa  tyrannie  ne  connut  ptas  * 
de  bornes;  ses  hommes  d'armes  s'emparaient  des  mar- 
chandises sans  en  payer  le  prix  :  la  misère  s'accrut  en  pro- 
portion de  la  terreur  qu'ils  inspiraient.  Quiconque  résistait  i 
était  emprisonné  dans  la  tour  de  Saint-Martin,  appelée  Mir  ' 
rebœuf ^  attenante  à  la  demeure  du  vicomte,  et  là  attaché  à-' 
un  instrument  de  torture,  nommé  la  dromo  ^ 

Les  riches  habitants  de  la  ville,  bourgeois  et  marchands, 
se  réfugiaient  dans  les  campagnes,  dans  les  villes  voisines, 
ou  dans  les  châteaux,  où  ils  imploraient  la  protection  des 
seigneurs  en  se  Taisant  leurs  hommes.  Limoges  était  ainsi 
menacé  de  perdre  son  industrie  et  son  commerce  par  la 
fuite  de  ceux  qui  en  étaient  les  principaux  agents.  Enfin, 
pour  combattre  plus  efficacement  les  excès  de  violence  do  -] 
vicomte,  les  habitants  se  placèrent  sous  la  protection  de  ^ 
l'évoque,  comme  ils  l'avaient  souvent  fait  dans  les  siècles 
passés,  alors  que  l'Église  était  le  refuge  suprême  des  persé- 
cutés. Celui-ci,  après  leur  avoir  durement  reproché* leurs 
propres  violences,  que  pour  cela  la  main  de  Dieu  les  cbâ*  v 
tiait,  leur  conseilla  de  s*cn  rapporter  à  la  décision  de  l'ar- 
chidiacre de  Saint- Etienne,  qui  déclara  l'abbé  et  les  reli- 
gieux de  Saint-Martial  exempts  de  tous  frais  pour  la  répa«ii 
ration  des  remparts  de  la  ville,  moyennant  une  annuelle 
de  dix  livres  sur  le  Mas-Saiute-Valérie,  et  condamna  les 
bourgeois  à  payer  à  ceux-ci  treize  cent  vingt  sous  d'amende, 
&  leur  restituer  leurs  chevaux,  leurs  harnais  et  leurs  atte* 
lages.  Toutes  ces  conditions  acceptées,  révoque  leva  l'in-* 

1.  La  demenrA  du  vicomtp,  doiil  cctto  tour  faÏMit  itartie,  était  •iiué«  prêt 
et  l'égliie  de  Saiot-MicheUdot^Lioni. 


ET  DR  LA  \'ICOJITË  DE  LUIOGES.  Ï79 

}  il  oe   fbt  pns  aussi  Tacile  d'avoir  raison  du 

iomU,  d'obtenir  qu'il  tratlAt  avec  moins  de  cruauté  ces 

iurgeuti  et  ces  arlisana   ruinés   et  livrés  au  désespoir, 

I  de  Saint-Martial  et  révCque  viareat  lui  demander 

I  liberté  des  pmonaiers,  qu'il  ne  voulut  accorder  qu'an 

d'aoe   forte   rançon.    Quelques-uns  se  rachetèrent; 

entièremeal  ruinée,  moururent  en  prison. 

a  bourgeoisie  avait  payé  cher  sa  révolte  ;  mais,  par  ses 

ssiom  à  l'évëque  et  à  l'abbaye,  elle  espérait  pouvoir 

Bpler  sur  une  protection  puissante  contre  de  nouvelles 

s  àù  la  part  du  vicomte.  Le  jour  arriva  oh  celui-ci 

I  /ut  plia  &  craindre.  Jean-sans-Teire,  instruit  àf-  ce  qui 

nil  à  Limoges,  impatient  de  se  venger  de  Gui  V  tou- 

i  allMché  au  parti  d'Artur  de  Bretagne,  le  surprit  à 

,  le  fit  prisonnier,  et  l'enferma  au  château  de  Cht- 

I,  apr£s  avoir  fait  périr  devant  lui  plusieurs  chevaliers 

■  puii  (1302).  Le  vainqueur,  qui  cherchait  alors  à  s'at- 

■  jwpuIaliûD»  du  Midi,  mt  ensuite  à  Limoges,  s'y 

r  La  bourgeoisie,  en  déposant  tous  les  viguiers 

I  :  il  en  Qt  même  périr  quelques-uns,  mais  il 

t  dans  ses  fonctions,  pour  les  exercer  en  son  nom, 

e  de  Buu,  seigneur  de  Mortemar'.  A  la  place  de  Hu- 


•au  de  Mnvnur  Fut  blli  vers  la  Bu  da  i<  liècle.  arec  la  eoa- 

li  4'AiKlabeit.  camlfl  de  la  Manho.  par  Abbon  Drut  qui  avait  àt- 

hâ  Îb  BtJEac  Malrr  Robert,  rai  de  France.  [Adèmar,  Fatmlog., 

\,  \.  \l.)  C*  DC  f"t  qu'au  Illi^  alËdt  iiue  cetln  wi^eorie  paasa  duii 

~~ki  it(  Rartwh(>uan  par  la  mariage  4'Ajni«ric  Vit  avec  Alii  de  Mor- 

r,  B)k  al  onique  ti^Utre  de  Gaillaume,  chevalier,  baioa  de  Mortemar, 

ml-t^emuui-Iluiiiir^  {120S}.  AtJi  do  Mortemar  Ifïta  en  l!t7  ;  elle 

3  lïSS  {Areh.  de  Pau).  Alix  de  Mortemar  a  étâ  le  mjel 

k  Hfrnilir  ()ai  k  tacoule  encan.  ■  Un  de*  nniUtire  Ju  chlleau  de  Bi»- 

I,  lilitii  par  ta  liaauU,  avait  con^u  pour  elle  une  crimiDelle  pai- 

L  4aM  bqiwll*  •!  cborehâ  laiaetMnt  à  l'entralDer.  L'n  Joar  qu'il  la  trouva 

ata  de  lui  Tajro  violeacs.  Akira,  elTraj^  de  i«a  menace*,  ie  iniit- 

k  MiJ  U  rfanluiion  de  la  perdre  daiia  l'eafiril  de  «m  mari,  réunît  au- 

^£,  toi  la  nenitaurt  d*  la  famille,  el  leur  racoDie  <|u'ij  a  M  w  ^f 

t  HUiciti  au  utiu,  et  n'a  pu  Cj  louatnit*  que  par  la  force.  11  cgurl 


280  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

gues  de  la  Brosse,  abbé  de  Saint-Martial,  il  fit  nommer  [Mr 
les  religieux  son  confesseur,  nommé  Alesmias,  oa  Alei^ 
mius.  L'évoque,  contraint  d'approuTer  cette  élection,  qui 
fut  longtemps  contestée,  et  se  voyant  sans  cesse  pcrsécati 
pour  s^ôtre  associé  au  vicomte  Oui  V,  se  réfugia  à  Romei 
d*où  repoussé  par  le  pape,  isolé  de  son  diocèse,  il  alli 
quelque  temps  après  mourir  en  Palestine,  dans  un  voyage 
qu'il  avait  entrepris  en  compagnie  de  trois  moines  et  dt 
seigneur  de  Lastonrs  ^' 

Soutenus  par  Jcan-sans-Terre,  les  bourgeois  de  Limopi 
furent  remis  en  possession  de  leurs  anciens  privilèges;  lems 
consuls  firent  revivre  la  commune,  et  chassèrent  de  la  vilk 
la  famille  des  Baxiagiers  qui  passait  pour  ôtre  dévouée  aa 
vicomte,  et  qui  ne  fut  plus  tard  admise  aux  droits  de  cité 
que  par  la  protection  d'Hugues  de  Lusignan,  comte  de  11 
Marche,  et  encore  à  condition  de  rétablir  à  ses  frais  Ici 
murailles  renversées. 

Pendant  ce  tcmps-L^,  la  guerre,  souvent  interrompue  par 
des  trêves,  avait  recommencé  entre  Jean -sans-Terre  et  Phi* 
lippe-Auguste;  les  Français,  par  la  prise  de  Chinon,  ve- 
naient i\v  rendre  À  la  liberté  le  vicomte  de  Limoges,  qui 

la  dénoncer  à  stiu  mari.  Ct^iiii-ci  «o  l.-iis»e  ])(*rsn.-\ilcr,  vi,  dans  son  indigottioB,   J 
vfîiit  la  Uif'r;  mais  cllf  priMiii  la  tuite,  r«;  cache  en  atU'udaut  que  sa  colèii 
M  raimp.  II  faut  iiu't'llr  ]it'i-i''t>e.  Le  calnmniati'ur  lui-même  reçoil  l'ordre  dl 
la  jeter  en  |KUuri>  à  un  luui,  ({u*on  retenait  ronri-rmé  dan>i  une  fb«.<e.  Ellef   ^ 
e*l  pr»^ci|»itée  \ivantr.  Mais»,  trois  jours  apn's,  ne  |MMivant  rési>ter  &  la  dou*  ■.' 
leur  qu'il  ressent,  il  vifiit   savoir  si  v\h\  vit  encore,  et  y  fait  de»ceudre  11    > 
:iervitenr  in  lit  le  le  ({ui  la  tRmvo  pleine  de  vie.  11  veut  vuir  par  lui-même  01   < 
prodi(^  el  nnlonnc  qu'on  la  r<-tin\  ]lui^  b  lui'nd  ilani^  mh  hrtu^,  Pt  la  prit    \ 
de  lui  raconter  ce  qui  s't-vi  p.,sA<*  drpnis  tr(»is  jour*  dans  ce  souterrain.  EUl  ' 
lui  raconte  que  li>  lion  >'e>t  courlit*  A  fes  pieds,  lui  a  léché  les  maÎDS,  el  M 
fait  ciinnaltru  les  >iii|i'iu*es  tenti^e»  sur  elle  et  les  désin  criminels  de  MB 
calomniateur.  Aymcrir  n^ronnalt  s^on   innocence  et  fait  prt^cipiter  dans  k 
fosse  rinf.lmo  que  le  lion  déxore  lmi  pûu>sant  d'.ifTreux  rugirBemenU.  Pour 
perpétuer  ce  souvenir  du  trinniplie  de  la  vertu,  il  fit  pratiquer  dans  la  toor 
même  une  uichr,  aii  il  lit  placer  un  lion  en  pierre,  ce  qui  donna  à  cette  t4Mr 
qui  existe  encore  le  nom  de  Tour  du  Lion,  » 
1.  Cbron.  de  Bernard  Ythier,  ap.  Script,  rer.  Franc. 


ITT  OK  l-A  nCOMTÉ  DE  LIMOGES.  Kl 

t  ansn'tdt  dans  sa  capitale,  où  il  retrouva  sur  le  siég« 
«1  Jean  de  VejTac,  réduit  dans  son  impuissance  t 
Ides  maibears  du  pays,  que  ravageaient  dans  tous  lel 
s  baades  indisciplinées  de  Jcan-saus-Terre.  Ces  mer* 
,  Déaa  de  lonle  La  France  méridionale,  venaient 
a  batin  jusqu'aux  portes  de  Limoges. 
*qae  et  le  vicomte  firent  marcher  contre  eux  tous  tes 
«det  paroi&!ies  qu'ils  purent  réunir  et  devant  le»> 
[aclqnrs  bandes  quittèrent  le  pays,  pendant  que  d'au- 
rprÎKs  dan»  la  petite  ville  de  Saint-Léonard,  étaient 
ist  délniites.  L'évéque  entré  dans  la  place  ainsi 
!,  y  reçut,  au  nom  du  roi  de  France,  l'hommage  des 
i  et  des  habitants,  quoique  ceux-ci  dussent  l'oclrni 
s  fnochrses  conamiinales  aux  rois  d'Angleterre,  pen- 
I  le  vicomte  de  Limoges,  continuant  de  poui-suivre 
HDQODS,  CD  faisait  périr  no  grand  nombre  surpris 
e  cblleau  de  Pompadour.  a  Ainsi,  dit  l'auteur  des 
-'— liqac»  manuscrites  de  Linaogcs,  le  sceptre  du  roi  d'An- 
•  Te  cummençail  à  se  briser;  le  duché  d'Aquitaine  ren- 
.;:  MB5  la  domination  de  la  France,  u  Le  moine  qui 
f-nvalt  ees  chroniques  ne  se  doutait  pas  qu'il  fallait  que 
Il  fnace  Inllât  encore  pendant  deux  siècles,  avant  que 
l'Ao^Icterrr  renoncSt  à  ses  prétentions. 

■jui  V,  qui  devait  la  liberté  &  Philippe- Auguste,  s'en  mon- 

tn  nrconcuiiisaot  en  «'attachant  de  tout  son  dévouement 

t  la  politique  de  son  suierain  :  au  lieu  de  ne  songer,  comme 

ton  père,  qu'aux  intérêts  de  l'Aquitaine  qui  s'était  si  loog- 

lF3ip«  isolée  (le  ceux  de  la  France,  il  s'appliqua  à  chas- 

In   Angln-Normands    de    ces   belles    |iossessions   du 

.  i{ue  leur  avait  apportées  Aliénor,  plulAl  qu'ù  leur  ar- 

ri:r  celte  riche  Normaudie  où  la  race  des  Plaotagcnels 

lUit  ea  toa  berceau.  A  partir  de  cette  époque,  il  assista  i 

la  lAM  de  >e>  vusanx  à  toutes  les  conquêtes  de  la  royauté 


HI8T0IRB  DES  VIGOirm 

française.  La  féodalité  commençait  à  comprendie 
déjà,  en  partie  absorbée  par  le  pouvoir  royal,  elle  ne 
vait  conserver  d'influence,  comme  corps  politique, 
se  dévouant  au  représentant  de  l'indépendance  natloi 
Le  vicomte  de  Limoges  eut  pour  compagnon  d'armes 
cette  guerre  Aymeric  VI,  vicomte  de  RochechouarL 

£n  vain  l'Église  chercha-t-elle  à  arrêter  cette  lutte  desdt 
nations  rivales,  en  conviant  encore  le  peuple  à  la  coi 
de  la  Terre-Sainte,  en  réveillant  l'enthousiasme  religi( 
par  des  commentaires  sur  quelques  événements  que 
foule  ne  comprenait  pas,  et  que  le  clergé  de  Limoges 
buait  à  l'alTaiblissement  des  croyances  religieuses,  coi 
la  mort  d'un  bourgeois  de  la  ville  nommé  Pierre  Vital, 
du  pont  de  Saint-Ëtienne,  s'était  précipité  dans  la  Vit 
avec  ses  deux  enfants.  La  mort  subite  d'un  autre,  noi 
Dupcyral,  au  moment  d'un  rendez-vous  criminel  avec 
femme  mariée,  était  aussi  racontée  comme  une  punil 
du  Ciel.  Il  est  bien  vrai,  la  société  de  ces  temps  avait 
d'excitation  au  bien  pour  ne  pas  s'écarter  des  croyani 
qui  font  toujours  la  force  d'une  nation  dans  le  malheurj 
mais  on  éUit  alors  peu  disposé  à  courir  au  loin  à  des  enl 
prises  périlleuses,  à  oublier  la  fortune  de  la  France  sur 
traces  des  compagnons  de  Godefroi  de  Bouillon.  Aussi, 
de  chevaliers  de  la  vicomte  de  Limoges  consentirent  à 
partie  de  la  quatrième  croisade,  que  l'astucieuse  Vei 
entraîna  sous  les  murs  de  Constantinople  où  l'on  oubli 
Jérusalem.  Quelques  vassaux  seulement  suivirent  Geoffi 
de  Lubersac,  qui,  à  son  départ,  confia  l'administration 
ses  biens  à  llaynaud,  vicomte  d'Aubusson  ',  et  reçut  de  h 
à  son  retour,  la  somme  de  mille  quarante-deux  livres  toi 


1   - 

i.  GcofTroi,  i^oifrnriir  dn  I.uhcrsac,  rrAprrg  le  i^eau  de  la  quittance  m| 
ItarebemiD  donnée  tu  ticomto  d'AiibusMn,  Avait  pour  armoirieii  :  un  hM^ 
passant^  sur  un  champ  de  yueuics  ;  année  iSii.  (ii-cA.  de  Lukerêoc.)       * 


i 


i  LA  VICOMTE  i)E  LIMOGES. 
iDl  «les  reveaiis  de  ses  lerres  de  Lubersac,  ( 
■ardoux,  de  Coodal  cl  de  leurs  dépendances'. 
!  de  Limoges  rcsla  sur  ses  terres,   s'occupant  tiaï 
F  Im  tDunilles  de  ses  ch&teaux,  tombés  en  ruines 
[  les  événements  du  dernier  siècle,  ou  détruits  par  , 
e  Henri  U.  La  mfiiue  année,  où  mourut  à  Limogea 
lAndier.  ancieu  ennemi  de  son  père,  et  sénéchal  de 
it-Tcrre,  U  forliOa  le  château  d'Aixe,  qui  devint. 
Jtle  plH«  de»  environs.   Les  constructions  s'éle- 
l' nptdeaient,  gr&ce  k  de  nombreux  ouvriers  appelés 
I  cttléi,  el  surveillés  par  ie«  hommes  d'armes 
nte.  Celte   localité   dressa  bientôt  à  une  grande 
I  doQJr>n  couronné  de  oréneaux  et  de  machj 
,  ef  prolé^  {ur  de  l-irges  Tossés,  C'était  comme  uib| 
[  que  le  vicomte  Jetait  à  l'Angleterre,  el  que  l'Angle*] 
ne  larda  pas  à  accepter,  car  Jean-saos-Terre  irrîtj 
r.t  'i cillât  arec  de  aouvelles  bandes  de  merceuairea 
;.'.<[nières  limites  de  la  vicomte,  en  s'emparau 
'  [  du  cbAleaa  d'Excideuil  [1211). 
Limoges,  malgré  les  ravagea  de  ta  guerre, 
i-<.irc  sa  puissance  morale,  h  la  faveur  de  bK J 
.it'iitail  fA  CortunC.  Les  «umânes  rcmplissaieol 
l;i  piété  des  Sdëles  concourait  à  donner  à  s 
a  «^leodenr  peu  ordinaire.  Quand  des  processioiH 
k  pareoumiecit  la  ville,  on  étalait  aux  yeux  de  14*9 
i  1m  plus  magnifl(|ucs  ornements  presque    toujours 
*  p«r  des  artistes  du  pays  *  ;  U  ohàsse  de  aainl  Mar- 

J  tjMnl'ar  du  Limnuiiu,  AniM  <1e  Bail»,  cil  InrliquA  dam  an 
k  dalnîB  lin,  puai  ilcrtni  l'oflltiBl  4e  LimngH,  «nmiOB  ijMX 
'     •■     -        .  etpédilioQ  couiluile  va  TciTc-5«inti  par  Thilûul, 

M  ih  It  «alliMnln  Toolilmt  qu«  In  rtllftiaut  d« 
■  Sslnt-Mvikl  uNtlAsruI  i  k  pracuiion,  dcui  ireiilro  *ui,  jwr 
M,  «Ikkul  !«•  prircalr,  et.  pcmluit  U  icatchn,  Sùat-Muvtl 
m  U  a«iBt>&ti«init  h  draita.  (C/irtm.  dr  Bernant  TlMer.) 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  SI& 

.'  (IS12).  Od  réformait  la  Iransactiott  faite  depuis  quel- 

anodes  «tec  les  religieux  de  SaiuL-Marlial.  Les  consuls 

pluï  les  hamblcs  protégés  de  l'évoque;  I'abb6  et 

oha]Htre  auarèreDl  à  la  commune,   à  perpétuité,  dix 

rwde  la  mooaaie  de  Limoges,  à  prendre  chaque  année, 

Bi  uns  droit  de  suzeraineté,  sur  le  tuas  de  Saiut-Marlial, 

■ipris  de  l'église  de  Sainte-Valérie.  A  cette  condition 

I  consuls  n'avaient  plus  rien  à  réclamer  de  l'abbaye  pour 

DtKtica  des  murailles  de  la  ville  K  Ëlus  par  le  peuple, 

ifObMhles  de  leur  gestion,  ils  jouissaient  d'une  autorité 

RCraioe,  exerçaient  le  pouvoir  législatif  et  judiciaire,  le 

d'établir  des  imp6ts,  d'organiser  la  force  armée,  ne 

eeraieat  aucun  salaire,  ne  devaient  rien  vendre  à  la  cum- 

mc,  Di  accepter  aucun  présent. 

Le  Ticomle  de  Limoges  cbercbait  aussi  &  vivre  CD  paix 
ne  les  religieux,  en  leur  donnant,  pour  satisfaire  à  quel- 
■1  réclamations,  quarante-trois  sous  de  rente  il  prendre 
ff  loa  flef  de  Cbftlus.  Quelques  grands  vassaux  se  mon* 
■km  autwi  dé»intéressés  :  à  son  retdur  de  la  quatrième 
«ia*de,  GeoETroi  de  Lubersac,  et  Isabelle  de  la  Garde,  sa 
mise,  vendirent  à  l'abbaye  pour  une  somme  modique 
•  terres  qu'il»  posséd:iient  à  Saint-Germain  (1313),  Hais 
an&e  suivauti-,  la  religion  fui  appelée  à  consoler  de  gran- 
n  mi&ércs,  survenues  k  la  suite  de  l'intempérie  des  sai- 
■■,  4e  pinies  si  abondantes,  que  les  inondations  détrui- 
real  jusqu'aux  toit»  de^  maisons  placées  yirH  de  la  Vienne. 
Jean  de  Veyrac  ri.-le%-a  le  courage  de  la  foule  par 
de  cas  cérémonies  qui,  au  moyen  Age,  promettaient 

>  mime  MiD^,  anit  pont  s«ual*  AJsuodre,  Jmo  <]• 
B<wpM*  <!■  Bonnebuuna,  Picm  il  Br4,  UiXie  Haili.ll,  Pi*m 
totm*  S'il*».  Pi«rrs  Moranlii  H  Jtaii  fioli,  qtii  louuiuucnl  tlora 
taaml'abM  4*  S*in-U»rMti.  ISxIratI  d'ua  rrgiUrt  dt  Pfrrr- 
OBI  afth.  tàt  Pau.) 
S.  âMb.  il*  Pta  i  f.  de  la  ueomti,  <*  t4f.  eonnJairt. 


186  HISTmRB  DES  VIGKHITRS 

toi^ours  un  avenir  meilleur.  Il  fit  la  dédicace  de  f< 
de  Saint-Michel  des-Lions,  en  présence  d'un 
clergé,  et  du  vicomte  Oui  V,  dont  les  hommes  d'i 
réunis  alors  pour  résister  à  do  nouvelles  tentatives  de  Jt 
sans* Terre,  entouraient  le  nouveau  temple.  Le  prélat 
sécrateur  profita  de  cette  circonstance  pour  prononcer 
malédictions  contre  les  usuriers,  sans  doute  les 
marchands  lombards,  vénitiens  ou  juih,  en 
depuis  plusieurs  années,  du  commerce  de  la  cit6| 
prêtaient  parfois  à  de  gros  intérêts  aux  moines  de 
Martial.  Les  fêtes  religieuses  se  succédaient  à'  de 
intervalles.  L'église  commencée  dès  ii6i  en  Thonneuc 
sainte  Valérie,  venait  d*être  terminée  ^  L'évêquo  Jean 
Veyrac  en  fît  solennellement  la  dédicace,  à  laquelle  assit 
rent  les  seigneurs  de  la  Marche,  qui  faisaient  porter  ûi 
leurs  bannières  les  restes  de  la  vierge  martyre,  conseï 
jusqu'alors  dans  leur  fief  de  Chambon  (1312).  On  ai 
aussi  aux  mêmes  honneurs  les  reliques  de  saint  Vai 
l'ermite  du  mont  Bernage,  et  celles  de  saint  PardouZi^ 
cénobite  de  Guéret.  Le  moyen  âge  élevait  des  templaa 
ses  saints,  comme  les  temps  modernes  des  statues  A  lei 
grands  hommes.  La  plupart  des  temples  ont  été  déti 
mais  le  souvenir  des  favoris  de  Dieu  vit  encore,  tai 
que  les  statues  brisées  ne  laissent  presque  rien  derrij 
elles  :  élevées  trop  souvent  par  les  partis  politiques,' 
politique  les  a  renversées. 

Cependant  Jean-sans-Terre  venait  de  reparaître  en 
taine  avec  un  grand  nombre  de  chevaliers  d'Anglel 
de  Normandie  et  de  Gascogne,  pour  imposer  sa  suzeraine 
au  Limousin  et  pour  se  venger  du  vicomte  et  de  l'éi 

i.  Cette  éffliito,  bAtic  dans  le  lieu  m<^mo  où,  d'après  la  iradîtioD,  la 
mièro  martyre  de  T Aquitaine  fut  décapitée,  fat  douuée  vi  1S96  aax 
oolleti. 


À 


ET  DE  U  VICOîHTÊ  DE  LIHfiGES.  2S7 

Il  déclarés  pour  Pliilippe-Angosle;  la  loup  d'Aixe, 
•eonilr»i(«  pnr  le  TJcomtc  de  Limoges,  fïit  la  pre- 
«et prise,  avec  le  chMeau,  malgré  les  troupes 
V,  ^  jierilît  hienlAl  d'autres  places  (1214).  Fier 
binnilié  son  vassal,  el  pour  le  réduire  à  de  pins 
miles,  it  a'achi^miiia  vers  Limoges,  dans  le  but 
B  i  l'épreoTo  la  Tidélité  des  habitants.  Le  vicomte, 
était  renrermé,  voynnl  les  bourgeois  disposés  à  ou- 
:  portes,  s'empressa  d'en  sortir.  Toute  la  colère 
nus-Terre  s'exerça  contre  l'évéque,  qui  fut  dé- 
<lc  Ions  ses  biens.  En  rain  Innocent  m  écrint  an 
Brune  lettre  pleine  de  menaces  el  de  reproches, 
Voync,  obligé  de  quitter  son  siège,  partit  pour 
âne,  et  njoorut  exilé  dans  la  ville  d'Acre  en  ISIS  '. 
mooir  contre  de  nouvelles  altaques  de  Pliilippe- 
,  Jwo-sanî-Terre  ordonna  aux  habitants  de  répa- 
miltos  et  d'y  placer  à  la  bûle  des  machiues  en 
■d,  BOD  frère,  dont  le  courage  et  la  témérité 
^Itn  à  ISiise  en  rase  campagne,  avait  fait  abattre 
t»  fortiUcationf  ;  lui.  ao  contraire,  aimait  tes  pht- 
r,  pour  y  caclier  A  l'occasion  sa  lâcheté  et  sa  honte. 
HAogmte  ne  larda  pas  à  lancer  son  fils  sur  le  Midi: 
I  fwtcafscs  en\-nhii-ent  les  possessions  anglaises 
do  U  Loire  et  coururent  jusqu'il  la  Vienne.  Le  roi 
I  prit  ta  fuite  devant  le  jeune  Cœur-de-LtoRt 
en  son  pouvoir  plusieurs  châteaux  qui  se  rendirent 
bp  férir.  Le  r.iinquear  entra  dans  Limoges  sans 
e,  cooBrma  Im  anciens  privilèges  de  la  tïHc,'  sans 

k  tanW  t  rtvhpio  S«brud  (Hlàhal.  I!!  Mit  n4 1  Vrrne.  iWi  il  fit 
»ai«'M  «ett  vaeon  dim  «Ita  huurg*n«.  [U*I.EC  ;  TAr.  rtf  Saint- 
to.)  On  tnuiip.  lur  !■  trmMim  <l»  rtHii  comiavue  iii|eli]iici  rctU» 
4s  Drail,  faiwl^  en  II  Jt  par  Ibnu)[iha  in  Nieul,  tliM  du  Dunl. 
■4  ■HitfM  en  Aire  vm  Mpcnduii»  deRReMU,  mii*  f«bM  Je 


SB8  HI8T0IRB  DES  VIGOUIBB 

nuire  à  ceux  da  vicomte,  qui  faisait  caïue  oonunB^  ^i^ 
lui;  il  combla  le  clergé  de  ses  muoiflcences,  Yéiitf"WLm 
sa  piété  dans  ses  stations  au  tombeau  de  saint 
objet  de  vénération  pour  tous  les  princes  qui  vttmia^^ 
Limoges.  De  nouvelles  fortifications  furent  coastruitaiij^^ 
ses  ordres,  pendant  que  le  vicomte,  son  fidèle  alliii  ^t^^ 
nissait  des  troupes,  chassait  le&  Anglais  des  châtesm  f 
la. Porcherie,  de  Rosiers,  de  Chalusset  et  de  la  ci 
d'Aize,  après  que  cette  dernière  eut  soutenu  un  ûégs 
neuf  semaines  (1216).  Tout  le  pays  fut  bientôt  soumis, 
habitants  de  Limoges  étaient  loin  cependant  de  méril^ 
les  bonnes  grâces  du  prince,  car  en  ouvrant  leurs  poilp 
à  Jean-sans-Terre,  ils  avaient  oublié  que,  deux  ans  au| 
ravant  (mars  1212),  Philippe-Auguste,  voulant  faire 
leur  ville  une  place  de  guerre  du  Nord  contre  le  Midi,  Inf 
avait  accordé ,  comme  commencement  d'exécution  4ft 
traité  fait  à  Saint-Yrieix  avec  le  vicomte,  des  lettres  fir 
tentes,  par  lesquelles  il  les  prenait  sous  sa  protection  et  i|^ 
sauvegarde  ^  Il  avait  aussi  promis  à  la  bourgeoisie  de  ly 
jamais  livrer  la  ville  à  l'étranger.  Lpujp  VIII  conûrjcna  ifiHif 
ces  engagements  par  de  nouvelles  lettres  patente!,  poli- 
tique habile  qui,  en  favorisant  l'éléinent  démocratique  \ 
dans  de  sages  mesures,  donnait  à  la  royauté  plus  de  force  i 
contre  la  féodalité  et  contre  TAnglelerre. 

La  présence  du  jeune  prince  à  Limoges  y  fit  renalM 
l'ordre  et  la  conGaucc  ;  le  commerce  et  l'industrie  y  x^ 
trouvèrent  leur  ancienne  prospérité  ;  les  nombreuses  co^  | 
poralicns  d'ouvriers  se  donnèrent,  par  des  statuts,  une  ' 
organisation  régulière.  De  belles  productions  artistiques 
sortirent  des  ateliers  des  émaiiicurs  et  des  argentiers;^ 
d'habiles  architectes  construisirent  de  riches  habitatiofi^ 

1.  m  Neque  nos  ipum  civiutem  de  maau  uottra  remoTôbûniu.  •  (iroà.  I! 
de  Pau  :  F.  de  la  vicomte  de  Limoges,  ii»  517.) 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  289 

^  ks  chefs  de  la  noblesse  qui  avaient  des  vigueries 
il  Tille  <. 

>  hommes  da  Nord  qui  passaient  par  Limoges,  en 
(  1  h  croisade  contre  les  Albigeois,  y  suscitaient  un 
■Nasme  religieux  dont  le  clergé  sut  profiter  pour 
f  les  mines  de  ses  édifices;  Raymond  Oaucelin,  abbé 
io(*Hartial,  qui  avait  voulu  renoncer  à  sa  dignité, 
qall  ne  pouvait  soumettre  ses  religieux  à  la  disci- 
et  que  Tabbaye  était  presque  en  ruines,  reprit  cou- 
ement  son  rôle  de  réformateur,  rétablit  la  fortune 
(re,*  paya  tontes  les  dettes,  fit  construire  une  magni- 
oaison  abbatiale,  et  orna  les  galeries  intérieures  de 
enses  statues,  qui  passaient  pour  les  plus  belles  de 
K  Sa  suprématie  était  partout  acceptée  de  ses 
de  fiefs;  le  vicomte  de  Limoges  était  le  premier 
Taire  Thommage.  Mais  en  faisant  reconnaître  sa 
neté  aux  vassaux  de  TÉglise,  il  se  soumettait  à 
le  Louis  VllI,  en  lui  fournissant,  pour  les  besoins 
croisade  contre  le  comte  de  Toulouse,  deux  cents 
riers,  que  demandait  le  roi,  en  sa  qualité  de  duc 
taine. 

s  Vil!  partit  de  Limoges,  suivi  de  plusieurs  moines 
rbevalicrs  qui  tous  espéraient  bien  s'approprier  les 
lies  lies  riches  provinces  -du  Midi.  On  distinguait 
*urs  rangs  un  des  plus  illustres  du  pays,  Guérin, 
er  de  Saint-Jean-de-Jérusalem,  et  chancelier  de  son 
Le  vicomte  de  Limoges  partit  aussi,  avec  son  contin- 

n  b  rlir>'iiiiijii«»  de  Bcrunrd  Ythier,  le  »éii(^chal  de  la  Marche  fit 
t  a  Lnii'V^'-'  piu>i»:ur!*  tK:ile<  maisons,  reuferma  de  murailles  la  for- 
iMTTiaj-V  Al  Bonne,  ai  au  moyeu  d'ua  souterrain  la  mit  eu  commu- 
vctiz  la  Tilie. 

i  ïUtues  cuùtêreut.  dit-on,  20,000  sou«,  et  la  maison  abbatiale 
im»  ;  sommes  dnormcs  pour  ce  temps.  (Baluze  :  Misceli,,  t.  4, 

L  19 


89a  HISTOIRB  DES  VICOIITES 

gCDt  d'hommes  d'armes,  après  être  vena  à  SaiM*!^ 
rendre  les  derniers  devoirs  à  sa  mère,  qui  moorat  M 
reuse  des  exploits  de  son  fils,  elle  qui,  après  avoir  Ml 
gage  de  paix  entre  Limoges  et  les  princes  norniandsi  % 
vu  ses  affections  d'épouse  et  de  mère  froissées  pM 
entreprises  d'Adémar  V.  .g 

Après  la  mort  de  Louis  Vin,  Gui  V,  qui  avait  aidï 
ses  derniers  moments,  se  hâta  de  revenir  à  Linjl 
pour  mettre  ses  intérêts  à  l'abri  des  éventualités  dV 
veau  règne.  Louis  IX,  qui  dès  son  enfance  préludaÉ 
gloire  d'un  saint,  trouvant  dans  sa  mère  rexem|| 
toutes  les  vertus,  venait  de  ceindre  la  couronne.  Laj 
pacifié  par  le  père,  se  tourna  vers  le  fils,  attendant  i 
la  paix  et  l'ordre  et  une  politique  qui  devait  avoilrij 
base  le  respect  de  tous  les  droits.  Cette  partie  il 
France,  toujours  remuée  depuis  Charlemagne  pt 
aspirations  d'indépendance,  troublée,  meurtrie  pi| 
tentatives  de  réformes  dans  ses  croyances,  espérait^ 
poser  sous  le  sceptre  d'un  sage.  è 

Limoges  parut  s'attacher  à  cette  nouvelle  royauté 
administration,  aristocratique  avec  sa  noblesse,  boui| 
avec  ses  consuls  et  ses  marchands,  théocratique  afd 
prélats  et  ses  chefs  d'abbayes,  ne  se  laissa  point  eak 
daas  la  ligue  des  barons  révoltés  contre  Blanche  de  Ci 
L'évoque,  l'abbé  de  Saint-Martial,  dont  les  prédéoil 
avaient  aussi  bien  porté  le  glaive  que  la  crosse,  et  afi 
plusieurs  grandes  familles  enrichies  par  le  comU 
entrées  récemment  dans  les  rangs  de  la  noblesse^ 
faveur  des  dernières  révolutions,  tous  s'empressèrf 
reconnaître  Louis  IX  comme  duc  d'Aquitaine.  D'ailll 
noblesse,  puissante  par  ses  privilèges,  aurait-c^U», 
faire  cause  commune  avec  les  barons  de  la  ligue,  qn% 
aurait  été  empochée  par  les  consuls,  véritables  som 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  29i 

démocratie  dans  toutes  les  villes  murées  de  cette 
I  et  qui,  fatiguées  des  luttes  des  grands  vassaux, 
Ukt  à  Tenvi  dans  les  bras  de  la  royauté.  Gui  V,  mal- 
relations avec  les  comtes  de  la  Marche,  fut  contraint 
er  les  lettres  par  lesquelles  nobles,  bourgeois  et 
de  Limoges  s'engageaient  à  défendre  Louis  IX,  à 
ivers  et  contre  tous  ^  On  n'était  déjà  plus  au  temps 
osant  comme  les  pairs  des  vicomtes  de  Limoges, 
leurs  de  La^tours,  de  Pompadour^  de  Bonneval,  les 
le  Bré  et  les  vicomtes  de  Rochechouart  procla- 
ue  «  leurs  fiefs  ne  relevaient  que  de  Dieu  et  de  ses 

»e  elle-même,  dont  Tévêque  et  l'abbé  de  Saint- 
taient  toujours  les  hauts  représentants,  se  sentait 
ï  à  la  décadence  de  son  pouvoir  féodal  ;  mais  elle 
lintenir  son  glorieux  privilège  de  parler  au  nom  de 
r  rédification  des  populations,  et  pour  l'accomplis- 
jes  devoirs  religieux  :  venant  en  aide  à  tous  les 
3ublés  par  les  nouvelles  doctrines  prôchées  dans  le 
clergé  de  Limoges  contribua  de  tout  son  ascendant 
)ppementdes  sociétés  mystiques  qui,  par  l'exemple 
ireté  des  mœurs  et  par  la  prédication,  entrèrent 
it  en  champ  clos  contre  l'hérésie.  Les  disciples  de 
minique  vinrent  dans  ce  but  s'établir  à  Limoges, 
dant  que  les  aumônes  des  fidèles,  ou  les  munifi- 
e  la  royauté,  leur  eussent  préparé  de  vastes  logé- 
es religieux  firent  leurs  cérémonies  dans  la  petite 
Sainte-Félicité,  alors  située  près  du  pont  de  Saint- 


.  de  Philippe-Auguste,  ap.  Script,  rer.  Franc, 
église   dédiée  à  la  sainte  Trinité,  selon  k  tradition,  par  saint 
ait  ét^  incendiée  eu  1105,  reconstruite  quelques  années  après, 
jourd'bui  d'habitation  à  de  pauvres  onTrien. 


S92  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Après  eux,  Antoine  de  Padoue,  annonçant  à  l*Bglise  di 
grandes  épreuves,  envoya  aussi  à  Limoges  quelques -uns  ii 
ses  frères  (1226)  qui,  nouveaux  apôtres  du  christi 
armés  de  la  parole  pour  sa  dérense,  efflrayèrent  de  l 
éloquence  et  de  leurs  austérités  le  luxe  et  tous  les  dér 
ments.  Les  Frères  Prêcheurs  obtinrent  que  les  femmes 
Limoges  ne  se  couvrissent  plus  la  tête  que  des  cha 
qu'elles  portaient  autrefois,  au  lieu  des  belles  coiffes 
pesées  qu'elles  avaient  adoptées  depuis  peu. 

Oui  V  vit  la  plus  grande  partie  de  ces  changements 
l'ordre  politique  et  dans  l'ordre  religieux,  sans  que 
puissions  dire  la  part  qu'il  put  y  prendre.  Il  était  vieux 
fatigué  de  ces  longues  luttes,  quand  la  douleur  qu'il  t 
tait  de  la  mort  d'Adémar,  son  fils  atné,  arrivée  vers  1 
le  conduisit  au  tombeau  ^  II  fut  inhumé  à  Saint-Mi 
laissant  pour  enfants,  nés  de  son  mariage  avec  Erm< 
garde  *,  Gui  VI,  qui  lui  succéda,  et  Marguerite,  mariée 
Aimeric  VIII,  vicomte  de  Rochechouart. 


1.  lUiier  :  Chron,  de  Saint-Marim,  —  Art,  de  vérifier  ies  daiet^  i. 

2.  Ermengarde  mourut  rere  1268. 


i 

4 


ï 


r  ET  DE  LA  YICOMTH  DE  UÏIOr.ES-  263  H 

OU  Tl,   TICOVTE  DE  LIHOGES,  ET  LOUIS  IX,   ROI  DE  FRAKCE 

S^olui*  lirt  iI.rnLiT)  i^Tânninenu.  —  Réputation  du  mooutère  de  Grand- 
ait'S\.  —  lUiniic  i]>-i  religieui,  ealmi^  pir  l«  p*pe-  —  Gui  de  Combom, 
ufludiic-T  ri  lo  <li>i:iplci  dfl  uiul  U'iminique.  —  Nota  tur  le  couraot  de 
[Il  onb-'.  —  S.'^iii  Aiiliiiue  (le  PKdaiie)  sci  prédicntious  et  ie>  prMictioni. 

—  6bi  VI  NLklilil  1>  p*ii  «Dire  l'iTèipie  et  l'abbé  de  Siint-Mirtial  ;  M 
m»n  A  ATiK«aa.  —  Gui  VI  el  u  m^re  Ermeagarde.  —  Il  preud  l'admi- 
vulntiM  et  b  TirantU.  et  «fctége  it»  chtleaui  de  Bri  el  de  Courbeiy.  — 
kM*  m>t  h  tannuie  d«  Br4.  —  Louis  IX  nomme  ua  téaéchil  duii  la  dio- 
ttarn  do  Limo|^.  de  Cibur*  el  de  PJrigueui.  —  Gui  VI.  cholii  comms 
tfWn  foi  l*  OMomune  de  Rrive  el  le*  leigiteurs  de  Turenoe.  —  Q 
rifsl  tMît  Q  ■!  BUdgIk  de  Culiila  k  Limogei.  —  Noie  lur  le  couml 
4«  jKobiBL  —  TiuiurUod  entre  l'abbé  de  Saint-Martial  et  Gui  VI.  — 
l<  W'IutE  du  Limousiu  il  U  pienùtre  croisade  de  laJDt  Louis.  —  Gui  VI 
:'..^i   ..    i  ,"i  ,1  \l|ilir>tiee   di  Cailille.  —  Jugement  rendu  par  l'éiêque 

'iiLi>  de  Riichecbouarl,  et  Gui  VL  —  Dïfféreadi  enlrs 

'  :  .  >  '  >k'  Saint-Martial.  —  Louis  IX  teititue  let  pnriinee* 

r"-j    I-  Jr.i.,--jri«-T«rTe,  —  Hinri  111  à  Grandmonl  el  k  Limoge». 

—  Hotilll^  Fnlrt  Gui  VI,  l'ibbé  de  Sainl-Marliil  et  le>  boargeoii.  — 
Ba  VI  ricbiM  In  dooaire  de  a  «lur  Marguerile,  et  aiùége  te  eUttMD 
*  twtJtgkj  H  mort  à  BnuiUme. 

Le>  premières  gaeires  entre  les  PlanUgenets  et  les  Capé- 
Ikn*,  pWwiaDt  lesquelles  il  y  eut  ea  jeu  |iltis  de  passions 
ytnoooeUes  que  d'inlérCls  généraux;  ie  Qot  des  popula- 
faM  do  Nortl  débordé  mr  les  provinces  méridionales,  à 
roccuÎQD  de  la  guerre  contre  les  Albigeois;  les  luttes  des 
r*itKlt  vas^ui  entre  etjx,  ou  contre  la  royauté,  tous  ces 

i-nemeuts  STaieiit  eu  pour  résultat  de  grandes  modiflca- 
:  -Qf  daD«  l'ordre  social;  les  ioslitutions  politiques,  les 
CToyiaces  rcligieuseï,  uns  s'écarter  des  dogmes,  étaient 
tsMes  daos  de  noiiTcUes  Toies  de  progi^s  pour  la  satisfac- 


m  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

tioQ  de  nouveaux  besoins.  Le  peuple,  appelé  à  combattre 
dans  un  parti  ou  dans  l'autre,  avait  fini  par  comprendn 
qu'il  ne  devait  pas  être  toujours  asservi  à  des  ambitioni 
rivales,  et  puisqu'il  en  faisait  la  force,  qu'il  devait  aussi  ea 
recueillir  quelques  profits  :  aussi  commençait-il  à  se  mon- 
trer impatient  de  liberté,  ne  cachant  ni  ses  aspirations,  ni 
sa  baine  contre  tout  ce  qui  contrariait  ses  passions  ou  lei 
intérêts.  La  féodalité  s'était  affaiblie  par  ses  résistances  aa 
pouvoir  royal;  TËglise  elle-même  pouvait  craindre  d'èln 
entraînée  à  une  rapide  déchéance  par  les  nouvelles  idées 
nées  dans  ses  rangs,  et  audacieusemcnt  exploitées  par  dei 
novateurs,  qui  en  poussaient  les  conséquences  jusqu'aux  hé- 
résies les  plus  contraires  à  Tordre  social;  aussi  en  fut-elle 
profondément  émue,  et  avec  elle  la  noblesse  et  la  boor- 
geoisie.  Limoges,  la  ville  par  excellence  du  catholicisme, 
le  sanctuaire  vénéré  des  reliques  d'un  grand  nombre  de 
saints,  avait  vu  la  première  son  clergé  s'émouvoir  au  bruit 
des  prédicants  des  Albigeois;  ses  vieilles  basiliques  avaient 
retenti  des  cris  d'alarme  des  prêtres,  des  moines  et  des 
abbés,  qui  tous  s'étaient  faits  les  soldats  de  saint  Domi- 
nique, entraînant  avec  eux  plusieurs  des  barons  du  pays*. 
La  masse  du  peuple,  ne  comprenant  pas  ce  que  les  doc- 
trines nouvelles  avaient  de  dangereux  pour  la  société,  n'y 
avait  vu  d'abord  qu'une  révolution  de  moines,  en  désac- 
cord avec  leurs  supérieurs,  décidés  à  leur  résister.  Ce  qui 
s'était  passé  à  Grandmont  était  bien  fait  pour  égarer  l'opi- 
nion du  vulgaire.  Cet  établissement,  comme  nous  l'avons 
déjà  dit,  avait  été  comblé  des  munificences  des  rois  d'An- 
gleterre et  de  France.  L'enceinte  était  trop  étroite  pour 
contenir  la  foule  des  pénitents  illustres  qui  venaient  y 

I.  «...  Gui  (le  Carmen  (^i  lou  vicomto  de  Toureuc,  l'evcaque  do  LimogM* 
Bertrand  de  Cardaillac,  tiU  de  (îordon,  et  si'igiuMir  de  Castcliiau,  lou  qualf 
monade  touU  les  de  Quercy.  »  [Chron,  romane  de  /a  guerre  des  itAtî^eoiir.) 


ET  DE  LA  VTCOHTË  DE  LIMOGES.  395 

prCDâre   l'habit  religieux,  et  le  pavé  de  sa  basilique  ne 

lofGsail  pluB  à  toutes  les  dépouilles  de  grands  et  de  prioces 

^  deœandaieat  ft  dormir  leur  dernier  sommeil  sous  les 

6Mvg  de  ia   nef  et   du  sanctuaire.  Aymeric,  vicomte  de 

Rochechonart,  les  vicomtes  de  Ventadour,  Hugues  II,  comte 

it  la  Marche,  et  une  foule  de  seigneurs  de  ce  temps,  après 

iTOit  mené  une  vie  plus  ou  moins  orageuse,  étaient  venus 

passer  à  Grandmont  dans  la  pénitence  les  derniers  jours  qui 

leur  restaient'.  Le  roi  des  gais  troubadours  de  son  siècle, 

Ikibaud  tl,  comte  de  Champagne,  également  fameux  par 

sfs  qualités   chevaleresques   et  par  son  amour  dédaigné 

|ioar  Blanche  de  Castille,   ne  devait  pas  tarder  à   venir 

iussi  eu  pèlerinage  au  célèbre  moutier  des  montagnes  du 

Limousin. 

Le  peuple,  comme  nous  l'avons  dit,  n'avait  pas  toujours 
étêidiBé  par  les  moines,  forçant  quelquefois  leurs  supé- 
rieurs k  aller  cherclier  auprès  du  saint-siége  la  sauctiOD  de 
lear  autorité.  Ceux  de  Grandmont,  apprenant  qu'Aymar, 
leur  pricor,  était  mort  en  revenant  du  concile  de  Latran, 
«h  il  était  allé  demander  au  pape  des  ordres  positifs  pour 
iDtroduire  la  réforme  des  mœurs  et  de  la  discipline  dans  le 

1.  Aymeric  Vlil,  comme  on  1'»  déjà  m,  avait  épousé  Marguerita  do  Li- 
"■■l'Çri,  dam?  de  Saint- Laurent,  flUo  de  Guï  V,  qni  recuetllll  île  l'hérilngo 
M  hiD  pèK  In  forteressea  de  Gnrre,  Oradour,  Cusaac,  CuBnret,  Cbampiiier, 

'.mil  ds  Tren  et  la  mailié  du  domaine  de  Marval.  Elle  mourut  quatorze 
I-  apr«a  uitt  mari,  en  1259,  laissant  après  elle  une  réputation  de  grandes 
>  -lui,  et  i^it  enterrée  au  conTeut  du  CMleoel,  auprès  de  aoa  mari.  Voici 
'1  épitaphe.  Iraduile  du  latin  : 

iT  Ici  r^pcita  U  bonne  Marguerite,  précieuse  pour  son  pays,  épouse  heu- 
viii'i,  pleiae  de  charité  pour  les  pauvres,  simple  et  humble  avec  le^  petite, 
'  iiFtchaut  peu  la  Kic^iétë  des  grands  ^  prudente,  discrèlo,  giaéreuse,  riche 

ira  a  dit,  ce  qui  ne  paraît  pas  admissilile,  d'après  le  lieu  de  sa  sépulture, 
'Ik  épousa  en  secondes  noces  Archambaud  1",  comte  de  Pérïgordi  à  moine 
':'i''  aa^ant  pas  eu  d'enfanU  de  cette  union,  elle  eût  demandé  de  reposer 
''■il'it  de  son  premier  mari.  Les  principales  dispos^ïtious  de  son  couttal  de 
vanige  nec  Ajmeric  VIll  uni  relatées  dans  us  acte  postérieur  t  l'occaiiou 
ftapnete.  {Arch.  de  Pau  :  F.  de  la  vieomti  de  Lintogts.) 


à 


S96  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

riche  monastère,  s'étaient  mis  en  pleine  révolte.  Le  pré- 
texte de  C3S  troubles  avait  été  l'interprétation  d'un  des  pié-. 
oeptes  du  fondateur  de  l'ordre,  qui  avait  défendu  au  rai- 
gieuz  de  posséder  des  terres  éloignées  :  on  en  demandait 
depuis  quelque  temps  l'abrogation,  parce  qu'il  mettait  dei 
limites  aux  richesses  territoriales  de  rétablissement.  Miii 
les  moines,  ne  voulant  pas  revenir  au  temps  des  abnéga- 
tions, s'insurgeaient  contre  la  règle  qui  mortifiait  l'âme  et 
le  corps,  ne  rêvaient  plus  de  la  morl,  mais  des  plaisirs  da 
monde,  et  voulaient  la  liberté  d'examen  et  l'indépendanee 
personnelle.  Le  pape  n'eut  raison  des  factieux  qu'en  kor 
imposant  strictement  l'obéissance,  sous  peine  d'être  cbts- 
sés  avec  ignominie. 

Fidèle  aux  traditions  de  ses  divines  institutions,  l'Élise 
pouvait  encore  se  faire  respecter  en  imposant  des  châti- 
ments spirituels.  Mais  les  temps  de  la  force  matérielle  n'é- 
taient pas  loin.  Les  nouvelles  doctrines  avaient  trop  remaé 
les  passions  dans  le  domaine  des  croyances  catholiques, 
pour  que  la  lutte  contre  les  sectaires  n'eût  pas  ses  sao- 
glantes  péripéties.  Pour  combattre  l'hérésie,  qui  ne  mena- 
çait pas  seulement  les  institutions  catholiques,  mais  la 
société  elle-même,  le  catholicisme  trouva  dans  ses  rangs  de 
courageux  apôtres.  Les  éloquents  disciples  de  saint  Domi- 
nique reçurent  à  Limoges  une  hospitalité  empressée.  Gui 
do  Gomborn,  archidiacre,  mit  à  leur  disposition,  près  du 
pont  de  Saint-Michel,  quelques  bâtiments  où  furent  bientôt 
construits  un  vaste  couvent  et  une  église  dont  il  fit  la  dédi- 
cace. On  y  ajouta  bientôt  après  des  terres  dans  la  paroisse 
de  Saint-Michel-de-Pistoric.  Un  chanoine  du  Dorât  eut  assez 
d'influence  sur  les  bourgeois,  à  qui  appartenaient  ces  terres, 
pour  obtenir  qu'ils  renonçassent  au  prix  de  vente  *. 

1.  Le  couvent  de  Saiui-Dominique,  à  Limons,  fut  le  cinquième  de  la  foo- 
dtUoQ  de  l'ordre.  Après  s'être  établi:!  à  la  Croix-de-Maoi^e,  les  religieux 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  2*1 

Le  chapitre  de  Saint-Martial  ne  montra  pas  le  même 
désintéressement;  les  fils  de  saint  Dominique  ne  lui  firent 
accepter  leur  institution  qu'en  lui  payant  une  rente  pour 
prix  de  quelques  concessions  de  terrain.  A  côté  s'établirent 
imsi  les  Frères-Mineurs,  conduits  à  Limoges  par  saint 
A&loioe  de  Padoue  (1223)  qui,  dans  les  élans  de  sa  foi, 
trouvant  de  sublimes  inspirations,  semblait  lire  dans  l'ave- 
nir, en  annonçant  au  monde  catholique  des  épreuves  pro- 
chaioes,  à  ta  noblesse  la  ruine  de  son  influence,  au  peuple 
des  jours  de  repentir,  à  tous  i'cspialion  des  Taules  du  passé. 
Debout  sur  les  vieilles,  tombes  du  cimetière  de  Saint-Paul, 
le  précurseur  de  Savonarole  malLrisait  !a  foule  par  son  élo- 
quence et  l'inclinait  au  repentir.  L'enlbousiasme  fut  si 
pund,  le  peuple  était  si  ande  de  l'entendre,  qu'à  l'heure 
oti  l'apûtre  devait  prêcher,  tout  travail,  tout  négoce  cessait. 
I  —  ■  Un  jour,  disent  les  chroniques,  un  peuple  immense  se 
pressait  autour  de  lui;  sa  voix  prophétique  luttait  contre  le 
bmit  du  tonnerre  el  des  vents  déchaînés;  d'épais  nuages 
courraient  la  ville;  on  se  disposait  h  fuir  l'orage,  quand  le 
uint  retint  la  foule  effrayée  en  lui  disant  qu'il  resterait  à 
l'abri  de  la  tempête,  La  pluie  tomba  par  torrents,  et  il  n'en 
lut  pas  atteint.  •  Quand  l'orateur  avait  assez  remué  de  ses 
lamentations,  de  ses  menaces,  ce  pauvre  peuple  de  serfs, 

I  d'artisans  el  de  bourgeois,  il  parcourait  les  campagnes, 
prtebaQt  la  pénitence  dans  les  manoirs  de  la  vicomte,  chez 
tes  seigneurs  de  CbAleauneuf,  de  Rocbechouart,  de  Pom- 
padour,  de  flofflgnac  et  d'autres  :  interrogé  sur  la  durée  de 
la  puissance  féodale,  il  leur  répondait  avec  l'assurance  de 

I  l'initié  aux  volontés  divines  :  <  Encore  trois  générations, 
et  TOUS  ne  serez  plus  les  maîtres  ;  la  féodalité  tom- 
bera le  jour  où  la  religion  n'aura  plus  sur  les  âmes  sa  saiu- 


i    kL.Ml_ 


 


IM  HISTOIRE  DBS  YICOHTB 

taire  influence  ^  >  Ces  sinistres  prophéties  poavaient  bien 
contribuer  à  modifier  Tétat  social  dans  certaines  classeï, 
mais  n'avaient  pas  suffi  pour  mettre  un  frein  aux  passion 
des  grands  vassaux  et  du  clergé,  dont  les  dignitaires  se  Aw 
putaient  certains  privilèges  inhérents  à  leur  dignité  oa  à 
l'autorité  des  congrégations  dont  ils  étaient  les  chefs. 

Au  moment  où  saint  Antoine  de  Padoue  blAmait  le  relft* 
chement  des  mœurs,  prêchait  la  pénitence,  menagait  II 
société  tout  entière  de  la  colère  divine ,  de  grands  scta- 
dales  nés  de  prétentions  contraires,  survenues  entre  Bernard 
et  Savène,  évèque  de  Limoges,  et  Guillaume  de  Janssac, 
abbé  de  Saint-Martial  (4225),  étaient  sur  le  point  de  mettre 
les  armes  aux  mains  des  deux  partis,  quand  le  vieox 
vicomte  de  Limoges  fit  accepter  un  compromis.  Ce  fut  la 
dernière  intervention  de  Gui  V  dans  les  événements  de 
l'époque,  car  il  parlit  quelques  jours  après  pour  la  guerre 
contre  les  Albigeois,  el  si  pauvre  que,  pour  faire  les  ftws 
de  son  voytige,  il  avait  cédé  pour  trois  ans,  en  garantie 
d'un  emprunt  de  trois  mille  livres,  l'exercice  de  fous  les 
privilèges  de  juridiction  qu'il  pouvait  avoir  sur  la  ville  de 
Saint-Léonard ,  et  cela  au  profil  dos  bourgeois  de  cette 
commune  qui  s'armaient  contre  Gui  do  Noaillac  et  le 
seigneur  de  Montbrun ,  associés  pour  détruire  les  fran« 
chises  municipales  reconnues  par  Ici  rois  Philippc-Augusta 
et  saint  Louis  ^.  La  démocratie,  attachée  aux  libertés  com- 
munales, était  alors  aussi  disposée  à  les  défendre  contre  lei 
prérogatives  de  l'Kglisc  quo.  contre  l'omnipotence  féodalCf 

1.  Cette  proiihctio  s'aoci>iii|ilit  <l.-iii«  les  {ireinitres  .iiiutro:^  ilu  xvil*  iivclo 
pour  la  m'\is<iii  <le  CliMteAUihiif,  dont  lo  deriiier  membre,  boiteux  et  hufnw- 
iiot,  mourut  «Aus  i)ii>t(^rit<;.  Sou  cliÀteAU  ut  ft^*  teri-ei^  furent  |>artagé«  en\x% 
]ilusieurs  bituiymis  ili>  Limoi^'cr*.  H  avait  oublié  «jue  ses  ancêtres  avaient  toiH 
jour»»,  par  leur  tcstnnieiitj  onionnr  à  leurs  sueerssf'uw  tle  fournir,  tnu*  1m 
ans.  une  robe  nmvt'  à  eli.iruu  tics  fnn"  niinrurs  de  Limo^'o.  ^Te.^  tau  eut 
de  Jean  de  Châteauueuf.  l.'UO;  an/t.  t/e  Pou  :  F.  rte  la  vicomte  de  Limogffm) 

2.  Ihid. 


ET  DK  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  199 

|nei  aDné«s  auparavant,  vojant  ses  intérfits  com- 

ins  quelques  différends  suirenua  entre  Gu(  V  et 

^  le  peuple,  soit  qu'il  eOt  plu&  &  perdre  d'un  cAté 

k'nilre,  vrùt   pillé  et  ravagé  les  propriétés  de  la 

'  F,  surtout  les  terres  situées  prés  de  l'église  Saint- 

■  punir  les  révoltés,  les  religieux,  d'accord  avec 

bourgeois,  et  par  les  conseils  d'Ëlie  de  Oimel, 

,  enlevèrent  par  surprise  les  reliques  de 

1,  et,  a»  milieu  d'un  grand  concours  d'habitants, 

ent  en  triomphe  dans  la  cathédrale. 

^laît  mort  au  siège  d'Avignon,   en  monlanl  le 

%  Vtanat  :  Gui  VI,   son  lils,  qui  lui  succédait, 

!ore  qu'un  enfant.  Ermengarde,  sa  mère,  gouverna 

Ité  eo  son  nom,  et,  comme  Blanche  de  CaslUIe, 

Respecter  son  autorité,  en  se  montrant  courageuse 

'contre  les  bourgeois  de  quelques  petites  localités 

de  ITDtcrvention  du  pouvoir  royal  dans  le  Midi, 

Dt  les  anciens  privilèges  dont  s'était  fait  le  pro- 

oois  IX ,   qu'on  peut  bien  appeler  le  père  des 

1.  Ainsi  la  petite  ville  de  Saint-Front- la-ftivière, 

^ors  de  la  vicomte  de  Limoges,  se  sentant  son- 

•  les  comtes  de  l'érigord,  et  réclamant  hautement 

lyanchises,   menaçait  de  recourir  à  la  révolte. 

rde,  après  de  vaines  tentatives  de  conciliation,  et 

nt  recourir  îi  la  force ,  crut  qu'il  était  d'une  sage 

do  reconnaître  les  privilèges  invoqués,  mais  en 

tomettre  aux  habilants  de  s'unir  h  clic  pour  com- 

lolrea  prétentions  de  ce  genre   que  voudraient 

ir  les  localités  voisines  (15  septembre  1231}.  Le 

né   jur  elle,  et  scellé  seulement  de  ses  armes, 

E  MU  fil»  n'avait  pas  encore  de  sceau,  portait  que 

ferait   lai-meme  apposer  le  sien  sur  la  charte 

luuilAt  qu'il  serait  armé  chevalier  el  rois  en 


no  HISP^IRE  DE?  Mcovrcs 

possession  de  l'aotoriLé  Ticomtaie.  En  effet,  devenu  rn^effi 
{uelqaes  années  après,  ii  se  fit  bieatût  distinguer  panm\l 
znerriers  de  son  temps  et  mérita  Le  surnom  de  preulftit 
:*  pl^  i.oble  qu'ambitionnait  la  chenlerie,  depuis  ^ 
Lyzîs  IX  ez  iTai:  fait  une  înstitalion  toute  religieoM 


..•.c 


La  fr-m-î  i-  'ecze  vicomte  et  l'illustration  de  ses 
rJ-zr»  iij^  :ir:-:  >:-  ciiriîre  ave:  Marguerite,  fiUi 
Esrof*  3".  :i*  ie  B:irç:j-?.  et  vccve  de  Guillai 
siî-ftiTir  ii  N:i>Ski:2:-Jfin  ■■.  Il  s'ilticha  aussitôt 
■.CT-Liif  ii  1  c_s  IX-  £:  :r-.rii'.l\  a^^:  su^^cès  à  loi 
Zl^rr^  .:<  t'i:?-;  iz  Lizi'Cîiz  ezc^-re  occupées  p; 
k-'M.-^  nfTTr.i-rf*  if5  ?!«-Mr-rZTtr.  Sa  mère,  r-ei 
v«ir.  i:  :.r^:s  -i  -:'  :  ri::i  li  ::-.ri..r.  avait  su  vi^re  ei 
:'«'?^  fi  r.f-r:  ::  Ii*  :i:z'^fi::s  if  L:zi:^f>:  maïs  lui 
:.n-:  :.»:  m  î:  Tl:s  r.i.TTjir:.  if  :i:\:i  ris  à  méconl 
■rs'  :  !.:■  -.li.-  fz  :l-sli.:  ;:'"f>:T  i£?  fr-urches  uûtibu 
SL"  :  :.>i '■•  il  f  :  -  m^-:!-.  -  i£-s  rifriirr^  venaient 
•;•.  ^   :^!>->^-i.    r:-:"::.  ri:'  'f-s  ::^!-^z::-:s    :c   tlice. 

^-  :.  -  :  ..     •       ;:.  i"L-'.  :_ -":i:z:-:r.:  lùllea 
■•*.'■-     •  .■-         -.  -  -    .^i  ■2-"     -  ■'"-*•' \'i  «i? 

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:     L 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  LIMOGER.  301 

î  imporlante  place  de  guerre ,  Tavaient  suivi  à  cette 
ditioD  (4242).  Mais  Durand,  leur  évêque,  en  fut  mé- 
îDt;  il  réclama  contre  cette  démolition,  parla  raison 
le  château  devant  revenir  à  son  église,  étriit  en  quelque 
sa  propriété  et  celle  de  ses  successeurs^  Le  vicomte  ne 
DQtra  ni  inquiet  de  ses  menaces,  ni  disposé  à  payer  les 
d'one  reconstruction.  Depuis  cette  époque,  Bré  n'a  plus 
de  belles  ruines,  qu'il  montre  aux  temps  modernes 
se  on  souvenir  de  notre  histoire  féodale.  Le  château 
^urbefy,  berceau  de  saint  Waast,  eut  le  même  sort. 
)eQdant  Louis  IX,  fort  de  l'influence  politique  que 
Minaient  ses  succès  contre  ses  barons  révoltés ,  s*occu- 
ictivement  de  mériter  les  sympathies  des  provinces 
idi,  où  la  royauté  capétienne  avait  été  si  longtemps 
noue.  Pour  y  parvenir  il  chargea  Guillaume  de  Male- 
,  personnage  d'un  grand  mérite,  des  fonctions  de 


En  1317,  elle  appartenait  à  Philippe-le-Long,  roi  de  France,  qui  en 
à  Henri  de  Sully,  son  graud  bouteillicr,  dout  le  fils,  François,  fait  pri- 
k  U  bataille  de  Poitiers,  la  Tenait^  en  1358,  à  Guillaume  d'Albert, 
ir  de  Monteilb,  qui  transigea  avec  Jean  de  Bretagne  au  sujet  de 
lage  et  de  celui  «le  la  lloche-l' Abeille;  elle  passa  ensuite  à  la  maison 
Lzeron.  puis  k  celle  do  Pompatlour  qui  l'acquit,  en  1490,  au  prix  de 
iiTr«f«.  C'est  au  cbàteau  de  Bré  que  les  seigneurs  du  voisinage,  tels 
jx  de  La  Rivière  (de  Livron),  de  Saint-Bonnet  (de  Perusse  des  Cars), 
uevaJ,  de  Lubersac,  de  Forsac  (de  Jougnac),  des  Fraisses  (du  Breuil), 
Mjoux   de  La  Tour j,  de  Bcnaye  (de  Cothel;,  de  Coux,  et  d'autres  ren- 
h'jniniaure  aux  vicomtes  de  Limoges.  Après  que  Pbilippe-le-Long  s'en 
(«aiçi.  ils  refusèrent  Ibommagc.   Les  Pompadour  en  étant  devenus 
rur«.  t!vx{ut  reut  l'atfaire  devant  le  parlement  de  Bordeaux  qui  décida, 
:^r^  150^.  que  Bré  devait  retenir  les  hommages  susdits,  leurs  seigneurs 
•Dtant  k'A  ancit'us  vicomtes  de  Limoges.  Le  roi  de  Navarre,  en  sa  qua- 
vi*v,aite,  protesta,  disaut  que  les  Ui)mmages  devaient  appartenir  à  lui 
Ar:/i.  lie  Pua,  série  E,  u®  70G;  an7«.  de  Pompadour^  de  Lubersac, 
ttit,  Bihl,  rtatùm.,  nisK.,  t.  CCXLL  p.  415  et  suiv.) 
Durand  avait  été  élu  é\èque  eu  12î0  :  il  douna  à  sa  cathédrale  une 
qui  p^>rtait  iou  uum,  et  au  prieur  de  Grandmont  les  dîmes  acquises 
»  la   pn.m«Aion  «iaus  les  paroisses  de  iJaint-Sylvestre,  d'Ambaiac,  de 
Blarttn-de-Suis^ac.  Il  fut  aus>i  un  des  bienfaiteurs  de  la  cliartrcuse  du 
ers,  a  lai{uelie  ii  tluuna  six  mille  sous,  |K>ur  la  construction  de  l'église. 
au  Jti.9mnaire  de  Limoges,) 


30B  HISTOIRE  DES  VIGOBITBS 

séDéchal  dans  les  diocèses  do  Limoges,  de  Cahors  et  de 
Périgueux  (1243).  «  Ce  fut,  dit  la  chronique  de  Saint-l 
de  Limoges,  le  premier  sénéchal  du  roi  de  France  qnV 
connût  de  mémoire  d'homme  dans  ce  pays  ^  s  Dès  I( 
le  peuple,  opprimé  par  les  hauts  justiciers  des 
vassaux,  put  en  appeler  à  la  justice  du  roi.  La  royauté, 
mettant  des  limites  aux  privilèges  de  la  féodalité,  llivoriiiil 
la  liberté. 

Gui  VI  contribua  de  tous  ses  efforts  à  l'extension  di 
pouvoir  royal.  Sa  prompte  soumission  à  la  politique  dt 
prince,  son  courage  à  chasser  du  pays  les  gamiiOBi 
anglaises ,  sa  réputation  de  loyauté ,  tout  contribua  à  loi 
donner  un  grand  ascendant  dans  tous  les  événements  dij 
répoque;  aussi  fut-il  souvent  l'arbitre  des  différends  qui  > 
divisaient  les  grands  vassaux.  Limoges  devint  en  quelqiM'| 
sorte  la  cour  d'appel  des  grands  feudataires  du  Midi  et  des  :| 
villes  qui  réclamaient  le  maintien  de  leurs  privilèges.  Celte 
de  Brive,  alors  en  lutte  contre  ses  suzerains  les  vicomiasi 
de  Turcnnc  et  les  seigneurs  de  Malemort,  consentit,  aveo 
Raymond  VI  de  Turcnne  et  Pierre  de  Malemort^  à  accepter 
pour  arbitre  le  vicomte  de  Limoges.  Un  compromis  eut  [ 
lieu  entre  les  seigneurs  et  les  consuls.  Les  premiers  s'engt*  - 
gèrent  à  ne  rien  entreprendre  contre  la  commune,  qui  elle-  \ 
môme  s'engageait  à  respecter  leurs  possessions  et  leor*^ 
hommes.  Comme  garanlic  de  leurs  promesses,  les  deux^ 
parties  se  donnèrent  des  otages,  le  vicomte  de  Turenn^i 
Pierre  de  Malemort  et  Bozon  trois  chevaliers  et  un  damoi-  ^ 
seau,  et  les  consuls  de  Brive  quatre  des  principaux  bour*  ^ 
geois.  Mais  quelques  efforts  que  pût  faire  Gui  M,  il  ne.^ 
décida  rien  par  suite  des  prétentions  excessives  du  vicomte 
de  Turenne  et  de  ses  alliés  *. 

I.  Chron,  S.  Martini;  ap.  Script,  rer.  Franc, 


i 


I^^^^H  ET'DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES. 

Il  fnt  plus  heureux  ou  mieux  aiisé  dans  une  autre  cir- 
constance.   Après  la   mopt  de  Raymond  VI,  vicomte  de 
TurenDe,  qui  ne  laissait  qu'une  lille,  mariée  à  Klie  Rudel, 
seigneur  de  Bergerac,  Raymond  de  Servières,  frère   du 
vicomte,  et  ce  dernier,  au  nom  de  sa  femme,  se  disputèrent 
\'bérilage  de  la  maison  de  Turenne.  Gui  VI  prit  te  parti  de 
Raymond,  et  écrivit  il  Blanche  de  Castille,  qu'après  avoir 
interrogé  les  hommes  les  plus  éclairés  du  pays,  il  déclarait 
que  jamais  filie  n'avait  possédé  la  vicomte  de  Turenne,  et 
que  toutes  tes  fois  que  les  derniers  possesseurs  n'avaient 
pas  laissé  d'enfants  mâles,  ie  frère  du  dernier  vicomte,  s'il 
es  existait,  ou  ie  plus  proche  parent,  avait  succédé  de  pré* 
féreoce  aux  tilles  :  assertion  contraire  à  ce  qui  avait  déjà 
eu  lieu.  Le  saint  roi  se  prononça  en  faveur  du  seigneur  de 
Serrièrea(1243)'. 

L'année  suivante  Gui  VI  reçut  sur  ses  terres  et  accom- 
pagai  à  Limoges  Blanche  de  Castille,  qui  allait  avec  son 
lili  en  pèlerinage  à  Rocamadour.  A  la  tiMe  de  ses  vassaux 
et  arrière-vassaux,  entouré  de  ses  hommes  d'armes,  et 
précédé  du  clergé  qui  marchait  devant  le  cortège  royal,  il 
tanduisil  le  prince  et  sa  mère  dans  tous  les  cloitrcs  de  la 
Tille  dont  les  religieux  reçurent  de  nombreuses  aumônes. 
U  clergé,  qui  quelque  temps  auparavant  avait  assisté  à 
Il  tondation  du  couvent  des  religieuses  du  Mont-Carmel, 
ntaë  près  des  Arènes,  était  heureux  de  monircr  au  roi  tous 
les  pienx  asiles  de  la  prière    récemmcnl  établis  *.  Le 

t.  jotUt  !  mil.  de  la  maàoa  de  Tursnae. 

S>  Limoge*  eut  de  toua  temps  de  nombreui  couTenU.  L'év(qiie  Duraod 
ftMhupou.  CD  1311,  U  première  pierre  de  celui  des  jAMbiui.  Les  comlei 
du  Oui,  Im  «eigndurt  de  Lastour»  y  eurent  leurs  tombeuii,  hidiI  qu'tu- 
btDe  de  VMUdour,  UUe  du  licamto  de  ce  nom,  marie  on  1278.  Ea  1SS4, 
V'^iïiM  AUll  ani£e  <le  deux  précieiii  méduillong,  iiutie  de  l'émulleur  L£o- 
'  .i.'J  Liranusia.  Uevenue  église  paroiuiale,  elle  possède  encore  un  Bins<ù' 
jae  Ublcau  de  In  PrfsenUlion  de  k  aainte  Vierge.  Le  couvenl  dei  Grands- 
L-\naei  tvi  établi  en  ISSO,  et  celui  des  Ermitea^fl-Saint-Augiutln  en  12H. 


304  HISTOIRE  DES  VICOMTES    * 

peuple  u'élait  pas  moins  satisfait,  car  il  savait  que  le  roi  de 
France  aimait  les  franchises  municipales,  et  qu'il  ne  voulait 
pas  qu'on  altérât  les  monnaies.  Cependant  raniagonisme 
était  toujours  le  mOmc  entre  le  vicomte  et  Tabbé  de  Saint- 
Martial,  au  sujet  des  limites  des  deux  juridictions  :  de  U, 
des  plaintes,  des  réclamations  continuelles,  des  lutta 
souvent  violentes  entre  les  officiers  des  deux  parties. 
Gui  VI,  par  les  conseils  du  roi,  tenta  de  mettra  fin  à  ca 
différends  par  une  transaction  passée  le  jour  de  li 
Décollation  de  suint  Jean  (!29  août  1245).  U  obtint  entre 
autres  privilèges,  de  connaître  «  des  crimes  d'homicide, 
de  vol,  plaies  sanglantes,  violence  aux  femmes  mariées, 
rapt  de  vierges,  et  de  tous  crimes  punis  par  le  gibet,  b 
mort  ou  la  mutilation  des  membres,  et  dont  les  auteun 
devaient  ôtre  recherchés  par  le  di^el,  Tépreuve  de  Tean 
bouillante  et  du  fer  rouge.  » 

Le  vicomte  comprenait  qu'il  lui  était  utile  de  vivre  en 
paix  avec  le  clergé  '   pour  prendre  part,  avec  toutes 


1.  Cotte  tr.insartion  donui'o  par  le  P.  IJonAvoiiture  de  Saiul-Amable  {llùt. 
de  Siii/it-Mnrtùii)  si».  Inmvo  »mi  «»riL:inal  aux  an'liivcs  »1»'  Pau.  Nous  la  rv«u- 
inous  ici  oiniiiiio  A\aiit  une  ;:ranilc  i!ii{inr:.'ui('i>f  nu  jHÙnt  <Io  \iw  iIoa  clianpc- 
im'uts  to|i(iKra|iliii|iie>  suntMius  «l••]lUl^-  «Inns  la  ville  :  «  ciui,  l^ur  Ic-s  plaiuiH 
(le  rablu'  rt  «lu  nu»nn>t«  n-,  roi'iiunai>-.Tut  ipu»  lo  |nv>ôl  v\  ni»s  \i(;uiors»  i'i»*r- 
paient  lit'*  \ii»k'iu'i's  «l.ms  U-ur  jiré\iii«  iW*  i:iiiuln's,  et  dau«  certaine:»  partiel 
de  la  \ille.  a|i|iflt'os  l  K'fimt.'ici  ù\  i'diuiinsi.'-i  depuis  la  in.iisou  de  Pierre  PaU 
justïu'à  celle  d'Aynieri  ïl.ilan,  iii>li!r  i'lu'\alirr,  «pii  est  silu/e  ou  rue  de  Bfaii- 
\uir...  et  dans  certaiuo  |i:ii-tit's  du  lauli.iui>r  Shmtmmlli*,,,  et,  de  plus,  qM 
lei»  UK^nicd  oftii-irrs  peri:r\ aient  li'  ju'-aj;»'»  du  viu  «pimi  purte  à  Limu^ei..»*  .1 
Nous,  nos  pri'\i"ils  et  \i::ui«'r:*  du  'Ih.itrau  de  Liuutfres,  p.iur  terminer  ce  difl!^    ' 
reudj  nous  aMiu.-*  <-htli^i,   pnur  arliitrr,  untru  l»ii-ii-aiiné  Thomas  de  ta  Font| 
du  clinpitri'   de   S.iiiil-.Mirh  i-«l«  >-Li..ii5,  du   (Ih.iUau  de  Liniiige>,  lequel  ft 
ainsi  pruntiuci-  :  «  l^h;r  \\m\>  la  rue  ij«-s  Ci  aubes.   i»u   iliijs  rKebauserie,  (M 
dan»  cette  partie  du  l'aidnin.;;  Moutinadl*'-.  ii  itis  ne  p-uivons  exercer  aucun 
juridictuui  t<  nipun-lb',  exeepté  !••  druit  d  \  i-'innaitre  îles  crimes  «l'IiomicidOk 
volet  entera...  Labli.'-  c-t  >••-  pn'-\.il>iM'  «luiNi'iit  plus  avtiir  le  juj^einetit  det" 
dits  crimeii,  i>t  de  tnutes  causes  ipù  de\r<int  si*  terminer  jiar  un  duel,  ou  It 
ju^rcment  de  l'eau  li\»uillanle,  o'.i  ilu  t'<  r  niupe,  selnn  lancienne  coutume  da 
Cliàteau  île  l.iuioK''»...  Ntiu<  r<  >trrifriiant  dan.-  le.*:  linrneii  de.  l.iditc  prêvdU 
dc«  Combeâ  ut  de  l  KcUau.'«tt'i<s  (|ui  b  eteudunt  juim|u'4Iu  chcuiiu,  |iar  icijiul 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  805 

forces,  à  la  ligue  des  grands  vassaux  du  Midi  contre  l'An- 
gieterre,  ligue  qui,  pour  les  uns,  avait  pour  but  de  soustraire 
réellement  cette  partie  de  la  France  à  une  suzeraineté 
étrangère,  pour  les  autres,  d'assurer  leur  propre  indépen- 
dance. Gui  VI,  mieux  que  tous  ses  pairs,  parut  agir  dans 
on  but  de  nationalité ,  sacrifiant  souvent  ses  intérêts  per^ 
sonnels,  se  montrant  dans  toutes  les  circonstances  Tiippla- 
cable  ennemi  de  Henri  111,  roi  d'Angleterre.  Guillaume 
Amaluin,  abbé  de  Saint-Martial,  n'eut  ni  la  môme  politique 
ni  le  même  dévouement;  entraîné  par  sa  haine  contre  lui, 


OB  «2  de  U  place  publique  du  Château  aux  Arènes;  et  de  l'autre  cAté  des 
Carabes,  ju^u'à  la  maisou  d'Aymeri  Galao,  qui  est  située  au  chemin  et  au 
carrefear  du  Behréder,  auquel  lieu  est  le  gn^nier  d'Audier  Sarrasi,  et  la  mai- 
WD  de  Mathieu,  surnommé  Saignador^  et  cette  partie  du  faubourg  Moot- 
maillé  qui  est  située  dans  la  métairie  ou  terre  de  Guionevas,  et  au-dessus  : 
hqaplle  partie  commence  depuis  la  porte  de  Montmaillé  et  le  fossé  de  la 
▼i>.  H  teotl  vers  Aigueperse  ;  do  l'autre  jtart,  vers  l'ormeau  tronqué;  et 
parnllemeut  cette  partie  qui  est  sur  le  territoire  de  Saint-Martial  où  au- 
Irriiùs  était  la  Tigne  de  l'abbé,  et  aussi  Combeferrade,  où  Tablié  exerce  sa 
juhdklioD...  Quant  à  la  partie  de  la  Tille,  ou  du  bour{?  du  Pont-Saint-Mar- 
tiil.  la  juridiction  appartient  à  Vabbé...  Nous,  nos  prévôts  et  nos  vigiiirrs, 
nemrtMU  la  juridiction  touchant  les  causes  criminelles  que  nous  avons  dans 
Si  prvvuié  de»  Combes,  sauf  que  le  prévôt,  institué  par  l'abbé,  aura  la  troi- 
«s^me  partie  de  toutes  les  choses  et  biens  qui  proviennent  des  causes  crimi- 
■pUe».  A  nHi«lition  que  ce  prévôt  aura  la  troisième  partie  de  toutes  les  choses 
ft  bien*  qui  provicuuput  des  causes  rriminf'lles  pour  l'abbé  et  le  monastère  : 
»  froàiUfiu  que  ce  prévôt  prêtera  serment...  Quant  au  péage  ou  lède  de  tout 
ie  lia  qui  e*t  porté  de  l'extérieur,  de  quelque  côté  que  ce  soit,  dans  le  Chû- 
UtQ  de  Lîmofres.  dans  les  bourgs  ou  lieux  circonvoisins,  nous  en  recevrons 
k*  lieux  tiers...  Quant  aux  villages  de  Cozeys  ou  Petit-Limo{;es,  de  la  BriH 
t^n,  de  MonijoTÎ  et  do  Comach,  nous,  nos  prévôts  et  leurs  baillis,  ne  do- 
vrw  pas  nous  attribuer  la  connaissance  des  délits,  A  moins  d'y  être  invités 
psr  i'abbé...  Quant  aux  Mir\-ants  de  l'abbé  redevables  de  fiefs,  et  leurs  servi- 
te«r»,  qa'îU  demeurent  avec  leur  propre  juridiction  dans  la  métairie  du  Chà- 
tma...  Le  siis<lit  Thomas  a  aussi  lyjouté  de  notre  consentement  et  de  l'abbé, 
•pr  rabtMyc,  les  cimetières  et  officinos  y  jouiront  d'une  parfaite  immunité 
Cl  pleine  liberté...  Tt>ut  ce  que  nous  avons  dans  les  lieux  susdits,  nous  le 
u-»iiê  en  fief  de  rabl)é...  Quant  au  l>an  ou  bancago  de  la  chair,  le  péage 
4i  ni,  U  cluMge  ^la  viguerie  de  Taumônier  de  Saint-Martial,  ils  reste- 
•'*nt  enfume  autrefois.  Lequel  arbitrage,  nous  et  Bemanl  Tranchaient,  Jean  do 
Viper  et  Élîe  Vigier,  frères,  Aymar  Chatard,  chevalier,  et  Guillaume  de  Pa- 
nvtae,  damoiteau,  avons  agréé  et  livré  ces  présentes  au  susdit  abbé  et  eou- 
HM  soelléei  de  noire  foeau...  (Arch.  de  Pau  :  F,  de  la  vicomte  de  Limoges,) 
L  20 


306  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

il  rechercha  ramilié  du  roi  d'Angleterre,  en  lui  offrant  sa 
fidélité  et  sou  hommage  ^ 

La  résolution  de  saint  Louis  de  délivrer  la  Terre-Sainte 
tombée  au  pouvoir  des  musulmans;  Tappel  aux  barons  de 
son  royaume  pour  les  associer  à  sa  pieuse  entreprise  ;  Tei- 
poir  de  quelques-uns  d'y  trouver  des  occasions  de  fortOM 
autant  que  de  gloire,  car  avant  d'aller  à  Jérusalem  on  le 
proposait  d'attaquer  TËgypte,  devenue  le  centre  de  la  puis- 
sance des  successeurs  d'Omar;  la  soumission  récente  de  li 
ligue  des  barons  révoltés  ;  la  défaite  de  Henri  III  à  Taille- 
bourg,  tout  semblait  devoir  contribuer  à  l'apaisement  da 
passions  politiques,  des  rivalités  entre  les  grands  aeigneun 
et  le  clergé.  Le  Limousin  fournit  encore  à  cette  croisade 
plusieurs  de  ses  plus  hauts  barons.  Parmi  ceux  qui  lei 
premiers  prirent  la  croix  et  Tépée,  on  doit  citer  Landoi 
de  Corn,  Bertrand  de  Lcntilhac  ^,  Amblard  de  Plas,  Guil- 
laume  du  Luc,  Hugues  de  Carbonnière,  Guillaume  de  Chas- 
saigne,  Bouchard  de  Bouchard^ y  Bernard  David  de  Lai* 
tours,  Pierre  de  Lastcyrie,  seigneur  du  Sciillnnt  ^  Antoine 
de  Valon ,  Gerbert  de  laizech ,  Adémar  de  Gain ,  Laurent 


1.  «  Ilriiry,  {tar  U  ti^TAm  do  Dicii^  roi  irAnirU'torre,  sei^eur  irHyb»niîe 
rt  duc  d'Afiuitainc...  tluillatimc.  notn*  bien-aiim^  .ihbé  de  SAint-Maitialf 
110118  Ayant  a^rt^ahlniiPiit  proinin,  dnii!«  SAinl>(tcrni.iiii-dcii-Pr^iii,  hors  dt 
l'.-irifl,  in  tidiMiti^  ipio  lui  rt  s«n(  pn'iIiW'jiM.MirA  avaient  contume  df«  midro  M 
nti  do  Frarir*»;  uowa^  d«'sirniit  |Miurvciir  \  rindumiiiU^  du  »isdit  ê\M  et  ai 
*tm  (Vlii^i't  vouiiins  rt  acmnlouA  «|ui<i  wiU'.  action  ot  pronios^i^e  ne  tonnie  à  M 
nî  à  8i*s  Hiicn'SHcurs  h  pn^jiniici',  imu;*  lui  avouii  di^livn^  et  mh  entre  maÎM 
oi.'ff  {viteuti'H  (ian.-«  Saint-iii;rmain-dos-Pn^».  »  10  aitiU  124ti.  {Arch.  de  iVm.) 

2.  Lnndou  du  (îoni  rt  Itertriud  ili>  Lnitilliar,  a]>n>a  la  \mini  de  Dumietli^ 
iinpniMl'''n.'nl  :i»0  Hmt.s  tnunini..^  qu'iU  di*v;iii'»t  rcnilMîurser  A  PariB  le  iOi«- 
tohro  \iTti),  ((h'fyinni  Mir  jtfirrhffftin.) 

'.i.  (>!(  «*ini]  rliv\a)iir.-<  tirt-nt  auxsi  uu  l'uipntnl  au  mnis  «to  novembre  IS4IL 

4.  Ln  Siiillaul,  ikuump'  nrfinrùvuH  dau;*  Ich  r.harttis  du  IX"  ffiècle  de  l'ab» 

Kiyc-  dn  ni'.iuliiMi.  |>i(>rn>  d«'  Ln^tpyri>'.  romiiiH  mandataire  do  Beniird  di 

David,  «i^ia  à  un  iiiart'haiid  ilf  (îâncs  la  n'i'ounaisMnco  d'un  prêt  de  Iroîl 

ctnU  livn-ri  lnurnuiii.  [Ui'iijinnl  sur  pnn^hcmin  de  faunée  1250.) 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOGES.  307 

le  la  Laurencie,  GuillauiDc  de  fionneval  ^ ,  Haoul  du  Hau- 
ier^j  Pierre  de  Gimel  ^^  Blie  de  Perusse  des  Cars,  Har- 
louia  de  Perusse^»  Hugues  de  Noailles  ^,  Hélie  de  Roffi- 
paac  el  ses  deux  compagnons  Guillaume  Brachet  et  Audoin 
le Lestrange *.  Tous  se  montrèrent  courageux  et  dévoués; 
nais  manquant  de  ressources  pour  continuer  leur  route^ 
M  pour  Titre  sur  la  terre  ennemie,  quelques-uns  furent 
réduits  à  emprunter  de  l'argent  aux  marchands  génois  qui 
(uiTaieiit  l'expédition  pour  s'enrichir  à  leurs  dépens,  et 
jui  somreiil  ne  prêtèrent  qu'avec  la  garantie  du  comte  de 
Poitiers.  On  sait  les  tristes  résultats  de  cette  croisade,  où 
brilla  d'un  si  vif  éclat,  avec  son  courage,  la  vertu  de  saint 
Louis,  et  après  laquelle  ceux  qui  s'y  étaient  associés  ren* 
trèrent  sur  leurs  terres  moins  riches  qu'avant  leur  départ 
et  disposés  à  jouer  un  rAle  dans  les  événements  qui  suivi- 
rent'. 

Raymond  VI  de  Turenne,  qui  n'était  parti  que  quelque 
temps  après  les  premiers  croisés,  avait  rejoint  Louis  IX. 
«Palestine  et  s'était  bravement  exposé  à  tous  les  dangers. 
Avant  de  partir,  il  avait  fait  nn  testament  par  lequel,  en 
eu  de  mort,  il  instituait  pour  son  héritier  Bozon,  son  ne- 
vet,  et  à  défaut  de  celui-ci,  Gui,  son  frère.  Puis,  prévoyant 
les  tristes  résultats  de  l'expédition,  il  en  fit  un  autre  par 

t.  Ot  iroîf  derniers  firent  on  emprunt  de  230  liTret  nous  la  garantie 
f  .Upboaw  de  Poitiers. 

t  fiapranta  tOO  llTrea  en  doDMmt  pour  caution  Àlphooae  de  Peitien. 

t  D.  Vaiuette  {Hist.  du  Languedoc)  cite  une  charte  signée  par  loi  à 
%é,  le  2  déMnbre  1252. 

i.  Improol  de  200  Hwes  garanti  par  Alphonse  de  PoHien,  Juin  1250. 

S.  Il  moamt  i  la  croisade. 

S.  Hèiie  de  Rofflgnac  emprunta  pour  lui  et  ses  compagnons  250  livres. 

1.  Si  Miiii  e«  crqjont  Thérei,  ÀngoamoiiiD,  qui  écrivait  lous  les  Valoia, 
k  Unouaio  aurait  eu  un  autre  de  ses  enfant:^  aux  croisades  :  «  Il  me  soa- 
viett,  dit  le  rosm<)grapbe  voyageur,  avoir  vu  en  une  église  grecque,  asses 
prti  d'Acre,  la  «épuUurc  d'un  nommé  Eymcric,  seigneur  de  Moriheoiart, 
^  ivoit  accompagné  sainot  Louis  en  l'expédition  et  voyage  de  Terre-Sainte.  > 
'.TlR\cT  :  Coimog.  mui;.,  t.  II,  p.  S28.) 


."^OS  HISTOIRR  DES  VlCOMtRS 

lequel  il  engageait  ses  héritiers  à  entretenir  encore  pen- 
dant un  an  trente  chevaliers  en  Paientine,  si  Louis  IX  con- 
tinuait la  guerre  *.  A  son  retour,  il  fat  encore  inquiété  dans 
la  possession  de  la  vicomte  par  Marguerite,  femme  du 
vicomte  de  Gomborn,  et  par  Dauphine  de  Roquefenille, 
auxquelles,  par  suite  d'une  décision  de  saint  Louis,  il 
assigna  une  rente  de  cinquante  livres  sur  sa  vicomte. 

Lorsque  Alphonse,  roi  de  Gastille,  réclama  le  dnohé  de 
Gascogne,  plusieurs  grands  vassaux  favorisèrent  ses  pré- 
tentions, préférant  ce  suzerain,  dont  l'autorité  résidait  prin- 
cipalement de  Tautrc  côté  des  Pyrénées,  à  celui  d'ontre- 
Manche  que  ses  possessions  sur  le  continent  rendaient 
toujours  pour  eux  un  dangereux  voisin.  Aussi  Oui  VI  se 
déclara-t-il  un  des  premiers  contre  Henri  III,  en  se  joi- 
gnant  au  comte  de  Béarn  pour  faire  révolter  la  noblesse 
de  Gascogne  (4254).  Dans  un  voyage  qu'il  flt  en  Gastille 
avec  son  allié,  il  se  reconnut  le  vassal  d'Alphonse,  et  Ini 
demanda  des  troupes  pour  soutenir  ses  prétentions  *•  La 
guerre  allait  encore  troubler  le  Midi  ;  les  hommes  d'armes 
de  la  vicomte  de  Limoges  se  disposaient  à  partir  sous  la 
bannière  de  saint  Martial,  quand  on  apprit  que  les  rois  de 
Gastille  et  d'Angleterre  avaient  réglé  leurs  différends  dans 
une  entrevue. 

Il  restait  encore  bien  des  ressentiments  à  calmer,  bien 
des  convoitises  à  s<itisfaire  :  la  noblesse  reniait  une  suie» 
raineté  étrangère,  et  avait  ellc-môme  à  se  défendre  contre 
le  clergé  qui,  soutenu  par  la  cour  de  llome,  menaçait  sans 
cesse  ses  privilèges  et  réclamait  ceux  qu'on  lui  avait  enle- 
vés. GcUc-ci  déconcertait  souvent  les  projets  de  ses  enne* 
mis  en  formant  des  ligues  où  chaque  seigneur  promettait 
assistance  à  son  voisin, —  «si  aucuns  de  ceste  communauté 

1.  Justel  :  HM,  de  la  Maison  du  Turenne^  1.  2,  c.  21. 

2.  ChroD.  de  Mathieu  de  Weiluiin»ter. 


ET  OV.  IJV  VICilMTf:  l)K  LIMOtiES.  Sflp 

ki&ire  avec  la  clergie  '.  »  Aymcri,  vicomte  de  Rocbe- 

,  compUiot  liur  les  barons  ses  associés,  exerça  plu- 

I  TÎolences  contre  le»  babilanls  de  la  Cbapelle-Blan- 

Lct  s'empara  de  leurs  biens  qui  relevaieot  du  chapitre 

.  Frappé  des  censures  f^eciésiastiques  par  l'é- 

B  Aymeri  de  la  Serre,  malgré  la  proteclion  du  vicomte 

tog«3,  soD  beau-D^re,  il  se  soumit  à  une  pénitence 

,  donna  pour  ciiulion  sa  propre  mère  et  les  cbe- 

»  Aymeri  de  Ciiàteauneuf  et  Aymeri  Faute.  Condamné 

kr  on  jour  de  dimanche  h  la  procession,  avec  ses  sol- 

;  BD-picds,    la    tête  découverte,  sans  ceinture,  valu 

EnpJu  (unique,  il  eut  encore  comme  témoins  de  son 

itliMi  tes  propres  parents,  atteints  par  la  même  ex- 

piiuucatîon,   tous  en  chemise  et  sans  chausses,  nu- 

1^  et  portant  les  vergps  qui  devaient  servir  à  les  frap- 

mdant  le  Hérité  lut  fit  grSce,  ainsi  qu'aux  siens, 

i  bgelUtion  ;  mais  il  les  fil  tous  jurer  de  se  préseoter 

I  mdme  manière  k  la  porte  de  l'église,  le  jour  de  \» 

(de  SaÎQt-Etienne. 

i  VI,  comme  complice  de  son  beau-frère,  en  signe  de 

'  et  de  soumission,   promit   de  payer  dix   marcs 

L  doslinés  A  l'achat  d'ornements  religieux,  et,  en 

teutioo  de  cette  condition,  il  donna  comme 

IleChlleaade  Limof^es,  Marguerite  de  Hochc- 

Dime,  *a  mère  el  plusieurs  chevaliers.  En  sc 

t  tiamilier,  et  en  se  sonmellant  à  l'Ëglise,  la 

igrail  peut-être  donner  au  peuple  un  exemple 

|à  ses  propres  volontés,  cl  ramener  ainsi  les 

<dKs  ds  la  société  nu  mCoïc  centre  d'action  contre 

iul6  ;  mai»  les    événements  antérieurs  avaient  Tait 

ï  an  trop  grand  antagonisme  dans   les  rangs  de  la 


Mnt  il*  Pm  :  f.  dt  la  victuitli  ilt  /.imovfi,  S.  K.  c 


110  HISTOIRE  DE8  VICOMTES 

féodalité'  et  de  l'Ëglise  pour  que  TuoioD  fût  longtemps  du- 
rable. 

Au  moment  où  la  famille  de  Rochechouart  humiliul 
ainsi  son  blason,  les  consuls  de  Limoges  s'arrogeaient  la 
droit  de  passage  dans  le  jardin  de  Tabbaye  de  Saint-Ha^ 
tial  ;  ils  voulurent  bien  terminer  le  différend,  mais  ne  tou* 
lurent  d'autres  arbitres  que  deux  bourgeois,  Pierre  Vin*  < 
cent  et  Bernard  Vodre,  en  concurrence  avec  deux  religieu 
de  Tabbaye.  On  décida  que  le  jardin  serait  fermé,  tant 
aux  moines  qu'aux  consuls  ;  que  l'abbé ,  comme  les  oofr 
suis,  aurait  une  clef,  mais  qu'aucune  des  parties  ne  poa^ 
rait  s'en  servir  sans  en  prévenir  l'autre  ^  La  bourgeoisis 
réclamait  l'égalité  que  l'Église  n'osait  plus  lui  refuser,  taot 
les  libertés  communales  s'imposaient  à  la  vieille  sodéti 
féodale.  Les  deux  pouvoirs  étaient  cependant  intéressés  à  si 
faire  des  concessions  en  présence  des  dangers  qui  les  m» 
naçaient.  Le  moment  était  venu  où  la  France  avait  besoin 
d'union  et  do  dévouement  pour  la  nouvelle  lutte  dans  la* 
quelle  les  provinces  méridionales  allaient  encore  défendre 
leur  nationalité  et  leur  indépendance  contre  l'étranger. 

Louis  IX,  réglant  sa  conscience  par  les  saintes  inspim* 
tions  de  la  justice,  ne  séparant  pas  la  politique  de  l'équitéî 
venait  de  rendre  à  l'Angleterre  les  provinces  conquises  sur 
Jean-sansoTerre  (4259).  Le  Limousin,  au  grand  déplaiab 
du  vicomte  Oui  VI,  qui  ne  dissimulait  pas  son  mécontan» 
tement,  redevenait  ainsi  un  fief  de  l'Angleterre. 

Cette  concession  fut  longtemps  blâmée  par  les  popul*i 
tions  du  Midi  ;  Joiuville  lui-même  s'exprimait  ainsi  à  oa 
sujet  :  a  de  laquelle  paix  les  Périgordiens  et  leurs  nutt^ 
chisants  [Limousin  et  Quercy  |  se  trouvèrent  si  marris  qu'ik 
n'affectionnèrent  oncques  puis  cl  Rcy  ;  et  encore  aujoui^ 

1.  Archito»  (l«  Pau  ;  F,  de  la  vtnomté  de  Limoges, 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  311 

d'haï,  à  ceste  cause,  es  marohes  de  Périgordi  Limosin, 
Qatroy  et  aultres  eovirons,  jaçait  (quoique)  que  saincl 
LofB  soit  saiact  et  canonisé  par  l'Église ,  néanmoins  ils  ne 
la  réputent  pour  sainct  et  ne  le  festoyent  point,  comme 
on  fait  es  autres  lieux  de  France  '•  » 

La  même  année  [1259]  mourut  Âymeri  de  Malemort, 
sénéchal  du  Limousin,  ayec  la  douleur  de  voir  passer  dans 
les  mains  d'un  roi  étranger  ce  pays  qu'il  avait  administré 
avec  tant  de  sagesse,  et  que  ses  ancêtres  avaient  si  long- 
temps défendu  contre  Henri  II  et  contre  ses  dis.  11  fonda 
pour  le  repos  de  son  âme  dans  l'église  de  DonzenaCi  où 
il  fut  enterré,  une  messe  de  tous  les  jours,  pour  laquelle 
il  donna  an  marc  d'argent  à  prendre  chaque  année  sur 
la  lerre  de  Halemort.  Quand  il  ne  parcourait  pas  le  pays 
pour  làire  exécuter  les  ordres  du  roi,  il  résidait  presque 
toujours  à  Donzenac,  dans  le  château  dont  il  reste  encore 
quelques  vestiges,  et  qui  tenait  à  une  chapelle  encore  en 
partie  conservée. 

Henri  lU  ne  tarda  pas  &  visiter  ces  riches  provinces 
d'outre-Loire  que  lui  livraient  les  scrupules  d'un  saint.  Il 
fint  à  Grandmont,  la  bien-aimée  fille  de  ses  ancêtres,  s'y 
reposa  quelques  jours,  et  envoya  de  là  ses  hommes  d'ar- 
mes à  Limoges  pour  en  ôhasser  6ui-le-Preux,  toijgours 
hostile  à  son  parti  K  Geini-ci  se  retira,  jugeant  que  les  ha- 
bitants étaient  peu  disposés  à  le  soutenir.  Henri  lU  s'y  at 
tacha  la  bourgeoisie,  en  flattant  son  esprit  d'indépendance, 
rétablissant  les  consuls  dans  la  plénitude  de  leurs  ancien- 
nes franchises,  en  approuvant  les  coutumes  de  la  ville,  et 
en  défendant  à  tous  d'obéir  au  vicomte  et  à  ses  viguiers. 
Son  sénéchal,  Bertrand  de  Gardaillac,  assisté  du  comte 
de  ia  Marche,  reçut  à  ces  conditions  le  serment  de  fidé- 

i.  MÉXAIT)  :  Ofaervatiofu  ttir  Joùmlle,  édît.  de  Da  Gange. 
S.  Ghroo.  manncriief. 


312  HISTOIRE  DES  VIGOBfTES 

lité  des  habitants.  Amaluin^  abbé  de  Saint*Martial,  qui 
mourut  la  même  année,  se  montra  le  plus  humble  des  nou- 
veaux vassaux  du  prince,  tandis  que  la  masse  des  habitants 
ne  faisait  acte  de  soumission  qu'à  la  condition  que  le  suie- 
rain  reconnaîtrait  leur  complète  indépendance  (i960)  ^ 

A  peine  Henri  JII  eut-il  quitté  la  ville  que  le  vicomtei 
sans  se  préoccuper  de  ses  ordres  et  de  ses  promesses,  j 
rentra  en  maître  à  la  tête  de  ses  troupes,  réclamant  le 
libre  exercice  des  droits  qu'il  disait  tenir  de  ses  ancêtres. 
Alors  recommença  contre  Tabbaye  de  Saint-Martial  une 
nouvelle  lutte,  pendant  laquelle  la  ville  eut  à  soufflrir  de 
nouveaux  désastres.  Le  vicomte  attaqua  les  possessions  de 
l'abbé,  qui  résista  par  la  force  armée.  Ainsi  eut  lieu  une  l 
^crre  de  rues  et  de  surprises,  durant  laquelle  les  deux  4 
partis  se  livraient  au  meurtre  et  au  pillage.  Les  moines  et  1 
les  bourgeois  surpris  dans  la  juridiction  vicomtale  étaient  ^ 
maltraités,  dévalisés,  et  souvent  mis  à  mort.  Les  hommes 
de  l'abbaye  usaient  de  représailles  ;  conduits  par  des  chefs    * 
appelés  les  chevaliers  de  Saint-Martial,  ils  veillaient  la  nuit 
et  le  jour  sur  les  remparts  qui  séparaient  les  deux  juri- 
dictions, observant  attentivement  chaque  mouvement  de 
l'ennemi.  Cette  guerre  dura  assez  longtemps,  et  en  amena 
une  autre  plus  acharnée,  plus  meurtrière,  parce  que  le 
peuple  y  prenait  part  avec  plus  d'ardeur,  puisqu'il  s'agis- 
sait de  défendre  les  libertés  communales.  Les  officiers  mu- 
nicipaux, menacés  par  le  vicomte,  ne  lui  avaient  d'abord 
fait  aucune  résistance,  mais  enhardis  par  celle  des  moines, 

i.  Amaluiii  «nt  jioiir  «iuci*«:Srt(Mir  <iuillftnni(t  de  Man^iiii,  <|iii  enrichit  l'ab- 
t.ayu  (1«  Saint-Martial  «It^  |)liisiuurs  arquiititimis  iiii{ Driaiitus  lit  coiistraire  la 
lliai^»on  alilvLtiali^  i^t  uclurtu  «le:  lliipiiin  de  Pvyrat  la  inoiliû  dus  honiinatrw 
du  Cliàtoaii  ilu  Liiuo^^cH.  La  iii'''iiii*  aiiiit^e,  IltTiianl  di>  ViMitad<iur,  archidiacre 
di'  Saiiil-Ktiuniii*,  donna  à  sim  l'Iiapilm  |)lu>i(:ur>  maisons  «itmVs  mit  la  placo 
dus  rlianoiiK'S,  i*ntru  la  iii.-ii«i»n  ou  \o*^i*  dcA  M:iKUeuri«  du  Mauinout  et  celU* 
de  la  Porchurit'.  {Arçfi,  tle  Pau  :  t\  th*  Iti  vicomte  de  Liinityen^  n»  51  S.) 


ET  DE  LA  VICUMTE  Ul;  LIMUUEd.  3iS 

sur  la  prolection  du  roi  d'Angleterre,  ils  vou- 
tendn)  lc:irs  privilèges.  Gui-le-Pr«ux,  ayant  à  com- 
leox  Gooetois  à  la  fois,  se  créa  uii  puissant  appui 
l  mariofie  avec  Marguerite,  fille  de  Bugues  [V,  duc 
■  Celle  union  lui  promettait,  disent  les  cbro- 
1,  {trandi  renforts  de  Bourgaignons,  pour  assubjetler 
tog».  ■  Il  parvint  en  eiïet  à  rétablir  ses  viguiers  dans  la 
t,  et  quelques  jours  api-fis,  il  tenta  de  s'emparer  de  l'eD- 
ite  fortifiée.  Mais  les  habilanls  étaient  sur  leurs  gardes; 
\e  repoussèrent  jusque  dans  la  Cité,  lui  tuèrent  plusieurs 
lAb,  ainii  que  son  allié  le  comte  de  Ncvers.  Cet  état  de 
wei  interrompait  le  commerce,  appauvrissait  la  popula- 
I  et  DoiMiit  aussi  ù.  l'Église,  car  les  gens  du  dehors  n'o- 
nt pins  Tenir  apporter  leurs  oITrandes  sur  les  autels  et 
Iirrant  les  reliques  des  saints.  Les  moines  firent  cou- 
le Ticomlc  et  les  consuls  à  une  trCve,  qui  devait  du- 
juM|u'aa  >amedi  après  la  PentecAte,  après  laquelle  l'é- 
oe  ubtiol  encore  que  les  préleulionii  de  part  et  d'autre 
dent  MumiMs  1  l'arbitrage  du  roi  de  France. 
mi  TI  De  TÎt  pas  la  fin  de  sa  querelle  avec  les  bourgeois  ; 
itetl  que  le  conseil  du  roi  examinait  cette  alfaire,  sou 
Uoaa  et  ion  counige  l'entraînèrent  d'un  antre  cûté.  Il 
I  les  annea  pour  faire  valoir  ses  droits  au  douaire  de  sa 
tr  Marguerite,  qui  .ivait  été  mariée  à  Arcbambaud  111, 
lie  de  Périgord  '.  Il  vint  faire  te  siège  du  chAteau  de 
irdvillet.  AprUs  avoir  éprouvé  de  grandes  perler  au  pre- 
ir  asaaol,  il  se  borna  à  ne  menacer  qu'un  côté  de  la 
■  ae  put  jamais  parvenir  au  sommet  du  rocher  où 
B  b  rieillc  forteresse  qui  dominait  la  rivière.  La 
B  lui  causa  cette  tentative  inutile  hila  an  fin.  La 
jParrtta  dans  l'abbnye  de  Braut£ime,  qui  avait  failli 


3«4  HISTOIRE  DBS  VIG0MTR8 

être  si  funeste  &  un  de  ses  ancêtres.  Les  moines  entoi 
rent  son  lit  de  mort  et  lui  donnèrent  des  consolationi^l 
corps,  porté  à  Limoges  par  ses  soldats,  ftit  inhumé  en  gMÉ 
pompe  dans  l'église  de  Saint-Martial  (1263)  ^  Ainsi  ^ 
celui  que  ses  contemporains  avaient  surnommé  le  PMJ 
soumis  souvent  à  de  terribles  épreuves,  dont  il  ne 
pha  pas  toujours  t.  Il  ne  laissait  de  Marguerite  de 
gne,  sa  femme,  qu'une  fille  qui  hérita  de  la  vicomtéi 


1.  Chron,  S.  Martiaiù,  ap»  Script,  rer,  fhmc. 

2.  Il  avait  é(*liangA  sa  Hoi^ourio  de  Dadefol  pour  \t  fief  de  Pauil 
Ad^mar  Ciuarin.  Lo7  novembre  !250,  Pierre  de  Saint-AsUer  lui 
liommage  pour  iroin  domainet  situés  dàoi  la  paroiiit  de  Brauao.  (i 
Pau  :  F,  lie  la  vicomte  de  Limoges,) 


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ET  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOGES.  315 


CHAPITRE  XU 


X,   TICOMTSSSE  DE  UKOGES   :   LA  MAISON   DE  BRETAGNE 

à»  Limoges  et  ta  mère  Marguerite  de  Bourgogne.  —  RéTolte  des 
■41  d'Aise  coQtre  Adémir  de  Maumunt  et  Marguerite  de  Boui^gogne. 
tentioD  de  Louis  IX.  '-  Aymeric  IX,  ricomte  de  Rochechouart,  et 
DDse.  comte  de  Poitiers  ;  l*abbaye  des  Pierres-Blanches.  —  Note  sur 
|«e  Pierre  de  Sainl-Astier.  —  Adémar  de  Maumoat  assiégé  à  ChAlus 
lûzoQ  lie  Bourdeilie;  sa  mort  :  Louis  IX  fait  poursuivre  les  meurtriers. 
pojet  de  mariage  entre  Marie  de  Limoges  et  Pierre  d'Alençon.  —  Mar- 
ite  attaque  les  bourgeois  de  Limoges;  ses  soldats  ravagent  le  pays, 
'évèque  de  Limoges  assiège  ChÂlusset,  et  les  habitants  de  Limoges 
itcftn  d'Aixe.  —  Limoges  refuse  d'ouvrir  ses  portes  à  la  vicomtesse, 
bilippe-le-ilardi  à  Limoges.  —  Les  bourgeois  appellent  à  leur  secours 
lard,  roi  d'Angleterre.  —  Marguerite  s'adresse  au  roi  de  France.  — 
rdret  à  l'occasion  de  l'élection  d'un  évèque;  Gilbert  de  Malemort.  — 
tnee  de  Philippe-le-Hardi  eu  faveur  de  Marguerite  de  Bourgogne  : 
se  des  hostilités.  —  Les  campagnes  dévastées.  —  Les  habitants  de 
igcf  s'emparent  du  bourg  de  Saint-Priest  ;  ils  sont  mis  eo  fuite.  — 
li  de  France  ordonne  de  cesser  les  hostilités.  —  Le  roi  d'Angleterre 
t  le*  gfos  de  guerre  de  Marguerite.  —  Edouard  à  Limoges;  sa  poli- 

astncieuw.  —  Il  fisit  travailler  aux  fortifications  de  la  ville.  —  Siège 
hàiaan  d'Aixe.  —  Sentence  du  parlement  contre  le  roi  d'Angleterre. 
rcteation>  de  Marguerite  à  l'occasion  du  droit  de  battre  monnaie.  — 
entre  dan*  Limoges  et  en  sort  peu  de  temps  après.  •—  Marie  de  Li- 
9  mariée  k  Artur,  comte  de  Richemout.  —  Sentence  rendue  contre 
DQSuli  de  Limoges.  —  Marguerite  se  met  en  possession  de  la  justice. 
Ile  entre  en  triomphe  à  Limoges.  —  Les  grands  dignitaires  du  clergé 
dândit  pour  elle.  —  Elle  fait  envahir  l'abbaye  de  Saint-Martial.  —  Ses 
•prises  C'iutre  les  grands  feudataires  de  la  vicomte,  contre  Uzerehe.  — 
fH  d'Angleterre  prend  le  parti  des  consuls  de  Limoges.  —  Mort  de 
ruertttf.  —  Marie  et  Artur  donnent  le  flef  de  ChAlus  à  Gérard  de  Mau- 
.;  pLiissance  «îe  celui-ci.  —  Aymeric  IX,  vicomte  de  Rochechouart, 
IBM  les  prétentions  du  seigneur  de  Chàlus,  —  Différends  entre  le 
Ate  et  l'aLbé  de  Saint-Martial.  —  Violences  exercées  contre  les  reli- 
:.  —  Le^  cr»nsuU  de  Masléon.  —  Note  sur  cette  localité.  —  Raynaud 

Porte,  évèque.  —  Mort  de  Marie  de  Limoges.  —  Artur  en  Bretagne  ; 
■luts. 

ne  de  Limoges  n'avait  que  trois  ans  à  la  mort  de  son 
Marguerite,  sa  mère,  femme  hautaine  et  ambitieuse, 


310  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

aussi  implacable  dans  ses  ressentiments  que  hardie  das 
rezécution  de  ses  desseins,  fut  chargée  d'administrer 
vicomte.  Dans  les  grandes  familles  qui  ont  les  pri 
de  la  naissance,  du  pouvoir  souverain,  il  est  rare  que 
tuteurs  ambitieux  ne  profitent  pas  du  titre  que  leur 
fère  la  loi,  ou  la  volonté  des  mourants,  pour  s'appropita 
les  droits  dont  ils  ne  devraient  être  que  les  défenseurs,  ot 
que  des  passions  ennemies  ne  viennent  pas  ^porter  b 
trouble  dans  l'État  ou  dans  la  famille.  La  veuve  de 
Preux,  impatiente  d'imposer  à  tous  l'autorité  de  sa  fille, 
tarda  pas  à  soulever  contre  ses  prétentions  la  noblesse  di 
Limousin,  le  clergé  et  le  peuple.  Les  habitants  d'Aixe,  pe- 
tite localité  formée  dans  les  derniers  siècles  autour  du  doftr 
jon  féodal,  presque  tous  habiles  commerçants,  ou  savaoli 
artistes  à  ciseler  l'or  et  l'argent,  à  tisser  les  riches  étoiEeift 
à  couvrir  les  métaux  des  plus  vives  couleurs  de  l'émaili 
furent  les  premiers  à  réclamer,  contre  les  prétentions  di 
la  régente,  quelques-uns  des  privilèges  de  commune  dool 
Jouissaient  les  bourgeois  de  Limoges  (1264).  Gui  VI  avtit 
pu  leur  résister  quelque  temps  en  déléguant  son  autorité  I 
à  Adémar  de  Maumont,  dont  la  tyrannie  ne  connut  plus 
de  bornes  après  sa  mort.  Les  bourgeois  et  les  artisans  coa- 
rurcnt  aux  armes,  et  bientôt  Adémar  et  ses  frères,  assiégés 
jusque  dans  le  Château,  ne  pouvaient  en  sortir  qu'au  ris* 
que  d'ôtre  massacrés  par  les  révoltés.  La  vicomtesse  mère, 
au  lieu  de  recourir  à  la  force,  dont  elle  craignait  les  suites, 
parce  que  d'autres  révoltes  pouvaient  éclater  ailleurs,  aimi 
mieux  recourir  à  l'autorité  royale,  en  portant  ses  plaintes 
à  Pierre  de  Serviant,  sénéchal  de  Louis  IX.  Celui-ci,  pre* 
liant  pour  règle  la  politique  de  conciliation  du  saint  roi, 
se  rendit  à  Aixc,  y  rétablit  le  calme  en  faisant  consentir 
les  deux  partis  à  soumettre  leurs  différends  à  des  arbitres. 
Mais  cette  médiation  fut  fatale  aux  révoltés.  Adémar  de 


KT  I>F.  Uk  VlCOMTt;  DE  LIMOfiES.  3)7 

,  profiUint  lie*  [lotirparlers,  sortit  de  l.i  place  et 
i  y  bire  entrer  des  vivres  on  assez  grande  quantUé 
lést&tcr  à  un  long  siège;  puis  il  rccamnienc.!  ses 
,  «  irritant  les  habitants,  faÎEsnt  de  grands  maux, 
trea  et  carreaux  du  haut  des  murs,  tellement  que 
a'ottit  passer  toxtn  ta  porte,  n  A  la  Su,  le  peuple 
I  innés,  assiégea  la  Torteresse,  et  la  serra  de  si  pr^s 
|Bmi»>n  Tut  contrainte  de  se  cacher  derrièi'e  ses 
L.  Tnolc  sortie  était  impossible  ;  les  soldais  levfs 
1  dans  la  vicomte,  et  conduits  par  les  feudataircs 
9  de  Hargnerito  de  Bourgogne,  ne  pouvaient  rien 
ta  asAÏégeanls.  Bien  plus,  M>irgueritc,  craignant  de 
mi  cens-ci  des  hommes  disposés  à  s'associer  à 
Bocot  popnlairi',  et  nprf^s  avoir  vainement  menacf 
ire  In  ville,  fit  venir  »  la  bâte  du  la  Bourgogne  des 
\.  l'aide  desquelles  elle  espÉrail  faire  lever  le  siège. 
I  régnait  ailleurs  qu'autour  de  la  place  ;  les  babi- 
Igoes  et  ceux  des  petites  villes  voisines,  en- 
9  sympathies  pour  une  cause  qui  était  aussi 
bnt  de  courir  aux  armes. 
alignons  ne  pouvaient  Taire  Tace  à  cette  Toute 
rais  el  d'artisans  :  le  sang  allait  encore  couler.  La 
i  peuple  pouvait  encore  triompher  par  la  Torce, 
le  jour  de  la  PenlecOtc  (1263),  l'évequc  de  Umo- 
mà  des  abbés  de  Saint-Martial,  de  Saint-Martin, 
e»,  e(  de  plusieurs  personnes  notables,  se  présenla 
kul  de  calmer  les  esprits  et  de  les  ramener  h  la 
Bomeat  oîi  les  médiateurs  étaient  réunis  à  Bejnat, 
icataient  tes  propositions  de  paix,  tes  soldats  de 
i  s'élancèrent  tout  à  coup  sur  eux.  les  diRpcrsô- 
Irs  itmillaut,  maltraitèrent  le  prieur  dt^a  Frèrcs- 
i,  qui  n'évita  que  par  ta  Tuile  de  plus  odieux  trai- 
Alors  l'éréquc,  doul  l'autorité  esl  méconnue,  va 


318  HISTOIRE  DE8  VIC0MTR8 

supplier  le  roi  de  mettre  fln,  comme  suierain,  i 
guerre  domestique.  Louis  IX  chargea  deux  commii 
l'un  pris  dans  les  rangs  du  clergé,  le  doyen  de  Tov 
tre  parmi  les  agents  de  son  autorité,  le  bailli  dXhIét 
se  rendre  à  Aixe  et  d'y  rétablir  la  paix  au  nom  dt  1 
du  roi.  Les  deux  partis  promirent  de  s'en  rapporter  I 
/vision  à  intervenir  S  et  cessèrent  les  hostilités. 

Âymeric  IX,  vicomte  de  Rochecbouart,  avait  i 
paru  incertnin  s'il  se  réunirait  aux  ennemis  de  Mai| 
de  Bourgogne.  A  cette  occasion,  AlphonsOi  comtt^ 
tiers,  lui  écrivait  en  4264,  le  mercredi  après  la  fl 
apôtres  saint  Pierre  et  saint  Paul  :  •  Ayant  appî 
Hélic  dît  Flamenc,  chevalier,  a  l'intention  et  s'efti 
vous  ostcr  le  repaire  ou  château  de  Chaillac,  et  I 
armes  une  chevauchée  contre  la  noble  et  nosM 
vicomtesse  de  Limoges,  nous  vous  prions  de  ne  pi 
voir  ce  chevalier  à  la  nomination  ou  atêu  de  ce  f 
contre  la  justice,  ni  de  faire  cette  chevauchée,  sm 
vicomtesse  étant  prôte,  à  ce  qu'on  nous  assure,  dtti 
justice  devant  vous  à  tous  les  plaignants '.  » 

11  Tut  décidé  que  les  habitants  d'Aixe  rentreraia 
l'obéissance  de  la  vicomtesse,  h  condition  qu'elle  M 
nerait  un  autre  gouverneur.  Marguerite  accepta  aviî 

1.  A  cotlf  im^mtî  «^prvjm',  Pierre  de  Sainl-Aslicr,  év/^que  de  ïi 
filH  du  srifriifiir  dn  l'Ilf,  vn  IVrifronl,  (|uiUa  son  évArbé  et  M  ifÉ 
inngreA  daiw  lu  nnivenl  deA  Frères-Prêcheurs,  où  il  prit  l'hifaii 
l)iiiiiini(|u«>.  fit  d«f  grands  doiiA  au  couvent,  et  ronstruisit  la  maiM 
t4«.'iii.  (Arch.  d«  Pau  :  F.  rit!  la  vicomte  de  Limftgcn,)  Il  fiit  MÉ 
le  l'Iid'ur  de  IV'gliiH-  eu  127ri.  . 

2.  {R'-run'f  tir  Fnutrnmii  à  Poitiers.)  Aymeric  IX  fil  LMir  «Q 
milipu  d'unp  forint,  prifi  d^  IlM*hoc)iouar(,  pour  doA  relifrieufro*  XÊk 
appidi^^  ilrs  Pirni'S'lilnndn'Sy  di-  Tordre  «le  (iraudinuut,  doul  Q 
ciiiisacn'i  par  Sini'ui  di'  IliH^licrlninait.  arrlicvrquo  île  Bordeauif' 
(,Wv*.  //m  x^imùtninf  t/e  L\mo*j^s),  \\  n'i-xiate  plu«  de  ce  couvert  ^ 
ipirA  uiAKuri!!^,^  pris  d'une  iMiurc»,  nonnuôc  la  fonfaine  dr  fAbb^m 
e<t  le  Aujel  de'picu^i'!»  i  i  iMN;lii|ues  IiVi'ndes.  Avineric  niuurul  cD  II 


ET  DE  LA  MCOMTÉ  DE  LIMOGES.  319 

<iécisioD  qui  humiliait  son  orgueil  :  Adémar  de  Mau- 
•  sortit  du  château  et  obtint  le  commandement  de  celui 
Uhu,  ce  qui  créa  de  nouvelles  difficultés  à  la  souve- 

• 

^e  haine  des  comtes  de  Périgord  contre  la  maison 
BBoges  ne  s'était  pas  éteinte  avec  Qui  VI.  A  la  nouvelle 
tarifée  d'Adémai*  à  Cbâlus,  position  qui  menaçait  les 
il  da  Périgord,  Bozon  de  Bourdeille  et  Elle  Flamenc 
tirmt  la  tour,  au  pied  de  laquelle  était  tombé  Richard 
■dMion,  et  firent  prisonnier  de  Maumont,  qui  Ait 
eitét  après  par  deux  bourgeois  de  Limoges,  parce  que, 
I  11  dernière  trêve,  il  avait  encore  exercé  des  brigan- 
jusque  sous  leurs  murailles.  Son  cadavre  fut  pendu 
beaux  de  la  place,  comme  autrefois  celui  de  Bertrand 
rrdoo.  Cette  exécution,  contraire  aux  lois  de  la  che- 
,  condamnée  par  la  quarantainê-le-rai^  ne  demeura 
punie.  Louis  IX,  sur  les  plaintes  de  Gérard  de  Mau- 
parent  de  la  victime,  fit  poursuivre  les  meurtriers  et 
iplices^  Ce  tàii  accidentel  ne  saurait  cependant  don* 
e  juste  appréciation  de  la  vie  des  grands  vassaux  à 
[K>que.  La  plupart  soumettaient  leurs  querelles  à  la 
n  du  roi,  et  venaient,  avant  leur  départ  pour  la  der- 
roisade  de  saint  Louis,  apporter  de  riches  offrandes 
bayes,  tels  que  Thibaut-le-Grand,  roi  de  Navarre  et 
de  Champagne,  qui  fit  un  pèlerinage  à  celle  de 
lont,  la  combla  de  richesses,  ainsi  que  celle  de 
lartial,  dont  l'église  était  déjà  décorée  des  superbes 
des  frères  Lemovici. 

I  les  chroniques  de  Limoges  et  d'autres  documents  S 
IX,  avant  de  partir  pour  l'Afrique,  où  le  suivit 
ni  de  Ventadour,  voulut  faire  passer  l'héritage  de 

CMi.  do  SaiuI- Martin. 

I»  fie  Nadftiifl.  —  Mw.  de  la  Biblioth.  nationale,  n»  9420. 


3»  *  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Marie  de  Limoges  dans  sa  famille,  en  mariant  la  jeune 
?icomtesse  à  Pierre  d'AJençon,  un  de  ses  fils,  ce  qm  annA 
réuni  la  Ticomté  de  Limoges  au  grand  fief  d'Aavap& 
Marguerite  accepta  cette  proposition  avec  bonheor,  el  fKt 
lettres  données  à  Paris,  l'an  1268,  elle  prooiit  d'acoompir 
cette  alliance,  lorsque  sa  fille  aurait  atteint  Tâge  de  poberté'. 
En  attendant,  le  roi,  se  défiant  peui^tre  de  sa  boone  M, 
euToya  son  bailli  saisir  les  terres  du  Limousin,  sommer  ki 
consuls  et  les  habitants  de  Limoges  de  lui  faire  sermaàiê 
fidélité.  Les  consuls,  attachés,  comme  nous  Tarons  ni  toi» 
Tent,  à  leurs  franchises  municipales,  répondirent  arec  «i  { 
certaine  fierté   «qu'ils  étaient  prêts  à  obéir,  mais  qm 
Limoges  n'était  ni  fief,  ni  partie  de  la  vicomte;  qalb 
tenaient  leur  yille  du  duc  d'Aquitaine,  et  non  du  vicoaite 
de  Ségur.»  Saint  Louis,  qui  avait  cru  que  la  vicomiefll 
possédait  la  seigneurie  de  tout  le  Limousin  et  de  sa  capi- 
tale, renonça  alors  à  cette  alliance;  mais  l'avenir  n'ca 
réservait  pas  moins  à  cette  contrée,  par  suite  d'un  ma- 
riage, l'honneur  de  revenir  à  la  couronne,  comme  apanap 
de  Henri  lY,  qui  en  fut  le  dernier  vicomte. 

Marguerite  de  Bourgogne,  quoique  déçue  dans  ses  espé* 
rances,  ne  s'attacha  qu'avec  plus  d'ardeur  à  défendre  les  \ 
droits  et  les  privilèges  de  sa  fille  contre  la  bourgeoisie,  qui  | 
lui  devenait  plus  odieuse  que  jamais.  Les  concessions  qu'elk  f 
avait  été  forcée  de  lui  faire,  son  ambition  surtout,  donnèrent  ; 
lieu  à  de  nouvelles  luttes  avec  les  habitants  de  Limoges, . 
surtout  avec  les  bourgeois  du  Château,  obstinés  à  ne  vou- 
loir reconnaître  d'autre  souveraineté,  d'autre  seigneur  qœ 
l'abbé  de  Saint-Martial ,  attendant  aussi  l'occasion  de  t^ 

• 

soustraire  à  celle-ci.  Pendant  que  saint  Louis  campait  sotf 
les  murs  de  Tunis,  et  Edouard  d'Angleterre  en  Syrie,  dto 

1.  Art  de  vérifier  les  dates  :  Comtes  de  Clermont  en  Beauwnsis, 


ET  l»E  LA  VIC'JITE  UK  l.lMOf.KS.  ;(2| 

des  troapes  et  Tortifia  loulc»  ses  places,  —  «  par 

établit  DU  ^rand  nombre  de  pillards  diins  le  cliAleau 

Ins,  nitoant  toul  lu  pays,  faisniit  m<iiix  ioUnis  aux 

de  Limoges,  détruisant  les  vivandiers  et  inar- 

»  qui  appottaiepi  des  vivres  dans  la  ville,  ou  qui  ve- 

7  acbetvr  des  marehaiitlises  '.  f 

boorgeois.  qui  n'avaient  pas  voulu  se  donner  A  in 

é,  les  arlisaos  ruinés  dans  leur  comiuerce,  elfi'ayés 

i  £Ut  de  chosesi  ne  pouvaiii  résister  longtemps  sur 

m  point»  à  la  fois,  ponèrenl  leur»  plainle.s  à  Phi- 

le-Hardi  qui  venait  de  ramener  h  Paris  le  corps  du 

mi  (1370).  Alarguerile  cessa  tes  hostilités,  cl  dishimu- 

ooldre,  fit  sortir  ses  troupes  de  la  ville;  mais,  pour 

dans  de  meilleures  circonstances,  elle  les  envoy-i 

tr  d«ut  les  cMteaux  d'Aixe  «t  de  Chàlus^ot.  Celles-ci, 

llTaicnt  quitté  Limoges  qu'&  regret,  se  voyant  privées 

tîsir  de  maltraiter  le^  bourgeois,  de  s'earicbir  do  leurs 

iUta,  ae  restèrent  pas  inactives  dans  leurs  g;irnisons; 

n  pu*  leur»  chefs,  et  sans  doute  aussi  par  la  haineuse 

temt,  eUca  raisuicnl  tous  ]e&  jours  des  sorties,  se  ré- 

leat  en  pillant  jusqu'aux  portes  de  Limoges,  massa» 

A   quelquefuis   les  habitants  qui  se   laissaient  sur- 


',  pressé  d'agir  par  les  prières  du  peuple,  attristé 

lors  du  pays,  n'ayant  pu  obtenir  de  Marguerite 

(W<c<iuiun,  résolut  de  recourir  à  la  force.  Avec  ses 

,  réonis  aux  soldats  des  paroisses  voisines,  à  ceux 

iliaje  de  Soligaac,  il  surprit  quelques  bandes  de  pil- 

phrent  la  fuilu;  puis  il  vînt  assiéger  le  château  de 

:,  dont  il  se  rendit  maître  par  capitulation  :  il  Tau- 

le  démiili,  si  l'abbé  de  Solignac  ne  l'avait  réclamé 


.122  HISTOraE  DES  VICOMTES 

comme  faisant  partie  de  sa  seigneurie.  Cette  première  vic- 
toire ne  fit  que  sus^pendro  pour  quelques  jours  les  ravagei 
des  aventuriers,  qui  ne  tardèrent  pas  à  rentrer  dans  k 
place  et  à  recommencer  leurs  course».  Tant  d'audace  r^ 
veilla  de  nouveau  la  colère  des  habitants  de  Limoges.  Âlon 
un  vit  sortir  de  la  ville  une  partie  de  la  population,  préci* 
dée  de  clairons  et  de  trompettes,  suivie  d'une  foule  de 
femmes  et  d'enfants  chantant  des  hymnes  de  victoire»  qoi 


1 


passèrent  la  Vienne  en  ravageant  les  environs,  pour  afflunir 
leurs  ennemis.  Ces  guerriers  improvisés  marchèrent  contai, 
le  chflteau  d'Aixe,  et  brûlèrent  deux  faubourgs*  Mais  peA* , 
dant  qu'ils  se  livraient  au  pillage,  les  soldats  de  la  viconH  j 
lesse-mère,  voyant  le  désordre  qui  régnait  dans  leurs  rang^  ! 
firent  une  sortie,  les  surprirent,  en  tuèrent  soixante,  fireat  ^ 
plusieurs  prisonniers,  et  rentrèrent  triomphants  dans  la  i 
forteresse  avec  deux  bannières  enlevées  aux  vaincus. 

La  vicomtesse,  fière  de  ce  succès,  croyant  avoir  gagné  par  i 
sus  présents  et  par  ses  promesses  quelques  citoyens,  «  gem  J 
endettés  ou  criminels,  qui  craignaient  d'être  punis  ponrl 
leurs  méfaits,  »  fit  sommer  la  ville  de  lui  ouvrir  ses  portes» . 
Mais  la  meilleure  partie  de  la  population  ne  se  laissa  ni  in- 
intimider,  ni  corrompre.  Alors  celte  femme,  «que  la  haine 
ne  Ifiissail  plus  dormir,  courant  çà  et  là  dans  le  LimoosiB 
chercher  armes  et  gens  de  guerre;   toujours  à  cheval| , 
comme  un  homme  de  bataille,  criant,  vociférant  contre  les-. 
bourgeois,  n  fortifia  les  garnisons  des  châteaux  d*Aixe  et  de*, 
Châlus,  et  ordonna  aux  siens  de  piller  partout  les  propri6><|| 
(es  des  bourgeois.  «Par  quoi  ceux-ci  firent  maux  infinieis 
ravissant  fruits  et  marchandises,  coupant  les  oreilles  éli- 
({ucucs  aux  chevaux  des  voituriers,  gâtant  vins  et  graineg^. 
quand  iU  ne  les  pouvaient  porter.  » 

Le  roi  de  France,  Pbilippe-le-llardi,  ordonna  vainement  à 
la  viconUesse  de  cesser  les  hostilités.  Alors,  ne  comptant 


RT  riE  U  Virf^MTÉ  I)R  UMftfiES,  ,123 

!  sw  eax-m£incs ,  les  Holaats  dfl  Limoges  firent' 
i  lortict.  Un  Jonr,  lis  Biirprlrenl  en  rftse  cumpagne^ 
i  de  U  ^roisoii  d'AI;te,  firent  plusieurs  prison-' 
Kilns  occupés  &  Ne  diffV?ndre  qu'à  sauver  leur  butin. 
l«Ondul»ireot  en  Irioniphe  à  Limoges,  mais  ils  ne 
bl  pu  ft  recevoir  du  roi  de  F'rance  l'ordre  de  les 
en  liberté.  Ce  prince  vint  Ini-mëme  ù  Limoges 
Hemp»  «prt*,  ft  son  retour  de  son  expédition  contre. 
t  de  Poix,  r^it  par  lui  prisonnier,  tes  moines  de 
rtial  lai  firent  une  mngtilllque  réception.  Ceux  de 
iine,  accompa^és  des  religieux  de  l'ordre  de 
AiDÎnique,  vinrent  &  sa  tvnconire,  et  te  conduisirent 
loDnellemenl  an  palais  de  l'fv^quc,  d'où  il  partit  le 

n  pour  Tlïiter  l'abbaye  de  Grandmont. 
•nple  arail  beaucoup  espéré  de  sa  présence;  mais  ii 
1  poor  pnitftger  la  ville  contre  les  attaques  ince»*' 
ifle  Hârguerile  de  Bourgogne.  Aussi  les  bourgeois, 
nat  plus  résister,  n'atlendunt  rien  de  Philippc-le> 
*qt)i  ne  savait  pas  continuer  la  politique  loyale  et 
«de  son  père,  se  tournèrent  du  côté  d'Edouard, 
logteterre,  qui  ordonna  aussitât  h  son  sénéchal  de 
■  d'envoyer  des  troupes  ft  Limoges.  Bienl6t  celle» 
miCM«  éprouvèrent ,  grftcc  h  cette  intervention  ; 
Bveile  défaite  dan*  les  environs  d'Atxe.  Mais  si,  d'tnj 
I  bourgeoisie  aux  alioh  se  monttMit  infidèle  à  ii  < 
:  la  Toyanlé  française,  eu  appelant  un   prinetf  i 
k-ft  la  défense  de  «es  privilégea,  le  cleï^é  qai  n'avaîl  ^ 
D^mcs  iuléréts,  qui  bien  plus  puiivait  cr.iiudre  que^ 
Btnea  de  la  commune,  s'iU  avaient  lu  dessus,  na   ' 
'plia  turd  doï  cuaemîs,  se  montra  disposé  Jk  si'  . 
du  c6lé  du  rot.  n  avait  d'ailleum  de  justes  molilii   . 
ui  pour  se  prémunir  contre  les  prétentions  dd 
lia.tpii   voulait  conlraimlre  l'abbé  de  Sainfr  i 


n24  HISTOIllE  DES  VICO&ITES 

Martial  à  lui  faire  serment  de  fidélité.  L'abbé*  au  Uea  de 
se  soumctlre,  vint  à  Paris  faire  acte  d'obéissance  à  Philipp^ 
Ic-IIardi.  Marguerite  de  Bourgogne,  menacée  par  la  résis- 
tante opiniâtre  des  habitants  de  Limoges,  ne  pouvant  hîif 
face  aux  troupes  anglaises  dans  la  vicomte,  tai  réduite  àj 
invoquer  aussi  la  protection  du  roi  contre  Edouard,  qjàf 
prétendait,  comme  duc  de  Guyenne,  exercer  dans  Limogei 
une  autorité  souveraine.  Philippe  lui  adressa  à  ce  sujet  des 
lettres  comminatoires  (1274)^;  mais  ses  volontés  ne|»- 
saient  pas  d'un  assez  grand  poids  dans  la  balance  politiqas 
pour  que  T Angleterre  obéit  à  ses  ordres.  Le  moment  n'étiil 
pas  encore  venu,  où  un  roi  de  France  devait  envoyer  à  le 
cour  d'Edouard  une  déclaration  de  guerre. 

Le  prince  anglais,  ne  craignant  pas  de  violer  ouvertement 
le  traité  par  lequel  son  prédécesseur  avait  promis  à  saint 
Louis  de  renoncer  à  la  souveraineté  de  Limoges,  continu 
de  soutenir  les  bourgeois  révoltés,  qui  euz*mâmes  ne  M 
doutaient  pas  qu'ils  pouvaient  bien  être  victimes  de  cette  . 
aime  à  deux  tranchanls.  Le  désordre  devint  si  grand  dam 
la  ville  et  à  Textérieur,  que  le  clergé  ne  put  pas  pourvoir 
à  la  vacance  du  siège  épiscopal  ^.  Quand  il  voulut  enBa 
s'occuper  de  l'élcctiou,  deux  partis  se  formèrent.  L'un 
choisit  Simon  de  llochcchouart ,  doyen  de  Bourges  et 
chanoine  de  Saiut-Ëtienne;  l'autre.  Clément  de  Saint- 
Uilaire,  aussi  chanoine  du  môme  chapitre.  Mais,  sur  cei 
entrefaites,  le  premier  fut  nommé  au  siège  de  Bordeaux, 
pendant  que  son  compétiteur  mourait  à  Rome,  où  il  était 


i .  Arcb.  de  Pau  :  F.  de  la  wcomié  fie  Limogent, 

2.  Aymeri  du  la  Serr»  (itant  mort  Hur  ccti  untrofaites,  il  fut  le  preimeC 
des  éf^ueft  qui  eut  un  tomlxuiu  tlans  la  cathédralo,  à  laquelle  il  avait  laùMl 
une  forte  voinine.  Il  eut  pimr  cuiTonseur  Gilborl  d«  Malemort,  qui  ne  pril 
pai  immédialemeut  poi^'MÏon,  par  nuitc  doH  prû tentions  do  deux  autm 
candidats  à  la  m^nie  dignité,  Simon  dn  Rochcclionart,  doyen,  et  Clémeiil 
de  Saint-Hilaire,  chanoine.  (GnH.  ChrisU  :  Kcclet,  Umoxicetw,} 


i 


KT  \m  LA  YICOMTÉ  DE  UMOliES.  ;tr. 

lootomr  ses  droits.  Alors  les  passions  se  calmèrent, 
I  put  élire  pacifiquement  Gilbert  de  Malemorl.  Cn 
I  ootnbre  di;  prflats  et  de  hiials  barons  assistèrent  & 
"onisition,  la  plus  solennelle  qu'on  eût  encore  vue. 
•s  laquelle  on  créa  trente-cinq  chevaliers  de  Saint- 
I  *.  Mais,  pendant  que  t'Ë^Use  avait  des  jours  de  f^les 
I  k^omes  de  joie,  le  peuple  continuait  de  souETrir  des 
I  d«  U  guerre;  son  désespoir  le  portait  à  voir  par- 
ts présaftes  de  plus  grands  malheurs.  U  s'effrayait 
t,  disent  les  chroniques,  ù  la  vue  d'une  nuée  de  cor- 
:  qai,  le  jour  et  la  nuit,  venaient  se  percher  sur  les 
des  églises,  Il  faisant  retentir  l'air  de  leurs  croasse- 
li  excitant  toul  le  monde  au  massacre  pour  faire  curée 
idanet.  >> 

d  {"avait  enliu  consenti  à  Taire  hommage  au  roi  de 
I  pour  son  duché  de  Guyenne,  et  de  ce  moment 
ie-Ie>Hardi.  moins  intéressé  à  prendre  parti  dans  les 
is  d«  Limoges,  conseilla  aux  agents  de  la  vicomtesse 
1er  avec  les  bourgeois;  et,  h  la  suite  de  nouvelles 
liions,  il  rendit  une  sentence  par  laquelle  Morgue- 
I  Bourgogne,  au  nom  de  sa  Sllc,  cl  à  l'eiclusion  du 
Lngletcrre,  pouvait  recevoir  le  serment  des  bourgeois 
B  1274)  '.  Edouard  1"  et  les  consuls  protestë- 
!  cette  décision.  Sur  ces  entrefaites,  la  reine 
e  arriva  k  Limoges,  y  fat  honorablement  reçue  et 
t  la  maison  abbatiale  de  Saint- Martial.  Sa  présence 
1  lu  habitants  contre  les  projets  de  Marguerite,  qui 
a  jan  h  leur  fournir  de  nouveaux  sujets  de  plaintes. 
IdeHaumont,  d'une  famille  depuis  longtemps  dévouée 
ennemie,  ayant  .-icheté  de  la  vicomtosse  le  château  da  J 
l,  anil  fait  drosser  des  fourches  patibulaires  jusqaS  ' 


3S6  HISTOIRE  DES  MG0XTE8 

sur  les  terres  qui  relevaient  du  chapitre  de  Saint-ËtieniMi 
Ëlu  quelque  temps  après  archidiacre,  il  entreprit»  près  di 
palais  de  Tévôque,  la  constructioD  d'une  tour  carrée, 
longtemps  connue  sous  le  nom  de  Tour  de  MaumonL  CMê 
construction  mécontenta  grandement  le  peuple  ,  qui  y 
voyait  une  menace  contre  sa  liberté  et  ses  privilèges  K  Maiw 
guérite  ne  tarda  pas  à  recommencer  ses  attaquea,  «  laseifr 
blant  gens  de  toutes  parties  pour  rafraîchir  ses  garaisoDii 
faisant  invasions  et  ravages  sur  les  terres  des  bourgeois.  • 
Heureusement  le  roi  d'Angleterre,  averti  de  cestroobtai 
incessants,  vint  rassurer  les  populations ,  qui  le  reçareat 
avec  des  acclamations  de  joie.  Pendant  qu'il  visitait  hi 
manoirs  des  environs ,  cherchant  à  rallier  à  sa  cause  lai 
petits  vassaux  qui,  en  se  donnant  à  lui,  croyaient  relefer 
leur  fortune,  les  soldats  de  la  vicomte  surprirent  le  Cbi- 
teau  de  Limoges  et  y  arborèrent  leur  bannière  *•  Celui  de 
Noailles,  livré  par  trahison ,  reçut  aussi  une  garnison  qd 
pilla  souvent  les  alentours.  Edouard,  occupé  ailleurs, 
envoya  son  sénéchal  Guillaume  de  Valence  au  secours  de 
Limoges.  Les  gens  de  la  vicomtesse,  battus  sur  plusieun 
points,  prirent  la  fuite,  après  avoir  perdu  plusieurs  ensei- 
gnes. Quelques  jours  après,  un  détachement  de  cavaliers, 
surpris  sous  les  murailles  de  la  ville,  y  perdit  ses  chevaux  et 
ses  harnais. 

Les  troupes  de  la  vicomtesse,  loin  d'être  découragées,  sa 
divisèrent  en  plusieurs  petits  détachements  et  continuèrent 
de  courir  le  pays  ;  la  culture  des  champs  était  abandonnée 
dans  les  environs  de  Limop;es;  le  peuple  fuyait  de  sei 
chaumières  incendiées  pour  se  réfugier  dans  la  ville;  les 

1,  Ct>Uc.  tour  fut  (>ii  (Lirlif  lU'inolit'.  par  li>s  «mires  du  prince  de  GallMb 
I/rv(M|iio  Jean  t\v  LniiKi'Ac  fit  t'llll^t^ui^l<  sur  le  nn'-iiip  t'iiiplAi'iMiUMil  un  iiu« 
;;nitiqiir  rtiàti\iii  «|n'un  nppt'l.iit  V Evrxifuumf,  Llir  il(>  Malr.niorl,  dtiyiMi  da 
ciiapilrc,  nintriltun  iMMurmip  .'i  r.i»?rauiliMi«cin(Mit  <lo  In  urf  <l«*  I.i  cathédrale* 


ET  HE  LA  VICOMTU  UE  LIMOGES.  'm 

râpeux  puar  suatenir  ]es  bourgeois,  les  plus  pau- 
t  demander  l'aumbne.  Xou»  le»  efTorU  du  bénécbal 
I  fttr«ot  tupuissouls  à  rumcuer  U  paix.  Une  iroujie 
uns,  plus  avidos  de  pillâgu  que  de  combats,  ie 
■  les  pendangeurs  près  de  Balezis  et  les  disper- 
i  Mptembre). 

s  par  les  foyards,  les  iiJibitants  de  la  ville  s'arment 

,  plxcenl  des  sentinelles  aux  portes,  s'élaiicenl  dans 

e  1  U  poursuite  des  ennemis,  qui  regagnent  en 

e  chAleau  d'Aiie.  Le  lendemain,  on  se  remei 

it;  d«3  bandes  armées  sortent  eDOore  de  la  ville. 

Il  trampelles,  basiinets,  clairons  et  tambours»,  tra- 

mt  la  Vienoc.  se  pTésenienI  devant  Aixc,  pillent  l'église 

D,   brûlent  plusieurs  maisons.   Le  bourg  de  Ëaiot- 

'  a  le  mCme  xorl  ;  un  pritrc,  surpris  dans  l'église,  y 

^nâllniilé  et  voit  emporter  son   e^lJce  d'argent,  ses 

■  de  prières  et  tous  \e.i  ornements.  C'était  moins  une 

I  de  pari  et  d'autre  qu'un  odieux  brigandage.  Ces 

utions  no  restèrent  pas  impunies,  car,  an  dire  d'un 

;  one  terreur  panique  s'empara  des  dévastateurs,  qui 

lat  la  rtrite  en  désordre,  —  n  jetant  leur  nsmies  à  tra- 

u.  cherchant  un  refuge  dans  les  bois.  Nombre  de 

t  éOoUtrtt  n'ayant  Jamais  eu  exploits  de  guerre,  se 

t  tUnper  par  ceux  de  la  garnison  qui,  aidés  de^  babi* 

l  d'AIxe  réfapiés  dans  le  château,  leur  coupèrent  la 

I  pont.  Ladtli-  compagnie  d'enfunls  prit  la  fuite 

I  et  baÏMOns,  jetant  ses  armes  çà  et  I&.  Trente- 

it  tu^s,  plusieurs  prisonniers;  tous  perdirent  leurs 

« ,  arbilMes  et  autres  bamais.  n 

I  BoBrguignoos  sortirent  encore  d'Aixe,  s'avancèrent 


3âR  HISTOIRE  DES  VICOMTES  ! 

jusqu'au  pont  de  Saint-Martial,  où  ils  brûlèrent  quelques 
pressoirs  et  quelques  maisons.  On  parvint  cependant  à  ki 
mettre  en  fuite;  plusieurs  furent  tués;  d'autres,  surpris  dam 
les  vignes  de  Montjauvi,  perdirent  leurs  chevaux.  Le  roi  da 
France  intervint,  ordonnant  aux  bourgeois  de  cesser  Im 
hostilités  et  de  rendre  les  prisonniers,  assignant  les  den 
partis  à  comparaître  devant  lui  dans  la  quinzaine^  En  effet, 
les  bourgeois,  fatigués  d'une  lutte  qui  les  ruinait,  rendireot , 
aussitôt  les  prisonniers. 

Gérard  de  Maumont,  toujours  dévoué  à  la  vicomtesse, 
alla  soutenir  ses  droits  à  la  cour  du  roi,  qui  renouvelant  h  h 
sentence  antérieure,  ordonna  au  roi  d'Angleterre  de  renon- 
cer au  serment  de  fidélité  des  consuls,  d'abandonner  la 
bourgeois  et  de  les  livrer  à  la  justice  de  la  vicomtesse.  < 
Celui-ci  répondit  que ,  comme  duc  d'Aquitaine,  il  devait  * 
soutenir  ses  vassaux,  que  jamais  la  vicomtesse,  pas  ploi 
que  les  précédents  vicomtes,  n'avait  reçu  à  Limoges, 
l'hommage  de  la  ville.  Quelques  jours  après,  son  séné-  \ 
chai  se  mit  en  campagne ,  et  eut  une  rencontre  avec  les  i 
gens  d'armes  de  Marguerite  entre  Limoges  et  Aixe.  La 
combat  fut  rude  de  part  et  d'autre;  les  vicomtins  eurent  la 
dessous.  Gilbert  de  Thémine,  qui  les  commandait,  perdit 
sa  bannière  et  ses  bagages.  On  ne  pouvait  plus  prévoir  la 
fin  de  cette  guerre  domestique.  Philippe-le-Uardi,  revenant 
du  Languedoc  avec  son  fils,  passa  bien  par  Limoges;  mais, 
au  lieu  de  chercher  h  concilier  les  deux  partis,  il  ne 
s'occupa  que  de  quelques  querelles  de  moines.  Pierre,  abbé 
de  Tulle,  venait  de  mourir,  laissant  une  forte  somme  d'ar- 
gent dont  il  avait  légué  une  partie  h  l'abbaye  de  Saint- 
Kticnne.  Quelques  moines  s'emparèrent  de  quarante  mille 
s.ous  au  détriment  de  la  succession.  Sur  la  plainte  de  l'évê- 
que  de  Limoges,  Ancelin  de  Saint-Jean,  bailli  du  roi  de  i 
France,  poursuivit  les  spoliateurs,  en  fit  arrêter  plusieurs 


j 


ET  DE  U  VICOMTE  DC  LI-MdUES.  338 

"1  chnrgta  de  chaînes,  et  les  contraignit  ainsi  A  restituer 
..mme  eolctée. 

Opetidant,  au  mms  de  tuai  suivant,  le  roi  d'Angleterre 

tntra  àaot  la  Tille  aux  applnudissements  des  habitants.  Les 

ikbû  de    Saint-Martial ,  de  Saiiit-Augitsliii  et  de  Sainl- 

''iriio,  acrompagnéâ  des  frères  raendinnl^,  se  rendirent  à 

n  t»|ji,  le  prièrent  de  faire  cesser  la  guerre  qui  ruinait 

'^ij%.  H  consentit  seulement  h  envoyer  des  ambassadeurs 

m  roi  de  France,  mais  les  hostilités  n'en  continuèrent  pas 

iDotM  (J2T5).  La  vicomtesse,  plus  irritée  que  jamais,  «  fit  tuer 

cettaâns  Toitariere  conduisant  des  marchandises  h  Limoges, 

pmrfanlqDe  Oui.  son  allié,  comle  de  la  Marche,  exerçait  en 

•su  nom  de  grands  ravages  sur  d'autres  points',  s  Edouard 

wmliUil  «insi  négliger  les  intérêts  de  ceux  qu'il  disait  se^ 

■  ••^sia.  De  sortait  de  la  ville  que  pour  aller  à  1a  chasse. 

^mdbttirloal  &  diriger  ses  courses  du  cûté  de  Orandmonl 

de  VergI,  ft  parcourir  les  montagnes  les  plus  abrup- 

.en  attendant  le  retour  de  ses  émissaires ,  qui  u'ap- 

i^nnt  aucune   décision  satisraisante.   Alors,   désespé- 

t  6e  sa   médiation,   les   bourgeois   le  sollicitèrent  de 

.t  donner  des  chefs  sous  les  ordres  desquels  s'organisc- 

;  ta  résistance,  car  déjà  plusieurs  barons  du  Limousin, 

-.'lemplL'  de  Gui  de  Lusignan,  venaient  de  se  déclarer 

-m  eux.  Mais,  voulant  peut-Clrc  ruiner  les  forces  des 

.-X  partiii  par  la  continuation  de  la  lutie,  il  leur  offrit 


•  ili!  Il  Mirche,  ml  Oai  da  Luupiuii,  ûr«  <1i' 
|iiirlH'  •h  t'iml"  lit  la  llJirche.  l'a  »rr*l  il» 
t  'rtJiil  que  Gui  a  raceniit 
.  i-iiU«Uai,  «il  ceala  lirta* 
'  .  :ivcc  K-pt  ehcTiliors  k  » 
.  .1   rcrafVniit  dei  roUa  «Ter 


330  HISTOIRE  DES  V1C0BITB8 

seulement  de  fttire  la  guerre  en  personne»  s'ils  en  obtenaieÉ; 
la  permission  du  roi  de  France,  son  suzerain;  poKl 
astucieuse,  dont  le  résultat  pouvait  être  de  soumettre 
fflroilement  à  ses  volontés  la  vicomtesse  et  les  boni 
Les  consuls  ne   voulurent  pas  accepter  ces  condil 
mais,  espérant  que  leur  cause  deviendrait  la  sienne, 
vinrent,  suivis  des  plus  notables  de  la  bourgeoisie»  loi  oi 
les  clefs  de  la  ville,  le  suppliant  de  disposer  d'eux  à  soni 
ou  de  les  aider  à  défendre  les  terres  qu'ils  tenaient  de  11 
ou  de  les  donner  à  la  vicomtesse. 

Touché  du  désespoir  de  la  population  qui  se  mettaM 
quelque  sorte  à  ses  pieds,  le  prince  versa,  ditponi  des 
mes,  ainsi  que  ceux  qui  formaient  son  cortège.  Le  U 
main,  il  annonça  qu'il  se  rendait  auprès  du  roi  de  Prti 
déclarant  en  outre  qu'il  ne  renonçait  point  aux  droits 
lui  donn<iit  sur  la  ville  le  serment  des  consuls;  qnll 
laissait  des  hommes  d'armes  pour  la  défendre.  Plui 
en  effet,  conduits  par  Aymeri  de  la  Marche,  occupèrent 
pont  de  Noaillac,  où  il  y  eut  quelques  actes  d'hostil 
Cependant,  le  roi  d'Angleterre,  n'ayant  pu  obtenir  dn  roi 
France  aucune  concession,  envoya  Guillaume  Walerif 
Walensa,  avec  deux  do  ses  barons  et  plusieurs  chovalii 
pour  faire  travailler  aux  fortifications  de  la  ville.  Ils  arrii 
rent  au  moment  où  les  hostilités  avaient  pris  un  caracl 
sérieux.  Li  vicomtesse  avait  réuni  h  Aixe  toutes  les  tr( 
qu'elle  avait  pu  fairo  venir  de  ses  places  les  plus  éloigni 

Les  gens  de  Limoges  et  leurs  alliés  s'empressèrent 
prévenir  cette  concentration  de  forces,  sortirent  de  h 
murailles  au  nombre  de  quatre  mille,  entrèrent  dans  Al 
tuèrent  plusieurs  de  leurs  ennemis  jusqu'à  la  porte 
chftteau,  où  se  retranchèrent  tous  ceux  qui  purent  s'y 
gier.  Ouillaume  de  Walcnsa  les  y  cerna  du  côté  de  la  vil 
et,  en  attendant  l'arrivée  des  barons  d'Aquitaine,  qu'il  r^ 


i 


ET  DE  I,A  V1C0»ITK  HE  lOÏIftr.ES.  î3| 

Hfés  pour  afisiéger  ta  place,  il  lil  ravager  les  vi^es  et 
dé»  des  «avtrotiB.  Penilanl  ce  U-inps-U,  une  partie  de  la 
Osoo  cla  ubUean  parvint  &  sortir  et,  au  nombre  de  plus 
ttmn  mille,  occupait  les  deux  ponts  sur  la  Vienne  et 
défeodait  avec  sacuëi.  Sur  ces  enlrtifaites  orrira  le  séni- 
I  anglais,  qui  caoïpa  à  Beynul,  avec  on  graod  nombre  de 
eot»  et  de  Périgourdius.  Alors  on  put  fdiie  régulièretoent 
iéfe  du  clUleaii  d'Aîie,  ponr  lequol  les  habilants  de 
109»  s'cmpresaùrciit  d'envoyer  des  cordes  et  des  cibles 
Baaires  â  l'escalade,  des  torches  pour  y  roellre  le  feu, 
furent  dressées  aux  cris  de  fureur  de  la  mul- 
ipatienle  ilt-  «e  venger  de  toutes  ses  soulTrances, 
iajcur  nouiiuii  Civrac.  Les  assiégés  se  défen- 
du haut  des  niurailies  d'cnornies  pierres 
Les  Aiigio-Limousias,  secondés  par  les  habi> 
ville,  qui  avaient  aussi  à  se  plaindre  de  Marque* 
le,  allaient  s'emparer  de  la  place,  quand  un 
-'  du  roi  de  France  leur  défendit,  sous  peine  h  de  corps 
riens  >,  de  coalinuer  leurs  atiaques,  et  les  assigna 
bain  parlement  de  Paris  (34  juillet  1315). 
:  irlemcnl,  tout  dévoué  au  roi,  reudit  une  seulence 
^it  moins  pour  but  do  mettre  fin  ù  la  querelle  des 
'^«oia  el  de  la  vicomtesse  que  d'humilier  le  roi  d'An- 
m*.   Edouard    fut  condamné  h   payer  aux  habitants 
^,613  livres  trois  sous  huit  deniers,  pour  répara- 
doaunaiitea  faits  par  ses   iroupes.   Ceus-ci,  cral- 
e  pooToir  pas  toucher  facilement  cette  somme, 
Atre  plus  sûrs  d'eu  avoir  au  moins  une  partie, 
d'en  céder  le  tier<'  à  Gérard  de  Maumonl,  s'il 
reste  k  leur  disposition.  Le  lieutenant  de  Mar- 
Celle-ci  n'en  devint  que  plus  ambilieuse 
Ions  ^es  droit<i  de   juridiction  snr   la  villt.'  de 


332  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Déjà,  en  4263,  les  consuls  avaient  consenti  à  ce  qo*el|i 
fit  frapper  une  monnaie,  appelée  barbarins^  mais  à  coa4^ 
tion  que  cette  monnaie  ne  port&t  pas  i^effigie  du  Tii 
S'appnyant  sur  la  môme  cession  du  même  droit»  qu^ 
tenait  de  Tabbé  de  Siiint-Martial,  elle  fit  frapper  à  Aixa 
monnaie,  appelée  LemoviXy  que  les  bourgeois  de  Limi 
refusèrent  de  recevoir,  sous  prétexte  d'altération.  Da  là, 
procès,  à  la  suite  duquel  le  roi  de  France  ordonna 
cette  monnaie  serait  reçue  à  Limoges,  à  la  condition  qa'i 
serait  fabriquée  au  lieu  ordinaire,  et  que  celle  d'i 
n'aurait  plus  de  cours.  Mais  MargueritCi  qui  avait 
d'argent  pour  la  solde  de  ses  troupes,  continua  la  fabi 
tion  à  Aixe.  Malgré  un  appel  porté  à  la  cour  du  roi,  et 
en  attendre  les  suites,  elle  prétendit  user  aussitôt  de 
sa  juridiction,  en  exerçant  ses  droits  de  justice  sur  les 
bitants  de  la  ville.  Les  bourgeois  et  les  consuls,  conni 
tout  le  crédit  dont  elle  jouissait  à  la  cour  de  France, 
gnant,  par  une  nouvelle  opposition,  de  s'attirer  l'ini 
tion  de  Philippo-le-Hardi,  et  de  plus  grands  malheurs 
leur  ville,  parurent  disposés  à  traiter  de  la  paix.  Mais  à 
sujet  les  esprits  furent  divisés;  les  habitants  se  parta| 
en  deux  factions.  Quelques-uns  voulaient  qu'on  gagnât 
temps;  qu'on  s'attachât  à  mériter  la  bienveillance  de 
vicomtesse,  en  faisant  un  compromis  entre  les  mains 
Gérard  de  Maumont.  «  La  partie  la  plus  saine,  dit  la 
nique,  les  prud'hommes  de  l'hôpital,  aimant  mieux 
que  de  perdre  leurs  libertés  et  franchises,  ne  voulaient 
accepter  l'arbitrage.  »  Plusieurs,  indignés  qu'on 
renoncer  â  des  droits  conquis  piur  leurs  ancêtres,  sortii 
de  la  ville,  et  se  retirèrent  vers  le  roi  d'Angleterre. 

Cet  état  de  choses  était  la  cause  d'agitations  incessant 
aucune  proposition  ne  semblait  pouvoir  rapprocher 
esprits  ;  rien  ne  se  terminait,  lorsque,  le  dimanche  a] 


3 

i 


ET  DE  tA  MCtum:  DK  UMOliKS.  333 

r-Hutiti,  quelques  citoycos,  pour  revoir  plus  tôt 
s  oa  leora  parents  détenus  par  h  vicomtesse,  se 
it  el  loi  apporl^reot  les  clefs  de  la  ville.  En  elTet, 
loters  lurt^nt  aussitôt  mis  en  liberli^,  et  Marguerite 
^e  entra  dsns  Limoges,  CQscigncs  déployées, 
B  le  reste  de  la  population  eût  songé  h  prendre  un 
isif.  La  m.ijorité  jura  de  se  soumettre  au  compi-o- 
G  les  prud'hommes  de  l'hâpilal  et  les  citoyens  du 
des  Combes  s'y  refusèrent.  L'abbé  de  Saint-Mar- 
broxnt  Ie&  mêmes  droits  dont  voulait  user  la  vî- 
prit  le  parti  des  opposants,  les  excita  h  la  résis- 
■  Abilgncrite,  effrayée  d'avoir  à  lutter  à  la  fois 
||(||ê  el  contre  la  bourgeoisie,  publia  des  lettres- 
tSMet  de  ses  armes  et  de  celles  de  sa  ûlle,  par 
elle  déclarait  la  ville  et  les  faubourgs  rraocs, 
loolM  servitudes,  pour  le  présent  et  l'aveuir,  pour 
r  aa  fllle.  Malgré  ces  concessions,  elle  ne  se  crut 
|leoi|i9  en  sûreté  dans  cette  ville,  oâ  elle  n'était 
I  quelque  sorte  que  par  surprise,  oii  les  bourgeois 
s  pouvaient  bien  lui  demander  compte  de  leurs 
Bis  i  mort,  de  leurs  terres  ravagées,  de  leurs  mai- 
tàiée*.  de  leurs  femmes  et  de  leurs  filles  violentées 
Uatesque.  Elle  partit  donc  deux  jours  après,  lais- 
fère  eile  ses  prévôts  et  ses  viguiers.  Ceux-ci  s'cni- 
i  d'exercer  leurs  fonctions  eu  son  nom,  comme 
■ienl  reçu  l'ordre,  tîérard  de  Maumout,  et  Elle, 
t  dnyeo  de  Sainl-Yrieix.  oubliant  que  le  premier 
e  était  sorti  de  la  charrue  et  n'avnit  eu  rang  de 
que  par  un  caprice  du  vicomte  de  Ventadoar, 
0  Mfilenc«  qui  annulait  les  droite  de  la  cité  '. 


•■  if  li«urB«oû   [ur«iil 
h  pxént  hw  Jtiilta  «r  l«  mt 
'bn*  •  dun  la  ChitMU,  m 


wndanuiéi  4  pkyvT  l'îoipM  lui 
luui.  Du  |il<u  :  ■  Qu»  loi  uM^i 


WiiT'ym^i-h»  œ^onrFiiç»  BiBôHtnil depuis dOQxeatt^ 


jane.  m  tp-hii  ma  ill&.  ^ooitc^Ie  défendait  les  pm\è|^ 
ict^rxnit  tf  ïg^^neaoBït  rineaiiïre.  vus  usai  arec  une i# 
iiium  ao^  imicesv  itt^aSR&oÉ  ma  ans  progrès  des  îdM 
.-*Ht«?fr^aanr«  imr sca^Bùv  ses  peffiirniT,  an  temps  oftk 
i^thb^  ie  jmmmm».  ia  €saMHH«ia#  sonlcsaient  l^indignalk 
rv  fe  ^tonâîti  «oitfn  ^  lewc  ispatient  de  s'affrandl 
w»  lAviff  •jlt  m\  ■  M*  iS  éf  iecir  des  droits  iK>litîqaes  qi 
a  ^rranar  m.  vaft  ^sconoos^  Cependant,  pressée  par  1 
r^r^Mnananr»  ^  >np»u^»  cette  antorité  à  la  jeone  ncoa 
3»««  ^iir»  •£»  Lacns.  dont  La  main  arait  été  ptaoioB 
5>i$  «ilicitiM  7dr  liis  ftîs  des  pïns  gfnndes  familles  i 
rrvMe.  ftfe  a  vnc«n  à  Artar,  tomte  de  Richenioal,  I 
Afeo  ai  MiL*4b>  i£e  J^an  r*  dnc  de  Bretagne.  Ce  mari^ 
^£L  ^hè&ct  «r  «oile  pcnspe  dans  la  basiliqne  de  Saii 
Iftirtia  ie  T>w!^  et  a»  dus  relie  de  Saint-Martial|  ok  I 
itticr»  1  X^intihfee  reeevaÈcat  tinnean  de  sainte  Valéfi 
>tK«  {n'^ors  11  nV  xnnLt  en  pour  eetle  cérémome 
>  i^»r.  ù  orati^.  par  snrte  if e  la  réTclte  cootinnelle  d 
^»tiî\i?Tfe>V  La*  i«CT  ê>:ax,   tout  joreux  de    consacr 

:'?..;©  oSe  r>:<*  av*I^  rwre<.  B^tacne,  Bourgogne  et  I 
jjxHTf^k  ^îus^seat  *feî  bi«L  mjdheurecx.  si  les  joies  de  Thymi 

>^:«l  w  Mai  K    «I  Wi^  coâj^ixwf.  :i«f.  tnsdçocts  4e  bo»  et  attrai  ptà 

;.  ,a  ;.•  ■<:ai;j..  .c>  3i.LrM-;;>.  -r.i  i-:  j.  T-ozd^;,  des  poules  et  a«U 
*-'>v*-  .  .,v>.  ,-1  .•■.!'»  i  .rw:,L=-:  ?f  ::>?-.  .vzi~e  iizi?  da  ChMeati  et 
.%  *■.%?.  Al  A  wAi>î  <c  jviïi  cw  Jioati.  ott  jLuirts  «isagvs,  lai  demeonrc 
,'  '  <*a,-v\*.  ,-^  ^M^.^  .-^ïw.*  :<.;*rriM >  t-  rtiuc- >-;.,•;  -ijur  les  poids  et  mesoi 
;*  >«.'ii  vi,  s>  *c*  ,»r*»>  îM  "a  -,•„;-.  —  i' j-ir*.  ï-i^pen'int.  et  les  ameac 
*u  v'vdt*  ';v  ^i  ?r»r-«::isi:,  irpart-cdr  :;:  a  la  Tio^mtesie  de  plein  dioi 
^w.>iuA;iiXA  ^^'^r'^  ô:>.vj::ïs1>  ^.-    -.>  ..—.--:.>    -t  usurpa,  nousordfl 

.^^.  dvot  Ci»;  s^wut  UjyonT^  sTïie»  oa  r*r  IjÙiU  Marie,  ou   par  mo  ra 

U  l>  marvA^  eut  ÎK-n,  «îoc  :-s  uns,  en  iTTI,  »\ou  daotre»  es  1271 
•.xw»  d  Al^i^»  Utt  vkvuahitil  qui  se  trouTe  lui  Architw  de  Paa,  ce  Ait  réeft 
we«t  eu  tSTT. 


KT  DE  LA  VICfJMTt;  1>E  UMOfi&S.  ;!,1S 

It6  troublées  par  le  prossentimenL  que  leur  posté- 
t  UD  joui;  s'éteindre  dans  l'oubli,  dans  ce  chft- 
iégUT  qu'avaient  illustré  les  premier»  vicomtes. 
£rela^oe  n'avait  alors  que  treize  aos;  Marie,  sa 

»e,  k  la  bloada  chevelure,  comme  ses  ancêtres 
lernuitique,  en  avait  quinze.  La  vicomtesse  mère 
Kiotrcr  *vaii  orgueil  au  peuple  limousin,  heureuse 

l  jours  qu'ils  se  promettaient,  et  des  brillanles 
'  que  rAvait  pour   eus  sa  tendresse   maternelle. 

If  habituée  à  commander,  celle  Temme  alliërp  ne 

t  pu  immédiate  me  ni  les  rënos  du  pouvoir;  c'est 

lit  encore  &  combattre  pour  eux  '. 
t  était  loin  d'être  stable  avec  les  bourgeois.  ËDbar» 
^Malcncc  des  arbitres,  la  vicomtesse  mère  se  mit 
feioa  de  la  justice  ;  et,  quelques  jours  après,  on  rit 
»&seH  tourcheâ  patibulaires  les  cadavres  de  quel- 
DJs  récalcitrants.  Opendant  on  s'abstint  de 
t  :  OD  s'arrôta  devant  un  pouvoir  n:.odéra[ear. 
édalaUn  du  treizième  siècle,  portée  doucement 
t  (faoe  civiliutioo  naissante,  aspirait  à  se  reposer 

M  DjaiéHelle  dan»  la  médiation  de  la  royauté, 

ton  incoDiesié,  et  sauvegarde  pacifique  des  pro- 
bvcoir.  On  en  appela  encore  au  Parlement.  Phi' 
4»  décida  que  le  droil  du  battre  monnaie  ap- 
i&  U  tioomletse  qui,  satisfaite  de  cette  décision  *, 

ita  d«  BanrKQpii'.  eu  nurUnt  >t  lUlu,  m  rA!«i<(ii  liu  lum 
I  h  MTv  du  84iul-Panli>ui,  in'elle  >nlt  ubetér  lie  ItaymotiJ 
iJm  tim'-U  it>>  Ju]<iicn,   ni  iiiul  cu   qu'illa  pournUt  «acora 

ilill'U  llUU  UQC  putio 
I'    .i[iji>(lieuilri  tniit 

„  \t„.,,, L.iLirtge»,  rt  l  *»  Bwri. 

A  innlu  au  ima  >lu  >j  k.nmo,  iloat  lei  MrtUen 

\t  |«  furent  hliriqijiu  diiiu  Kl  midroil  do  l»uf»  Wiw 

qw  U  eommojK  puliM  i^  o|)pa*er;  qs'ib 


336  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

vint  aussitôt  à  Limoges,  y  fit  une  entrée  triompl 
précédée  de  ses  liommes  d*armes,  àfi  ses  viguiers,  dej 
prévôts,  tous  disposés  à  user  largement  de  leurs  droit 
hauts  justiciers  envers  ceu^  qui  avaient  trouvé,  pendi 
longtemps,  dans  leur  courage  la  sauvegarde  de  leurs 
chises  communales.  Mais  ce  n'était  pas  tout  d'avoir  vaii 
quelques  bourgeois,  il  fallait  que  la  féodalité  comptAt  at 
le  clergé.  La  bourgeoisie,  dans  tous  ses  différends  avec 
vicomtes,  ne  s'était  préoccupée  que  de  ses  intérêts,  al< 
môme  qu'elle  appelait  le  clergé  à  sa  défense  ;  celui-ci 
prenait  guère  qu'une  faible  part  à  cette  lutte,  se  promet 
de  la  faire  tourner  à  son  profit,  espérant  avoir  raison 
vainqueur  en  s'aidant  de  la  haine  des  vaincus  :  il  sai 
bien  néanmoins  qu'il  lui  était  plus  facile  d'avoir  raison 
la  féodalité;  en  restant  sur  le  terrain  du  droit,  que  di 
bourgeoisie  qui  manquait  trop  souvent  de  modérai 
Avec  celle-ci  TÉglise  ne  put  jamais  avoir  d'alliance 
ayant  l'air  de  s'associer  à  ses  aspirations  vers  la  lil 
politique.  Avec  la  féodalité  elle  était  plus  sûre  de  l'avi 
En  cITel,  Gérard  et  Éiic  de  Maumont,  pourvus  de  di 
grandes  dignités  ecclésiastiques,  en  donnant  raison  à 
guérite  de   Bourgogne, •facilitèrent  les  réclamations 
l'église  de  Limoges,  et  lui  fournirent  les  moyens  de 
mander  un  droit  qu'elle  n'aurait  pu  arracher  au  peu] 
si  le  peuple  eût  été  le  plus  fort.  Au  moment  où  la  vi( 
tesse  abaissait  ces  bourgeois,  qui  avaient  si  longtemps 
obstacle  à  son  ambition,  Jacques,  abbé  de  Saint-Mai 
la  somma  de  venir  dans  le  chapitre  lui  faire  homi 
comme  à  son  suzerain  immédiat  :  sur  son  refus,  il  se 


«eroQt  au  coDtrairo  obligt^g  do  s'en  ncrvir,  k  I'cxcIumoq  de  toute  autre,  ei 
cvUe  du  roi  rahriqut'e  à  Parift  ou  à  Tours.  »  (Du  Caugo    Oio^jt,  verbo  Moi. 
Cet  auteur  avait  eu  mu*  doute  rociraxiiui  de  voir  la  «euleuce  renduQ 
•Ujet,  et  doul  l'origioal  se  trouve  encore  aux  Arcbiveit  de  Pau. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  337 

e  la  jiielice  féodale,  qu'il  fit  administrer  en  son  nom^  en 
ferlu  de  l'hommage  fait  à  ses  prédécesseurs  par  Gui  de 
r.  Alors,  ne  pouvant  avoir  raison  par  la  force,  elle  en 
ipela  au  roi  de  France.  L'abbé  se  rendit  à  Paris  pour 
fendre  ses  droits,  en  prouvant  que  les  vicomtes  n'avaient 
ais  exercé  la  justice  à  Limoges  qu'avec  le  consentement 
abbés  de  Saint-Martial.  On  était  sur  le  point  de  décider 
lû!^a  faveur,  lorsque  le  procureur  du  roi  d'Angleterre  s'op- 
-kjsa  à  Tarrôt,  réclama  l'bommage  pour  son  maître,  en  sa 
Iwlilé  de  duc  de  Guyenne,  et  par  cet  autre  motif,  que 
^^était  à  Limoges,  comme  capitale  du  duché,  que  les  ducs 
étaient  la  couronne  et  l'anneau  de  sainte  Valérie. 
L'abbé  mourut  en  revenant  de  Paris.  Alors  la  vicomtesse 
rc,  profitant  de  la  vacance  du  siège  abbatial,  espérant 
les  religieux  n'oseraient  pas  lui  résister,  leur  demanda 
Iqî  livrer  un  prisonnier  échappé  des  mains  de  ses  agents, 
qui  s*était  réfugié  dans  le  cloître.  Le  droit  d'asile  lui  fut 
se.  Mais,  au  jour  de  l'élection  d'un  nouvel  abbé,  elle 
envahir  l'abbaye  pnr  ses  gens  d'armes  dans  le  but  d'im- 
r  par  la  cniinte  un  choix  favorable  à  ses  prétentions, 
peuple,  indigné  de  cette  violation  des  règles  canoniques, 
H,  peul-ùtrc  aussi,  heureux  de  trouver  une  occasion  de  se 
KDgcr  du  despotisme  et  des  humiliations  qu'on  lui  avait 
iKnrent  imposés,  courut  aux  armes  et  chassa  de  la  ville 
te  gens  de  Marguerite.  Les  moines  procédèrent  alors  libre- 
■enl  à  rélection,  et  choisirent  Pierre,  prieur  de  Saint- 
'wry,  qui  fut  aussitôt  reconnu  par  l'évèque  Gilbert  de 
taemort.  Le  nouvel  abbé,  aussitôt  après  son  intronisation 
f(K6},  réclama  le  même  hommage  que  son  prédécesseur, 
^nt  d'ailleurs  dcT  prouver  devant  la  cour  du  roi  de 
'noce,  que  non-seulement  les  vicomtes  devaient  à  l'abbé 
'e  Saiut-Martial  l'hommage  pour  la  justice  de  Limoges^ 
te  AKore  pour  toutes  les  terres  qu'ils  tenaient  du  cloître 

I.  22 


338  UISTOIHK  UEâ  VICOMTES 

à  litre  (le  licfs.  Marguerite  n'osa  pas  résister  plus  ioagiempi; 
on  la  vil,  la  honte  au  front,  mais  dissimulanl  mal  sou  iodii 
gnation,  apparaître  quelques  jours  après  dans  le  chapitn 
pour  y  faire  Thommage,  tanl  eu  son  nom  qu'au  nom  de  n 
flile  et  du  comte  do  Ilichemonti  son  gendre.  Hais  pow 
compenser  cette  humiliation,  elle  s'en  prit  aux  bourgeoii 
qui,  dans  cette  querelle,  avaient  pris  parti  contre  ell^i  M 
exigeant  qu'ils  vinssent  &  leur  tour  se  mettre  &  ses  genov 
et  engager  leur  foi. 

Jamais  femme  aussi  ardente  dans  tes  convoitises,  aoNl 
implacable  dans  sa  haine,  n'avait  usé  d'une  telle  autorill^ 
imposant  ses  volontés  aux  faibles,  luttant  contre  les  puiii 
sants  ou  les  trompant  par  d'odieux  subterfuges.  U  fallait 
que  tout  cédât  &  ce  caractère  indomptable,  la  plus  éivfh 
gique  représentation  des  mœurs  féodales.  Non  contente  iH 
dominer  à  Limoges,  et  sur  tous  les  vassaux  de  ses  dépei* 
danccs,  elle  voulut  imposer  son  autorité  à  une  partie  di 
Bas-Limousin,  qui  depuis  longtemps  s'était  crue  affrancUl 
de  sa  suzeraineté.  Los  maisons  de  Gombomi  de  Tarenaih 
do  Vcntadour,  de  Listours,  de  Pompadour,  et  d'autTM 
moins  puissantes,  mais  animées  du  mùme  esprit  d'indépet- 
dance,  ne  se  regardaient  plus,  depuis  longtemps,  comqM 
fcudataircs  des  vicomtes  de  Limoges  ;  les  abbajca  prétMi 
liaient  aussi  6tre  libres  du  tout  hommage,  et  souvent  h 
peuple  des  petites  villes  s'associait  à  cette  résistance.  lUi 
Marguerite  n'était  pas  d'humeur  à  laisser  méconnaître  !■ 
droits  de  sa  illlo,  encore  moins  à  renoncer  à  son  ambitMM 
personnelle.  Déjà  elle  avait  forcé  Guichard  de  Gomboil 
qui  l'avait  bravée  quelque  temps  derrière  les  muFsUli 
de  son  château  fort,  refusant  de  lui  faire  hommage  pot 
tout  ce  qu'il  possédait  à  Issandou,  de  reconnaître  que  M 
ancêtres  en  tenaient  l'investiture  des  premiers  vioomll 
(liTO).  Au  moyen  des  intelligences  que,  par  ruse  ou  par  é 


.4 


^B  I-n-  UK  I.A  VICOMTE  UK  LIMUGES.  aSU 

^^■uietiMi  proineises,  elle  eiitretonait  avec  la  garnison  du 

^^■Imui  de  Noftilles,  elle  s'eii  £lail  emparée,  ainsi  que  liu 

^^HMOn  uiLres  locatiléa.  Enivrée  de  ses  Irioinphes,  elle 

^^W  ensalte  te  présenter  devnnt  la  ville  d'Uzercbe,  où  elle 

toalail,  comme  Riar<]ue  de  son  autorité,  tenir  ses  assises. 

Ql«  Inlosil  à  la  suite  des  procureurs,  des  clercs,  des  lé- 

pritt  et  taire»  officiers  de  justice.  Mois  celle  ville,  comjH 

IwlHir  M  poeitioD,  qui  en  fitisait  une  véritable  place  de 

mcrre,  prolégée  par  les  dignitaires  de  sou  ttbbayp,  s'était 

!iibila(e  doptiis  un  sîôclc  &  une  certaine  indépendance  par 

on  admiDiatration  intérieure,  qui  ne  repOKiit  point  sut 

lue  okarie  royale,  mais  bien  sur  le  consentenient  de  l'ab- 

.>iT8  dool  cite  avait  toujours  été  le  Hef  principal.  C'était 

>at  eoBunono,  moins  la  suzeraineté  de  l'abbé.  Les  babi- 

lata,  exoiU»  par  les  religieux,  fermèrent  donc  leurs  portes 

1  i'approcbe  dea  soldais  de  Limoges.  1^  vicomtesse  irritée 

"litle  niégc  derant  U  pl.ice  qui,  quoique  eolourëe  de  fortes 

a  manquant  de  vivres,  ne  pouvait  pas  résister 

:.  Alors  l'abbé  el  le  peuple,  retenus  pur  la  crainte 

imita  leon  maisons  envahies  et  pillées  par  les  Bourgui- 

IPMMH,  «  placèrent  sous  la  prolecUun  de  Gilbert,  évéquc 

d«  Utnoges,  qoi  mil  Tinterdit  sur  toute  l'éteuduc  de  la 

nramlé,  el  pionon^a  l'anathëme  contre  Marguerite  et  ses 

^irlisaitt.  Celic^i,  rntignaut  que  l'excommuniciition  n'ef- 

rmtU  te*  Iroupen  et  ne  les  fit  déserter  son  parti,  se  coo- 

-nta  d'investir  la  vills  sans  l'attaquer,  cl  porta  ses  plainte* 

!'inrlicv<*<iue  de  Bourges,  métropolitain  de  l'évoque  de 

-  iiM>gr«,  qui  reçut  l'ordre  de  lever  l'ioterdit,  comme  l'ayant 

■oblti  sans  droit  et  raison.  Alors,  contente  de  celte  décU 

''/>a,  remettant  h  un  autre  temps  de  faire  valoir  ses  droits, 

.     iiC^Mrito  leva  le  siège,  se  retira  sans  entrer  dans  la  ville. 

L^M^tart  qoe  le  roi  de  France  lui  adjugeât,  comme  ell« 


I 


340  HISTOIRF.  DKS  VICOMTES 

dans  cette  ville,  pour  en  prendre  possession,  Guillaume  de 
Fumairole,  qui  s'empara  de  la  maison  où  les  consuls  se  réu- 
nissaient, des  armes  préparées  depuis  longtemps  parles 
hommes  de  la  commune,  enleva  aux  consuls  leur  juridic- 
tion, et  leur  fil  payer,  à  titre  de  droits  indûment  exercés, 
une  amende  de  dix  mille  livres.  Marguerite  arriva  quelques 
jours  après  pour  ajouter  à  toutes  ces  persécutions.  Le 
peuple  tourmenté,  ruiné  par  ses  exactions,  retrouva  enfia 
toute  rénergie  du  désespoir;  il  se  révolta,  la  chassa  ainsi 
que  ses  hommes  d'armes. 

De  nouvelles  hostilités  allaient  avoir  lieu,  lorsque  les 
consuls,  pour  conjurer  Torage,  se  mirent  encore  sous  ta 
protection  d'iulouard  1°%  roi  d'Angleterre,  en  se  reconnais- 
sant ses  honunos.  Ce  prince  accepta,  et,  par  lettres  don- 
nées à  Saintes  le  â7  août  1273,  commit  Gui  de  Lusigoao, 
seigneur  de  Cognac,  et  Echivat,  comte  de  Bigorrc,  sei- 
gneur de  Chahanais,  pour  recevoir  le  serment  do  fldélité 
des  consuls,  les  chargeant  en  môme  temps  de  rétablir  la 
paix  entre  iMarguorite  et  la  conmuine.  Les  deux  envoyés 
se  rcndinut  i\  l.inmgcs,  cl  le  li  septembre  de  la  mCmc 
année,  daiïs  l'abbay»»  de  Sainl-Marlial,  ils  tirent  comparaî- 
tre les  consuls.  liuyol,  bi>ur!;eois  du  ChAtcau,  sans  doute 
le  premier  en  titre  de  sa  compagnie,  jura  sur  l'Évangile  la 
plus  largo  ibrnuilo  d'ohéissauce  et  do  dévouement  au  roi 
d'Angleterre  et  à  ses  sucecsseuis,  comme  ducs  d'Aqui- 
taine *,  mais  saui's  les  droits  du  roi  de  France.  Edouard  l" 


1.  «...  Jum  iitl  luT  s.iiui.i  Dt'i  i>\.i:i;:clia  (]uoil  c^o  Fvrciiiii^iino  ilumilM 
iioslro  Kiiiiiian]*)  i-t  iHTnliliu-;  Miis  ilu('itiii>  Atjuilanii',  ror{iii!i  ol  mt'mbim 
oonini(l«'ii>  ni.-liKli.Tiii,  ot  mnsilimn  cnriiiiKliMii  si-rn-ln  ruHtitiliam,  ol  ilamp* 
iiuiu  iinMirniii  ciiiii  nil  ii.itir::i:u  iiu-itii  |M>r\riK-nt  t'isiU-iii  rcM'tabn,  et  amio- 
niin  niixiliniu.  |iri»iil  riiiiMii'iiiiii  i>t,  ri-il- m  !ai*i.iiii.  tt  jura  ijuiorum  sixt 
clovcria  risilrui,  \v\  cnniiii  in.-iii>!atn,  riim  ail  iiotitiaiu  lucam  pon'Ciicrintt 
rovt'labo.  ^Aivli.  tlu  l'au  :  t\  de  lu  ri'niNtv  de  Liitttujcs,)  Uu  ilucuiuvut  «i 
qiii'liiufi*  antit'!»  nul  ûl/:  jiiiMic.-i  i>ai  .M.  Niv«'l  roiitauburt,  il'aiiKs  un  vùN' 
muM  de  iJSN. 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  341 

rengageait  de  son  côté  à  défendre  Tes  bourgeois,  à  main*. 
.cnir  à  la  commune  tous  ses  droits  et  privilèges  ^ 

La  mort  ne  tarda  pas  à  clore  la  carrière  politique  de 
:ettc  femme  toujours  prête  à  combattre,  toujours  escortée 
d*ane  soldatesque  docile  à  ses  ordres,  toujours  inquiète  du 
maintien  des  privilèges  de  sa  race.  La  nouvelle  de  sa  mort 
toi  reçue  avec  joie  par  le  peuple,  par  les  vassaux  de  la  vi- 
comte, si  longtemps  humiliés  par  celle  que  ses  contempo- 
rains appelaient  la  vicomtesse-reine,  et  que  le  peuple,  qui 
conserve  encore  quelques  souvenirs  de  ces  temps,  appelle 
encore  Marguerite  Venragée.  Elle  avait  administré  la  vi« 
comté  durant  quatorze  ans  (1277).  Avec  des  passions  moins 
lives,  une  ambition  plus  juste,  si  elle  avait  eu  à  défendre 
m  trône  contre  de  grands  dangers  politiques,  elle  aurait 
fa  être  comparée  à  Blanche  de  Castille  et  h  Marie  Thérèse. 
Ibrie  de  Limoges  et  Artur  de  Bretagne  prirent  alors  les 
rênes  de  l'administration  ;   mais  ils  n'avaient  ni  Tun  ni 
faotre  ce  qu'il  fallait,  dans  celte  époque  troublée,  pour 
maintenir  leur  fortune.  Ils  ne  firent  que  l'amoindrir»  pour 
pajer  le  dévouement  de  ceux  qui  s'étaient  faits  si  long- 
temps les  complices  de  l'ambition  de  leur  mère.  Ils  don- 
nèrent le  château  do  Châlus,  ce  fleuron  de  la  vicomte,  où 
était  tombé  avant  l'âge  le  plus  grand  ennemi  de  leurs  an- 
oMres,  à  Gérard  de  Maumont,  qui  en  prit  possession  à  la 
t£te  de  bandes  armées,  et  qui  eu  sortit   ensuite  pour 
étendre  encore  son  autorité  aux  dépens  de  ses  voisins. 
Aymeric  IX,  vicomte  de  Rochechouart,  refusa  de  lui  per^ 

L  m  ...  Promitliinus  consulibus  et  communiUiti  quod  dominus  Edunanlus 
eimlem  consulibns  et  communitati  litteras  in  qnitnis  promittit  eis- 
•t  coDce<3ct  quod  ipso  custodiet  vi  dcfendct  cosdcm,  tinquam  burgrcDBe^ 
I,  ]i\Mirfts  in  judicii)  et  citra  al)  onini  hnminc...  et  quod  ipsc  non  ponct 
in  maiiu  inferiori  qnam  «it  m.iDU!^  doinini  duci:)  Aquitaine,  et  quod  ipsc 
prinlegu  qtw  ipsi  consules  et  comniunita»  hal>eut  et  olim  oUinueront  saper 
-^'^-1.  Qiagiis,  coofuctudinibiu  et  libertatibus  suis  ratificabit  et  eciam  oon- 
(Archivei  de  Pau  :  F.  de  ia  vicomié  de  Limoge»,) 


)42  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

mettre  d'entrer  dans' le  bourg  d'Oradoar-sur-Vayres  pov 
y  tenir  ses  assises.  Mais  un  jour  il  envahit  cette  localiti  à 
la  tôte  de  ses  hommes  d'armes  et  voulut  j  établir  ses  vi- 
guiers.  Aymeric,  à  cette  nouvelle,  réunit  des  forces,  flt  '■ 
marcha  contre  son  ennemi,  qui  vaincu  fut  obligé  de  m 
retirer  honteusement  dans  son  ch&teau  do  Châlus.  Le  vi- 
comte de  Rochechouart  avait  souvent  donné  des  prMiei 
de  courage  et  de  fidélité  à  la  couronne  de  France.  Alphonse^ 
comte  de  Poitiers,  lui  avait  écrit,  en  1271,  de  se  trouvera 
rOst-de-Foix,  au  service  de  Louis  IX,  et  il  s'y  était  rendt 
avec  les  chevaliers  de  ses  terres  '.  La  fortune  de  Qérardde 
Uaumont,  quoique  récente,  était  considérable;  il  po«é» 
dait  aussi  le  château  de  Ch&lusset,  donné  à  un  des  meflh 
bres  de  sa  famille,  qui  naguère  était  venu  s'y  cacheri  pool 
se  dérober  à  la  colère  des  habitants  d'Aixe  et  de  Limogek 
Quelque  temps  après,  troublé  dans  la  possession  de  cette 
place  forte,  il  la  vendit  au  chapitre  de  Limoges,  qui  la  ré- 
clamait comme  propriété  d'un  des  anciens  évèquest  Ll 
jeune  vicomte  n'était  pas  en  mesure  de  protéger  son  va^ 
sal.  De  graves  contestations  existaient  entre  lui  et  l'abbé  de 
Saint-Martial,  parce  qu'un  jour  il  s'était  saisi  de  deux  malels 
d'un  marchand  de  Narbonne,  décédé  dans  la  ville.  L'abbé 
invoquait  à  ce  sujet  un  droit  reconnu  de  toute  ancienne 
&  ses  prédécesseurs,  celui  d*hériter  des  étrangers  qui  mon* 
raient  dans  la  ville,  et  de  les  inhumer  dans  le  cimetière  di 
l'abbaye,  vieille  coutume  féodale,  qui  voulait  que  l'étriii» 
ger,  pour  prix  d'une  tombe,  laissât  sa  fortune  au  cloîtra. 
Le  vicomte  eut  le  dessous  et  restitua  les  deux  mulets. 

L'année  suivante,  Philippe-lc-IIardi,  se  rendant  à  Bon 
deaux,  où  Charles  d'Anjou  et  le  roi  d'Aragon  s'étaient 


1.  (Af*f.  du  séminaire  d^  Li/nngct,)  Ia  vicomte  do  Ilochochouart 
prenait  «ept  chAtoaux,  Rochechou.irt,  Chéronnar,  LaTaofruyon,  Cromièrati 
MoDtbruo,  Brie  et  Saint-AuTeot.  {Arrh,  du  départ,  de  Intlfmte'Vimm»^ 


i 


ET  DE  LA  VICCIMTÉ  DE  LlMOf.lES.  3W 

[Stiné  rcnilPZ-vniis,  passa  par  Limoges,  En  Ra  qualitâ  de 
baut  suKerain,  il  voulut  rfglpi-  les  derniers  différends  entre 
le  vicomte  et  les  consuls  ;  mais  les  bourgeois  rerusÈrcnt  sa 
médiation,  parce  qu'Us  avaient  sans  doute  à  craindre  qu'en 
haine  du  roi  d'Angleterre,  qui  avait  garanti  tous  les  droils 
de  commune  aux  consuls,  il  ne  fût  porté  &  amoindrir  les 
m^mes  privilèges  en  Faveur  du  vicomte.  Les  choses  restè- 
rent donc  dans  le  mGme  i^tat. 

Arlur  de  Bretagne,  en  attendant  une  meilleure  occa- 
sion, s'était  mis  en  possession  de  fa  haute  juridiction  de 
justice,  sans  en  faire  préalablement  liommage  ft  l'abbi^ 
de  Saint-Martial.  Le  prélat,  dès  te  début  àa  cette  Usur- 
pation, interdit  le  juge  et  le  prévôt,  ainsi  que  les  ser- 
gents, conHa  la  justice  par  commission  ft  Guillaume,  son 
neveu,  qui  à  son  tour  investît  des  fonctions  de  juge  le 
bourgeois  Jean  Clary.  La  vicomtesse  et  son  mari  parurent  , 
durant  quelque  temps  se  soumettre  â  cette  humiliation, 
craignant  cette  fois  l'intervention  du  roi  de  France  qui,  à 
sou  retour  de  Bordeaux,  s'arrêta  encore  h  Limoges.  Les  re- 
ligieux de  Saint-Martial  allèrent  h  sa  rencontre,  le  condui- 
sirent proccssionnellement  dans  leur  abbaye.  Il  paya  celle 
hospitalité  en  adjugeant  la  justice  à  l'abbé  par  des  lettres 
patentes  que  ses  agents  publièrent  aussit&t  dans  toutes  les 
rues  de  la  ville.  Arlur  et  sa  femme,  loin  de  chercher  h  s'at- 
tirer les  bonnes  grflces  du  prince,  n'étaient  alors  occupés 
(jn'i  refaire  leur  fortune  aux  dépens  de  quelques-uns  des 
teudataires  de  la  vicomte,  en  usurpant  les  privilèges  jus- 
qn'alors  reconnus  à  ceux-ci  sur  leurs  fiefs  nobles.  L'un 
i'tMx,  le  seigneur  de  Lubersac,  osa  résister,  et  obtint  de  la 
pour  de  Ségur  contre  le  sénéchal  de  ta  vicomte  une  déci- 
àon  qui  le  maintenait  dans  tous  ses  droits  de  seigneurie  '. 


Lubersae.) 


i.  (Arch.  de  Pnu  :  F.  île  h  i; 


à 


344  IlISTOIRR  DES  VICOMTES 

Artur  et  Marie  se  montrèrent  enfin  décidés  à  s*opf.oser 
par  la  force  aux  prétentions  de  l'abbé  de  Saint-Martial  :  le 
jour  de  la  fùte  de  celui  qui  le  premier  avait  apporté  ii  TA- 
quitaine  la  révélation  de  Tlrlvangile,  ils  arrivèrent  à  Limo- 
ges avec  une  troupe  de  gens  armés  (1200).  Pendant  que  le 
clergé  était  occupé  dans  toutes  les  églises  à  raccooiplisse- 
ment  des  cérémonies  et  i\  la  réception  des  offrandes  appo^ 
tées  par  les  lidéles.  ils  firent  briser  les  portes  de  Tabbaje, 
les  brûlèrent  au  grand  eiiroi  des  religieux  poursuivis  jus- 
que dans  le  cloître.  Les  agents  de  Tabbé  furent  battus,  cl 
quelques-uns  mutilés.  Ceux  qui  purent  se  retrancher  dans 
Tcnceinte  de  l'abbaye  furent  contraints,  pour  avoir  de  l'eau, 
h  y  creuser  un  puits,  parce  que  les  canaux  qui  leur  en  fouN 
nissaient  avaient  été  brisés.  Le  prévôt  Raymond  de  Crossan, 
le  clerc  légiste  Moransanas  souffrirent  les  plus  odieuses  vio- 
lences. La  ville,  qui  avait  eu  quelques  jours  de  paix,  pen- 
dant lesquels  les  moines  de  Saint-Augustin  construisaient 
leur  couvent  dans  le  faubourg  Montmaillé  S  était  dans  la 
frayeur;  les  bourgeois  formés  en  confréries  de  la  Passion 
n'osaient  plus  venir  dans  le  cimetière  de  Saint-Martial,  sur 
quelques  tréteaux,  dressés  deviint  une  croix  de  pierre,  don- 
ner à  la  foule  (les  roprésenlalions  des  mystèii.s,  pieux  es- 
sais de  l'art  dramali(|nc  au  berceau,  qui  s'inspirait  de  l'É- 
vangile, et  qui  avait  la  puissance  d'émouvoir  la  foule  par  le 
spectacle  des  i)riiieipaîes  scènes  de  la  divine  épopée,  ou 
par  les  divers  incidents  de  la  vie  île  saint  Martial.  L*effrui 
était  »^  son  conihl»^  dans  toutes  les  abbayes  et  les  couvents 
de  la  \ille.  Les  l)(»nrgeois  crurent,  î\  I:i  laveur  de  ces  trou- 
blcs,  pouvoir  eux  aussi  se  s(uislraire  à  l'autorité  ecclésias- 
tique <le  Ia(iuelie  ils  tenaient  îicrlains  pri\iléges.  Quelques 
tentatives  dans  ce  but  eun*nt  lieu  sur  j'Iusieurs  points. 

1.  OUfr^lisf.  •iiilniili.  l'ir  W  iirultsUiils  cu  137li,  fui  n'hàtic  mi  ICl'.l. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  345 

^s  consuls  de  Masléon,  petit  bourg,  fondé,  ou  au  moins 
sformé  en  communauté,  en  1289  ^  sans  s'être  pourvus 
'aulorisation  de  Tévôque,  entreprirent  d'ériger  une 
lelle,  où  un  prêtre,  soumis  à  leur  juridiction,  dirait  la 
se.  Le  vicaire  de  l'église  de  Limoges,  qui  leur  appor- 
de  la  part  de  Tévêque  l'ordre  d'y  renoncer,  fut  arrêté, 
traité  et  ses  lettres  déchirées  par  le  peuple  révolté.  Mais 
six  consuls  cflrayés  de  ce  désordre,  dont  la  responsabi- 

pouvait  retomber  sur  eux,  se  soumirent  à  la  décision 
révêquc,  furent  condamnés  à  pajer  au  chapitre  une 
ime  de  cent  livres,  à  faire  amende  honorable  au  curé 
Roziers,  en  lui  offrant,  en  signe  de  repentir,  un  cierge 
ant  une  livre.  Chaque  habitant  de  Masléon,  âgé  de  plus 

quatorze  ans,  devait  déposer  un  denier  au  moins  sur 
atel.  Deux  des  consuls,  regardés  comme  les  principaux 
leurs  du  désordre,  furent  condamnés,  Aymeri-Julien  à 
igt-cinq  livres  d'amende,  et  Martial  Abéla  à  quinze  de  la 
Ime  monnaie  de  Limoges.  La  petite  commune  fut  ainsi 
^lée  dans  son  émancipation  par  l'Église  qui  Tavait  créée, 
qui  elle-même  ne  tarda  pas  à  être  troublée  par  des  riva- 
b  ambitieuses  K 

V  la  mort  de  l'évêque  Gilbert  de  Malemort^  le  clergé, 
ignant  que  le  vicomte  ne  profitât  de  la  vacance  du  siège, 
iT  empiéter  encore  sur  ses  privilèges,  se  hâta  de  nommer 

.  «  Anno  1280,  incxpit  villa  Mansi  Lcouis.  »  (Nadal'D  :  Pouilié,  p.  256, 
Jf<jr.  //m  .'iét/t inaire  ih;  Limofja.) 

.  Eii  i3iJ,  Ici  habitants  do  Masléon  obtinrent  de  Raymond  do  Saint- 
Iris,  <i  '}tn,  et  de  l'if.-rn*  Tizon,  lieutenant-général,  la  permission  de  bûtir 
chifitll'i  :i  Villeneuve.  Les  consuls  promirent,  pour  prix  de  celte  con- 
i/di,  de  (I<»un<.'r  annuellement  au  desservant  six  setiers  do  seigle,  cinq  de 
i>=i.  'if:  Miiirnir  les  orneuieuts,  la  rire,  l'ituile,  une  maison  et  un  jardin; 
>:i>.  ii'i'aux  ftjted  annuelles  un  habitant  pour  cliaquc  maison  assisterait 
prf*:c->iûu.  (Archives  de  l*au  :  F.  (fe  la  vicomié  de  Limogea,)  Le  même 
i:::<::it  meiiti«aiii«'  dous  h.'s  uiss.  de  Nadaud. 

.  Ce  fut  sou!^  bOD  épis4X»{tat,  par  décision  du  Parlomeut,  que  l'éT^ïbé  de 
->?«!»  fut  déclarô  exempt  du  droit  do  régale  (l2îC}. 


946  IIISTOmB  DM  VICOIITBI 

un  noQTel  évèque,  qui  Ait  Pierre  de  la  Sepière,  i 
hommes  les  plus  savants  de  l'époque.  Mais  Téla  ava 
rehisé  le  siège  d'AIby,  et  rien  ne  put  le  décider  à  il 
celui  de  Limoges,  qui  Ait  donné  à  Raynaud  de  la  Fo 
à  Allassac',  et  dont  les  fertus  édifièrent  longtai 
peuple  du  Limousin  qu'il  ne  quitta  que  pour  M 
pourpre  romaine  à  Avignon.  Tant  qu'il  resta  à  LioM 
pieux  et  courageux  défenseur  des  bonnes  mœurt  i 
qua  h  poursuivre  les  usuriers,  qui  depuis  longUMÉj 
noient  les  artisans,  les  marchands  et  même  les  gêna  à 
ce  qui  déjà  avait  fait  dire  au  chroniqueur  de  Vigeoia 
moines  sont  punis  par  les  princes;  mais  les  usurière 
tant  multipliés,  leur  impudence  est  telle  qu'ils  se  H 
donner  en  gage  les  rentes  des  églises.  Parce  que  ùi 
passé  toutes  les  bornes,  Dieu  en  a  puni  les  autenra  ] 
démons  incarnés,  les  Brabançons  et  autres,  Août  li 
ont  rongé  toute  la  verdure,  toute  la  beauté  de  l'AquIl 
Le  pieux  et  savant  évoque  modifia  sans  la  guérir  cett 
qui  dévorait  la  fortune  publique.  Tous  ses  eObrla 
rent  au9si  h  régler  les  différends  qui  divisaient  soa 
clergé  au  sujet  des  privilèges  que  se  disputaient  les  é| 

i.  AiTondiMomcnt  do  \\ti\ph,  V.  mon  lUstowe  du  Bcut-UmoMÉk 
2.  CAroH.  Votiensù*  ap.  ÎMÔbeum^  t.  Il,  p.  SSSt 
').  Ia's  tVIiwH  (iu  Liiiio^^>s  i-tii('iit  à  c  Uo  t'p04}ue  ou  lutte  OUVH 
CAKiou  (le  quoique^  ])rivil(^;:is.  Lo  sAcrist.iiu  <li>  Saiiit-MArtial  ial 
proche  h  Jean  duH  Uonicri,  cun'>  de  SAiut-Michol-divPidtorks  qui  fttll 
h  diHtrrnT  uu  prlerin,  à  rcxliluiT  le  c.idavi'o  avec  le»  lionnmirei  pti 
MD  euterrumeni.  On  convint  quo  leii  ^tran^f^nt,  dM<lAii  à  Limoge^ 
à  l'ateuir  iuhuméi  à  Kaint-Mirhel-do-Pintoric  a*ils  le  ilemandalM 
autres  à  Saint-Martial;  maii  que  len  reli|ri«'iix  do  cette  dernUa 
accompagneraiont  tnt\|nuni  lo  corps  Jus4]u'à  IV^Hm  dt^tifcn^e,  et  H 
quart  dw  frait  dos  fnuéreilleii.  (Bonnvi*nt.  tfe  Saint' Amahle,  t.  lit 
liayuaud  do  la  Porto,  apri-i  avoir  ét«'*  an*li«'T^no  fie  11uurg«S| 
canVmal,  mourut  à  Avignon  en  l.'i^n.  II  avait  tH^  iniitructeur  dans  1 
dus  TcmplitT:*.  Sur  sa  dcMuaiide,  il  Tut  inlnim<^  danii  1«)  choeur  dt 
drale  de  Liuiog««i  repréMutâ  aToo  tm  ornomoati  poutificaux.  Trois  h 
ai^ourd'hui  mutiléi,  indiquent  ce  tombeaa. 


RT  ns  1.4  VICOMTE  DU  LIMOGES. 

Bnmfcsae  de  Limog«s  mourut  sur  ces  entrefaites, 

;ipr6s  sa  môre  (1201),  sans  avoir  pu  imposer  son 

aux  boai^oU,  au  clergé  et  aux  barons  du  Limousin. 

ilu  moade,  éloigaéu  duraot  sa  Jeunesse,  et  même 

m  mariage,  de  toute  participation  aux  alfaires 

,  dominée  par  des  goûts  luxueux,  qui  énervaient 

t  féodales  en  les  ruinant,  elle  passa  ees  dernières 

lotûti  Umc^s,  ou  dans  les  chfkleaux  du  Limou- 

t6l  &  la  cour  de  Urelagne,  doat  le  riche  héritage 

kis  k  son  mari  et  à  ses  onranis,  Jean,  Gui  el  Pierre. 

n,  pour  faciliter  la  perception  des  droits  levés 

iwcbands,  avaient  transporté  sur  la  place  de  Sainl- 

les-Uoas  le  marché  aux  fruits,  du  blé  et  des  autres 

qui,  de  tous  temps,  avait  lieu  dans  un  clottre  près 

k>Marliat.  Gérard  Faydit,  d'Uzerche,  abbé  de  Saint* 

no  m  aucune  opposition  h  ce  changement;  par  sa 

mauvaise  gestion,  il  appauvrit  beaucoup  celte 

Absîp*  ses  biens,  et  laissa  mCme  les  religieux  roan- 

dopois  le  jour  de  saint  Luc  jusqu'à  Pâques,  el 

foaroU  le  bots,  nécessaire  au  chauflage,  qae  la 

l'Aononeialion  de  la  Vierge  '. 

de  Bretagne,  après  la  mort  de  sa  femme,  demeura 

ricomlé,  jusqu'à  ce  qu'il  fût  appelé  à  régner  en 

par  la  mort  de  Jean  II,  son  père.  Jusqu'à  cette  | 
[430S),  il  sut  vivre  en  paix,  n'osa  rien  entreprendre 
»  barons  du  Limousin,  ni  contre  l'évèque;  il  eut 
it  qnelques  démêlés  avec  Gui  de  La  Porte,  abbé  do 
irtial,  qui,  mécontent  de  ce  qu'il  n'était  pas  venu 
liommagc  après  la  mort  de  sa  femme,  lit  saisir  lo  ■ 
de  Ltmogc»  vl  la  justice  qui  eu  dépendait  (1300)  '. 
de  celle  époque,  l'histoire  ne  nous  fournit  rien  de  | 

m  ^  ScInl-AiMbls. 

iF.  rff  1"  riMmU  •tf  UmtQr',  510, 


848  inSTOIRR  DES  VICOMTES 

parliculicr  à  son  autorité  dans  la  province.  Il  épou»  a 
secondes  noces  Yolande,  fille  de  Robert  IV,  comte  de 
Dreux,  et  de  Béatrix,  comtesse  de  Montrort-l'AmaQri, 
union  malheureuse  qui  fut  cause  des  longues  guerres  ià 
Bretagne.  En  prônant  possession  de  ce  duché,  il  y  troan 
des  ennemis  dans  les  rangs  du  clergé  qu'il  fut  souvori 
obligé  de  réprimer.  Les  prôtres,  malgré  les  réclamatioai 
du  peuple  et  de  la  noblesse,  s'attribuaient  deux  droill 
également  odieux,  Tun,  nommé  le  tierçage^  qui  consi 
à  prendre  le  tiers  des  meubles  de  tout  père  de  h 
après  sa  mort;  l'autre,  le  past  nuptial^  par  lequel  lésé 
payaient  une  certaine  somme  pour  le  festin  de  leurs  n 
Artur  combattit  ces  prétentions  avec  plus  de  succès 
son  père  Jean  II*.  II  mourut  en  Bretigne,  en  1312,  et 
inhumé  dans  l'église  des  Carmes  de  PIoGrmcP. 


1.  Un  jufremcnt  prononcé  à  Avignon,  eu  1309,  par  lo  pape  Clément 
r<^gla  qu'aprt'S  le  dccùs  de  chaque  paroissien,  lo  recteur,  ou  curé,  vlI 
que  la  neuvième  partie  des  meubles,  les  dettes  pn^alahlemeut  déduit»; 
ceux  dont  la  valeur  serait  do  moins  do  trente  boui  Wîraicni  exempU 
past  nuptiu/t  ut  que  ceux  qui  (>n  auniieut  au  delà^  payeraicut,  le«  uns  de^. 
BOUS,  \v»  autres  trois,  suivant  leurs  facnlUJs.  Le  droit  de  fier^ge,  aîMt. 
réduit,  fut  appelé  artuun,  (I).  Moriro  :  ///*/.  de  Brfinffne.) 

2.  Artur  eut  do  Mariu  de  Linio^^^s,  savoir  :  Jeau  III,  son  successeur;  GiL 
comte  de  Penthièvre  et  vicomte  de  Limcï^^es,  et  Pierre,  mort  ?an«  pnstérilAfi 
de  son  second  maria^re,  Jean  do  Montfort,  qui  flisputa  la  Hrctagac  à  ChaiW| 
de  Hluis;  Jeanne,  mariée  à  Uohett  d(;  Flandre,  si.>i}rni:nr  deCa^t^l;  Héat 
qui  épousa  (îui  X,  seif^neur  de  Lival;  Aliv,  femme  de  Bouchanl  VI, 
do  Veudûme;  lUanrhe,  morte  en  Ixis  A^,  et  Marie,  qui  fut  rcltgicoMi 
Pois»y.  {Le  I\  AnJieltnc.) 


KT  D£  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  348 


CHAPITRE  Xm 

.^,  GUI  VU,  JEAN  lU,  VICOMTES  DE  LA  DTHASTIE 

DE  BRETAGNE 

lei  et  leurs  prÎTiléges.  —  La  commune  de  Bellac  et  Bozon  II, 
la  Marche.  —  La  commune  de  Rochecbouart  et  Aymerie  IX, 
—  La  commune  do  Saint-Junien  et  Aymeri  de  La  Serre,  évèque. 
nmunc  de  Saint-Léonard.  —  Note  sur  Saint-Léonard.  —  Les 
de  Saint-Léonard  se  placent  sous  la  protection  de  Philippe-le- 
eTolte  des  habitants  contre  les  prévôts  de  l'éTÔque  de  Limoges* 
nmuue  de  Brivç  ;  ses  longues  luttes  contre  les  Ylcomtes  de  Tu- 
Baymond  Vil  et  les  consuls  de  Beaulieu.  —  Note  sur  Ray- 
.  —  Jean  I^**,  investi  de  l'autorité  vicomtale  à  Eicideuil  ;  see  diifô- 
:  Gui  du  la  Porte,  ahbé  de  Saint-Martial.  —  Le  pape  Boniface  VIII 
oui.  — Jean  I«r  fait  hommage  à  l'abbé  de  Saint-Martial.— Note 
î-BufiGère.  —  Premiers  actes  de  Tadministration  de  Gui  VII.  — 
rention  dans  les  troubles  de  l'abbaye  de  Grandmont.  —  La  foule 
t  moaastt-re  de  Saint-Martial  ;  les  consuls  rendus  responsables, 
laiion  d'Isabelle  de  Castille.  —  Travaux  de  reconstruction  do 
Saint-Éticnue.  —  Ordonnance  de  Tévèque  Raynaud  de  la  Porte, 
e  et  Jean  III  de  Bretagne.  —  Isabelle  quitte  la  yieomté.  — 
V,  dit  le  Bel,  à  Limoges.  —  Avènement  de  Philippe  VI.  —  Le 
ierre  de  Mortemar.  —  Jean  III  en  Bretagne;  défense  de  battre 
à  Limoges.  —  Mort  de  Jean  III.  —  Bernard  Guidonis;  ses  tra- 


1  avec  quelle  énergie  et  quel  patriotisme  les  con- 
âmoges  avaient  su  défendre  leurs  privilèges,  les 
s  communales,  contre  toutes  les  tentatives  de  Har* 
e  Bourgogne  ;  c'est  que  ces  privilèges,  ces  fran<^ 
lient  en  quelque  sorte  le  patrimoine  d'mie  popula* 
Ique,  et  qui  en  réclamait  le  maintien  comme  un 
qu'elle  tenait  de  ses  ancêtres.  L'origine  de  la 
B  se  perdait  en  effet  dans  la  nuit  des  temps  ;  cette 
a,  toute  démocratique,  n'était  point  le  ré.Huliat  de 
ms  obtenues  du  bon  plaisir  des  vicomtes  on  du 


9U  HISTOIRE  DES  VIC03ffTB8 

clergé,  mais  bien  le  municipe  romain  contînaé  i  tniTen  k 
moyen  âge,  amoindri  quelquefois,  mais  se  relevant  pre^ 
que  toujours  de  ses  défaites,  invoquant  dans  ces  momeob 
de  détresse  la  protection  des  rois  d'Angleterre  ou  des  Capi* 
tiens  qui,  presque  toujours,  s'en  déclaraient  les  défenseun. 
Le  clergé  lui-même  était  souvent  intervenu  dans  la  lutte  « 
profit  des  bourgeois.  Limoges  ne  IM  pas,  an  xm*  sièeto^k 
seule  ville  qui  voulût  C(Miseffer  aoii  indépendance.  lyantrei 
localités  étaient  aussi  arrivées  à  la  vie  politique  par  qoel* 
qœs  eonceuions  obtenues  de  leurs  seigneurs  làlqMS,  n 
des  établissements  religieux,  autour  desquels  elles  s'HiW 
formées  dans  les  derniers  siècles.  Mais  leurs  oliarfias  nHr 
talent  que  des  concessions,  aussi  ue  les  protégftrent^DBi 
pas  toujours  contre  les  grands  feudalaires  m  oontie  k 
clergé,  qui  les  avaient  octoyées.  Parmi  ces  comauviM 
presque  toutes  fondées  au  xu*  siècle,  et  dont  nons  noulopi 
dire  plutAt  les  principaux  événements  que  Iliistoiie,  oosi 
devons  mentionner  celles  de  Bellae,  de  SainWonleB,  ée 
Rocbecbouart  et  de  Saint-Léonard. 

Vers  l'an  940,  Bozon-le- Vieux,  comte  de  la  Marobe,  pour 
résister  à  ses  ennemis,  avait  fait  construire  le  cbâteau  de 
Bellae,  à  l'ombre  duquel  quelques  babitants  des  environs 
étaient  venus  s'établir.  Par  suite  des  guerres  féodales,  (fi 
portaient  la  désolation  dans  les  campagnes,  la  pqiulalioo 
s'y  augmenta  à  tel  point  qu'elle  s'y  trouva  bientôt  aaa 
nombreuse  pour  que  le  suzerain,  comptant  aveo  elle,  dM  \ 
lui  accorder  certaines  franchises,  plus  ou  moins  bien  Ob' 
servéea  par  ses  prédécesseurs.  Bozon  U,  en  9d5,  pour  ri« 
compenser  les  habitants  du  concours  qu'ils  lui  avaient  prMt 
dans  la  guerre  que  lui  firent  le  roi  de  France  et  Guillaums* 
le-6rand,  duc  d'Aquitaine,  ajouta  à  ces  conceasioDS  K  Mais 

y  1.  Adémar,  Mrolog,,  t.  CXLI. 


LA  VICOUiK  UE  LIM0OB6. 
les  tetunU  (le  AeTs  de  la  cbAtellenîe,  abusaiit  de 
nl6,  méconnaissiint  les  rrjiDoltises  coiamunale», 
il  lieu  k  des  récIamatioDs  cénérules.  Les  babilaolB 
ïlon  (l'Audeberl,  comte  de  la  Uarche,  qu'il  m 
r  écrit  leurs  coutumes  (1174).  Celui-ci  y  mit  pour 
I,  qn'ito  recoanuilraieot  tenir  de  lui,  à  titre  de 
t  doQJQiu  et  leurs  terres,  cl  qu'ils  oc  p&urraient 
kuer  l'entrée,  ta  eu  tempide  paix,  ni  en  lemps  de 
itle  ctiiice^aiou  fût  une  réiitublc  éai;incipaUon  de 
loisio,  qui  ne  Tut  plus  taillable  à  merci,  et  qui,  libre 
de  sa  forluae,  pouvait  aller  réudcr  ailleurs  que 
Crrei  du  suzerain.  Kn  li60,  IIuguea>le-Brun,  (lar 
l'aT^inemcDt.dc  la  uiaîioD  de  Lusigiiau  au  comté 
rcbe,  confirma  ce  code  des  coutumes  de  la  com- 

dc  Bocliccbouait,  comme  plusieurs  autres,  avait 

iiw  origine  féodale,  et  devait  sa  formation  à  son 
iasDtiona6  dans  les  amuile*  du  pays  dès  le  com- 

it  du  x\'  sitcle.  l^s  babitaols,  durant  plusieurs 
avaienl  été  Boumis  au  bon  plaiur  du  seigneur, 
tmeure,  véritable  citadelle,  garnie  de  luules  tours,   . 

meuftcc  perpétuelle  contre  les  ennemis  de  l'ioté- 
coalre  ceus  du  dehors.  Il  était  ainsi  facile  aux  vi- 
l'tiDpoter  la  serriludo  aux  liabitants,  de  séquestrer 
et  de  le»  tailler  aux  quatre  cas.  Mais,  au  Mii'sîâ- 
Ddalîlé,  déjà  all'aiblio  par  lu  royauté,  qui  favorifiait 

pruprtk  Ht(6réts  l'élablissemeat  des  communes, 
qu'eo  rtiiuaat  lo  peuple ,  eu  lo  Lenaat  toujours  à 
Mff,  elle  l'invitait  en  quelque  sorte  i  l«  révolte. 


'i  vu»  àm*  ÏHi'toire  de  tieltae,  pir  M.  l'tliM 
■  X.  (lit  le  Brun,  >i&il  >Uj&  tKmot  «a  laiS,  k  l'Uil' 

X  F.  dit  la  eicimlé  de  Limefiet.) 


352  HISTOIRK  DRS  VICOMTRS 

Aymeri  XI,  pour  s'attacher  ses  vassaux,  leur  octroya  d<m 
une  charte  d'affranchissement  au  prix  de  cent  livres  une 
fois  payées,  et  de  soixante  livres  rendables  chaque  année, 
et  promettant  de  n'exiger  d'eux  d'autres  corvées  que  cellei 
dont  il  aurait  besoin  pour  réparer  son  château,  ses  toan; 
ses  moulins  et  ses  étangs.  La  charte  donnée  à  ce  sujet  re- 
connaissait aux  habitants  le  droit  d'avoir  quatre  consuls, 
nommés  d'abord  par  la  communauté,  puis  chargés  denonh 
mer  cux-mômes  leurs  successeurs  (1296)  •. 

Ailleurs,  les  petites  comnfiuncs  du  Limousin,  qui  tenaient 
leur  institution  de  la  puissance  ecclésiastique,  avaient n 
souvent  les  évoques  ou  les  abbés  méconnaître  leurs  droits; 
mais,  au  xm°  siècle,  entraînées  comme  les  autres  à  la  rf- 
sistancc  par  l'exemple  que  leur  donnaient  les  bourgeois  de 
Limoges,  elles  défendirent  couriigeusement  leurs  privilè- 
ges. Celle  de  Snint-Junien,  dont  on  ne  connaît  pas  roriginc 
certaine,  mais  qui  pouvait  remonter  au  xi*  siècle,  alors  qos 
de  nombreuses  habitations  se  furent  groupées  autour  d'uni -1 
abbaye,  près  d'une  église  construite  par  Rurice  II,  évèqM 
de  Limoges,  sur  le  tombcnu  de  Saint-Junien,  pieux  soli* 
tiire  qui,  au  commencement  du  vi"  siècle,  était  venu  faira 
l'apprentissage  de  la  vie  érémitiquc  auprès  de  saint  Amand 
qui  habitait  une  grotte  dans  lu  forOt  de  Gomodoliac.  sur  Ifll 
rives  escarpées  et  sauv;»ges  de  la  Vienne  ;  celle  de  Saint-^ 
Junien,  disons-nous,  se  monlra  d'abord  très-énergique  daoil^ 
la  revendication  de  ses  droits.  Dès  l'année  1250,  elle  s'6^ 
tait  soustraite  à  r<iutorité  de  son  suzenMn,  en  résistant  à 
Aymeri  de  la  Serre,  évO(iue  de  Limoges,  qui  iivait  vou]a 
changer  le  mode  d*éleclion  des  consuls.  Une  partie  de  la 
population  révoltée  avait  i)én6tré  eu  armes  dans  l'église, 


1.  Vùiimus  tic  IKOr).  Aii\  An'li.  lU*  Pau.  Ott*  rhart*',  avoc  i|m-l(](ic8  rliu* 
ITi'nieuU  du  peu  irim|Mirliiiini  dans  la  rrdat'tion.  a  v.lv,  piihliûi'  dans  /c  Lttm 
nn  hùttonffUi\  t.  I. 


J 


KT  DK  U  VirftJITÉ  DE  LIMOGES.  3S3 

ttnl  ofi  le  prélat  s'y  trouvait,  et  avHît  menacé  de  mort 
nqne  mét-oniiaUrail  ou  attaquerait  les  franchises  corn- 
.  Aymeri  efTrajré  n'osa  pas  donoer  suite  à  rexcoia- 
ifeation  lancée  sur  les  révoltes,  et  à  force  de  flatteries  et 
s  de  {taix,  il  arracha  aux  consuls  l'engagement 
êsoDni«tlr«  le  différend  h  l'arbitrage  de  Louis  IX.  Le  saint 
ml,  plus  désirpui  de  faire  régner  la  paix  par  des  concev 
ftooi  qtte  jkar  l'emploi  de  ta  force,  décida  que  l'élection 
4»  consuls  te  ferait  comme  par  le  passé,  mais  que  toutes 
les  fois  cpie  les  bourgeois  seraient  appelés  à  faire  serment 
il!  Bdélité  aux  consuls,  ils  réserveraient  les  droits  de  l'ëvC- 
qoc H  actes  successeurs. 

Une  autre   localité   assez  populeuse  au  xiii"  siècle  eut 

w-*i  A  détendre  ses  francbises  communales  contre  l'évê- 

;■  de  LiitiAge»  :  elle  devait  également  son  origine  à  un 

111  solitaire  qui,  au  commencement  du  vi°  siècle,  s'était 

i  (si  une  retraite  dans  la  forêt  de  Pauvain  '.  Célèbre  par 

[iiété,  [«r  l'effet  de  ses  prières  jusque  dans  le  palais 

'-  rqis*,  swnt  Léonard  vît  accourir  autour  de  sa  solitude 

'  faal«  d'étrangers,  admirateurs  de  ses  vertus,  qui  se 

i^truisirenl  des  maisons  dans  la  forêt,  autour  du  mo- 

i  Wfe  de  Noblac  {IVobiUacum).  L'église  et  le  tombeau 

■  i-i:it  ilevciïti»  dès  le  viii* siècle  un  des  lieux  de  pèlerinage 

i"  |llu^  ii^oèrés  du  limousin.  Plus  tard  on  y  avait  vu  ac- 

I  «aonr  lu>  plu.q  illustres  pénitents,  saint  Oau cher,  fondateur 

^^hoiiMtère  d'Aurcil  (1068)  ;  Uohémood,  prince  d'AntiO' 

^^Kqni  eo  témoignage  d'actions  de  grftces  suspendit  au 

*■"(.  tftfr^t  .ur  aallqtif  l^xind»  uiial  t.^nard  tUJl  diKipleile  lAint  R^mj. 
»'*»■  et  Heûei.  cl  lunui  él^  t«nu  Mr  Clmii  tac  Im  tuuU  du  tnplAme  i 
amî^Mii  Lcmoïkvniit  CWutvI  I  Fnneurum  rtgii  tlliui  ■■■•- 
>,  S.  Renipl  RhtiU'irnm  t{iiiir<ipl  itlKipnlu*.  •  (Acia  SS.  or4.  5.  Br- 


t  rôlaui  Aa  qn'il   gu^l  Viftam   du  roi   il'AuMnu?,  pnbkblemwl 
~     ''      .  rPwUMl.  iMtFOfo]!.,  t.  UXXVIU.) 


354  .    HISTOIRE  DES  VICOMTES 

tombeau  du  saint  des  chaînes  d'argent  dans  la  môme  fonnc 
que  celles  qu'il  avait  portées  dans  sa  captivité  (1406);  Ri- 
chard Cœur-de-Lion ,  qui,  selon  les  chroniques,  rebâti! 
l'église  et  les  murailles  de  Sainl-Léonard  (1197).  Ce  con- 
cours de  personnages  illustres  et  d'étrangers  de  toutes  In 
conditions  contribua  à  augmenter  rapidement  le  nombre 
des  premiers  habitants,  qui  se  donnèrent  de  bonne  beot 
une  administration  en  rapport  avoc  leurs  besoîni.  D  9A 
probable  qu'ils  obtinrent  la  reconnaissance  de  leurs  cos- 
tumes des  religieux  du  monastère,  et  que  plus  tard  ils  r^ 
connurent  pour  suzerain  l'évoque  de  Limoges. 

Quoique  cctlc  association  bourgeoise  eût  obtenu  de  Pbî" 
lippe-Auguste,  de  saint  Louis  et  de  Philippe-le-Hardi  la  rs- 
connaissance  de  ses  droits  de  commune,  elle  n'en  eut  pu 
moins,  vers  la  fin  du  xiii*  siècle,  à  les  défendre  contre  l'é" 
vèque  qui  trouva  pour  adversaire,  non-seulement  les  ooBf  I 
suis,  mais  encore  tous  ceux  de  la  ville  et  des  environs,  ï) 
qui  avaient  été  inféodés  des  droits  de  seigneurie  sur  latovt 
de  Noblac.  Pour  soumettre  les  récalcitrants,  il  lui  aurait 
fallu  recourir  à  la  fort^.c  et  armer  pour  cela  tous  les  vassaux 
de  SCS  terres  ;  il  aima  niioux  en  appeler  &  la  justice  du  roî« 
Mais,  avant  que  l'affaire  eût  reçu  des  légistes  une  solution, 
les  bourgeois,  qui  ne  s'attendaient  pas  à  une  décision  favo» 
rable,  se  mirent  suus  la  protection  du  roi,  on  déclarant  que 
la  commune  no  relevait  que  de  lui.  Philippe-Ie-Hardi  it^ 
déclara  sans  autre  examen  le  seul  suzerain  de  la  commune* 
Philippe-le-Bcl,  qui  lui  succéda,  fut  plus  sage  et  moins  am» 
bitieux  :  il  décida,  selon  l'opinion  des  légistes,  que  l'évô* 
que  Gilbert  de  Malemort  partagoiail  la  justice  avec  les  con* 
suis.  Haynaud  de  la  Porte,  appelé  peu  do  temps  après  à 
remplacer  Gilbert  de  Malemort,  dont  il  avait  été  le  conseil* 
1er,  pour  avoir  plus  faeilcnient  raison  des  bourgeois,  en  as- 
sociant plus  directement  la  royauté  h  sa  cause,  partagea 


i 


ET  DE  U  VICOJWR  DE  LtMOGKS.  m 

'btlt(>pe-le-Bel  les  iJi-oils  contestés,  mais  eut  soin  de 
ner  les  privilèges  féodavis  les  plus  productifs. 
lOrd  fut  longuement  motivé,  et  tenu  si  sectel  que, 
B  temps  opri»,  les  bôuri^eois  de  Sïinl-Léonard  furent  1 
nnée  do  vuir  arriver  dons  leur  ville  Gérard  de  Solo  f 
noDd  de  Saint-Désir,  prévôts  de  l'évCqiie  et  du  roï.>J 
^s  refusèrent  de  leur  obéir,  les  injurièrenl  et  ta-'h 
toar  oeJs  euiprisonaé:'.  Cependant,  quelques  jouN*l 
h  le  liéDéchal  de  Poitiers  les  ayant  faîl  nicltru  en  Uv'j 
e  teolant  soutenus  par  la  population,  ils  reolrërent  J 
i  ville,  foulôrent  ans  pieds  et  traînèrent  dans  la  boue^ 
a  du  roi  et  celle  de  l'évéque.  Le  prévAt,  cbaseij 
taisoo  consulaire,  ofl  il  tenait  ses  assiae»,  ne  put  f  | 
I  par  surprise,  mais  fut  bientôt  obligé  de  fuir]] 
k'ie  peuple  ameuté.  Toutes  les  fois  qu'il  sti  prâscntatt  j 
a  de  U  ville,  demandant,  au  nom  du  roi,  qu'elletj 
^(tvertet  :  «  Dites,  an  nom  du  diable,  »  répotiF-j 
,  Le  peuple,  furieux  de  ce  qu'il  rû«j 
I  dans   Ici  euvirons,   cherchant  à  le  suiv  ] 
il  eo  armes,  le  poursuivit  A  coups  du  picrreat  | 
1  scrgcDla  ot  en  «mprisouoa  quelques-uns.  Cooiuw  3 
i  de  violence  pouvait  alltrer  sur  les  consuls  la  colën  * 
t  oeox-d  chcrcbérenl  h  se  justiQer  en  prétextant  <io»] 
lât  ft'ttait  insUllé  sans  observer  les  lormc^  voulue*.  , 
X  tonëes  de  discussions  juridiquos  uu  de  violeor  J 
I  cooT  dn  roi  condamna  la  commune  de  Saial-Léo*  J 
s  Ibrte  amende  au  proQt  d«  l'évoque  '•  PbUipp6>  1 
■  pas  être  plus  sévère,  dans  la  crainte  de  vuir  11 
biafc  rebelle  »e  déclaier  pour  le  roi  d'Angleterre, 
bit  de  reiitr«r  an  possession  de  la  tiuyeone  (1303). 
I  tttubil  (ul  beamiz  d«  voir  la  bourgeoisie  le  re- 


à  :  mn.  étpnt*i  on  jrimJ  « 


r  d'  Um'>iftii. 


356  HISTOIRE  ÛttS  VICOMTES 

ceToir  aux  portes  de  la  ville,  lui  présenter  les  clefs  et  lui 
jurer  foi  et  hommage  dans  la  principale  église^  probable- 
ment celle  qui  existe  encore,  et  dont  le  portail  occideotil 
appartient  au  xiii*'  siècle.  Le  prélat,  de  son  cAté,  prometliit 
bien  de  respecter  les  privilèges  de  la  communauté,  mab 
attendait  de  meilleurs  temps  pour  en  avoir  raison. 

Dans  une  autre  partie  du  Limousin,  depuis  longtemps  in- 
dépendante des  vicomtes  de  Limoges,  où  commandaienl, 
comme  de  petits  rois,  depuis  le  x*  siècle,  les  vicomtM  de 
Combom,  de  Ventadour,  de  Malemort  et  de  Torenne,  h 
lutte  n'était  pas  moins  vive  qu*à  Limoges  entre  les  bon^ 
geois  et  les  hauts  barons.  Sur  les  bords  de  la  Corrèxe  s'était 
formée  depuis  longtemps,  autour  d'une  église ,  une  vilb 
qui ,  enrichie  par  le  commerce,  s'était  donné  des  coutu- 
mes, comme  règles  de  son  administration.  Ancienne  dé- 
pendance des  barons  de  Malemort  et  plus  tard  des  vicom- 
tes de  Turenne,  Brive  s'était  émancipée  du  joug  féodal,  i 
l'exemple  de  Limoges,  de  Tulle  et  de  Périgueux.  Plusteors 
fois,  durant  le  xiii*  siècle,  ce  peuple  de  bourgeois  et  d'oo- 1 
vriers  avait  fermé  ses  portes  à  ses  anciens  suzerains  ;  réo* 
nis  autour  de  la  bannière  de  saint  Martin,  leur  patron, 
il  faisait  continuellement  bonne  garde  à  ses  remparts; 
et,  quand  il  se  trouvait  trop  faible,  il  s'était  ligué  avee 
les  villes  voisines,  comme  Tulle  et  Pigeac  (1344),  et  avait 
obtenu  la  rédaction  en  forme  de  code  de  ses  franchise!  i 
communales,  portant  principalement  qu'aucun  habitant  ne  j 
pourrait  être  retenu  dans  la  grosse  tour  de  la  villOi  prisas  ; 
qui  appartenait  au  seigneur,  qu'autant  qu'il  aurait  com- 
mis un  crime  entrainant  la  peine  de  mort  ou  la  mutila- 
tion; que  pour  tout  autre  cas  il  pourrait  se  racheter  à 
prix  d'argent,  ou  en  fournissant  une  caution  ^  Un  arrAI 

1.  Raymond  Vidal.  Voir  uiiu  |tarlic  de  cette  »enteiico  dan»  mon  Hùtioin 
du  Bat-Limottsin,  t.  2,  p.  139. 


J 


ET  DE  LA  MGOMTÈ  DE  LIMOdKS.  357 

r  du  roi  avait  octroyt^  à  U  ville  le  droit  de  nom- 
losnla  (!Î37).  Mais,  en  iiC.l,  Aymeri,  évêquode 
k  le  mftine  qui  avait  conibutlu  à  oiitmnce  contre  les 
s  de  Saint-Léonard  et  de  Umoges,  en  sa  qualité 
ÎD  de  la  terre  de  Mulemort,  avait,  ù  la  demande 
ite»  de  Turenac,  porté  atleiote  à  celle  de  Urive, 
.  décider  que  ceux-ci  pourraient  y  établir  leur 
tt,  OD  leur  lieutenant,  mais  en  réservant  les  droits 
<i  qui,  depuis  1344,  y  avait  un  bailli  '.  Celle  sentence 
3  indignation  générale;  les  hommes  de  la  com- 
i  prirent  les  armes  ;  d'alTreiises  cruautés  eurent  lieu 
I  et  d'autre  pendant  trois  ans  :  tout  chevalier,  sur- 
I  par  un  bourgeois  hors  de  la  ville,  avait  à  payer  une 
e  rançon,  ou  ét^l  mis  il  morl.  Enfin  un  rapprochement 
~nt  lieu  ;  on  uonvint  de  s'en  rapporter  &  la  décision  d'un 
religieux  de  l'ordre  de  Saint-Dominique  '.  La  ville  ronNen- 
lit  k  payer  au  vicomte  de  Turenne  une  partie  des  frais  Taits 
poor  la  dernière  croisade.  Une  iimende  de  sept  sous  devait 
èlre  infligée  aux  hommes  des  deux  partis  qui  s'attaque- 
un  de  soixante,  s'il  y  avait  effusion  de  sang.  De  plus, 
kdes  meurtriers  devaient  être  saisis  et  conlisquës 
[des  seigneurs  et  de  la  commune,  La  ville  eut  & 
t  titre  d'indemnité,  cent  livres  au  vicomte,  qui  se 
ait  le  droit  de  poursuivre  individuellement  tout  ci- 
DOt  il  aurait  h  se  plaindre,  mais  seulement  devant 
■  du  roi.  Ce  ne  Tut  qu'une  trêve  il  laquelle  la  bonne 
I  présida  ni  d'un  cftté,  ni  de  l'autre.  De  nouvelles  dU- 
■Itéi  survinrent  bienlAt,  et  furent  encore  aplanies  par 
mtjon  de  frëre  Gérard,  religieux  bénédictin,  et  dO 


r  fcliu  d«  V 

é  df  UpnMt.  (Arcb.  d«  b  illti  Ae 


358  HISTOIRE  DES  MG0MTE8 

l'abbé  d'Obasine  (23  décembre  1379).  Ainsi  forent  arrêtées 
pour  quelque  temps  ces  dissensions  qui  feraient  de  li 
commune  de  Brive  une  des  plus  célèbres  du  moyen  âge, 
si  l'histoire  en  avait  conservé  tous  les  détails. 

■ 

Au  moment  oh  Raymond  VU,  ainsi  que  sa  famille,  pouN 
suivait  de  sa  haine  cette  petite  ville,  on  le  voyait  soutenir 
avec  la  même  opiniâtreté  les  prétentions  des  bourgeois  de 
Beaulieu,  dont  la  suzeraineté  était  réclamée  par  Tabbaje, 
en  vertu  d'une  sentence  qui  l'avait  adjugée  à  l'archevêque 
de  Bourges  (1265),  comme  représentant  les  droits  du  fon- 
dateur. Celui-ci,  appelé  de  nouveau  comme  arbitre,  dé- 
cida que  quarante  bourgeois  choisiraient  douze  d*entre 
eux,  parmi  lesquels  l'abbé  désignerait  quatre  consuls, 
mais  à  condition  qu'ils  ne  pourraient  imposer  aueone 
taille  sur  les  habitants  qu'en  présence  de  son  bailli;  que 
toutes  les  affaires  de  la  communauté  seraient  discutées  en 
assemblée  publique  dans  la  maison  du  consulat;  qu'à  cha- 
que nouvelle  nomination  à  l'archevêché  de  Boui^gas,  les 
quatre  consuls  de  BeauHeu  offHraient  à  l'abbé  les 
clefs  de  la  ville  (1278)  ^  Tous  ces  différends  entre  la  dé« 
mocratic  qui  voulait  m«nintenir  ses  libertés  et  la  féodalité 
qui  voulait  ne  rien  céder  de  ses  vieux  privilèges,  se  termi- 
nèrent en  1296  par  une  charte  rédigée  à  MarteM.  Ray- 

1.  Cette  souteiicu  porto  quo  le  sceau  de  la  justice  appartiendrait  k  Tabbé; 
que  pour  les  droits  de  tuuiVaillis,  In  lit  du  di^l\int  appartiondrail  aux  r«lî- 
fcioux,  à\n»\  qu*une  tiattc  de  viu.  Ia  valeur  du  lit  Tut  flxée  i  huit  aotu,  la 
hntte  de  viu  à  trois.  Quant  au  dîner  ({ut»  la  fauiille  du  ddfuut  devait  aui 
iiioint's,  il  i^tail  h  la  disrn^litm  de  l'abb*^.  Le  ilrnp  mortuaire  placé  fiur  le  cer» 
rucil  dnvait  ap|iartcnir  à  l'abliaye;  à  l'avéneiiifut  de  chaque  abbi^  lei  con- 
suls, revêt  Uh  de  liMirs  ridnrs,  devaicul  venir  le  recevoir  aux  portent  de  U 
\illp. 

■2.  Raunotid  VII  niMiinit  au  sorvirr  île  IMiilippi'-lr-nci,  tlans  la  (guerre 
l'Miln-  h's  rianiaii-U.  cl  fut  nilcrn''  dans  l'hApital  ih:  Jaffa.  ap|»arteiiant  aui 
TrMnp!irr«,  situt*  près  du  i'h.\(eau  de  Tureiiue.  Jl  avait  institué  pour  mu  h4ri- 
tl.  n-  Mar;:iU'ritt'.  na  tille  iiiiiipu',  qui,  p.ir  s-iri  inaria^i>  avw'  Uemard  VII, 
porta  la  vh»3uit<^  dans  la  maison  ih;  Omminfrei.  en  1311.  (Le  P.  Auwlme  : 
llixioirf.  yénéal.) 


1 


RT  f)K  LA  ^^coM'n;  m.  limogrs.  sbb 

oiond  Yn  se  réserva  daos  la  ville  de  Beaiilieu  et  ses  dépen- 
dances la  faculté  de  punir  les  crimes  d'adultère  et  d'homi- 
cide; d'infliger  une  amende  de  soixante  sous  ii  quiconque 
aurait  fait  une  blessure  arec  le  fer;  de  poursuivre  ceux  qui 
seraient  reconnus  coupables  de  rapt,  de  vols  nocturnes. 
Mais  il  reconnut  qu'en  vertu  de  droits  antérieurs,  la  ville 
aarait  une  Hnivemté  avec  ses  privilèges  et  des  insignes 
particuliers  '  ;  que  des  consuls  seraient  investis  de  l'admi- 
nistration publique,  et  la  commune  admise  au  partage  de 
son  autorité,  et  nu  tiers  dans  l'exercice  de  sa  juridiction 
haute,  basse  et  moyenne  ;  que  celle  juridiction  serait  exer^ 
cée  par  un  bailli,  nommé  par  lui  et  par  la  commune;  que 
les  habitants  et  tous  leurs  biens,  placés  dans  le  territoire 
de  la  vicomlé,  seraient  exempts  de  tout  tribut  {rectigitiù), 
de  droii*  de  péage,  de  fiefs,  à  raison  de  ce  qu'ilsvendraient, 
ou  transporteraient  ailleurs.  Les  syndics  de  la  commune, 
en  échange  de  ces  concessions,  déclaraient  tenir  leurs 
privilèges  du  vitomte  seul,  comme  de  leur  seigneur,  et 
s'engageaient  à  ne  jamais  les  aliéner  au  proflt  de  per- 
lonne;  qu'A  la  nomination  de  chaque  bailli,  six  d'entre  eux, 
porteurs  d'un  mandat  spécial  de  la  commune,  feraient 
ta  même  déclaration  *.  D'autres  petites  localités  avaient 
_msi  au  sin"  siècle  leurs  franchises,  mais  moins  éten- 
H  et  soumises  le  plus  souTCnt  au  libre  arbitre  des 
(Beors. 

rtnr  de  Bretagne,  avant  d'aller  recueillir  le  riche  el 
tense  héritage  de  sa  famille,  avait  remis  h  Jean,  son  fils 
i,  la  vicomte  de  Limoges,  comme  exerçant  les  droits  de 

•  tlpirersilatem  cl  jura  et  inaig'nia  UaiTersilxUs.  s  (Justel  :  Preneei  de 
aùon  lie  TurtTint.)  Le»  inugnei  den  consul«  cniiiicUîent  en  une  robe  ei 
■■"  >-)i«peroD  mi-parti»  noire  et  nmgoi,  el  duubl*»  d'^ITo  blwiclic.  Le  seetu 

i  "WBUilt-  circulure  :  s.  (tigUlum)  CONSVLY»  ET  COKvisrrATlB  Dï  BÈLLO-  ■ 

'.«■n.(Aiyh.  dttaeMe.)  M 

;.  Aicb.  (le  Pbq  :  F.  de  la  vicomlé  de  Limof/ea,  H 

uT    à 


360  HI8T0IKB  DES  VICOMTES 

sa  mère  ^  Ce  fût  dans  le  ch&teau  d'Excideuil,  dont  la  p» 
session  aidait  été  pour  ses  ancêtres  la  cause  de  longna 
guerres  contre  les  comtes  de  Périgord,  que  le  nouveai 
vicomte  fut  investi  de  ses  droits»  en  présence  de  tous  lei 
barons  du  Limousin,  invités  à  venir  lui  faire  hommage*. 
Dès  les  premiers  jours  de  son  avènement,  il  se  trouva  et 
opposition  avec  Gui  de  la  Porte,  abbé  de  Saint-BIartial, 
qui,  comme  ses  prédécesseurs,  ambitieux  de  ne  riei 
perdre  des  privilèges  de  son  abbaye,  réclamait  l'hommage 
pour  la  justice  que  les  vicomtes  tenaient  en  &ef.  Le  pré* .  1 
lat|  après  être  venu  à  Paris  invoquer  la  justice  du  roi, 
crut  devoir  recourir  à  la  protection  du  saint-siége.  C'était 
au  plus  fort  de  la  lutte  de  Philippe-le-Bel  contre  Boni- 
face  VIII;  aussi  le  roi  de  France  Ait-il  mécontent  qu'on 
eût  porté  l'aiFaire  à  un  tribunal  autre  que  le  sien.  Après 
s'être  donné  un  pape  favorable  à  ses  vues  politiques,  il  Bt 
déposer  l'abbé,  que  Clément  V  remplaça  par  Gaillard  de 
Miraumont. 

Le  nouveau  pontife  vint  ensuite  à  Grandmoni  (1306)  ac-  ] 
compagne  de  sept  cardinaux,  et  suivi  des  plus  illustres 
troubadours  limousins,  parmi  lesquels  on  distinguait 
Giraud  de  Bourncil,  surnommé  le  maître  des  poètes^  «  dont 
les  jeunes  filles  aimaient  à  chanter  les  sirventes,  en  venant 
puiser  de  Teau  à  la  fontaine';  n  Gabert,  dont  les  chanta 
d'amour  ne  faisaient  pas  rougir  les  grands  personnages  de  : 
la  cour  d'Avignon^.  A  son  arrivée  sur  les  limites  du  diocèse 
de  Limoges,  Clément  V  fut  reçu  par  un  nombreux  clergé 


1.  Lei  moDuaies  d'Artur  avaient  pour  lé|r<»Dde  :   artur  I.  VICK-COXIS 

LEMOVICEN'SIS. 

s.  Uu  acte  du  lundi  après  la  Saint-]k'mal>é,  de  1301,  fait  à  Eicideuil, 
porte  le  «roau  du  jeuuo  vicumti'.  [Anh,  de  Pau,) 

3.  RATNOrAllD  :  Vie  thi  Troubaihurs, 

K.  Ou  lui  attribue  un  po«'mo  ^rotiquf,  fnit  à  Avignon,  intitulé  :  Las  Bam» 
sias  {ies  Baiten), 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  3Bi 

tt  conduit  par  l'évëque  au  couvent  des  Dominicains,  d'où  il 
[larlit  le  lendemain  (24  avril  1306)  pour  l'abbaye  de  Soli- 
gMC.  Apres  tlie  resté  cinq  jours  à  Grandmont,  il  donna 
inx  religieux  la  permission  de  manf;cr  de  la  viande  deu^ 
fois  par  semaine  :  c'élait  pour  les  dédommager  des  grandes 
dépenses  que  sa  présence  avait  occasionnées. 

Le  nouvel  abbé  de  Saint- Martial,  quoique  nommé  sur  la 
recommandation  du  roi,  ne  négligea  point  les  intérêts  de  sa 
communauté  ;  dès  les  premiers  jours,  il  s'efforça  par  la 
persuasion  d'amener  Jean  de  Bretagne  à  lui  Taire  hom- 
mage. Le  jeune  vicomte  résista  quelque  temps,  et  finit  par 
M  soumettre  à  cette  humiliation  :  accompagné  de  plusieurs 
religieux,  de  ses  barons  et  des  principaux  bourgeois,  il 
«Dira  dans  le  chapitre,  fit  serment  de  fidélité  pour  les  droits 
qu'il  avait  dans  le  Château,  dans  la  chdtellenie  et  notamment 
pour  celui  d';  faire  batire  monnaie.  Il  renouvela  la  même 
cérémonie  pour  tout  ce  qu'il  tenait  en  fief  de  l'abbaye  dans 
les  châlellenies  de  Pierre-Buffière  et  de  Châleau-Chervix'. 
Jlprës  avoir  reçu  de  l'abbé  ie  baiser  de  paix,  il  donna  à  tout 
le  clergé  dans  le  réfectoire  unsplendide  festin,  auquel  assis- 
Urent  aussi  tous  les  moines,  heureux  d'avoir  vu  leur  suze- 
raineté reconnue  par  l'hérilier  d'une  puissante  et  illustre 
maison  (1307)  ^  Ils  ne  se  doutaient  pas  sans  doute  que  Pbi- 
lippe-le-Bcl,  qui  a'était  fait  leur  protecteur,  soumettrait 
ItienlAt  à  son  despotisme  l'Église  et  la  féodalité.  Les  Tem- 
pliers, cette  glorieuse  milice  engagée  dans  tous  les  com- 
luts  de  la  Terre-Sainte,  qui  avaient  à  Limoges  de  vastes 
tUtimenls,  une  riche  commanderie,  furent  les  premières 


1.  L«  ui^eurie  de  Pie rre-Bufl  1ère  cl&il  ttudaUirc  du  nioniilère  d 
'  ilt-Croii,  éngâ  au  cammencemeDl  du  xil*  siècle  pu  les  seigneur»  d^  ti 
-iliU,  cl  qui  éUiil  loumii  aSainl-Uarliil  de  Limoges.  Le  monaMèro  di 
Suin-OuiM-do-Chertit  itul  i\.é  hUl  pu  Ëlieniie  II,  ((uatoriièino  abU  di 
>«DUilui{uiliu,  Tcn  ïia  1120.  (Banau.  de  Sainl-Amable,  I.  III.) 
I.  Oall.  Chritl.,  i.  2, 


L 


36S  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

yictimes  de  rambition  et  des  yengeanoes  du  roi  ^  On  poi< 
vait  s'attendre  que  bieat6t  l'autorité  des  Ticomtes  seni 
absorbée  par  celle  de  la  royauté  qui,  par  une  poliUqW'j 
astucieuse,  admettait  l'église  de  Limoges  au  partage 
privilèges  dont  les  vicomtes  jouissaient  depuis  des  siée! 
Ainsi  Limoges  avait  vu  l'abbé  de  Saint-Martial  pai 
avec  le  prince  les  droits  de  justice.  L'année  suivante  (Il 
le  doyen  et  le  chapitre  de  Saint-Yrieix,  par  une  ti 
passée  devant  Guillaume  de  Nogaret,  cet  habile  légiste  qi\ 
jugeait  toujours  en  faveur  de  son  souverain,  conseni 
en  haine  du  vicomte  Jean  de  Bretagne,  à  associer  le  rail 
la  justice  de  la  ville.  Us  obtinrent,  entre  autres  oondil 
que  les  ville  et  seigneurie  seraient  désormais  régies  par 
droit  écrit  ;  que  le  roi  ne  disposerait  jamais  de  sa  part 
juridiction  en  faveur  de  personne;  qu'elle  serait 
par  un  viguier,  un  juge  et  des  offlciers,  mis  par  lui  et 
le  chapitre  en  possession  de  leurs  charges,  et  que  le 
serait  en  commun,  c'est-à-dire  représenterait  les  droits 
chaque  partie  *•  On  reconnut  aussi  que  le  roi  ferait  bal 
monnaie  à  l'endroit  où  existait  autrefois  une  tour,  dite 
tour  de  FAbbé^  qu'il  la  ferait  reconstruire  pour  y  rendre 
justice  et  y  retenir  les  accusés.  On  n'excepta  du  partage 
droits  de  seigneurie  que  les  hommaj^es  dus  au  doyen, 
les  fiefs  contigus  au  clotlre,  ainsi  que  les  flefs,  les  reveni 
et  les  hommages  qui  lui  avaient  toujours  été  attribués  il 


1.  La  principale  habitation  des  Tmiplierr  ^{\\i  Bituéo  devant  l'abbaye 
Saiut-Marlial,  au  coiu  du  rnitrée  do  la  porte  PoiUalière, 

2.  I^  *c.osiU  nunniuu  portait  d'un  cM  :  sio.iixvm.  cuni.K.  noMNl.  REGI 
FiUNaf:.    F.r.    dkc.am.  kt.  capitvli.  s.  ahkdii.    avec  les  tleur»  de 
sur  l'autre  cùté,  l'imago,  df  l'abl)^,  rcvi^tu  de  f^%  ornpnicntK.  avec  la 
Le  petit  sceau  portail  Mulcinent  tuif  (ItMir  de  lis  et  unn  rrmm  avec 
léfronde  :  s.   s.  aredii.   Ce  document,   Mip^iS   en  latin,   {torti:  eu   tMÉ] 
«  Diplonia  regium  quod  de  conventu  derani  ut  canonicorum  S.  Aredii 
citftur  Francorum  rei  ad  domiuium  cl  juridictiimem  Attanen»if  Til}«e>.»(.li 
dtf  Pau,  F,  tif  h  vicomte  dv  Ununjfs^  «'rio  E.) 


1 


z  «eigneurs  de  Msumont,  dé  testas  alors  dans 
k  A  cause  de  leur  complicité  dans  U  tyraDme 
e  de  Boari^ftne  *. 
mtque  le  vicomte  de  Limoges  perdait  ainsi  ses  pri- 
que  u  famille  avait  conservés  à  travers  les  siècles, 
rille  de  Saint-Yrieix  où  »  ses  officiers  prenaient 
te  justice  et  police,  et  mettaient  prix  raisonnable 
pain  et  rin,  d  les  bourgeois  et  les  consuls  de  Li- 
efaercbaient  t  profiter  des  événements  politiques 
rasdiqoer  les  droits  de  commune  que  s'étaient  at- 
Iw  derniers  vicomtes  et  l'abbé  de  Saint-Martial.  La 
nia  France  et  l'Angleterre,  par  suite  du  mariage 
Ivde  Pbilippe-le-Bel  avec  le  fils  d'Edouard»  favori- 
HjiétenUoofi.  Cette  union  rendait  à  l'Angleterre  sa 
^■-■nr  les  seigneuries  d'Aquitaine,  ce  pays  deve- 
Kd^b«lle  de  France,  qui  réservait  i  son  époux 
préseoU  de  noces,  car  les  descendants  des  Plan- 
deraient  en  son  nom  revendiquer  la  couronne  de 
AiusitAl  après  cette  union,  si  fatale  aux  deux  na- 
a  de  Limoges  chargèrent  l'un  d'eux,  Simon 


neal  lïjoiiJce,  d'ibord  eier- 
(iiniinin  Inodlt^i,  p*iu  en  pirtie  eolrc  lc«  nuûia 
•ut  lisu  prinuipdeiDeDt  mii  Philippc-la-Bel,  1  U 
ce  ptinm  »«  le  uint-tiége.  Le  diplAme.  ligai  t 


364  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

Bojol,  bourgeois  renommé  par  ses  talents  et  son  pat» 
iisme,  de  demander  au  prince  anglais  la  confirmation  te 
privilèges  et  des  coutumes  de  la  ville.  L'envoyé  de  la  co» 
mone  devait  être  d'autant  plus  accueilli  favorablemeati 
qu'il  était  le  parent  et  peut-être  le  fils  du  consul  Ëlie  Bqji 
qui,  en  1273,  avait  fait  serment  de  fidélité  au  nom  de  laviK 
à  Edouard  1"  qui,  de  son  côté,  avait  promis  de  défeoèl^ 
les  fk*anchises.  En  effet  le  roi  d'Angleterre  confirma  de  noi^ 
veau  les  coutumes  du  Château  de  Limoges  dont  la  rédadioa 
lui  fut  présentée  par  les  consuls  ^  Le  vicomte  Jean  de  Bit* 
lagne,  qui  habitait  alors  la  maison  qu'il  avait  achetée  de  h 
famille  de  Pejrusse,  près  de  la  place  de  Saint-Michel-dtt« 
Lions,  ne  fit  aucune  opposition  à  cette  reconnaissanolii 
Ainsi  s'affaiblissait  peu  &  peu  l'autorité  des  vicomtes 
profit  de  la  royauté,  de  l'Église  et  de  la  bourgeoisie.  I 
de  Bretagne,  pour  la  défendre,  n'eut  rien  de  Ténergia 
sévérante  de  ses  ancêtres.  Peut-être  aussi  attachait-il 
d'importance  h  la  possession  de  la  vicomte,  parce 
comptait  sur  celle  du  duché  de  Bretagne  *•  En  eflM, 
sitôt  après  la  mort  de  son  père  (1312),  il  regut  les  b 
mages  des  Bretons  et  des  évoques  de  Bretagne,  et  dès  1 
il  se  trouva  aux  premiers  rangs  des  grands  vassaux  de  M 
couronne  de  France.  li  avait  épousé  en  premières  noce^ 
en  1297,  Isabcau,  fille  de  Charles  de  France,  comte  de  Vtj 
lois,  morte  en  1309;  et  Tannée  suivante,  Isabelle,  fille  d| 
Sanche  IV,  roi  de  Castillc  et  de  Léon,  &  laquelle  il  recoti 
nul  en  douaire  la  vicomte  de  Limoges.  Mais  avant  sa  prin 
de  possession  du  duché  de  Bretagne,  Gui,  son  frère,  féi 

1.  Archiveg  t|(>  l>aii  :  t\  de  h  viromU  dt  Limoges,  Lo  vidimut  à»  m 
coutumeK,  dont  la  réilartion  csl  ni  lanfrur  liiiKuixinf,  rompreod  dix  in-MJ 
on  parrliemin.  li  ne  port»  pas  di*  ilato,  ni&iii  il  a|)pRrticnt  certainement  II 
Ziv*  «ii'cle. 

2.  Philip|H>l(''Bel,  i»ar  lultn^s  du  mois  do  soptcnibn^  1297,  atait  ^rigél 
comté  de  Hreta^'n**  en  iloché.  {(wuiiiaum^  tli*  Nanffit.) 


1 


ET  DE  LA  riCOMTL'  DE  LIMOGES.  3A-1 

Impart  qui  liù  retenait  dans  les  successions  de  son 
sa  mère;  car,  à  lui  aussi,  rejeton  d'une  ramtlle 
bilail  an  titre,  des  niaDoirs,  des  vassaux  «t  tous 
^t»  <i«  la  rëodnlilé,  et  il  y  avait  de  quoi  satisfaire 
iioo  sur  les  terres  de  llrclagne  et  de  Bourgogne, 
lité  bit  à  Paris  (1315),  Jean  UI  lui  céda  tout  ce 
échu  du  cher  de  leur  mère,  à  la  charge  de  payer 
lent  deux  mille  livres  représentant  la  dot  d'Yo- 
le  soa  pire  Artur  avait   épousée   en   secondes 


ainsi  vicomte  de  Limoges,  pouvait  espérer 

i  lard  duc  de  Bretagne;  nous  verrons  comment 

ilremeot  par  suite  de  nouvelles  dispositions  de 

I,  que  sa  générosité  et  l'aménité  de  son  caractère 

le  Bon.  Trop  confiaut  dans  l'atenir,  Qui, 

devrions  classer  comme  le  septième  dans  la  gé- 

des  vicomtes  de  Limoges,    s'il  eût  plus  longtemps 

ce  (ilre,  se  Mta  de  faire  reconnaître  son  autorité, 

'il  eût  espéré  laisser  après  lui  des  successeurs  di- 

coDtiaucraienl  l'illustration  de  sa  maison.  Son 

•oin  fat  de  réparer  ses  places  fortes,  longtemps 

par  ses  prédécesseurs;  d'augmenter  le  nombre 

kdUncs  d'armes,  et  de  convoquer  H  sa  cour  pléniërc 

qui  lui  devaient  foi  et  hommage.  Il  .igran- 

les  ateliers  où  se  fabriquait  la  monnaie  vi- 


Kiles  les  apparences  d'une  piété  sincère,  il  prit 
ieun  occasions  une  grande  part  aux  querelles  des 
«OTtout  &  Grandmont,  dont  le  monastère  était 
lepais  longtemps  par  des  factions  qui,  plus  d'une 
il  excité  contre  les  religieux  l'indignation  dn 


3M  HISTOIRE  DSa  VICOMTRS 

peuple»  et  attiré  les  réprimaades  du  ptpe  et  le  mécoat» 
tement  des  hauts  barons.  Un  moine  de  SainUMartial,  di 
défenseur  de  la  discipline  ecclésiastique,  accusa  de  m 
désordres  le  prieur  du  couvent,  homme  de  maufaisa  vi% 
qui  dissipait  les  biens  de  la  communauté  pour  satiaikire 
mauvaises  passions.  En  même  temps»  les  religieiix  qui  a^ 
vaient  pas  osé  jusqu'alors  dénoncer  leur  chef,  cédant 
conseils  de  Oui»  et  d'un  autre  côté  soatenua  par  les 
de  Saint-Martial,  quittèrent  leurs  cellules  et  vinrent  àli* 
moges,  où  ils  commencèrent  une  enquête.  Leur  absenn 
ne  fit  qu'accroître  l'audace  du  prieur  :  resté  seul  maitra  da 
monastère,  il  s'entoura  de  soldats»  fit  garder  laa  avenosi^^ 
comme  une  place  forte.  Pendant  ce  temps  les  frères  fm 
naient  un  chapitre  général  dans  le  couvent  dea  GoideliM 
de  Limoges.  D'un  avis  unanime,  Jourdain  de  Rabastens»  li 
spoliateur  de  leur  fortune,  ie  violateur  des  lois  canoniquah 
fut  solennellement  déposé»  et  remplacé  par  Blie  Adémaa 
de  la  maison  de  Lois.  Le  nouvel  élu,  ne  pouvant  s'installii 
par  la  force  à  Grandmont  qu'occupait  toiùours  son  rhaM 
crut  pouvoir  plus  facilement  imposer  son  autorité  en  k^ 
faisant  reconnaître  dans  un  chapitre  général;  mais  Joor-| 
dain  de  Rabastens»  entouré  de  quelques  moines  attachés  M 
sa  fortune,  réunit  lui  aussi  un  chapitre  qui  le  maintint  éut\ 
sa  dignité.  Le  pape  Jean  XXII  rendit  enfin  la  paix  au  clollrëH 
en  déposant  les  deux  rivaux.  il 

il  fut  plus  facile  au  clergé  de  Limoges  d'avoir  raison  dMl 
bourgeois  qu'au  souverain  pontife  de  rétablir  Tordre  Ai^ 
OrandmonL  Le  jour  de  la  Fête-Dieu  (13S7),  pendant  laprMÎ 
cession,  la  foule  envahit  le  monastère  de  Saint-MartiaV 
pour  saisir  un  moine  de  Saint-Augustin,  dont  il  avail  à  W0 
plaindre,  et  qui  faisait  une  neuvaine  au  sépulcre.  Mais  an» 
paravant,  celte  troupe  furieuse  s'était  aussi  jetée  sur  le  coa- 
vent  de  Saint-Martin  et  y  avait  commis  de  grandes  violences 


M 

4 


ET  08  U  VICOMTE  OE  UHOGES.  3H7 

colère  de  n'avoir  paa  p\x  3  trouTer  nu  lutre  moine, 
le  de  Ctubaoais,  que  l'éfAque  avait  coodamné 
naurtriar  d'Imbert  de  ViUers,  bourgeois  de  la  Tille. 
il  craignait  que  le  coupable  ne  subit  pu  ta  sen- 
I  peuple  voulut  arrtter  dans  Saint-Martial,  pour  le 
MMume  otage,  le  pauvre  moine  innocent,  qui  eut 
caué  dans  le  tumulte  et  qui  mourut  quelque:;  jours 
lès  GOQiols,  comme  reipoasables  de  cet  altentat, 
Uérée  au  pariemeat,  qui  les  condamna  à  fournir  & 
trois  bassins  4'argent,  à  entreleoir  nuit  et  jour 
rges  devant  les  reliques  de  saint  Martial,  à  pajrer  une 
dedix  livret  tournois  tu  profit  de  l'abbaye  de  Saint- 
;l  de  Guillaume  de  Chabanais,  que  l'arrAt  déola- 
cent;  déplus  la  commune  ht  condamnée  envers 
ODB  amende  de  dix  mille  livres,  et  les  consuls  à 
aque  année  et  i  perpétuité,  nn^pieds,  nu-téle  ei 
itore»  porter  de  l'abbaye  de  Saint-Blartial  1  l'église 
•Avgostin  l'image  en  oire  d'un  moine  dn  poids  de 
■es,  qu'ils  rapporteraient  ensuite  an  tombeau  de 


1,  qui  parcourait  alors  la  vicomte  pour  flaire  recoo- 
ê  privilèges  de  suieraiu  aux  hommes  de  ses  terres, 
es  ona,  effrayant  les  autres,  vit  son  autorité  mena- 
noment  où  il  s'y  attendait  le  moins,  ^wr  les  récla- 
d'Isabelle  de  Gastille,  sa  belle-sœur,  excitée  peut- 
les  conseils  de  son  mari,  qui  pouvait  en  en<et 
r  d'avoir  aliéné  la  vicomte  de  Limoges.  Elle  te  plai- 
*0D  eat  disposé  sans  son  consentement  de  ce  riche 
,  qu'on  lui  avait  reconnu  en  dooaire,  et  qu'elle  ati- 
■oit  de  revendiquer  plus  tard,  si  «Ile  survivait  k  Jean- 


an  HISTOIRE  DES  YIGOMTfô 

le-Bon;  ajoutant  d'ailleurs,  qu'après  avoir  suivi  son  mir 
dans  le  duché  de  Bretagne,  elle  avait  souvent  fait  acte  d'an 
torité  dans  la  vicomte,  comme  dans  ses  propres  domainoi 
en  y  instituant  des  officiers  et  en  y  percevant  le  prodmi 
de  plusieurs  rentes.  Le  roi  de  Gastille,  son  Mre,  soutint  m 
prétentions,  et  chargea  Oonsalès,  évèque  de  Bui^os,  de  le 
défendre  devant  le  roi  de  France.  Oui  YII,  tenant  la  vicomte 
d'une  simple  concession  que  son  f^re  pouvait  révoquer^ 
et  ayant  contre  lui  des  ennemis  nombreux  et  puissantii 
consentit  i  un  accommodement  dont  les  conditions  de- 
vaient être  réglées  par  le  roi  de  France.  Alors  PfaiUppe-1» 
Long,  du  consentement  des  parties  intéressées,  chaîna 
les  évèques  de  Laon  et  de  Mende  d'examiner  la  questioi 
el  de  la  résoudre.  Les  deux  prélats,  après  de  longues  oofr 
férences,  convinrent  que  Gui  renoncerait  à  la  vicomte,  dé- 
poserait son  désistement  entre  les  mains  de  l'évèquedi 
Limoges,  et  qu'on  lui  assignerait  huit  mille  livres  de  re» 
tes  en  Bretagne.  Philippe-le-Long  approuva  cette  dédsioi 
par  des  lettres  patentes,  données  à  Paris  en  1317  ^  II  aimail 
mieux  que  ce  grand  fief  restât  dans  les  mains  d'une  femoM 
que  dans  celles  de  Gui,  lequel  avait  paru  disposé  à  bravet 
son  autorité.  Déjà  ce  prince  avait  cherché  à  se  faire  dei 
partisans  dans  la  vicomte,  en  déclarant  les  habitants  de 
Limoges  exempts  de  contribuer  aux  frais  de  la  guerre  de 
Flandre.  Plus  tard,  quand  son  sénéchal  avait  voulu  les  fo^ 
cer  à  le  servir  de  leurs  personnes,  Jean  de  Bretagne  suit 
protesté,  et  ses  agents  avaient  nui  aux  intérêts  des  coosab 
et  des  bourgeois  en  exigeant  d'eux  le  prêt  d'une  forte 
somme  d'argent,  qu'il  ne  remboursa  que  par  suite  d'une 
sentence  du  sénéchal  K 
La  décision  intervenue  entre  Isabelle  et  Gui  ne  fut  pei 

1.  D.  Lobiaeau  :  Hist.  de  Bretagne, 

2.  Arch.  de  Pau  :  F,  de  la  vicomte  de  Limoges,  S.  E,  n*  740. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DR  LIMOGES.  369 

ptée  par  le  duc  de  Bretagne  qui,  ne  voulant  pas  gre- 
son  duché  d'une  rente  aussi  forte,  aima  mieux  se  des- 
nisir  de  quelques  fiefs,  et  céda  à  son  frère  ce  qu'il  possé- 
lut  en  Penthièvre,  dans  le  comté  de  Guingamp,  dans  les 
diâtellenies  de  Ménibrias,  de  Pontrieu  et  de  La-Roche- 
Dmrien,  à  condition  d'en  faire  hommage  au  duché  de  Bre- 
tagne, et  de  payer  une  pension  viagère  de  dix  mille  livres 
k  la  duchesse  Tolande  ^  Gui  VU  renonça  alors  à  la  jouis- 
■Dce  de  la  vicomte  de  Limoges.  Avant  de  s'éloigner,  on 
b  vit  souvent  fréquenter  les  églises  pour  y  déposer  des  of- 
frandes, et  entendre  les  prédications  de  l'évèque  Raynaud 
ie  la  Porte,  qui  invitait  le  clergé,  les  grands  et  le  peuple  à 
h  reconstruction  de  l'église  cathédrale  de  Saint-Étienne, 
eommencée  vers  la  fin  du  xm*  siècle  par  Hélie  de  Malemort, 
doyen  du  chapitre,  qui  en  avait  posé  la  première  pierre 
(1*  juin  1273)  *.  Le  travail  avait  marché  lentement  depuis 
eetle  époque,  puisque  le  chœur,  œuvre  architecturale  des 
pins  remarquables,  fut  continué  par  Gilbert  de  Malemort 
(1990),  Raymond  de  la  Porte  (1316),  Gérard  Roger  (1320), 
Relie  de  Talleyrand  (1325),  et  terminé  seulement  vers  1327. 
L*Ëglise«  pour  la  construction  de  ses  grandes  basiliques, 
a'avait  plus,  comme  autrefois,  des  milliers  d'ouvriers  à  sa 
disposition,  travaillant  seulement  en  vue  de  leur  salut,  et 

t.  heeaàl  des  ordonnaiiceiu 

î.  «  RftTnaiid.  éréque  de  Limoges...  Nous  faisons  saroir  que  nous  et  notre 
ÛÊ^iUm  die  T^ise  de  Limons,  laquelle  fat  bitie  par  le  bienheareuz  3lar- 
Wt  ap6Cre  de  J.-C.,  qui  fbt  enToyé  en  Gaule  par  saint  Pierre,  prince  des 
ifAtret,  seloo  le  commandement  qn'il  en  arait  reçu  de  Notre-Seigneur  ; 
^KUe  ^gliae,  an  temps  susdit,  a  tenu  la  principauté  sur  toutes  les  églises  de 
W  fmriBoe  d'Aquitaine,  et  qui  fut  après  rebâtie  par  nos  prédécesseurs  d'un 
qui  n'est  pas  asset  beau  ou  décent  dans  sa  forme  et  sa  figure,  somme» 
de  U  rtbAtir  d'une  plus  riche  façon  de  structure,  et  en  axons  com- 
l'oaTtage...  Nous  destinons  la  moitié  des  fniits  des  églises  qui  vaque- 
éwmt  tii  ans,  pour  Teiécution  de  ce  dessein  (1316).  »  Le  m^me  éré- 
qoamte  jours  d'indulgence  à  tous  ceux  qui  contribueraient  à 
Klioa  oi  qui  ▼isitertienl  l'église  aux  grandes  fttes.  (Jf«r.  de 

r-» 

24 


370  UISTOIUË  DES  VICOMTES 

de  savants  artistes ,   si  désintéressés  que  la  plupart  otti 
laissé  leurs  Doms  inconnus.  Cependant  toutes  les  familkl 
riches  répondirent  à  l'appel  de  Tévéquc. 
Aussitôt  après  que  la  sentence,  confirmée  par  le  roi  iê 

m 

France,  eut  remis  la  vicomte  dans  les  aiains  de  Jean  D 
et  d'Isabelle,  celle-ci  s'était  empressée  d'y  faire  ezerev 
l'autorité  en  son  nom  :  se  trouvant  à  Limoges  au  momMl 
où  l'on  reprenait  les  travaux  de  Téglise  cathédrale,  elle  II 
d'importantes  aumônes  il  l'évèque,  et  suivit  la  processioA 
des  moines  qui  portèrent  solennellement  les  reliques  d0 
saint  Martial  à  Mont-Jauvy,  où  elles  devaient  rester  pci* 
dant  la  durée  des  travaux.  Ce  lieu  rappelait  en  effet  ni 
fldèles  le  miracle  qui  s'y  était  opéré  l'an  994,  lorsqu'oa  f 
transporta  les  mômes  reliques  qui  firent  cesser  subita^ 
ment  le  fléau  connu  sous  le  nom  de  Mûl  des  ardmlf '• 
Après  avoir  entendu  avec  la  même  émotion  que  lafook^ 
qui  couronnait  le  sommet  de  la  colline,  la  parole  éloquento^ 
d'un  religieux  de  Tordre  de  Saint-Dominique,  invitaol^ 
tout  le  monde  à  concourir  à  la  reconstruction  de  la  baii' 
lique,  Isabelle  partit  pour  la  Bretagne,  Hère  d'avoir  appris 
aux  grands  vassaux  du  Limousin  qu'ils  avaient  une  suM* 
raine  au-delà  de  la  Loire. 

Les  bourgeois  de  Limoges,  qui  connaissaient  son  am* 
bilion,  i)0n  caraclèro  allier,  la  virent  avec  plaisir  quitter  b 
vicomte,  car  ils  pouvaient  craindre  de  retrouver  en  eVà 
une  autre  Marguerite  de  Bourgogne.  Le  clergé  aussi  étail 
plus  à  Taise  et  plus  rassuré  sur  le  maintien  de  ses  priH* 
légcs  que  si  elle  eût  résidé  dans  ses  murs  :  il  avait  moiM 
à  craindre  pour  sa  fortune,  qui  ne  s'augmentait  plus  dani 


1.  Kt  hoc  th:  causa  gawiU^  hco  nnmen  est  impositum  MofU-GomiK» 
(Ap.  Utinav..  t.  II,  p.  S43.)  —  Ecdesia  Un  l'vnsiituiiur,  in  uumiua  Ma^ 
lihii»  amsecmtur  :  ïocun  ipito  ex  luuc  MuMS-làAUDiUH  vocatur.  (UMlfj 
preuves,  p.  313.) 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  371 

oe  proporlion  qu'autrefois.  Le  peuple  venait  bien 
*s  prier  dans  les  sanctuaires,  vénérer  les  reliques,  par 
ession  desquelles  il  se  consolait  de  ses  misères, 
l  n'en  était  pas  de  même  des  grands  vassaux,  qui 
ni  plus  la  foi  de  leurs  ancêtres,  qui  ne  venaient  plus, 
\  autrefois,  revêtus  du  cilice  de  la  pénitence,  implorer 
on  de  leurs  fautes  en  s'agenouillant  devant  le  tom* 
lu  premier  apôtre  de  TAquitaine.  Lorsque  Charles, 
de  la  Marche,  qui  devait  bientôt  être  Charles  IV, 
tel,  vint  à  Limoges,  les  moines  se  plaignirent  de  ce 
5  s'était  pas  mis  à  genoux  devant  ces  précieuses  reli- 
Bt  n'avait  pas  même  visité  l'abbaye.  —  «  Autrefois, 
trils,  les  rois,  les  princes,  les  papes  et  les  archevè- 
e  manquaient  jamais  à  ces  pieux  devoirs,  »  Aussi 
[pils  à  une  punition  du  Ciel  et  à  Texpiation  des 
du  père,  quand  ils  virent  le  dernier  fils  de  Philippe* 
nourir  sans  postérité. 

^nement  de  Philippe  VI  portait  bien  en  soi  les  pre- 
germes  de  la  guerre  de  cent  ans,  car  une  dynastie 
le  n'a  jamais  surgi  sans  orages  politiques.  Cepen- 
»  premières  années  ne  furent  pas  troublées  par  les 
Âon^de  l'Angleterre,  qui  ne  pouvait  s'appuyer  que 

droits  d'une  femme,  dont  la  conduite  déshonora 
rd  les  deux  royaumes.  Un  Français,  d'abord  prison* 

Angleterre,  ne  tarda  pas  à  exciter  les  passions  de 
femme  cruelle  et  ambitieuse,  acceptée  d'abord 
i  gage  de  paix  par  les  Plantagenels.  Roger  de  Mor- 
ne dans  le  Limousin,  se  fit  l'instigateur  de  la  haine 
IX  nations,  en  exerçant  sur  elle  l'influence  d'un  cri- 
amour,  pendant  qu'un  de  ses  compatriotes,  le  car- 
nerre  de  Mortemart,  ainsi  nommé  du  lieu  de  sa 
ce,  honorait  l'Église  de  France  par  ses  vertus,  rani* 
,  ferveur  religieuse  des  premiers  temps,  en  fondant 


372  HISTOIUK  DKS  VICOMTES 

dans  le  pays  de  ses  ancêtres  des  couvents  pour  Tordre  dei 
Chartreux,  des  Carmes  et  dos  Augustins  ^ 

Le  pays,  cependant,  ne  fut  troublé  par  aucun  événement 
remarquable  sous  le  règne  des  trois  Gis  de  Philippe-le-Bd; 
la  liberté  fil  môme  quelques  progrès,  par  suite  de  Tordre 
imposé  aux  serfs  de  payer  leurs  chartes  d'affranchissement, 
car,  (f  selon  le  droit  de  nature,  comme  le  disait  Looif-le- 
Hutain,  chacun  doit  naître  franc,  n  La  France  doranil 
durant  Tagonic  d'une  dynastie,  en  attendant  de  se  réveiller 
dans  les  jours  néfastes  de  sa  nationalité  en  péril.  Isabelle 
de  Castillc  étant  venue  h  mourir  en  1328,  la  vicomte  de 
Limoges  retourna  entièrement  à  Jean  III  de  Bretagne,  qui, 
en  épousant,  en  troisièmes  noces,  Jeanne,  fille  d'Edouard, 
comte  de  Savoie,  s'en  dessaisit  de  nouveau,  en  en  faisant  le 
douaire  de  celle-ci  (1329).  La  nouvelle  vicomtesse,  morte 
en  1334,  ne  nous  est  connue  par  aucun  acte  de  Tadminit- 
tration,  qui  resta  tout  entière  dans  les  mains  de  son  mari. 

Jean  III,  plus  préoccupé  de  ses  intérêts  dans  son  dadié 
de  Bretagne  que  de  la  vicomte  do  Limoges,  ne  se  montit 
pas  d'abord  dévoué  à  Philippe  VI,  et,  comme  plusieun 
autres  grands  vassaux,  il  manifesta,  sinon  son  oppositiofli  ' 

moins  son  indiUércncc ,  on  s'abstcnant  d'assister  an 
sacre  du  nouveau  roi,  et  se  créa  par  là  quelques  embarras, 
à  la  suite  desquels  le  roi  lui  interdit  le  droit  de  faire  battre 
monnaie,  et  donna  Tordre  à  ses  officiers  de  se  saisir  des 
coins  à  Nantes  et  à  Limoges,  prétextant  que  la  monnaie 

1.  Le  vériUblfl  nom  du  ranliiial  de  MurltmiArt  l't.iit  PUtiv  Gauvaia,  Mmt 
Gnlvfini,  Cdmmtt  on  le  lisait  mit  sa  tombe.  Noiuiné  canliiial  par  JeaaXXIIf 
en  1327,  il  attira  :i  la  roiir  romaiiit^  Picrrt*  KoK»'r,  «Icvonu  plus  tard  le  pr«* 
inler  pa{M?  limuiiAin  imun  le  nom  ilc  (lli^menl  VI.  (Halu/k  :  l'iiœ  pap,  Ave* 
nion,,  t.  1,  c<i|.  701.)  1^;  bnur^  de  Mortemart  ilul  au  cardinal  la  foniiatioa 
d'un  hApital  et  d'un  niiit'-fre,  lui  douzr  i^i'olient  pauvres  vtaicnt  irraluiteDMBl 
élevés  et  nourris  ;  ti'un  couvent  de  (^irmcK,  d'un  autre  des  Auf^ntiDS  dool 
l'éfflisc  e»t  dcvrnuff  pamiAKiale.  ^naiil  à  la  tomU'  du  hicnfaiieur,  qui  m 
trouvait  dan*  réalise  nommée  le  Moùtier,  elle,  a  disparu  rlans  les  mines. 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIBIOGES.  373 

fabriquée  dans  les  deux  villes  était  semblable  à  la  sienne, 
et  que  cette  ressemblance  nuisait  au  commerce.  Personne 
pourtant  ne  pouvait  confondre  les  hermines  de  Bretagne 
avec  les  fleurs  de  lis  de  France  ;  mais  Philippe  VI  voulait 
être  le  seul  faux  monnayeur  de  son  royaume. 

Jean  III  n'osa  pas  résister.  Après  être  venu  à  Limoges, 
ob  il  déposa  ses  trésors,  et  se  recommanda  par  d'abon- 
dantes aumônes  aux  prières  des  moines,  il  passa  ses  der* 
nières  années  à  combattre  pour  la  France  contre  les  An- 
glais, alliés  des  Flamands,  et  suivit  Philippe  VI  en  Flandre, 
à  la  tète  de  huit  mille  hommes,  en  grande  partie  fournis 
par  la  noblesse  du  Limousin  ^  Il  tomba  malade  à  Gaen,  en 
retoamant  dans  ses  Ëtats,  et  mourut  dans  cette  ville,  ne 
laissant  qu'un  bâtard  nommé  Jean  (30  avril  134i).  Avant  de 
s'éloigner  de  la  vicomte  de  Limoges,  il  termina  un  diSé- 
reod  qui  datait  de  quelques  années,  au  sujet  des  dimes  de 
la  paroisse  de  Saint-Éloi,  près  de  Ségur,  avec  GeolTroi 
Hélie  rv  de  Pompadour,  seigneur  de  Château-Bouché.  Les 
témoins  furent  Gallicn  de  Perusse,  seigneur  des  Cars, 
Bertrand  deLasteyrie,  seigneur  du  Saillant,  et  Pierre  de 
Saint -Trieix  \  Il  avait  aussi  assisté  aux  funérailles  de  Ber- 
nard Guidonis,  pieux  savant,  né  en  1260  au  château  de 
Jovet,  paroisse  de  Royère,  mort  au  château  de  Lauroux, 
in  diocèse  de  Lodève,  en  1334,  à  Tâge  de  soixante-onze 
ans.  Peu  d'hommes  eurent  à  celte  époque  les  vertus  et  les 
Idents  de  ce  prélat.  11  avait  demandé  d'être  enseveli  dans 
féfjUBe  des  Jacobins  (aujourd'hui  Sainte-Marie),  où  il  avait 
|rit  l'habit  de  l'ordre  de  Saint- Dominique  et  passé  les  pre- 
lûères  années  de  sa  vie'.  Le  catholicisme  s'illuminait  alors 


L  FroMMit,  1. 1,  c.  cxu. 

a.  Artb.  de  Pau  :  F.  de  la  vicomte  de  Limoges^  S.  E.  o*  849. 
I.  n  goaTema  les  oouïenU  de  ion  ordre  k  Limoges,  à  Chartres,  à  Canaa- 
iMe,  «C  eserça  à  Toulouse  durant  dix-huit  ans  la  cbarire  d'inquisiteur.  Le 


S74  mSTOIRE  DBS  VTG0HTE8 

des  gloires  les  plus  pures,  des  talents  les  mieux  inspiréi 
par  la  douce  pensée  du  christianisme.  Les  Jeunes  filles  des 
plus  nobles  familles  aimaient  la  Solitude  de  l'abbaye  royile 
de  la  Règle,  telles  que  Marie  de  Pompadonr  en  1316,  Marie 
des  Alieuds,  parente  de  Clément  VI  et  de  Grégoire  XI, 
en  1344,  qui  laissèrent  à  d'autres  non  moins  illustres  les 
plus  beaux  exemples  de  dévouement  aux  devoirs  de  la  fie 
religieuse. 

pape  Jtan  XXIII  l'envoya  à  Rome  pour  y  rétablir  raatorité  du  iaiot-iiifCi 
et  le  nomma  enioiite  évèqnf  <ie  Lofiève.  Seft  principaux  oufrages,  dont  qaet 
qnes-uns  ont  été  publiés  par  lo  P.  LAbbe,  les  BoUandiitei»  dom  Martamii,  atCt 
sont  :  un  livre,  divisé  en  dnq  parties,  pour  rinatrvctioir  des  inquiiiteun  de 
la  Foi  ;  une  chronique  de»  papes,  des  empereurs,  des  rois  de  France,  qui  oon- 
mence  avec  l'ère  chrétienne;  les  vies  des  saints  {Spéculum  wniêotaUlt 
divisées  en  quatre  parties,  dédiées  au  pape,  qui  Ten  remercia  par  une  boHe 
de  l*an  1329.  {Chron,  mss,  de  Limoges,) 


I 


f 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  375 


cHAPmiE  xrv 

CHARIBS  DB  BLOIS;    JEANKE   DE    BRBTA6NB 
ET  JEAN  DB  MONTFORT 

dttrles  de  Blois  succède  à  Jean  111  ;  projet  Me  mariage  de  Jeanne  de  Pen- 
UiièTre  axec  le  fils  de  Philippe  de  Navarre.  —  Le  comte  de  Montfort  fient 
4uM  U  Tîcomté  de  Limoges.  — •  Plaintes  de  Charles  de  Blois  :  sentence 
qm  a4iiige  à  Charles  de  Blois  les  fiefs  de  Bretagne.  —  Jeanne  de  Flandre, 
cl  Jeanne  de  Penthièvre.  —  La  noblesse  dn  Limousin  étrangère  à  cette 
gierre.  —  Le  clergé  n'y  prend  pas  part  :  ses  dignitaires  à  la  cour  d'Afi- 
fooa.  —  Note  sur  Pierre  de  Case.  —  Limoges  et  le  Limousin  contraires 
m  prétentions  d'Edouard  TH.  —  La  noblesse  à  la  bataille  de  Manpertuis. 
«»  Note  sur  Chàteau-Chervii.  —  Rétablissement  de  la  confrérie  de  Saint- 
Martial  à  Limoges.  —  Traité  dé  Bretigni  ;  Jean  Chandos  reçoit  l'hom- 
Biage  des  consuls.  —  L'évèqne  Jean  de  Croso.  —  Note  sur  Andier,  bour- 
geois de  Limoges.  —  Charles  de  Blois  continue  la  lutte  contre  Montfort 
"  Sa  mort  ;  sa  mémoire  honorée.  —  Le  prince  de  Galles  dans  le  Limou- 
lin.  —  n  reconnaît  la  juridiction  des  consuls.  — >  Jeanne  de  Blois  après  le 
traité  de  Guéraode  :  elle  récompense  ses  partisans.  —  Note  sar  les  barons 
de  la  Roche. 

Jean  m,  en  mourant,  ne  laissait  aucun  héritier  direct; 
mais,  comme  il  avait,  vers  1337,  marié  Jeanne,  sa  nièce, 
ftfle  de  Gui,  comte  de  Penthièvre,  à  Charles  de  Blois,  fils 
pallié  de  Gui  de-Châtillon,  comte  de  Blois,  et  de  Marguerite 
de  Valois,  celui-ci  fut  dès  lors  désigné  pour  son  successeur. 
Ce  ne  fut  pas  sa  faute,  s'il  ne  procura  pas  à  sa  nièce  une 
•IHance  plus  illustre,  qui,  si  elle  avait  eu  lieu,  aurait  peut- 
être  évité  à  la  Bretagne  les  longues  guerres  qui  la  trou- 
blèrent si  longtemps.  En  effet,  Jeanne  avait  d'abord  été 
offerte  à  Philippe,  roi  de  Navarre,  pour  son  fils  Charles, 
lomommé  depuis  le  Mauvais,  à  condition  qu'il  prendrait 
k  nom,  le  cri  et  les  armes  de  Bretagne.  Mais  Philippe  ayant 


376  flISTOIUË  DES  VICOMTES 

déclaré  qu'il  ne  souirrirait  jamais  que  son  fils  quittât  la 
fleurs  de  lis  pour  les  hermines,  les  négociations  furent  rom- 
pues. Le  roi  de  France,  Philippe  VI,  craignant  que  Jeanne 
n'apportât  son  riche  patrimoine  à  un  de  ses  ennemis, 
s'était  d'ailleurs  opposé  à  cette  union.  Fort  d'avoir  été  dé- 
signé comme  héritier  du  duché  de  Bretagne  et  de  la  vicomte 
de  Limoges,  Charles  de  Blois  voulut  se  meltre  en  posses- 
sion de  ce  double  héritage;  mais  il  eut  aussitôt  pour  com- 
pétiteur Jean  de  Montfort,  fils  d'Artur  II  et  de  Yolande, 
qui  se  prévalait  de  ce  que  la  Bretagne  devait  être  régie  pir 
la  loi  salique. 

Immédiatement  après  la  mort  de  Jean  III,  son  frère, 
Montfort  se  rendit  à  Nantes,  y  fut  reconnu  duc  de  Bretagne; 
puis,  pour  s'assurer  aussi  la  vicomte,  il  accourut  à  Limo- 
ges. Le  clergé  ne  lui  fut  pas  sympathique  dès  les  premiers 
moments,  refusant  de  lui  livrer  les  trésors  que  le  dernier 
duc,  en  partant  pour  la  Flandre,  avait  laissés  en  dépôt  dans 
cette  ville.  Les  chroniques  racontent  ainsi  cette  expédi- 
tion :  «  Il  se  partit  de  Nantes,  à  grand  foison  de  gens  d'ar- 
mes, et  s'en  alla  vers  la  bonne  cité  de  Limoges;  car  il  sa- 
voit  et  étoit  Informé  que  le  grand  trésor  que  le  duc,  son 
frère,  avoit  amassé  de  longtemps,  étoit  là  renfermé.  Quand 
il  vint  lu,  il  entra  vu  lu  cité  en  grand  bobant  (avec  un  nom- 
breux (!ortége)  ;  et  fut  noblement  reçu  des  bourgeois,  de 
tout  le  clergé  et  de  la  communauté  de  la  cité;  et  lui  firent 
tous  féautc,  comme  à  leur  droicl  seigneur,  et  lui  fut  tout 
ce  grand  trésor  délivré  par  le  grand  a(^cord  qu'il  acquit  aux 
bourgeois  de  la  cité,  par  grands  dons  et  promesses  qu'il 
leur  fit.  Et  quand  il  eut  \h  tant  fôté  et  séjourné  qu'il  lui 
plut,  il  s'en  partit  avec  tout  le  grand  trésor,  que  son  sire 
avoit  trouvé.  » 

Tout  fier  d'avoir  été  birn  accueilli  h  Limoges,  et  comp- 
tant sur  le  dévouement  des  consuls  et  des  habitants,  dont  H 


er  i)B  u  VICOMTE  dk  limoges,  sti 

«»é  de  reconnaître  les  privilèges  et  même  d'y 
inler  encore,  le  comte  di!  Monlfoii  revinl  à  Nantes, 
ROUpagné  de  piusicurs  chevaliers  du  LiiuousiD  qui  espé- 
licat  bire  fortune  sou:«  sa  bannière,  et  parmi  lesquels  U 
at  cil«r  les  deux  frËres  ûaulhier  et  Gérard  de  Peyrusse, 
ai  ph»  tard  Turent  les  champions  de  l'Angleterre  dans 

garm  que  fil  Edouard  lU  à  l'Ecosse.  Charles  de  Blois, 
Dp  lûhie  pour  résister  ù  force  ouverte,  porta  ses  plaintes 
I  roi  de  France.  Montfort,  cité  à  comparaître,  vient  & 
iri»,  tKOTli  de  quatre  cents  gentilshomiDes,  se  présente 
I  rui,  ooD  comme  un  vassal  disposé  à  obéir  à  son  su- 
nia,  nuis  comme  ua  révolté  prfil  h  recourir  ik  la  force 
•Dtrv  toute  décision  qui  oairail  j!t  ses  intériits  :  il  se  con- 
Bt«  de  fair«  acte  de  présence,  puis  se  relire,  avant  que 
Mdoblée  des  pairs,  réunie  à  Conflans,  eût  décidé,  car  U   i 
Blcace  ne  rut  rendue  qu'en  son  absence  (7  septembre 
41),  wntence  par  laquelle  la  Bretagne  et  tous  ses  flefs  ] 
rent  adjuRês  au  comte  de  Blois.  Jeau  refusa  de  s'y  sou-  < 
Hïn,  réunit  autour  de  lui  quelques-uns  des  petits  vassaux 

Penlbiirrc,  de  firetugne,  à  ceux  du  Limousin  qui  l'a- 
ient min,  et  avec  eux  courut  s'emparer  de   plusieurs 
lecs  fortes.  Assiégé  dans  Nantes  par  le  duc  de  Noroiau- 
-    fils  àa  roi  de  France,  chargé  de  l'exécution  de  U 
^re,  il  fut  bit  prisonnier  et  conduit  à  Paris. 
.i>i  b  querelle  semblait  terminée;  mais  la  fermeté  de 
•uiae  de  Flandre,  sa  femme,  empêcha  les  fAcbeux  effeUqui 
naient  oalurellemt^nt  suivre  la  captivité  de  son  mari.  La 
Krre  eontiuua  avec  ucharuemenl  entre  les  deux  maisona  . 
vin.   Jeanav   suulial  la   lulle,    au   nom  de  son  mari 
kbord,  puis  au  nom  de  son  fils,  contre  Charles  de  Blois. 
Wii]  ec  dernier  eut  été  vaincu  i  la  bataille  de  Roche- 
"[>  (iS  juin  1347)  et  fait  prisonnier,  sa  femme,  Jeanne 
r.thifrvre,  montra  le  même  courage  que  sa  rivnle  à  dé- 


378  HTSTOIBR  DES  VICOMTES 

fendre  ses  droits.  Ces  deux  héroToes  des  derniers  temps  do 
moyen  Age  firent  toutes  les  fonctions  des  généraux  les  pli» 
habiles  et  les  plus  expérimentés,  comme  des  plus  br» 
soldats  :  on  les  vit  longtemps,  le  casque  en  tète  et  l'épée 
la  main,  soutenir  des  sièges,  assiéger  des  villes,  com 
sur  terre  et  sur  mer,  laissant  après  elles  un  souvenir 
gloire  et  de  dévouement  qu'on  célébrait  partout,  et  qui 
ftit  peut-être  pas  sans  infiuence  sur  l'héroïne  de  Vau 
leurs. 

Cette  guerre,  dont  nous  n'avons  pas  à  raconter  les  ni 
breuscs  péripéties,  eut  peu  de  retentissement  dans  le 
mousin.  A  peine  quelques  cadets  de  la  noblesse,  attai 
à  l'une  ou  à  Tautre  famille,  .voulurent  quitter  leurs  manoi 
pour  aller  combattre  dans  les  bruyères  de  la  Bretagne 
La  plupart  aimèrent  mieux  rester  sur  leurs  terres,  es 
profiter  des  circonstances  pour  s'affranchir  de  l'auto; 
des  vicomtes.  La  bourgeoisie  montra  la  même  indiffér 
elle  aussi  avait  des  ambitions  h  satisfaire  et  che 
môme  &  s'introduire  furtivement  dans  les  rangs  de  la 
blesse.  On  remarque,  en  cfld,  qu*à  cette  époque  plusieai 
familles  s'arrogèrent  des  droits  féodaux,  cessèrent  de  pa; 
le  cens  et  les  rentes  qu'avaient  payés  leurs  ancôtres.  Pi 
suite  de  l'aliénation  d'un  assez  grand  nombre  de  fiefs 
les  derniers  vicomtes,  ou  ])ar  leurs  pairs,  comme  les  Coi 
born,  les  Venladour,  les  Turcnnc  et  autres,  les  nouvea' 
possesseurs,  bourgeois  ou  riches  artisans,  se  donnèrent  d 
armoiries,  se  firent  les  seigneurs  des  terres  dont  ils  n'i 
valent  d'abord  que  l'usufruit.  Le  peuple  des  campagnes 
tfiillé  avec  rigueur  par  cette  noblesse  bâtarde,  d'au 
plus  pressée  de  s'enrichir,  qu'elle  pouvait  craindre  de 
pas  jouir  longtemps  de  ses  ])rivilép:es. 

Dans  le  Limousin,  le  clergé  se  désintéressa  aussi  danj 
la  lutte  de  Montfort  et  de  Rlois  :  peu  lui  importait  la  vicl 


i 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOGES.  ST9 

ira  de  l'on  oa  de  l'autre;  il  avait  pour  loi  l'illustration  du 
eat,  les  grandes  rertus,  les  sublimes  âé?ouements.  Plus 
e  jamais  il  pouvait  compter  sur  l'avenir  de  son  influence, 
lod  il  vit  un  de  ses  membres,  sorti  d'une  des  familles  les 
m  nobles  du  pays,  arriver  à  la  papauté.  Pierre  Roger 
ément  VI)  régnait  à  Avignon  et  sur  le  monde  catholique. 
loar  de  lai  se  pressaient  un  grand  npmbre  de  ses  corn- 
notes,  nés  quelques-uns  dans  de  plus  humbles  condi* 
M,  mais  grands  par  leur  mérite,  faisant  l'ornement  de 
Door,  partageant  ses  faveurs.  Ses  parents  surtout  eurent 
lilos  large  part  à  ses  munificences;  plusieurs  lui  durent 
lonrpre  romaine.  Clément  VI  brava  les  haines  de  l'ttalfe 

Mt  prédilections  pour  le  clergé  de  France,  et  TAngle- 
re  par  son  dévouement  au  premier  Valois  '.  Les  car- 
■a  limousins  semblaient  devoir  être  longtemps  les 
^emsieurs  de  la  papauté,  et  comme  ils  le  disaient,  «  les 
âiens  de  la  captivité  de  Babylone.  »  Lamy  (le  Biei^ 
mu^  né  en  1305  à  Limoges  d'une  famille  bourgeoise, 

tooles  les  qualités  d'un  habile  politique  et  toutes  les 
tos  d'on  saint  :  nommé  évêque  de  Chartres  par  Clé^ 
Il  VI,  patriarche  de  Jérasalem  par  Innocent  VI,  son 
loenee  trouva  peu  de  rivaux  parmi  ses  compatriotes, 
ri  quelques-uns  furent  aussi  fort  célèbres,  comme  Jean 
Eimoges,  de  l'ordre  des  ermites  de  Saint-Augustin,  con- 
dor du  pape  Jean  XXII  ^;  Pierre  de  Case  (de  Casa), 
sur  général  de  l'ordre  des  Carmes,  et  patriarche  de 
malem  '. 

.  Cb  grand  nombre  d'éTèché*  furent  occupés  par  des  Limouiiot.  Gelai 
Lraar  eut  succeftiiTemeut  pour  évèquoi,  Jean  Uesly,  Jean  Bocher,  Jean 
BHi,  Simon  de  Beantoleil.  Bernard  Brun,  chanoine  de  la  cathédrale  de 
leCH,  fut  éf^ue  de  Noyon  et  d'Auxerre. 

>  Il  mourut  en  1346.  On  trouve  à  Saint-Pierre  de  Cambridge  on  de  let 
manairrit,  le  Songe  de  Pharaon,  q}iï\  avait  dédié  au  roi  de 


Aprèe  na  ueei  long  léjoar  en  Ase,  il  voulut  revenir  à  Limogei  ravoir 


r«ÉhilîoBct  lakiise  «faiestanné  IVmeeoiÉi 
rwtre  les  deux  gn^à»  Bitktts  de  lX>ecidciit;  Êdooaril 
leiCBiîqaaîl  le  titee  de  sûnt  Louis,  et  la  balaiUe  il 
rficfease»  some  de  la  dêatslraise  jomiée  de  Ciécy,  semhUI 
fkîie  cniindie,  BÙenx  que  les  décîsioDs  des  légistes  deLoé 
d  les,  que  la  Fnaoe  De  devint  la  dol  de  la  lUe  de  Philipp»li 

Bd.  Hcmcosemeia  |a  aalkmililê  française  datai!  d^  de  Ui 
et  s'était  sbitoot  afinnée  à  la  bataille  de  Boimnes.  Il 
prannœs  penplées  dliomnies  libres,  qui  naguère  n'étyfll 
qœ  de  paorres  scf6;  les  villes,  b  plopart  derenaes,  pi 
leurs  propres  efforts  on  par  les  progrès  du  temps,  à 
petites  répnbliqoes  boorgecnses,  ne  ToaUient  pas  être  aa 
glaises.  Les  babitants  de  Limoges  snrtoat  détestaient  li 
Piantagenets  qu'ils  avaient  tus  avec  tant  de  peine  dam  1 
basilique  de  Saint-Martial  ceindre  leur  front  de  la  osa 
ronne  d'Aquitaine;  aussi  se  déclarèrent •  ils  pour  Fié 
lippe  VI,  aussitôt  qu'Edouard  m  eut  violé  la  foi  jurée.  Li 
Anglais  occupaient  alors  plusieurs  places  importantes  É 
la  Guyoïne.  Les  bourgeois  et  les  artisans  de  Limoges,  i  I 
nouvelle  que  le  comte  de  llsle  assiégeait  Auberoche,  s'est 
pressèrent  d'envoyer  à  celui-ci  des  renforts,  «  et  trois  en 
gins  de  guerre,  qui  firent  un  terrible  effet,  fracassant  k 
baut  des  tours,  obligeant  les  assiégés  à  se  cacber  dans  la 
souterrains  de  la  place  ^  »  C'était  la  même  année  que  Jeei 
de  Croso,  né  à  Calmefort,  succédait  à  Gui  de  Combom  foi 
le  siège  épiscopal  (1348),  où  il  devait  se  montrer  renoeoi 
acharné  des  Anglais.  On  lui  dut  la  construction  du  châteao 

sa  famille;  maii»  il  moarut  à  Montpellier  en  1360.  en  demandant  que  mi 
corps  fût  transporté  dans  sa  TÎUe  natale.  On  lenterra  à  la  cathédrale,  dui 
la  chapelle  de  Saint-Thomas,  qu  on  nomma  dès  lors  la  chapeiie  dà  H- 
triarche.  Son  tombeau,  surmonté  de  sa  statue  à  genoux,  portait  eelti 
inscription  :  Guiliaumus  Amici  patriarcha,  (Baluze  :  Vie  des  papes,) 

1.  Le  comte  de  Tlsle,  ou  de  Lille,  se  qualifiait  :  comte  de  LiUe,  par  k 
grâce  de  Dieu,  capitaine  pour  le  roi  dans  les  parties  du  Périgord,  Sait* 
tonge  et  Limousin.  (Chran,  mss,  de  Limoges,) 


ET  DE  ÏJi  VICOMTE  DE  LIMOGES.  38! 

maison  de  plaisance  de  Tisle,  qui  fut  longtemps  la  rési- 
née de  ses  successeurs. 

Le  comte  de  Monlfort,  pour  se  procurer  un  puissant  dé- 
iNor  dans  sa  lutte  contre  la  maison  de  Blois^  s'était  hâté 
t  Ure  hommage  à  Edouard  UI  pour  le  duché  de  Bre- 
VK  et  pour  la  vicomte  de  Limoges  :  ses  alliés,  favorisés 
vleiffiDce  de  Galles,  qui  couvrait  la  Guyenne  et  le  Lan- 
^Ndoe  de  ses  détachements,  menaçaient  de  se  maintenir 
iMle  Limousin,  malgré  le  dévouement  et  le  courage  che- 
■kretque  de  quelques  barons  du  pays  restés  fidèles  à  la 
'^'we.  Cependant  Jean  de  Lubersac,  avec  dix  écuyers,  dix 
■Bffntsi  pied  et  vingt  à  cheval,  put  se  maintenir  dans  le 
Meiu  de  Saint-Gyr,  pendant  que  le  chevalier  de  Lestrade, 
!■  t'était  fait  anglais,  s'emparait  de  Château-Chervix  S 
rAjeo,  d'Aixe,  fortes  positions  stratégiques  du  temps,  et 
^  phtieurs  manoirs  que  la  guerre  de  Bretagne  ne  laissa 
■i  le  temps  de  fortifier.  Malgré  ces  succès  de  l'étranger, 
Vie  de  la  noblesse  du  pays  n'en  répondit  pas  moins  à 
^i  do  roi  Jean  I",  qui  lui  donnait  rendez-vous  dans  les 
iûiet  de  Chartres.  Robert  de  Châlus,  Robert  de  Donzenac, 
mhier  de  Montaigut,  Jean  de  Beaumont,  Jaubert  de 
tnbourand,  Bernard  de  Lubersac,  Jean  de  Brie,  les  vi* 
Mes  Jean  I*'  de  Rochechouart  ^,  de  Pompadour,  les  sei- 
evt  de  Lastours,  de  Malval,  de  Moriol,  de  Pierre-Buffière 
de  Bré  se  couvrirent  de  gloire  à  la  bataille  de  Mauper- 
I.  Jetn  de  Bré,  Pierre  de  Donzenac  et  Jean  de  Veyrac 


CciU  loealité  cioit  loo  double  nom  à  an  chAteau  qui  remontait  aax  pre- 
I  Icmpt  du  moyen  â^,  dont  il  ne  reste  plu»  qu'une  tour  carrée,  haute 
|Mue  mètrei  environ,  située  sur  une  éminence  qui  domine  au  loin  les 
es  enTiroonantes  ;  à  un  monastère,  appelé  Notre-Dame-de-Cherrix,  qui 
téàil  aatn:fois  de  Tabbaye  de  Saiut-Âugu«tin  de  Limofçes.  Ce  monastère 
Igtiae  auruentété  bâtis  entre  1110  et  1137,  par  Etienne  II,  quatorxième 
4c  Sainl-Aoguatin.  (Bonav.  de  Salvt-Amable,  t.  III.) 

I«r,  fils  de  Simon  de  Rocbecbooart  et  de  Laure  de  Cbabanaii,  était 
dm  Toonay-Cbarente. 


considérable  (1356)  ^ 

Oouffler  de  Lastoun,  digne  fils  des  croisés 
quitter  ses  manoirs  pour  payer  de  sa  peraon 
guerre  de  la  France  contre  FAngleterre,  avait  I 
sac,  un  de  ses  châteaux,  des  dispositions  testamc 
lesquelles  il  chargeait  de  Texécution  de  ses  toI 
chard  de  Comborn,  chevalier,  seigneur  de  Treigi 
Montbrun,  prieur  du  couvent  des  frères  Pr( 
Limoges,  et  frère  Martial,  du  couvent  du  mon 
Saint-Junicn.  Après  de  nombreuses  largesses 
de  Saint^Hilaire  de  Lastours,  de  Plamenac,  de  S 
Linars  et  de  Saint-Oeorges  de  Rofflgnac,  aux 
ments  religieux,  à  ses  serviteurs  et  aux  pauvres, 
aux  frères  Prêcheurs  de  Limoges  un  drap  d'or  poi 
chasuble,  demandant  qu'on  ne  mit  sur  son  corps 
ses  funérailles,  qu'un  simple  drap  de  laine  noii 
une  croix  au  milieu,  et  que  sur  le  mur,  le  plus  prc 
tombeau,  on  peignit  les  images  de  saint  Jean-fi 
sainte  Marguerite,  et  ses  armoiries.  Quelques  m 
Sel  famille  devaient  hériter  de  ses  biens,  Pierre  < 
la  terre  de  Saint-Yrieix,  GeoCfroi  de  Campagnac, 
de  celles  de  Lastours,  de  Beyssac  et  de  Linars,  i 
dition  qu'eux  et  leurs  descendants,  nés  de  lé{ 
riage,  porteraient  son  nom  et  ses  armes.  A  dél 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  UMOGES.  383 

ires  de  sa  famille,  et  si  ses  volontés  n'étaient  pas 
tées,  il  faisait  le  vicomte  de  Limoges  son  légataire, 
autres  dispositions,  n'oublions  pas  de  dire  qu'à 
i,  son  fils  naturel,  il  ne  léguait  que  douze  setiers  de 
.  Ce  document,  curieux  sous  bien  des  rapports, 
e  combien  les  grandes  familles  tenaient  k  perpétuer 
lom,  et  les  signes  héraldiques  de  leurs  ancêtres  '• 
prince  de  Galles,  dans  sa  marche  vers  Poitiers,  in* 
que  les  habitants  de  Limoges  faisaient  bonne  garde  à 
murailles,  et  se  montraient  bien  résolus  à  se  défen- 
k'osa  pas  les  attaquer  :  il  ne  put  que  ravager  les  envi- 
Les  hommes  d'armes  qu'il  laissa  dans  le  pays,  après 
lépart  pour  Bordeaux,  continuèrent  son  œuvre  de 
lalion.  La  misère  fut  générale  dans  les  campagnes, 
uffrances,  les  privations  si  grandes  qu'on  y  vit  une 
cm  du  Ciel,  justement  méritée  pour  l'oubli  des  de- 
religieux  :  on  parut  alors  revenir  aux  pratiques  de 
les  beaux  jours  du  catholicisme.  A  Limoges,  on  réta- 
rec  le  plus  grand  empressement  l'ancienne  confrérie 
iot-Martial,  négligée  depuis  plusieurs  années.  Les 
Is  se  montrèrent  les  plus  zélés  :  ils  intéressèrent  à 
fondation  tous  ceux  de  leurs  compatriotes  pourvus 
(oîtés  à  la  cour  d'Avignon.  Guillaume  de  la  Jugie^, 
n  Aubert  ^,  Nicolas  Boger,  et  Lamy,  patriarche  de 
lem,  répondirent  à  leur  appel,  et  obtinrent  des  in- 
ices  pour  ceux  qui  contribueraient  aux  traraux  de 
s  cathédrale  de  Saint-Étienne  et  aux  dépenses  de  la 

cA.  de  Pau  :  S.  E,  n«  726.  Voir  ce  document  à  la  fia. 

iUAame  de  la  Jugie  naquit  dans  un  village  de  la  paroiiM  de  Rosiera. 

VI  avait  dunué  à  Ma  père  deji  lettrei^  de  uobieéiie.  (Ârch.  de  Pau  : 
a  vicomte  de  Limoges,) 
doin  Aubert,  ou  d'Albert,  avait  été  baptisé  daoa  la  petite  église  de 

wir  reinplaceuient  de  laquelle  le  pape  lunooent  VI  eu  Ut  couslniire 
•«y  et  lit  mettre  ses  armoiries  à  uuc  clef  de  voûte  qui  existe  encore* 
e  s  Histoire  des  papes  d'Avigmm.) 


i 


*  nsToiiE  De?  viD  »xn& 

«i&*ne.  DEz  cw^  se  dêdiirèmit  les  proted 
*«  loM»  CHDCûlicii,  Undis  que  les  priDcipai 
ifl»  {«HbSEÛat  rboaMor  d'en  faire  partie.  A  I 
£  je  Bèoie  aèle  :  on  y  posa  les  sUtn 
à*-âaaemeat  à  laquelle  s'associèi 
twcS^  ôe»  eanroiis,  ainsi  qoe  le  seigoeor 
a  «I  ?K  «  7r:2Kspal  promoteur  (^f  360)  *.  Clément 
ev:«r  ^  sec  par^  it  Ions  ses  efforts  poar  bâter 
wcira.  M  t>c!»  catliêdiale  de  Saint-ÉtîeDne, 
S9n  <Qi>f9t  <^:«Te9t  sospendos  par  les  préocc 
t  ja  rune.  Gbê  <îe  Ccmborn.  dernier  évfqne,  ! 
oc«^;  c>R  à  SNi  leDps  (1344  qu*on  peut  rep 
iTBtt  n  il  r:i»  dv  sud,  richement  décorées  < 
>!]«»  £7(!ao:as  âe  sipe  onval  rayonnant. 
Vf  b.niimx  tnàie  deB^^ticnî  mit  fin  à  la  captivité 
^4^nL  su»  à  àfs  ODodîtîoiis  si  homiliantes,  qu'il  i 
ra»f  ai  xt^ràr  o»*  ^  nitioaaiité  française  sunriTri 
>«if?^  Lô^vià::^  m.  avec  dos  plus  belles  provinces 
tr  ri  r»:îf  «  iA  i'-'^  «  î^  chastel  de  Limoges,  et 
■--v  rt  »?  Td^-*  if  L:E>v>5in.  »  ei  de  plus  garda  e 
'ûsiiTirrï^  ii*  :i:ïi^.trf  fiiî*  prisonniers  à  Mauperti 
kî.iji:.:>  «  i-'or-irèrea:  peu  empressés  de  souscr 
:iT.;f  à*  ^  Fnz.,'^:  ils  forent  profondément  hum 
i-  'i  Trx"^  c;r  tulles  ceveair  prince  d'Aquitain 
.•  5  J  --^  ii35  .1  basilique  de  Saint- Martial  1 
f  <a.*'f  \x>-.f  :  ;^:cn:e3î-ils  oublier,  en  effet,  c 
UH^i  i<\:£ir.  cz  ce>?o:ismo  d'Henri  D  et  de  s 
•ijv  c^::!;.  riirf*:^*!  ce  France,  connaissant  leurs 
^ji>v  *;:::  iï:  -'^-'  ^^  ^^  '^  disposer  à  l'obéi 
v^  ^tv<r  rev-  i^c'^'  b^Jï"«^"*tîp  de  peine  le  serre 
mC»  CCS  cx%a«ilss  il  i'Hïr  montra  les  lettres-pate 


ET  DE  U  VICOMTE  DE  LIMOGES.  385 

ica  de  Maupertuis,  qui  les  tifraient  au  roi  d'Angleterre. 
Quelques  jours  après  arriva  aussi  Jeaa  Chandos,  conné- 
table d'Edouard  UI,  escorté  des  plus  illustres  de  la  noblesse 
d'oui re-Manche  et  de  Gascogne,  déployant  fièrement  la 
baanière  de  son  maUre,  au  cri  de  guerre  :  Saint  Georges  et 
l'Angleterre  I  II  prit  possession  de  la  cité,  la  veille  de  la 
Conceplion  de  la  Vierge  {(361);  mais  les  bourgeois,  plus 
libres  que  les  consuls,  refusèrent  d'abord  de  faire  le  serment 
de  fidélité,  disant  —  u  qu'ils  ne  le  devaient  qu'au  comte  de 
Limof^,  comme  l'avait  décidé  Pbilippe-le- Hardi,  a  Ils 
oe  cédèrent  que  sur  la  promesse  qu'on  leur  rendrait  tous 
les  privilèges  que  leur  avaient  enlevés  les  derniers  vi- 
comtes, et  la  faculté  aux  consuls  de  lenîr  leur  nomination 
de  l'assemblûe  communale,  sans  avoir  rien  à  démêler  avec 
la  juridiction  vicomlale.  Les  consuls  consentirent  aussi  à 
faire  hommage  au  roi  d'Angleterre  entre  les  mains  du 
coanétable,  qui  confirma  aussi  les  lettres-patentes  accor- 
dées par  le  roi  de  France  à  la  grande  confrérie  de  Saint- 
Martial,  et  ordonna  au  sénéchal  du  Limousin  de  faire  jouir 
la  bourgeoisie  de  tous  les  privilèges  attachés  h  cette  corpo- 
ration '. 

La  roéme  année,  l'évéque  Jean  de  Croso  conseulit  &  rc- 
mcllre  au  roi  d'Angleterre  la  lille  de  Saint-Léonard,  avec 
la  moitié  de  la  justice.  Ce  prélat,  d'une  rare  piété,  recevait 
dans  le  même  temps  de  Gallienne  de  Cbanac,  femme  de 
Asonlfe,  vicomte  de  Pompadour,  deux  cents  florins  oiïerts 
psf  cette  pieuse  femme  pour  avoir  une  tombe  dans  l'église 
des  Frères  PrCcbeurs^,  L'église  de  Saint-Martial  s'enrichit 
lussi  de  plusieurs  legs  pieux,  Audier,  bourgeois  de  Li- 


I.  LbUto  dilée  lie  P^rigueui,  Calahgue  det  Rôles  gatcwiv. 

S.  Lm  et^teur»  de  nm  UsUmenl  Turenl  llanulfe  de  Ponipgiluur,  «lurii- 
liin  de  NarboDoe,  Bertrand  de  Cbsosc,  cbauoiae  de  Parie,  et  SetT"'"  ^' 
Toopadoor,  cbaaoiue  de  Lifflogef.  [Aivli,  dt  Pau.) 


S86  HISTOIRE  DBS  VICOMTES 

mogesy  en  demandant  d'y  6tre  enterré  prte  de  ion  pèR| 
disposa  en  sa  faveur  d'une  grande  partie  de  sa  fortune  ^ 

Par  l'hommage  que  firent  les  cousais  aa  roi  d'Angletem, 
les  droits  des  vicomtes  n'avaient  point  été  réservés  ;  aud 
Charles  de  Blois,  qui  continuait  à  soutenir  ses  prétentioM 
contre  la  maison  de  Hontfort,  informé  de  oe  qui  s'était 
passé,  mais  n'osant  pas  venir  à  Limoges  réclamer  les  pri- 
vilèges de  sa  famille,  se  rendit  à  Poitiers,  après  avoir  bil 
prier  Tabbé  de  Saint-'Martial  de  venir  dans  cette  ville  loi 
foire  hommage  pour  le  Château  et  pour  la  ville.  Celui<i| 
ennemi  d'ailleurs  de  l'Angleterre,  y  consentit,  tout  en  i6 
réservant  le  droit  de  faire  battre  monnaie  dans  le  Ghfttsn 
comme  ses  prédécesseurs.  Charles  de  Biois  ne  pat  pu 

1.  Il  ordonna  qu'on  aclioUt,  pour  couvrir  «on  oorpt,  uu  drap  lUw  d|flr, 
qu'on  rochètorait  ou«uito  pour  eu  faire  une  chasuble  destinée  à  la  Ticairil 
fondée  par  «a  fkmille  dans  le  mémo  monasti're;  qu'on  donnât  le  Jour  de  w 
«nterroment,  à  chaque  prêtre  assistant  do  Saint-Martial  et  de  SaiBl4*iem* 
du-Queyroix,  deux  gros  d'argent  ;  aux  prêtres  étrangers  deux  steriingi;à 
chaque  motiie  un  gros  touninis  d'argent;  au  monastère  trois  réalea  d*er;i 
chaque  fnNre  don  quatre  ordres  mendiants  un  gros  d'argent  ;  à  chaque  pri* 
sonnier  ou  malade  de  l'ht^pital  de  la  Cité  et  du  ChAteau  un  denier,  appeU 
compnnha)  à  la  rrcluMt  des  Argues  trois  gros  tournois  d'argent*;  àehii|H 
rcligicuiu-  i1(^  la  c\U\  ol  du  diocèse  dont  storliiipi  d'argent;  à  la  grande  oot" 
frt^rio  de  Saint-Martial  un  demi-iiinn*.  d'argent;  à  cello  do  Saint-JacqiM 
quinze  sous;  k  la  ronfVérie  des  pauvres  mal  v^tus  quinte  sous;  à  ringi-rinf 
pauvrcit,  |)<iur  chacun,  une  tunique  do  drap  de  Fulletin  ;  à  deux  cents  autres, 
une  paire  ilo  rinuUers;  à  quarante  liilett  pauvre»  à  marier,  quatre  gros  toii^ 
nois  d'argent  pour  rhacune;  à  soixautu  famillrit  iiauvres  chargeai  d'enftiH 
quatre  gros  tournois.  Il  rocuuuaissail  à  sa  fennue  Matliilde,  fille  de  PisRS 
Maldcn,  viugt  marcs  d'argent  pour  son  douain*;  à  Jeanne  et  Paule,  ses  filhli 
cent  maros  pour  chacune,  et  dix  livres  do  rente  per|)étuello;  à  son  fibi  k 
reste  de  sa  Tortune.  {Vidimus  do  1390  aux  Arch.  de  Pau  ot  piàcM  de  fit* 
cédure.) 

*  Au  ziv*  siMe  et  jui;<prau  xvi«,  il  y  eut  danx  les  villes  dos  reclus  et  dtf' 
rcelusos,  qui  se  chargeaient  d'expier  les  p<^chés  do  U  société,  en  se  coadi» 
nant  \  une  longue  vie  de  iȎniteiir<>.  dans  une  pmfonde  solitude.  Des  feromcib 
dont  la  jeuucHsc  avait  étr  llétrio  {tar  le  vice,  se  retiraient  dans  quelques  soi- 
terrainn,  m)uh  de  vieilles  ruiiiei»,  où  ellus  vivaient  des  aumùues  uu  ou  ktf 
jetait  par  une  lucnrne,  I.a  rccluso  d«>  Limoges,  toiguurs  T^tuo  ii  une  rokl 
hhnciie,  habitait  sous  une  vieille  voiUe  do  l'aurion  amphithéAtre  ronaiSi 
Elle  était  sous  la  protection  des  consuls,  ipii,  à  sa  mort,  d«?aîeui  pourvoir  à 
son  remplacement. 


ET  DE  LA  MGOMTÉ  DE  LIMOGES.  387 

kire  autrement  reconnaître  son  autorité  dans  la  vicomte  : 
il  touchait  au  dernier  jour  de  sa  fortune.  Vainement  il 
chercha  ifaire  la  paix  avec  son  compétiteur  à  d'honorables 
eonditions;  il  dut  céder  à  l'énergique  résistance  de  sa 
iemme.  a  Je  ne  suis  qu'une  femme,  lui  dit-elle,  mais  je 
perdrai  plutôt  la  vie,  et  deux,  si  je  les  avais,  que  de  cou- 
sentir  à  une  chose  aussi  honteuse,  a  Jeannc-la-Boiteuse 
était  bien  autorisée  à  parler  ainsi,  car  au  plus  fort  de  la 
(pierre  contre  Montrort,  pour  rendre  son  mari  plus  redou- 
table,  en  mettant  à  sa  disposition  toutes  les  ressources  qu'il 
pouvait  trouver  dans  la  vicomte  de  Limoges,  elle  lui  avait 
donné  à  perpétuité  cette  partie  de  son  patrimoine,  à  con- 
dition que  s'il  mourait  avant  elle,  elle  en  reprendrait  la 
possession,  en  réservant  cependant  les  droits  de  Jeanne  de 
Sivoie,  dernière  femme  de  Jean  111,  son  oncle,  qui  en  était 
douairière.  Te  roi  de  France  avait  confirmé  ces  dispositions 
Il  même  année  (1343)  '•  Malgré  cette  donation,  Charles  de 
Biois  trouva  peu  de  ressources  dans  la  vicomte,  déjà  occupée 
pir  les  Anglais;  seulement  cela  lui  facilita,  avec  rengage- 
ment de  sa  femme,  un  emprunt  de  32,000  florins  fait  h 
Jacques  Malabayla,  o  marchand  suivant  la  cour  de  Rome  » 
(1343)  ^  Après  une  guerre  de  vingt  ans,  malgré  l'avis  de 
Dnguesclin,  qui  devait  venir  défendre  les  droits  de  sa  fa- 
mille dans  la  vicomte  de  Limoges,  il  livra  la  bataille  d'Au- 
ny,  où  il  perdit  la  vie,  Duguesclin  la  liberté,  et  Ollivier  de 
CUssou  on  œil  (1364).  A  ses  derniers  moments,  alors  que 
Il  justice  éclaire  les  consciences,  il  reconnut  ses  torts, 
c  J'ai  longtemps  guerroyé  contre  mou  escient,  disait-il  avec 

U  Lsttre»  palcniai  donnée*  à  Deaume-leit-Damcii.  (Arch.  de  Pau  :  F.  de 
h  Hoamii  de  Limogea.) 

IL  AaOi.  DB  Pau.  L'oriKinal,  portant  lex  oouditioni.de  cet  emprunt,  e»t 
■r  Hw  grande  feuille  de  parchemin.  Len  ooun,  ou  le«  grandes  DunîUei, 
■iiiil  toqiottn  à  leur  suite  dei  marchands  de  rboaes  de  luxet  et  qui  '  ' 
4«feut  dtt  Téritablaa  banquiers. 


388  HISTOIRE  DES  VICOMTES 

tristesse.  ^)  Le  jeanc  comte  de  Montfort  viot  voir  sod  ca- 
davre. «Ah!  mon  cousin,  s'écria-t-il,  par  votre  opiniâtreté, 
vous  avez  été  cause  de  beaucoup  do  maux  en  Bretagne. 
Dieu  vous  pardonne  I  Je  regrette  beaucoup  de  vous  ester 
venu  à  cette  maie  fin.  »  Le  peuple  du  Limousin  regretti 
aussi  Charles  de  Blois  qu'il  avait  toujours  regardé  comme 
le  légitime  héritier  de  la  vicomte,  par  cette  raison  sortonl 
qu'il  avait  été  l'ennemi  des  Anglais. 

Le  clergé  l'aimait  à  cause  de  sa  piété,  car  quelques  joaii 
avant  la  bataille  d'Auray  il  avait  envoyé  son  offrande  pour 
la  construction  de  l'église  de  Saint-Michcl-des-Lions'. 
Comme  les  soldats  de  la  légion  thébaine,  il  n'oubliait  pu 
au  milieu  des  camps  les  pratiques  religieuses,  qui  toqoon 
animent  les  courages  et  produisent  les  grands  dévouements. 
Quand  on  dépouilla  son  corps,  on  le  trotlva  entouré  d'an 
cilice  et  d'une  corde.  Aux  yeux  du  peuple  ce  fut  un  saint, 
auquel  on  attribua  bientôt  de  nombreux  miracles.  Gré- 
goire XI,  ce  pape  limousin,  dont  toutes  les  affections  di- 
rent pour  la  maison  de  Blois  et  pour  la  France,  le  canonisa, 
malgré  l'opposition  de  Jenn  de  Montfort,  qui  craignait  jus- 
qu'au souvenir  de  son  rival. 

La  cause  de  Jeanne  de  Blois,  après  la  mort  de  son  roarii 
était  perdue  en  Bretagne.  L'Angleterre,  qui  avait  tant  con- 
tribué à  ses  désastres,  était  maltresse  du  Limousin.  Le 
prince  de  Galles,  duc  d'Aquitaine,  ne  tarda  pas  à  visiter  ce 
riche  apanage,  ces  champs  du  Midi,  si  aimés  de  ses  an* 
cotres,  mais  qui  devaient  lui  ôtre  presque  aussi  funestes 
qu'à  Hichard  Cœur-de-Lion.  Par  le  traité  de  Brétigni,  le 

I.  Cnlto  (!'Kli^<■^  solon  U'^i  (r.iilitions  aurait  ('tt:  liitii'  ftoiii»  lVpiM:o|>At  do 
Roricc  II,  au  vi*  xin'lt'.  Ce  i|ui  est  oortniii,  v'vM  riuVUc  cxistnii  nu  vii*.  (.Vsff. 
52r>7,  Bih,  nationnh;  Nadato,  Ptiuilli'.)  Dt'truite  |inr  un  iuiHMi<lie  vpni  ilâS, 
ell*>  fut  n^paréc  on  1213.  Mais  r(^;;liit«^  actui'llt*  «lato  on  |Nirtio  de  1364.  La 
clocher  fut  ^/evc  ou  l.'t83,  d'apn's  une  iuM:riplion  nrufillie  par  lo  savaDt 
archéologue  .M.  l'abbc  Teiier  [Imtcriptionx  du  Limousin), 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  3SP 

i  Pnnc«,  sans  réserver  les  droiu  de  la  maison  de 
,  a<raît  cédé  &  l'Angleterre  les  hommages  el  les  fiers 
it  aux  Ticomies  depuis  îles  siècles  '.  Feadmit  que 
•  d'annes.  sous  les  ordres  d'Hélie  de  Lesirade, 
EOpaienl  le  cb&teau  de  Nontron,  et  que  d'aulres  s'étal}lis- 
nl  (tatu  Eicideuil,  à  Ségur,  à  Aixe,  à  Chateau-Cbenrix 
s  places,  I«  béros  de  Ciécy  arrivait  i.  Limoges,  ac- 
ppagné  de  sa  femme  (mai  i3Gi).  Les  consuls  >  et  les 
,  naguère  ennemis  de  l'Angleterre,  mais  alors 
B  fimposant  appareil  <lu  v;4iuqueur,  comprenant 
E  résistance  était  impossible,  allèrent  le  recevoir  à 
,  Boîvb  de  cent  vingt  des  babitants  les  plus  notables, 
s  montas  sur  de  beaux  chevaux  et  vËtus  d'habiu  de  Tête  : 
1«  conduisirent  dans  la  ville,  où  l'attendait  le  clergé, 
û  dans  la  basilique  deSaint-Marlial. 
e  priuce,  après  avoir  vénéré  les  reliques  de  l'apâtre  de 
fuilaiae,  déposa  sur  son  tombeau  de  riches  offrandes, 
visita  ensuite  atli'ntiTement  toutes  les  Tortifications  de  In 
e.  Pcat-étrc  prévoyait-il  que  les  cris  de  joie,  qui  le  sa- 
,  devaient  bienlâl  se  changer  en  imprécations.  Il 
lilua  pour  sénéchal  du  Limousin  le  chevalier  anglais 
s  de  iiusw,  loais  n'apporta  aucun  changement  h  la 
niait  consulaire,  dont  les  représentants  continuèrent 
i  réonir  dans  la  maison  du  consulat,  située  diins  l'en- 
te ûa  Gb&tcaii.  Le  prince,  ne  se  réservant  que  la  cou- 
iuicc  des  cas  d'appel,  la  punition  du  crime  de  lësc- 
slé,  et  le  droit  de  battre  monnaie,  h-ur  permit  de 
nirre  et  de  punir  tout  délit  qui  serait  commis  dans 


iniM  lie  Urilietti  [lar  Jmu-Iv-Uod,  24  octobre  1300. 
M.  i,H/,lira,  i.  \}.i<.  178.} 

•amni»  m  funcUani  rcIIr  auwlg  Auienl  ;  fjIrinDo  Ntu.l.  Otha  Ec- 
■  BaliB,  apaUiicair»,  Ima  Calumbi,  Kaàti  Aadiiit,  Jmo  Uifid. 
EUciine  Bcrmr.  isui  fitiirrt.  .MMliieii  k  CoiU.  Jeiii  Mi- 
•I  Jfw»  ibsrtw. 


390  R1ST0IRR  DEB  VICOMTES 

toute  rétendue  de  la  chfttellenie.  Les  consuls  purent  linsi 
faire  construire  des  prisons  et  dresser  des  fourches  patibu- 
laires. Le  sénéchal,  pour  donner  de  l'authenticité  i  ca 
concessions,  fit  asseoir  Etienne  Raud,  premier  consnl  en 
titre,  sur  le  siège  du  prévôt,  en  présence  du  peuple  qui 
criait  :  «  Saint-Georges  et  Guyenne  I  »  Mais,  pour  que  te  I 
peuple,  les  bourgeois  et  les  consuls  ne  fussent  pas  tentés  | 
d'oublier  qu'ils  devaient  toujours  le  reconnaître  pour  leur 
suzerain,  le  prince  se  réserva  la  prison  de  Pissevache,  où 
serait  détenu  quiconque  ne  reconnaîtrait  pas  son  autorité  : 
il  la  faisait  garder  par  ses  officiers  *. 

Cependant  Jeanne  de  Blois  avait  accepté,  comme  on  Ta 
vu,  le  traité  de  Guérande  (1365),  qui  lui  assurait,  à  déhnt 
du  duché  de  Bretagne,  le  comté  de  Penthièvre  et  la  vicomte 
de  Limoges  :  mais  quoique  Jean  de  Hontfort,  à  qui  CharlM 
de  France,  régent  du  royaume  pendant  la  captivité  de  son 
père,  avait  défendu  de  faire  battre  monnaie  à  Limoges  *|  eût 
promis  par  le  quatrièfne  article  de  ce  traité,  d'employer 
tout  son  crédit  et  «  tontes  voies  amiables  a  pour  obtenir 
du  prince  de  Galles  qu'il  la  laissât  jouir  paisiblement  delà 
vicomte,  Jeanne  attendit  assez  longtemps  Texécution  de  cei 
promesses.  La  noblesse  du  Limousin  fut  plus  prompte  à  lui 
témoigner  sa  fidélité;  plusieurs  de  ses  membres  les  plus 
distingués  allèrent  lu  saluer  comme  leur  suzeraine.  Cette 
femme  qui  supportait  si  noblement  ses  malheurs,  tout  en 
pleurant  la  mort  de  son  mari  et  la  captivité  de  ses  enfants 
prisonniers  en  Angleterre,  ne  put  pas  revenir  aussitôt  dans 
la  vicomte  ob  campaient  les  Anglais,  mais  elle  se  montra 
reconnaissante  des  services  de  ceux  qui  s'étaient  voués  à  sa 
cause.  Pour  récompenser  le  courage  de  Ranulfe-Hélic  III, 

f.  Chron.  m». 

S.  LeUres  de  prohibition  «iouuées  à  Pahs  le  13  décombre  1358.  (Areh.  de 
Pau  :  F.  delà  vicomte da  Limoges,) 


ET  DK  LA  MGOMTÉ  DE  UM06ES.  391 

seigneur  de  Pompadour^  à  la  bataille  d'Auray,  elle  lui 
donna  toute  la  justice  haute,  moyenne  et  basse  sur  les  pa- 
roisses d'Amac  et  de  SaioUCyr-la-Roche.  Quelques  cheva- 
liers de  Bretagne  obtinrent  aussi  des  flefs  en  Limousin  et 
tinrent  s'y  établir,  tels  que  les  seigneurs  de  Beaupoil-Saint- 
Aolaire,  les  barons  de  Laroche,  ainsi  titrés  de  la  baronie 
de  ce  nom,  située  près  du  Ghâlard*.  D'autres  aimèrent  mieux 
sertir  l'Angleterre,  et  crier  t  Saint-Georges  et  Guyenne  1  o 
qœ  0  Saint-Denis  et  Bretagne!  »  Le  sire  de  Pierre- 
BofBère,  le  seigneur  de  Malval,  Aymari  de  Rochechouart 
soiTirent  la  bannière  du  prince  de  Galles,  quand  il  alla  en 
Espagne  au  secours  de  Pierre-le-Cruel.  Messire  Jean  Chan- 
dos  leur  chaussa  les  éperons  d'or  de  chevalier,  après  la 
bataille  oii  Duguesclin  fût  lait  prisonnier,  mais  sauva  l'bon- 
MOT  de  la  France  K 

I.  (Abch.  ds  Pau.)  Ce  document  porte  un  leeau  eo  eire  rouge,  avec 

Inù  iùmnf  eréneiéeê  ouvertes  H  «n  lamM. 

V  Im  premier  qui  noui  toit  oomin  de  cette  iSunilU  des  aeignenrs  de  la 

Aoete,  eriaiiiaire  de  l'Anjou,  fût  Hugues  du  Jarrys,  tige  de  la  branche  éta- 

Uie  dana  le  Limouiio.  Set  descendants  obtinrent  des  grades  élcTés  dan? 

famée  sons  Louis  Xlil  et  Louis  XIV.  Jean  du  Jarrys  fat  colonel  dans  les 

triNipes  de  Philippe  Vj  roi  d'Esnagne.  Son  frère,  qui  senrit  dans  le  régiment 

de  la  Marck,  passa  an  serrice  de  l'Électeur  palatin,  en  qualité  de  général- 

mÊJor,  en  1731.  Cette  famille  s*est  continuée  en  Allemagne  dans  les  hauts 

gfMlee  militaires.  Frédéric  du  Jarrys,  baron  de  la  Roche,  a  été  attaché  au 

mrhoê  du  roi  de  Bavière,  en  qualité  de  mijor  d'état-nu^or,  et  de  ohambel- 

JiB  do  priaee  Adalbert. 

I.  FaoïssAiT  :  1. 1,  c  232. 


APPENDICE 


I 

Testament  de  Gaufier  de  Lattomm 

(1354) 

lonoadoePatris  et  Filii,  SpiritusSaocU.  Aman.  Ego  GolM 
Turribul,  miles,  dominus  dicti  lod  et  de  Benoi  et  de  Linan 
Dei  gratiam  sanui  mente  et  corpore,  et  l>ona  memoria  pai 
rans,  feclt,  coodidit  et  ordioavit  testameotam  ullimum  ai, 
Toluntalem,  consideranf  quod  nicbil  cerlius  morte»  nichOfi 
certius  hora  mortîs,  noleDi  decedere,  live  mori  inteatataa, 
fùlurum  per  parentes  et  âmicos  meos  et  proiimoscontentlol 
mo?eri,  sive  oriri,  meum  tcstameotum  ultimum  et  meam  I 
mam  dispositioDem  de  bonis  et  rébus  mets  ad  me  pertioMi 
et  perlinere  valentibus  nuoc  et  in  futurum,  tam  ex  ancM 
patris  et  matris,  patruum  et  avuDcuIoram  meorumqua,  • 
cessione  quorumcumque  aliorum,  et  alla  ratione  qaaan 
concedo,  facio  et  ordino  per  bunc  xnodum.  f  Primo  coma 
animam  meam  allisimo  Creatori  «  qui ,  de  nichilo  0 
creaviti  et  beat®  Mariœ  Virgiol  gloriosœ,  et  beato  Petro,  «t. 
Jobanui  Baptiste  apostolis,  cuoctisque  sanclis  paradisi^  et  fl 
meum  ecclesiasticie  sepulturœ.  Et  cligo  meam  sepultuni 
ccclesia  Fratrum  Predicatorum  Lcmovicensium;  et  volo  el 
cipio  quod  omues  clamores  mei  per  exécuteras  et  belemoaii 
meos  subscriptos  peuilus  emendantur  cuilibetfide  dîgood 
conquereulii  et  débita  mea  intégra  persolvantur  per  ha 
meos  de  bonis  et  beredibus  meis  ad  ordinalioncm  eleemi 
riorom  et  execulorum  meorum.  Item  volo  et  jubeo  quod  exi 
mes  fiantj  dum  de  me  humanitas  contingent  per  buncmo 
I*  Lego  pro  anima  mea,  pro  luminari,  duo  quintalia  cerss: 
unum  pannum  auri,  de  quo  precipio  casulam  fieri  in  dicl 
ciesia  Predicatorum  dictorum;  lamen  quod  supra  cadaver  ■ 


ulum,  nisi  quidam  psnDus  !anœ  nigrœ  cum  qtia* 
■nui  liai  alliî  adornalus  et  juiU  corpui,  dum  slabit 
on  poQiDlur,  niai  quatuor  candelœ  quœlibot  uniui 
uminare  srdeai  in  dicta  eccle^ia  ad  hoaorem  Dei, 
r  miiuiu  lepellialur  :  et  vola  scpcliri,  prout  decet 
oeain,  et  secundum  quod  est  aioris  vin»  banarei 
!go  cuillbel  presbylero,  qui  erit  mes  sepullurœ,  très 
im  denarium  :  item  cuilibet  diacono  XIII  ilenariai, 
>  VlldeQarios,  et  cuilibet  cUrico  llll  denarios  :  ilem 
plo  qaoït  flat  rcfectio  in  die  mciB  sepulluiie  fratri- 
«eotui  Predicatorum,  et  io  octsva  die  eliam  eîidem 
lul  TJdebilur  executoribus  meis  facieDduai.  Item  do 
«t  pauperi  qui  iatererit  in  die  mes  tepulturip  duos 
lis,  et  atios  duos  denarios  cuitibel  pauperi  in  die 
ine  de  belemosina  pro  aoima  moa  et  pareDium 
m  Tolo  et  precipio  quoi)  in  oclava  die  meœ  cepul' 
Ires  decem  dcnarti  cuilibet  presbjlcro  ad  anniver- 
n  tenienti'  in  ecclesiani  Predicatorum  Lemovicen- 
(  et  lubdiacoQi  ac  clericis  ibidem  presentihue,  prout 
Ëcutoribus  meis  facieadum.  Item  vola  et  precipio 
'arres  et  apud  Bëssh  et  apud  Liuars,  inTra  annum 
ne.  In  qualihet  ecclesia  Predicatorum  tocorum  Bat 
n  meam,  prout  vidcbilur  excculoribus  meis,  sclo 
nh)  coilibel  presbytero  ibidom  presenli  dentur  Irei 
ii.elln  quolibet  illorum  locorum  duodenarii  in  pane 
wrlveaïenli  diequa  ficlanniversarium  meum,  resi- 
Bacionem  exccutorummcorum.  Item  volo  et  precipio 
udaver  meam  ponatur  quiedam  tùtuba  lapidis,  et 

loco  lofubx,  in  paricte,  piiigalur  quiedam  bittorla 
alS'BaptistfD  el  beattB  Margarilfc  cum  armis  meis. 
RTenlDi  prredicio  predicalorum  Lemovicensium  pro 
nea  quolibet  anno  facieudo  in  die  meie  sepullura' 
Udoa  perpetao  renduales,  quoa  sibi  assigne,  el  insu- 

nran  de  Turribus,  pro  facleiido  rereclionem  In. 
toanatvt,  qui  ad  anniversarium  meum  inlererunl, 
I  flnem  qiiôd  omnfs  presbjtpd  dicli  convenlus,  qui 
inwio  ialerorunl,  babeant  mistam  celebrare  pro 
lp«rcntDm  meorum,  etalii  fratresqui  uon  suni  pro- 
{Mafaiu»;etvotoquod  dicli  se^agiiitusolidi  rendualcs 
aolur  in  alii»  usibui,  nisi  in  refeclioue  diclorum 
oà  li  opportune  opposilum  Tuerit  ounc  pro  lune 
latoUdi,  coinmunitaii  dictorum  fratfuui  députa  et 
1  lago  XX  lolldos  perpeluo   renduales  dislhbuendui 

'    'i  ffedicti  convenlus  falribus  celebraallbus  an- 


m^B-f  APPKNDICE.  ^^ 

nualim  in  crittlnum  diem  anni*ersnrii  mei,  quoi  assigno  supH^*  a^f 
ilictum  furnum  mcum  de  Turribus.  Item  lego  fralri  Hanulp*<%>*' 
Lambûrli  orJinis  prœdictt  Preilicalonim  qiialuor  libras  perpelta****!'**" 
rendualai,  qiios  sïbi  aiiig^o  super  diclum  ruroum  meurodeTusuf  **** '"^ 
ribut  annuatim  sibi  solrendoi,  ut  ipso  tiaheat  pro  anima  meo^n  cço 
celobraro  quaiidiu  vùeritin  hiimania,  ot  posl  morlein  dictî  fritiftxSmiiï  »i- 
Ramnulphi  dictas  quatuor  librai  renduales  lego  conventui  prï^œ-sq  ï«*i 
dicto,  ad  flncm  quod  dictui  convenlas  depulet  unurn  altiuviuâl*  tx 
rrelrem  qui  qualibot  dis  cojusUbel  seplimanœ  sou  cothidia  !■>  »itiîrf 
perpctuum  niiseam  haboal  celebrare.  Item  k'go  C0DTeDllbD'MdUo9  7t 
Hinorum  et  fratrum  AugualiDorum  ot  Carmelilorum  Lstnon-ivonvo^ 
ceniium  cuilibet  eorumdcm  unam  i-cfectioneiu  «imul,  ptooaonfj  .1 
Tidebitur  eiecutoribuR  meis  fadendum.  Hem  lego  eccle«it«  laottJaaAC  eai 
Hilarii  I  et  eccleiiœ  do  Flamohaco  lolidem,  et  eccleiin  d>b  âsi»»' 
Ruxcria  lolidcm  supra  lerram  mesm  da  Turribus.  Ilpm  lepasl  axa 
eccleîiaa  de  I.inars  pro  uno  nnoiversariofaciendo  anauulim  ial  mtl«»* 
die  meeesepultureeXX  solides  renduales  per  pri^poillum  et  c«pAtls<]a:>  39 
lanumdictl  loci  dialribuendoi,  icilicut,  prajpogilo  quinque  wlidoobïl^»  -a 
fll  capellano  quiaque  lolidoi,  et  aiiis  presbjlcHs  et  diaconits  airxo^B 
clericU  X  soudas  inlervenienlibus  ad  dictum  imnhCHariBracii^-'e'^a 
meum,  quos  sibi  assîgtio  aiipra  terram  meoo)  de  Lioar».  IleozoJl  -«f^J 
lego  ecclesim  heali  tieorgii  do  Roffeno  [forsan  Rûf]iniaco]  V  mc»«  "^  t*** 
lidoR  renduales  supra  lerrnm  dictam  de  Unare,  liera  lego  ele^»«»l»  **"*§ 
mosiuoiqum  dalur  apud  I.inars  in  teMo  l'ascliiB  duosseilariioi^a»*^^^ 
Biliginis  ndmensuraoi  de  Nobiliaco  perpétue  rcndualca,  quo»  sitf  •«  ^'-^  . 
assigne  supra  meum  molendinum  do  Linara.  Item,  eum  egowDŒi*  *^^™ 
et  fuerim  diu  de  conrrftlria  bealte  Uariee  Yirginiadc  Hupo  Ain«*g**'^j_  .' 
lorio  ',  lego  diclie  confrairiœ  unum  texlarium  frumcnii  a» 
moDBuram  cjusdem  loci,  renduales,  vel  argenlum  pro  emente 
dictum  seilarium  Trumenli  renduale,  ad  ordlnaciODeoi  ei 
torum  meorum.  Itcoi  volo  quod  arreyiagia  conrralrie  prm 
Besito  Mariœ  de  Rupe  Amatoris  per  bercdem  meum  de  Turt 
pcrsolvaotur.  Ilcmlego  Bcaliu  Murix  de  Castellîono  Donmii 
l'ium  siliginia  renduale  supra  molendinum  de  Beuios,  ftd  Bu 
quod  quidam  pauper  comcdat  pro  ma  annuatim  ad  dictam  M 
rraiarniam,  Uûialcgo  fratri  Marciali  VeyrierordinisPreâioalonB' j 
priori  cDDTeulns  sancli  Juemanl  advitam  luam dumluat ceota 
solldoi  annuatim  penolTBiidos,  quo*  libi  usigao  aupri  ti 

1,  L'égiisî  Sniut-llilnire-ljifllù»rB  rBinoQlernil,  ai  nous  en  croyons  Ti 
(l'ionjme  do  1»  léyendo  do  iiint  Juit,  »u  lerap»  do  Mint  Hilslw  de  ~ 
(Labiche,  Vie  dit  fat'nli  du  Umouiin,  t.  III,) 

2.  Kacanudour,  JipMlemotil  itu  Lot,  liou  enaora  câlbbre  p«r  la  nntblv 
pèloriai  qui  la  rréqu«utenl. 


APPENDICE-  3BS 

liihaco.  Itom  lega  ecclesioi  bealî  Geral«3i  Lemovicensi  V 

iduales  supra  rumiim  dâ  Itilliaco  sîbi  assigoandoi, 

[uod  vicuria  de  Turribus  per  ma  et  uxorcin  meam 

lolo  quod,  proul  Elatuitur,  habeat  perpeluam  roborii 

,  Item  lego  Vsabclli  de  la  Porta,  uiori  mes,  ulUv 

od  fuit  sibi  promissum  ia  proloculione  sponsaliarum 

<Dii,  locum  meum  de  Besias,  cum  slagais,  molendinia, 

juribuf,  devoriÎB  et  pertinenciU  et  rcdditibus  suis 

it  decimam  de  Kexonio,  ac  vineas  Sanctî  Sulpicii  et 

-^i,  ad  vilam  iuam  dumlaxat,  et  medietalem  omnium 

I,  EÎTfl  de  Ordilha  bospitii,  sive  domus  mea:  :  el  poit 

!Bin,   ad  heredem  meum  de   Turribus  reverlanlur. 

-^eralii  servicilB  et  amoribuï  mihi  impensiâ  ab  Helia 

:^miceIlo,  «ibi  lego,  concedo  et  do  X  libras  in  denaril» 

^am  dumlaial,  quos  sibi  asiigno  lupra  lerrim  meam 

^.  llem  Galcelmo  de  la  Somnia  [7},  coosidoiatisetiaia 

%i  ab  ipso  impeiisis,  tego  et  dono  sibi  msam  dËcimam    . 

^U,  ad  vilam  suam  dumtaxat.  llem  lego  Peiro  Fabri 

dicto  alias  Coypha,  decem  libras  semel.  Item  sex 

^giois   ad  raiinsuram  do  Turribus,  sd  Yiliim  suaai 

K  vos  sibiassigno  supra  molendiaum  meum  de  Hiliiaco, 

^&  la  Salada.  Item  do  et  lego  Jobanni  coquinario  mco 

,-.»■■.     —  — "»-dos  semel,  llem  diclo  Horos  do  Linarg,  lego  X  scite- 

jJ^'KTvj^^^*-  *^  ad  mensuram  de  Nobitiaeo,  quoa  sibi  assigno  supm 

v^  ^^■~^^*'^^^^  '^'^  l.înara,  ad  vilam  suam  dumtaxal.  llem,  dicto  . 

!>^  •  rt*  ^^^"'^ vi  lo,  lego  ïeiangiula  solJdos  «emel.  llem  Uichaell  d* 

►^j^  fl*.  C^^^tum  solidoa  Bomel,  llem,  Agneli  deSeroy  pro  servidis 

JjP^^pV»  ^^■'^-'iri  mea  impensia  el  amore  Dei  X  libras  in  denarii» 

'^^\V\  ^,^*  horedes  de  Turribus  aibi  solvendis.  Item  do  el  lego 

^-<f^~  &^)<l  meonaturaliduodecim  sextarios  siligiais  ad  mensuram 

4^^^^^f^^Uâ,  quoa  sibi  aisigoo  supra  (erram  de  Sanclo  Ajcdio. 

Vytf'Vj  fcBiagiQla  solidos  ia  denariis  ad  viUm  suam  dumlaxat  supra 

\^^fi)  (erram  de  SbdcIo  Aredio  sibi  solvendos  auDUalim,  llem 

L  ^^ypiflla  mîMsa  celebrandas  ioFra  anaum  meœ  sepullurea  par 

■  Sw***"  ^  '''"'  TicarioB,  prout  videbilur  eieculoribus  meis, 

I  SSmandoi.  Item  do  et  lego  dotnlno  Jobanni,  milili,  nepoti 

nd,  loiani  lei-ram  meam  de  Linaro,  cum  suis  ilagoia,   molon< 

ait  anhersii,  el   decimam  de  Neionio,  post  morlcm  unoris 

«s,  qaanlum  pertinel  ad  me,  cuiii  deveriia  ad  decimam  prœ- 

[ctam  perlinentibus,  \n  perpeluum,  ad  Taciendum  ipsius  militis, 

3loll«  mei,  in  vila  paritor  el  ia  morte,  euam   omnimodam 
nntatem;  in  causa  in  quo  idem  nepos  meus,  quod  abail, 
I  Acedaret  absque  hercde  mosculo  ex  suo  preprio  corpore  detcen- 
SI  lagitimo   mathmoaitt  procreato ,  volo    quod    p«at 


396  APPENDICK. 

rnortem  ipsius  doaiini  Johannis,  in  illo  cuu,  tola  têrrt  m 
DelmaroB  et  décima  de  Nexonio  ad  heredem  meam  de  Tonîta 
revertatur,  qui  deferet  nomeD  meum  et  arma.  Si  Tero  hÎM 
fllium,  «eu  lilîas,  sine  aliquo  herede  muculo  supentito,  talei 
ordino  quod  ad  heredem  meum  de  Turribui  re?erlalcr.  lloB^ 
et  lego  Pctro  Jouberti,  domicellOi  nepoli  meo,  fllio  quonii 
domini  Pétri  Jouberti,  militis,  totam  terram  meam  de  S.  Aiii 
cum  suis  juribus,  deveriis  et  perprietatibus,  et  pertioendisM 
nniversis,  cum  décima  de  Gussacoi  ad  fadeDdum  sui  ettiMM 
omnimodam  voluntatcm  in  yita  pariter  et  in  nx»rte  ;  noio  |M 
ulterius  posait  aliquid  petere  aliis  nepotibus  meii,  ted  sit  M 
tentus  de  promissis,  saisis  exceptis  XV  libris  et  tringinla  « 
sexlariis  siligiois  rendualibus  liospitali  de  Turribua  assipi 
supra  dictam  terram  S.  Aredii.  Et  cum  quœdam  vicaria  hi 
assignata  in  monasterio  S*  Aredii,  scilicet  in  altari  S.  Joha«[| 
et  dicta  vicaria  spectet  ad  collationem  beredom  de  Tvrihi 
quam  l'etrus  Jouberti  levât  pro  eo,  quia  dicit,  ratione  nMÉ 
snœ  ad  ipsum  pertinore ,  in  casu  que  idem  Petrua  poM 
sufûcienter  doccre.  Volo  et  ordino  quod  dicta  vicaria  hall 
centum  solides  renduales,  pro  dicta  vicaria  assignâtes  wm 
terram  S.  Aredii.  Verumtamen,  si  idem  Petms  Jouberti  wm 
batur  sine  herede  masculo,  ex  sue  proprio  corpore  descendaÉ 
et  ex  legitimo  matrimonio  procreato,  volo  quod  dicta  tertm 
S.  Aredio  revertatur  ad  dictum  dominum  JohannemdeGayerf 
seu  ad  cjus  heredes  ex  suo  proprio  corpore  descendentesi  et^ 
legitimo  matrimonio  procréâtes,  conditionibus  supra  dicliai 
servatis;  quod  si  dictus  dominus  Jobannes  moriebatur  al 
herede  masculo  superstitc,  quod  ad  heredum  meum  qui  data 
nomcn  meum  et  arma  poslmodum  devolvatur.  Item  do  et  li| 
domino  Galfrido  do  Campanis,  niiliti,  nepoti  mco,  totam  tem 
meam  de  Turribus  et  locuui  meum  de  Bessos  [forsan  de  JUsyM 
post  mortem  uxorismctV,  et  nonaliis  ncc  aliter,  cum  suis jurill 
deveriis,  juridicione  alla  cl  basse,  homagiis,  et  aliis  juiihl 
deveriis  et  aliis  propriotatibus  ad  dicta  .loca  pertinentibus  oa 
vcrsis,  ad  facicndum  sui  et  suorum  omnimodam  voluntateo^' 
vita  pariter  et  in  morte.  Et  volo  et  jubeo  quod  dictus  domh 
Galfridus  solvat  uxori  moa>  lo  doyare,  sive  Locle,  sibi  promîsai 
in  prosactionc  sui  matrimonii.  Item  volo  quoJ  ipse  Galfrida»: 
sui  heredes  in  pcrpctuum  dcfcrant  nomcn  meum  et  arma  :  Etn 
et  ordino  quod  idem  dominus  Galfridus  solvat  in  perpetoi 
census  et  redditus  qui  debcntiir  domino  vicccomiti  I^emoTicen 
Item,  volo  et  ordino  quod,  cum  teneor  assignare  capitulo  S.  SI 
phanil^emoviccnsis  octo  libras  post  mortem  meam  in  perpétua 
aolvendas,  ratione  cujusdam  compositionis  alias  ractn>lnteri 


APPENOICK.  397 

•  dicti  capituli  LomoTiceosis,  dictas  octo  libros  vola  et 
nod  perKlTODiur  do  ceUro  supra  leiram  meam  de 
romtomen  cum  dictam  [ernio  de  Bcaat  uxori  mcic 
1  Tilam  ïUBm  dumlaial,  volo  el  ordino  quod  dum 
r  mea  \iterll.  quod  dklo  cspilulo  Lemoviccnn  diclx 
c  moduales  pcr  dictum  dominum  Galfrîdum  super 
I  de  Turrihus  persolvanlur.  Item,  volo  el  ordiuo  quod  ti 
i  Cftirridui  de  Campaais  moriebatur  siuc  berede 

0  CI  luo  proprio  corpore  descendenle,  et  legiiinio  malri- 
i  pojt  mortem  dicli  Galfridi  lola  terra  de  Turribus  et 

Il  reforlatiirad  doniiiiuni  Johanncm  de  iiayD(7)etad  suos 

t  nusculcM,  qui  tune  feniptre  defereut  nomea  meum  et 

ùidemdominus  Johaaaesde  Gaya  moricbalur,  et  cltam 

s  Galfridus  de  Canipanit,  sine  heieditius  macculis  ex  aah 

ribuâ  deaïcDdeiilibus,  quod  Iota  tena  de  Turrihus 

m  et  de  Linan,  cum  omnibus  »uie  pcnînencitâ  ad  Pe- 

J  reverlatur,  ad  finem  quod  deTerai  nomea  meum 

n  lî  Idem  doaûnus  Gairridus  rooriebalur  sino  herede 

a  luperitile,  ùvc  noa  habendo  heredem  masculuni  ecu 

,  MU  Teaiinu,  volo  et  oïdino  quod  dicta  uoa  filia  sua 

Kl  penoDam  suam  de  bonis  cl  rcddilibus  et  aliis  poss<-i- 

1  de  Torribui  et  do  Beesas  marilelur  et  dulelur,  el  resi- 
I  diclum  dominum  Johnnncra  do  Gavn.  ut  pritrerlur, 
r.  Iteni  lolo  et  ordioo  quod  si  Guido  de  Campaots,  miles, 
jr,  domioa  Agneie  uxore  sua,  sorore  mea  rémanente, 
dio  dicia  soror  mea  non  posait  morari  cura  domiuu 

)  Caropanis,   quod    diclus  domiuus  GalTiidus  solval 

ri  sus  vigioli  libres  supra  Icrrom  meam  do  Turribus, 

dio  dicta  mater  sua  vixerit  ïn  humnnif.  Excculorcs 

I  Diliml  lestamonli  facio  el  ordino  «ciliccl  nabilcs  cl 

I  Tirw  dominum  Cuichafdum  de  rombornio,  mililem, 

ait  Tregutiaco,  et  domiuum  Guidoaem  Bruni,  militem, 

I  Bonliibrani ,  et  priorcni  confenlualem  Predicatorum 

l  fralrem  Mnrcialem  Veyrici  (7)  Priedicalorum 

■  S.  Juniani  cl  quemlibet  eorumdeui;  el  voie  quod  niii 

iluar  execulorea  atiis  negocii^  occupalis,  quod  propler 

1  Icslauioalum  non  remaneat  impcrrccUim,  sed  quod 

nal  poleilatcm  coraplendi  et  perficicndi,  et  nisi  dicti 

n  «tecuiuiura  potsent  vacarc,  quod  per  duos  iUorum 

kl  cl  conipleri  ;  lia  quod  unus  loUis  sine  alio  ipsorum 

rto  nicbil  poesil  perSccre  de  prirmissis  oxequiîs  meîs 

I,  ftilbus  eiocutoribus  nicis  dotalem  cl  qualem  potesla' 

'    D  babcbam  pcr  qundraglnta  dîcs  anlequam  coudèrent 

1  iMtamealum  \oiidcndi  cl  dislrabcndi  de  bouia  me» 


398 


appi>:ndige. 


mobilibus,  et  niai  extent  mobilia  de  bonis  et  robus  meii  iounih 
bilibus  tanlum  donec  omnes  ezequiœ  clamorei  et  (bnenris,  il 
testamentum  meum  penitus  compîeatur  ;  et  sapplioo  eisdem  qmrf 
placeat  eisdem  onus  hujusmodi  testamenti  în  se  susdpere  et  ii 
prœmissis  vaccare.  Et  toIo  et  predpio  quod  aliquis  de  meis  heci» 
dibus  supra  dictis,  non  possit  aliquid  levare  de  Ihictibus  et  rel* 
ditibus  terrœ  mes,  usurpare,  capere^nec  tranaportArei  donec  ptf  ^ 
executores  meos  clamores  et  exequiœ  et  testamentum  moiui 
penitus  compîeatur;  quod  si  facerent  in  contrariumomneisîiBal 
seu  aliquis  eorumdem  in  legatum  ejusdem  qui  aliquid  in  cos>, 
trarium  faciat,  ex  nunc  pro  tune  fado  heredes  meos  deoûBiifl 
regem  Frandœ,  et  dominum  Ticecomitem  IjemoTicensem  pif 
commun!  et  indiyiso  non  alias  nec  alius.  Itemvolo  quod  ezaqàl 
et  funerarias  meas  dicti  dominus  Gairridus  et  Peirus  laabcriil 
solvant,  prout  executoribus  meis  predidis  yidebitur  faciendoB^i 
et  pro  laborc  dictorum  executorum  meorum  lego  eisdem  XBj 
libres  in  denariis,  solfendas  semel,  et  boc  volo  et  jabeo  quod  A 
meum  ultimum  nuncupatum  et  mea  yoluntas  exlremst  et  i\ 
unumquemque  aliud  testamentum  fed,  illud  revoco  et  aDOoiihl 
et  Tolo  quod  valeat  jure  quo  valcre  poterit  meliori  :  et  sopplidl 
custodi  sigilH  régis  in  Baylivia  Lcmoyicensi  constituli  et  judlA] 
vicecomitatus  Lemovicensis,  ut  sigillé  suo^  et  eliam  dominl 
lori  et  ofOciali  Lemovicensi. 

Testes  hujusmodi  te;(tamenti  mei  inToco  dominum  Aymei 
nanncrîi  canonicum  Sancti  Johannis  de  Cola,  et  dominum 
phanuni  Ghabessnrii,  canonicum  de  Castellione,  Petrum  de  Me 
tclo,  et  Stephanum  de  Podio,  presliyteros  parocbiœ  de  Ladigeai 
Ademareum  Casteu,  clcricuni  de  l^adignaco,  Pelruui  liladet 
Stephanum  Paroulo  de  Bessas.  In  loco  de  Bessas  die  jovis 
fcslani  Annunciationis  B.  M.  Anno  Domiui  m.  ccc.  uv.  Le  Ti< 
vii  de  Tannée  1463.  (Arc/i.  de  Pau.) 


FIN   DU  TOMK   PHEMIER 


TABLE  DES  CHAPITRES 

DU  PREMIER   VOLUME 


Les  Lémovices;  la  Domioation  romaine  et  le  Cbristia- 

nisme  (?  —  2-:iH  ap.  J.-C.) 1 

Les  Comtes  de  Limoges  soas  les  Mérovingiens  et  sous 

les  (larJovingiens  (5<  !-877) 32 

Premiers  Vicomtes  de  Ségur  et  de  Limoges  (877-1000).  63 
Gui  I*"'  et  Adhémar,  vicomtes  de  Limoges  (1000-1036).  80 
Goi  II  et  Adhémar  II,  vicomtes  de  Limoges  (1036-1085).     1 1 2 

Adhémar  III  et  la  première  Croisade  (1 085- 1  i  37) 1 47 

Les  vicomtes  de  Limoges  de  la  dynastie  de  Comborn 

(1137-1170) 180 

Adiiémar  V,  vicomte  de  Limoges,  et  les  Plantagencts 

(1170-1182) 213 

Saitc  d* Adhémar  Y  et  des  PlantageneU  (1182-1216)...     244 

Gui  V,  vicomte  de  Limoges  (121 6-1 226) 274 

.  Gui  YI,  vicomte  de  Limoges,  et  Louis  IX,  roi  de  France 

(1220-1263) 293 

.  Marie,  vicomtesse  de  Limoges  :  la  maison  de  Bretagne 

(I2G3-1312) 313 

Jean  I*'*',  Gui  YII,  Jean  III,  vicomtes  de  la  dynastie  de 

Bretagne  (1312-1344) 349 

Charles  de  Blois;  Jeanne  de  Bretagne  et  Jean  de  Mont- 
fort  (1344- 1384) 375 

LXDICE I ' 392 


né.  —  luipriincrio  Pillet  fils  aLnk,  rue  dei»  Gnuds-Augustius,  â. 


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KoMTES  i;ï  iik  la  vicomte 

1  DE  LIMOGES 

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HISTOIRE 


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inCOMTES  ET  DE  LA  VICOMTE 


DE    LIMOGES 


^»t^0t0<0»^*l*0^0»0>t>ttf>m^t*^0 


II 


LIBRAIRES   DÉPOSITAIRES 


AiriDRT 
Chez  H.  Clouzot. 

A  BORDEAUX 

Chez  M.  G.  Lefebtrb. 


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Par».  —  Imprimeiû  Pillkt  fils  a1n£,  rue  dei  Gnndt-AngoitîiHv 


HISTOIRE 

DBS 

YICOMTES  ET  DE  LA  VICOMTE 

DE  LIMOGES 

F.  MARVA.UD 

Pralenenr  dliUloire  ea  relnile,  Ul&aiu'  d'Actdtmie, 

■riiai  TÏM-Pritideiit  de  U  SoàélA  uchiologiqne  et  hiitoriqne  de  U  Charrate, 

et  UMiMiMttdwit  dn  Comité  dei  tnnnx  hùtorique*  et  des  SociWa  mute*. 

TOHE    SECOND 


A    PARIS 

GEBZ  J.-B.  DUMOULIN 

L>tbndi«  da  I*.  SocMtA  des  AnUqtudrM  d»  Frutoa, 

13,  QDÀI  DES  SKANDa-lDailSTtlIS 


I 


HISTOIRE 

DBS 

MTES  ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES 


CHAPITRE  XV 

DE  BLOIS,    DITE   LA   BOITEUSE,  VICOMTESSE  DE  LIMOGES 

:  de  Ch.nrleîi  V  :  ligue  contre  le  priuce  de  Galles.  —  Les  cam- 
iiTagées.  —  Note  sur  la  dépeose  des  officiers  de  la  moniiaie.  — 
icomte  d(>  Rocbechouart,  abaudonne  le  parti,  des  Anglais.  —  Ro- 
irt  aàsit^gi*  par  Jcau  Chaudos  et  le  comte  de  Pembroch.  —  Le 
Berry  dan»  \o.  Limousin.  —  Cession  de  la  vicomte  par  Jeanne- 
i«e  à  CLarleâ  V.  —  Les  ducs  de  Berry  et  de  Bourbon  devant 
.  —  Les  consuls  et  les  bourgeois  reçoivent  les  troupes  royales.  — 
aandemeut  donné  à  Jean  de  Villemur,  à  Jean  de  Beaufort  par 
•ii  français.  —  Duguesclin  sur  les  frontières  du  Limousin.  —  Le 
'  (îalles  marche  contre  Limoges;  la  ville  est  assiégée. —  Craintes 
U\nts.  —  Exploits  de  Dugui'sclin.  —  Le  prince  de  Galles  donne 

—  L'éuijue  fait  prisonnier.  —  Noble  résistance  de  Jean  de  Vil- 
.  d»*  se?  «'onipagnons.  —  Tableau  des  désastres  de  Limoges.  — 
r  rendne  à  l'évèque.  —  Le  prince  de  Galles  à  Grandmont.  — 

-  la  princesse  de  Galles.  —  Départ  du  prince  de  Galles;  ses 
—  Tableau  des  ruines  faites  par  les  Anglais  :  dévouement  de 
XI.  —  Ktat  malheureux  du  pays.  —  Les  consuls  demandent  à 

V  de  les  necourir. 

LDce,  si  malheureuse  à  Créci  et  à  Poitiers,  si  bumi- 
noindrie  par  le  traité  de  Bretigni,  put  espérer  de 
a  furtuoe,  quand  Cliarles  V,  l'eancmi  irrécouci- 
is  ÂQglais,  décidé  à  ne  pj>s  jouer  la  fortune  du 
t  la  royauté  dans  une  grande  bataille,  eut  succédé 
>an,  qui  venait  de  mourir  en  Angleterre  pour  saa- 


•     -  ..-.r"-r    i   *  T-'nesmiiiHe  in  3L-:ai:e  :e  Gilles. (pii 
.  1^.    i       :::   .  3. -■.-i:ir     ll.si.û   j«t."T^:  si-iaiitiie  à  Li- 

..  '.z-L  .-i^r^L.  u:  .-inaii:  :su:t  i»is  pr'idoitâ  et  des 
,  ".  :î^^  .:  -  z^-r.\ii..ii  Tljj  rm^i  L  rxiltit  eiiger 
.>  -^î.  .-•  .  -.  -  Il  ji'-sïni  -^  l'-rj'i--.  ixfdçie,  ceuxdD 
..^  ,?--:  ru  -v«.^::  tSu-.  :a  Lrgdj-t;,  l'^e-it  les  pre- 
-^    ^       ^    .  - V.-      .:^r^   m      is-  -a«-:c?  i-f  MAiemort. 

,  •    .      *  . -i'^:!:.  *-.   =•-  rus  Lc'jx  ::    ;.:c'i:ei:  rêuiûr 

^^       .      .       •  ....     ^     -  •       —  *»-     -*-s^  -«^  -  -■ 

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.M»»t*»   4«  «  V->MC^ 


ET  ma  EJl  YiGomt  m^  limoges.  s 

nient  les  nobles  récalcitrants  »  semaient  partout  h  destmc- 
tioB  parle  fer  et  par  le  feu  :  lâches  vengeances  qui  désbo- 
Mraient  leurs  auteurs,  sans  être  utiles  à  leur  cause.  Le 
désespoir  était  général,  mais  les  populations  comptaient 
SQr  Gh^irles  V  :  barons,  prélats,  bourgeois  et  manants  s'a- 
dressaicnl  à  son  patriotisme  :  «  Gber  sîi^e,  disaient-ils^  vous 
iTei  cause,  et  sachez  que  sitôt  que  l'aurez  entreprise,  vous 
trouverez  que  se  tourneront  devers  vous  prélats,  comtes, 
barons,  chevaliers  et  écnyers,  el  bourgeois  de  bonnes 
Tilles.  D 

Louis,  vicomte  de  Rochecbouart,  longtemps  attaché  à 
b  cause  de  la  famille  de  Montfort,  servait  encore  dans 
les  rangs  des  Anglais,  espérant  que  le  prince  de  Galles 
aagmenterait  sa  fortune  par  la  cession  de  quelques  nou- 
veaux fipfs  au  détriment  de  Jeanne-Ia-6oiteuse.  La  récom- 
pense se  fit  sans  doute  trop  attendre;  peu  de  temps  après, 
eDlrainé  par  l'exemple  des  barons  du  pays,  animé  du 
même  patriotisme,  il  allait  se  ranger  sous  la  bannière  de 
ia  France,  lorsque  le  prince  anglais,  soupçonnant  ses  inten- 
tions, le  retint  prisonnier  et  tint  si  châtellenie  sous  le 
séquestre,  jusqu'à  ce  que,  vaincu  par  les  prières  des  ba- 
rons du  Poitou,  il  consenttt  à  lui  rendre  la  liberté.  Le 
vicomte  revin'  sur  ses  terres,  donna  le  commandement  de 
son  château  au  Breton  Thib^ud  du  Pont,   a  moult  bon- 
homme d'armes,  avec  lequel  il  avait  souvent  combattu  en 
Bretagne ,  et  envoya  tantôt  défier  le  prince  ,  et  lui  fit 
pand'gucrre  <.  »  Le  prince  de  Galles,  irrité,  chargea  Jean 
Chandos  de  se  mettre  h  sa  poursuite;  «  et  ceux-ci  se  mi- 
rrut  entre  Anjou  el  Tourrainc  el  tout  contreval  la  rivière 
de  Vienne,  et  entrèrent  en  la  terre  du  vicomte,  et  gâtèrent 
et  liinlèroDt  malement,  et  n'y  laissèrent  rien,  fors  les  for^ 

» 

1.  rraiiMrU 


ET  DE  LA  MGOMTÉ  DE  LIMOGES.  5 

e  de  Galles,  qui  tenait  alors  sa  cour  à  Angoulôme;  ils 
Daient  aussi  pour  leurs  franchises  communales,  car 
Tille  étant  au  pouvoir  des  Français,  Jeanne-la-Boi- 
pouvait  bien  venir  s^y  établir  en  qualité  de  vicom* 
f  et  y  faire  revivre  tous  les  anciens  privilèges  de  sa 
le.  Elle  venait  en  effet  de  faire  sommer^ les  consuls  de 
ronnattre,  et,  sur  leur  refus,  elle  s'adressa  à  Charles  V. 
rince,  feignant  de  ne  pas  approuver  ses  prétentions, 
ant  rendre  les  habitants  plus  traitables,  s'engagea  à 
ire  cession  de  tous  ses  droits  scr  la  ville  et  le  Château, 
ijn'elle  désespérât  de  pouvoir  rétablir  son  autorité 
ta  vicomte,  soit  qu'elle  s'entendit  avec  Charles  V,  qui 
ait  engagé  à  lui  en  faire,  en  temps  opportun,  rétro- 
•n,  supposition  qui  parait  la  plus  convenable,  car  on 
mprendrait  pas  qu'elle  eût  eu  la  pensée  de  priver  ses 
s  de  ce  riche  héritage,  Jeanne-la-Boiteuse  donna  à 
is  V,  à  titre  irrévocable,  la  vicomte  de  Limoges  avec 
es  droits  qui  en  résultaient,  comme  témoignage  de 
laissance  des  nombreux  services  que  le  roi  lui  avait 
s,  ainsi  qu'à  sa  famille  (1369)  '.  Il  est  à  remarquer 
lans  cette  donation,  elle  prend  le  titre  de  duchesse 
ïtagne,  contrairement  aux  conditions  stipulées  dans 
té  de  Guérandc.  Voulait-elle,  par  là,  protester  contre 
té?  Charies  V  lui  avait-il  promis  de  la  soutenir  dans 
indication  de  ses  droits?  Nous  connaissons  assez  la 
ue  du  prince  pour  admettre,  sinon  l'affirmation,  au 
la  vraisemblance  de  ces  deux  suppositions. 
ces  entrefaites,  Jean  Chaudes  arriva  à  Limoges,  y 


..  Not  ei  iDfceiitihuii  et  necei^ariis  cnusin  et  vitluntate  iiostra.  iu 
ioneiii  beueficiorum  nohis  cl  nostrU  por  regiam  M.njeëtatein  inifàer- 
..  o  'Acte  (in  9  juin  laeft,  fait  à  Parir.  ARCn.  de  Pav.)  —  SeI*Ki 
tiques  manuscrite.^  de  Limoge»,  Charle»  V  eut  recuure  à  ce  yub- 
poar  faire  croire  aux  babitaot»  qu'il  voulait  les  dtfeudre  oootre  la 


ëeCeadre  la  place  meoacie 
XÉf  iary.  é^zm.  âe  Bourboo  et  d'Aleoçoa, 
m  T  f«aii-ic  Tin»  e.  ^  la?  |«tite  JistaDfe.  D  espérait  s'y 
nanirair  aaasfflL».  Asscf  '^  foorace  des  princes,  car  il 
wiir  1  i-nr  .-ç^aeer  é«  fcrt«  mnraiUes  protégées  par  de 
2J1X1H5  -  ia-5  rf  fc  jn»  îûssêr.  Ses  archers  et  son  artiBe- 
'«    iiiiL-^  sias^  i*  ckcàfr  é^  îéjriisc  de  Sainl-Éticone, 
i«iiEC£nc  i.TEr  ^  afiâèKiats  à  distance.  Cependant  les 
rars  w  iîrrr  et  ce  Bourbon   n'en  prirent  pas  moins 
zrsiziSL   i-mac  ii  :<ace.   espérant  qoe   les  bourgecis. 
rt  ^    r-:jusiz   çftpès  par  Charies  V,  leur  en  owri- 
T-^iù:    -'-   îc'ws,   tenKsciin.  qoi   arriva   bientôi  aTCC 
'.  *  7-  irres  lESHST  AûKfamxses.  engagea  les  habifants  i 
-^-  r.zx.-r«   -  ii::rnê  r>T2]e.  Ceox-ci  hésitaient  encore, 
'iz'  .^  ::r«a3a3tf-3t  ies  Teoceauces  du  prince  de  Galles, 
j.îrsrw  m-ekz  c*  Cn»  de  Calmefort.  évèque  de  Limoges, 
«  ::.i:    -rcTièrf  mil  était  do  prince  de  Galles,»  mais 
rx    if-Tiu   if  5<î   décimer  pour  Charles  V,  arriva  d'An- 
r  •-    iL^ .   L:"!^m^î  qise  le  prince  était  mort,  qu'il  Tavail 


"»■::  £'<ri 


7-'-      >-    f>  ::2>-L>.  >5  bourgeois  et  le  peuple  delà 
:  -    ::     -i:^-:  à  rroe^Mr  tian<  leurs  mur^  les  troupes 
-  t:  .<.    >^::;u:  Ç"i- :   ils   virent    paraître    Duguesclin. 
;.:-.:  r.:>>;rt   B^nrasd  Ducuesclin,  raconte  Froissarl, 
::  v::_:  y:  y.vçe.  s:  s'en  réjouirent  grandement  les  Fran- 
<    >.  «:  friri'r.ocve.le  de  lui  et  dedans  la  cité  et  dehors 
Tir..:  :      ;  .■'!r.r.:'='r:oa  à  aherder  les  traités  qui  étoient  enla* 
n*v>  « r.:rt  Tivitriie  rie  Limoires  et  ceux  de  la  Cité  et  le  dnf 
v!;    F:::\,  c;  !t>  poursuivit  si  soigneusement  et  si  sage* 
:v.îr.:.  çu':!s  se  îir^Dl  et  tournèrent  françois;  et  entrèrent  le 
viui  de  Berrv\  le  duo  de  Bourbon,  raessire  Gui  de  Blois  et 
!os  >t  igneurs  de  France  dedans  à  grand'joie,  et  en  prirent 
les  fois  et  les  hommages,  et  s'y  rafraîchirent  et  reposèreut 


ET  DE  LA  VICOBITÉ  DE  LIMOGES.  7 

trois  jours  ^  »  Mais  il  fallait  déloger  les  Anglais  de  leors 
positions  où  Jean  Chandos  pouvait  encore  se  défendre. 
I  Là-dessus,  eurent  lesdits  seigneurs  conse'l  et  avis,  qu'ils 
déromproient  leur  chevauchée  pour  cette  saison,  ainsi  que 
le  doc  d'Anjou  avait  fait,  et  s'en  retoumeroient  à  leur 
pib,  pour  prendre  garde  à  leurs  villes  et  forteresses,  pour 
moDsdgneur  Canolle  (Robert  Rnolle),  quî  tenait  les  champs 
en  France;  et  qu'ils  avoient  bien  exploité,  quand  ils 
avoient  pris  une  telle  cité  comme  Limoges  est  *.  »  Cepen- 
dant, à  la  demande  de  l'évGque,  ils  laissèrent  dans  la  Cité 
une  centaine  d'hommes  d'armes,  sous  le  commandement 
de  Jean  de  Villemur,  de  Jean  de  Beanfort  et  de  Hugues, 
baron  de  La  Roche.  Ce  dernier,  déjà  connu  par  son  dévoue- 
meni  ù  la  maison  de  Blois,  se  montrait  toujours  le  plus 
haidi  à  c/)urir  sus  aux  Anglais.  Ces  trois  gentilshommes, 
dont  le  prince  de  Galles  admira  souvent  le  noble  courage, 
contribuèrent  surtout  «c  à  reboucher  la  pointe  de  sa 
colère  '.  » 

Duguesclin,  pour  rassurer  les  habitants  de  la  cité,  de- 
meura sur  les  frontières  du  Limousin.  Après  le  départ  des 
princes,  Jean  Chandos,  cherchant  à  se  prémunir  contre  une 
attaque,  flt  une  sortie,  et  escarmouchant  contre  ses  enne- 
mis, qui  voulaient  lui  fermer  le  passage,  il  brûla  le  fan- 
Kourg  de  Saint-Martin,  centre  important  du  commerce 
•lepnis  plusieurs  années;  puis  il  continua  sa  chevauchée, 
ne  laissant  derrière  lui  que  d'affreu^^es  dévastations.  Sa 
colère  retomba  surtout  sur  1*^  vicomte  de  Rochechouart, 
dont  il  ravagea  encore  les  terres,  mais  sans  oser  attaquer 
le  château  au  siège  duquel  il  avait  déjà  honteusement 
échoué^.  Ses  troupes,  dont  il  laissa  une  partie  à  Pem- 

1.  Fhoissart  :  1.  I,  c.  322. 
t.  Ibid. 

I.  MOSCTAIGIIE. 

I.  PlOXSSABT  :  C.  315. 


8  HISTOIRE  DES  V1C0MTB8 

broch,  continuèrent  leurs  incursions  dans  la  contrée  situie 
sur  la  rive  gauche  de  la  Vienne. 

A  la  nouvelle  que  Limoges  s'était  rendu  aux  Français,  et 
que  révoque,  son  ancien  chancelier,  avait  engagé  les  habi- 
tants à  ouvrir  leurs  portes,  le  prince  de  Galles,  qui  se  trou* 
vait  alors  à  Cognac,  sur  les  bords  de  la  Charente,  se  laissa 
aller  à  la  plus  violente  colère,  déclarant  a  qu'il  n'avait  pins 
foi  aux  prôtrcs;  »  jurant  par  l'âme  de  son  père  qu'il  repreo- 
drait  la  ville  à  tout  prix,  qu'il  punirait  les  traîtres.  Son 
armée,  qui  se  composait  de  douze  cents  lances,  chevaliers 
et  écuyers,  de  mille  archers  et  de  trois  mille  hommes  de 
pied,  se  mit  aussitôt  en  mouvement.  Il  partit  avec  elle, 
accompagné  de  ses  deux  frères,  le  duc  de  Lancastre  et  Is 
comte  de  Cambridge,  et  du  comte  de  Pembroch.  Parmi  les 
principaux  seip;ncurs  anglais  ou  gascons  qui  suivaient  sa 
bannière,  on  distinguait  Guichard  d*Angles,  Louis  d'Ha^ 
court,  les  sires  de  Pons,  de  Parthcnay,  de  Tonnay-Bou- 
tonnc»,  Percevaux  de  Cologne,  messire  Geoffroi  d'Argentoa, 
GeoiTroi  de  Nontron ,  à  qui  il  avait  donné  ce  fleF  de  la 
vicomte  de  Limoges,   Robert,  seigneur  de  Muntbron  en 
Angoumois,  les  sires  do  Monlféraïul,  de  Chaumont,  de  Lan- 
goiran,  de  Thouars,  et  plusieurs  autres  impatients,  comme 
lui,  de  punir  la  ville  rebelle  à  TAngleterre.  Les  habitants 
des  cami.a^'nes,  et  ceux  des  villes  qui  se  trouvaient  surit 
route,  fuyaient  à  rapproche  de  cette  armée,  dont  le  chef, 
atteint  d'une  maladie  mortelle,  ne  pouvant  se  tenir  à  che- 
val, se  faisait  porter  dans  une  litière,  n'ayant  plus  rien  de 
cette  én(Tgie  néroique  qu'il  montrait  à  Crécy  et  à,  Mau- 
pertuis.  Son  aimée  arriva  bientôt  sous  les  murs  de  la  Cité, 
dont  les  habitants,  du  haut  do  leurs  créneaux,  pouvaient 
Tentcndre  crier  et  jurer,  qu'il   ne    se  retirerait  que  lors- 
que la   place  se   serait   rendue  à  discrétion.  11  prit  son 
logement  au  couvent  de  Saint-Géraud.  Le  duc  de  Lan- 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  » 

castre  s'établit  aux  Jacobins;  les  comtes  de  Pembrocb  et 
de  Cambridge,  avec  les  seigneurs  de  Guyenne,  au  mo- 
oastère  de  SaînU>Augustin;  les  chevaliers  de  Poitou,  de 
Périgord  et  d'Angoumois  à  l'abbaye  de  Saint-Martin  et  aux 
Gordeliers.  On  voyait  briller  de  l'autre  côté  de  la  rivière 
les  feux  de  bivouac  de  Thomas  Felton,  captai  de  Buch, 
qai  campait  avec  cinq  cents  lances,  et,  un  peu  plus  loin,  la 
diTision  d'Hannuyers,  autre  chef  anglais,  qui  comman- 
dait à  mille  archers  et  à  dix  mille  Gascons.  Le  corps  le 
plus  rapproché  de  la  place  était  celui  de  messire  Jean 
Chandos. 

En  présence  du  danger  qui  les  menaçait  de  si  près, 

i'évêque  et  les  bourgeois  regrettaient  de  s'être  donnés  au 

roi  de  France,  et  ne  voyaient  aucun  moyen  d'échapper  à  la 

colère  de  leur  ennemi,  ni  même  de  se  rendre  à  discrétion; 

car,  comme  le  dit  Froissart^  a  ils  n'éloient  ni  mi-seigneurs, 

ni  maîtres  de  leur  Cité.  Messire  Jean  de  Villemur,  messire 

Hugues  de  La  Roche  et  Roger  de  Beaufort,  qui  la  gardoieiit 

et  qui  capitaines  en  étoient,  réconfortoient  grandement  les 

::eDs  de  la  ville;  et  quand  ébahir  (trembler)  les  voyoient, 

leur  disoient  :  u  Seigneurs,  ne  vous  effrayez  de  rien;  nous 

«ommes  forts,  et  gens  assez,  pour  nous  tenir  contre  la  puis- 

>dace  du  prince  :  par  assaut  ne  nous  peut-il  prendre  ni  gre- 

Ter,  car  nous  sommes  bien  pourvus  d'armes.  »  Quand  le 

prince  de  Galles  eut  examiné  avec  ses  maréchaux  toutes  les 

positions,  en  faisant  le  tour  des  fortifications,  il  fit  venir  les 

harons,  «  gens  bien  experts  pour  mines,  »  lesquels  il  mit  en 

besogne  du  cêté  du  Naveix  *,  près  d'une  haute  tour,  appelée 

iléresia,  où  la  muraille  était  bâtie  sur  le  tuf  et  sur  le  roc  ^. 

Il  demeura  tout  un  mois  devant  la  ville,  faisant  travailler 


1.  Le  NtTeii  i^tait  cette  partie  de  la  Cité  qui  touchait  à  la  Vienne.  On  le 
cimiiiait  ainia  parce  que  les  barques  chargées  de  b(HS  s  y  arrêtaient. 

2.  CflE05.  Mss.  —  Froissart,  1. 1.,  c.  316. 


10  HISTOIRE  DBS  VIGOimS 

h  la  mine,  et  défendant  aux  siens  d'engager  la  moindre 
escarmouche.  «  Les  hurons  et  pionniers,  ayant  miné  et  ap- 
puyé les  murs  des  pilotis  de  bois  ensoufrés,  ils  firent  tant 
par  leurs  labeurs,  qu'ils  vinrent  au  dessein  de  leur  oumge 
et  entreprise,  laquelle  contenoit  cent  coudées  de  muraille, 
sans  comprendre  ladite  tour  d'Aléresia.  Ils  mirent  bois, 
soufre  et  autres  matières  sèches,  pour  brûler  et  consu- 
mer le  pilotis,  puis  avertirent  le  prince  que,  quand  il  loi 
plairoit,  feroit  renverser  les  murs  dans  les  fossés,  où  sei 
gens  pourroîent  entrer  facilement.  »  —  «  Oil,  dit-îl,  je  vcui 
que  demain  à  Theurc  de  primes  votre  ouvrage  se  montre.  • 
De  leur  côté,  les  asnégés  pratiquaient  des  contre-mines. 

Pendant  ce  temps-là,  Duguesclin,  à  la  fètc  de  deux  cenb 
lances,  parcourait  le  Limousin,  le  jour  tenant  les  champs  , 
pour  attaquer  les  détachements  ennemis,  la  nuit  se  rëfi- 
ranl  dans  1rs  forteresses  qui  appartenaient  aux  divers  sei- 
gneurs dévoués  à  la  France,  tels  que  ceux  de  Marval  et  de 
M.ireuil.  Presque  toujours  il  surprenait  les  Anglais  dans  les 
petits  bourgs  ou  dans  les  manoirs,  «  où  ils  festoyaient,  i 
Toujours  fidèle  à  la  cause  de  Jeaiino-la-Boiteuse,  Tillustre 
vainqueur  de  (.ochorel,   en  combattant  pour  la  France, 
s'olforçait  au>si  de  conserver  à  sa  souveraine  la  vicomte  de 
Limof^es,  que  1rs  partisans  d'Kdouard  III  traitaient  comme 
une  leriT  rnmfuise,  et  qu'esp<»rail  bi-.în  reprendre  nlus  lard 
le  duc  de  lîretagnC;  malgré  les  clauses  contraires  du  traité 
de  (îuci'iindc.  «  S'y  fit  bi  grand'gucrre,  cl  nul  ne  lui  alla  au- 
devant,  car  le  duc  de  Diolagne  ne  cuîdoil  point  que  me^ 
sire  Bertrand  le  dftl  jruerrouîr.  »  En  ollet,  il  arriva  jusque 
devant  Sainl-Yrieix,  sans  trouver  d'ennoniis  qui  osassent 
l'arrêter.  Les  habitants,  qui  lenaient  pour  l'Anglais,  furent 
si  effrayés  que,  malgré  la  force  de  leurs  murailles,  ils  sa 
rendircnl  et  reconnurent  l'autorité  de  la  vicomtesse  doui 
les  viguiers  reprirent  leurs  fonctions,  malgré  la  convention 


.4 


ET  DE  LA  YIGOHTÉ  DE  UMOGES.  li 

eotre  le  chapitre  et  Philippe-le-Bel.  Mais  peu  de 
après,  quelques  chefs  bretons  reprirent  la  ville  au 
I  Jean  de  Montfort. 

)  septembre  1370  était  le  jour  fixé  par  le  prince  de 
K)ur  mettre  le  feu  à-  la  mine  et  donner  Tassant  à  la 
Pour  conclusion^  disent  les  chroniques,  le  feu  mis 
nés  et  les  murailles  renversées  dans  les  fossés,  les 
étaient  en  armes,  prêts  à  combattre  à  l'assaut  donné 
les  trompettes  et  des  clairons;  les  gens  de  pied  don- 
dedans;  puis  montèrent  sur  les  murailles,  coupant 
tes,  pont-levis,  barrières  et  autres  défenses.  Le 
Je  Galles,  le  duc  de  Lancastre,  les  comles  de  Rem- 
et de  Cambridge,  messire  Guichard  d'Angles,  et 
gens  de  guerre,  pillards  à  pied,  tous  prêts  à  mal 
3  précipitèrent  dans  la  place,  tuant  tous  ceux  qu'ils 
raient,  hommes,  femmes,  enfants  et  jeunes  filles.  » 
lillants  ne  faisaient  grAce  à  personne,  même  à  ce>ix 
étaient  à  leurs  pieds  demandant  la  vie  sauve,  a  Ni 
comment  ils  n'avaient  pitié  des  pauvres  gens,  ajoute 
rt  qui  souvent  a  présenté  les  événements  à  l'avan- 
s  Anglais  '.  »  Les  vainqueurs  vinrent  de  cette  sorte 
la  porte  de  Saint-André,  dite  la  Por(e-Pati^l  S  jus- 
evanl  de  l'église  cathédrale  de  Saint-Etienne,  «là 
eut  graiid'tuerie,  parce  que  la  plupart  des  habitants, 
ient  retirés  dans  cette  église,  pensaient  être  en 
irdc  ;  ce  qui  ne  leur  servit  de  rien,  et  en  fut  tués 
i^aorés  plus  do  dix-huit  raille^;  et  la  plus  grande 
de  ceux  et  celles  qui  étaient  innocents  de  la  re- 
;  et  furent  en  grand  danger  les  religieuses  de  la 


1S<.«RT  :  c.  315. 

loru  Pau  fi  M  trouvait  prtu  Ue  l'éK^iw  île  Saim-André-des-Caruiei. 
de  U  rue  Fuiitaiiit'-de-la-Cave,  du  cùté  du  Naveix. 
Mari  dit  Mulemenl  tnùs  mille. 


12  HISTOIRE  DKS  A1G0MTK8 

Règle'.  Sur  quoi,  c'ctail  déplorable  à  voir  les  paumi 
citadins  en  tel  état  et  efTusion  de  sang  si  grande.  Et,  n 
mémoire  de  ce  fut  mise  l'image  de  la  Vierge,  tenant  son 
fils  Jésus  qu'elle  portait  devant,  et  couvrant  son  visage, 
à  cause  du  sang  qui  fut  répandu  ;  laquelle  im^e  étui 
dehors  et  dans  le  mur  de  l'église  a  été  mise  dans  la  chi- 
pellc,  où  elle  est,  et  où  il  y  a  grand 'dévotion,  étant  appelfe 
Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance*.  a 

Quelques  détachements,  séparés  de  ceux  qui  venaient 
d'entrer  par  la  brèche,  s'étant  dirigés  vers  le  palais  de 
révoque,  firent  le  prélat  prisonnier;  et,  comme  ils  avaient 
souvent  entendu  le  prince  de  Galles  jurer  contre  lui,  ib 
crurent  devoir  le  conduire  à  son  logis.  A  l'aspect  du  prélit, 
le  prince,  quoique  furieux,  se  contenta  de*  dire  qu'il  lui 
ferait  bientôt  trancher  la  tôte  a  par  la  foi  qu'il  devait  à 
Dieu  et  à  saint  Georges.  »  Puis  il  donna  l'ordre  de  Téloi* 
gner  de  sa  personne. 

Pendant  que  les  envahisseurs  continuaient  le  massacre 
dans  les  rues  et  sur  les  placc»s  publiques,  quatre-vingts  che- 
valiers français  conduits  par  Jean  de  Villemur,  messire 
Hugues  do  La  Roche  et  Roger  de  Reaufort,  qui  avaient  dé- 
fendu durant  une  heure  entière  Tentr^^e  de  la  brèche,  s'é- 
taionl  retirés  dans  la  tour  de  Maumont,  se  promettant 
«  de  vendre  ehèrenient  leur  vie.  »  Puis,  à  l'approche  de 
rennemi  :  a  Roger,  dit  Jean  de  Villemur,  nvant  de  com- 
battre et  de  mourir,  il  vous  faut  être  armé  chevalier.  — 
((  Je  ne  le  puis,  répondit  eelui-ri;  je  ne  suis  pas  encore 
assez  vaillant,  et  grand  merei,  quand  vous  me  roffririez.  r 
Alors,  tous  déridés  ù  mourir  les  armes  à  la  main,  n'atten- 
dant d*ailleurs  aueunc  grAec  du  vainqueur,  déployèrent 

I.  l.'.iMtavr  de  la  Hr^le  uccupait  une  {«artir*  du  terrain  des  bàtimeuli>  de 
M.*minaiie. 
S.  Chmn.  mss. 


ET  DK  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  19 

r  bioniëre,  a'appuyërenl  à  une  vieille  mursille   pour 
BÛeus  résister  à  leurs  assaillaots.  A-iissitôl  ils  virent  arriver 
^K  du  iJtDcastre,  le  comte  de  Cambridge  et  leurs  gens, 
ftsommèreat  de  se  rendre.  Sur  leur  rerus,  le  combat 
Plusieurs  tombèreul  sous  les  coups  des  A.D- 
n  LA  combattirent  longuemeat  main  k  main  le  duc 
Laculre  et  Jean  de  Villeinrir,  qui  était  grand  chevalier 
l  el  bien  taillé  de  tous  membres,  et  le  comte  de  Garn- 
ie xvec  ntessire  Bugues  de  La  Roche;  el  le  comtu  de 
xb  el  mcssire  Robert  de  Beaufort,  qui  était  simple 
r:  et  firent  ces  lroi«  ccmlre  trois  plusieurs  grand'ei- 
■  d'iirmes.  a  Les  autres  se  tenaieni  à  l'écart  pendant 
t  docl  terrible  qui  allait  finir  par  la  mort  des  uns  ou  des 
iMm,  lorsque  le  prince  de  Galles  arriva,  a  et  les  regarda 
Bailt  ntloDlîers,  s'adoucit  grandement  :  et  tant  se  combat- 
^Mpt  que  les  trois  français,  d'un  accord,  en  regardant 
^■IB  épées,  dirent  :  —  a  Seigneurs,  nous  sommes  vôtres,  tl 
^bi  >?et  conquis,  n  —  oPar  Dieu,  messire  Jean,  dit  alors 
^Udc  d«  LaDca»lre,  nous  le  voudrions  pas  autrement  Taire, 
••ooBS  ntn  recevons  comme  nos  prisonnier»  '.  a  C'est  le 
1  de  Froissart,  toujours  partial  pour  les  Anglais. 
l' autres  jutent  :  a  La  Citi^  de  Limoges  Tut  détruite  [tar 
:  lunl,  prince  de  OallL-s.   Les  citoyens  furent  tués,  les 
:  .liUei,  le»  maisons,  le  palais  de  l'évéque  renversés  et 
h  aux  Damines.  0»  ne  voyait  plus  aucun  vestige  de 
^  fictic  cilé,  si  ce  n'e<t  l'église  cathédrale,  avL<c  quel- 
tpelles  adhérentes.  Ce  moniunent  est  resté  depuis 
bplel.  el  n'a  pas  été  rebâti   en  son  entier.  Le  ung 
pil  canuDC  un  ruissciu,  depuis  l'église  Saiot-KIiennc 
,  tout  Je  long  de  la  rue*.  »  D'autres  renchérissent 
V  «ar  c«  sombre  tableau.  ^  »  La  cité  de  Limages  est 

r  t  I.  1.  r.  31H. 


«4  HI8T0IRB  DES  VIGOMIRB 

toute  pillée;  le  surplus  des  citoyens,  que  le  glaive  anil 
pardonnes,  étant  prisonniers  en  grande  captivité,  après  k 
feu  de  leurs  maisons,  murailles- et  tours  abattues,  et  Isi 
Anglais  chargés  de  leurs  dépouilles,  furent  rachetés  jn 
les  habitants  de  la  ville  de  Limoges,  ayant  compassioo  il 
leurs  parents,  vendant  domaines  et  héritages,  rempiissnl 
la  ville  de  pauvres  citoyens  n'ayant  maisons  pour  as  retiraq 
ni  meubles  pour  se  servir.  Les  uns  furent  contraints  de  il 
retirer  dans  les  hôpitaux  et  autres  places  ouvertes;  à  caM 
de  quoi,  dans  les  mois  de  novembre  et  décembre,  se  pd 
entre  eux  des  maladies,  qu'il  en  mourut  la  plus  gnaH 
partie,  et  peu  se  sauvèrent  ^  » 

Jamais  la  haine  de  TAngleterre  n'avait  entassé  autant  dl 
ruines  dans  une  seule  ville.  Le  duc  de  J^ancastre,  craigoail 
que  son  frère  ne  tll  trancher  la  tête  à  Tévèque,  le  réclani 
comme  son  prisonnier.  Selon  d'autres,  ce  fut  la  princeM 
de  Galles  qui  détermina  son  mari  à  rendre  la  liberté! 
l'évAque,  en  lui  riisant,  que  s'il  s'y  refusait,  le  pape  Tel- 
communierait  et  déclarerait  ses  enfants  illégitimes.  On  saili 
en  effet,  que  le  prélat,  devenu  libre,  se  retira  auprès  dl 
pape  *. 

Le  prince  de.  Galles  n'était  pas  satisfait;  il  lui  fallait  an- 
core  d'autres  dévastations,  d  antres  trésors  à  piller.  L'alh 
baye  de  (irandmont,  la  iillc  bien-aimée  des  rois  d'Angle* 
terre,  étiil  trop  ri(!hc  pour  ùtre  respectée.  Il  s'y  dirige 
à  la  tôte  (Putie  partie  de  ses  troupe.»,  ruina  en  passant  M 

1.  Chron.  niss. 

2.  Il  fui  t'.iil  l'.inhn.il  ]i;ir  (iri''fr«>ir<-  \l.  i-l  iiiMnrut  à  Aviirnnii.  L.i  prioCiMi 
lif.  «î.iliis  avait  ilfiit  iiiitils  pDiir  rr.iiinirc  i]U'*  Ir  pape  ne  dérhrM  son  Blft 
r'nnii^  illL-fçiliiiir  :  ilabord  à  imuso  lir  na  pamiltr  nvi'c.  s«)ii  m<iri,  pois  i 
raiiM-  1104  ii>iiilili>s  iiiMi;.iillr<<  ^\l\  .Ij'.iuim'  ilo  K«miI  avec  lonl  IIi^ll.itKl  cl  art 
lonl  .M«>uLalf.Mil.  Un  ip-  pmivait  n'\>nir  sur  la  ili^cision  cl,»  Cl^mriil  VI  • 
faveur  i]ii  pri'inuT;  v\  o'rlait  -i  )..  iii>*rt  lio  li».-il  llullainl  que  k'  Prinoc-Noi 
avait  «'p.iust'  sa  rou ^iui>,  i.i  plus  rii:lii:  tiMritiirnf  <lti  l'Aiiglctcrre.  iLaFONTI 
NELLK  DK  Vaiii>oi(i-:  :   lievutf  oiiyio'frafiçaùfv.j 


ET  DE  Ul  VICOIITÉ  DE  LIMOGES.  15 

g  de  Saint-Sylvestre  qui,  par  sa  nombreuse  population, 
mblait  à  une  petite  ville,  arriva  au  monastère,  dispersa 
Qoines,  pilla  tous  les  trésors,  ravagea  Téglise,  profana 
cliques,  et  fit  fouiller  les  tombeaux  (1370)  ^  Ce  fut  son 
ier  acte  de  cruauté,  dont  il  n'avait  pas  besoin  pour 
îr  à  la  France  un  nom  redouté  et  maudit.  Ses  détache- 
Is  continuèrent  de  parcourir  le  pays.  Us  ruinèrent  Tan- 
f  château  de  Compreignac^  ainsi  que  celui  de  Ran- 
Le  seigneur  de  Bertincourt,  son  sénéchal,  qui  tenait 
mpagne  d'un  autre  côté,  s'étant  laissé  surprendre  par 
lit,  se  retira  au  château  de  Pierre-Buffière  où  il  croyait 
rer  quelques-uns  des  siens,  lorsqu'il  y  fut  reçu  en  en- 
i  par  Thibaud  du  Pont,  arrivé  depuis  quelques  jours 
forteresses  du  vicomte  de  liochechouart,  qui  le  fit  pri- 
ier  et  l'envoya  dans  un  autre  château,  d'où  il  ne  sortit 
moyennant  une  rançon  de  douze  mille  livres.  Ne  pou- 
que  donner  un  à-compte,  il  laissa  en  otage  son  fils 
çois  de  Bertincourt  ^ 

rivé  à  Bordeaux  malade,  triste  de  ses  derniers  exploits 
!  la  mort  de  son  fils  à  Angoulôme,  tourmenté  par  les 
irds,  car  il  avait  peu  d'espoir  de  recouvrer  la  santé, 
ercha  à  se  justifier  auprès  du  clergé  de  Limoges,  et 
,  un  par(!on  que  le  clergé  n'avait  pas  demandé,  car  il 
liait  n'avoir  plus  rien  à  souffrir.  Ces  lettres,  données 
rdeaux  le  10  mars  1370,  dans  lesquelles,  comme  si  de 
titros  pouvaient,  à  l'approche  de  la  mort,  faire  oublier 
randes  iniquités,  se  qualifiant  de  u  fils  aîné  du  roi  de 
ce  et  d'Angleterre,  prince  d'Aquitaine  et  de  Galles, 
de  Cornouailles,  comte  de  Leicester  et  seigneur  de 


MadaL'D  :  M»,  ap.  fémiuain*. 

>  chàt*:au  a  t-U*  détruit  dupui:».  On  u*y  Toit  plus  que  les  yestiget  de 

Loon. 

PtossAAT  :  1.  1.  c.  320. 


16  HISTOIRE  DRS  VICOMTES 

Biscaye,  il  disait  «qu'à  cause  de  l'évAque  de  Limoges, 
chef  du  chapitre  de  la  cathédrale,  le  doyen,  chanoinei 
et  autres  officiers  de  ce  corps  avaient  souffert  plusienn 
maux  en  leurs  corps  et  en  leurs  biens,  et  l'avaient  prié 
de  ne  les  punir  point  comme  complices  de  la  faute  de  lear 
évoque,  où  ils  n'avaient  aucunement  trempé;  et  déclare 
qu'il  leur  remet,  pardonne  et  quitte  toute  rébellion,  trahi- 
son et  forfaiture,  avec  toute  peine  criminelle  et  civile;  et 
casse,  révoque,  annule  toutes  conquêtes,  et  les  restitue  en 
leur  bonne  renommée,  paix  et  biens  avec  leurs  églises;  et 
s'ils  étaient  saisis  les  délivre,  et  sur  ce  point  impose  qb 
perpétuel  silence  h  tous  les  sénéchaux,  justiciers  et  ofQcien, 
et  leur  commande  de  les  faire  jouir  paisiblement  de  U 
gr&ce  qu'il  leur  accorde  '.  »  L'exécution  de  ces  volontés  était 
confiée  à  Richard  de  Malmesbury,  son  sénéchal,  qui  déli- 
gua ses  pouvoirs  à  Pierre  d'Auvergne,  sergent  de  Limoge?, 
cl  à  SOS  autres  officiers.  Rien  ne  put  rendre  de  longltinipsà 
Limoges  son  ancienne  splendeur. 

Pendant  soixante-quinze  ans  la  Cité  garda  les  traces  delà 
liaine  de  rAnj;loterro  :  on  y  voyait  des  maisons  brûlées,  des  : 
murailles  à  moitié  détniiles;  les  églises,  la  salle  épiscopale, 
où  se  réunissait  le  chapitre,  et  doux  tours  seulement  étaieni  : 
restées  debout.  (.4e  <iuartier  ne  fut  longtemps  habité  que  \ 
par  quelques  piVhours  et  quelques  indigents  retirés  dans 
ces  ruines,  Los  év<>(iues  Aymeri  Carthi,  Hernard  de  Bonne- 
val,  Hugues  de  Maf^nae  el  Nieolas  Viaud  habit^renl  le  châ- 
teau d'isle,  silur  sur  les  lM)nls  de  la  Vienne.  Tous  s'applî- 
qu(>renl  à  effacer  les  traees  de  tant  de  désastres,  on  faisant 
reconstruire  un  f;rand  nombre  de  maisons.  Le  pape  Gré- 
goire XI  vint  en  aiilc  aux  uiiIIrmus  de  son  pays,  en  ronon- 
(;ant  aux  dinies  ({uM  percevait  dans  l'étendue  «iu  dioc^se. 

l.  An-li.  ilf  Pau   :  t\  dtf  lu  vicomU  df  Umùtjt\s. 


ET  DE  LA  VICOMTE  DE  LIMOGES.  17 

La  cotisatioD  des  fidèles  procura  aux  églises  les  livres,  les 
Tases  sacrés  et  les  ornements  qu'elles  avaient  perdus.  Une 
assemblée  des  grands  dignitaires  du  clergé  de  France,  dont 
Ireot  partie  les  archevêques  de  Rouen,  de  Bourges,  de  Sens 
et  de  Tours,  et  seize  évêques,  accorda  de  nombreuses  in- 
dàlgeoces  à  tous  ceux  qui  feraient  des  aumônes  pour  les 
réparations  de  la  chapelle  de  Saint-Martial.  Attirer  en 
grand  nombre  les  étrangers  à  Limoges,  c'était  les  rendre 
témoins  des  ruines  entassées  et  exciter  leur  compassion  et 
leur  charité.  Le  cardinal  de  Saragosse  se  distingua  entre 
tous  par  sa  générosité,  en  contribuant  largement  à  la  cons- 
stmction  du  clocher  de  l'église  Saint-Martial  où  il  eut  son 
iombeau. 

Pendant  ce  temps-là,  la  vicomte  souffrait  encore  tous  les 
maux  de  la  guerre.  Les  Anglais  y  occupaient  encore  plu- 
âears  positions,  malgré  Jean  d'Ëvreux,  qui  les  harcelait  et 
laillait  quelquefois  en  pièces  leurs  détachements.  Bertrand 
Daguesclin,  de  son  côté,  défendant  en  même  temps  la 
France  et  la  maison  de  Blois,  s'emparait  de  quelques  châ- 
teaux, pendant  que  les  ducs  de  Berry  et  de  Bourbon  se 
tenaient  sur  les  frontières  d'Auvergne.  Mais  d'autres  dan- 
fçers  appelaient  ailleurs  l'héroïque  Breton;  il  quitta  le  Li- 
moosin,  laissant  à  son  neveu  OUivicr  de  Mouni  le  soin  de 
garder  les  places  conquises.  Son  absence  enhardit  les  An- 
^is,  qui  recommencèrent  leurs  courses,  et  pillèrent 
encore  le;  environs  de  Limoges. 

Les  habitants  n'avaient  pas  grand'chose  à  perdre,  mais 
ils  voulaient  la  sécurité  qui  leur  permit  de  refaire  leur  for- 
tane  par  le  travail.  Ne  se  voyant  plus  sufQsamment  protégés 
9»  les  Français,  ils  envoyèrent  un  bourgeois  notable, 
Bommé  Bouillon,  demander  au  roi  d'Angleterre  trêve,  paix 
rt  protection,  qu'autrement  le  désespoir  les  pousserait  à 
Qae  nouvelle  révolte.  Après  un  voyage  de  quatre  mois  et 
IL  2 


18  HISTOIRB  DES  VICOMTES 

onze  jours,  renvoyé  revint  de  Londres,  porteur  d'une  lettre 
du  roi  adressée  à  Jean  d'Urnes,  gouverneur  de  la  ville,  et  à 
messire  Richard  de  Malmesbury,  sénéchal,  enjoignant  de 
faire  réparation  aux  habitants  pour  tous  les  dommages 
occasionnés  par  les  soldats.  Les  deux  officiers,  malgré  tou 
leurs  elTorls,  ne  purent  exécuter  ces  ordres;  voyant  que  la 
soldats  indisciplinés,  toujours  avides  de  pillage,  bravaient 
leur  autorité,  ils  quittèrent  la  ville,  et  revinrent  en  Angle- 
terre, laissant  le  champ  libre  aux  dévastateurs  du  pap. 
Alors  le%  consuls,  fatigués  d'un  état  de  choses  qui  les  rai- 
nait, d*une  autorité  qui  ne  savait  plus  les  protéger,  se  rbt 
nirent  pour  aviser,  avec  les  principaux  notables,  dans  une 
des  chapelles  de  l'église  de  Saint-Marlial.  Là,  agenouilliii 
confiants  dans  leurs  prières,  animés  par  le  patriotisme.  Os 
résolurent  d'envoyer  secrètement  demander  à  Charles  Y  de 
les  secourir.  Jean  Bayard,  Jean  Martin  et  Laurent  Sarraso, 
porteurs  de  la  procuration  des  bourgeois,  scellée  et  signée 
par  les  consuls,  allèrent  offrir  au  prince  la  ville  et  le  Chi* 
teau,  mais  à  condition  qu'il  maintiendrait  leurs  privilégeii 
Charles  V  accepta,  et  déclara  la  ville  réunie  à  sa  couronne, 
en  donnant  î\  la  vir,onitessc  Jcanne-la-Boileuse  mille  livres 
de  rente  à  prendre  sur  lo  château  <îo  Nemours  (1371)*  :  ce 
qui  porte  à  eroire  que  la  cession  que  celle-ci  lui  avait  déji 
faite  était  plus  fictive  que  réelle. 


1.  Arch.  de  Pau  :  F.  fh'  lu  rin„ntf'  ilr  Ijmmjvi^  S.  E,  627.  Ton*  les  doctt 
raentM  n'iiitirn  au\  privili-f^os  .irroril(*s  par  1<;  roi  Charles^  V,  ne  m  trniivwl 
pas  réuni*  daiiii  retti^  im'^nie  liai&so;  ipiolipies-uiis  sont  clnititi^  ailleurs. 


ET  DE  LA  VfCOMTÉ  DB  UHOGSS.  Il 


CHAI^ITRE  XVI 

SUITE  DE  LA  GUERRE  DE  CENT  ANS;   JEANNE-LA-toOITEUSE; 
JEAH  DE  BLOIS,   VICOMTE  DE  UMOGES 

diriei  V  eût  det  cooeeMioDs  âax  eonsalu  et  au  clergé.  —  Exemption  d'im- 
pdti  pendant  dix  ans.  —  La  Tioomté  rendue  à  Jeanne-la-Boiteuie.  —  Note 
nr  les  étangs  de  Limoges.  —  Etat  malheureux  du  clergé  ;  l'évèque  Ay- 
mui  Chatti.  —  Le  tronbadonr  Araaod-Daniel  de  Saint- Léonard.  —  Louit 
de  Saucerre  4  Limoges.  —  Note  sur  le  chAteau  de  la  Vaoguyon.  —  La 
Dob!es««  du  Limon <iin  contre  les  Anglais.  —  Tristes  résultats  de  la  mi- 
loritê  de  Charles  VL  -*  Exploits  du  maréchal  de  Sancerre,  qui  s'empare 
de  plnsieun  châteaux.  -—  Perrot-le-Déamais  dans  Chàlusset.  —  Aymerigot- 
Marcel  à  Venladour.  —  Appauvrissement  de  TÉglise;  l'évèque  Bernard 
de  Bonneval  et  les  abbés  de  Saint-Blartial.  de  Grandmont.  —  Le  clergé 
et  IcTèque;  leurs  différends.  —  Privilèges  de  l'Église  de  Limoges.  — 
Simon  de  Cramaud,  patriarche  d'Alexandrie  ;  son  tombeau.  —  La  peste 
et  la  famine  dans  le  Umousin.  —  L'autorité  de  Jeaune-la-Boiteuse  à  sa 
aort.  —  Jean  de  Blois  demeure  prisonnier  en  Angieterrt;  sa  rançon.  — 
U  vient  dans  sa  vicomte.  —  M.^rguerite  de  Bretagne;  ses  projets  crimi- 
■ils.  —  Mort  da  sire  de  Clinon  ;  ses  enfants. 

La  haine  contre  l'étranger,  des  besoins  naieux  compris  et 
le  patriotisme,  qui  ne  meurt  jamais  en  France,  môme  dans 
les  plus  grandes  épreuves,  avaient  jeté  Limoges  dans  les 
bras  de  la  royauté  légitime.  Pour  être  plus  sûr  de  la  Ûdé- 
iilé  des  habitants,  pour  les  consoler  de  tant  d'infortunes, 
'Iharles  V  leur  accorda  de  nombreux  privilèges.  En  les  ré*i- 
DÎssant  à  sa  couronne,  il  promit  de  défendre  toutes  leurs 
franchises  communales  contre  les  prétentions  de  Jeanne  de 
Penthiëvre.  Comme  il  lui  fallait  compter  avec  le  clergé,  il 
promit  aussi  de  grands  avantages  à  l*abbé  de  Saint-Martial 
en  compensation  du  droit  d'hommage  que  possédait  l'ab- 
baye de  temps  ioamémorial.  Les  consuls  obtinrent  dans  la 


iO  HISTOIRB  DBS  VIG0MTR8 

châlelienie  la  juridiction  haute,  moyenne  et  basse,  avec  lei 
rentes,  autrefois  perçues  par  le  clergé  ou  par  les  vicomtes*. 
La  bourgeoisie  s'enrichissait  ainsi  en  mettant  son  patrio- 
tisme au  service  de  la  France.  Les  soldats  de  rAnglelerre 
n'entreront  plus  désormais  dans  nos  villes  que  par  la  brè- 
che. Les  consuls,  ces  chefs  de  la  démocratie,  qui  plos 
lard  oublieront  leur  origine,  furent  déclarés,  ainsi  que  leurs 
héritiers  directs,  exempts  des  droits  de  francs-fiefs,  réooD- 
pense  méritée  alors,  mais  qui  n*en  devint  pas  moins  an 
privilège,  que  plusieurs  familles  invoquèrent  par  la  suite 
comme  un  titre  de  noblesse.  En  France,  la  boai^geoisie  a 
souvent  compromis  les  droits  du  peuple,  mis  de  côté  l'é- 
galité politique,  en  enviant  des  titres  qui  n'ajoutent  rien  a 
sa  dignité  personnelle,  et  qu'on  ne  lui  accorde  parfois  qne 
pour  payer  de  lâches  complaisances.  Les  consuls  de  li- 
moges devaient  garder  les  clefs  de  la  ville  et  de  toutes  les 
forteresses,  et  employer  plusieurs  impôts  à  la  reconstruc- 
tion et  à  l'entretien  des  murailles. 

Ces  concessions  ne  profitaient  pas  seulement  au  roi,  qui 
s'assurait  ainsi  la  fidélité  de  ses  sujets  :  le  peuple  trouvait 
aussi  de  grands  avantages  dans  Texlension  des  franchises, 
déjà  reconnues  par  le  héros  de  CvC^cy  et  de  Maupertnis; 
car  Charles  V  reconnut  encore  que,  pendant  dix  ans,  la 
ville  serait  exempte  de  tout  impôt,  péage  et  subventions, 
avec  la  faculté  de  déterniincr  le  nombre  des  hommes  de 
guerre  que  le  roi  de  France  pouvait  introduire  dans  la 
place  ;  de  plus,  qu'aucun  homme  de  naissance  illégitime 
ne  pourrait  remplir  de  fonctions  publiques  en  Limousin. 
C'était  un  hommage  rendu  aux  bonnes  mœurs,  et  aussi  un 
présenalif  contre  certains  abus;  car  on  sait  que  le  xiv*  siècle 
fut  le  règne  des  bAUinls  de  la  noblesse.  Les  officiers  du  roi, 

1.  Archives  df  Pau  :  F.  *le  fa  viamité  ih  Limoge». 


BT  nK  l,A  VICOMTE  DE  LIMfifiES.  » 

)T1»  bihiuient  la  ville,  devaient,  comme  les  attires,  ctm- 

tribuer  anx  Uillvs  El  aux  subsides  levés  par  le  roi;  tous 

.')»  biens   eonflsqaés   revenaient  à  leur^t  anciens  posses- 

n.  «fosi  qae  les  marchandises  arrêtées  sur  les  grands 

larks  V,  prenant  «a  pari  des  cruelles  n^eessités  des 
Bps  iMis*<5s,  TOnlut  que  loules  les  dettes  contractées  à 
wges  par  son  père,  n'^lanl  alors  que  duc  de  Norman- 
,  russeot  intégralement  payées.  Pour  nietlre  la  ville  h 
Ikri  des  abus  de  la  puissance  spinluelle,  il  auloHsa  son 
ibal  i  »ai*ir  dans  certaines  circonstances  le  temporel 
itÊ  jv^ques  Gt  des  abbés,  et  cd  cas  de  résistance,  s'en- 
Bgra  A  fournir  h  la  ville  somnie  hommes  d'armes,  si  elle 
était  menacée.  Il  fut  aussi  interdit  à  tou<i  gens  de  guerre, 
rapttaines  et  autres,  de  saisir  les  vivres  qu'on  transporterait 
dans  la  ville  '.  Ce  fut  «n  jour  de  (Ole  à  Limoges,  quand  les 
"jnsuls,  rfonis  k  la  maison  du  consulat,  donnèrent  !ec- 
ir?  à  la  foule  de  ces  lettres  patentes,  par  lesquelles  ils 
Uient  auMi  mis  en  possession  d'une  place  nommée  la 
Miilhe,  ob  se  trouvaient  deux  immenses  bas«ins  fournis- 
-at  l'eau  au  Chiteaii  ^,  ainsi  que  de  plusieurs  propriétés 
-ni  araifut  appartenu  aux  vicomtes.  Malfçré  la  reconnais' 
iinee  ott  l'octroi  de  tous  ces  privilèges,  Charles  V,  après 
iToir  clLk-ia^  les  Anglais  des  principales  positions  occupées 
depuis  la  halaille  de  Maitpertnis,  ne  voulut  pas  garder  plus 
loDfttempa  la  vicomte  de  Limoges;  il  la  rendit,  en  1398.  à 
J>^tine-la-Boîtease,  cpii  était  restée  si  longtemps  étrangère 


I .  Oriinm.  •/**  "»"  rf'  Frflnw.  t.  V. 

i.  Cm  fuag*,  cmiMniiU  en  i'M,  ;^iH»  un  tnctadln  «lui  III  ài  amuit 
itOfn,  Jm  tient  ftri!  âliinrnl^  p»r  un  ini'inn  «(jucduc  àe  conilnmllou 
'iwéIii»  Ib  Brmpucnt  li  pliM  tpfielée  itijQiird'hui  le  MareM  Dufmytrm. 
1b  1306,  Piem  Aiidlvr,  lAu^al  de  U  Hirctui  el  du  Limuiuin,  ^blil  tnr 
•  Mbw  mpCacunmil  un  teuin  bd  gnoltd'aiM  Hak  pttM,  «t  d'DM  c*|w- 
,iA  ^  la  raiMl  tjt»«an«at. 


92  HI8T0IRR  DES  VICOBITBB 

au  Limousin,  occupée  qu'elle  était  à  défendre  son  héritage 
en  Bretagne  ^  Elle  reprit  bien  alors  le  titre  de  vicomtesie 
de  Limoges,  mais  elle  ne  vint  que  rarement  visiter  cette 
terre  de  ses  ancêtres.  Elle  n'aimait  pas  le  séjour  de  ta 
ville  où  la  bourgeoisie  émancipée  était  toujours  disposée  à 
méconnaître  ses  droits;  ses  manoirs  n'avaient  guère  plus 
d'attrait  pour  elle ,  car  tout  autour  s'étaient  élevées  dei 
familles  enrichies  à  ses  dépens.  Elle  se  retira  dans  le  comté 
de  Penthièvre,  vieillie  avant  Tàge  par  ses  longues  info^ 
tunes,  pleurant  la  captivité  de  ses  deux  flls,  encore  reten» 
prison (i!ci's  en  Angleterre.  L'un  d'eux  y  mourut,  après  avoir 
éprouvé  de  la  |)art  du  vainqueur  les  plus  lâches  insultée. 
L'Angleterre  ne  sut  jamais  admirer  l'héroïsme  de  ses  enn^ 
mis.  Alors  la  vicomte  ne  fut  pendant  quelque  temps  ad- 
ministrée que  par  les  officiers  institués  par  Jeanne,  qui  lui 
rendaient  annuellement  compte  des  recettes  et  des  dé- 
penses ^. 

Pendont  qu'un  de  ses  plus  nobles  chevaliers,  Jean  de 
Lignac,  qui  servait  scius  los  ordres  du  duc  d'Anjou,  «appert 
homme  d'armes  et  vaillant  durement,  i  faisait  prisonnier 
(levant  Bergerac  mossire  Thomas  do  Felton,  sénéchal  de 
Bordeaux,  Limoges,  profitant  de  Téloignement  des  An- 
glais, travaillait  ù  relever  ses  murailles.  Mais  l'aspect  de  la 
ville  était  triste,  la  misère  &  son  comble.  Les  églises  dévas- 
tées, dépouillées  de  leurs  reliques,  étaient  presque  dé- 
sertes. Les  moines,  qui  avaient  |)ris  la  fuite,  n'osaient  pas 
reparaître.  11  n'y  avait  à  la  cathédrale  que  quatre  chanoines 
qui  vivaient  presque  d'auniones,  Mathieu  de  Felletin,  Hélie 
Lamy,  Pierre  «le  Superboses  (de  Soubrebost)  et  Pierre  de 
Lubersae,  qui  n'avaient  pas  de  quoi  |)ayer  quelques  vicaires 
pour  les  assister  dans  les  cérémunics.  Le  nouvel  évftque» 

1.  Arch.  do  Pau  :  F.  d**  la  vicomte  de  Limogt*^, 

2.  D.  MORICE  :  Histoire  de  Bretagne,  1.  Vlll,  p.  39t. 


ET  DE  LA  VICOMlK  DR  UMOr.ES.  ï3 

Wri  Chatti  (âe  l'Age-au-Chat),  en   inslitunot  de  nou- 

I  pratîqaes  n^ligiclt»cs.  surtout  par  l'oslenfiion  solen- 

1  àts  reliques   enrayées  par   Grégoire   XT,   attira  un 

aombre  d'étraniters  '.  Bientôt  les  églises  relrou- 

1  leurs  Iicaiix  jours  d^^  f